le jour où Robert Frank avait photographié sa mère enfant...

essai sur Robert Frank photographe, par Philippe De Jonckheere


note du 25 septembre 2012

- à lire : merci à FeedBooks pour cet entretien Philippe De Jonckheere - Bernard Strainchamps, où Philippe De Jonckheere revient sur ce moment où sa mère se découvre dans l’exposition Robert Frank...

 

note du 21 septembre 2012
La mise en place de publie.papier continue de s’effectuer. Vous pouvez commander nos livres chez n’importe lequel libraire qui a votre préférence, petit ou grand, les livres lui parviendront sous 72h normalement.

Nous ne sommes toujours pas répertoriés sur Electre, mais nous sommes répertoriés sur Dilicom et Tite-Live (ainsi que sur leslibraires.fr et sur DataLib, pas simple, le système français...). La vente sur Amazon devrait se régulariser dans les jours à venir.

En attendant, nous vous recommandons les services de premiers libraires directement impliqués avec nous dans l’expérience, comme Vent d’Ouest à Nantes, Dialogues à Brest, Ombres Blanches à Toulouse – liens sur chacune de nos pages titres, et ça suit !

 

Philippe De Jonckheere, que j’ai rencontré par le web, mais au tout début où j’ai lancé mon premier site personnel, donc vers 1998 nos premiers échanges, est un homme solide. Pas seulement pour son grand gabarit physique, plutôt ce tempérament fixe d’artiste qui va droit, ne change pas de direction même quand c’est vous qui lui donnez un bon coup d’épaule de travers (ah, nos divergences Cartier-Bresson, où mon peu de sens pour la couleur paraît-il).

Mais je ne connais pas d’histoire qui ai plus troublé, ai troublé plus longtemps le grand Phil. Voici comment il la raconte :

L’été 1989, je suis descendu des Cévennes pour aller aux rencontres d’Arles visiter, principalement, l’exposition de Robert Frank. Il y avait deux expositions, une première exposition juste au dessus des arènes qui faisait la part belle, ce qui est rare, à quelques originaux de l’époque d’In lines of my hand, et une autre exposition dans laquelle on trouvait quelques images assez quelconques, il faut bien le dire, d’un récent reportage du vieux Maestro — c’est comme ça que j’ai toujours entendu dire Robert Heinecken et Joyce Neimanas, à propos de Robert Frank, the old maestro — qu’il avait reçu en commande de la ville de Birmingham en Géorgie, et dont on apprenait par lecture croisée d’autres articles que le vieux Maestro, donc, n’en avait pas pensé grand-chose lui-même, à la fois de la commande et des photographies qu’il avait prises pour cette dernière. Je ne me souviens plus exactement si je suis descendu à Arles des Cévennes avec mes parents ou si nous nous sommes donnés rendez-vous à Arles avant que je ne reparte aux Etats-Unis, en revanche j’ai le souvenir distinct d’un déjeuner dans un des restaurants de la place du forum, et puis, encouragé par moi, nous étions allés visiter l’exposition au dessus des Arènes ensemble.

Là s’était produit l’inconcevable, ma mère s’est arrêtée, interdite devant une photographie de Robert Frank, prise à Paris en 1951, sur laquelle elle s’était reconnue, fillette d’une dizaine d’années.

Je suis reparti à Chicago et j’ai laissé à ma mère, donc, le manuscrit de mon mémoire, elle m’avait offert de le taper à la machine, un ami proche de mes parents travaillait chez IBM et lui avait gracieusement prêté une machine à écrire d’une qualité irréprochable. Peinant parfois à déchiffrer mon écriture manuscrite, et ne connaissant par le nom de Jack Kerouac, ma mère avait pris le parti d’écrire Jack Kéronac.

Tout est dit. Le fils qui, pour sa dernière année d’Arts Déco Paris, est parti un an à Chicago, rencontre des artistes comme Robert Heinecken, et prend de plein fouet les premiers outils vertigineux d’Internet.

Et puis retour en France, s’expliquant avec son mémoire sur l’immense Robert Frank. Cette expo à Arles, le fait que sans son séjour à Chicago peu probable que sa mère l’y ait accompagné, et soudain mise face à face à elle enfant, 1951 donc, photo prise à la volée par Robert Frank pour la beauté de l’enfant interdit devant le masque de Charlie Chaplin, photo qui n’avait pas circulé avant l’exposition...

Ajoutons (pour moi) fait troublant aussi que l’enfant de 1951 ressemble étonnamment à ce que fut il y a 2 ou 3 ans Madeleine, la grande fille de Phil, qui maintenant nous photographie quand on est en lecture...

C’est bien pour cela que le livre que nous proposons sur publie.papier, Robert Frank, dans les lignes de sa main est un essai sur RF, photo et cinéma, chemin, mais aussi bien plus qu’un essai. Si le texte était disponible en version numérique depuis longtemps sur publie.net (c’est moi qui avais demandé à Phil de nous le confier, dès le début de l’aventure), la préparation du livre papier a été l’occasion d’une refonte, réécriture, révision complète par Philippe. C’est vraiment un livre inédit que nous proposons. Le livre inclut code d’accès à la version numérique, et celle qui est dispo sur publie.net en numérique seul est bien sûr la version révisée.

On peut prolonger la rencontre sur Désordre, via cette suite de pages Robert Frank, et bien sûr lire le making-of de façon plus détaillée sur son blog.

Mais quand même un petit appel solennel aux auteurs, photographes : on a la possibilité, en s’y collant ensemble, d’inventer un autre moyen de diffuser ce qui compte, là où pour nous il y a charge de vie, et qu’elle se mêle à notre chemin de crête, celui qui nous emmène vers l’art. Et la part du biographique y est toujours mêlée. Commandez à votre libraire, lisez le livre de Philippe aussi dans cet état d’esprit : un outil neuf, qui nous appartient, où c’est à nous de définir et d’inventer.

Grande confiance aussi dans les bibliothèques : vous ne laisserez pas passer une telle incursion dans le plus central de la photographie contemporaine. Rien que pour ce regard d’enfant et cette chaîne, où Charlie Chaplin, sa mère enfant, Robert Frank, puis lui-même adulte et sa mère, dans le même mystère.

Et que l’histoire n’est pas finie, le livre est parti pour Bleeker Street, avec une proposition au old maestro de rencontrer, à 60 ans de distance, l’enfant devant le masque. La balle est dans son camp.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 21 septembre 2012
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