New York, toits plats sur la ville

qu’il faudrait bien une explication sur ce plafond mis à nos têtes


Fiction n° 1 : la terre était ainsi, plate et technique. Et puis les hommes étaient venus. Une civilisation avait vécu là. Dans les fissures, on avait construit les nouvelles routes, voies ferrées, immeubles. Mais du monde mort il était resté ces surfaces, stériles.

Fiction n° 2 : ils vivaient comme on vit, avec des chambres, et des fenêtres. Mais on avait en haine ces espaces inutiles de la ville. Alors on les avait équipés de toutes les fonctions secondaires, celles qui faisaient respirer les dessous, et nous débarrassaient des tâches sociales.

Fiction n° 3 : on profitait autrement de la ville. On avait inventé la course à pied, les sports amateurs, le cyclisme d’obstacle. Mais pourquoi l’herbe et la terre ? Moi non plus je n’aime pas l’herbe et la terre. On avait tracé ces routes dans la ville, leurs obstacles et leurs devinettes, pour passer de l’un à l’autre dans des continuités dissimulées.

Fiction n° 4 : il y avait tant de choses qu’on ne comprenait pas, dans la ville de maintenant. Ces faits divers dans les écoles, cette violence. Alors, comme autrefois les temples et autres lieux de vaine religion, on avait créé ces lieux pour la méditation. Ils offraient la ville, des objets qui questionnaient la ville, et ces écritures qui l’interrogeaient. On venait là plutôt le soir, ou bien tard le soir. Pour cela qu’en journée c’était désert. C’étaient nos lieux pour comprendre la ville, et nous-mêmes.

Glose : les toits techniques de New York m’ont fasciné dès leur représentation par Edward Hopper, qui en a fait un de ses thèmes récurrents. Les toits plats de l’Amérique sont pour nous ici un lieu considérable d’imaginaire, qui rejouent les toits de terre en terrasse du plus vieux de nos civilisations. Nos villes à nous sont des villes-toit, les recoins des donjons et tourelles, les ponts habités. La technique des charpentes s’est établie depuis celle des charpentiers de marine : ils sont en conque inverse, et sont lieu d’accumulation et de mémoire. À Québec, en mai 2010, j’avais assisté à un pecha-kucha où de jeunes urbanistes et élèves architectes proposaient des travaux sur comment la ville pouvait réinvestir ces surfaces qui sont un plafond sur la ville, la ville qui ne vit que dans leurs creux et fissures. Alors ce 14 novembre 2012, du 5PointZ je prends la ligne 7 du métro aérien, suis allé jusqu’au bout du Queens et retour.

Dédié à Pierre Ménard, pour fêter la mise en ligne du n° 9 de D’Ici Là.

 

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1ère mise en ligne et dernière modification le 19 décembre 2012
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