que la ville fasse tapis à la ville

on pouvait très bien démolir et reconstruire tout en sauvant


Dans ce pays tout petit, on construisait et reconstruisait en chaque pouce de la ville. Il y avait ces hautes franges libres, où on posait de gros blocs, et puis on y canalisait les gens. Mais dans les plis et sinuosités, même qu’un pont moderne enjambait de très haut, on devait regagner, rationaliser, refaire. La ville serait visage, et non clôture, et non écart – en plus, ici, on avait les moyens.

On avait donc inventé et développé le dispositif suivant : quand le vieux se libérait, les gens laissaient ce qui signaient ici le vieux. Vieux meubles, broutilles, tables et mobilier de cuisine, lits et chambres. D’ailleurs, juste de l’autre côté de la frontière, mais à la toucher, un IKEA tout neuf subvenait aux nouvelles constructions.

Et puis, très précautionneusement, on rassemblait tout ce qui restait, et les pelleteuses, dans le sol même de la ville, en couches très fines et tassées, case par case, fenêtre par fenêtre, étages par étages, inséraient tout cela dans le sol.

Les couches étaient trop fines, les mobiliers et décorations et peintures et canapés et inscriptions, trop tassés et écrasés dans les fondations pour imaginer que des archéologues un jour puissent – nous le pratiquons bien, jusque dans les détritus des temps bibliques – en déduire quoi que ce soit.

Non, c’est du symbole même de la mémoire faite présence qu’il s’agissait. Voilà pourquoi, ici, on pratiquait ainsi.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 2 mars 2013
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