15.03.06 | de l’avantage de dormir

endormissements inexpliqués d’enfants dans un village du Kazakhstan – source : Le Monde


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1 _ COMPRESSION

Ainsi, dans ce village kazakhe, on observait de longs endormissements inexpliqués d’enfants, de bébés, d’adultes. On avait pris soin de faire toutes les mesures et vérifications : l’eau, l’air, les champs magnétiques. Il restait une inconnue : ces anciennes mines de radium désaffectées, pas très loin. Mais du temps qu’on y travaillait, on n’avait jamais observé ces symptômes. Pourtant, rien n’était contestable de la réalité de ces endormissements, et des victimes qui semblaient prises au hasard. Dans l’isolement du visage on y décelait presque un de ces sorts comme on trouve dans les anciennes légendes.

 

2 _ RENVERSE

On n’avait jamais pu remonter à la source précise du phénomène. Un effet de la dispersion lointaine de ce gaz, le radon ? Mais on avait fini par réguler plus ou moins le phénomène : on n’avait pas eu le choix, il affectait désormais une bonne moitié des populations, et l’emprise territoriale du symptôme n’avait jamais cessé de s’agrandir, comme si chaque nouvelle grande ville conquise le faisait se répandre plus vite, plus loin. Et le renversement s’était fait dans les têtes : une moitié de l’humanité qui dort, pas l’ancien sommeil utilitaire de quelques heures prises à la nuit, mais cet état de tranquille catalepsie qui pouvait durer plusieurs jours, comme on trouvait dans les anciennes légendes, et peu à peu c’était l’équilibre global de l’humanité qui commençait de basculer. Gagner du temps sur les guerres, les urgences, les angoisses : oui, puisqu’on dormait. Réduire la consommation de viande (même si c’était presque fini, de consommer de la viande) et d’autres produits : oui, puisqu’on dormait. Ne pas travailler, ne pas embêter les autres, ne pas troubler la nuit et la sécurité de la ville : oui, puisqu’on dormait. On avait donc créé une mission internationale avec un cahier des charges précis : en se souvenant du lointain exemple de ce premier village kazakhe où était apparu ce qu’on nommait le grand sommeil, faire en sorte qu’il se propage à toute l’espèce. On espérait même pouvoir l’allonger, le renforcer. On disait que la survie même de l’espèce tenait désormais à sa capacité évolutive de dormir massivement, longtemps, uniformément. La terre, elle, continuait de tourner : en gagnant sur le temps, on gagnait sur la fin.

 

3 _ SOURCE


- Le Monde
- The Siberian Times (et très belles photographies)

LES MOTS-CLÉS :

françois bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 6 mars 2015
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