« prendre » #4 | Chantal Akerman, ralenti & caméra circulaire

cycle « prendre », hiver 2020-2021


 


- le sommaire général du cycle ;

- les contributions reçues

- aujourd’hui, surtout les films (liens ci-dessous) mais on évoque aussi Monique Wittig, Virgile, non, Tangy Viel, Cinéma et Julien Gracq, La Presqu’île, extraits à télécharger dans le dossier « FICHES IMPRIMABLES » des abonnés ;

- pour mise en ligne de vos contributions, participation aux rendez-vous visio, et bien sûr la lettre d’info de coordination du cycle cf inscription ici,

- rappel : les textes sont envoyés à l’adresse du site, fichier joint au format docx, odt, pages (mais pas PDF)... beaucoup de discussions et d’échanges sur le groupe Facebook, je rappelle qu’il s’agit d’un groupe « privé » réservé aux abonnés de Tiers Livre.

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Image haut de page : Chantal Akerman, La chambre, 1972.

 

Chantal Akerman, ralenti & caméra circulaire


Résumé de la consigne :

- sur le rapport temps littéraire et temps filmique, partons à l’envers par rapport à la fin de la vidéo : l’appui sur Cinéma (extrait) de Tanguy Viel (Minuit, 1999), où le narrateur raconte le Limier de Mankiewicz de façon totalement synchrone au film –- la consigne ici sera d’écrire un texte qui se lise (à voix haute pour vous, sur la page web pour nous) de façon synchrone au court-métrage de Chantal Ackerman, La chambre en 1972 (11’) ou au moins d’un de ces balayages successifs à 360° qu’enchaîne à 5 reprises ce film (en alternance avec des aller-retours à 180°) ;

- l’appui aussi sur cette très étrange phrase de Monique Wittig en IV de couv de son Virgile, non, Minuit, 1985 : « Imaginez l’espace d’un film de Cocteau quand les personnages remontent le temps et se déplacent au ralenti, à cause de la force du vent. C’est dans un tel univers visuel que l’auteur de ce livre, devenu personnage à son tour, va et vient. », et conserver, ou mettre au premier plan, cette idée de ralenti, technique devenue si élémentaire (un seul bouton à presser sur nos appareils modernes), mais encore si inhabituelle à considérer en littérature, dans La chambre la très lente vitesse imposée au plateau tournant supportant la caméra ;

- pour une fois, on ne s’appuie pas sur des documents écrits (Chantal Akerman a laissé trois livres, mais qui tiennent plus du récit autobiographique, plutôt que de son apport et son invention spécifiques dans le cinéma) :

Saute, ma ville, 1968, son premier court-métrage à 16 ans, où elle joue elle-même, dans le décor unique de la cuisine du propre appartement de ses parents ;

La chambre, 1972, sur quoi on va appuyer notre exercice de caméra circulaire : court-métrage de même durée, et où elle est aussi présente à l’image, mais sur une organisation conceptuelle ou formelle radicalement autre, suite de très lents balayages circulaires ou demi-circulaires de l’intérieur d’un seul lieu fixe –- et c’est ce film qu’on va faire ;

• un autre exemple d’effet de ralenti via plans fixes et travelings ralentis (mais cette fois linéaires, sauf le dernier, sur le toit de l’hôtel) en lieu unique : Hotel Monterey, extrait 1, 6’, et extrait 2, 9’ (1972) ;

Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles, 1975, film de 3h21 tourné avec Delphine Seyrig, mais dans une relation à l’espace et au temps que préparent ses 2 premiers courts-métrages ;

News from home, un film fait de plans fixes de la ville de New York, elle en mouvements lents voire très lents, où la narration est faite en voix off de lettres réellement reçues par la narratrice, en provenance de sa mère, et le dernier plan (éloignement en ferry de Manhattan) pourrait aussi être le support de cette écriture qu’on va déployer en voix off ;

• deux entretiens, archive INA 1 et archive INA 2, où Akerman parle de son travail filmique.

Ce qui vous appartient :


- 1, le choix d’un lieu, grand et compliqué (Hotel Monterey), dans l’espace public ou privé (hall de gare Brévenay au début de La Presqu’île de Gracq), complexe ou pas mais dans un espace restreint (La chambre), ou ouvert (la ville, ou l’éloignement de la ville, dans News from home) — insistons sur le fait qu’il n’est pas besoin d’un lieu extraordinaire, une salle d’attente de dentiste pourrait suffire ;

- 2, le choix d’un temps, au présent, ou reconvocation mentale d’un lieu particulier dans le passé proche ou lointain, voire l’enfance ;

- 3, un personnage dans le cadre, quel personnage, auto-représentation (La chambre) ou pas (Jeanne Dielman, Hotel Monterey), occupé à quoi faire (Saute, ma ville ou La chambre), ou pas de personnage — mais pas de personnage laisserait trop venir en avant la seule instance descriptive, ce n’est pas le but de l’exercice ;

- 3, installer un texte qui soit balayage en mouvement du lieu (ou suite de plans fixes mais bien délimités et précisés) et puisse se lire à voix haute sur l’exacte durée de La Chambre.

Ce qu’on ne va pas écrire :


- merci de nous éviter la pacotille des codes synopsis (intérieur jour, extérieur nuit etc), ça ne sert à rien ;

- bien sûr, aucun.e d’entre vous pour revenir à l’écriture « verticale » (l’expression est de Bernard Noël, dans ses Lettres verticales, on n’en a pas fini du bloc paragraphe, ne serait-ce que pour l’ergonomie et la lisibilité de la page collective, ou son éventuelle rassemblement en livre ;

La caméra circulaire, ses variantes :


- La chambre, c’est 5 (je ne sais plus) très lents balayages caméra en mouvement tournant de 360° d’un seul lieu fixe, le personnage chaque fois aperçu dans une posture ou un geste évidemment différent, très légèrement différent, de façon incrémentielle — ce balayage à 5 reprises du même lieu (ou aller-retours hémi-circulaires) peut aussi être une piste pour vous.

- si votre texte joue le jeu d’un seul très lent balayage circulaire du lieu choisi, penser qu’une des merveilles de La chambre (comme le « stitch » en vidéo sphérique) c’est le moment où la fin d’un balayage — comme par hasard, la porte –– devient le début du suivant : lesquel.le.s parmi vous nous emmènera dans un texte circulaire, susceptible de se reboucler à l’infini ? (il y a des expériences de Gertrude Stein selon ce principe, d’ailleurs Gertrude Stein, comme Monique Wittig et Chantal Akerman, repose au Père Lachaise mais non, ça n’a pas de rapport, sinon affectif).

Enfin :


- ce que raconté au tout début de la vidéo, comme pour Kantor ou Hélion il ne s’agit aucunement de votre rapport subjectif (aimer, pas aimer), ni de vos connaissances esthétiques (à personne ici on ne demandera de devenir un spécialiste des univers esthétiques convoqués, et moi pas plus que vous) sur tel aspect formel ou historique ;

- au contraire, convoquer presque notre naïveté, raviver une découverte, identifier un principe narratif (ou dispositif) qui n’appartienne pas au récit contemporain, ou du moins qui peut y exister, mais que nous nous approprions, le temps de cet exercice, de façon intentionnelle ;

- dans l’idée opiniâtre d’aider à faire émerger des contenus, une masse critique de texte, qu’on n’aurait pas été chercher sinon, qui naît par cette contrainte formelle et étend nos territoires personnels.

Et, bien sûr, j’attends vos textes !

 

LES MOTS-CLÉS :

responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er janvier 2021
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