autobiographies #13 | Annie Ernaux, la voix narratrice

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autobiographies #13 | Annie Ernaux, la voix narratrice


Cette vidéo propose :

 comme point de départ, le livre d’Annie Ernaux La femme gelée (1981) et ce qu’elle en dit dans cet entretien-essai majeur, L’écriture comme un couteau (2011) ;

 principe du livre : une suite de blocs, chacun de 8 à 10 pages (5 à 6 pages de l’édition Quarto, très serrée), chaque blog étant lié à une période autobiographique très symbolique (de son propre parcours de vie) et très précise, d’ailleurs sans solution de continuité d’un bloc à l’autre ;

 dans l’approche d’Annie Ernaux, deux axiomes : « le je de la narratrice est anonyme », et « il s’agit d’une exploration de la réalité qui relève de mon expérience » — et c’est cela qu’on va prendre très au sérieux, strictement au pied de la lettre... le je de cette « voix narratrice » n’explore pas ce qu’il en est de lui-même, mais explore un temps, un contexte, et l’absorbe, pour un temps et un lieu précis, le plus exhaustivement possible ;

 ce concept de « voix narratrice », omniprésent dans L’écriture comme un couteau (d’où mon permanent lapsus, à vouloir nommer ce livre L’écriture au couteau alors même que je le tiens dans mes mains !) est redoublé par l’incipit du bloc présenté dans l’extrait à télécharger (inclut ce passage de L’écriture comme un couteau et deux de ces blocs) : « Elle, cette voix profonde... », et voilà du même bloc les deux premières phrases :

Elle, cette voix profonde que j’écoutais naître dans sa gorge. Les soirs de fête quand je m’endormais sur ses genoux, ce courant d’air, ces portes claquées, toutes les choses vibrent près d’elle, éclatent même, jour magnifique et stupéfiant où un cendrier vole par la fenêtre et se pulvérise sur le trottoir devant le livreur hébété qui a eu le tort d’oublier je ne sais quelle marchandise. Effet d’une de ses colères simples, de celles qui revigorent, à proclamer que ce métier-là ça la fait chier mais chier, et puis la paix, le bocal de bonbons coquelicot qui laissent la langue écarlate, la grande boîte de biscuits au détail où nous allions piocher toutes les deux pour nous consoler de son caractère. Je sais, nous savons qu’elle crie pour la santé, pour le plaisir et qu’en réalité elle n’en aura jamais assez d’être patronne, même d’une boutique c’est toujours patronne.

 tout l’exercice part donc de la notion de « voix » — installer un personnage par sa voix... c’est d’abord ce registre de voix, voix intérieure, voix subjective, monologue qu’on installe, et l’incipit, la phrase lanceuse, est décisive : la phrase s’entend dès la prise de voix...

 mais, du même geste, on s’éloignera d’Annie Ernaux puisque ce « je » anonyme ne pourra pas renvoyer à vous-même (et Annie Ernaux prend toutes précautions à cet égard : « le lecteur est invité à penser qu’il s’agit de l’auteure ») mais bien du personnage que nous aurons choisi comme source de la voix...

 où prendre ce personnage ? mais dans les exercices précédents, bien sûr... dans les « elle » de la #11, dans les silhouettes habillées de la #12... on le saisit comme aspiré dans une expérience chimique, et immédiatement reprojeté dans ce bain de voix où c’est toute sa réalité qui va fournir l’épaisseur –– le personnage devenant par notre propre fait d’auteur ce « je anonyme » qui ne s’énonce pas lui-même, mais énonce ce qui l’entoure...

 un renversement de la situation narrative d’Annie Ernaux : oui, si par décision de fiction plus rien ne renvoie à l’auteur dans ce « je », non, si chaque bloc de La femme gelée donc pour une suite discontinue d’expériences liées à l’auteure, propose l’appui sur un personnage bien spécifique, devenu le personnage provisoire mais principal de chaque bloc, et qu’on ne retrouvera plus dans les suivants...

 j’ai failli intituler cette proposition selon l’incipit cité plus haut : « Elle, cette voix » — je vous invite à le reprendre, voir même en copier-coller, pour vous contraindre à cette voix, se placer d’emblée dans le registre de la voix, la voix appliquée à un personnage déjà croisé (mais en muet), ou silhouetté dans les exercices précédents...

 et ne jamais enfreindre cette distance extrêmement fine et dangereuse : le « je » de la voix n’est pas vous-même, mais cette « voix narratrice » qui fonde la distance au roman qui est la marque, voire l’horloge de l’œuvre d’Annie Ernaux, et qu’on pose ici comme étant la voix de ce personnage, le personnage devenu fictionnellement auteur.e...

 continuer à penser bloc, bloc, bloc, pages compactes, séparations nettes et uniquement s’il s’agit de lieux et de périodes distinctes, et que ce qui vous mène c’est la tentative d’être le plus exhaustif possible par rapport à ce bloc de réalité explorée, où tout est simultané, où tout est indissolublement lié... prendre vraiment le temps de lire l’extrait proposé, le laisser travailler en vous...

 et donc bonnes écritures, ici on entre dans le grand bain...

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 12 décembre 2021
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