#photofictions #01 | mers & fax d’Hiroshi Sugimoto

un cycle où 2 voix se mêlent pour dire l’image et le geste du photographe


 

#photofictions #01 | mers & fac d’Hiroshi Sugimoto


Comment l’auteur s’écrit dans son texte, ou bien : comment l’auteur se constitue par son texte, ce serait la question première qu’on va sourdement travailler dans ce cycle, dénouer, explorer. Et cela, par une prise d’écart : ce qu’on va inventorier, c’est le rapport du photographe à l’invention de ses photographies, la préparation, l’intention, la fabrication, la publication, chaque fois en écrivant deux textes, celui-ci et un autre — un texte bien distinct, même s’ils vont se rejoindre dans la même trame, ou bien rester séparés — qui, lui, concernera bien sûr l’image elle-même, en tant (c’est l’expérience aussi du livre) qu’elle se sépare de qui l’a construite et publiée, pour ne plus avoir affaire qu’à celle ou celui qui s’en sait, la regarde ou simplement la lit.

Et le choix des Seascapes (appelons-les Marines, cela fera le lien avec celles de Julien Gracq que je joins comme document d’appui) d’Hiroshi Sugimoto, pour lancer ce cycle, parce que cette distension y est parfaitement nette, et qu’elle est de son propre fait :
 la suite d’images des Marines (en 2015, le livre où elles sont publiées en rassemble plus de 200, élaborées sur une durée de plus de 30 ans), chaque fois au format carré, noir et blanc, chambre montée sur trépied à même hauteur du sol, sont exactement construites sur le même principe d’une séparation horizontale de la mer et du ciel, sans aucun élément supplémentaire, et cela quel que soit le point précis, tout autour du monde, où s’est faite la photographie ;
 elles étaient accompagnées (du moins c’était le cas au début de l’expérience) d’un long fax du photographe à son commanditaire où s’inscrivait la totalité la plus concrète du contexte : le trajet, l’hôtel, la recherche du lieu précis où photographier, l’attente des conditions favorables, les rencontres et conversations, ce qu’on a mangé et comment on a dormi — j’exagère peut-être mais en tout cas c’est l’impression que j’en ai gardé ;
 et donc une disjonction complète de l’image : chaque image rejoue les précédentes, et de cet inventaire concret, le récit temporel du voyage et ses conditions ; et pourtant, jamais rien vu de si beau, dans la vaste nef du CapC Bordeaux, que ces 80 carrés noir et blanc, tout abstraits ;

On pourra bien sûr explorer sur le web les autres séries développées par Hiroshi Sugimoto, et notamment sa série Theaters, la chambre posée au fond de ces vieilles et majestueuses salles de l’âge d’or du cinéma, partout aux USA, et seulement impressionnées par un film qu’on diffuse dans la salle vide.

Maintenant, la consigne :
 oublions Sugimoto, et bien sûr ce ne sont pas ses propres images qu’on va décrire ;
 mais reprendre cette disjonction : une photographie, ou une série de photographie, qui ne craint pas l’archétype — coucher de soleil, paysage-souvenir, la photo déclenchée parce qu’on trouve cela beau, ou vue depuis une fenêtre — et c’est cette image simple, voire banale, mais ses géométries, mais ses couleurs, mais sa matérialité (support, bordures, annotations, griffures ou plis) qu’on va décrire, texte 1 ;
 mais aussitôt, dans une écriture distincte, le texte 2 : c’était où, c’était quand, c’était comment, on était vêtu comment, on a mangé quoi, on était avec qui, on avait quel matériel et comment on s’en est servi, sans rien craindre du trivial, du concret, du tout simple ;
 à vous de voir, quand vous publierez sur le WordPress, si les deux textes se mêlent ou pas (voir comment les journaux de critique littéraire présentent un extrait, pour nous la photographie, dans un encadré, ou bien via des italiques dans l’article même) ;

J’insiste, comme lors du début de la vidéo, sur le fait que jusqu’ici, si on a très souvent parlé photographie dans les précédents cycles (et ne pas hésiter à en revisiter les exercices) il s’agissait toujours de positionner un texte sur une image — là, on se lance dans une exploration neuve, avec quasi pas de précédents textuels (si, j’en ai repéré quelques-uns, et ensemble on en trouvera d’autres), et où l’enjeu n’est pas seulement photographes et photographies, mais le processus même de l’invention littéraire, et cela dans un contexte où la plupart d’entre nous, repérages et documentations mais aussi publication, nous saisissons à égalité conjointe des deux pratiques, le texte et l’image.

Alors, ne pas chercher à aller trop vite, grand principe des ateliers d’écriture : première séance, aller tout doucement, tout doucement, ne rien forcer, laisser seulement venir la matière, laisser le territoire se constituer le plus progressivement possible...

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 4 septembre 2022
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