#été2024 #02/40 | Akerman plus Perec, lieu circulaire avec personnage

le cycle été 2024 de Tiers Livre



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#02 | Akerman plus Perec, lieu circulaire avec personnage


Départ par Balzac : magie de ce narrateur au début de chaque livre nous faisant découvrir un intérieur vide, dans son champ visuel fixe, et la transition qui s’élabore lorsqu’on découvre, par un simple jeu de ralenti, que dans ce lieu qu’on nous a présenté vide sont déjà présents des personnages immobiles et muets, le roman peut alors commencer.

C’est à l’été 2021, lors du cycle « Prendre », que j’avais proposé de rompre avec cette tradition balzacienne de l’exploration d’un lieu de vie, la charge intime comme la charge sociale mêlées, en s’appuyant sur un court-métrage de Chantal Akerman, datant de 1972 : La chambre.

C’était le principe de ce cycle, emprunter aux autres disciplines, et voir ici la proposition initiale et sa vidéo. Et, d’évidence, j’oscillais entre plusieurs textes d’appui, sans avoir vraiment trouvé. Mais ça m’est revenu, cette année, en relisant La vie mode d’emploi, le grand livre de Perec qui lui est presque contemporain (1978).

Par exemple (voir la table des matières), le 4 de la série consacrée aux Moreau, chapitre (on s’en souvient, il y en a cent au total, si on inclut l’épilogue) dans lequel on va nommer et décrire la totalité, donc exhaustivement, des objets présents dans cet appartement. Et c’est encore plus fascinant, je m’y amuse dans la vidéo, si on supprime les fut et furent de Perec, en jouant de la phrase devenue nominale.

Mais quelle surprise, en prolongeant cette même idée, à découvrir que, dans la suite récurrente des « chambres de bonne », Perec installait pour la numéro 9 (p 422), un étrange « tout autour de lui » qui pourrait renvoyer directement à Akerman.

Dans cette « chambre de bonne 9 » (p 290 de l’édition Hachette originale, chapitre 61), le coup de génie c’est l’utilisation du conditionnel pour chaque incipit des blocs paragraphes, mais chaque fois en complexifiant l’instance narrative de départ :

il serait lui-même dans le tableau...
il serait lui-même dans son tableau...
il serait debout à côté de son tableau...
il se peindrait en train de se peindre...

Et puis, dans la suite même, une liste de pas moins de 179 incréments, le dernier (« 179. Le vieux peintre faisant tenir toute la maison dans sa toile ») une mise en abîme et du chapitre, et du livre, et de la toile elle-même... avec la prouesse supplémentaire de l’écrire en vers justifiés, la fausse impression d’un texte compact et justifié alors que les lignes disjointes ont toutes exactement le même nombre de signes...

Mais, dans le document joint, relire quand même de près ce célèbre passage « Moreau, 4 » (p 422, chapitre 71), chaque bloc paragraphe est une énonciation précise et visant à l’exhaustivité de tous
les objets, toutes les matières, tous les signes dans l’exploration de cet appartement.

On résume ?

 1, une chambre (ou cuisine, ou salon, ce que vous voulez, mais lieu « privé »), pris à la mémoire immédiate ou lointaine, vôtre ou pas vôtre, familiale ou éphémère ;

 2, un mouvement tournant de caméra à 360° qui va très lentement la balayer dans son intégralité, suffisamment lentement pour que le texte puisse être lu de façon synchrone avec l’image (et réciproquement : la contrainte que le texte se développe suffisamment pour tenir aussi longtemps que tourne la caméra) ;

 3, dans ce mouvement circulaire, la présence d’un personnage (si vous le voulez immobile de dos face à une fenêtre, ou profondément endormi sur une banquette, c’est vous qui décidez et pas moi !), qui apparaîtra au début du texte, et reviendra à la fin ;

 4, l’appui sur la suite des conditionnels de Perec, chapitre 51, la chambre de bonne 9, pour conférer à l’ensemble son statut de fiction, d’écart par rapport à la simple illusion de réalité (soyez assuré que Chantal Akerman a préparé le moindre détail de son film) ;

 5, lorsqu’il y a accumulation de signes et d’objets, on tente de coller à notre principe d’exhaustivité, et pour cela on utilise soit la technique de la liste (toujours le chapitre 51, chambre de bonne 9), soit le principe d’accumulation mais sans les fut ni les furent du chapitre 71, le légendaire « Moreau 4 ».

Et vous allez voir le résultat, sûr de sûr que la somme de nos contributions sera un livre en soi !

Enfin, juste une bonne pensée, de respect sincère, fidélité et amitié, pour Chantal Akerman et Georges Perec, et ce croisement qu’on instaure.

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
diffusion sous licence Creative Commons CC-BY-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 juin 2024
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