#été2024 #05 | Valère Novarina porte son corps devant lui

le cycle été 2024 de Tiers Livre



 sommaire général et présentation du cycle été 2024 (plus inscriptions) ;

 la page unique Patreon avec récap des consignes écrites et téléchargements fiches d’appui (ou via lettre mail dédiée pour les participant·e·s non abonné·e·s) ;

 l’ensemble des participant·e·s à ce cycle reçoit directement par lettre mail dédiée les nouvelles propositions, le journal de bord, et les fiches d’appui ;

 problème d’accès WordPress ou réception lettre mail : nous écrire !

 

#05 | Valère Novarina porte son corps devant lui


Paru en 1989 (dans la vidéo, je confonds avec la création au festival d’Avignon, 1994), Vous qui habitez le temps s’est imposé dans l’oeuvre de Valère Novarina comme un livre-outil, aux multiples possibilités de déclencheurs d’écriture.

Certainement aussi, ou mystérieusement aussi, par l’écart même avec une compréhension directe de la langue, qui remâche dans une véritable pâte sonore, écho de la langue française la plus verte et respirante, celle de Rabelais et La Fontaine, mais tout le bruit du monde s’y rejoignant.

Ce livre est déjà présent dans mon Tous les mots sont adultes, et sur Tiers Livre voici dès 2013 une suite de trois exercices depuis l’écriture de Valère, notamment une que je considère importante et infinie, que j’ai nommée autobiographie aux noms propres.

Et on peut la revisiter en permanence, la confronter à des contextes sociaux différents.

Mais, plutôt que d’y revenir (rien ne vous empêche de la tenter avec votre propre public), une première proposition (on peut, à la cinquième), qui sera laboratoire, exploration, plutôt que consigne.

J’y insiste, les trois exercices mentionnés plus haut sont des classiques, et pas seulement pour moi, je sais bien comment ils ont essaimé. Tentez-les avec vos publics : même si ce n’est pas ici une direction unique, la réflexion sur outils et formation à l’atelier d’écriture, construction de cycle, nous sommes une bonne partie des participant·e·s à l’atelier pour qui c’est aussi un socle du partage.

Je rappelle le principe de Vous qui habitez le temps : explorations de langue d’acteur à acteur, et progressivement, chacun des personnages va se saisir d’un solo. Et c’est une éblouissante suite de textes, dans leur liberté, dans le rapport à la ville, aux mots du quotidien, au travail aussi, à l’ensemble des fonctions de la langue (voir le passage sur médecine et médecins).

Et puis soudain, vers la toute fin, cet incipit : Un homme porte son corps devant lui.

Homme, femme, peu nous chaut : mais personnage oui. Personnage hors de nous-même, mais qui pour nous est peut-être mémoire, famille ou rencontre, période de notre vie, éphémère ou pas, mais personnage toujours présent, loin ou proche, dans l’obscure inquiétude où nous écrivons.

Alors, ce personnage, on le convoque. Et c’est elle ou lui qui va dire je, et parler.

Penser à ces marionnettes à taille humaine, que le marionnettiste anime à vue sur le plateau de théâtre. Penser aux exercices qu’on a fait, dans le cycle 40 exercices pour le carnet d’écrivain, sur le texte avec chiffres, ou sur la dissociation et soi-même comme double. Par la seule invocation Un homme porte son corps devant lui, nous contraignons le personnage à se dissocier, et celui qui dit « je » est celui qui tient devant lui la marionnette que vous voyons — et cela ne vaudrait pas le coup de le tenter ?

Pourquoi comment pour moi c’était obligatoire sur notre chemin. Pour ce texte si étrange de Peter Handke par lequel nous avons ouvert notre quête ou aventure. Le souhait assumé qu’on revienne dans ces zones où tout naît.

Le texte s’écrit énonçant notre rapport même au corps, à la vie, et à notre corps en vie, sans que jamais l’autobiographie ne soit convoquée, alors même que l’infinie singularité du personnage choisi en appelle à cette universalité en nous, l’humain, la langue, le monde, dans leur jeu et leur conflit.

Je vous propose en fichier joint trois extraits (un seul appartient au chapitre Un homme porte son corps devant lui), mais qui tous les trois obéissent à ce principe. La marche linéaire du livre de Valère est implacable, et là nous nous implantons directement dans son presque terme : c’est funambule, c’est risqué, mais c’est ce qui va donner son élan à l’ensemble qu’on est en train de lancer.

Hâte de vous lire.

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
diffusion sous licence Creative Commons CC-BY-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 juin 2024
merci aux 312 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page