#été2024 #09 | Thomas Bernhard, coup de tête

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#09 | Thomas Bernhard, coup de tête


Dans l’oeuvre incontournable et majeure de Thomas Bernhard, une sorte de fil traversant : cinq livres plus brefs, L’origine, La cave, Le souffle, Le froid, Un enfant, chacun fait d’un seul paragraphe de 130 pages, et tous basés sur un seul instant autobiographique, décrypté, ouvert et réouvert, traversé dans le remâchement, le décorticage, mais toujours en revenant à cette intensité sans durée, donc autorisant cette traversée infinie.

L’argument de la cave : un matin, se rendant au lycée, le jeune narrateur décide de faire demi-tour. Il prend « le chemin opposé ». Et demandera à son grand-père qui l’élève, d’entrer en apprentissage. Découvrir la vie, plutôt que l’apprentissage scolaire ? Oui, sauf que l’épicier qui l’accueille ne lui propose pas le Transsibérien, mais de dégermer des pommes de terre dans une cave obscure et humide. La tuberculose, la traversée de la mort annoncée (lire Le souffle) en découleront. Mais il ne serait pas à écrire ce livre sans cette traversée. La décision
est prise sur un coup de tête, sans en pouvoir mesurer aucune des conséquences. Mais depuis l’arbitraire de ce qu’on est devenu, on peut revenir explorer à l’infini ce dont on ne disposait pas, dans cet instant du coup de tête.

Ça, c’est le thème. Mais, à faire récit d’un instant sans durée, je voudrais joindre une contrainte formelle.

Thomas Bernard n’a pas trouvé dès ses débuts d’auteur de prose narrative, romans et récits, cette technique en un seul bloc paragraphe qui sera sa marque. Il semble qu’il la met au point dans la dernière partie d’un livre de transition, âpre et prenant, Perturbation (1967).

Et c’est tout l’intérêt de cette première tentative, Dans les hauteurs, composé en 1959, resté inédit, et qu’il publie seulement en 1989, l’année même de sa mort. Pour livre ultime, son premier livre.

Cent dix pages, une seule phrase. Un sous-titre aussi : « tentative de sauvetage, non-sens ». Le narrateur, quel hasard, a le même travail alimentaire que Thomas Bernhard a cette époque : chroniqueur judiciaire. Dans cette auberge de montagne, écrire pourrait signifier pour lui rompre avec l’écriture alimentaire pour écrire sans autre qualificatif. C’est la même problématique qui reviendra bien plus tard dans Béton ou Le naufragé.

Moi, ce que je vous propose, c’est d’emprunter à Dans les hauteurs sa forme : une seule phrase, éclatée en versets par une marque de paragraphes et des respirations en blanc qui sont pourtant une marquèterie compacte de blocs qui s’enchaînent sans aucune rupture tout au long des cent dix pages, mais qui à chaque instant, implacables, décortiquent les dialogues, les personnages, le monologue intérieur, l’écriture et les livres.

Et remarquer comment, dans l’écriture mono-bloc, un seul paragraphe, de La cave, et son infini ressassement sur l’instant sans durée de la décision, la période chroniqueur judiciaire, qui fait le socle de Dans les hauteurs, est évoquée et présente. Remarquer aussi comme l’italique, dans la masse, constitue presque un atlas sous le texte, une carte pour s’y reconnaître...

Un thème : « le jour où j’ai pris le chemin opposé ». Une forme : aucune majuscule, des blocs-versets qu’une seule virgule sépare tout en les rejoignant, une seule phrase pour explorer l’intérieur du coup de tête.

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 28 juin 2024
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