#été2024 #19 | Annie Ernaux, rémanence des images orphelines

le cycle été 2024 de Tiers Livre



 sommaire général et présentation du cycle été 2024 (plus inscriptions) ;

 la page unique Patreon avec récap des consignes écrites et téléchargements fiches d’appui (ou via lettre mail dédiée pour les participant·e·s non abonné·e·s) ;

 l’ensemble des participant·e·s à ce cycle reçoit directement par lettre mail dédiée les nouvelles propositions, le journal de bord, et les fiches d’appui ;

 problème d’accès WordPress ou réception lettre mail : nous écrire !

 

#19 | Annie Ernaux, rémanence des images orphelines


Paru en 2008, Les années est un grand livre. Mais un livre borne ou limite : dans le Quarto Écrire la vie, il est le dernier du livre, et comme un récapitulatif général.

Le principe de Les années : une suite disjointe de photographies décrites, et pour chaque photographie reprise aux albums et archives personnelles d’Annie Ernaux, on en déplie le contexte, sans plus donner un seul d’élément autobiographique, sinon le portrait même de l’époque la plus précisément associée à la photographie. On voit se dresser devant nous une fresque à la fois sociale et intime, d’une immense proximité avec ce qu’elle décrit, mais d’autant plus à valeur universelle que seule la photographie (ou la suite discontinue de ces photographies), nous renvoie à l’univers privé de l’auteur.

Dans le cycle De l’autobiographie comme fiction (2021), on a exploré bien sûr cette proposition : Annie Ernaux, la voix narratrice, mais la proposition suivante partait aussi de Les années, d’une toute autre façon : Annie Ernaux, fragments-images.

Mais j’y reviens, parce que les 6 ou 8 pages d’ouverture à Les années constitue un texte qui ne cesse de me questionner.

Exactement 60 fragments, plus ou moins bref, de une ligne à une dizaine, introduits par une phrase devenue totalement symbolique de la démarche d’Annie Ernaux : « Toutes les images disparaîtront », qui impose justement à chacun des 60 fragments d’être lus comme image, et non comme récit ou fragment narratif.
C’est ce qu’on avait exploré la première fois, mais j’avais mis l’accent une fois encore sur la photographie avant l’image : les photographies non faites, les souvenirs qu’on a de lieux ou périodes d’après les photographies, ou bien les photographies perdues. Et je lisais ce prologue d’Annie Ernaux, qui nous prépare au lancement du livre lui-même, photographie puis dépli, comme une dérive ou une extension : les affiches de films, les publicités télévisées, les Unes de presse, des éléments de faits divers, voire des éléments langagiers, s’amalgamant peu à peu à ces photographies pour créer comme un embryon de ces tranches d’époque qu’on allait bientôt explorer.

Et si ce prologue allait plus loin : en quelques décennies, nous avons mentalement appris à stocker, mémoriser et traiter une quantité exponentielle d’images, évidemment photographiques, aussi bien filmiques, qu’images issus de tous les registres traversés de la publication, magazines, publicités, ou tout simplement les rues des villes.

Serait-il possible alors que cet énorme magasin mental, au fonctionnement et aux arborescences encore mal connues, à la fois indépendant des énonciations langagières et lié aux énonciations langagières que nous émettons pour y puiser (les récents outils d’intelligence artificielle pour l’image nous aident à comprendre un petit peu mieux), serve aussi d’archives à des bribes de vie, faits divers, silhouettes croisées, agressions verbales, éléments de presse ou de publicité, que nous stockons et traitons en tant qu’images alors qu’elles ne ressortissent pas de l’univers des images ?

Des images orphelines, que nous intégrons à notre mémoire des images pour en garder l’accès et la rémanence, au-delà des énoncés de langage.

Donc une proposition qui sera plus de recherche, d’invention collective, qu’une stricte consigne. Mais c’est un des aspects décisifs de notre aventure commune.

En tout cas un texte trop singulier pour qu’on ne décide pas de son intronisation dans la bibliothèque commune des outils d’écriture.

Fragments incluant des photographies perdues, des photographies non faites, des posters et affiches, des souvenirs hérités de films, ou bribes orphelines dans l’infinie traversée de la vie, et restées là, rémanentes.

Les textes issus de notre précédente visite était si surprenants, si ouverts : on peut les lire ici. Et vous y retrouverez une bonne poignée de noms qui sont aussi parmi les contributrices et contributeurs de ce nouveau cycle.

À elles et eux, aucune hésitation à suggérer une revisite : reprendre exactement votre ancien texte, et seulement développer les fragments écrits ? Ou, compte tenu de ce que dit plus haut, élargir et prolonger dans une inflexion qui n’était la vôtre alors : vous n’aviez pas pris appui dans ces « photographies non faites » ? Eh bien allez par là. Au contraire, vous vous en étiez d’abord tenu à la dimension photographique ? Ouvrons-la.

C’est un livre, et son prologue inclus, qui représente suffisamment une balise et un virage pour qu’on y revienne et qu’on insiste.

Et je dis comme en 2021 : bonnes écritures !

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
diffusion sous licence Creative Commons CC-BY-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 juillet 2024
merci aux 179 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page