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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>77 | manger &#224; Cergy, 4, brasseries</title>
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		<dc:date>2022-01-10T11:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>2015</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>
		<dc:subject>Ardouvin, Pierre</dc:subject>
		<dc:subject>Cuzin, Christophe</dc:subject>
		<dc:subject>Rohmer, &#201;ric</dc:subject>
		<dc:subject>Lang, Luc</dc:subject>
		<dc:subject>Souchon, Patrick </dc:subject>
		<dc:subject>Senaud, Franck</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Cergy, EnsaPC, Pierre Ardouvin, Christophe Cuzin, Patrick Souchon, Franck Senaud, Eric Rohmer, 2013-2019&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1031" rel="tag"&gt;2015&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot920" rel="tag"&gt;Ardouvin, Pierre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1062" rel="tag"&gt;Cuzin, Christophe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1063" rel="tag"&gt;Rohmer, &#201;ric&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot840" rel="tag"&gt;Lang, Luc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Souchon, Patrick &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1010" rel="tag"&gt;Senaud, Franck&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
manger &#224; Cergy : &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5059' class=&#034;spip_in&#034;&gt;1, soirs&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5058' class=&#034;spip_in&#034;&gt;2, petits-dejs&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5059' class=&#034;spip_in&#034;&gt;3, brasseries&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5060' class=&#034;spip_in&#034;&gt;4, cantine&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5039' class=&#034;spip_in&#034;&gt;5, kebab&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;77 | manger &#224; Cergy, 4, brasseries&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Donc une fois cette autorisation d'acc&#232;s accord&#233;e aux enseignants &#233;cole d'arts pour la cantine souterraine de la pr&#233;fecture, beaucoup moins de cette errance deux jours par semaine, trente-quatre semaines par an, parmi les points ravitaillement de la ville anciennement nouvelle, mais comment tu aurais support&#233; l'id&#233;e d'aller deux jours de suite &#224; la cantine souterraine ou d'y descendre seul, forc&#233;ment on s'est mis &#224; faire des &#233;conomies mais on n'a pas l&#226;ch&#233; pour autant la suite de nos haltes du midi, soit : par exemple, au plus pr&#232;s de l'&#233;cole, quasi sous ses vitres arri&#232;re, avec une petite salle repas en contrebas de quatre marches qui permettaient, depuis la rue, de voir si des coll&#232;gues y &#233;taient d&#233;j&#224; auquel cas tu les rejoignais (enfin, selon, puisque &#231;a pouvait aussi &#234;tre un motif de fuite), tu entrais par le c&#244;t&#233; tabac, devant la porte sur la dalle quatre ou cinq tables et leurs cendriers, souvent la pr&#233;sence de l'aveugle, celui qui venait le soir s'asseoir &#224; la r&#233;ception du Kyriad : &#171; &#231;a va, monsieur Mourad, &#231;a va aujourd'hui &#187;, je ne sais plus s'ils faisaient aussi PMU mais en tout cas cette surcharge sous les cigarettes de jeux &#224; gratter, publicit&#233;s de Loto, avant l'enfoncement noir, &#224; gauche les banquettes dont la moleskine &#224; l'inauguration de la ville avait &#233;t&#233; fra&#238;che et color&#233;e, puis au fond &#224; droite la petite salle et l'immuable serveur mutique et lent, comme un air de conspirateur pour vous annoncer le bourguignon pur&#233;e ou bien pour en appeler &#224; votre complaisance t&#233;moignant de ce qu'il n'&#233;tait ici pas du tout &#224; sa place non, mais jamais il ne se trompait dans les commandes, savait assez son monde pour nous laisser monopoliser notre coin de table, les plats &#233;taient &#224; l'heure et on payait ensuite &#224; tour de r&#244;le &#224; la patronne (&#171; sans contact ? &#8212; sans contact &#187;), mais c'&#233;tait si pr&#232;s de l'&#233;cole (moi je l'appelais la brasserie des sculpteurs parce que j'y venais plut&#244;t avec les trois profs sculpteurs, Ardouvin, Cuzin, Cousinard et les affinit&#233;s qu'on a dans le peu de paroles et le go&#251;t des choses solides, et parce que c'est plus facile aussi dans un lieu o&#249; on vous reconna&#238;t comme client du mardi, ou du mercredi ou du jeudi selon les ans mais quand m&#234;me r&#233;guli&#232;rement &#224; r&#233;p&#233;tition &#8212; ici les v&#233;g&#233;s avaient omelette salade ou d&#233;brouille-toi, trop pr&#232;s de l'&#233;cole pour une vraie pose ou &#233;chapper aux regards des &#233;tudiants rapportant de la boulangerie leur sandwich (ce que tu ferais souvent aussi, &#171; la formule ? &#8212; oui, la formule, avec le jambon formage ou saucisson beurre plus un Coca mais tu rapportais &#231;a dans l'amphi pour finir tel dossier ou mail avant l'heure de reprise, gardant le flan ou la p&#226;tisserie incluse dans la formule pour le train au retour, &#224; moins que tu ne la retrouves &#233;cras&#233;e dans le fond de ton sac la semaine suivante), soit par exemple et en les prenant dans l'ordre la brasserie qui sur la dalle, mais plus &#224; droite en sortant de l'escalator du RER, bien s&#251;r le Columbia et m&#234;me d&#232;s le premier jour du recrutement puisqu'on avait &#233;t&#233; cinq convoqu&#233;s de la short list et qu'on se connaissait tous forc&#233;ment (l'amie d'ailleurs qui reprendrait ton poste &#224; ton d&#233;part, et puis ce copain auteur qui, vingt ans de moins que toi, avait fait la villa M&#233;dicis &#224; vingt ans d'&#233;cart, mais assumait un poste de prof en lyc&#233;e et pas facile d'&#233;chapper &#224; cette orbite &#8212; un jour bizarre puisque, sans jamais avoir &#233;t&#233; f&#233;ru de num&#233;rologie cette fois dans le TGV la SNCF t'avait attribu&#233; la voiture 19 place 53 et qu'en vingt-cinq ans de TGV ce serait la seule, seule fois o&#249; &#231;a tomberait sur ton ann&#233;e de naissance bien s&#251;r que sinon tu le remarques &#8212;, le copain m'avait attendu et on &#233;tait all&#233; au Columbia et on avait pris deux andouillettes frites, on en avait bien s&#251;r plaisant&#233; c'&#233;tait expr&#232;s, celui qui aurait le poste on reprendrait ailleurs une andouillette frites et celui qui aurait le poste offrirait une bouteille &#224; l'autre, la bouteille je l'avais achet&#233;e mais je ne crois pas que depuis lors on se soit revu, le Columbia avec ses grandes baies vitr&#233;es et sa fa&#231;on de jouer les brasseries traditionnelles, aux beaux jours les tables d&#233;ploy&#233;es sur la terrasse c'est l&#224; que Rohmer avait tourn&#233;e L'amie de mon amie donc c'&#233;tait comme de s'inviter dans un film, Cergy &#233;tait un r&#234;ve middle class tout neuf &#224; l'&#233;poque, dans le prolongement direct de la D&#233;fense et toi en cinq ans &#224; la d&#233;gringolade du Columbia tu verrais bien aussi la transformation en ghetto, ghetto tertiaire le midi et ghetto tout court le soir (le Columbia d'ailleurs ferm&#233;, lors d'un &#233;ni&#232;me changement de propri&#233;taire ils avaient retent&#233; le soir et j'&#233;tais venu deux fois mais certainement pas trois), en tout cas les premi&#232;res ann&#233;es en s'y glissant sur le tard avec les coll&#232;gues (les &#233;tudiants pr&#233;venus que, compte tenu de ce retard, on ne r&#233;attaquerait qu'&#224; 14 heures pass&#233;es), ce que tu appr&#233;ciais c'&#233;tait le soleil sur les vitres, le hors temps que t'offre en hiver ou demi saison le soleil tapant ferme sur les vitres, ce qu'on mangeait &#233;tait sinon plut&#244;t ordinaire mais le caf&#233; tr&#232;s correct, reste qu'au bout de trois ans tu as un peu plus de mal en t'asseyant pour le plat du jour (foie de veau &#231;a vous va, ou d'autres fois langue en sauce &#231;a vous va, ou bien plus simplement parmentier maison &#231;a vous va) &#224; t'imaginer que tu t'embarques pour le dedans d'un d&#233;cor de film, ou par exemple en continuant la rue, &#224; la bifurcation qui va vers la Poste ce vietnamien ou tu passais vingt minutes de queue debout, et quand bien m&#234;me il y avait cinq personnes &#224; attendre c'&#233;tait vingt minutes de queue, un vieux couple avec le monsieur &#224; lunettes qui venait faire un sourire depuis son recoin embu&#233;, avec une courbette mais amicale, fa&#231;on de l&#224;-bas, m&#234;me s'il y avait &#224; ce moment-l&#224; des gens qui passeraient vingt minutes debout &#224; attendre et rituellement c'&#233;tait bobun, jamais Luc Lang (on a perdu contact, vies qui vont droit et ne se d&#233;tournent pas) ne serait all&#233; ailleurs, donc quand avec Luc charg&#233; du cours d'esth&#233;tique mais on se connaissait bien avant que je le rejoigne ici (il doit y continuer certainement) c'est au bobun du vieux couple vietnamien qu'on venait attendre, vingt minutes debout puis dix minutes sur un coin de table pour le bol aux nems flottants et la soupe claire &#231;a faisait quand m&#234;me une demi-heure pour ce qu'on avait &#224; se dire quand on avait &#224; se dire, le caf&#233; on reviendrait ensuite le prendre sur la place ronde, plus loin dans le renfoncement c'&#233;tait un indien qui devait au moins s'intituler le Maharajah et qui &#233;tait toujours aux trois quarts vides, l&#224; aussi tu testes une fois mais tu ne reviens pas, et par contre juste apr&#232;s la bifurcation vers la Poste si on traversait une pizzeria ouverte le soir mais sans alcool, et si par hasard le soir tu venais qui s'arrangeait toujours pour te mettre en vitrine des fois que &#231;a attire d'autre monde, n'y venaient des gens, plut&#244;t en groupe, que pour leur salle o&#249; un &#233;cran diffusait les matches de foot d'une cha&#238;ne arabe, un ensemble de trois bistrots donc mais il n'y a que le vietnamien qu'on ait fr&#233;quent&#233; vraiment, parfois avec Luc Lang parfois avec d'autres, d'ailleurs on l'appelait &#171; le bobun &#187; le resto aux vingt minutes debout et qui devait avoir sa fa&#231;on authentique puisque souvent on y croisait, mais qui rapportaient une barquette &#224; l'&#233;cole dans un pochon plastique, nos si chouettes &#233;tudiants et &#233;tudiantes de Cor&#233;e, Chine ou Japon, ou comme par exemple, mais en suivant alors deux cents m&#232;tres plus loin cette rue qui longeait la biblioth&#232;que universitaire, l'entr&#233;e du Auchan sur une esplanade en travaux, ou pendant une heure derri&#232;re la vitre tu te r&#233;galais des visages de passage, tout un monde lointain (puisque derri&#232;re la vitre) et si proche (le grand d&#233;ferlement du monde tout entier aval&#233; et rejet&#233; par le Auchan deux &#233;tages au-dessus), les Cerclades on n'y venait pas aussi souvent mais le patron offrait le caf&#233;, le service &#233;tait rapide, les plats classiques mais g&#233;n&#233;reux et c'&#233;tait un public diff&#233;rent, plus ouvrier (&#233;lectriciens, gens des eaux, du t&#233;l&#233;phone, agents de service de la ville) c&#244;t&#233; comptoir, plus &#233;quipes du m&#234;me bureau pomponn&#233;es pour le repas de f&#234;te c&#244;t&#233; vitrine sur la place et moi j'aimais bien les Cerclades quand l'occasion d'un rendez-vous qui compte m&#234;me si c'est juste une fois l'an mais qu'on y tient, deux fois avec Patrick Souchon au moins, une fois par an rituellement avec C&#233;sar, &#233;tudiant si atypique, une autre fois avec Franck Senaud, une avec Xavier Georgin et &#231;a peut &#234;tre bien de se forcer &#224; prolonger une telle liste jusqu'&#224; l'exhaustivit&#233;, une autre fois avec cette coll&#232;gue am&#233;ricaine de Los Angeles (on avait un partenariat d'&#233;change d'&#233;tudiants et d'&#233;change d'enseignants) dont j'avais d&#233;couvert sur son site que moyennant inscription en ligne et deux cent cinquante dollars elle se d&#233;pla&#231;ait &#224; votre domicile et photographiait votre chien ou chat, &#231;a m'avait donn&#233; des id&#233;es pour en faire autant : un livre sur votre chien &#224; prix forfaitaire, ma page est toujours en ligne sur mon propre site mais &#231;a n'a pas march&#233; comme pour elle d'&#233;vidence &#231;a marchait, on pouvait revenir &#224; l'&#233;cole soit par cette rue directement vers le RER soit en reprenant par l'entr&#233;e du Auchan, passant alors sous cet escalier qui menait &#224; ce toit terrasse extr&#234;mement curieux, l'id&#233;e des concepteurs ayant &#233;t&#233; d'y positionner, autour d'un vaste espace arboris&#233; comme &#231;a en plein ciel, des associations &#224; vocation sociale, dommage qu'ils n'y aient pas plut&#244;t install&#233; un bistrot terrasse puisque personne ne savait comment s'y rendre, depuis l'int&#233;rieur du centre commercial g&#233;ant, &#224; ce toit terrasse qui devait lui redonner vocation humanitaire plus g&#233;n&#233;reuse que les cinquante ou quatre-vingts boutiques &#224; fringues, t&#233;l&#233;phones, &#233;lectro-m&#233;nager et m&#234;me une Fnac (et m&#234;me quelques livres, mais peu) mais en architecture les bonnes intentions suffisent rarement en tout cas j'aimais y faire parfois une ballade ou bien sous n'importe quel pr&#233;texte le faire d&#233;couvrir &#224; d'&#233;ventuels h&#244;tes de passage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;vry corps b&#233;ton | roman-photo &amp; vid&#233;o-fictions</title>
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		<dc:date>2020-06-29T07:02:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>grand Paris, banlieue</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;vry</dc:subject>
		<dc:subject>Senaud, Franck</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;en r&#233;sidence au C19 / ENSIIE avec l'association Pr&#233;figurations&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique195" rel="directory"&gt;2020 | &#201;vry corps b&#233;ton&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot294" rel="tag"&gt;grand Paris, banlieue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1014" rel="tag"&gt;&#201;vry&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1010" rel="tag"&gt;Senaud, Franck&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4881.jpg?1580889608' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;sommaire&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&#201;vry corps b&#233;ton&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;#videos&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;les vid&#233;os&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#rp&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;les photos&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#projet&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;liens &amp; projet&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;prochaines dates publiques&lt;br/&gt;
&#8226; 23/24 octobre, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4882' class=&#034;spip_in&#034;&gt;workshop #Litt&#233;raTube&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;videos&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;made in C19 | enqu&#234;tes, fables, performances&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;em&gt;enqu&#234;tes, promenades&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.03.01 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bbz702K0DSw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Evry lave plus blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.02.01 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ZBQkdoTmtLY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;nigme du grutier tomb&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;em&gt;fables, fictions&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.05.14 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=3a3T0T1dtKU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;retour dans Evry vide&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.02.02 | fiction, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=hEiN3MBPfD8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;nigme de l'enfouisseur &#224; r&#233;alit&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;em&gt;made in C19 _ performances&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; janvier 2020, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=uQG79ed0S4M&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hommage &#224; Gregory Corso, Bomb (collectif)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mars 2020, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=gTi8RXfKEIo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hommage Henri Michaux, &lt;i&gt;L'&#233;poque des illumin&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;rp&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&#201;vry corps b&#233;ton, un roman-photo&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?rubrique25&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #13, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2181&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;reconstruction du temple&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #12, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2180&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hypoth&#232;ses concernant cette pi&#232;ce secr&#232;te de la ville&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #11, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2179&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le r&#234;ve de la ville est sous la ville&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #10, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2176&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;muette menace des antennes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #9, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2172&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;villes anciennement nouvelles&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #8, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2162&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comment &#224; &#201;vry on r&#233;inventait la biblioth&#232;que&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #7, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2164&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;o&#249; venir la nuit pour &#233;crire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; hors s&#233;rie, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2163&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chambre pr&#234;t&#233;e avec un peu de lecture pour la nuit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #6, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2142&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce parfait carr&#233; de m&#233;tal bleu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #5, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2141&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;si c'&#233;tait par l&#224; o&#249; s'enfuir&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #4, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2140&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;craindre et aimer ce monde de parois&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #3, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2139&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette &#233;mergence des terrasses&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #2, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2138&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'un r&#234;ve brutaliste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #1, &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2137&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prologue &#224; une immersion r&#233;currente et longue&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;projet&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;le projet, les liens, les dates&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;De janvier 2020 et en jouant sur la dur&#233;e (2 ans), je suis l'invit&#233; &#224; Evry de l'association &lt;a href=&#034;https://prefigurations.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pr&#233;figurations&lt;/a&gt; &#8212; merci Franck Senaud &amp; Laurent Martin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de d&#233;part : une discussion avec Franck o&#249; je disais le bonheur que ce serait, pour un plumitif dans mon genre, de pouvoir r&#233;guli&#232;rement s'installer dans un espace urbain et complexe, mais de haute technologie, labyrinthe de grands volumes avec vue sur ville, pour travailler &#224; ses photos, vid&#233;os et textes... il m'a pris au s&#233;rieux et voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous d&#233;couvrirez d&#232;s &#224; pr&#233;sent ce lieu extraordinaire dans le &lt;a href=&#034;#rp&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;roman photo&lt;/a&gt; ci-dessous, o&#249; ma recherche n'est pas documentaire mais &#233;videmment d'abord une qu&#234;te du fantastique urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de cette r&#233;sidence, nous croiserons les collaborations et les interventions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; partenariat de l'&lt;a href=&#034;https://c-19.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;incubateur C19&lt;/a&gt; avec &lt;a href=&#034;https://www.ensiie.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#233;cole d'ing&#233;nieur ENSIIE&lt;/a&gt; dans les m&#234;mes locaux (merci Nassim Khider &amp; Th&#233;o Cabrero) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dialogue avec la super dynamique &lt;a href=&#034;https://sortir.grandparissud.fr/equipements/classe-preparatoire-arts-visuels-site-de-la-ferme-du-bois-briard&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;pa &#233;cole d'arts&lt;/a&gt; (merci Sandrine Rouillard et son &#233;quipe) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et autres dialogues &#224; venir, notamment sur les questions d'urbanisme et de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce premier semestre, je suis pr&#233;sent au C19 au moins 2 jours chaque mois, ne pas h&#233;siter pour contact &amp; RV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AVERTISSEMENT : les contenus pr&#233;sent&#233;s ci-dessus ne participent que de ma libre cr&#233;ation d'auteur, se veulent questions et fictions, et ne sauraient engager aucun des partenaires associ&#233;s au projet, que je remercie avec gratitude.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href=&#034;#sommaire&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour sommaire&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>entretien Franck Senaud, 4 | le son, l'image, le fric</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4863</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4863</guid>
		<dc:date>2019-12-04T06:36:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Senaud, Franck</dc:subject>
		<dc:subject>entretiens</dc:subject>
		<dc:subject>audio &amp; video</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivain, un m&#233;tier ?</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de l'entretien comme art permanent&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;le livre &amp; l'Internet&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1010" rel="tag"&gt;Senaud, Franck&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot682" rel="tag"&gt;entretiens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;audio &amp; video&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot238" rel="tag"&gt;&#233;crivain, un m&#233;tier ?&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4863.jpg?1575441583' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
On va probablement arr&#234;ter fin d&#233;cembre, mais l'&#233;change commenc&#233; avec Franck Senaud (sur l'image ci-dessus, au C19 d'&#201;vry) continue &#224; rythme r&#233;gulier, et nous force &#224; explorer dans des zones qu'on n'aborde que trop rarement &#8211;- je lui en exprime ma reconnaissance.
&lt;p&gt;Ici, des &#233;changes concernant l'&#233;conomie du web artistique, et de nos rapports au mat&#233;riel image ou &#224; la prise de son.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fb&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comme pour les pr&#233;c&#233;dents extraits, redire que le fichier global de cet entretien est disponible sur demande, et que nous sommes pr&#234;ts &#224; &#233;change pour &#233;dition &#233;ventuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Image ci-dessous : avec Franck Senaud et Laurent Martin (&lt;a href=&#034;https://prefigurations.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;association Pr&#233;figurations&lt;/a&gt;) en rep&#233;rage terrain &#224; &#201;vry.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_6930 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/franck-senaud_1_sur_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/franck-senaud_1_sur_1_.jpg?1575441616' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;h2&gt;le son, l'image, le fric | entretien avec Franck Senaud, 4&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Difficile de pr&#233;dire l'avenir et dans ce domaine ci plus encore. On pourrait imaginer un syst&#232;me d'abonnement comme Spotify pour la musique qui permette un acc&#232;s &#224; des contenus &#233;crits et/ou vid&#233;os ou podcast ? Et sortirait de l'achat ponctuel ? M&#234;me si ce syst&#232;me n'est gu&#232;re valorisant pour les petits j'ai cru comprendre. &#192; moins que tu n'&#233;voques indirectement un march&#233; &#224; petite &#233;chelle, plus frugal mais plus solide ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
On n'en est pas encore &#224; l'&#233;tape des solutions &#233;conomiques viables, m&#234;me &#224; &#233;chelle micro-familiale. Je ne connais pas de musiciens, m&#234;me hyper solides, qui puissent vivre des revenus de Spotify. C'est un changement progressif d'&#233;cosyst&#232;me, avec la diffusion ponctuelle de contenus haute qualit&#233; (genre BandCamp), la revalorisation du vinyle en tant que marqueur symbolique, et comment les albums ancrent et rythment les prestations sc&#233;niques, avec &#233;ventuellement des droits d&#233;riv&#233;s sur tee-shirts ou autres, mais &#231;a c'est plut&#244;t les Rolling Stones que mes potes musicos. J'ai toujours eu pour principe de tester ces laboratoires, avec publie.net on a &#233;t&#233; les premiers &#224; proposer des acc&#232;s streaming en 2009 pour notre catalogue litt&#233;rature. Chez mes amis d'&lt;a href=&#034;https://immateriel.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;immateriel.fr&lt;/a&gt;, distribution multi-plateforme de livres num&#233;riques, des auteurs en vivent tr&#232;s confortablement, mais c'est un nombre tr&#232;s restreint et ce n'est pas le m&#234;me genre de litt&#233;rature que la mienne. Pour les podcasts, il n'y a pas actuellement de v&#233;ritable circuit &#233;conomique, alors m&#234;me qu'on est en pleine demande c&#244;t&#233; usages. Alors on en revient &#224; l'autre principe, m&#234;me si assez g&#233;n&#233;rateur d'angoisse int&#233;rieure permanente, de faire nos trucs parce qu'il nous semble justifi&#233; de les faire, des podcasts et des vid&#233;os, des livres en impression &#224; la demande, ou trois heures sur un billet de blog en sachant parfaitement que ce n'est pas &#231;a qui payera les nouilles, et qu'on bavera encore longtemps devant le nouveau micro ou la nouvelle cam&#233;ra. Ce qui peut &#233;ventuellement consoler, c'est que l'id&#233;e de la litt&#233;rature comme m&#233;tier a pu &#234;tre formul&#233;e par Balzac (y compris avec des syst&#232;mes totalement visionnaires de fascicules par abonnements), mais n'a &#233;t&#233; r&#233;ellement envisageable que par l'industrialisation type livre de poche, et surtout la commande audiovisuelle, les &lt;i&gt;H&#246;rspiel&lt;/i&gt; pour Perec, ou la grande p&#233;riode France Culture. Disons que c'&#233;tait plut&#244;t &#231;a, l'anomalie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans cette transition, tu te retrouves sur un mod&#232;le &#233;conomique mixte et une &#233;volution sans visibilit&#233;. C'est aussi un enrichissement de ta pratique dans ces lieux d'o&#249; tu parles et o&#249; peu de cr&#233;ateurs vont ? L'int&#233;r&#234;t pour un projet comme Saclay ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Oui pour le mot transition, non pour le mod&#232;le &#233;conomique. En cinq ou huit ans, j'ai pu greffer sur mon site une suite de ces projets qui se sont construits autrement que par le livre : le &lt;a href=&#034;https://chant-acier.nouvelles-ecritures.francetv.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;webdoc Fos-sur-Mer&lt;/a&gt;, les &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4370' class=&#034;spip_in&#034;&gt;vid&#233;os Lovecraft&lt;/a&gt; et ce qu'elles dessinent progressivement, avec trois embryons, la &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2502' class=&#034;spip_in&#034;&gt;performance une semaine &#224; La D&#233;fense&lt;/a&gt;, le &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4023' class=&#034;spip_in&#034;&gt;projet ronds-points&lt;/a&gt; et cette r&#233;sidence sur le &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2885' class=&#034;spip_in&#034;&gt;plateau de Saclay en 2012&lt;/a&gt;. Chaque fois, il a fallu aller &#224; contre-courant, tant les invitants placent le livre (quitte &#224; ce qu'il ne soit pas diffus&#233;) comme instance de retour symbolique du projet. Mais quand j'ai besoin moi-m&#234;me de retrouver quelque chose concernant La D&#233;fense ou le plateau de Saclay, je reviens farfouiller mes sommaires (l'occasion de les r&#233;viser au passage, le web &#233;voluant, emmener cette mati&#232;re &#224; mesure qu'on avance) et je dispose d'une mati&#232;re, de la possibilit&#233; aussi de l'actualiser ou de la compl&#233;menter, bien plus riche d'&#234;tre l&#224; sans m&#233;diation, dans une pluralit&#233; de strates (pour Saclay, rencontres et entretiens, balades et explorations, fictions br&#232;ves, journal de r&#233;sidence&#8230;). Il me semble qu'on n'est qu'&#224; l'aube de ces objets. Contrairement &#224; ce que tu dis, je constate plut&#244;t qu'on est de plus en plus nombreux &#224; aller dans cette direction (je pense au site &lt;a href=&#034;https://www.urbain-trop-urbain.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Urbain trop urbain&lt;/a&gt; de Mathieu Duperrex et Claire Dutrait). Ce qu'on a mis en travail, c'est l'&#339;uvre (en prenant le mot au sens le plus g&#233;n&#233;rique, travail et &#233;laboration) comme &#233;cosyst&#232;me, d&#233;ploy&#233;e sur plusieurs supports ou m&#233;dia que le lecteur m&#234;me articule, via sa consultation, et son acc&#232;s num&#233;rique &#224; cet &#233;cosyst&#232;me. L&#224;, ma curiosit&#233; est enti&#232;re. Dans le monde US ou qu&#233;b&#233;cois &#8211; voir les &#171; pourboires &#187; si p&#233;nibles &#224; calculer soi-m&#234;me dans les restaus &#8211;, cette notion de r&#233;mun&#233;ration du travail artistique est plus ancr&#233;e, plus fluide, on mettra longtemps &#224; se d&#233;barrasser de la pr&#233;gnance de l'&#201;tat dans la cr&#233;ation, qui pourtant fond &#224; vue d'&#339;il. Alors aucune fausse pudeur &#224; tenter d'&#234;tre un artisan du web, avec diff&#233;rents &#171; services &#187; comme les ateliers en ligne, ou la possibilit&#233; de commander un livre en impression &#224; la demande. Mais clairement, aujourd'hui, pas possible de soumettre nos recherches et productions &#224; une quelconque viabilit&#233; &#233;conomique. &#199;a a des r&#233;percussions sur l'esth&#233;tique m&#234;me : faire ses vid&#233;os seul, plut&#244;t qu'en petite &#233;quipe op&#233;rateur et ing&#233; son, donc ce sera plus trash, avec des outils plus sommaires aussi. Voil&#224;, c'est juste un param&#232;tre qu'on int&#232;gre. Et je crois que c'est aussi l&#224; o&#249; on peut peser le plus pour que &#231;a avance : par exemple Duperrex avec la Marelle &#224; Marseille, des institutions sont pr&#234;tes &#224; nous suivre, si on apporte autre &#233;clairage sur ville, communaut&#233;, et qu'on le fait depuis les usages m&#234;mes de leurs pratiquants -&#8211; la vid&#233;o &#171; partag&#233;e &#187;, comme YouTube, et petit &#224; petit le podcast, prennent le pas sur le livre qui sera une ressource compl&#233;mentaire, mais plus solide que le site web, lequel pourtant gardera la priorit&#233; pour l'acc&#232;s, le rep&#233;rage. Rien que du mouvant, du sable dans les mains, mais si le petit bonhomme &#224; l'int&#233;rieur te dit : &#8211;- Vas-y, c'est &#231;a que t'as envie de faire&#8230; Eh bien on ob&#233;it &#224; cette pulsion, si irrationnelle qu'elle soit, et dans quelque gal&#232;re elle nous met pour l'&#233;conomie du quotidien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans cette &#339;uvre ouverte en train de se construire, tu (re)vois l'appareil photo comme une prise de notes ? Jamais le son ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
C'est une question forte, et &#224; plusieurs entr&#233;es. Le &#171; carnet &#187; de l'auteur, comme celui du peintre ou du cin&#233;aste, c'est un flux entrant, de la r&#233;alit&#233; travers&#233;e vers l'univers de documentation personnelle. En creative writing on y est extr&#234;mement attentif : on fait en permanence des exercices sur ce flux, et comment le cristalliser en documentation. Des ann&#233;es durant, pour moi, c'&#233;tait seulement le cahier. Je crois que c'est aussi construire un processus mental, d&#233;construction du visible, et pour cette raison m&#234;me appelant la m&#233;diation d'un support concret, pour ne pas en rester au statut de la perception, ou de la sensation. Et inversement le flux sortant, qui lui va s'&#233;tablir selon telle modalit&#233; de m&#233;dias, ou combinaison de ces m&#233;dias, chaque m&#233;dia (photo, son, vid&#233;o, r&#233;cit) &#233;tant parfaitement susceptible d'&#234;tre univers complet &#224; lui seul. Ces derni&#232;res ann&#233;es, effectivement, j'ai d&#233;laiss&#233; le cahier pour la panoplie num&#233;rique &#224; notre disposition : l'iPhone et le &#171; send &#187; vers Instagram, c'est certainement un carnet du flux entrant plut&#244;t qu'une publication &#233;labor&#233;e en tant que tel, flux sortant &#171; &#233;dit&#233; &#187;. Dans la p&#233;riode Nuits magn&#233;tiques, en travaillant sur le terrain avec les r&#233;alisateurs, effectivement la captation sonore est d&#233;j&#224; production d'imaginaire. Quand je suis dans un lieu ou moment de d&#233;couverte intense, la difficult&#233; pour moi c'est de choisir photo ou vid&#233;o : donc d&#233;j&#224; me positionner en fonction du m&#233;dia &#171; sortant &#187;, selon que ce sera publi&#233; en vlog (hier, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=pZKeXe6IlmI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en r&#233;p&#233;tition pour une performance&lt;/a&gt; avec Dominique Pifar&#233;ly &#224; Nevers) ou que j'ai plus l'intuition d'un r&#233;cit avec photos (avant-hier, ma d&#233;couverte de ces labyrinthes de b&#233;ton dans &#201;vry, merci au guide&#8230;). Donc certainement moins dans une optique de &#171; carnet de notes &#187; que collecte de mat&#233;riel pour la publication ult&#233;rieure. Dans les deux cas, vid&#233;o pour Nevers ou r&#233;cit photo pour ce &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2137&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;premier apr&#232;s-midi d'&#201;vry&lt;/a&gt;, ce qui constituera le r&#233;cit est post&#233;rieur, ou r&#233;trospectif. Alors oui, on pourrait faire la m&#234;me chose avec le son, et je suis attentif &#224; quelques cr&#233;ateurs qui pratiquent de cette mani&#232;re (David Christoffel, Pierre Nouvel et J&#233;r&#244;me Combier, il y en a d'autres&#8230;). Je sais bien, puisque la vid&#233;o est aussi un univers son, combien &#231;a exige de pr&#233;cautions, probablement plus que pour la prise de vue, autant pour la captation que pour le montage&#8230; Cet apr&#232;s-midi d'&#201;vry, une des personnes pr&#233;sentes (Laurent Martin, de l'&lt;a href=&#034;https://prefigurations.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;association Pr&#233;figurations&lt;/a&gt;), qu'est-ce que j'aurais aim&#233; l'enregistrer, justement parce qu'il s'agissait de commentaires qui naissaient de la situation. Si j'avais &#233;t&#233; accompagn&#233; d'un copain preneur de son, on aurait fait quelques ambiances, bruits de pas, fonds urbain, courants d'air, mais c'est ce que je lui aurais demand&#233; : coller &#224; Laurent, en me concentrant moi sur ces demandes d'explication que je lui adressais. On retrouve ce m&#234;me paradoxe, qui concerne l'ensemble du monde vid&#233;o, photo, musique : l'obligation de faire seul change les paradigmes esth&#233;tiques. L'autre paradoxe, pour ce qui me concerne : c'est dans ces moments de premi&#232;re d&#233;couverte d'un &#233;cosyst&#232;me ou fragment neuf de r&#233;alit&#233;, que se joue une grande part de l'exp&#233;rience ult&#233;rieure. Si je pouvais, je vivrais ces moments avec une GoPro Fusion en 360 plant&#233;e sur le sommet du cr&#226;ne &#8211; mais techniquement on n'en est pas encore l&#224;. Il y a une page l&#224;-dessus dans &lt;i&gt;Esp&#232;ces d'espaces&lt;/i&gt; : qu'on en apprend plus sur une ville en faisant le chemin en bus de l'a&#233;roport &#224; l'h&#244;tel, les premi&#232;res minutes, que dans les huit jours &#224; suivre avec balades, mus&#233;es etc. Dans cette visite d'&#201;vry je me suis servi intens&#233;ment de mon appareil-photo (quelques 380 images en 5 heures), mais c'est autant de pistes aussi pour les prochaines vid&#233;o, mati&#232;re notes&#8230; et muette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mat&#233;riel pour le son, la connaissance qu'il suppose revient beaucoup dans tes remarques carnets vid&#233;o. Parce qu'il est le premier vecteur de ta parole ou parce que tu le g&#232;res moins ais&#233;ment que l'image ou que le flou visuel est plus supportable que l'indistinct du son ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Ce serait moins l'opposition de l'image et du son, que de faire passer au premier plan la question du r&#233;cit : on raconte une histoire, dans des crit&#232;res qui sont ceux de l'immersivit&#233; et de la proximit&#233;. Le muet y arrivait tr&#232;s bien. L'univers du son est une part centrale de cet imaginaire : la spatialisation des voix, en &#171; 360 &#187;, c'est ce qui permet narrativement d'interagir avec l'image et d'induire nos d&#233;placements quand on visionne. On pourrait presque aller jusqu'&#224; dire que l'image conduit le temps, et le son notre immersion. Et effectivement, le son est un d&#233;fi technique permanent, plus pointu que l'image. Pour les 50 ans de la Maison de la Radio, j'avais fait sur leur site u&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3579' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ne visite de leur &#171; microth&#232;que &#187;&lt;/a&gt;, o&#249; sont conserv&#233;s des micros historiques comme celui de telle prise de parole de De Gaulle, de tel concert d'Edith Piaf. Quand on commen&#231;ait un enregistrement pour mes feuilletons rock, on ramenait tout un panier de micros et on cherchait lequel correspondait le mieux au r&#233;cit. R&#233;cemment, ils ont d&#233;stock&#233; aux ench&#232;res toute une partie de ce mat&#233;riel, les Sennheiser 441, les Neumann 47, les Violet, c'&#233;tait un cr&#232;ve-c&#339;ur. Apr&#232;s, &#231;a se d&#233;multiplie : sur un tournage, la t&#226;che de l'ing&#233; son est cruciale, permanente, c'est d&#232;s le terrain qu'on amorce cette couleur narrative. Quand il faut le faire seul, et qu'on s'occupe de sa cam&#233;ra en m&#234;me temps, on n'en attrape plus qu'un petit pourcentage, c'est cruel. J'ai eu la chance, dans les ann&#233;es 80, avec les Nuits magn&#233;tiques, de disposer d'un peu de cet apprentissage. La question du mat&#233;riel n'est pas secondaire : on a la chance d'avoir, avec les Australiens de chez Rode, des micros de qualit&#233; &#224; relativement bas prix, mais d&#232;s qu'on sort du basique les prix s'envolent. Idem pour les enregistreurs, si on passe d'un Zoom &#224; un Sound Devices. Si on pr&#233;tend parler vingt minutes d'un livre ou d'un auteur face cam&#233;ra, personne ne tiendra plus de trois minutes si c'est fait avec un micro interne de cam&#233;ra &#171; compacte &#187;, ou le grognement d'un auto-focus. Alors c'est mille fois plus casse-gueule, et m&#234;me d&#232;s la pr&#233;paration acoustique de la pi&#232;ce (que ce bureau soit rempli de livres aide beaucoup). Avec le &lt;i&gt;Whole Lotta Love&lt;/i&gt; de Led Zeppelin, j'ai vu arriver la st&#233;r&#233;o sur nos petits tourne-disques. La semaine derni&#232;re, avec Pifar&#233;ly on jouait &#224; Nevers, notre ing&#233; son, Christophe Hauser, travaillait avec trois plans sonores : un fond de sc&#232;ne, un frontal, et un fond de salle. Au cin&#233;ma le 5.1 fonctionne selon le m&#234;me principe. On peut simuler dans un casque audio ces profondeurs de champ. M&#234;me dans mes petites vid&#233;os ultra-basiques, je m'efforce de mixer mon micro de proximit&#233; (un Rode cardio&#239;de &#224; condensateur), avec un micro &#171; shotgun &#187; &#224; l'arri&#232;re de la cam&#233;ra, une technique invent&#233;e par Jimmy Page pour la batterie de Bonham en 1968. Il y a aussi tout ce qu'apporte l'ASMR, avec un son immersif refabriquant le d&#233;tail d'une table, de gestes, de bouche ou de peau, autour du chuchotement. Il y a ce qu'on peut fabriquer en &#171; post &#187; avec les immenses biblioth&#232;ques sonores dont on dispose en ligne (les 35 000 sons en libre acc&#232;s de la BBC&#8230;), mais c'est un gouffre de temps. Un bruit de pas ou un skate-board qui passe &#224; l'arri&#232;re-plan, sur un YouTube ou dans un film qui vous accroche, ce n'est jamais un enregistrement direct : &#231;a aussi, &#224; la Maison de la Radio, j'ai pu conna&#238;tre les univers des bruiteurs. Une mouche qui passe de gauche &#224; droite dans le champ, on n'&#233;l&#232;ve pas une bestiole pour le lui apprendre. Et tout cela &#224; maintenir dans un espace paradoxal : le son directement enregistr&#233; par une cam&#233;ra, c'est venu par des documentaristes comme Robert Kramer d&#233;but des ann&#233;es 70, on est encore dans du tout neuf. Des artistes comme Alain Cavalier ont d&#233;velopp&#233; &#231;a comme langage, avec un mat&#233;riel bien moins sophistiqu&#233; que le n&#244;tre aujourd'hui. Les Zoom H4 qu'on a tous dans la poche, c'est venu vers 2005, et maintenant c'est juste une entr&#233;e de gamme. Donc la question, avec le son, ou la place qu'on donne &#224; la construction de la bande-son en &#171; post &#187; &#8211; de m&#234;me que la colorim&#233;trie autrefois, ce qu'on nommait &#171; &#233;talonnage &#187; c'&#233;tait juste tout &#224; la fin, alors que maintenant c'est int&#233;gr&#233; au processus m&#234;me du montage &#8211;, c'est de le consid&#233;rer comme un des &#233;l&#233;ments de base du vocabulaire narratif. Et paradoxal tout simplement parce que raconter une histoire, les conteurs et conteuses le savent bien, &#231;a se passe &#224; voix nue. Sauf que justement, la voix nue supporte mal la r&#233;duction &#233;lectronique. &#199;a pose d'autres enjeux si on pense podcast : possibilit&#233; d'&#233;coute dense en transport, en balade ou au gym, mais la sc&#233;nographie de la page tourn&#233;e, de la typo montr&#233;e en gros plan, termin&#233; : la vid&#233;o de voix garde sa pertinence, &#224; preuve aussi que les cha&#238;nes radio filment leurs &#233;missions ou chroniques et les proposent en ligne. Enfin n'exag&#233;rons pas : c'est beaucoup plus rare que je fasse des vid&#233;os floues !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;suppl&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Dans tes vid&#233;os personnelles en int&#233;rieur tu retravailles ou habilles avec d'autres sons ? C'est une prise directe ? Et les jeux de voix et de renvois de cameras de Rabelais tu les as pens&#233;s avant de tourner ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Il est bien trop t&#244;t pour d&#233;cider d'une loi g&#233;n&#233;rale. Tout &#231;a s'inscrit dans un contexte d'usages encore en transformation rapide, la question c'est donc plut&#244;t d'&#233;voluer aussi, savoir remettre en cause ce qui devient habitude. On a la chance d'avoir acc&#232;s, c&#244;t&#233; YouTubers anglophones, &#224; des parcours d&#233;j&#224; longs, avec des phases d'&#233;volution bien marqu&#233;es, &#231;a aide &#224; se d&#233;finir, et -&#8211; parall&#232;lement &#8211;- savoir qu'effectivement il n'y a aucune loi g&#233;n&#233;rale. L'explosion du podcast chamboule aussi un peu le paysage, nous obligeant &#224; plus d'exigence dans la narration sonore. On voit aussi appara&#238;tre des cha&#238;nes se revendiquant du m&#234;me amateurisme apparent qui est la marque de fabrique YouTube, mais o&#249; il est &#233;vident d'embl&#233;e qu'elles mobilisent au moins trois personnes. Moi, si je veux me concentrer sur mon &#171; story telling &#187;, je dois bien simplifier les autres param&#232;tres. Essayer juste d'&#234;tre clean, la cam&#233;ra, le son en double source toujours par s&#233;curit&#233;, parfois une cam&#233;ra annexe, et de l'autre c&#244;t&#233; ma tronche et mon propre corps. D'o&#249; les choix qui pr&#233;valent en ce moment, mais qui pourront tr&#232;s bien &#234;tre chang&#233;s pour d'autres dans quelques mois : j'aimerais bien faire plus de vid&#233;os en ext&#233;rieur, ou prendre le temps de filmages dans autre d&#233;cor que mon bureau, et l'exp&#233;rience &#201;vry va y contribuer j'esp&#232;re. Mais, dans ma piaule, ensuite le rituel c'est d'importer la 4K plus la cam&#233;ra annexe et le son externe, puis monter via les &#171; proxys &#187;, c'est long, et partiellement fastidieux. Les premi&#232;res ann&#233;es, j'utilisais des musiques repiqu&#233;es de musiciens qui ont de l'importance pour moi, notamment ce qu'on trouvait en live, et c'&#233;tait donc dialoguer avec un univers esth&#233;tique pour moi essentiel, mais les questions de droits sont devenues totalement excluantes : le musicien avec qui je bosse le plus, Dominique Pifar&#233;ly, enregistre chez ECM, tout repiquage de quelques secondes bloque la vid&#233;o. D'o&#249; mon usage d'Epidemik Sound, une base de musiques et d'effets propos&#233;e par de jeunes compositeurs su&#233;dois, et libre de droits de diffusion si on a pris leur abonnement. J'ai fait le max pour que les musicos Fr nous proposent quelque chose de ce genre, mais ils sont trop braqu&#233;s contre Internet. Mais je ne pratique pas le &#171; sound design &#187;, pas le temps, et priorit&#233; &#224; la parole, au conte. On a sur FinalCut l'ensemble des plug-ins les plus basiques de delay, compresseur, ring modulator, reverb, c'est l&#224; que je pioche, je n'ai m&#234;me pas ajout&#233; de plug-in d&#233;di&#233;, comme j'ai pour la colorim&#233;trie. Tout &#231;a c'est principalement &#171; en post &#187;, il peut m'arriver par contre, dans l'impro, de faire une deuxi&#232;me voix que je mixerai ensuite &#224; la premi&#232;re, dans la s&#233;rie des Barbin par exemple, mais clairement ce qui m'int&#233;resse le plus en ce moment c'est de progresser dans comment bien tendre l'impro, alors qu'on est toujours dans le paradoxe d'avoir bien s&#251;r r&#233;fl&#233;chi en amont, mais que c'est l'impro elle-m&#234;me qui d&#233;cide de ses formes. Par exemple, ces derni&#232;res semaines, je suis souvent sur un format d'entre 25 et 30 minutes, qu'on pourrait trouver exag&#233;r&#233;ment long pour YouTube, o&#249; la norme est plut&#244;t de 10 &#224; 12 minutes, mais c'est le format auquel autrefois, la nuit sur France-Culture, on &#233;coutait Alain Veinstein&#8230; Ce qui est formidable de toute fa&#231;on, dans l'impro directe, c'est qu'il se passe toujours quelque chose d'impr&#233;vu en plein milieu, qui sera donc directement int&#233;gr&#233; dans la vid&#233;o, sans qu'on ait du tout besoin de l'anticiper en tant que sketch, c'est pas mon genre. Une question peut-&#234;tre plus angoissante, c'est comment la construction d'un tel univers vid&#233;o, avec publication r&#233;guli&#232;re -&#8211; et &#231;a vaut pour tout le monde -&#8211; peut-&#234;tre harassant ou usant, comme la fabrication d'un livre : c'est un boulot de Sisyphe, mais moins pour la technique (l&#224; on trouve plein d'aide) que pour ce que &#231;a prend en vous-m&#234;me. Pour &#231;a aussi que c'est passionnant de suivre l'&#233;volution de celles et ceux, dans le domaine anglophone, qui sont l&#224; depuis le plus longtemps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plusieurs prises pour les vid&#233;os ? M&#233;lange de plusieurs ? Tu parles de Barbin, ton double. Tu aimes/supportes ta voix ? Tu ne la retouches pas ? M&#234;me question (Barbin y am&#232;ne) avec ton portrait, ton cadrage frontal avec lequel tu joues pour apporter, j'imagine, de la variation dans cette r&#233;gularit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Un certain nombre de YouTubers pratiquent cette fa&#231;on de raconter une histoire dans une suite de lieux successifs, moi &#231;a me fait perdre l'intensit&#233; de l'impro, donc je fais rarement, pareil que j'utilise rarement la voix off. Dans les carnets, qui marchent par s&#233;quences distinctes, je le fais mais en continu dans des angles diff&#233;rents du bureau. Si j'ai loup&#233; un r&#233;glage, je pr&#233;f&#232;re souvent mettre la vid&#233;o en ligne avec le d&#233;faut, &#231;a m'arrive r&#233;guli&#232;rement, que retenter une impro qui sera forc&#233;ment affaiblie. Pour la voix, personne ne supporte la sienne, c'est pire que le visage. &#199;a tient probablement &#224; des questions m&#234;me d'abord physiologiques : sa propre voix, on l'entend par les r&#233;sonateurs cartilagineux, pas par l'ou&#239;e ext&#233;rieure, donc il y a toujours un effet d'&#233;trang&#232;ret&#233;. Je crois que l'exp&#233;rience de la radio aide : la voix est un personnage comme les autres, une mati&#232;re. Apr&#232;s, il n'y a pas plus de voix brute ou naturelle qu'il n'y a de photo ind&#233;pendamment de son traitement, on dit &#171; d&#233;veloppement &#187; m&#234;me pour Photoshop ou Lightroom. Mes deux premi&#232;res ann&#233;es de vlog, il s'agissait surtout de journal film&#233;, donc j'&#233;tais tr&#232;s peu dans le champ, sinon un reflet ici ou l&#224;, et mon intervention passait par les sous-titres, et en parall&#232;le j'avais ces vid&#233;os prises comme au tout d&#233;but, &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=m6FBiFbp5BE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans l'autobus retour Montr&#233;al-Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, juste chuchot&#233; dans l'appareil. &#192; mesure que j'ai commenc&#233; ces versions plus parl&#233;es (&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=5b7Uljgi_fo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un extrait de livre&lt;/a&gt;, dans la chambre d'h&#244;tel, quand le mardi je dormais &#224; Cergy, puis dans l'int&#233;rieur de mon tout petit bureau), comment &#233;viter le plan fixe r&#233;p&#233;tition ? &#192; un certain moment, le visage devient lui aussi un &#233;l&#233;ment du d&#233;cor, alors accepter de s'en servir&#8230; et dans les chroniques Barbin, o&#249; le langage devient fiction, c'est la distorsion de l'image et de la voix qui deviennent un des &#233;l&#233;ments du vocabulaire fictionnel &#8211;- mais je n'ai pas envie de pousser trop cette p&#233;dale-l&#224; : je me souviens de &lt;i&gt;Film&lt;/i&gt;, les 26 minutes de Beckett &lt;a href=&#034;http://ubu.com/film/beckett_film.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;juste sur l'&#339;il de Buster Keaton&lt;/a&gt;. Pendant dix ans, avec Charles Tordjman principalement, j'ai pu entrer dans le monde du th&#233;&#226;tre : &#224; un certain moment, tu te dis que pour ton propre r&#233;cit c'est &#224; toi de t'en faire l'acteur, c'&#233;tait une limite &#224; franchir. Peut-&#234;tre que dans un an je dirai le contraire, et que ce qui me plaira ce sera de filmer un acteur disant mon texte dans un d&#233;cor urbain&#8230; Bien penser aussi que, dans les usages, vid&#233;o et podcast commencent &#224; se m&#234;ler : on laisse tourner un &#171; live &#187; tout en ouvrant d'autres onglets ou en travaillant &#224; autre chose. YouTube a un statut ambivalent (certaines cha&#238;nes s'appellent d'ailleurs directement &#171; podcast &#187;), si je filme une lecture d'un texte de Lovecraft qui dure 1h30 ou plus, je n'imagine pas que quelqu'un reste &#224; visionner ma tronche pendant l'&#233;coute&#8230; J'ai une grosse h&#233;sitation aussi quant au live par rapport aux vid&#233;os mont&#233;es et programm&#233;es : le live a une puissance plus forte, et techniquement avec OBS et les sorties HDMI de nos cam&#233;ras c'est devenu &#224; la port&#233;e de tout le monde &#8212; il y a plusieurs live que je suis r&#233;guli&#232;rement, mais c'est exceptionnel qu'on les regarde r&#233;trospectivement, trop rel&#226;ch&#233;. Tout &#231;a c'est autant de questions, et pour seul axiome du web depuis 20 ans : il n'y a qu'en le faisant qu'on peut exp&#233;rimenter ce qui avance, mais c'est &#224; t&#226;tons, en aveugle. Le fait que je voie mal est certainement un &#233;l&#233;ment dans le fait que je puisse prendre parole de cette fa&#231;on, avec ma tronche en frontal devant le GH5.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>entretien Franck Senaud, 2 | ma vie, mes &#233;diteurs &amp; m&#233;moire du web</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4854</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4854</guid>
		<dc:date>2019-09-15T08:03:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;dition &amp; &#233;dition num&#233;rique</dc:subject>
		<dc:subject>Lindon, J&#233;r&#244;me </dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;tourn&#233;, Olivier</dc:subject>
		<dc:subject>Senaud, Franck</dc:subject>
		<dc:subject>Damasio, Alain</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un autre fragment d'o&#249; on en est du jeu question-r&#233;ponse au long cours avec Franck Senaud&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;le livre &amp; l'Internet&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot117" rel="tag"&gt;&#233;dition &amp; &#233;dition num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot127" rel="tag"&gt;Lindon, J&#233;r&#244;me &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot415" rel="tag"&gt;B&#233;tourn&#233;, Olivier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1010" rel="tag"&gt;Senaud, Franck&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1011" rel="tag"&gt;Damasio, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4854.jpg?1568534364' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; Vous avez &#233;t&#233; plusieurs centaines &#224; lire ce &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4851' class=&#034;spip_in&#034;&gt;premier extrait, mis en ligne fin ao&#251;t, de mon entretien au long cours&lt;/a&gt; avec Franck Senaud.
&lt;p&gt;Cet entretien se poursuit, t&#233;nacit&#233; et g&#233;n&#233;rosit&#233; de Franck Senaud, sans chercher plus que le chemin lui-m&#234;me, d'o&#249; les r&#233;p&#233;titions, le retour sur les &#233;tapes principales, et je sais que ce sera un marqueur majeur de mon travail, ces explications-l&#224; ne peuvent se faire deux fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a touche plus large que le p&#233;rim&#232;tre &#233;troit de mon travail : on parle &#233;dition et &#233;diteurs, on parle surtout web.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ce travail prendra terme, il y aura trace imprim&#233;e dans Tiers Livre &#201;diteur, &#224; moins qu'un de mes anciens &#233;diteurs (ou pas) se porte volontaire pour l'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Visiter surtout le travail de Franck Senaud avec la &lt;a href=&#034;http://prefigurations.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Pr&#233;figurations&lt;/a&gt; (&#231;a avait &#233;t&#233; le point de d&#233;part officiel de ce voyage entrepris fin mai), et les autres entretiens pr&#233;sents sur &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/channel/UCizYObwM-QQT4uvbd5GV1lg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cha&#238;ne YouTube Pr&#233;figurations&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres nouvelles &#224; suivre, bien s&#251;r, nous on continue ! (et merci FS !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;autobiographies, &#233;diteurs &amp; &#233;dition, m&#233;moire web&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a tellement de pens&#233;e dans et autour de ton travail que c'est vraiment &#233;tonnant ta &#171; timidit&#233; &#187; &#224; te dire loin de la philosophie. Non ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
C'est une pens&#233;e d'artisan. La litt&#233;rature, c'est le langage mis en auto-r&#233;flexion, une posture r&#233;flexive sur sa m&#233;thode lui est inh&#233;rente, et pr&#232;s de notre table de travail il y a toujours la proximit&#233; favorable des auteurs qui parlent de leur m&#233;thode de litt&#233;rature. &lt;i&gt;L'&#232;re du soup&#231;on&lt;/i&gt; de Nathalie Sarraute ou &lt;i&gt;&#201;crire&lt;/i&gt; de Marguerite Duras, comme &lt;i&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/i&gt; de Julien Gracq. Besoin de se repr&#233;senter ce qui, dans le langage qu'on convoque et organise, sa teneur esth&#233;tique potentielle, et non pas l'usage utilitaire ou fonctionnel. Ce qu'on fait du temps ou du r&#233;el. Mais &#231;a se pense avec les mains, la fameuse &#171; main &#224; plume &#187;. J'ai besoin de la philosophie : c'est ce qui a constitu&#233; ma venue &#224; la litt&#233;rature, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment en septembre 1980, quelques mois apr&#232;s ma d&#233;mission de l'usine Sciaky &#224; Vitry, o&#249; j'avais boss&#233; trois ans mais dette &#233;ternelle pour les s&#233;jours que &#231;a m'a permis &#224; Moscou ou Bombay, en m'inscrivant &#224; Paris VIII o&#249; officiaient Fran&#231;ois Ch&#226;telet, magnifique p&#233;dagogue pour nous qui venions de tant de rivages, sans pr&#233;paration, Jean-Fran&#231;ois Lyotard dont je suivrais pendant un an tous les cours, notamment esth&#233;tiques (la d&#233;couverte de Jacques Monory) et un Br&#233;silien, Ruy Fausto, qui me propulserait d'un coup dans Adorno, et avec qui chaque semaine on lisait d&#233;chiffrait la &lt;i&gt;Logique&lt;/i&gt; de Hegel. Deleuze j'assistais aux cours, mais c'est cinq ou six ans plus tard que je le lirais. Adorno a &#233;t&#233; une sorte de formidable remise en place, j'ai tout lu. Son &lt;i&gt;Esth&#233;tique&lt;/i&gt; page &#224; page. Et puis, au bout de l'ann&#233;e, alors que je devais rendre &#224; Ch&#226;telet une sorte de rapport sur les apprentissages (ils n'en demandaient pas beaucoup, mais dans une radicalit&#233; et une libert&#233; tellement tonique, c'est ce qui m'a servi de mod&#232;le pour mes six ans &#224; l'&#233;cole d'arts Cergy, bien plus tard), caler totalement et sont venues les premi&#232;res pages de &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt;. Ensuite, la litt&#233;rature a tout aval&#233;. Aujourd'hui j'ai plus de mal avec Adorno, mais il m'a men&#233; &#224; Benjamin. La relation de la philosophie &#224; la litt&#233;rature s'exprime plus chez les philosophes : le &lt;i&gt;H&#246;lderlin&lt;/i&gt; de Heidegger en serait le plus haut mod&#232;le, et dans l'approche du langage par rapport &#224; l'&#234;tre, &#224; l'existence, je reviens toujours aux cours ou carnets de Heidegger. J'ai un besoin absolu de ces moments, m&#234;me brefs, m&#234;me d&#233;cousus, mais quand m&#234;me quotidiens, o&#249; j'avance par et avec les philosophes : je suis vraiment heureux de la publication, enfin, des cours de Simondon sur perception, imagination. La cat&#233;gorie la plus centrale qui me hante c'est celle d'invention, ce que je trouve c&#244;t&#233; litt&#233;rature chez Judith Schlanger, d&#233;couverte r&#233;cente elle aussi, ou chez Vil&#232;m Flusser dont je ne sais pas de quelle cat&#233;gorie th&#233;orique il participe. Mais la philosophie, comme la po&#233;sie, j'en sais suffisamment pour comprendre comment &#231;a travaille, comment &#231;a se travaille et que ce n'est pas l&#224; que je suis -&#8211; L&#233;vinas est philosophe, Blanchot est litt&#233;raire. La formule que j'aime bien, et qui doit aussi provenir de ce viatique emprunt&#233; &#224; Fran&#231;ois Ch&#226;telet, alors m&#234;me que ma fr&#233;quentation de Paris VIII n'avait dur&#233; que quelques mois (et reconnaissance &#224; eux qui acceptaient sans question un jeune type paum&#233;, plus passionn&#233; par ses exp&#233;rimentations au violoncelle que par les bouquins, retour de trois ans de technicien en soudage et dix ans de tous les pragmatismes politiques de l'apr&#232;s 68), c'est &#171; exercice de la litt&#233;rature &#187;, ce mijotage dans la pratique, avec ses c&#244;t&#233;s th&#233;oriques comme avec ses exercices pratiques, qui permet qu'on s'en d&#233;barrasse quand on est dans le premier jet, qu'on soit mieux apte &#224; &#234;tre &#224; t&#226;tons dans l'invention (Simondon y insiste : on ne peut la reconna&#238;tre comme telle qu'apr&#232;s-coup).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le deuxi&#232;me livre est toujours le plus difficile &#224; &#233;crire -&#8211; reprise augment&#233;e et comment&#233;e de l'int&#233;gralit&#233; du roman &lt;i&gt;Limite&lt;/i&gt; (1985) &#187;. C'est se relire &#231;a, non ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, c'est l'exemple que je donnais plus haut : je publie mon premier livre, &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt;, en 1982, puis je pars &#224; Marseille tout l'hiver 83-84 et propose en mai &#224; J&#233;r&#244;me Lindon un gros manuscrit, &lt;i&gt;Cit&#233; de transit&lt;/i&gt;, pas loin de 400 pages. Il le refuse, sans que j'aie pu savoir &#224; l'&#233;poque que c'&#233;tait une strat&#233;gie qu'il avait avec tous ses auteurs. J'ai la chance, vraiment un &#233;norme hasard, de partir &#224; la villa M&#233;dicis en 84-85, et l&#224; je reprends juste un des fils de ce manuscrit, bas&#233; sur une p&#233;riode biographique entre l'&#233;cole d'ing&#233; dont j'avais &#233;t&#233; vir&#233;, et le d&#233;part &#224; Paris, p&#233;riode que je n'aime pas rouvrir, mais qu'on retrouvera aussi dans &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4801'&gt;Un fait divers&lt;/a&gt;. Je suis beaucoup dans Faulkner, j'utilise une forme par monologues non rep&#233;r&#233;s, et j'appelle &#231;a &lt;i&gt;Terrain glissant&lt;/i&gt;, titre dont J&#233;r&#244;me ne voudra pas. Belle r&#233;ception presse &#8211;- &#224; l'&#233;poque &#231;a comptait -&#8211;, &#231;a m'a donn&#233; l'&#233;lan pour la suite. &lt;i&gt;L'enterrement&lt;/i&gt; et m&#234;me une partie de &lt;i&gt;D&#233;cor ciment&lt;/i&gt; sont des sortes de cannibalisation de ce manuscrit que j'ai toujours dans un tiroir de ma table &#224; l'heure actuelle, mais que j'ai toujours eu la flemme, ou la trouille, de num&#233;riser. Vers 2010, j'apprends que Minuit a cess&#233; l'exploitation, Ir&#232;ne Lindon me rend tr&#232;s gentiment les droits, et comme ce livre date d'avant l'ordi (mon premier Atari c'est octobre 1988), je le recopie enti&#232;rement, sans scan. Et j'entrem&#234;le d'un autre r&#233;cit, celui de la gen&#232;se de ce texte, aussi bien quant &#224; la p&#233;riode &#224; laquelle il se r&#233;f&#232;re, que sur la construction du livre lui-m&#234;me. Et ce sera &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4808'&gt;un de mes premiers textes en auto-&#233;dition&lt;/a&gt;, d'abord num&#233;rique puis livre Print On Demand. &#199;a ne change rien &#224; ce que dit sur la relecture : recopier, c'&#233;tait comme lorsqu'on travaille sur ses propres textes avec un traducteur, cette bizarre impression de se retrouver au moment m&#234;me o&#249; on &#233;tait pour l'&#233;crire. Un dimanche d'hiver &#224; Assise, seul dans la petite auberge, la magie de Giotto tout aupr&#232;s, et ce match de foot entre villages en pleine montagne, l'id&#233;e de ce monologue du footballeur venant doubler le monologue du guitariste et le principe d'une ellipse du sujet, le mec &#224; sa table de dessin industriel comme je l'avais fait en int&#233;rim, plusieurs mois, &#224; la Thomson d'Angers, et ce th&#232;me du suicide qui &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent dans &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt;, incarnait la continuit&#233;. Mais on ne relit pas sans raison vraiment vitale, ou concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est vraiment important que tu pr&#233;cises, car ce mouvement du lecteur &#224; celui qui &#233;crit puis du relecteur &#224; celui qui r&#233;&#233;crit est au c&#339;ur -&#8211; je crois comprendre -&#8211; de cette d&#233;marche li&#233; au net. Quand tu dis &#171; je reprends juste un des fils de ce manuscrit &#187; quelle forme &#231;a a ? Tu copies/colles des morceaux ? Sur une structure &#233;crite ? Pens&#233;e ? M&#234;me question si na&#239;ve : as-tu des id&#233;es de livres comme des bouts de papier qui tra&#238;nent, beaucoup de notes ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce deuxi&#232;me livre, j'&#233;tais encore dans la surprise de &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt;, le d&#233;placement symbolique qu'est la publication d'un premier livre. L&#224; o&#249; je croyais finir ce texte et retourner en int&#233;rim, j'ai une mini-bourse du CNL, je pars m'installer &#224; Marseille dans une piaule juste au-dessus du port, je retire un billet de 200 balles une fois par semaine, et c'est un an uniquement &#224; lire et &#233;crire. Je crois que ce qui est venu, un peu en vrac, c'est une mati&#232;re globale de ce qui serait mon chemin &#224; venir. Je n'avais pas compris qu'il faudrait du temps, d&#233;m&#234;ler aussi beaucoup de th&#233;orie, et que J&#233;r&#244;me Lindon l'avait per&#231;u, m&#234;me s'il usait de la m&#234;me strat&#233;gie avec tous ses nouveaux auteurs. Par exemple, &lt;i&gt;L'enterrement&lt;/i&gt;, premi&#232;re version, &#233;tait le prologue de ce tapuscrit, et je le repr&#233;senterai deux fois &#224; Minuit (fin 85, fin 88) sous forme s&#233;par&#233;e parce que j'&#233;tais litt&#233;ralement coll&#233; &#224; ce texte, et c'est Pierre Michon (J&#233;r&#244;me Lindon m'avait aussi d&#233;clar&#233;, la troisi&#232;me fois : &#171; je serais vous, j'arr&#234;terais d'&#233;crire &#187;, quel &#233;lectrochoc) qui m'a dit de les envoyer bouler et l'a pass&#233; &#224; Verdier, puisqu'il venait de se passer la m&#234;me chose pour lui avec Gallimard, qui avait refus&#233; son &lt;i&gt;Joseph Roulin&lt;/i&gt; venu apr&#232;s les &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;. C'est un boulot o&#249; il faut apprendre &#224; encaisser. Donc &lt;i&gt;Limite&lt;/i&gt;, oui, c'&#233;tait &#224; Marseille l'image d'un type, visiblement sans ressource, qui s'&#233;tait &#233;vanoui devant moi dans la rue, se retenant au toit d'une bagnole, on &#233;tait en pleine explosion ch&#244;mage, j'avais retenu ce geste et un profil, c'&#233;tait dans le tapuscrit interm&#233;diaire et, une fois &#224; la Villa M&#233;dicis, c'est devenu le livre, comme &lt;i&gt;D&#233;cor ciment&lt;/i&gt; proc&#233;derait juste ensuite de l'intentionnalit&#233; urbaine du manuscrit marseillais. Mais ce n'est jamais du &#171; copier/coller &#187; (encore qu'&#224; l'&#233;poque &#224; la Villa on se fichait de ma poire &#224; cause de mon Adler &#233;lectrique &#224; marguerite et possibilit&#233; de corriger les derniers caract&#232;res, le c&#244;t&#233; bouch&#233; des litt&#233;raires sur la techno &#231;a n'a m&#234;me pas attendu l'ordinateur. On tapait trois pages, on prenait des ciseaux et des agrafes, on refaisait un montage, on &#233;crivait dans les blancs, on recopiait le tout -&#8211; mais m&#234;me depuis, sur le traitement de texte, je me m&#233;fie des manips. Echenoz, quand il est pass&#233; au Mac, imprimait son fichier, puis l'effa&#231;ait pour se forcer &#224; recopier, deux fois de suite, et &#231;a a donn&#233; ses bouquins formidables&#8230; Et comme d'habitude tes questions sont &#224; tiroirs : je crois que l'ordinateur, paradoxalement, nous a contraints (en tout cas m'a contraint) &#224; int&#233;rioriser en amont ce qu'on va &#233;crire, &#224; augmenter l'intensit&#233; int&#233;rieure avant le premier jet, et oraliser ou m&#233;moriser plus que ce que l'&#233;cran nous offre, contrairement &#224; ce qu'on manipulait avec nos tapuscrits. J'ai tr&#232;s vite oubli&#233; l'usage de l'imprimante, mais cette m&#233;morisation et anticipation, je crois que &#231;a n'a fait que se renforcer, jusqu'&#224; leur r&#233;alisation en tant que tel via les vid&#233;os. L'autre question &#224; tiroirs : oui, j'ai de gros dossiers de notes, des projets de livre d&#233;j&#224; constitu&#233;s, et m&#234;me deux contrats en stand-by, avec une fois par an la question rituelle de l'&#233;diteur, savoir o&#249; j'en suis. Question &#224; tiroirs, parce que ce sont des projets n&#233;s dans l'&#233;poque o&#249; le livre &#233;tait le seul horizon, et l'univers du texte un objet seulement typographique. Le contexte change, et les projets se retrouvent comme des &#238;les &#233;merg&#233;es d'une mer qui s'est retir&#233;e, comme dans le &lt;i&gt;Dagon&lt;/i&gt; de Lovecraft. Donc &#231;a reste pr&#233;sent dans la t&#234;te, &#231;a reste une volont&#233;, et j'ai des tas de copains qui vivent encore comme &#231;a : on fait para&#238;tre le livre, et on se met &#224; l'&#233;cart des charrettes deux ans pour &#233;crire le suivant, mais je n'ai plus ce luxe. Et pas seulement pour des contraintes &#233;conomiques, de toute fa&#231;on on n'arrive jamais &#224; les satisfaire, plut&#244;t parce que le web est un temps de flux. &lt;i&gt;Fictions du corps, Autobiographie des objets&lt;/i&gt; et m&#234;me &lt;i&gt;Apr&#232;s le livre&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;Proust est une fiction&lt;/i&gt; se sont &#233;crits d'abord sur le blog, et puis vient un moment o&#249; l'existence Internet devient plus compl&#232;te ou esth&#233;tiquement plus radicale que ce qu'offrait la seule ergonomie de lecture de l'imprim&#233;, huit angles six faces, une &#233;paisseur (&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2519' class=&#034;spip_in&#034;&gt;il y a un chapitre d'&lt;i&gt;Apr&#232;s le livre&lt;/i&gt; l&#224;-dessus&lt;/a&gt;, apr&#232;s une remarque d'&#201;ric Chevillard sur la non-&#233;paisseur du livre num&#233;rique, et dix ans apr&#232;s je crois qu'on a tous une autre approche du lire num&#233;rique, la navigation dans le livre par occurrences rempla&#231;ant progressivement le recours &#224; la table des mati&#232;res). D'o&#249; le fait aussi que pr&#233;senter des livres en Print On Demand associ&#233;s aux chantiers de recherches du site repr&#233;sente pour moi un changement de logique essentiel. Alors certainement, dans la succession des disques durs, un dossier contenant une suite de projets non aboutis, parfois quelques pages, parfois presque termin&#233;s, mais c'est le bonhomme qui n'a plus la taille pour y entrer. Et dernier tiroir enfin, la question des notes : j'ai une grosse valise noire en carton, quelque part sous mon bureau, avec probablement une cinquantaine de cahiers, ceux que j'associais soit &#224; un projet, soit aux notes et brouillons, je crois jusqu'&#224; la p&#233;riode &lt;i&gt;Fait divers&lt;/i&gt;, par l&#224;. J'ai d&#233;truit, en 1983, les cahiers commenc&#233;s en 1977, je regrette un peu. Pas trop, parce que c'est tr&#232;s rare que je rouvre les suivants, mais il y en a quelques-uns de scann&#233;s dans la partie priv&#233;e de mon site, une sorte de plus &#224; destination de tous ces gens qui me soutiennent, &#233;conomie pauvre sans doute, mais fondamentale pour tenir, puis le matos, l'ordi &#224; changer etc., et qui a remplac&#233; de fait ce que je recevais de droits d'auteurs. Pendant un temps -&#8211; &#231;a aussi j'en parle au d&#233;but d'&lt;i&gt;Apr&#232;s le livre&lt;/i&gt; &#8211;-, le traitement de texte &#233;tait le logiciel qui avait le moins &#233;volu&#233; de toute notre panoplie. Certains auteurs (je pense &#224; Olivier Cadiot) &#233;crivent directement dans InDesign. Le traitement de texte d'Apple, Pages, vers 2005 par l&#224;, a &#233;t&#233; une vraie r&#233;volution ergonomique, et puis en 2009 ils ont cess&#233; de le d&#233;velopper selon des crit&#232;res professionnels, le fait qu'on ait besoin d'un minimum de fonctions avanc&#233;es, selon leur adage de r&#233;pondre &#224; 80 % des besoins de 80 % des utilisateurs. Je suis revenu &#224; Word pour le basique (mais Word a phagocyt&#233; les gestions de style du premier Pages, comme en 2016 il a phagocyt&#233; les fonctions de mise en page principales d'InDesign), puis la pr&#233;paration des Print On Demand, mais sont apparus toute une g&#233;n&#233;ration de nouveaux outils : les &#233;tudiants que j'ai fait passer sur Scrivener font rarement retour en arri&#232;re. Moi toutes mes notes sont sur Ulysses, qui me sert aussi de base initiale d'&#233;criture sous classement infini, avec les possibilit&#233;s d'export en markdown ou html&#8230; L&#224; c'est un atelier vivant, permanent, accessible aussi via l'iPhone (je me sers tr&#232;s peu de ces portages, en fait, si j'ai une note &#224; prendre avec l'iPhone je la twitte&#8230;) mais justement, c'est l&#224; o&#249; ta question prend tout son sens, notre atelier le plus intime est structur&#233; en forme de base donn&#233;es, avec la souplesse et toute la complexit&#233; possible de la base de donn&#233;es, mais plus en dossier de notes pr&#233;parant un livre&#8230; et on n'est qu'&#224; l'aube de la r&#233;flexion sur ces transformations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur ce travail de feuilletage et d&#233;feuilletage on va revenir car il est, je crois le comprendre, au c&#339;ur des ateliers d'&#233;criture (sujet vaste&#8230;) : juste une petite question cruelle (tant ce sujet revient dans tes propos et vid&#233;os comme un &#233;v&#233;nement puissant de ton histoire) : tu peux comparer tes trois versions de l'&lt;i&gt;Enterrement&lt;/i&gt; ? Est-ce pertinent pour toi ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Bizarrement, pas si diff&#233;rentes que &#231;a. Le principe &#233;tait acquis d&#232;s le premier jet : un trajet lin&#233;aire comme time line, le cort&#232;ge fun&#233;raire de la maison au cimeti&#232;re, et deux zones temporelles en contrepoint -&#8211; la lev&#233;e de corps dans la maison du mort, et le temps particulier de la messe, avec glissement vers le repas fun&#233;raire. J'&#233;tais beaucoup dans Faulkner, je ma&#238;trisais bien ces formes. Je me basais sur un enterrement r&#233;el, dans la Beauce, d'un jeune luthier &#233;l&#232;ve d'un de mes meilleurs amis de l'&#233;poque, Ricardo Perlwitz, d&#233;c&#233;d&#233; depuis. La famille n'avait pas dit qu'il s'agissait d'un suicide, les gens venus assister &#224; la c&#233;r&#233;monie savaient que nous savions, d'o&#249; la tension si particuli&#232;re. C'&#233;tait en 1978 ou 1979 je crois bien, j'avais fait le choix de l'&#233;criture mais j'&#233;tais encore loin de mon premier livre. La premi&#232;re r&#233;daction, donc l'hiver 1983, c'&#233;tait ma premi&#232;re tentative de me r&#233;approprier des images du pays natal, le marais vend&#233;en, et m&#234;me une part de son patois (au retour de la villa M&#233;dicis, j'avais v&#233;cu plusieurs mois en Vend&#233;e, au contact direct de gu&#233;risseurs ou de gens qui parlaient aux morts, et de ce qui survivait encore de la veille langue, certainement cette nappe-l&#224; s'est pr&#233;cis&#233;e, comme au deuxi&#232;me s&#233;jour en Vend&#233;e, donc vers 1989-1992 et la troisi&#232;me version, il y a eu la rencontre de Chaissac, certainement un point d'&#233;quilibre dans le r&#233;cit). Un autre suicide s'&#233;tait greff&#233; l&#224; &#224; ce moment, celui d'un autre plus que proche, avec qui je partageais une chambre dans les ann&#233;es &#233;cole d'ing&#233;, je lui dois une part de mon initiation &#224; la po&#233;sie, &#224; Bach aussi, on faisait des exp&#233;riences de t&#233;l&#233;pathie. Insomniaque, d'une famille rurale extr&#234;mement pauvre (tous les enfants faisaient du tricot pour boucler les fins de mois, &#224; l'&#226;ge de l'&#233;cole primaire), et qui n'a pas concr&#233;tis&#233; ce qui bouillait en lui. &#199;a m'a toujours un peu effray&#233; et fascin&#233;, ces &#234;tres lumineux que j'ai crois&#233;s, sciences ou maths, mais aussi musique, beaucoup plus pr&#233;coces et dou&#233;s que je n'aurais su l'&#234;tre, comme si j'avais d&#251; apprendre une dose suppl&#233;mentaire de lenteur et d'opini&#226;tret&#233;. Ce texte &#233;tait donc une suite de transpositions superpos&#233;es, allant jusqu'au cut-up (des r&#233;flexions de Joyce, Dosto&#239;evski, Van Gogh, Ernst Bloch sur le suicide et les enterrements), et je savais que dans mon chemin il m'&#233;tait obligatoire de le publier. Je savais aussi que la premi&#232;re qualit&#233; d'une fiction, voir le proc&#232;s de &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, c'est de se faire passer pour vraie. Alors, quand J&#233;r&#244;me Lindon m'a dit pour la troisi&#232;me fois &#171; ce n'est pas un roman &#187;, oui c'&#233;tait une situation de trauma : &#224; l'&#233;poque, on &#233;tait d'une maison d'&#233;dition avant m&#234;me d'avoir une &#339;uvre personnelle. Marie NDiaye avait &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; oser transgresser, et pour J&#233;r&#244;me Lindon c'&#233;tait une sorte de rage, de col&#232;re impardonnable, je me souviens de comment il parlait de Bourdieu apr&#232;s son passage au Seuil. En m&#234;me temps, si son esth&#233;tique est rest&#233;e compatible avec Echenoz ou Toussaint, dont je respecte &#233;norm&#233;ment l'&#339;uvre et sont des amis, Volodine, Rouaud, Deville et d'autres sont partis aussi, r&#233;trospectivement j'y vois l'&#233;mergence d'une premi&#232;re ligne de fracture dans le reconditionnement culturel de l'&#233;dition commerciale, changement d'&#232;re, mais on ne savait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur cette derni&#232;re phrase &#171; r&#233;trospectivement j'y vois l'&#233;mergence d'une premi&#232;re ligne de fracture dans le reconditionnement culturel de l'&#233;dition commerciale, changement d'&#232;re, mais on ne savait pas &#187;. Tu veux bien pr&#233;ciser ta pens&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Comment on se serait int&#233;ress&#233; &#224; l'histoire du livre alors que tout le syst&#232;me &#233;dition librairie prescription semblait si stable, et dans une dynamique d'ouverture : quand j'ai commenc&#233; &#224; publier, des gens de mon &#226;ge, &#224; Bordeaux, Toulouse, Metz et ailleurs rachetaient ou cr&#233;aient des librairies (le premier groupement l'&#338;il de la lettre en regroupait une cinquantaine), il y avait une respiration autour de la litt&#233;rature contemporaine. Mais c'&#233;tait l'aboutissement d'une p&#233;riode qui s'&#233;tait structur&#233;e sur des revues, chacune associ&#233;e &#224; un &#233;diteur, la NRF pou Gallimard, &lt;i&gt;Minuit&lt;/i&gt; chez Minuit, &lt;i&gt;Tel Quel &lt;/i&gt; au Seuil. M&#234;me POL tenterait le m&#234;me sch&#233;ma avec sa Revue de litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale. Et puis, fin des ann&#233;es 80, &#231;a s'est dissout sans qu'on comprenne. La recomposition de la production dans une logique de produits beaucoup plus consensuels, des courbes beaucoup plus pointues, des temps de rotation acc&#233;l&#233;r&#233;e. Quand &#201;chenoz a eu le M&#233;dicis en 84, il en a vendu 35 000, aujourd'hui ce serait le triple, mais tous les premiers romans atteignaient facilement les 2 500 exemplaires, donc un &#233;quilibre s'instaurait. On &#233;tait des bricoleurs, mais on pouvait en vivre. Et puis, pour que &#231;a tienne, te voil&#224; astreint &#224; publier tous les deux ans, ne serait-que pour r&#233;cup&#233;rer un &#224;-valoir souvent bas&#233; sur 12 000 ventes. Alors &#233;videmment il y a des &#233;l&#233;ments li&#233;s aux personnes, J&#233;r&#244;me Lindon qui me refuse &lt;i&gt;L'Enterrement&lt;/i&gt; et chez Verdier &#231;a m'ouvre &#224; une s&#233;rie beaucoup plus autobiographique, li&#233;e aussi aux ateliers d'&#233;criture (&lt;i&gt;Vie de Myriam C., Prison&lt;/i&gt;), mais quand Bobillier me traite de petit-bourgeois parce que je veux &#233;crire sur les Rolling Stones (on &#233;tait en 1996, j'avais commenc&#233; en 1983 une doc exhaustive, &#224; Londres, New York, ou sur les brocantes pour les CD &#171; bootlegs &#187;&#8230; L'id&#233;e m&#234;me d'Internet nous restait tr&#232;s &#224; distance, c'est Olivier B&#233;tourn&#233; qui m'ouvrent les portes de Fayard, une sacr&#233;e belle bo&#238;te, mais c'est l'affaire Renaud Camus qui l'oppose &#224; Claude Durand, le directeur, et il finit par &#234;tre d&#233;barqu&#233;. L&#224; je me rapproche du Seuil, que dirigent Laure Adler et Bernard Comment, mais Laure est d&#233;barqu&#233;e lors d'un X&#232;me changement d'actionnaire et de directeur, et &#224; ce moment-l&#224; Olivier entre chez Albin-Michel, alors que l&#224; c'est une maison d'&#233;dition o&#249; je n'ai rien &#224; faire et je le payerai cher. Mais tout &#231;a, comment on aurait devin&#233; que c'&#233;tait juste les petites vagues de cr&#234;te sur le reconditionnement actuel, la surproduction organis&#233;e&#8230; &#192; ce moment-l&#224; j'ai encore tr&#232;s tr&#232;s fort le d&#233;sir du livre en tant qu'objet, en tant que stabilit&#233; d'objet et d&#233;p&#244;t d'imaginaire, mais les trois livres que j'ai publi&#233;s au Seuil (&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2783' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Autobiographie des objets&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2660' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Apr&#232;s le livre&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Proust est une fiction&lt;/a&gt;) ont tous trois &#233;t&#233; con&#231;us et d'abord publi&#233;s sur le blog. C'est une transition qui fait peur, aujourd'hui toujours, parce qu'elle n'est plus li&#233;e &#224; cette permanence &#233;conomique &#8211;- qu'on a vu d&#233;gringoler de moiti&#233; en dix ans, tout le monde &#8211;-, alors que la cr&#233;ation web ne propose pas encore d'&#233;conomie de remplacement, du moins suffisante &#224; permettre &#224; un type comme moi de bosser dans son coin et payer les factures, et il y a cet ostracisme r&#233;siduel : quand en 2008 on s'est vraiment attel&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir le livre num&#233;rique, les momies du milieu raisonnaient en binaire, ou en termes de remplacement (alors m&#234;me qu'on suivait d'ultra-pr&#232;s la refondation technique de l'&#233;dition, plus de tirage stock&#233;, mais des retirages &#224; flux tendu, et que d&#232;s 2012 on commen&#231;ait &#224; travailler avec &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3423' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la cha&#238;ne de Print On Demand&lt;/a&gt; lanc&#233;e par Hachette &#224; Maurepas). Aucune plainte ou auto-victimisation dans ces constats, mais bon, &#224; un moment donn&#233; tu comprends que tu ne fais plus partie du jeu, et que c'est &#224; toi de mener ta partie tout seul. Il y a une p&#233;riode o&#249; pour moi &#231;a a &#233;t&#233; vraiment difficile, et puis, dans l'id&#233;e progressive de faire moi-m&#234;me mes livres, d'explorer vraiment le site en tant qu'arborescence de cr&#233;ation, r&#233;cits, s&#233;ries, images, la p&#234;che est revenue. Mais c'est au prix d'une constante remise en question : en 2010 on avait gamberg&#233; avec des copains &#224; toute une plateforme de podcasts, c'&#233;tait trop t&#244;t. Les r&#233;seaux sont venus comme des coups de butoir nous d&#233;poss&#233;der de l'espace d&#233;bats, commentaires : sur le blog &lt;i&gt;La Feuille&lt;/i&gt;, d'Hubert Guillaud, vers 2006-2010, chaque billet recueillait plusieurs dizaines de commentaires, c'&#233;tait une belle p&#233;riode. Les auteurs eux-m&#234;mes, sauf exceptions, s'appuient le dos contre la porte, en esp&#233;rant que ce syst&#232;me puisse tenir encore un peu, m&#234;me quand tous les indicateurs clignotent au rouge, qu'une &#233;rosion gagne, que la rotation des produits-livres s'acc&#233;l&#232;rent, c'est en grande part aussi ce qui se passe dans la cr&#233;ation cin&#233;matographique. Et nous, derri&#232;re nos ordis, on est toujours dans des h&#233;sitations qui taraudent : est-ce que j'ai raison de me lancer autant dans la vid&#233;o, est-ce que &#231;a vaut le coup cette collec de bouquins &#224; laquelle je suis si attach&#233;, mais dans une soci&#233;t&#233; pour laquelle la valeur symbolique du livre reste prescrite par les outils traditionnels ? On rem&#226;che cela dur, et souvent. Et le web, paradoxalement, a tellement de peine &#224; briser ses propres cloisons, spatiales ou champs disciplinaires&#8230; Disons qu'&#224; suivre ce qui se passe pour les auteurs nouveaux arrivants, au-del&#224; m&#234;me des masters de cr&#233;ation litt&#233;raire, on se dit que des choses se sont d&#233;bloqu&#233;es, c&#244;t&#233; voix et performance, c&#244;t&#233; porosit&#233; vid&#233;o images textes, et surtout pr&#233;sence web, aussi multiforme qu'elle puisse &#234;tre, mais apr&#232;s les mecs ils te disent gentiment &#171; toi qui as &#233;t&#233; un &lt;i&gt;pionnier&lt;/i&gt; &#187; ce qu'est exactement pareil qu'une visite &#224; l'EHPAD comme je fais une fois par mois&#8230; &#199;a me donne des boutons ce mot. Et pourtant, qui d'autre que nous pour bosser sur cette micro-histoire de la transformation num&#233;rique du lire-&#233;crire, exactement trente apr&#232;s le premier ordi, vingt ans apr&#232;s la premi&#232;re connexion web&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans une des vid&#233;os sur &lt;i&gt;L'&#233;criture sans &#233;criture&lt;/i&gt; de Kenneth Goldsmith tu cites un billet de Julien Simon : &#171; On n'&#233;crit plus pour le best-seller mais pour un &#233;change de communaut&#233; &#187;. Comment tu visualises ce r&#233;seau ? Comment l'entretiens-tu ? Tu r&#233;pondais il y a peu &#224; un commentaire sur tes vid&#233;os &#171; trente jours trente livres &#187; en cours, et qui te disait qu'elle &#233;tait triste de ne pouvoir tout voir, que c'&#233;tait normal : tu produis et penses tes publications comme un &#171; environnement &#187; plus que comme des publications ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt; C'est un point assez fondamental, dans cet &#233;change on n'a fait que l'effleurer : un musicien comme Brahms, ou comme Chopin, probablement ne visaient pas &#224; une &#233;coute mondialis&#233;e comme la musique aujourd'hui, &#231;a para&#238;t une trivialit&#233;, mais c'&#233;tait li&#233; &#224; leur chemin -&#8211; j'en parle parce que tout pr&#232;s d'ici, &#224; Nohant, il y a son piano, &#224; Chopin, et une reproductibilit&#233; de la musique qui passait par sa pratique : rejouer depuis la partition, donc une r&#233;appropriation depuis affinit&#233;, et qui supposait d'en passer par une pratique. Et l&#224; on quitte la trivialit&#233;. Des tas de ramifications, dans &lt;i&gt;Understanding Media&lt;/i&gt;, de McLuhan, ces pages formidables sur l'invention du gramophone et la reproduction &#224; distance de la voix humaine, mais &#231;a m&#232;ne tout droit &#224; ces aper&#231;us d'Albert Robida, qui voit la miniaturisation de la transmission de la voix &#224; distance comme destin&#233;e &#224; remplacer les livres, mais la marquise de Cambremer, chez Proust, avec postillons et moustaches, mais derni&#232;re personne au monde &#224; avoir b&#233;n&#233;fici&#233; de l'enseignement direct de Chopin. C'est fascinant de suivre, au XIXe si&#232;cle, au moment d'Eug&#232;ne Sue et Dumas, comment la s&#233;paration de l'&#233;dition et de la librairie ont fait &#233;merger un concept d'auteur totalement diff&#233;rent en tant que valeur symbolique &#8211;- c'est Roger Chartier qui a men&#233; les travaux les plus forts l&#224;-dessus &#8211;-, et un changement d'&#233;chelle du r&#233;f&#233;rent, qu'on retrouve jusqu'&#224; la caricature dans ces p&#233;riodes dites de &#171; rentr&#233;e litt&#233;raire &#187;. L'objet culturel est un produit passif, dont la valeur symbolique ne tient qu'&#224; sa reconnaissance consensuelle par le grand nombre. Par exemple, dans les ann&#233;es 80, pour les types comme moi, tout un r&#233;seau de traductions entre langues europ&#233;ennes, de maison &#224; maison en restant &#224; m&#234;me &#233;chelle, et aujourd'hui les cinquante m&#234;mes livres traduits dans tous les pays du monde. Je crois qu'avec le web on inaugure une sorte de renversement de &#231;a, c'est &#233;tonnant comment Alain Damasio, avec sa science-fiction politique, est un de ceux &#224; le formuler au plus pr&#232;s dans les &lt;i&gt;Furtifs&lt;/i&gt; : on se d&#233;gage du r&#233;f&#233;rent, et on reconstruit progressivement de ces communaut&#233;s qui se soudent non par la r&#233;ception, mais par un partage de pratique. Cette respiration du lire-&#233;crire. Le contexte ou le statut des ateliers d'&#233;criture, a totalement &#233;volu&#233; en ce sens ces derni&#232;res ann&#233;es. &#199;a nous place certainement, en tant que cr&#233;ateurs de contenu, dans une grande pr&#233;carit&#233;, ou incertitude puisque le mat&#233;riel n'est qu'un des aspects de la chose : ainsi Julien Simon, que tu cites, a r&#233;cemment effac&#233; tout son blog &#171; page42 &#187;, qui &#233;tait une vraie mine de r&#233;flexion, et je le regrette. Mais &#231;a donne un indice pour la deuxi&#232;me partie de ta question : le vieux paradoxe d'Ulysse, ne pas se retourner, ne pas chercher &#224; &#171; visualiser &#187;. Je d&#233;teste &#8211;- m&#234;me parfois chez des webeux que je consid&#232;re comme amis proches &#8211;- cette qu&#234;te permanente de r&#233;seau et validation. Faire ce qu'on a &#224; faire, point barre. Dans les premi&#232;res ann&#233;es du web, disons avant l'irruption de Facebook, au temps des forums php, j'ai pu vraiment apprendre ces croisements et superpositions de r&#233;seaux sans intersection : je fr&#233;quentais les forums Led Zeppelin et ceux sur le livre num&#233;rique, et j'ai pu d&#233;couvrir des communaut&#233;s de recherche et partage, autour de l'&#238;le de St Kilda (un de mes projets &#224; long terme), plus tard sur Lovecraft. L'&#233;clatement de ce paysage, l'absence de toute valeur symbolique conf&#233;r&#233;e de l'ext&#233;rieur par un dispositif m&#233;diatique (presse litt&#233;raire, radios culturelles) hostile au monde web, fait qu'on r&#233;apprend &#224; respirer hors de ce contexte de comp&#233;tition &#224; la con. Je ne dis pas qu'en faire deuil est facile. Mais les gamins &#224; qui on a affaire, dans les &#233;coles d'art y compris, sont totalement &#233;tanches &#224; ces symboliques du livre, limit&#233;es &#224; ces lieux de prescription, donc l&#224; aussi on r&#233;apprend &#224; respirer : je ne c&#232;de rien sur ce que j'ai &#224; transmettre, mais si je parle d'Artaud ou de Collobert, c'est depuis la prise d'&#233;criture de mon interlocuteur, et c'est pour cela que je te r&#233;ponds en partant de Chopin. Tout est tellement instable, la difficult&#233; c'est d'isoler avec un tout petit peu de certitude, m&#234;me obscure, m&#234;me irrationnelle, ce qui t'est n&#233;cessaire &#224; toi-m&#234;me, personnellement. C'est un des points qui m'ont lanc&#233; dans ce travail au long cours sur Lovecraft : ces correspondances infinies, avec des gens bien trop loin g&#233;ographiquement pour qu'il imagine les croiser un jour (Robert Howard, Clark Ashton Smith), ces manuscrits ou ces lettres qui circulent dactylographi&#233;s avec carbone en trois exemplaires, et l'indiff&#233;rence absolue des tenseurs litt&#233;raires symboliques de l'&#233;poque (le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; peut consacrer de pleines pages &#224; Anatole France, mais pour Lovecraft ou Hart Crane ce sera seulement par l'entremise d'une br&#232;ve n&#233;crologie). Alors bien s&#251;r je ne vais pas d&#233;terminer mes vid&#233;os d'apr&#232;s le nombre de vues : si je sens que la contrainte d'une vid&#233;o par jour, en ce moment, me fait avancer -&#8211; techniquement sur l'image et surtout le son, mais aussi sur comment j'organise le discours, qu'est-ce que &#231;a m'apprend de me balancer dans l'enregistrement sans rien savoir de ce qui va se passer &#8211;-, je le fais et voil&#224;. Apr&#232;s, c'est les myst&#232;res du web, et ce que change &#224; notre relation au r&#233;el, donc &#224; notre &#234;tre socialis&#233;, la force des moteurs de recherche : YouTube, qui appartient &#224; Google, est moins un r&#233;seau social qu'une biblioth&#232;que, toute lest&#233;e d'algorithmes parfois r&#233;pugnants, parfois surprenants, qu'elle soit. Une vid&#233;o sur Simondon, ou sur le suicide d'un copain musicien, va me mettre en contact avec des personnes que jamais je n'aurais crois&#233;es autrement. Et tout &#231;a en permanence susceptible de se renverser, se transformer. Par exemple ayant contribu&#233; &#224; donner naissance &#224; des plateformes qui ensuite continuent sans moi leur chemin et tant mieux, remue.net, publie.net, ou en ce moment la fa&#231;on dont s'est d&#233;multipli&#233; le blog WordPress qui h&#233;berge mes ateliers en ligne, enti&#232;rement g&#233;r&#233; par ses utilisateurs&#8230; Mais jamais avoir les yeux braqu&#233;s l&#224;-dessus. Heureusement pour nous, on a toujours des tout petits micro-trucs qui nous accaparent, suffisent &#224; nous en d&#233;tourner : pendant trois ans aucune photo, l&#224; cet &#233;t&#233; avoir repris un &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?rubrique24&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;journal texte/images&lt;/a&gt;, et hier soir en voyant quelqu'un relayer &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=0K--4248nh8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ma vid&#233;o d'une intervention &#224; Porto et Coimbra en mars dernier&lt;/a&gt;, avoir l'impression que je ne saurais plus faire, que si j'avais fait des photos et pas des vid&#233;os ce truc n'existerait pas, si maladroit qu'il soit, et idem &#233;couter la voix off &#233;crite que j'avais faite en me demandant bien o&#249; j'avais pu la mettre dans mon ordi et si seulement il y en avait une trace, &#231;a tourne souvent en rond dans nos caboches. Je suis bien conscient que cette question de communaut&#233; et de r&#233;seau, prise &#224; l'envers, peut &#234;tre d&#233;cisive : des copains qui font un boulot g&#233;nialissime, et c'est &#224; peine s'ils passent la centaine d'abonn&#233;s en deux ans, &#231;a tient &#224; quoi ? Comment on peut bouger ces lignes-l&#224; ? Et la force qu'il faut extirper de soi-m&#234;me pour continuer quand c'est si souvent une telle travers&#233;e du d&#233;sert -&#8211; je n'en suis pas indemne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu plaisantais dans une vid&#233;o : &#171; Ma vid&#233;o continuera encore quand le cahier de l'Herne sera au d&#233;sherbage &#187;, c'est un enjeu d'oubli, de circulation de l'archive, de m&#233;moire (et de remont&#233;e par association) qui se trouvent aussi dans ton travail. Et qui se trouve d&#232;s le d&#233;but dans tes &#233;crits, non ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Disons qu'on est tellement &#224; danser sur un ab&#238;me que mieux vaut en plaisanter. Longtemps on consid&#233;rait le livre comme p&#233;renne, du moins que sa sauvegarde mat&#233;rielle &#224; long terme garantissait la m&#233;moire des contenus qu'il portait. Le d&#233;p&#244;t l&#233;gal en est une expression. Mais &#231;a s'est emball&#233; : chaque ann&#233;e autant de livres d&#233;pos&#233;s qu'il y en a eu des d&#233;buts de la biblioth&#232;que royale de Fran&#231;ois 1er &#224; 1947. Et les papiers acides d'aujourd'hui ne sont pas faits pour durer, sans compter que l'&#233;norme masse du livre participe du divertissement culturel, ou de l'industrie tout cours, et qu'il doit &#234;tre &#224; ce titre infiniment renouvelable. La BNF peut multiplier ses silos, l'archivage num&#233;rique (le rachat par certaines biblioth&#232;ques du fonds num&#233;ris&#233; de Google) a d&#233;sormais l'ant&#233;c&#233;dent. Est-ce que &#231;a garantit p&#233;rennit&#233;, non. Mais l'accessibilit&#233; universelle, ou le paradoxe de l'aiguille instantan&#233;ment trouv&#233;e dans la meule de foin, c'est un saut qualitatif encore tout r&#233;cent. Les meilleures revues, les meilleurs livres, ont un temps de pr&#233;sence mat&#233;rielle de plus en plus court dans un r&#233;seau d&#233;sormais r&#233;duit de librairies, et c'est pareil pour le jeu salles r&#233;serve d&#233;sherbage en biblioth&#232;que. L'imprim&#233; n'assure plus m&#233;moire ni p&#233;rennit&#233;. L'expansion folle de la vid&#233;o sur le web n'est pas une roue de secours fiable : cela consomme plus de 40% de la bande passante, la gestion de serveurs consommant plus d'&#233;lectricit&#233; qu'une capitale, des refroidisseurs, une carte mat&#233;rielle de distribution (fibre, r&#233;seaux 4 ou 5G) qui change les enjeux &#233;conomiques et mat&#233;riels du monde, sans parler des terres rares etc. Si je d&#233;c&#232;de, mon site s'arr&#234;tera faute de payer le loyer annuel &#224; OVH, entreprise que j'ai vue tant &#233;voluer en quinze ans, et la logique m&#234;me de mon site (la taille des images par exemple, interf&#233;rant sur le r&#233;cit lui-m&#234;me) est li&#233;e &#224; cette &#233;volution : &#224; la limite, les paiements automatis&#233;s des commissions livres sur PayPal, et OVH renouvelant automatiquement le site en puisant dans le PayPal, le site pourrait s'entretenir ind&#233;finiment, mais le renouvellement technique (php par exemple) fait qu'un site qui ne se remod&#232;le pas du dedans est condamn&#233; &#224; court terme, on s'en aper&#231;oit dans l'entretien qu'on fait &#224; quelques-uns des sites d'amis morts. Mes vid&#233;os sont &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/user20405971&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en miroir sur Vimeo&lt;/a&gt;, moyennant abonnement que je paye tous les ans, et c'est d&#233;j&#224; plus &lt;i&gt;secure&lt;/i&gt; que le petit disque dur de r&#233;serve que j'ai &#224; la maison, et dont je sais bien qu'il peut claquer &#224; tout moment. Je dois m'en racheter un, d'o&#249; d'autres corollaires, comme l'abonnement Vimeo etc : j'ai la chance que mes lecteurs aident par une cagnotte Tepeee, mais d'un point de vue d'artisan je pr&#233;f&#233;rerais vendre plus de livres, et de toute fa&#231;on &#231;a ne suffit pas aux frais et investissements permanents. Mais on peut rebrasser les cartes, tout reprendre selon un sch&#233;ma de pens&#233;e diff&#233;rent, et la question de la cr&#233;ation alors se repose elle-m&#234;me diff&#233;remment : par exemple, longtemps on a dit que la R&#233;volution (fran&#231;aise) avait &#233;t&#233; une p&#233;riode d'ass&#232;chement de la litt&#233;rature, hors ce pauvre Andr&#233; Ch&#233;nier, et plus tard les &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-Tombe&lt;/i&gt;. Mais c'est parce que les biblioth&#232;ques classaient sous la cat&#233;gorie des &lt;a href=&#034;http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2014/01/les-ephemeres-objets-corpus-culture/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;ph&#233;m&#232;res&lt;/a&gt; l'invraisemblable masse de publications des clubs, d&#233;bats, pamphlets, r&#233;flexions, po&#232;mes aussi qui marque ces ann&#233;es, avec m&#234;me l'&#233;mergence d'un auteur collectif. Sans compter la place prise par les femmes, quand le r&#233;cit r&#233;trospectif de l'&#233;poque, r&#233;aval&#233; par le dominant, les &#233;limine. Alors oui, la masse de ce qui s'est &#233;crit toutes ces ann&#233;es par les blogs, ce qui se publie aujourd'hui sur YouTube participe plus de cette cat&#233;gorie des &lt;i&gt;&#201;ph&#233;m&#232;res&lt;/i&gt;, eh bien tant mieux : l'archive de tout &#231;a, il y a deux cents ans, c'est la R&#233;volution elle-m&#234;me. Nulle provocation en disant cela : Walter Benjamin en a ouvert le dossier avec son &lt;i&gt;Passagen Werk&lt;/i&gt;, masse de textes collig&#233;s dans ces &lt;i&gt;&#201;ph&#233;m&#232;res&lt;/i&gt;, et qui changent le regard sur le XIXe si&#232;cle, et Judith Schlanger, dans &lt;i&gt;Pr&#233;sence des &#339;uvres perdues&lt;/i&gt;, pose les bases de comment cette m&#233;moire en permanence refoul&#233;e ou aval&#233;e par son &#233;poque contribue cependant en permanence aux ruptures qui s'y inventent, ces ruptures en constituant l'effective m&#233;moire, mais m&#233;moire en dehors de l'archive. En tout cas c'est l'approche qu'on peut en avoir pour formaliser, dans mon cas, vingt ans d'&#233;criture sur site web, dont une partie est d&#233;j&#224; une archive fossile, et d'autres parties effac&#233;es sans reste. L'archive n'est plus une probl&#233;matique personnelle, &#224; nous de faire avec.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>entretien Franck Senaud, 1 | du lire-&#233;crire, de la vid&#233;o et de l'impro</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4851</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4851</guid>
		<dc:date>2019-09-15T06:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>Michaux, Henri </dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>Senaud, Franck</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un entretien en cours sur l'histoire de mon travail, et les enjeux num&#233;riques aujourd'hui&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;le livre &amp; l'Internet&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;Michaux, Henri &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1010" rel="tag"&gt;Senaud, Franck&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4851.jpg?1566195373' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; note du 16 sept 2019 : un &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4854' class=&#034;spip_in&#034;&gt;nouvel extrait&lt;/a&gt; de cet entretien, portant cette fois sur &#233;dition et m&#233;moire du web.
&lt;p&gt;On me l'avait propos&#233; plusieurs fois ces derni&#232;res ann&#233;es, mais j'avais toujours &#233;vacu&#233; : un entretien global sur mon parcours et mon travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai rencontr&#233; Franck Senaud, &#224; Evry, en mai dernier, on a d'abord constat&#233; ce qui nous rapprochait sur la question de la ville, puis de l'Internet. L'id&#233;e c'&#233;tait juste un &#233;change de questions r&#233;ponses pour sa revue &lt;a href=&#034;https://prefigurations.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pr&#233;figurations&lt;/a&gt; (avec ici &lt;a href=&#034;https://prefigurations.com/revue-prefigurations-n-105-mai-juin-2019/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un extrait&lt;/a&gt; du d&#233;but de notre &#233;change).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, voil&#224; trois mois que &#231;a dure, et un fichier qui fait plus de 220 000 signes ce matin. Parfois une g&#234;ne de ma part : des r&#233;ponses aussi longues &#224; des questions aussi br&#232;ves. Mais, dans ce jeu de sparring partner, ce qui m'a d&#233;boussol&#233; et provoqu&#233; dans les envois de Franck (et des fois il tire lourd), c'est qu'ils partent toujours de la pratique. Non pas depuis ce f&#233;tichisme de l'artiste ou de l'&#233;crivain qui fait gerber dans tant d'entretiens. Alors j'ai r&#233;pondu, chaque fois le matin au r&#233;veil, comme plonger en apn&#233;e dans l'inconnu et l'arbitraire de qui s'est dessin&#233; progressivement dans mon travail ces derni&#232;res ann&#233;es, et notamment avec l'arriv&#233;e de YouTube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas ce qu'il va advenir de cet ensemble. On a d&#233;cid&#233; avec Franck Senaud qu'on l'arr&#234;terait &#224; convenance, mais pour l'instant, je crois &#8212; &#224; notre double surprise &#8212;, qu'encore &#231;a d&#233;rive, &#231;a avance plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proposer &#224; un de mes anciens &#233;diteurs ? On verra s'il s'en manifeste. Le reprendre dans Tiers Livre &#201;diteur ? De toute fa&#231;on, comme trace, comme outil, comme ergonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessous extrait des &#233;changes de ces derniers dix jours, depuis la veille du d&#233;part &#224; Natashquan &#224; celui de ce matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne fait pas &#231;a deux fois dans sa vie, &#233;trange et non &#233;trange que ce soit venu maintenant : merci Franck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota : en tant que document de travail en cours d'&#233;laboration, le fichier global de cet entretien est ouvert, communication sur demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo haut de page : en lecture avec Dominique Pifar&#233;ly, Saint-L&#233;ger-la-Pallu, &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/rencontres-darchipels-2019/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;festival Archipels&lt;/a&gt;, juillet 2019, &#169; Corinne Troisi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;du lire-&#233;crire, de la vid&#233;o et de l'impro&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'on &#233;crit diff&#233;remment selon les supports ? Tu cites souvent Michaux, c'est cette plasticit&#233; que tu appr&#233;cies chez lui ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Comment r&#233;pondre &#224; une telle question, alors qu'on a vu s'amorcer si r&#233;cemment un tel bouleversement des supports ? L'histoire g&#233;n&#233;rale des mutations de l'&#233;crit ne compte que tr&#232;s peu de mutations : celles de la tablette d'argile se sont &#233;tal&#233;es sur 2 800 ans. D'embl&#233;e on &#233;tait dans ces prismes : &#233;crire pour la radio, pour le film, pour le th&#233;&#226;tre, ce n'est pas &#233;crire pour l'espace clos du livre. Et le livre, en tant que production &#233;ditoriale, n'est pas la diffusion brute du texte, mais le dialogue typographique avec sa sp&#233;cificit&#233;. Sont venues les pages html, et le nombre tr&#232;s restreint de personnes qui y avaient acc&#232;s. Cinq ans apr&#232;s mes premi&#232;res mises en ligne (il y a &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article69' class=&#034;spip_in&#034;&gt;des traces&lt;/a&gt; sur mon site), les styles css qui permettaient une charte graphique globale pour ces pages, et donc de composer ce qu'elles disent en fonction d'un geste de lecture, scroll ou lien hypertexte. Quand &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique51' class=&#034;spip_in&#034;&gt;on a commenc&#233; en 2008&lt;/a&gt; nos exp&#233;riences epub, l'enjeu c'&#233;tait bien l'ergonomie du livre num&#233;rique, et de suite une ambivalence : produire la lisibilit&#233; de livres con&#231;us pour support traditionnel, et en m&#234;me temps s'appuyer sur une autre gestuelle, d'autres usages et supports, pour concevoir des r&#233;cits d'une autre sorte. On &#233;tait tous dans le r&#234;ve d'une explosion multim&#233;dia qui n'est pas advenue. Des usines &#224; gaz pour ajouter des images anim&#233;es, des sons, des porosit&#233;s avec le web, la g&#233;olocalisation. Toutes ces exp&#233;riences &#233;taient passionnantes, mais je m'y suis progressivement de moins en moins impliqu&#233; : le seul espace qui m'a vraiment attrap&#233; pieds et poings li&#233;s, c'est comment le web en lui-m&#234;me pouvait s'appuyer des images et des porosit&#233;s hyper texte pour recr&#233;er l'illusion de r&#233;el qui jusqu'ici &#233;tait l'apanage exclusif du roman. Peut-&#234;tre qu'on se fossilise selon sa propre date d'entr&#233;e dans le web : l&#224; je te r&#233;ponds d'un Mac'Do, et il m'a toujours sembl&#233; composer pour le laptop nomade. Le smartphone a rel&#233;gu&#233; l'iPad &#224; des fonctions utilitaires, et minoritaires -&#8211; alors que pour nous son arriv&#233;e avait &#233;t&#233; un tel r&#234;ve &#8211; mais je ne compose pas pour le smartphone, je ne l'utilise que pour les r&#233;seaux sociaux, m&#234;me les vid&#233;os c'est rare que je les visionne sur l'iPhone. Avec la vid&#233;o on a peut-&#234;tre une rupture : publication d'embl&#233;e appliqu&#233;e &#224; la nature transm&#233;dia de l'&#233;criture. Mais alors un retour &#224; la fixit&#233; de l'objet livre d'avant : pas possible de les modifier, un codage extr&#234;mement contraignant, une lin&#233;arit&#233; de l'attention dans le r&#233;cit. Donc pas de panac&#233;e. Par exemple, les formes live avec vid&#233;o c'est un espace d'invention en soi. D'o&#249; le fait que &#231;a am&#232;ne et n'am&#232;ne pas &#224; la deuxi&#232;me partie de ta question : clairement, ce qui me passionne chez Michaux, c'est la nature fantastique de ce qui s'y invente, m&#234;me parfois dans les textes en une ligne de &lt;i&gt;Poteaux d'angle&lt;/i&gt;. Au point qu'un des myst&#232;res pour moi de son propre rapport &#224; ce qu'il &#233;crivait, c'est comment a d&#251; &#234;tre assourdissant pour lui le fait que, partout o&#249; il se risquait, Borges loin &#224; l'ouest et Kafka loin &#224; l'est, ou &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article16' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Daniil Harms&lt;/a&gt;, s'&#233;taient d&#233;j&#224; fray&#233;s chemin et l'y avaient pr&#233;c&#233;d&#233; sans qu'il le sache. Ce n'en est probablement pas une cons&#233;quence, mais une r&#233;volution elle sp&#233;cifique &#224; Michaux, c'est que le livre &#224; quoi aboutit l'exp&#233;rience est le chemin progressif qu'ont pris les textes qui la constituent. Alors effectivement auteur d&#233;cisif, central, de m&#234;me que Cendrars et ce qu'il &#233;crit du rapport &#224; la ville d'apr&#232;s son exp&#233;rience du cin&#233;ma et du phonographe, d&#232;s 1911. Mais, quelle que soit l'importance et la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;tude permanente des g&#233;ants, ce qui compte -&#8211; &#231;a vaut aussi pour Rabelais, Baudelaire, Balzac &#8211;-, c'est de scruter le saut mental auquel ils proc&#232;dent dans son contexte temporel pr&#233;cis. Parce que rien de ce qu'ils nous l&#232;guent n'est une aide directe dans l'obscurit&#233; o&#249; on est. Les lunettes Snapchat (Google et Apple semblent avoir renonc&#233; pour l'instant) pourraient &#234;tre de magnifiques outils &#224; m&#234;ler texte et r&#233;el, donc le num&#233;rique sans &#233;cran. Et probablement la r&#233;ponse &#224; ta question : la seule possibilit&#233; de survivre et d'&#234;tre digne dans tous ces chamboulements, de rester fid&#232;le &#224; ce qui nous lie au langage, et donc d'&#233;crire toujours et toujours la m&#234;me chose quel que soit le support, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu d&#233;cris ce que tu &#233;cris : parviens-tu &#224; avoir un regard, &#224; voir ton propre &#339;uvre ? &#192; y mettre des p&#233;riodes dans cet ensemble ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
La d&#233;couverte de Balzac, vers mes quinze ans, a &#233;t&#233; tellement importante, m&#234;me si ma chance c'est que j'&#233;tais lecteur depuis toujours, qu'il y a une bascule : la conscience qu'un univers de repr&#233;sentation reconstruit par le mental pouvait valoir autant que l'univers dit r&#233;el, celui qu'on per&#231;oit. L&#224; j'utilise des formulations &#224; la Simondon, mais c'&#233;tait bien le sentiment &#233;prouv&#233; : le roman rempla&#231;ait le r&#233;el, et pouvait s'&#233;tendre &#224; l'infini. Plus tard, j'ai cal&#233; longtemps &#224; Proust. Quand enfin &#231;a s'est d&#233;bloqu&#233;, je l'ai tout aval&#233; d'une traite et j'ai refait plusieurs boucles enti&#232;res depuis, j'ai eu une sorte de vertige &#224; ce passage du d&#233;but de la &lt;i&gt;Prisonni&#232;re&lt;/i&gt; o&#249; le narrateur, qu'on d&#233;couvre soudain capable de &#171; r&#233;duire &#187; une partition d'op&#233;ra de Wagner en jouant du piano (il n'a jamais appris, qu'on le sache, dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;), gamberge sur le fait que la construction de la &lt;i&gt;Com&#233;die&lt;/i&gt; humaine s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#224; Balzac alors qu'elle &#233;tait quasiment &#233;crite aux deux tiers : unit&#233; r&#233;trospective, donc non factice, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3343' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#233;crit Proust&lt;/a&gt;, dont le narrateur est alors confront&#233; au paradigme suivant : comment je puis &#233;crire intentionnellement une &#339;uvre dont la construction ne sera non factice qu'&#224; cette condition de s'imposer r&#233;trospectivement ? Et non seulement il trouve, mais c'est le chemin qui l'emm&#232;ne, lui Marcel Proust, &#224; la mort. Je crois que depuis on est tous livr&#233;s &#224; ce paradigme, et chaque grande &#339;uvre en est comme une figure. Michaux, dont on parlait hier, ou Beckett, ou Sarraute et tant d'autres. &#199;a doit para&#238;tre lassant, mais quand je me confronte &#224; mes propres apories je fais &#171; tourner &#187; la probl&#233;matique dans l'&#339;uvre des autres, leur arbitraire, leurs d&#233;fauts, ce qui aurait d&#251; les rendre &#171; insauvables &#187; (je pense &#224; Cendrars). J'ai compris il y a tr&#232;s longtemps, et tr&#232;s obscur&#233;ment que la notion &#171; d'&#339;uvre &#187; n'&#233;tait plus forc&#233;ment pertinente en tant que tout, que grand bloc unifi&#233;, intentionnellement d&#233;cr&#233;t&#233;. &#192; cause de la &lt;i&gt;Prisonni&#232;re&lt;/i&gt; justement. &#199;a m'a permis de marcher en avant, mais chaque rupture est douloureuse, c'est une utopie qui casse : quand Minuit n'a pas voulu de mon &lt;i&gt;Enterrement&lt;/i&gt;, savoir int&#233;rieurement que l'id&#233;e du roman tous les deux ans c'&#233;tait fini, et aujourd'hui je trouve plut&#244;t path&#233;tique tous ces types que j'estime, dont souvent les livres ont compt&#233; pour moi, mais qui ne l&#232;vent pas le petit doigt pour venir sur le web. Le rapport &#224; la non-fiction dans les dix ans chez Verdier, puis leur refus de me suivre sur l'aventure Rolling Stones, et Fayard qui prendra le relais avec Olivier B&#233;tourn&#233;, oui sans doute &#231;a d&#233;finit des &#233;tapes. Mais la vraie bascule est plus impalpable, c'est le moment o&#249; le site est devenu plus important que les livres, et progressivement les a phagocyt&#233;s dans sa propre unit&#233;. Et l&#224;, tu n'es plus que tout seul pour les inflexions : ces deux ans, l'impression que ce qui creusait en moi, l'impro vid&#233;o, c'&#233;tait l&#233;gitim&#233; par mon rapport le plus profond &#224; l'&#233;criture, absorbant aussi ce qui me relie aux ateliers d'&#233;criture -&#8211; le moment de surgissement du texte. Publier ce moment m&#234;me qui est la venue de l'&#233;criture, et ce que &#231;a d&#233;place des formes, des constructions, des s&#233;ries. &#199;a pose des tas de questions annexes : &#224; entretenir (avec une petite poign&#233;e d'amis) les sites de copains morts, je sais bien comment un site se racornit s'il n'est plus aliment&#233; et recod&#233; en permanence, c'est un geste d'auteur, et non pas un ch&#226;teau de mots. Le mien est partiellement archiv&#233; par la BNF, mais ce qui d&#233;finit un site, c'est l'ensemble de ses inter-relations, et non pas son archive noyau. Et en passant &#224; la vid&#233;o, l'espace de diffusion et le lieu d'archive (non pas le fait d'avoir un disque de sauvegarde &#224; la maison, et m&#234;me un miroir sur Vimeo, mais archive au sens o&#249; &#231;a puisse &#234;tre appel&#233; et consult&#233; sur le web) c'est YouTube, donc le bon vouloir des silos de Google -&#8211; peut-&#234;tre une de ces anciennes stations p&#233;troli&#232;res dans lesquelles ils placent leurs serveurs pour meilleure r&#233;frig&#233;ration, ou bien simplement la fascination qu'il y a &#224; penser le fonctionnement du cloud, les archives se recomposant depuis l&#224; o&#249; on les convoque le plus fr&#233;quemment. Un livre qui m'a beaucoup m&#226;ch&#233; int&#233;rieurement, et que je continue de porter lourd dans mon c&#339;ur, c'est &lt;i&gt;Une part de ma vie&lt;/i&gt;, de Kolt&#232;s : une compilation chez Minuit, pile dix ans apr&#232;s son d&#233;c&#232;s (1999) de l'ensemble de ses entretiens, parfois &#224; des revues de th&#233;&#226;tre tr&#232;s confidentielles, parfois &#224; des grands journaux, dans l'&#233;blouissement Ch&#233;reau, avec des questions tr&#232;s superficielles mais des r&#233;ponses infiniment d&#233;cal&#233;es, et comprendre que m&#234;me une &#339;uvre comme celle-ci, que j'avais eu la chance non pas de voir na&#238;tre, mais de suivre toutes les reprises chez Minuit, et m&#234;me de parler &#224; Bernard (de Balzac, justement), la compr&#233;hension de ce qui s'y jouait de majeur &#231;a ne s'&#233;tait produit pour moi que bien ult&#233;rieurement, longtemps apr&#232;s son d&#233;c&#232;s, alors que lui il l'&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224;. Idem d'ailleurs en partie pour Perec : quand j'ai commenc&#233; &#224; le lire, d&#233;but des ann&#233;es 80, je connaissais plusieurs personnes qui le fr&#233;quentaient. Mais c'est seulement bien apr&#232;s sa mort, voire dix ans apr&#232;s sa mort, que j'ai commenc&#233; &#224; comprendre l'importance fondamentale d'&lt;i&gt;Esp&#232;ces d'espaces&lt;/i&gt;, ou de &lt;i&gt;W&lt;/i&gt;. Alors comment &#234;tre capable de savoir ce qui se passe pour soi-m&#234;me. Dans les autrefois, je m'&#233;tais toujours dit que si je passais l'&#226;ge de d&#233;c&#232;s de Balzac ou Proust (d&#233;j&#224; sept ans de plus que Baudelaire ou Lovecraft, bien plus que Lautr&#233;amont, mais moins que le vieil Hugo dont l'&#339;uvre est de plus en plus folle &#224; mesure qu'il &#233;crit), je ferais ce que je voudrais &#8211;- des ann&#233;es que je me dis qu'un jour j'&#233;crirai sur Balzac et la boucle sera boucl&#233;e. Cette autorisation int&#233;rieure, non d&#233;termin&#233;e par l'objet qu'elle construit, c'est ce &#224; quoi on travaille le plus en atelier d'&#233;criture, autant dans mes six ans en &#233;cole d'arts, qu'avec les jeunes auteurs qu'on accompagne. C'est cette autorisation mentale qui &#233;puise le plus d'&#233;nergie int&#233;rieure, justement parce qu'on ne sait pas o&#249; on va, et qu'est si fragile le sentiment de n&#233;cessit&#233; ou d'ob&#233;issance qui vous y pousse. Des fois tu es le matin devant ton ordi, tu allumes et tu te dis : mais qu'est-ce que j'ai foutu depuis trois ans, o&#249; est ton livre ? Et puis tu te remets &#224; penser &#224; ta prochaine impro, peut-&#234;tre seulement le soir, peut-&#234;tre le lendemain, ou tu recodes des vieilles pages du site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est en &#233;tant lecteur que tu te comprends/penses comme &#233;crivain ? As-tu eu des lectures d'enfance r&#233;ellement ? Ou ne comptent-elles pas/plus ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Je ne me pense pas comme &#171; &#233;crivain &#187;, le mot est n&#233; au XVIIe si&#232;cle (je crois qu'on en a parl&#233; d&#233;j&#224;). Mais dans mon rapport &#224; l'&#233;criture, ce qui est diff&#233;rent, ne suppose pas une constitution symbolique dans un contexte soci&#233;tal donn&#233;, le lire/&#233;crire est v&#233;cu -&#8211; pas par moi seulement -&#8211; comme un &#233;cosyst&#232;me o&#249; les deux termes sont indissociables. C'est m&#234;me la cl&#233; qui nous permet de penser la transition actuelle dans les diff&#233;rentes figures de ce lire/&#233;crire depuis l'origine. C'est une question d&#233;cisive, parce que ceux de ma g&#233;n&#233;ration abordaient quasi naturellement l'&#233;criture depuis leur immersion ou leur passion lecture. Elles nous faisaient passer droits, port&#233;s sur une paume gigantesque, jusqu'&#224; la page d'&#233;criture. Or ces usages de lecture, qui n'ont jamais &#233;t&#233; le fait d'une part massive de la population (et, sym&#233;triquement, jamais de classe de lyc&#233;e o&#249; on ne constate pas encore la pr&#233;sence de quelques grands lecteurs), sont eux-m&#234;mes objet d'une mutation radicale, li&#233;e aux supports, &#224; la fragmentation, &#224; la fin de la hi&#233;rarchie qu'a pu surplomber provisoirement le livre pour la transmission d'information &#224; distance. Question essentielle pour la transmission : le socle de la lecture livre, qui continue de structurer les dispositifs &#233;ducatifs, a largement vol&#233; en &#233;clats dans les usages individuels. Je suis parfaitement conscient des hasards qui m'ont permis l'acc&#232;s &#224; la lecture : la disponibilit&#233; &#224; la maison des livres de prix attribu&#233;s &#224; ma m&#232;re &#224; l'&#233;cole normale d'instituteurs de Lu&#231;on, &#224; la toute fin de la guerre : des albums reli&#233;s et illustr&#233;s o&#249; j'ai d&#233;couvert Anna Kar&#233;nine ou David Copperfield. Et que ma m&#232;re nous a permis l'acc&#232;s &#224; volont&#233; aux livres, les Rouge &amp; Or, la Biblioth&#232;que Verte, les Jules Verne&#8230; La lecture &#233;tait mon seul contact au fait esth&#233;tique, ni musique ni mus&#233;es. Puis, en quatri&#232;me, le prof de fran&#231;ais qui choisissait les livres scolaires, et c'est comme cela que Stendhal m'est tomb&#233; sous la main, et je n'ai jamais su ce qu'il nous avait choisis au printemps 68. Cette m&#234;me ann&#233;e, le carton des Balzac de mon grand-p&#232;re maternel embarqu&#233; pour les vacances d'&#233;t&#233;, et une r&#233;bellion parentale (je n'avais aucune envie de passer un mois sur le bassin d'Arcachon, j'en apprenais bien plus en travaillant &#224; la station-service) qui fait que pendant trois semaines je ne suis sorti ni de Balzac, ni de la chambre. Est-ce que ce sont des prol&#233;gom&#232;nes obligatoires pour acc&#233;der &#224; l'&#233;criture ? Je ne pense pas, sinon je ne ferais pas d'ateliers d'&#233;criture. Mais dans le chemin pour s'approprier l'&#233;criture, pas possible pour l'instant d'en faire l'&#233;conomie, alors m&#234;me que ce qu'on produit s'est install&#233; hors du livre, qui continue de nous y donner acc&#232;s. Et &#231;a se joue en grande partie dans l'enfance, &#231;a &#231;a continue dans toutes les disciplines. Et pas question, m&#234;me &#224; 66 balais, d'&#234;tre na&#239;f quant &#224; la lecture : &#231;a se travaille comme on va &#224; la salle de gym. Ce n'est pas une astreinte, ni une hygi&#232;ne au sens de Flaubert enjoignant &#224; Maupassant de lire trois quarts d'heure minimum tous les soirs, mais c'est une construction permanente. La lecture seule donne acc&#232;s &#224; la lecture. Et je dis &#231;a bien conscient des difficult&#233;s que j'ai moi-m&#234;me &#224; m'y tenir, ne serait-ce que parce que le plaisir physique et symbolique de l'acquisition des livres est devenu tellement plus rare, quoiqu'on reste insatiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question (qui peut sembler bateau) as tu toujours lu de la m&#234;me fa&#231;on ? Je parle &#224; la fois de rythme et d'espaces. Comment a-t-elle &#233;volu&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Quand on essaye de penser, donc de l'int&#233;rieur et &#224; t&#226;tons, la mutation num&#233;rique en cours, et ses ondes de choc, on oscille en permanence entre histoire longues fr&#233;quences (tablette, rouleau, codex&#8230;, leurs propres transitions et superpositions) et histoire tr&#232;s br&#232;ve fr&#233;quence, ce qui se passe pour chacun d'entre nous entre l'achat du premier ordi (pour moi 1988), le premier passage au laptop (1993), la premi&#232;re connexion Internet (1996), etc&#8230; Ce n'est pas pour donner valeur aveugle et absolue &#224; l'historicisme, mais parce que toute entreprise de se rapprocher d'un tel objet suppose ces d&#233;plis multiples du temps. L&#224; encore, les plis et d&#233;plis de Deleuze, l'approche de l'objet technique de Simondon ou les th&#232;ses sur l'histoire de Walter Benjamin, nos outils sont &#224; la fois r&#233;cents et &#233;prouv&#233;s. C'est pour cela que rien de &#171; bateau &#187; &#224; ta question : impossible de comprendre et agir sur ou dans le lire/&#233;crire sans retourner comme un gant l'histoire de ses propres outils (je dois avoir &#231;a sur mon site, une &#171; histoire de mes machines &#224; &#233;crire &#187;, comme je crois que j'ai aussi une &#171; histoire de mes librairies &#187;). On a des outils aussi pour &#231;a : Borges, et son fid&#232;le Alberto Manguel y ont beaucoup &#339;uvr&#233; &#8211;- ou c&#244;t&#233; Walter Benjamin son &lt;i&gt;Enfance berlinoise&lt;/i&gt; et son article &lt;i&gt;Je d&#233;balle ma biblioth&#232;que&lt;/i&gt;. Un des grands renversements conceptuels de Proust c'est que la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; s'inaugure litt&#233;ralement par une expansion interne de ses &#171; Journ&#233;es de lecture &#187;, initialement pr&#233;face &#224; une de ses traductions de Ruskin. C'est un exercice paradoxal, parce qu'&#224; double niveau, et je pense qu'il en est de m&#234;me pour les danseurs et les musiciens, peut-&#234;tre : repasser &#224; intervalles r&#233;guliers dans les lectures (pour nous), c'est se replacer &#224; la fois dans l'histoire de sa vie &#224; ce moment pr&#233;cis, et sur le chemin des intuitions n&#233;es &#224; cet instant. C'est donc un exercice du pr&#233;sent, un des exercices continus de la fabrique d'&#233;criture. Relire ce n'est pas lire &#224; nouveau, c'est un travail mental de reconqu&#234;te via un outil privil&#233;gi&#233;, presque mystique. J'ai chaque ann&#233;e une phase Jules Verne, des dimanches Simenon&#8230; Ce genre d'arch&#233;ologie subjective n'a pas d'int&#233;r&#234;t &#224; &#234;tre transcrit pour les autres, ce qui compte c'est d'inciter chacun &#224; faire la sienne. Pour moi, oui, les exp&#233;riences textuelles en amont de la lecture autonome comptent toujours. L'&#233;merveillement aux livres d'avant mes dix ou onze ans aussi, avec des images (des souvenirs d'images, ou tel livre perdu) extr&#234;mement pr&#233;cises ou intenses. Puis sans doute une sorte de r&#233;volution profonde vers onze ou treize ans, qui fait que non, je ne relis pas Jules Verne au hasard (&#231;a m'arrive, j'ai tout dans mon Kindle), mais que je reprendrai encore et encore les Jules Verne de la d&#233;couverte, Nemo, la Begum, la Jangada, les Carpathes. Je suis encore dans l'impossibilit&#233; de comprendre r&#233;ellement ce qui a pu se passer dans ma t&#234;te en d&#233;couvrant, dans l'armoire vitr&#233;e du grand-p&#232;re maternel, le &lt;i&gt;Scarab&#233;e d'or&lt;/i&gt; d'Edgar Poe, sinon que je devais avoir douze ou treize ans et que cela m'a li&#233; irr&#233;ductiblement, d&#233;finitivement &#224; quelque chose de l'ordre de la composition, du secret, du geste d'&#233;crire. Je dirais qu'ensuite, avec Stendhal en 4&#232;me puis Balzac en seconde, il y a eu cette phase d'appropriation qui m'a &#233;t&#233; plus tard, sans que je le sache &#224; ce moment-l&#224;, le plus beau viatique : Dickens, Dostoievski et d'autres, Zola bien s&#251;r mais sans que jamais ce soit de mon go&#251;t, ni me provoque le vertige des autres. En premi&#232;re, le hasard me fait tomber sur Kafka, et l&#224; il y a une cassure : je suis au bout de quelque chose. Je n'ai jamais cess&#233; de lire ensuite, par exemple les surr&#233;alistes &#224; la fin de la terminale, la d&#233;couverte mais trop tardive de la po&#233;sie, Tzara, &#201;luard, dans ce moment-l&#224; aussi, puis la philo, mais il y a quand m&#234;me un gros trou. On avait autre chose &#224; s'occuper. &#199;a a dur&#233; jusqu'en 1977 : quand je pars &#224; Paris avec juste mon sac, qu'un copain m'h&#233;berge dans sa piaule de bonne rue Lafayette et que je fais les bo&#238;tes d'int&#233;rim pour un job, je sais r&#233;solument que je veux &#233;crire et que &#231;a passe par lire. Reprise de Kafka, puisque c'est l&#224; que &#231;a s'&#233;tait arr&#234;t&#233;, puis le continent Flaubert. Suivre le fil de Maurice Blanchot : je ne connaissais ni Rilke, ni Mallarm&#233; ni personne. Je me suis mis dans l'id&#233;e de lire tous les livres dont Maurice Blanchot parlait. Par exemple, je crois dans &lt;i&gt;La part du feu&lt;/i&gt;, il y a une toute petite note, du genre &#171; ceux qui ont lu ce livre culte qu'est &lt;i&gt;Au-dessous du volcan&lt;/i&gt; me comprendront &#187;, et tu bascules dans Lowry. Dans cette p&#233;riode, deux autres ruptures majeures, sans point commun : le nom de Faulkner est une sorte de panonceau incontournable, je bloque &#224; Le bruit et la fureur, je comprendrai plus tard pourquoi, mais avec &lt;i&gt;As I lay dying&lt;/i&gt; (en anglais) et &lt;i&gt;Absalom&lt;/i&gt; j'entame un compagnonnage de quatre ou cinq ans extr&#234;mement important. De ce moment aussi que je commence &#224; lire de fa&#231;on &#224; peu pr&#232;s indiff&#233;rente en anglais et en fran&#231;ais, m&#234;me si je parle extr&#234;mement mal. Et l'autre choc, irr&#233;versible, &lt;i&gt;Le voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt;. Tout d'un coup je comprends l'&#233;criture de flux (pas simplement C&#233;line, plut&#244;t l'association C&#233;line et Faulkner). Que la prose peut &#234;tre massive. Si l'histoire personnelle de l'&#233;criture c'est toujours une histoire des autorisations int&#233;rieures qu'on se construit, ces deux-l&#224; m'ont autoris&#233; la prose. Quelque part, Sortie d'usine na&#238;t du Voyage, comme des lambeaux &#233;chapp&#233;s, retrouv&#233;s &#224; distance. Je n'ai jamais lu les pamphlets, le &lt;i&gt;Guignol's Band&lt;/i&gt; m'a lass&#233;, mais &lt;i&gt;Nord, Rigodon, D'un ch&#226;teau l'autre&lt;/i&gt; c'est un triptyque essentiel de notre litt&#233;rature, avec le paradoxe que &#231;a part du mauvais c&#244;t&#233; (ce qui n'est pas le cas du grand geste libertaire du &lt;i&gt;Voyage&lt;/i&gt;), comme Ernst J&#252;nger qui lui est si parall&#232;le. Dans cette p&#233;riode, &#233;videmment, mais pas &#224; cause de Minuit (Robbe-Grillet m'a compl&#232;tement snob&#233; quand je l'ai crois&#233; dans les escaliers de la rue Palissy, au contraire de la gentillesse de Beckett, correspondu aussi avec Claude Simon &#8211;&#8211; et lui je suis rest&#233; lecteur assidu, Gracq, Simon et Saint-John Perse trois figures contemporaines, dans le creux inverse des deux guerres, et pour moi tut&#233;laires, je ne d&#233;lis pas Julien Gracq, un des tr&#232;s rares avec qui j'ai voulu &#233;changer en direct, ce qui est tellement d&#233;cevant en g&#233;n&#233;ral). Apr&#232;s on peut aller plus vite : Proust, Proust, Proust. Et dans l'&#233;lan de Sortie d'usine, l'id&#233;e absolument troublante que j'ai le droit de ne plus rien faire que des livres, un chemin raisonn&#233;, quitter l'irruption brute, au sens d'art brut. Racine, d'Aubign&#233;, Chateaubriand, l'infini compagnonnage de Nerval, ou Conrad, une sorte d'assomption. Dix ans apr&#232;s, on y voit plus clair. Il y aura d'autres grandes irruptions, mais plus rares : Michaux je n'&#233;tais pas pr&#234;t. Ou Sarraute. Bien s&#251;r Saint-Simon, sorte de voyage qui ne finit pas. Une sorte d'&#233;cole totale de la langue. Et boucle plus r&#233;cente, peut-&#234;tre depuis que l'enseignement a pris une place plus importante : beaucoup de web, assumer le web comme lecture, dans sa fragmentation, sa fragilit&#233;, ses amplifications du ti&#232;de comme du pire, mais vivre assis &#224; une table encombr&#233;e de bouquins, et que passer deux mois sur telle probl&#233;matique de Baudelaire ou de Rimbaud, ou lire dix lignes de Du Bouchet et s'arr&#234;ter, &#231;a peut &#234;tre aussi dense que les nuits blanches dans les romans de la grande d&#233;couverte. Maintenant, je ressasse tout &#231;a, pas s&#251;r que j'aie besoin d'en sortir. Appartenir &#224; ce pays, on se moque bien des zigotos qui nous regardent de haut, comme hier soir le cuistot &#224; ce camp de Natashquan : &#171; c'est foutu votre truc, personne en veut plus de vos livres &#187;, et moi j'ai d&#233;cid&#233; que je passerai le reste de cette semaine sans bouffer de sa bouffe. Et reste l'autre vertige : je dois tout cela &#224; l'armoire &#224; porte de verre d'un instit qui ressemblait comme un fr&#232;re &#224; un autre trente kilom&#232;tres plus loin, de l'autre c&#244;t&#233; de Niort, Ernest Perochon, qui &#233;crit sur l'arriv&#233;e de l'eau courante et la premi&#232;re passion de l'aviation, et aura le Goncourt avec un livre &#224; compte d'auteur. Ce hasard qui m'a &#233;t&#233; favorable, comment en continuer le seul possible pour celles et ceux d'aujourd'hui, quand le livre a d&#233;finitivement &#233;t&#233; &#233;ject&#233; de cette symbolisation sociale ? Je crois que c'est en partie aussi ce qui me relie aux ateliers d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'y a qu'une r&#233;ponse comme celle-ci qui va rendre passionnante la suivante : qu'est-ce que tu n'as pu lire alors ? Qu'est-ce qui t'est tomb&#233; des mains ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
La biblioth&#232;que porte en elle-m&#234;me, presque par d&#233;finition m&#234;me, l'id&#233;e qu'elle puisse &#234;tre exhaustive. D'o&#249; la fabuleuse fiction de Borges. Je crois au contraire que la piste de chacun dans l'immensit&#233; des lectures ce serait peu &#224; peu, en arpentant, comme mettre &#224; jour les traits d'un visage cach&#233;, o&#249; on apprendrait &#224; se reconna&#238;tre soi-m&#234;me. Et qu'&#233;videmment ce dessin comportera toujours des zones blanches, comme des circuits &#224; reparcourir sans fin, presque comme des rituels d'acc&#232;s. Il y a probablement des m&#233;taphores &#233;quivalentes pour les musiciens, comme pour les violonistes ou violoncellistes avec leur pratique de Bach, ou les pianistes avec Scarlatti etc. Il y a un &#233;nonc&#233; pragmatique fixe : une sorte de devoir d'acquisition, qui serait remonter la langue vers son origine &#8211;- sinon que cette origine est ouverte, et remonte &#224; bien plus loin que la langue qu'on pratique. Et une autorisation tout aussi pragmatique : n'avoir parcouru qu'un segment parmi tant d'autres possibles. En tout cas c'est ce qui guide quand on travaille en creative writing, aider l'autre &#224; se constituer son propre chemin de lecture et y &#234;tre autonome. Alors ta question renvoie &#224; tous mes manques et &#231;a fiche la trouille. La d&#233;couverte de Freud, fin de la terminale, a &#233;t&#233; une onde de choc profonde, mais &#8211; hors la &lt;i&gt;Traumdeutung&lt;/i&gt; &#8211;-, je n'ai jamais &#233;t&#233; plus loin dans le continent des lectures psychanalytiques, ou de la philosophie associ&#233;e : Lacan ou Derrida je cale au bout de trois lignes et ce n'est pas glorieux de l'avouer. Idem toujours eu un blocage &#233;norme avec les livres de sociologie, dans leur ensemble, alors m&#234;me qu'on me les renvoie toujours &#224; la figure puisque les contenus que j'explore sont &#224; haute tension sociologique. Une fois Pierre Bergounioux m'a offert un livre de Norbert Elias, je l'ai toujours gard&#233; mais jamais lu. J'ai achet&#233; tous les Mauss &#224; cause des intitul&#233;s de chapitre, mais jamais pu aller plus loin. En litt&#233;rature c'est pareil : je pratique et enseigne Joyce, mais n'ai jamais eu le sentiment de le comprendre ou de m'en sentir proche. Dans les grandes figures du XXe si&#232;cle je sais qu'il y a des noms comme Gombrowicz, Roth, Nabokov, tant d'autres que je n'ai jamais lus. Nabokov me r&#233;pugne d&#232;s que je l'ouvre. Je ne pense pas que &#231;a ait une importance essentielle, si on raisonne en termes de lignes et parcours, et non de surfaces ou de th&#233;saurisation. Puis avec l'&#226;ge on renforce ce pragmatisme, on se force moins. &#199;a n'emp&#234;che pas les r&#233;visions, les bouleversements, les trappes o&#249; on tombe : il n'y a que depuis dix ans que je pratique vraiment Michaux. Flusser n'&#233;tait qu'un nom jusqu'&#224; un d&#233;clic qui s'est produit il y a trois ans, et l&#224; maintenant place centrale. Disons qu'une r&#233;ponse &#224; ta question serait l'&#233;loignement de plus en plus total du roman, sinon ins&#233;r&#233; dans son contexte pr&#233;cis, donc justement ceux qu'on a d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;s plus haut, Proust, Kafka, Faulkner, C&#233;line. Je reste curieux des inventions ult&#233;rieures, mais c'est plut&#244;t une curiosit&#233; ornithologique. Et un enfoncement soit dans l'histoire de la litt&#233;rature, soit dans les &#339;uvres qui plongent dans ses m&#233;canismes m&#234;me. Je ne connais pas la lecture divertissement, je reste compl&#232;tement happ&#233; par ce qui me trouble dans mon rapport esth&#233;tique au pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des p&#233;riodes de lecture mais il doit y avoir des temps ? Moi j'aime particuli&#232;rement les formes courtes, essais, des choses qui ont &#224; voir avec la parole justement (certains que tu cites) : Michaux, Nietzsche, C&#233;line, ton Rabelais. Lis-tu de la m&#234;me fa&#231;on ces formes et ces monuments de Balzac, Proust ? Cela a-t-il &#233;volu&#233; dans le parcours que tu d&#233;cris ? Cela marque-t- il ton &#233;criture ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Je crois que le verbe en trop c'est &#171; doit &#187;. Il y a une affinit&#233; entre la lecture et les heures du jour de la nuit, voire les saisons. Des lectures d'hiver et des lectures de voyage. Des lectures permanentes ou cycliques. J'ai souvent rapport &#224; un ou des textes de po&#233;sie le matin, m&#234;me si les heures suivant le premier caf&#233; c'est plut&#244;t pour &#233;crire, dans une loi que ce ne soit pas commande ou obligation. J'ai souvent, sauf dans les p&#233;riodes vadrouille, ou quand c'&#233;tait les jours &#233;cole d'art, des lectures de d&#233;but d'aprem, un moment de repli ou de toute fa&#231;on le travail pour moi c'est st&#233;rile, mais depuis deux ans c'est plut&#244;t le moment de la salle de gym. Et j'essaye d'avoir toujours un temps de lecture non connect&#233;e le soir, mais c'est aussi le moment o&#249; je fais mes petits montages YouTube donc je me laisse un peu vivre. Pendant longtemps j'&#233;tais plus organis&#233; que &#231;a. Fragments ou formes courtes, ou formes longues, je ne fais pas vraiment la diff&#233;rence. Les architectures longues ont toujours une instance fractale, au moins dans leur gen&#232;se, ou leurs rythmes, leurs s&#233;quences, avec les &#233;tudiants on travaille toujours beaucoup l&#224;-dessus. Id&#233;alement, mes grands souvenirs de lecture adolescente c'est la plong&#233;e &#224; pleine nuit, voire sur deux ou trois jours non-stop, &#231;a m'est encore arriv&#233; jusque vers 83-84, grandes relectures Tolsto&#239;, ou Kafka (chez qui l'ultra-bref et le continu sont sans rupture de forme). J'ai plus de mal aujourd'hui, mais si je reprends Proust &#231;a peut &#234;tre sur une p&#233;riode de trois semaines, tous les soirs, ou bien soudain ouvrir Nerval ou Racine sur le Kindle et plonger pour une fin d'apr&#232;s-midi, alors que jamais je n'ai eu des pratiques de visionnage du m&#234;me ordre, ou faites avec syst&#233;matique. Pour Michaux, c'est plut&#244;t aussi un s&#233;quen&#231;age des temps de lecture : tr&#232;s bref, tr&#232;s intense. Mais encore une fois, je n'arrive plus &#224; m'imposer de r&#232;gles. Autant je n'ai aucun remords &#224; inspecter litt&#233;ralement la m&#233;thodologie de lecture d'un &#233;tudiant dans la d&#233;couverte de son &#233;criture, autant je m'accorde des libert&#233;s de touristes. Par contre, m&#234;me si je lis un texte pr&#233;cis, d'Artaud par exemple, ou Debord, ou Manganelli, j'aime bien pouvoir le situer dans son rapport au parcours global de l'&#339;uvre. Je suis un peu un malade des &#339;uvres compl&#232;tes, m&#234;me si je n'en ai jamais fait de lecture int&#233;grale. C'est l&#224; o&#249; &#231;a peut valoir d'interroger une pratique de lecture dans son rapport au surgissement de l'&#233;criture : toujours &#233;t&#233; persuad&#233; qu'une bonne part de l'&#233;criture se jouait dans l'amont, que le premier jet d&#233;cide irr&#233;versiblement de la forme accomplie. J'y suis tr&#232;s attentif &#8211;- ces p&#233;riodes d'avant r&#233;daction, chez les auteurs que je travaille, quand on a la chance que ce soit document&#233;. Attendre un texte c'est d&#233;j&#224; l'&#233;crire. &#199;a peut inclure jusqu'&#224; une sorte de catalepsie r&#233;gressive, s'enfiler trois Simenon de suite, ou une semaine de polars amerloques. Je ferai une exception pour Saint-Simon : au d&#233;but, on est vraiment noy&#233;, jusqu'&#224; une hypnose qui peut passer des endormissements o&#249; on entend encore la phrase, avant de se r&#233;veiller d'un coup pour la suivante, &#224; cause de la triangulation des verbes et de ce que &#231;a induit pour la mise &#224; l'&#233;cart du sujet. Ou la n&#233;cessit&#233; d'&#233;duquer ou r&#233;&#233;duquer une sorte d'analyse grammaticale permanente de ce qu'on lit, m&#234;me si la rythmique et la musique engouffrent toute l'attention, ou sa capacit&#233; de dessiner un bonhomme en 3D, fuyant &#224; reculons dans le texte parce qu'il vient de mourir. L&#224;, &#231;a fait vingt ans de pratique, au moins quatre ans pour le premier tour, et besoin d'y revenir plus que r&#233;guli&#232;rement. Apr&#232;s, quand on &#233;crit&#8230; le dictionnaire int&#233;rieur qu'on utilise est certainement plus constitu&#233; d'associations venues de lectures, parfois via des chemins tr&#232;s myst&#233;rieux, que des mots usuels. Mais chaque fois c'est comme si on marchait seul et sans aide dans des ruines. Enfin, pour ce qui m'en est conc&#233;d&#233;, et ce n'est pas tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que &#231;a veut dire : &#171; Michaux je n'&#233;tais pas pr&#234;t &#187; ? C'est de l'ordre du niveau de langage ? De cette autorisation que tu dis qui travaille chaque &#233;crivain ? D'autres lectures pr&#233;c&#233;dentes qui s'accumulent ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Toujours cette oscillation entre intentionnalit&#233;, se pousser au derri&#232;re pour aborder ceci ou cela, et n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure, qui nous rend totalement &#233;tanche &#224; tel ou tel apport ext&#233;rieur si ce n'est pas le bon moment ou le bon chemin. Apr&#232;s, on peut toujours d&#233;m&#234;ler telle ou telle raison objective, mais seulement apr&#232;s. &#199;a s'est produit de cette fa&#231;on pour moi lorsqu'il s'est agi d'entrer dans Proust ou Kafka, et Michaux c'&#233;tait un continent dont je savais l'importance, la proximit&#233; (ne serait-ce que par le nombre de fois o&#249; on le trouve cit&#233; par des amis ou auteurs qui comptent dans ton travail), mais on n'a pas le vocabulaire, ou les &#233;l&#233;ments suffisants pour que &#231;a catalyse ou que &#231;a r&#233;ussisse. Je consid&#233;rais &lt;i&gt;Ecuador&lt;/i&gt; comme un r&#233;cit de voyage rat&#233;. Apr&#232;s, par exemple, j'ai compris que l'anthologie qui est partout, &lt;i&gt;L'espace du dedans&lt;/i&gt;, valid&#233;e par Michaux lui-m&#234;me, et actualis&#233;e cinq ou six fois, &#233;tait une tromperie, parce qu'elle s&#233;parait les textes de leur gen&#232;se, alors que dans le contexte du livre o&#249; ils paraissent, c'est ce chemin qui est le livre &#8211; c'est particuli&#232;rement net dans &lt;i&gt;Face aux verrous&lt;/i&gt;. De m&#234;me, la r&#233;ception d&#233;testable d'&lt;i&gt;Ecuador&lt;/i&gt; est ce qui l'a d&#233;cid&#233; &#224; faire, mais cette fois intentionnellement, volontairement, ce voyage o&#249; ne raconte pas ce qu'on voit, mais l'int&#233;rieur de soi-m&#234;me dans l'incompr&#233;hension de l'autre, et c'est &lt;i&gt;Un barbare en Asie&lt;/i&gt;. Et quand il serait vain de vouloir r&#233;p&#233;ter l'op&#233;ration, alors s'inventer ces pays lointains qui ouvrent &#224; l'exp&#233;rience mentale, et c'est le gigantesque &lt;i&gt;Ailleurs&lt;/i&gt;. Tout &#231;a se met en place on ne sait trop comment, sur une p&#233;riode tr&#232;s br&#232;ve, et la biographie de Jean-Claude Martin m'a permis de tout rassembler. Est-ce que &#231;a aurait chang&#233; quelque chose si je m'&#233;tais ouvert &#224; ce processus plus t&#244;t ? La question m&#234;me n'a pas trop de sens : travail de se rendre disponible et puis, &#224; intervalles rares, ces fragments de banquise qui s'effondrent. Idem pour &#201;douard Lev&#233;, dont je n'ai d&#233;couvert que r&#233;cemment l'importance. Ou inversement le hasard qui m'avait fait croiser Christophe Tarkos, et la pleine conscience de qu'il jouait. C'est toujours des jeux de piste, des labyrinthes : traduire le &lt;i&gt;Uncreative Writing&lt;/i&gt; de Kenneth Goldsmith m'a permis d'entrer dans Gertrude Stein et je continue de la d&#233;couvrir. Lovecraft c'est parti d'un hasard biographique, et je suis encore tr&#232;s loin d'&#234;tre au bout de ce travail, la gestation en soi-m&#234;me de la possibilit&#233; fantastique. Cendrars aussi j'ai toujours eu de ses bouquins &#224; proximit&#233;, mais il a fallu &lt;i&gt;Bourlinguer&lt;/i&gt;, il n'y a m&#234;me pas trois ans, pour que tout d'un coup l'&#233;difice tienne debout. Alors oui, on r&#234;ve toujours que de tels chocs se produisent &#224; nouveau, mais &#231;a ne se d&#233;cide pas, n'advient pas sur commande. Une sorte de confiance dans leur arbitraire, que &#231;a se produise &#224; tel moment et pas tel autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as dit avoir commenc&#233; les lectures en performance puis &#171; profit&#233; &#187; de YouTube pour le d&#233;velopper. Ta fa&#231;on de lire personnelle a-t-elle &#233;volu&#233; avec ses lectures ? J'&#233;coutais tes lectures de Lovecraft diff&#233;rentes de Rabelais. Le ton a-t-il &#233;t&#233; modifi&#233; au fur et &#224; mesure et comment le fixes-tu ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Ce serait un peu triste, si on devait tout pr&#233;voir. Tout se m&#233;lange toujours. J'ai eu la chance de vraiment &#171; apprendre &#187; &#224; lire en public, en 94-95, lors du Cincentenaire de Rabelais, o&#249; plusieurs fois on s'est retrouv&#233; ensemble avec Val&#232;re Novarina ou Jacques Roubaud. Se sont ajout&#233;s deux appuis : une fois par mois, pendant dix ans, chaque fois dans un lieu diff&#233;rent, mais incluant la Devini&#232;re, la maison dite natale de Rabelais, ou la grange du ch&#226;teau de Sach&#233;, on pr&#233;sentait un programme de lecture avec l'&#233;quipe du Centre dramatique r&#233;gional. L'autre appui : lire en permanence &#224; voix haute lors de mes ateliers d'&#233;criture. S'il y a des choses importantes, disons que ce serait la clart&#233; des consonnes, et une bonne conscience de la grammaire de ce qu'on lit. Travailler &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4429' class=&#034;spip_in&#034;&gt;avec Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt; m'a chang&#233; en profondeur, dans le culot d'&#233;mettre mes propres textes. Je crois que peu &#224; peu je me suis &#233;loign&#233; de l'id&#233;e de la performance, pour me rapprocher d'un univers plus cont&#233;, incluant l'impro orale. Quand j'ai commenc&#233; YouTube, c'&#233;tait pour mes &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4023' class=&#034;spip_in&#034;&gt;petites perfs sans montage sur des ronds-points&lt;/a&gt;. Ou, bien plus t&#244;t, ces petits enregistrements que je faisais &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3101' class=&#034;spip_in&#034;&gt;dans le bus Montr&#233;al-Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, dans mes retours de nuit, d&#233;but 2010, l'appareil juste pos&#233; sur la tablette du si&#232;ge, avec son micro interne, accepter sa tronche en gros plan, et que les textes vous mettent &#224; poil. Ensuite &#231;a s'est transf&#233;r&#233; dans ma propre petite pi&#232;ce de travail, donc des conditions plus studio. Vrai que j'ai dit plusieurs fois avoir lanc&#233; ce travail parce qu'on n'&#233;tait quasiment plus invit&#233; &#224; le faire en public. C'est vrai : par exemple, d&#233;but des ann&#233;es 2000, les th&#233;&#226;tres -&#8211; qui quasi tous avaient &#224; honneur d'inviter des auteurs &#224; lire -&#8211; se sont vu imposer de payer leurs pompiers et vigiles, au lieu que ce soit la ville. Du jour au lendemain c'est l'espace auteurs qui a saut&#233;&#8230; Mais c'est plus profond : la possibilit&#233; d'&#233;mettre et publier de la voix et du r&#233;cit sans le filtre temporel ou mat&#233;riel de l'&#233;dition ext&#233;rieure, et ce que &#231;a change. Non pas le livre audio, mais la s&#233;rie. Alors j'explore tant que je peux, certains textes demandent &#224; &#234;tre prof&#233;r&#233;s comme face &#224; la mer, et pour Lovecraft chuchot&#233;s comme dans un r&#234;ve. En gros je fais attention &#224; comment j'installe mon micro, &#224; ne pas oublier trop souvent d'enclencher le Zoom, &#231;a d&#233;pend aussi de l'heure et du lieu, mais je d&#233;couvre ce qui s'est pass&#233; une fois que c'est rendu sur l'ordi. Je n'ai pas de mod&#232;le, juste la haine de ces esp&#232;ces de baryton profond des voix de th&#233;&#226;tre ou de France-Culture. Une h&#233;sitation plus sur le fond serait de s'engager vraiment dans une cha&#238;ne podcast &#224; c&#244;t&#233; de la cha&#238;ne vid&#233;o. Moins d'h&#233;sitation, mais ces derniers temps je l'ai fait trop rarement : ces lectures avec plusieurs prises mix&#233;es, et un vrai montage image &#8211; on retombe sur le paradoxe d'une activit&#233; qui n'a aucune r&#233;mun&#233;ration mat&#233;rielle envisageable, contrairement au livre ou aux commandes radio autrefois, et qui au contraire, m&#234;me pour &#234;tre bricol&#233;es tout seul, n&#233;cessitent toujours plus de matos, souvent cher. Ce que j'aime : avoir toujours sur moi (la GoPro peut suffire, en g&#233;n&#233;ral ma cam&#233;ra et le micro Rode Video-Mic Pro qui s'y relie) de quoi pouvoir partir en lecture quand l'instant et le lieu s'y pr&#234;tent, sans trop r&#233;fl&#233;chir avant. Si je reste trop longtemps sans le faire, &#231;a me manque. Et qui reste, &#224; chaque fois, c'est ce qu'on a loup&#233; ou pas fait assez bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment tu te lis &#224; voix haute ? C'est simple ? C'est toujours diff&#233;rent ? Tu y as d&#233;couvert des choses ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Peut-&#234;tre qu'on peut progresser vers plus de neutralit&#233;, plus &#224; l'arri&#232;re de soi. On peut toujours progresser aussi dans la respiration, la sensation de r&#233;sonateurs un peu partout dans le corps, ou la tenue. Ce sont des savoirs tr&#232;s vieux. Certainement alors qu'on les convoque dans le moment aussi de l'&#233;criture silencieuse. C'est l'oreille interne qui est l'outil de l'&#233;criture, celui qui fatigue le plus vite. Apr&#232;s, il y a toujours cette id&#233;e de comment le r&#233;cit peut &#234;tre re&#231;u, et structur&#233; mentalement par qui l'entend, pour devenir architecture de sens, choses qui s'&#233;noncent dans des dur&#233;es mais agissent dans le reploiement d'une simultan&#233;it&#233;. C'est myst&#233;rieux, ces ad&#233;quations-l&#224; et comment elles peuvent organiser en amont l'&#233;criture pour qu'elle soit aussi au service de ce moment du lire. Tarkos &#233;tait un lecteur magnifique. Anne-James Chaton aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lis-tu du Fran&#231;ois Bon ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Quand je lis, je ne suis pas auteur, je suis interpr&#232;te. La question est plus du point de vue de l'auteur : comment &#233;crire, si le texte est destin&#233; &#224; &#234;tre lu. J'avais plus explor&#233; &#231;a dans la p&#233;riode &lt;i&gt;Tumulte&lt;/i&gt;, l'id&#233;e d'&#233;crire pendant un an une br&#232;ve fiction par jour, et je m'&#233;tais retrouv&#233; dans un festival de th&#233;&#226;tre, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article138' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Mousson d'&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, &#224; en lire chaque jour des extraits avec des copains acteurs. C'est le principe qu'on avait choisi ensuite avec Dominique Pifar&#233;ly et qui nous a men&#233;s &#224; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article474' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peur&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique101' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Formes d'une guerre&lt;/a&gt;, de s&#233;lectionner ce qu'on lirait juste en fonction du lieu et du jour. Une bifurcation dans mes pratiques de lecture, &#231;a a &#233;t&#233; &#224; la sortie de &lt;i&gt;Rolling Stones, une biographie&lt;/i&gt; : bien s&#251;r j'en lisais des passages, mais surtout le temps de la &#171; lecture &#187; &#233;tait vou&#233; &#224; raconter, projeter. Depuis, cette id&#233;e d'impro orale tend &#224; prendre le dessus : improvisation avec moments pr&#233;par&#233;s de lecture ? &#192; l'inverse, quand je pars sur Led Zeppelin, c'est une suite de passages tr&#232;s d&#233;finis, et chacun avec son accompagnement transm&#233;dia (vid&#233;os ou sons rares), et un break au milieu qui s'intitule juste &#171; impro sur la vie de Peter Grant &#187; (leur manager, presque un cinqui&#232;me membre du groupe). Dans la cha&#238;ne YouTube, c'est l'impro qui est devenue l'instance de l'&#233;criture, dans son temps r&#233;el, je n'ai jamais &#233;t&#233; trop attir&#233; &#224; l'id&#233;e de reprendre sous forme orale des textes issus de mes livres. Je crois que lorsqu'on lit ses propres textes, en public ou pour une vid&#233;o, l'&#233;l&#233;ment troublant c'est de se retrouver comme ramen&#233; &#224; l'instant m&#234;me de l'&#233;criture : si un autre mot &#233;tait possible, c'est lui qu'on choisirait mais non, si on quitte la piste &#231;a enfonce. Donc beaucoup moins de latitude &#224; l'interpr&#232;te. Et puis, il y a deux ans et demi, &#224; Montpellier, au terme d'une sorte de workshop sur un projet dont tout indiquait qu'il n'&#233;tait pas viable, trois jours &#224; cinq ou six dans un AirB'n'B du vieux centre, se retrouver tout seul dans l'appart vide et pas le moral, sortir l'iPhone, mettre la torche et enregistrer comme &#231;a un texte en impro, puis le mettre en ligne et, au moment de la mise en ligne, un peu d&#233;boussol&#233; par le c&#244;t&#233; intime ou tripes &#224; l'air, d&#233;cider d'un nom de personnage. &#199;a fait deux ans et une cinquantaine de vid&#233;os que d&#233;sormais ce personnage m'accompagne &#8211;&#8211; qui en signe le texte, &#233;crit ou impro, pourquoi je les balance avec une voix d&#233;form&#233;e (11 ou 13% de l'effet dit &#171; monstre &#187; sous FinalCut, rien de plus), et le mix qui s'&#233;tablit d&#233;sormais, dans cette s&#233;rie, entre le visage d&#233;form&#233; aussi de &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4400' class=&#034;spip_in&#034;&gt;celui que j'appelle Jean Barbin&lt;/a&gt;, et mon propre visage plus voix non trafiqu&#233;e, c'est obscur : quelquefois il faut que Jean Barbin parle, je ne suis pas au bout de l'exp&#233;rience. Quand je parle dans ma propre cha&#238;ne, ce n'est pas sous mon nom. &#199;a a induit d'autres fronti&#232;res, comme la s&#233;rie &#171; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4486' class=&#034;spip_in&#034;&gt;carnets priv&#233;s&lt;/a&gt; &#187;, o&#249; l&#224; j'assume le m&#234;me d&#233;pli mais sous mon nom. Ce n'est pas forc&#233;ment une priorit&#233; de d&#233;m&#234;ler tout &#231;a, il y a besoin de ce non-savoir pour accepter le c&#244;t&#233; un peu obsc&#232;ne du d&#233;pouillement. &#192; chaque mise en ligne d'un Jean Barbin je perds quelques abonn&#233;s, c'est bon signe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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