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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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		<title>82 | New York, Court Square Diner et 5 PointZ</title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>2013</dc:subject>
		<dc:subject>New York &amp; USA</dc:subject>
		<dc:subject>New York</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : New York, 2013&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1044" rel="tag"&gt;2013&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot240" rel="tag"&gt;New York &amp; USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1132" rel="tag"&gt;New York&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;82 | New York, Court Square Diner et 5 PointZ&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'adresse du Court Square Diner ces ann&#233;es-l&#224; on se la repassait comme une chose pr&#233;cieuse, qui ne serait pas accessible &#224; un touriste ordinaire de New York : d&#233;j&#224;, s'embarquer sur la brinquebalante et grin&#231;ante, cahotante ligne 7 (&#231;a aurait &#233;t&#233; plus confort si les rames n'acc&#233;l&#233;raient pas si fort de station &#224; station, comme pour battre un record de vitesse avant de freiner tout aussi excessivement pour stopper &#224; la suivante), apr&#232;s travers&#233;e l'East River et enjamb&#233; sur un pont de fer (r&#233;sonance accrue de son bruit formidable) une quantit&#233; incalculable de voies d'une gare de triage qui semblait recouvrir la Terre (chaque fois, photographier), une courbe vers la gauche, presque &#224; la perpendiculaire, la contraignait bien &#224; se restreindre provisoirement &#224; un ralenti qu'on remarquait d'autant que les voies, pour contrebalancer le virage, s'inclinaient l&#233;g&#232;rement &#224; contre et c'est ainsi que d&#233;filait devant vous d'abord le fronton puis les parois de cet immense complexe d'entrep&#244;t qu'&#233;tait alors le 5 PointZ (&#231;a s'&#233;crivait bien comme &#231;a) &#8212; et qu'on soit sensible aux questions de mythologie urbaine, &#224; l'art des grapheurs ou l'art des rues, le 5 PointZ se passait bien de vos pr&#233;jug&#233;s pour juste &#233;merger dans sa splendeur de la ville lentement d&#233;faite &#8212; on &#233;tait sur Long Island pointe sud, avec Brooklyn &#224; votre droite et le Queens &#224; votre gauche, ensuite la 7 fon&#231;ait tout droit nord ouest, au terminus vous laissait dans une ville purement cor&#233;enne, vivante, chaude et grouillante, auparavant la travers&#233;e progressive de Flushing Meadows et son stade de tennis, le jeu &#233;tait alors de repartir dans l'autre sens et vous arr&#234;ter au hasard dans n'importe quelle de ces stations et aller &#224; pied en suivant les rails jusqu'&#224; la suivante, vous traversiez ainsi le Mexique, deux stations de plus et vous &#233;tiez en Jama&#239;que ou autre constellation totalement oublieuse et ignorante de son implantation surprise dans les hauts de New York &#8212; en tout cas, d&#232;s apr&#232;s le grand virage, il fallait descendre &#224; Court Square, et l&#224; impossible de ne pas le voir, le voir m&#234;me en majest&#233;, modeste majest&#233;, le Court Square Diner &#233;tait l'incarnation ou la d&#233;mesure de tout le mythe de ces diners parsemant le territoire am&#233;ricain : aussi sym&#233;trique que Versailles ou le Capitole, un fronton blanc et deux ailes de briques, d&#232;s qu'on entrait un brouhaha non pas joyeux mais rien &#224; voir avec ce quartier o&#249;, dirait Bruce B&#233;gout, les rues sont devenues des routes), la travers&#233;e grise de Long Island par une suite compliqu&#233;e de routes &#224; six voies qui s'entrecroisent sans cesse et, au milieu, le tissu compliqu&#233; de ces immeubles de bureaux, de ces usines ancienne mani&#232;re gardant encore chemin&#233;e, comme tout soudain marcher dans un film et le sentiment que chaque cent m&#232;tres de plus vous fait perdre de suite toute possibilit&#233; d'orientation certaine ou de g&#233;ographie globale, mais qu'&#224; revenir vers le viaduc o&#249; chaque deux minutes grince dans le ciel une rame &#233;tincelante (parce qu'elles m&#234;me, les rames, prises dans ce d&#233;lire des grapheurs et artistes de l'urbain) de la 7 vous aidait &#224; retrouver le carrefour en &#233;toile et l'immanquable Court Square Diner dans sa splendeur sym&#233;trique : je regardais hier soir sur Internet (parce qu'il va bien, merci), sa carte de neuf pages, depuis appetizers, sandwiches, jusqu'&#224; plats chauds, les interminables s&#233;ries de hamburgers &#224; deux ou trois &#233;tages et puis les plats de sp&#233;cialit&#233;s, avant les desserts et les boissons, on peut entrer l&#224; et s'en tirer cal&#233; pour six dollars aussi bien que venir y attaquer en famille avec anc&#234;tres et poussettes un menu royal &#224; la charge du grand-p&#232;re, les serveurs glissent comme de tout le temps courir, on vous recharge &#224; mesure le verre ou le mug de soda ou caf&#233; br&#251;lant ou d'eau fra&#238;che tout simplement et parce que vous aimerez le Court Square Diner vous aimerez tous ceux d'Am&#233;rique m&#234;me s'ils ne gardent plus qu'un vague &#233;cho de ce que promet le terme g&#233;n&#233;rique de diner (encore que), puis ensuite, ressortant sur le carrefour sous le viaduc ou les rames en sens inverse de la 7 continuent de d&#233;chirer toute possible conversation, vous traversez sous le pont tremblant pour entrer dans les ruelles entourant le 5 Point Z, affect&#233;es du m&#234;me destin que lui, l'entrep&#244;t gigantesque au large fronton faisant face au virage a&#233;rien de la 7, cette ruine magistrale du pr&#233;sent expos&#233;e &#224; la vue &#224; m&#234;me pas douze minutes de Central, en plein Manhattan, vous photographiez tout ce que vous voulez ils ne demandent que &#231;a, entrer dans les cours et les escaliers sans qu'on ne vous y invite serait une autre histoire, c'est une ville dans la ville avec ses lois, ses r&#232;gles et ses secrets (Court Square &#233;tait le terminus de la ligne verte vous reliant directement &#224; Prospect Park (celui o&#249; Lovecraft passait tant d'heures &#224; lire ou &#233;crire ses lettres), donc surplombant en plein &#224; Red Hook le canal o&#249; la Mafia avant guerre se d&#233;barrassait des corps, et entre la gare et le plus gigantesque et rutilant IKEA du monde &#8212; on y revient, on y revient &#8212; cette entreprise de r&#233;cup&#233;ration de m&#233;taux o&#249; les pyramides d'inox, fonte, alu ou ferraille pr&#233;-tri&#233;s &#224; chaque camion sont soulev&#233;s par les tridents d'&#233;normes grues avant d'&#234;tre d&#233;vers&#233;es sur des barges, hautes de trois &#233;tages les pyramides dans leur gamme de couleurs) mais aujourd'hui le 5 Point Z a &#233;t&#233; d&#233;truit, vid&#233; d'abord (une autre fois o&#249; je suis venu) puis d&#233;truit ensuite (la derni&#232;re fois que j'y ai march&#233;), les entrep&#244;ts et immeubles de briques rouges eux aussi ont implos&#233; les uns apr&#232;s les autres et il faut la fonction horloge de Street View (encore cette chance, c'est un des plus anciens territoires dont le relev&#233; photographique syst&#233;matique ait &#233;t&#233; entrepris par Google) pour mesurer comment et &#224; quelle vitesse une ville peut se superposer &#224; une autre sans reste, quand tu marches dans tes souvenirs tu marches dans le pass&#233;, tes souvenirs ne te font pas arpenter une ville dont l'&#233;tat actuel bouscule tes images et ravive que l&#224;, oui, &#233;tait le 5 PointZ, mais que sur Terre &#233;tait cette ville et que maintenant en est une autre, on descend &#224; Court Square, on marche trois cents m&#232;tres pour visiter le PS1, l'antenne contemporaine du MOMA d&#233;fendue comme une installation militaire, pensez, en territoire aussi loin des usages de civilisation, on avait fait cette visite o&#249; de salle en salle on retrouvait Yoko Ono et comme finalement on &#233;tait quasi les seuls &#224; ne pas l'emb&#234;ter ou sans cesse la bigler on avait fini par se sourire, on redescendra &#224; pied vers Manhattan guid&#233; par les trois hautes chemin&#233;es de la centrale en face Roosevelt Island (b&#233;tonn&#233;e aussi, l&#224; o&#249; les herbes soulignaient encore mieux les d&#233;dales de l'ancien h&#244;pital psychiatrique sans toit ni fen&#234;tre), toute la pointe de Long Island est un Manhattan avec cent ans d'&#226;ge en moins qui joue des prouesses futuristes autant que ce que d&#233;ploie Tokyo sur son front de mer jusqu'&#224; Yokohama, c'est un autre monde, une autre ville, s'y promener n'a plus d'int&#233;r&#234;t, ce n'est plus un monde pour pi&#233;ton mais quand m&#234;me : descends &#224; Court Square, traverse sous le viaduc et entre au Court Square Diner et toute l'Am&#233;rique est l&#224;, qu'on n'&#233;crasera jamais du doigt comme on a effac&#233; le 5 PointZ.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs sur Tiers Livre :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article2389&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;souvenir de Court Square Diner &amp; 5PointZ&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>93 | Montauk aller-retour</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>2013</dc:subject>
		<dc:subject>Jimi Hendrix</dc:subject>
		<dc:subject>Montauk (USA)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : USA, Montauk, Jimi Hendrix, 2013&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1044" rel="tag"&gt;2013&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot80" rel="tag"&gt;Jimi Hendrix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1064" rel="tag"&gt;Montauk (USA)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;93 | Montauk aller-retour&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Se forcer &#224; des demi-tours, comme tourner le dos &#224; la continuit&#233; trop &#233;gale qui revient de lieu en lieu, r&#234;ver &#224; un livre carte : on en effleurerait la suite discontinue de points actifs et s'afficherait la phrase-bloc concernant ce point, &#224; vous seulement (vous c'est moi, on est le seul lecteur, auteur y compris, de la masse vivante et obscure qui gonfle devant vous), on pourrait remplacer chaque phrase sur la carte par le m&#234;me texte lu &#224; voix haute, ou une voix off avec le m&#234;me lieu saisi dans son exact pr&#233;sent sur Google Street View, alors demi-tour comme en mer les types qui vont seuls &#224; la voile empannent, changent la baume d'une amure l'autre, ce qui te vient c'est le mot Montauk et comme l'opacit&#233; de ses lettres prononc&#233;es en fait une bo&#238;te herm&#233;tiquement clause, on voulait &#233;chapper &#224; l'orbe de New York, on voulait voir New York de plus loin et pour cela on avait pris Penn Station le train pour Montauk, terminus Montauk ou pas je ne sais plus mais ce qui n'&#233;tait pas pr&#233;vu c'est que le train s'arr&#234;te tous les dix kilom&#232;tres dans tant de lieux sans autre explication qu'un coin de route en for&#234;t, on aurait d&#251; comprendre d&#232;s lors ce qui nous attendait : d&#233;barqu&#233;s &#224; Montauk cette impression d'&#234;tre so&#251;ls de vibrations, cahots (les trains en Am&#233;rique ne sont qu'un moyen de transport tr&#232;s compl&#233;mentaire, hormis le Armtrak Boston Washington DC qui est une sorte d'ar&#234;te centrale de la c&#244;te Est), on voulait respirer, marcher, retrouver la mer donc on a march&#233; vers la mer et m&#234;me si c'est six cents m&#232;tres &#231;a te semble interminable, arriv&#233;s &#224; ce carrefour en face (mais ferm&#233;, c'&#233;tait t&#244;t dans le printemps) le Memory Motel (ou alors il aurait fallu avoir le culot, venant &#224; Montauk, de louer une voiture au premier loueur aupr&#232;s, et r&#233;server pour une nuit au Memory Motel, ce printemps-l&#224; &#224; New York (le trottoir sous la fen&#234;tre du Chelsea Hotel d'o&#249; s'&#233;tait d&#233;fenestr&#233;e Devon Wilson, le seuil intact du magasin de guitare o&#249; pr&#232;s de 165 fois Jimi Hendrix &#233;tait ressorti avec une Stratocaster neuve ensuite revendue, donn&#233;e, oubli&#233;e, massacr&#233;e mais o&#249; aussi il avait recrut&#233; un de ses premiers acolytes du Jimi Hendrix Experience au Caf&#233; Wha) j'&#233;tais donc plut&#244;t sur les traces mat&#233;rielles et les lieux de Jimi Hendrix mais Montauk, la maison d'Andy Warhol, les villas dans les dunes et la c&#244;te ici si sauvage et forte, presque avec une rudesse de Pacifique (sinon les carapaces de limules que tu te plaisais &#224; ramasser et garder tout ton s&#233;jour, et si fragiles qu'invariablement elles arrivaient en miettes apr&#232;s la valise ou le sac du retour), l&#224; on y &#233;tait sur la plage et les volets clos du Memory Motel restaient muets : les Rolling Stones en cette p&#233;riode enregistraient &#224; New York, de nuit comme &#224; leur habitude, un peu avant l'aube lequel de leur entourage leur avait propos&#233; de s'engouffrer dans deux bagnoles et venir voir le lever du soleil &#224; Montauk, il fallait bien moins de temps qu'en train, chez Warhol ou d'autres snobs de la sc&#232;ne &#224; la mode au moins Jagger &#233;tait d&#233;j&#224; venu mais les autres probablement pas, ils &#233;taient l&#224; dans l'aubre froide, les vagues grises, et derri&#232;re eux le Memory Motel et moi-m&#234;me j'&#233;tais devant ces m&#234;mes vagues et derri&#232;re moi le Memory Motel mais quoi faire d'autre, dis, quoi faire d'autre, en regardant mieux sur la carte ces villas il fallait des kilom&#232;tres et elles ne communiquaient &#224; la petite route qui longeait les dunes que par une all&#233;e d&#233;bouchant sur un portail discret et h&#233;riss&#233; d'interphone, t&#233;l&#233;commande et cam&#233;ra, les quelques maisons du centre, une &#233;picerie, un garage, des boutiques pour les bateaux de ces messieurs-l&#224; n'avaient pas plus d'int&#233;r&#234;t que toutes ces gares interm&#233;diaires o&#249; le tortillard nous avait fait attendre, deux heures plus t&#244;t on s'embarquait dans le train retour et comment &#231;a se fait qu'une journ&#233;e aussi rat&#233;e te laisse pourtant un souvenir aussi pr&#233;cis, &#224; cause du Memory Motel non, je revois une petite boutique de coin de rue, je revois le sigle impasse dans une des rues qu'on avait prises, cette boutique est-ce qu'on s'y &#233;tait assis ou bien plut&#244;t on avait embarqu&#233; les deux sandwiches, le Coca et la bouteille d'eau, sur un banc au-dessus de la plage et ses vagues grises, en vue du Memory Motel &#231;a s'est effac&#233; &#8211;- et quand j'&#233;coute la chanson bien s&#251;r c'est Montauk qui revient, mais Montauk rat&#233; ne m'a jamais quitt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>38 |	Fos-sur-Mer, et surtout le Mistral Gagnant</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Geairain, Serge</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Yves Yagound</dc:subject>
		<dc:subject>Charifi, Youssef</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre Bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Fos-sur-Mer (13)</dc:subject>
		<dc:subject>2013</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Fos-sur-Mer, 2013, Jean-Yves Yagound, Pierre Bourgeois, Serge Geairain&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1058" rel="tag"&gt;Geairain, Serge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot671" rel="tag"&gt;Jean-Yves Yagound&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1059" rel="tag"&gt;Charifi, Youssef&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot743" rel="tag"&gt;Pierre Bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1060" rel="tag"&gt;Fos-sur-Mer (13)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1044" rel="tag"&gt;2013&lt;/a&gt;

		</description>


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Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;38 |	Fos-sur-Mer, et surtout le Mistral Gagnant&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et-ce que c'est &#224; cause de l'ambiance usine : elles n'ont rien de commun, c'est comme de passer d'un extr&#234;me &#224; l'autre toute cette ann&#233;e o&#249; tu venais &#224; Fos-sur-Mer l'atelier d'&#233;criture &#233;tait au th&#233;&#226;tre-cin&#233;ma de la municipalit&#233;, ils nous mettaient &#224; disposition la salle de r&#233;p&#233;tition on &#233;tait isol&#233; du monde, m&#234;me pas de fen&#234;tre tout ce qui s'&#233;crivait de l'usine passait par reconstitution mentale, j'arrivais &#224; N&#238;mes la veille au soir et venais avec Jean-Yves Yagound en voiture, ou alors le TGV qui me d&#233;potait &#224; Marseille Saint-Charles t&#244;t le matin et je changeais pour le tortillard desservant Martigues, Fos et Port-Saint-Louis avec soudain ces &#233;chapp&#233;es magiques sur &#233;chancrures de verts avec mer bleue scintillante au milieu jusqu'&#224; ce que les cargos et p&#233;troliers attendant au loin &#224; la file signalent l'ent&#233;e en pays industriel &#8212; au th&#233;&#226;tre ils nous servaient un repas collectif dans une toute petite salle du rez-de-chauss&#233;e, ensuite on d&#233;barrassait nous-m&#234;mes et on montait &#224; l'&#233;tage, les bistrots c'est donc le soir tr&#232;s tard apr&#232;s l'atelier, encore un peu &#224; la ramasse des sensations, des &#233;crits, des visages aussi Serge nous emmenait &#224; une pizzeria amie o&#249; dans la tradition italienne rien &#224; voir avec ces ersatz caoutchouteux de fast-food et le vin &#233;tait bon mais le motel ensuite moins flambant, il n'y avait pas le choix : chaque chambre avec devant la camionnette des int&#233;rims ou entreprises de services satellites de l'aci&#233;rie ou de la raffinerie, confort sommaire qu'est-ce que &#231;a faisait, on pouvait prendre un caf&#233; machine et un croissant industriel le matin dans une salle minuscule et sombre face &#224; l'accueil mais on s'arr&#234;tait plut&#244;t, &#231;a c'&#233;tait lors des tournages dans l'usine, &#224; un gros carrefour avec boulangerie offrant quelques tables, Pierre Bourgeois en profitant pour d&#233;ployer ses cam&#233;ras et pr&#233;parer ses cartes et c&#226;bles, mais j'avais bien not&#233; dans le calepin &#224; souvenir &#171; les trois bistrots de Fos-sur-Mer &#187; ce qui signifie que le troisi&#232;me c'est celui o&#249; n'&#233;tions pas invit&#233;s, &#224; m&#234;me la &#171; coul&#233;e &#187; o&#249; chaque vingt minutes les gars rev&#234;taient les combinaisons d'amiante, se fixaient chacun &#224; leurs talkies-walkies, aux cam&#233;ras de proximit&#233; et plus rien que des ordres techniques comme dans un a&#233;roport, ils se retrouvaient avec plus rien, mais plus rien &#224; faire sinon cette pi&#232;ce directement entre vestiaires et rotonde de contr&#244;le o&#249; chacun &#224; son tour dans le service de nuit apportait le repas, ou bien rien qu'un caf&#233; ensuite sur une table commune que je revois d'un bleu p&#226;le, les regards sur nous, ceux qui nous &#233;taient acquis ou favorables parce que Serge et les autres avaient pr&#233;venu, que les textes de l'atelier circulaient sur les messageries internes, ceux qui jouaient les indiff&#233;rents parce que personnel ext&#233;rieur ou pr&#233;f&#233;rant &#233;viter qu'on leur pose m&#234;me la question d'un &#233;ventuel entretien ou passage &#224; l'image, enfin les quelques t&#234;tes que tu pouvais tr&#232;s vite rep&#233;rer comme d&#233;lib&#233;r&#233;ment hostiles, cette diplomatie qu'il fallait en permanence g&#233;rer pour que les copains puissent filmer tranquille ah non ce n'&#233;tait pas &#224; ce moment que tu en profitais, mais ces &#233;chapp&#233;es-usine dans la camionnette de service de Serge, la solidit&#233; de ce gars-l&#224;, quand en pleine nuit il venait se garer devant la cokerie et ces immenses champignons acides qui se d&#233;versaient dans la nuit, &#171; vous filmez pas les gars hein vous filmez pas &#187; tu parles et puis ces d&#233;rives comme fantastiques sous les trains &#224; bande ou les pyramides de minerai butant sur la mer, le bruit que fait un d&#233;chargement de navire dans le creux de la nuit, les &#233;chos de ferraille si myst&#233;rieusement d&#233;ploy&#233;s et amplifi&#233;s par l'eau noire &#8211; c'&#233;tait comme entrer dans une l&#233;gende, entre canal et mer, directement sur la plage, sous les hautes chemin&#233;es de l'usine et l'odeur des raffineries, le droit de s'asseoir en terrasse au Mistral Gagnant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs sur Tiers Livre : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Un chant acier&lt;/i&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique116' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la r&#233;sidence &#224; Arcelor Fos-sur-Mer&lt;/a&gt; _ nota : le film ni le webdoc ne sont plus disponibles sur France T&#233;l&#233;vision Nouvelles Ecritures, mais &lt;a href=&#034;https://www.patreon.com/posts/2016-un-chant-53757450&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voir mon Patreon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>54 | manger de la t&#234;te de veau &#224; Illiers-Combray</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5047</link>
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		<dc:date>2022-01-02T12:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Illiers-Combray</dc:subject>
		<dc:subject>Proust, Marcel </dc:subject>
		<dc:subject>2013</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Illiers-Combray, 2013, Marcel Proust&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1043" rel="tag"&gt;Illiers-Combray&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Proust, Marcel &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1044" rel="tag"&gt;2013&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication n'est pas chronologique, et sera compl&#233;t&#233;e progressivement par une suite de mots-cl&#233;s spatialis&#233;s, liens vid&#233;os ou Google Street View etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi lire et naviguer depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;54 | manger de la t&#234;te de veau &#224; Illiers-Combray&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Avancer alors par contraste, par loi du rien &#224; voir, pas pas comprendre pourquoi c'est &#231;a maintenant qui vient, Illiers-Combray un matin o&#249; tu ne visites pas la maison de tante L&#233;onie, cet &#233;l&#233;ment intervenant de fa&#231;on si symbolique parmi les trois ou quatre maisons qui ont forg&#233; la maison de Combray dans ce sommet de litt&#233;rature qu'est &lt;i&gt;&#192; la recherche du temps perdu&lt;/i&gt;, la difficult&#233; au d&#233;but, le blocage d'avant lire et puis une fois r&#233;solu comment et pourquoi y revenir toujours, donc cette fois non pas la maison-mus&#233;e (tu la connaissais, mais l&#224; c'&#233;tait pour ton essai &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Proust est une fiction&lt;/a&gt;, ce que tu voulais c'est comprendre les rues, le bourg, les distances, les ponts, les traces sur un pignon de l'ancien garage Simca et les fringues que vendaient les trois remorques &#224; auvent sur le march&#233;), alors ce creux ou ce d&#233;pli du temps : non pas &#233;crire, pas m&#234;me la volont&#233; d'&#233;crire, juste capter, juste laisser se construire en soi-m&#234;me ce comprends pas ou cet &#233;tat fixe et latent des choses, leur dimension, le go&#251;t de l'air et du vent et la lourdeur du parler, les signes sur les affiches et les annonces municipales concernant les jours et quotas de chasse, tu avais photographi&#233; des portes, des murs, des portails, tu avais cette obsession de la photographie frontale (c'est encore, c'est toujours), la suite des portes ferm&#233;es au long de la Vivonne qui l&#224;-bas est simplement le Loir m&#234;me si le patelin a &#233;t&#233; rebaptis&#233; (c'est bien le seul en France qui ait chang&#233; son nom pour sa projection fictive dans un livre probablement pas mieux ou plus lu ici qu'ailleurs), si ce que tu cherchais c'est ce moment o&#249; le p&#232;re du narrateur sort de sa poche une cl&#233; et qu'on se retrouve sans avoir compris ni pourquoi ni comment dans le jardin de la maison apr&#232;s la promenade du c&#244;t&#233; de Guermantes, trouver dans les vieux murs de pierre au long du Loir (c'est parfaitement fictif dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;) et ces portes de bois pourries d&#233;labr&#233;es par en bas, au long de potagers mi abandonn&#233;s, ce qui serait la porte d'entr&#233;e m&#234;me vers la fiction et le livre, parce que justement tu en as photographi&#233; une s&#233;rie, de ces portes, serrures, grilles et cadenas, alors un peu avant 13 h parce que dans ces pays mieux vaut rester dans les heures conventionnelles entrer dans ce bistrot plat du jour, soudain tr&#232;s sombre, tout sombre mais on te fait signe (ou bien le traditionnel pour manger ?) de continuer vers l'arri&#232;re jusqu'&#224; ce jardin minuscule transform&#233; en terrasse et c'est l&#224; puisqu'il fait beau qu'on vous sert, il n'y a pas vraiment de carte mais un tableau &#224; la craie avec les entr&#233;es fa&#231;on buffet (revenir dans l'entr&#233;e plus sombre, s'y rep&#233;rer parmi salade de lentilles, p&#226;t&#233; de campagne et saucisson cornichons, radis et carottes r&#226;p&#233;es, les assiettes &#233;tant d'un format plus petit que pour le plat principal) et que sur le tableau il y avait indiqu&#233; t&#234;te de veau comme plat du jour, d'ailleurs sur la petite terrasse mais qui finissaient d&#233;j&#224; leur repas c'&#233;tait visiblement des gars qu'on trouve d&#233;sormais dans ces haltes, occup&#233;s au r&#233;seau &#233;lectrique, aux travaux routiers, aux pyl&#244;nes de t&#233;l&#233;communication, t&#234;te de veau pourquoi pas, apr&#232;s tout dans le ciel frais et bleu p&#226;le de ce printemps, et ton livre dans sa phase ultime (sinon tu ne serais pas venu l&#224; te confronter &#224; une r&#233;alit&#233; justement trompeuse pour vouloir se conformer &#224; une id&#233;e d'ailleurs en partie factice de la Recherche) toi tu voyais dans cette inscription pr&#233;sent&#233;e &#224; la main par cette serveuse avec qui on discuterait forc&#233;ment (&#171; Vous venez pour quoi, mais dit si discr&#232;tement, vous faites des photos ? &#187;) une fois tous les autres clients partis et qu'elle, l'&#233;tablissement ne travaillant que le midi, serait repartie vers Chartres o&#249; elle habitait, c'&#233;tait sa seconde saison ici et oui Proust &#171; elle savait, un jour il faudra que je lise &#187; mais tellement plus proche en cela de Proust et ses personnages lanc&#233;s comme des pierres fixes tout au long de sa galaxie mouvante, avec leur parler et leurs gestes ou leurs phobies &#8212; cette servante embauch&#233;e par Fran&#231;oise qui ne supportait pas les asperges &#8212;, je ne savais pas trop en fait ce qu'&#233;tait ce plat pourtant traditionnel et autrefois populaire de la t&#234;te de veau, ces parties un peu molles et non nobles, d&#233;laiss&#233;es, mais assembl&#233;es et cuites dans leurs consistances multiples et c'&#233;tait &#224; bien plus bas prix que les viandes offertes au commerce, donc dans cette assiette contemplant les couleurs de la t&#234;te de veau et y ayant ajout&#233; un verre de vin local moi je me disais que jamais je n'avais &#233;t&#233; si pr&#232;s du b&#339;uf en gel&#233;e qui de Fran&#231;oise &#224; Norpois est objet parfaitement et uniquement litt&#233;raire, ensuite j'avais pris un double caf&#233; et l'avait laiss&#233;e bien s&#251;r repartir au plus vite vers Chartres par cette route &#233;troite mais toute droite sur la Beauce, en retraversant le bourg je m'&#233;tais dit que le plus proustien c'&#233;tait bien l'enseigne du minuscule h&#244;tel &#224; l'enseigne de l'h&#244;tel du Temps, m&#234;me si je d&#233;couvrirais plus tard, le mois de septembre qui suivrait, de retour pour ce colloque et dormant deux nuits &#224; l'h&#244;tel du Temps, qu'il s'appelait comme &#231;a bien avant que le bourg se d&#233;baptise d'Illiers en Illiers-Combray, on d&#233;jeunerait et d&#238;nerait plusieurs fois &#224; Combray dont un midi dans ce m&#234;me bistrot mais ce n'&#233;tait plus ni la m&#234;me serveuse ni la m&#234;me ardoise, souvenir redevenu tout banal, et puis cet apr&#232;s-midi du dimanche avant la lecture que je devais faire une fois les participants au colloque de retour, dans le deuxi&#232;me &#233;tage am&#233;nag&#233; sous charpente de la maison-mus&#233;e, ces deux heures o&#249; nous serions absolument seuls dans les chambres, salons, escalier, le stagiaire complice de service &#224; l'accueil bouquinant un livre de droit &#224; sa caisse et content qu'on n'ait pas besoin finalement de ses services, en tout cas les deux moments, la d&#233;ambulation dans le silence de la maison-mus&#233;e vide et cinq mois plus t&#244;t la t&#234;te de veau tout aussi proustienne que la lanterne magique sur la table de chevet, mais pas si factice, restant comme deux p&#244;les vibrant o&#249; stocker les autres &#233;l&#233;ments de souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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