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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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<item xml:lang="fr">
		<title>55 | Oelde en Westphalie, s&#233;ance d'aveux</title>
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		<dc:date>2022-01-11T07:47:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Oelde (Allemagne)</dc:subject>
		<dc:subject>Douteau, Pierre</dc:subject>
		<dc:subject>Chandernagor, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>Kafka, Franz </dc:subject>
		<dc:subject>Adorno, Theodor Wiesengrund</dc:subject>
		<dc:subject>1972</dc:subject>
		<dc:subject>McCartney, Paul</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Allemagne, Oelde, 1972, Pierre Douteau, Philippe Chandernagor, Theodor Wiesengrund Adorno, Franz Kafka, Paul McCartney&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1086" rel="tag"&gt;Oelde (Allemagne)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1087" rel="tag"&gt;Douteau, Pierre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1088" rel="tag"&gt;Chandernagor, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Kafka, Franz &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot231" rel="tag"&gt;Adorno, Theodor Wiesengrund&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1089" rel="tag"&gt;1972&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1090" rel="tag"&gt;McCartney, Paul&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;55 | Oelde en Westphalie, s&#233;ance d'aveux&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;De ce s&#233;jour &#224; Oelde en Westphalie j'ai du mal &#224; me souvenir exactement de l'ann&#233;e, j'h&#233;site entre l'&#233;t&#233; 1970, celui du bac, et l'&#233;t&#233; 1971, avant d'entrer dans cette pr&#233;pa aux Arts et M&#233;tiers &#224; Angers, lyc&#233;e Chevrollier, une sorte d'ann&#233;e grise ou terne, sans se trouver, une piaule &#224; Poitiers avenue de la Lib&#233;ration (je ne saurais m&#234;me pas retrouver la maison), une inscription &#224; la fac de sciences o&#249; je pigerais vite que je n'avais rien &#224; faire l&#224;, une impression de rien dans les mains : ni livre, ni musique puisque cette guitare injouable au manche recourb&#233; rachet&#233;e pour un billet de cinquante francs ce serait justement l'ann&#233;e suivante, retourn&#233;e tr&#232;s vite et le billet r&#233;cup&#233;r&#233;, c'est le moment o&#249; j'avais achet&#233; &#8212; d'occase aussi et gu&#232;re plus cher &#8212;, une Framus lest&#233;e de ferraille et si lourde, en tout cas cette ann&#233;e-l&#224; &#224; Poitiers &#224; part les itin&#233;raires faits en Solex vraiment rien dans ta t&#234;te qui soit racontable, juste rien tu vois : la couleur des amphis, un gros livre de maths pris &#224; la BU et qui m'&#233;merveillait &#224; lire mais tellement peu de liens avec ce qu'on apprenait et faisait, je ne l'avais pas rendu, l'avait gard&#233; longtemps, des ann&#233;es et ann&#233;es de d&#233;m&#233;nagement ult&#233;rieur le gros livre de maths pas rendu &#224; la BU de Poitiers ferait partie de cette muraille de livres non lus qui m'entourent et d&#233;finissent malgr&#233; eux de vagues possibles, souvenir aussi d'avoir voulu lire un livre de Bourbaki, souvenir de deux coll&#232;gues de terminale qui eux s'y illustraient, &#224; la fac de maths, un qui s'appelait Besson et dont le p&#232;re y enseignait, sa sp&#233;cialit&#233; (au fils, pas au p&#232;re) &#233;tant de marcher pieds nus dans la rue et sur la grande avenue qui menait de la ville &#224; la fac, par del&#224; la rocade, marcher donc pieds nus sur la bande blanche au milieu, et un autre dont le nom &#233;tait Y&#233;t&#233;rian et lui je pense toujours &#224; lui avec sympathie, Bourbaki c'&#233;tait &#224; cause de lui, et pourtant : pourtant je me revois dans cette chambre (chez une vieille dame, deux piaules d'&#233;tudiants dans son premier &#233;tage, de chaque c&#244;t&#233; du palier, de vieux meubles et un lit fa&#231;on campagne, une petite table et trois &#233;tag&#232;res, un magn&#233;to-cassettes) assis &#224; la petite table devant ces copies doubles grand format qu'on utilisait pour les cours et les partiels (d'ailleurs je n'allais plus que partiellement aux cours) et les noircir mais de quoi : enqu&#234;tes sur soi-m&#234;me qui n'en finissaient pas, et sans rien pour les nourrir &#8212; &#224; part d'avoir exist&#233; aucune possibilit&#233; de rien me rem&#233;morer sur ces copies doubles noircies qui progressivement prenaient le dessus et donc ce serait plut&#244;t &#224; la fin de cette ann&#233;e vide, justement parce que suite &#224; n&#233;gociation parentale il y avait eu cette deuxi&#232;me chance offerte d'une pr&#233;pa beaucoup plus nettement orient&#233;e, la garantie d'un statut ou d'un sursis quand rien ne se dessinait encore (je revois aussi quelques livres de po&#233;sie, un &#201;luard, un Tzara, je revois la lecture de Freud, et puis ce livre de maths, mais la ville m&#234;me finalement beaucoup moins complice qu'elle ne l'avait &#233;t&#233; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente interne &#224; Camille-Gu&#233;rin pour le bac, c'est l'ann&#233;e aussi o&#249; Pierre Douteau &#233;tait mort d'un accident de moto, toutes ces choses que je n'aurais pas su d&#233;m&#234;ler), stage obtenu par une vague relation de ma tante, premi&#232;re fois que je prenais l'avion, venu ) Paris par le train c'est ma tante et son compagnon qui le lendemain m'avaient accompagn&#233; &#224; Orly et c'&#233;tait une Caravelle, elle atterrissait &#224; Cologne o&#249; je prenais un train pour Oelde, Westphalie, tout cela dans des univers de r&#233;alit&#233; comme parall&#232;les, plus aucune id&#233;e de comment s'&#233;tait organis&#233; le fait de disposer d'une chambre, le premier soir je m'&#233;tais rendu dans un Imbiss (tout ce s&#233;jour en plein &#233;t&#233;, dans l'&#233;t&#233; continental de l'Allemagne du nord) et le go&#251;t plus tard retrouv&#233; de la Bratwurst mayonnaise l&#224; comme un comble sinon d'exotisme, d'un d&#233;calage o&#249; toutes les r&#232;gles &#233;taient &#224; r&#233;apprendre, le lendemain dans une &#233;picerie avoir achet&#233; du Nescaf&#233; soluble et des p&#226;tes mais &#224; errer dans la ville avoir rep&#233;r&#233; assez vite (est-ce que &#231;a s'appelait Biergarten comme &#224; Berlin &#231;a je ne sais plus) ce lieu en plein air o&#249; on vous servait de la bi&#232;re pas tr&#232;s fra&#238;che dans des gobelets de carton et des haut-parleurs d&#233;versaient de la musique, ces musiques par contre je les connaissais et reconnaissais, un type tout seul et muet parmi d'autres du m&#234;me &#226;ge mais eux tous venus en groupe la conversation avait fini par s'&#233;baucher, immerg&#233; dans ce travail d'usine et la ville la langue s'&#233;tablissait &#8212; l&#224; aussi je me revois gribouiller sur des feuilles r&#233;cup&#233;r&#233;es &#231;a et l&#224;, mais surtout pas de cahier, pas encore de cahier, pas l'id&#233;e du tout d'une l&#233;gitimit&#233; &#224; partir par l&#224;, tous les soirs maintenant je revenais &#224; cette sorte de cour o&#249; on buvait une bi&#232;re et o&#249; je restais &#224; proximit&#233; de ce groupe avec lequel non pas liaison (je revois juste un gars, qui avait plus de patience ou qui baragouinait le fran&#231;ais comme moi l'allemand), eux dansaient et moi pas : souvenir par contre tr&#232;s pr&#233;cis d'une fois o&#249;, sur ce que d&#233;versaient les haut-parleurs, j'avais essay&#233; moi aussi ces sortes de pas gliss&#233;s ou chass&#233;s d'un bout &#224; l'autre du bitume de la petite cour et qui te permettaient d'&#234;tre seul dans la compacit&#233; du mouvement de tous et que je m'y risque enfin, moi le muet, &#231;a les avait fait rire, l'autre souvenir qui pr&#233;vaut c'est que la m&#234;me bande m'avait propos&#233; de se joindre &#224; eux pour un samedi soir qu'ils passaient en for&#234;t, on s'&#233;tait serr&#233;s plus qu'autoris&#233;s dans une voiture et l&#224; c'&#233;tait le soir, ils avaient fait du feu, je n'avais pas de duvet mais avais une couverture sauf qu'eux ils s'&#233;taient apport&#233; leur bouffe et je n'avais pas &#233;t&#233; pr&#233;venu, on &#233;tait all&#233; au bled chercher de la bi&#232;re et j'avais pris un de ces bocaux de verre avec des saucisses conserv&#233;es comme des cornichons, plus un paquet de chips, souvenir tr&#232;s clair d'avoir mang&#233; &#231;a devant le feu de camp, les saucisses molles et froides et que &#231;a ne tenait pas tellement au ventre, la nuit blanche, le sommeil au matin roul&#233; dans la couverture, qu'ils fumaient et pas moi, le petit m&#233;pris qu'ils avaient eu de ce que je ne fume pas et que finalement j'&#233;tais content du retour &#224; la ville mais je n'aurais certes pas pu rentrer sans les attendre, l'autre souvenir tr&#232;s m&#234;l&#233; c'est justement l'usine, la chaleur et cette sorte de permanence protectrice qu'est une usine, j'&#233;tais affect&#233; au magasin de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, il s'agissait d'une usine de trayeuses &#233;lectriques ou plut&#244;t de s&#233;parateurs centrifuges, ces machines o&#249; le lait se transforme en beurre et apparemment Westphalia Separator &#231;a existe toujours, et toujours &#224; Ch&#226;teau-Thierry o&#249; ma tante, qui m'avait obtenu le stage, avait travaill&#233; &#224; telle p&#233;riode de sa vie, assez pour que le nom me reste, un dr&#244;le d'endroit o&#249; les vieux s'enfilaient du schnaps dans des bouteilles planqu&#233;es parmi les casiers, et moi toujours dans l'obligation de faire semblant de comprendre beaucoup plus que j'avais compris, donc d&#233;couvrant tout &#224; la fin du s&#233;jour que, tout au long de ce mois, dans chaque lot de joints qu'on envoyait chaque soir jusqu'&#224; Cuba j'avais syst&#233;matiquement extrait un seul joint l&#224; o&#249; j'aurais d&#251; ins&#233;rer les cinq joints reli&#233;s par un bout de ficelle, ayant probablement caus&#233;, pour les semaines suivant mon d&#233;part, une s&#233;rie ind&#233;finie de r&#233;clamations, doubl&#233;s de tous les jeux d&#233;pareill&#233;s que j'avais &#224; l'inverse laiss&#233; dans les casiers mais, et je dis bien mais, je revois avec pr&#233;cision deux choses : qu'avec l'argent ainsi (mal, tr&#232;s mal) gagn&#233; je biglais souvent dans la rue principale de la ville, dans la vitrine du magasin de musique une basse (Framus, justement, le nom Framus, d'ailleurs marque allemande) jaune vif et inox et de la forme m&#234;me qu'utilisait Paul McCartney et que &#231;a correspondait en gros &#224; mon salaire au bout du mois, la chambre pay&#233;e puisque le voyage c'&#233;tait mes parents, que je m'&#233;tais retenu finalement de tout d&#233;penser mais qu'au retour &#231;a n'avait pas &#233;t&#233; l'avion mais un train (probablement train de nuit ? pas de souvenir) et que pour la premi&#232;re fois je marchais seul dans Paris, avais eu &#224; traverser &#224; pied &#8212; la valise n'&#233;tait pas si grosse &#8212; de la gare de l'Est (ou du Nord) &#224; celle de Montparnasse et j'avais voulu voir le boulevard Saint-Germain, je savais, j'avais appris que les librairies c'&#233;tait boulevard Saint-Germain et &#224; cette &#233;poque c'&#233;tait parfaitement vrai, j'&#233;tais entr&#233; dans plusieurs et &#231;a aussi &#231;'avait &#233;t&#233; une sorte de r&#233;v&#233;lation, avoir &#224; me fondre comme dans la cour du jardin &#224; bi&#232;re j'avais eu &#224; passer inaper&#231;u, que personne ne s'aper&#231;oive que j'entrais pour la premi&#232;re fois dans un tel lieu, que je n'en comprenais ni les r&#232;gles, usages ni m&#234;me les classements, je voulais le &lt;i&gt;Ch&#226;teau&lt;/i&gt; de Kafka et je revois encore cet exemplaire &#233;pais avec la couverture pellicul&#233;e, blanche et brillante de la NRF, mon exemplaire du Ch&#226;teau pr&#234;t&#233; plus tard &#224; Philippe Chandernagor, redemand&#233; pr&#232;s de trente ans plus tard au m&#234;me Philippe Chandernagor retrouv&#233; mais &#233;videmment il ne l'avait plus, comment aurait-il pu l'avoir encore, et dans une autre librairie que plus tard j'ai identifi&#233; comme Payot (puisque, exactement dix ans plus tard, c'est l&#224; que j'achetais un par un les volumes rouges d'Adorno, le premier ayant &#233;t&#233; ses &lt;i&gt;Minima moralia&lt;/i&gt;), un manuel de jeu d'&#233;checs puisque &#231;a m'occupait aussi ces ann&#233;es-l&#224;, l'ann&#233;e de latence, me mettre devant un &#233;chiquier et m'y absorber, sans jamais me confronter &#224; d'autres joueurs pareil que les instruments de musique ou tout autre savoir plus tard ce serait d'abord et toujours m'absorber dans un livre, et heureusement pour ce qui est d'&#233;crire l&#224; c'est la bonne fa&#231;on, fin de Oelde et tant mieux &#8212; je revois aussi, maintenant au bout de ma phrase, que dans la petite piaule, chambre de bois clair sous son Velux, une plaque &#233;lectrique pour les p&#226;tes du soir et le Nescaf&#233; du matin, le gros livre des &#233;crits de Gramsci que j'avais emport&#233; et je n'en sais pas plus mais le revois clairement, et la sensation aussi de buter, qu'il faudrait lire mais que ce n'est pas &#231;a que je dois lire, et que si je voulais tellement le &lt;i&gt;Ch&#226;teau&lt;/i&gt; lors du retour &#224; Paris c'est que l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente voire plus t&#244;t j'avais d&#233;j&#224; lu le &lt;i&gt;Proc&#232;s&lt;/i&gt; et donc rien que pour &#231;a, ce n'&#233;tait pas une ann&#233;e perdue ensuite il y aurait ces six ans sans lire mais au moins on a remis &#231;a en ordre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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