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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Rez&#233;, course de chevaux contre le cancer</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article375</link>
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		<dc:date>2023-02-09T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>vie quotidienne (questions sur la)</dc:subject>
		<dc:subject>Nantes, Rennes, Bretagne</dc:subject>
		<dc:subject>Rez&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nuit de l'Ecriture &#224; Rez&#233; en 1990&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot189" rel="tag"&gt;vie quotidienne (questions sur la)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot331" rel="tag"&gt;Nantes, Rennes, Bretagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1167" rel="tag"&gt;Rez&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton375.jpg?1352732157' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff375.jpg?1352731858&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
C'&#233;tait il y a exactement quinze ans. Difficile pour moi &#224; croire. Quand il s'agit d'&#233;criture, les mots qui fixent happent sur eux le temps. On revoit par eux, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment, les images. Le reste, qui ne s'est pas &#233;crit, dispara&#238;t.
&lt;p&gt;A Rez&#233;, ville d'estuaire, ville portuaire, de ciel et de grand vent, avec la cit&#233; du Corbusier, Jacqueline Vergnaud (maintenant &#224; Dijon, para&#238;t-il ?) dirigeait la biblioth&#232;que municipal, un grand b&#226;timent sans fen&#234;tre : les livres qu'on trouve &#224; l'int&#233;rieur sont cens&#233;s remplacer le jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la &lt;a href=&#034;http://www.bibliotheque.mairie-reze.fr/pages/residence.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nuit de l'Ecriture&lt;/a&gt;, on nous h&#233;bergeait (il y avait &lt;a href=&#034;https://www.jfpiquet.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jacques-Fran&#231;ois Piquet&lt;/a&gt;, je m'en souviens, et aussi Hubert Ben Kemoun) dans une &#233;trange maison bourgeoise au fond d'un parc, dont la municipalit&#233; avait fait une sorte de logement temporaire pour &#233;quipes sportives, stages ou groupes fokloriques. J'ai vaguement souvenir, non de la chambre, mais de la terrasse par laquelle on marchait jusqu'&#224; la rivi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe &#233;tait qu'on &#233;tait dans la ville trois jours, et qu'on lisait, au bout, dans cette Nuit de l'Ecriture, le texte juste &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le pont sur la Loire est de longtemps termin&#233;, la centrale EDF de longtemps d&#233;truite. Dans l'ordinateur, depuis des ann&#233;es, j'ai un dossier marqu&#233; &lt;i&gt;Villes&lt;/i&gt; avec quelques textes comme celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'alors que j'&#233;tais assis dans le cimeti&#232;re municipal &#224; prendre des notes et chercher l'&#233;tymologie des noms, la police m'avait contr&#244;l&#233;, pr&#233;venue par un employ&#233; municipal. Et que si on m'avait dit qu'un jour je ferais moi-m&#234;me des photographies j'aurais bien rigol&#233;. J'imagine aussi, &#224; 15 ans de distance, que beaucoup de ce que je d&#233;cris ici n'est plus : la quincaillerie, le caf&#233; de la Paix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne relit pour ne pas savoir si, &#233;crire ou travailler n'importe quelle discipline d'art, c'est avancer, progresser, ou bien si &#8212; tout au d&#233;part &#8212; on contr&#244;le moins, on ose plus. Peut-&#234;tre qu'avec le temps on devient plus fort, mais sur un territoire bien plus restreint. Je ne sais pas du tout ce que j'&#233;crirais, aujourd'hui, au bout de trois jours et trois nuits &#224; Rez&#233; : peut-&#234;tre exactement la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Rez&#233;, enqu&#234;te sur quelques mots tout pr&#234;ts d'une ville&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Course de chevaux contre le cancer avec la participation des commer&#231;ants des industriels des &#233;coles et de vous tous&lt;/i&gt; : &#224; Rez&#233; on a parfois le vocabulaire vague et &#231;a s'affichait en grand semaine d'animation &#224; chaque arr&#234;t de bus, on les attend assez longtemps en journ&#233;e pour ne pas bien saisir ce que &#231;a changeait, la semaine anim&#233;e pour le banc de t&#244;le jaune toujours vide m&#234;me si effectivement le vieux monsieur &#224; casquette au bord du trottoir, les mains joignant derri&#232;re le dos, renversait par moments sa cigarette &#224; la verticale pour regarder le ciel au lieu des voitures, une demi-heure apr&#232;s tu revenais le bus n'&#233;tait pas l&#224; encore et le bonhomme se tenait droit toujours au-dessus du bitume,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ville en fait couverte de mots et tu t'y promenais comme dans un film muet puisque tu &#233;tais l&#224; pour &#231;a et qu'eux pour se promener allaient ailleurs, &#224; Rez&#233; dans la matin&#233;e il n'y avait que ceux qui n'ont rien &#224; faire ou presque ce n'est pas une raison pour qu'ils aiment qu'on les regarde, les chats s'installent au milieu des rues vides pour faire mentir les proverbes faciles et les nourrices dans les descentes bien trop longues promenaient les enfants par quatre : deux dans la poussette et un de chaque c&#244;t&#233;, de boulangerie dans ce quartier il n'y en avait pas &#224; moins d'un kilom&#232;tre et &#231;a expliquait la queue &#224; neuf heures devant les portes encore noires de l'Intermarch&#233;, bient&#244;t ils ressortaient avec les baguettes envelopp&#233;es de plastique, &#224; part &#231;a rien &#224; dire : &#224; la station d'essence les bouteilles de gaz empil&#233;es refaisaient exactement les immeubles en petit, r&#233;sidence la &lt;i&gt;Cl&#233; des champs&lt;/i&gt; elle ne risquait pas de bouger de si vite et ses trois arbres sur la pelouse au coin restaient suspendus sans grandir &#224; leurs tuteurs, dominait l'odeur des diesel au feu en haut de c&#244;te et la reprise de r&#233;gime r&#233;guli&#232;re des moteurs au feu vert, l'autobus avalait la nourrice, la poussette et les gosses c'&#233;tait marqu&#233; en gros &lt;i&gt;Rez&#233; Martyrs&lt;/i&gt; o&#249; donc s'en allaient-ils,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et passer devant une &#233;cole c'&#233;tait une bouff&#233;e de bruit, de voix sinon tu n'en entendais pas, &lt;i&gt;madame Marpouche voyante extra-lucide&lt;/i&gt; &#224; quarante ans &#233;tait bien trop grosse, sortait en jupe bleue et corsage blanc v&#233;rifier qu'elle n'avait pas de courrier et juste le prospectus du Leclerc pour se consoler c'est promis elle irait mais passer devant chez elle c'est s&#251;r elle aurait pr&#233;f&#233;r&#233; que tu t'excuses, de cinq m&#232;tres en cinq m&#232;tres on rempla&#231;ait l'univers et maison suivante le chien faisait son m&#233;tier d'aboyer, la mansarde au premier s'ouvrit sur une robe de chambre &#224; fleurs pour dire &lt;i&gt;tais-toi Rex&lt;/i&gt; voil&#224; les mots qu'on te laissait, grillage suivant les nains de pl&#226;tre ne te regardaient m&#234;me pas : ce serait idiot de parler des nains de pl&#226;tre tu aurais pr&#233;f&#233;r&#233; voir la ville sans clich&#233;s pourtant il y en avait trois avec vraiment l'air idiot des nains de pl&#226;tre et un cygne en plus, la derni&#232;re maison ils avaient mis des patates,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant les noms &lt;i&gt;Eliveau Hervouet Chaumont Gautier Rouet Boulet Pairon Massiot Lozier Legal Rousselot Aubert Guezennec Daviaud&lt;/i&gt; on pouvait bien supposer que la vie dans les maisons &#233;tait partout pour chacun aussi compliqu&#233;e qu'elle doit l'&#234;tre pour un homme, tout l'appareil du th&#233;&#226;tre &#233;tait r&#233;uni par le seul d&#233;filement des heures, on retombait bien au dimanche et ils se retrouveraient m&#234;me si le matin on voyait surtout des femmes, &lt;i&gt;Denis Moreau Logeais Thebault Gravouil Chautard Payron Gobin Massa Guilbaud&lt;/i&gt;, il y avait finalement assez de caf&#233;s au bord des avenues pour servir aux amours mais ceux-l&#224; se suffisaient de l'arr&#234;t de bus, les deux couples s'embrassaient contre la cl&#244;ture en grillage sur le soubassement de ciment et ils riaient de faire la m&#234;me chose si pr&#232;s et en bonne sym&#233;trie, le bus qui arrivait par la rue perpendiculaire n'&#233;tait pas le bon et ils continuaient, le chauffeur au feu rouge les surplombait d'un m&#232;tre en les regardant s&#233;rieusement, plus loin la cabine t&#233;l&#233;phonique &#233;tait moiti&#233; cach&#233;e par un panneau publicitaire on ne voyait que deux jambes nues qui d&#233;passaient les pieds un peu &#233;cart&#233;s mais de tout ce qui se disait dans cette ville rien donc n'&#233;tait pour toi,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'&#233;tait pour toi que ce qui voulait bien se proclamer par &#233;crit est-ce que cela pouvait signer le visage de la ville en &#233;clat&#233;, les rues toutes en courbe avec ces maisons qui n'en finissaient jamais et tellement discr&#232;tes (pourtant ce n'est pas vrai jamais il ne s'agissait d'un HLM &#224; l'horizontale), certaines rues un simple couloir de ciment suffisait &#224; faire pousser des roses et partout les rideaux aux cuisines avaient chaque fois la courbure qu'il fallait, les garages par deux avec leurs portes basculantes en racontaient bien plus qu'ils ne le croyaient, c'&#233;tait la troisi&#232;me fois depuis le matin qu'on se croisait avec l'infirmi&#232;re des soins &#224; domicile on en &#233;tait venu &#224; se sourire,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mots dans cette ville ils en collaient : imperm&#233;abilisant surpuissant antimite efficace trois ans promotion toile cir&#233;e motifs centr&#233;s &lt;i&gt;en vente ici alcool pour lampe Berger verres de lampe pigeon bouchons du portugal souricide foudroyant tapette &#224; souris sourici&#232;re deux trous verre &#224; vitres aff&#251;tage pour d&#233;truire fourmis le tube Sovilo tuyau gaz &#224; la coupe promotion charbon de bois artifices ballons&lt;/i&gt; et tout &#231;a donc &#233;crit avec le prix sur la m&#234;me quincaillerie rue &lt;i&gt;Michel Dupr&#233; Villaine premier maire de Rez&#233;&lt;/i&gt; o&#249; il passe moins de voitures au mois que la vitrine n'affichait de mots : les &#233;tiquettes au feutre une image donc de la ville dispers&#233;e et sans voix, on se rajoutait m&#234;me des souvenirs puisque le sac de calots s'appelait encore sac de calots et ne valait que six francs, et quinze francs la toupie &#224; ficelle &#231;a rattrapait bien le silence du reste,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silence oui des rues si chaque jardin autour ne sert qu'&#224; mieux se tourner le dos, en journ&#233;e c'&#233;tait vide et pourtant ces m&#234;mes jours &lt;i&gt;Franck Merlet pompiste et Natacha Sicard t&#233;l&#233;prospectrice Michel Piffeteau menuisier et Marie-Claire Charrier agent de voyages Georges Guilbaud &#233;lectricien monteur et Fran&#231;oise Baulieu caissi&#232;re Jacques Chaigneau employ&#233; de banque et Maryvone Eveillard secr&#233;taire Michel Poret aide m&#233;canicien et Muriel Caill&#233; sans profession Franck Ren&#233; Jaumairt&#233; conducteur de chantier et Marie-Pierre Durand secr&#233;taire commerciale Herv&#233; Raymond Andr&#233; Vand vendeur et Nadine Liliane Claudine Maisonneuve aide-comptable&lt;/i&gt; publiaient leurs bans de mariage,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'emp&#234;chait pas et justifiait bien au contraire sur d'autres panneaux au sous-sol de la dalle de b&#233;ton (c'&#233;tait para&#238;t-il fait expr&#232;s ces tribunes d'un stade abandonn&#233; au-dessus la mairie comme inachev&#233;e) d'afficher sans distinction &lt;i&gt;permis de construire permis de d&#233;molir autorisation de lotir&lt;/i&gt; ils continuaient toujours, le pr&#233;fet n'oubliait pas sur les pi&#232;ces officielles d'indiquer qu'il &#233;tait chevalier de la L&#233;gion d'Honneur pour fixer la &lt;i&gt;dose de strychnine accept&#233;e dans les vers de terre imbib&#233;s qui servent d'app&#226;ts aux taupes&lt;/i&gt; (le travail &#224; Rez&#233; de monsieur Julien Beauvis, sp&#233;cialiste) ou pr&#233;ciser au sous-sol du b&#226;timent anciennement futuriste que &lt;i&gt;la vente des boissons alcoolis&#233;es est interdite dans les stations-service de 22H du soir &#224; 6H du matin&lt;/i&gt; comme s'il ne savait pas que pour ces choses-l&#224; on ne restait pas &#224; Rez&#233; mais qu'on allait &#224; Nantes : les pavillons de Rez&#233; quand ils ferment leurs volets on ne sait pas si quelqu'un y habite ou personne, au moins au Ch&#226;teau dans les alignements on pouvait compter vers minuit l'extinction des fen&#234;tres et v&#233;rifier avant que les &#233;clats bleus des t&#233;l&#233;s variaient en m&#234;me temps, monsieur le pr&#233;fet la ville en gros est calme et la joie des mots proclam&#233;s visait encore &#224; en augmenter le sommeil : &lt;i&gt;nouveau et exclusif mal de dos et probl&#232;mes vert&#232;bres les sommiers modulaires lattes convexes bois massif &#233;tudi&#233; par sp&#233;cialiste venez le voir et m&#234;me l'essayer ici sans engagement Maurice Ehouarn&#233; en face la gendarmerie&lt;/i&gt; tout &#231;a sur un m&#234;me bandeau rouge &#233;crit dans l'ordre &#224; Rez&#233; si on dort ce n'est donc pas toujours si bien, en tout cas la nuit tu traversais seul la ville pour pousser la grille lourde du parc d&#233;sert avec vraiment l'impression qu'il aurait d'abord fallu secouer tout &#231;a pour les voir un peu vivre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les noms encore &lt;i&gt;Br&#233;ant Fruchaud Rousseau Grave Tessier Borotin Le Dour Gourby Aubin Cavalin Riteau Lancelot Plisson Artaud Tille Clavel Closier Boju Halgand Retailleau Lebreton Burgaud Raphalen L'Held&#233; Chagneau Chauvelon Brangeon Viaud Solgrain Kerv&#233;gan&lt;/i&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la quantit&#233; de panneaux &lt;i&gt;propri&#233;t&#233; priv&#233;e entr&#233;e interdite r&#233;serv&#233; aux riverains&lt;/i&gt; jamais tu n'en avais vu tant, y r&#233;pondaient sur la zone des proclamations bien plus &#233;tranges &lt;i&gt;entr&#233;e r&#233;serv&#233;e aux enl&#232;vements stationnement r&#233;serv&#233; aux citernes soci&#233;t&#233; industrielle de diffusion aire de chargement priorit&#233; aux &#233;l&#233;vateurs&lt;/i&gt; : on vivait par blocs et de bloc &#224; bloc on roulait sans s'arr&#234;ter, peut-&#234;tre m&#234;me &#224; pied ceux du Ch&#226;teau vivaient comme &#231;a, chacun au sortir du bus une voiture dans la t&#234;te puisqu'ils roulaient &#224; droite dans l'all&#233;e pi&#233;tonne devant l'Intermarch&#233;, leur lunaire &lt;i&gt;caf&#233; de la Paix&lt;/i&gt; c'&#233;tait si bizarre au milieu de la place cette pi&#232;ce carr&#233;e et ces hommes eux immobiles viss&#233;s &#224; leurs verres quand tout autour se d&#233;pla&#231;ait,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ils s'appelaient &lt;i&gt;Agaisse Ogereau Monceau Allaire Rouaud Dejoie Pabois Viollin Chaptois Brochard Pineau Perrocheau Scouarec Chenais Fauberteau Girard, vivaient rue Pequin Fiollin&lt;/i&gt; ou &#224; la Marterie et la ville sur les plans aux carrefours ressemble &#224; l'Afrique puisqu'ils mettaient du blanc autour, l'Apartheid aux Sorini&#232;res et une Lybie aux Martyrs, &#231;a faisait le Sahara &#224; Jean-Perrin et la Mauritanie au cimeti&#232;re en face du scanner, Trocardi&#232;re en Guin&#233;e et Sahraouis dans la mairie, le Nil &#233;tait cette rue comme un fil Ragon Pont rousseau par l'avenue de la Lib&#233;ration (oui &#224; pied d'un bout &#224; l'autre on avait le temps d'&#233;crire) tout au bord de l'avenue &#224; trente m&#232;tres un pont enjambait des rails et la cahute entre les grillages plus hauts qu'elle s'appelait &lt;i&gt;Centre de Jeunesse SNCF&lt;/i&gt; s&#251;r c'est ce qu'il y avait de plus vieux dans le quartier (madame Aubert assistante sociale y vient &lt;i&gt;tous les premiers jeudis du mois de 14H &#224; 15H30&lt;/i&gt; &#231;a expliquait les volets ferm&#233;s et le reste d&#233;cr&#233;pi, le beau jardin calme &#233;tait presque sauvage et personne ne se serait arr&#234;t&#233; l&#224; il y a comme &#231;a des respirations mais qui donc consultait madame Aubert), plus loin on pouvait marcher au long de la voie, les maisons vues par derri&#232;re livrent tout un bric &#224; brac et les immeubles m&#234;me ont l'air de jouets tranquilles, les l&#233;zards s'enfuyaient &#224; mesure sur les traverses et les papillons jaunes des touffes d'herbe on ne pouvait savoir si cela vous rassurait ou devait contribuer &#224; l'&#233;tranget&#233;, et venait jusqu'ici le claquement des camions au passage &#224; niveau comme la remont&#233;e r&#233;guli&#232;re du bruit au feu vert,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui aura jamais compt&#233; les fen&#234;tres du Corbusier la nuit &#231;a avait l'air bien b&#234;te cette masse sombre avec ses trois ampoules tout au-dessus, le jour c'est comme un morceau de ciel en moins et remplac&#233; par un trou ils &#233;taient habitu&#233;s sans doute,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le transformateur en tout cas ronronnait tranquillement son &lt;i&gt;Danger de mort&lt;/i&gt;, &#224; Rez&#233; m&#234;me quand le ciment y appelle il y a peu de graffiti ont-ils si peu d'int&#233;r&#234;ts pour ce qui s&#233;pare l&#224; o&#249; ils se rendent de l&#224; dont ils reviennent, pas de haine donc envers les parkings et les distances tant mieux &#231;a les regarde, sous le Corbusier les pigeons volaient &#224; l'horizontale, le courant d'air dans les pilotis c'est un artifice des vieux contes fantastiques, &#231;a soufflait comme dans une tuy&#232;re et il leur fallait supporter &#231;a tous les jours, les portes s'ouvraient toutes seules en bas sur cette station de m&#233;tro sans m&#233;tro peinte en jaune avec m&#234;me un bureau de poste mais pourquoi mise l&#224; devant les ascenseurs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enqu&#234;te sur les mots tout pr&#234;ts l&#224;-bas c'&#233;tait encore pour les pi&#233;tons ce qui ailleurs valait pour les voitures : &lt;i&gt;sont interdits dans l'immeuble le d&#233;marchage le porte-&#224;-porte les visites non-accompagn&#233;es&lt;/i&gt; du reste &#231;a changeait quoi si ce besoin d'interdire ne vient que de l'impossibilit&#233; de le faire respecter : les v&#233;los bien s&#251;r avec les Mobylette &#233;taient gar&#233;s devant la porte en plein sous le panneau stationnement interdit v&#233;los motos (avaient pourtant &#233;t&#233; pr&#233;vus pour eux ces deux hangars de t&#244;le ondul&#233;e au pied de l'immeuble, de la fente de la porte ferm&#233;e par une cha&#238;ne on voyait dans une lumi&#232;re de mus&#233;e, sur le ciment presque vide, quelques scooters et des v&#233;los sans roues ou pendus par le guidon),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la faillite totale de ce syst&#232;me, expliquait la gardienne &#224; des visiteurs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Samedi rendez-vous dans le hall vente de g&#226;teaux pour la sortie de fin d'ann&#233;e zoo de Branf&#233;r&#233;&lt;/i&gt; le Corbusier c'&#233;tait f&#233;minin pour &#233;crire &lt;i&gt;le Corbusier maternelle&lt;/i&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est tromp&#233; en urbanisme mais c'&#233;tait un grand architecte, expliquait la gardienne, je ne sais pas comment vous r&#233;agissez,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les poubelles faisaient, je pensais, un bruit de tonnerre quand on les tirait du monte charge et que claquaient les portes coupe-feu,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fois on est admiratif et &#224; la fois c'est insupportable, disait la gardienne &#224; ses visiteurs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les griffes des chiens ripaient sur le carrelage, du petit ascenseur il en sortait des &#233;normes : &lt;i&gt;mieux &#234;tre pour vivre bien madame mademoiselle monsieur vous sentir dynamique mais calme vous pouvez y parvenir gr&#226;ce &#224; la nouvelle di&#233;t&#233;tique faites le premier pas&lt;/i&gt;, lisais-tu dans le hall noir,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout disaient-ils on vit peut-&#234;tre mieux dans ces b&#226;timents tout &lt;i&gt;d&#233;labreux&lt;/i&gt; (et donc tordant m&#234;me les mots pour y appliquer leurs choses) il y a de l'ambiance dans les &#233;tages affirmaient-ils du Corbusier comme de leur lyc&#233;e, en traversant la cour et le voyant dans les flaques Jean-Perrin on aurait dit un train, &#231;a l'arrangeait un peu de le regarder &#224; l'envers et suspendu ainsi sur le ciel de pluie, le bruit des sonneries en tout cas ne change pas &#224; vingt ans de distance ni le bruit des voix &#224; la sortie des cours, ce qui r&#233;sonnait l&#224; soudain d'une gare qui manquait &#224; la ville : apr&#232;s le portail ils se dispersaient mais c'est vrai qu'entre-temps on entendait des rires &#231;a changeait des rues &#224; maisons (certaines heures le parking du Leclerc plus rempli que la ville, au contraire du lyc&#233;e on y est ensemble sans l'&#234;tre, c'&#233;tait peut-&#234;tre plus visible au Leclerc que dans les immeubles puisqu'ils ne promenaient pas leur appartement avec eux et juste on se croisait derri&#232;re ces chariots carr&#233;s o&#249; c'est quand m&#234;me un peu de la vie en image qu'on installe : les courses &#231;a comptait dans la semaine mais trouvez le moyen de faire autrement), &#224; Jean-Perrin ces rideaux rigides de crasse derri&#232;re les vitres des classes &#231;a faisait plut&#244;t (comme eux le disaient) la honte,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La faiblesse du Corbusier c'est la finition&lt;/i&gt;, disait la gardienne &#224; un groupe de visiteurs, &lt;i&gt;ce qui est tr&#232;s difficile c'est l'&#233;tanch&#233;it&#233; du b&#226;timent mais c'&#233;tait un visionnaire&lt;/i&gt; (repensant cet instant &#224; cette voiture du mus&#233;e Dali, visionnaire aussi, dans laquelle il pleut &#233;ternellement m&#234;me sous ciel grand bleu),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin devant le tout petit cimeti&#232;re, sur ce champ &#233;gar&#233; de mara&#238;chers (et oui tout au fond il y avait leur camion bleu vieux comme eux et deux silhouettes pench&#233;es), les carr&#233;s travaill&#233;s semblaient sur la terre l'immense reflet de l'immeuble on aurait pu d'abord pour s'en d&#233;barrasser le coucher l&#224;, derri&#232;re le mur d'o&#249; passaient des croix comme de vieux l&#233;gumes mont&#233;s en hiver et d'ailleurs &#224; Rez&#233; les cimeti&#232;res sont plein de jardiniers on avait dans le journal ce matin-l&#224; l'&#233;cho de cette profanation (mais pour manifester aussi on franchissait le fleuve et on allait &#224; la ville-m&#232;re), le cimeti&#232;re encore avec ses carr&#233;s minuscules semblait inviter l'immeuble, cent m&#232;tres plus loin ils pr&#233;paraient d&#233;j&#224; le champ de fouilles o&#249; bien plus tard on red&#233;couvrirait peut-&#234;tre ce t&#233;moin de l'orgueil (mais se moquer de leur faillite n'excuse pas de ne pas savoir quoi mieux faire aujourd'hui et le cancer des lotissements en tout cas ne rattrapait rien du b&#233;ton-vanit&#233;), rue &#201;mile-Zola de l'autre c&#244;t&#233; du cimeti&#232;re et m&#234;me si les maisons de bois avaient l'air bien coquettes les r&#233;verb&#232;res sur le trottoir r&#233;pondaient exactement &#224; l'alignement de croix sans qu'on sache quels cadavres ils marquaient et &#233;clairaient encore dans le plein jour sur le ciel gris comme eux, les coffres de granit des tombes r&#233;pondaient aux conteneurs plastiques &#224; roulettes pareillement align&#233;s des ordures et les trains passaient tout pr&#232;s on sentait le sol trembler c'&#233;tait Rez&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Famille Dupont Le Ridan Jean Roche de Yopougon Lyliane Barloteau Paul Piret Ren&#233; Bruneau Jacques Legart&lt;/i&gt; les noms qu'on apercevait &#233;taient bien les noms de la ville, de l'autre c&#244;t&#233; pour compl&#233;ter la perspective les garages &#233;taient correctement align&#233;s eux aussi, dans les villes &#233;tal&#233;es on peut tout mettre en ordre, leurs voitures ici c'&#233;tait commode pour les morts (dans cette eau noire sous le grand immeuble du Corbusier, un oiseau &#224; pourrir, la t&#234;te sous l'aile et les plumes tremp&#233;es),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait bien loin de ce &lt;i&gt;Ch&#226;teau des pauvres Noir de crasse et de sang / Aux r&#233;voltes pr&#233;vues aux r&#233;coltes possibles&lt;/i&gt; tu te souvenais d'&#201;luard, sans la crasse ni le sang Rez&#233;-Ch&#226;teau soir et matin ou surtout le dimanche on s'y promenait comme au village, ils s'asseyaient pour fumer dans les portes et tout en haut un homme tr&#232;s gros accoud&#233; semblait plus large que sa fen&#234;tre, dans cette ville &#233;tal&#233;e au rouleau &#224; p&#226;tisser appeler Ch&#226;teau leur Z.U.P. c'&#233;tait la marque d'un beau respect et non pas du seul hasard, au pied des immeubles l'odeur de goudron qu'on r&#233;pand aurait presque donn&#233; faim, au coin du mur on d&#233;couvrait qu'ils le montaient sur le toit, au bout d'une corde, dans une marmite fumante, levant vers le ciel leurs casques de plastique bleu pour la suivre et se r&#233;pandant donc le bitume sur la t&#234;te,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui vraiment alors Ch&#226;teau comme d'en avoir &#233;crit au sol une &#224; une les lettres mais en braille pour un g&#233;ant explorant de la terre la ruine avec le doigt et pour raconter comment &#224; cette &#233;poque on ne savait rien faire de ce monde &#224; nous donn&#233;, en tout cas rien de mieux que cette &#233;criture en gros b&#226;tonnets o&#249; tant de gens en profitaient pour vivre dans les lettres, par une fen&#234;tre ouverte Renaud chantait &lt;i&gt;Soci&#233;t&#233; tu m'auras pas&lt;/i&gt; : &#231;a devait aussi vouloir dire quelque chose la musique en rideau jet&#233;e si fort de l'immeuble calme, le bruit en plus d'une cocotte minute &#224; feu doux n'allait pas si mal avec : &lt;i&gt;UN SPECTRE HANTE L'EUROPE&lt;/i&gt; sur une affiche d&#233;chir&#233;e coll&#233;e l&#224; sur un pyl&#244;ne les mots semblaient incarner pour toujours ce qu'on avait de toute fa&#231;on manqu&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on partait du Ch&#226;teau vers ce qui te semblait toujours le nord mais c'&#233;tait le contraire, on suivait l'indication &lt;i&gt;D&#233;chetterie&lt;/i&gt; le mot faisait propre jusqu'&#224; &lt;i&gt;Sauve-qui-peut Marine&lt;/i&gt; apr&#232;s &lt;i&gt;Number One Auto-&#201;cole&lt;/i&gt;, on dirait toujours que cette ville o&#249; elle ne bute pas sur l'eau s'&#233;tale sans que rien puisse l'arr&#234;ter : les Sorini&#232;res pas plus qu'un autre quartier m&#234;me si eux disaient que c'&#233;tait une autre ville, le journal ramassait tout &#231;a dans Sud-Loire comme eux ramassaient tout ce qu'ils ne savaient pas appeler autrement dans leur &lt;i&gt;Atout Sud&lt;/i&gt;, heureusement tous ces paquets de t&#244;les sur la vase remblay&#233;e des anciens lits du fleuve seraient balay&#233;s plus vite que le Corbusier, au Leclerc on &#233;tait quinze &#224; prendre de l'essence comme au d&#233;part d'une course et la ville ensuite &#233;tait plus rassurante, &#224; mesure qu'on approche de l'eau tout est enfin un peu de travers et d'abord les escaliers de fer, les maisons s'appuyant les unes sur les autres quand les pavillons m&#234;me s'ils se touchent n'y arrivent pas,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; Trentemoult les noms continuaient &lt;i&gt;chez Paulette caf&#233; Jupiter&lt;/i&gt; et personne ne s'&#233;tonnait du collage, au coin &lt;i&gt;Tout se loue de la b&#233;tonni&#232;re &#224; la petite cuill&#232;re&lt;/i&gt;, les panneaux bleus des impasses se succ&#233;dant o&#249; partout paraissait la coul&#233;e noire de l'eau entre ses pilotis qui justement aurait permis de s'&#233;chapper, &lt;i&gt;rue du Passage&lt;/i&gt; &#231;a aurait pu &#234;tre le nom de toutes les rues de la ville il fallait arriver &#224; celle-ci pour y penser et chaque mur tendait pour toi des mots comme &#224; un concours dont tu serais le juge : &lt;i&gt;soci&#233;t&#233; nantaise d'agr&#233;gats sable de Loire ou pris sous tr&#233;mie livr&#233; &#224; domicile&lt;/i&gt; c'&#233;tait bien commode pour les gens sans doute puis &lt;i&gt;d&#233;coupe traitement sciage rabotage ouvert &#224; tous&lt;/i&gt; rue de l'Houmaille &#231;a effrayait un peu, le plaisir qu'on a apr&#232;s les immeubles &#224; venir tra&#238;ner au pays des camions mais c'&#233;taient les m&#234;mes sans doute qui le soir descendaient en groupe des bus au Ch&#226;teau,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On roulait sur les lani&#232;res de fer qui maintiennent les grumes d&#233;bit&#233;es cela claquait sous les roues (tandis qu'ils vous portaient au-dessus de la t&#234;te ces b&#226;tons magnifiques), le Port au bois avec ses &#233;talements, quartiers et empilements ressemblait bien s&#251;r &#224; la ville mais c'&#233;tait le contraire : les deux ports coexistaient celui des pavillons et celui des grumes, avec leurs gros engins c'&#233;tait un jeu d'enfant, la nuit quand ils en avaient fini du bois, de venir changer les maisons de place : cela expliquait autant et autant de pavillons si c'&#233;tait tellement rigolo de se d&#233;couvrir au matin de nouveaux voisins,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin dans la ville sans rep&#232;res et disloqu&#233;e il y avait donc quand m&#234;me un bout du monde, quand on lisait &lt;i&gt;Bois des trois ports&lt;/i&gt; c'&#233;tait enfin le d&#233;part du voyage et &lt;i&gt;rue de la Californie&lt;/i&gt; pour y atteindre ce n'&#233;tait pas mal choisi, &lt;i&gt;North House&lt;/i&gt; c'&#233;tait &#224; cause de Dickens bien s&#251;r et de la Tamise comme &lt;i&gt;Dubigeon&lt;/i&gt; en face qu'on aurait pu croire tout sorti d'un tr&#232;s ancien r&#234;ve, assemblage en tout cas de l'eau, des briques et des hangars dont on aurait pris connaissance tellement longtemps avant de le d&#233;couvrir maintenant (tout un soir tu avais regard&#233; tomber les lumi&#232;res) et voil&#224;, ces r&#234;ves construits, ce qu'une ville laisse &#224; l'abandon au profit des pavillons gras ah gardez donc tout en l'&#233;tat on finissait par buter, sur l'eau d'abord et le cul-de-sac ensuite, les derniers mots tout au bout c'&#233;tait &lt;i&gt;Ralentir entrez lentement attention chiens en libert&#233;&lt;/i&gt; tout &#231;a comme d'habitude sur le m&#234;me panneau c'est le mot &lt;i&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt; qui g&#234;nait : il s'agissait de garder d'immenses bonbonnes crasseuses ce n'&#233;tait ni du p&#233;trole ni de l'essence mais du vin, peut-&#234;tre un tuyau souterrain les reliait au &lt;i&gt;caf&#233; de la Paix&lt;/i&gt;, expliquait et les hommes si longtemps immobiles dans la salle si sombre le soir, et cet amour des grands mots convoqu&#233;s l&#224;-bas et ici pour le pinard : &lt;i&gt;il faut boire pour le croire&lt;/i&gt; &#233;crit sur le plus gros silo et c'&#233;tait tr&#232;s s&#233;rieux mais personne &#224; Rez&#233; ne faisait mine de l'avoir jamais remarqu&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le pont toujours qui tendait ses bras inachev&#233;s au-dessus de la grande centrale thermique et la d&#233;signait comme le compl&#233;ment exact mais r&#233;ussi du Corbusier qu'on apercevait encore, la centrale et l'immeuble tendant l'un vers l'autre leurs deux blocs noirs et sym&#233;triques comme le double &#233;lancement du b&#233;ton si haut sur le fleuve : et c'est peut-&#234;tre parce que le pont n'arrivait pas &#224; se rejoindre que tout prenait soudain son &#233;vidence, la centrale qu'attendaient-ils pour en faire la cath&#233;drale magnifique o&#249; rassembler leur quatre &#233;glises affreuses et trop basses pour percer la toile indiff&#233;rente des maisons (le Ch&#226;teau seul vivant sans clocher) : la centrale ce soir &#233;tait belle, avait m&#234;me morte des airs d'un Beaubourg imposant, massif de silence o&#249; quelque part dans l'immense biblioth&#232;que qu'elle recelait s&#251;rement &#233;tait la r&#233;ponse &#224; la question g&#233;n&#233;rale, il aurait suffi de chercher mais on ne vous laissait pas rentrer j'ai essay&#233;, sur une &#233;tag&#232;re dans le grand b&#226;timent on aurait m&#234;me pu ranger le Corbusier c'&#233;tait le troisi&#232;me moyen de s'en d&#233;barrasser : &lt;i&gt;radieuse&lt;/i&gt; vraiment l'image du pont (bien s&#251;r ils le laisseraient inachev&#233; &#224; jamais comme il &#233;tait ces jours-ci, deux bras qui voudraient s'&#233;treindre comme dans les films par dessus les rives) quand, le soir &#224; sa fin, la boule rouge du soleil semblait rouler sur son arche manquante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rez&#233;, juin 1990.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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