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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Maurice Nadeau | sur David Rousset, Les Jours de notre mort </title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article119</link>
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		<dc:date>2013-06-17T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Rousset, David </dc:subject>
		<dc:subject>Nadeau, Maurice </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de la possibilit&#233; du roman de dire les camps&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot181" rel="tag"&gt;Rousset, David &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot463" rel="tag"&gt;Nadeau, Maurice &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton119.jpg?1371486280' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='108' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; &lt;i&gt;note du 17 juin 2013&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Au lendemain de la disparition de Maurice Nadeau, je remets en Une de Tiers Livre ce billet mis en ligne en juin 2005, lors de la r&#233;&#233;dition d'un livre essentiel sur les camps, celui de David Rousset, &lt;i&gt;Les jours de notre mort&lt;/i&gt;, avec une pr&#233;face de Nadeau qui est un texte d'un enjeu consid&#233;rable, sur litt&#233;rature et r&#233;alit&#233;.
&lt;p&gt;&lt;i&gt;note initiale, juin 2005&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Apr&#232;s avoir r&#233;dig&#233; ce blog, continuant ma lecture de David Rousset, j'ai propos&#233; sur remue.net une version plus th&#233;orique : &lt;a href=&#034;http://www.remue.net/article.php3?id_article=841&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le roman peut-il dire les camps ?&lt;/a&gt;, texte repris dans la Quinzaine Litt&#233;raire de ce 1er juillet 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David Rousset, &#224; son retour de d&#233;portation, avait publi&#233; un livre qui compte essentiellement dans les quelques livres qui nous ont &lt;i&gt;appris&lt;/i&gt; l'impensable (Eugen Kogon, puis &lt;i&gt;L'Esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt; de Robert Antelme, Bettelheim et les autres), pour David Rousset c'est &lt;i&gt;L'Univers concentrationnaire&lt;/i&gt;, il publie moins de deux ans plus tard ce livre de pr&#232;s de mille pages, &lt;i&gt;Les jours de notre mort&lt;/i&gt;, dans cette diff&#233;rence essentielle qu'il ne s'agit pas de t&#233;moignage, mais qu'il convoque son exp&#233;rience, les r&#233;cits, les images, et convoque aussi toutes les techniques de r&#233;cit, sc&#232;ne, dialogues, pour nous livrer le camp via les outils de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que ce livre ne se revendique pas du t&#233;moignage, tout en mobilisant l'&#233;norme masse d'&#233;l&#233;ments de ce r&#233;el inqualifiable, mais profus, complexe, enserrant lui-m&#234;me une masse gigantesque d'ab&#238;me, de choses tues, de meurtres sans t&#233;moins, une des plus vieilles question de la litt&#233;rature comme repr&#233;sentation est &#224; nouveau pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, en convoquant une forme rep&#233;rable, l'entretien journalistique, pour cr&#233;er une illusion de r&#233;el, et explorer la r&#233;alit&#233; masqu&#233;e de &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/DW/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Daewoo&lt;/a&gt;, j'ai pu constater des dizaines de fois combien cette id&#233;e restait encore une g&#234;ne : j'entends des jur&#233;s du prix Inter dire que mon livre n'est pas un &lt;i&gt;roman&lt;/i&gt;, comme, quelques semaines plus t&#244;t, un journaliste de la m&#234;me cha&#238;ne m'appelait pour me demander le n&#176; de t&#233;l&#233;phone... d'un des personnages du livre ! Or, il s'agit justement de cr&#233;er cette illusion pour entrer dans le vrai, constituer en repr&#233;sentation une strate du r&#233;el qu'il ne produit pas de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais respectons l'&#233;chelle : &lt;i&gt;Les Jours de notre mort&lt;/i&gt;, c'est un livre que j'avais lu en 1991, et j'ai presque tout un cahier rempli de phrases recopi&#233;es de David Rousset. Simplement parce que les mots, pris &#224; cet ab&#238;me, ou jet&#233;s contre lui, en extorquent un d&#233;placement de langue qui devient notre h&#233;ritage. J'ai dans mes tr&#232;s proches (Louis Dujardin, Willy Holt, &#034;B&#233;bert&#034;, Jean Laidet) des survivants de l'innommable. Nous sommes attach&#233;s &#224; leur parole, surtout quand elle nous est ainsi venue via l'amour en partage. Ils sont des lampes fragiles au devant de nous, eux qui aujourd'hui affrontent un autre voyage, o&#249; nous t&#226;chons d'&#234;tre pr&#233;sent, aidant. Willy Holt a publi&#233; &lt;i&gt;Femmes en deuil dans un camion&lt;/i&gt;, &#224; propos d'Auschwitz,la trace est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec David Rousset, c'est une autre inscription : l'ab&#238;me se dit lui-m&#234;me. &#201;l&#233;ments r&#233;els, Benjamin Cr&#233;mieux, le violoniste Hewitt, sc&#232;nes de fiction, les condamn&#233;s marchant &#224; la corde et bousculant le tabouret avant de conc&#233;der aux nazis de perp&#233;tuer leur mort... Mon exemplaire avait br&#251;l&#233; dans l'incendie, en 1994, de la biblioth&#232;que d'un de ceux-ci, que je cite plus haut. Il vient de repara&#238;tre en poche, je le relis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, ci-dessous, un large extrait de la pr&#233;face de Maurice Nadeau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;David Rousset | Les jours de notre mort, avant-dire&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce livre est construit avec la technique du roman, par m&#233;fiance des mots. Pour comprendre, il faut de quelque fa&#231;on participer : l'univers dont il est parl&#233; ici est &#224; la fois singuli&#232;rement hors de proportion avec les r&#233;actions quotidiennes des hommes ordinaires, et cependant proche et intime. &lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, la fabulation n'a pas de part &#224; ce travail. Les faits, les &#233;v&#233;nements, les personnages sont tous authentiques. Il e&#251;t &#233;t&#233; pu&#233;ril d'inventer alors que la r&#233;alit&#233; passait tant l'imaginaire.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Discuter de la v&#233;rit&#233; serait vain. La n&#244;tre n'est point celle des cours de justice, du papier timbr&#233; ni de la photographie.&lt;/br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Des noms paraissent, des personnages vivent qui sont aussi des personnalit&#233;s de notre vie quotidienne. Il aur&#233; &#233;t&#233; facile de mettre d'autres &#233;tiquettes, selon les convenances du jour. Lorsque des hommes sont m&#234;l&#233;s &#224; de si grands &#233;v&#233;nements, l'artifice du masque, toujours m&#233;diocre, se d&#233;chire de lui-m&#234;me.&lt;/i&gt;&lt;/br&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Maurice Nadeau | pr&#233;face aux &#171; Jours de notre mort &#187; (extrait)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc qu'une oeuvre &lt;i&gt;litt&#233;raire&lt;/i&gt; ? Le produit d'un travail visant &#224; donner forme &#224; ce qui cherche &#224; s'exprimer par elle et &#224; travers elle : id&#233;es, sentiments, situations, &#233;v&#233;nements. C'est la recherche d'un langage qui, au-del&#224; de la communication, tend &#224; exister pour lui-m&#234;me en donnant du m&#234;me coup l'existence de ce que nous avons d&#233;cel&#233; dans l'ouvrage de David Rousset : le t&#233;moignage, la description d'un ph&#233;nom&#232;ne sociologique dans son ampleur, sa diversit&#233; et son &#233;volution, accompagn&#233;e de jugements et de r&#233;flexions, de tentatives d'explications. Toute cette mati&#232;re autrefois vivante, d&#233;sormais ob&#233;r&#233;e par le temps, passe par le choix d'un langage qui redonne vie, qui la fait acc&#233;der &#224; une certaine &#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oeuvre litt&#233;raire comprend des ouvrages aussi diff&#233;rents que les (Essais&lt;/i&gt; de Montaigne, la &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; de Racine, le &lt;i&gt;Contrat social&lt;/i&gt; de Rousseau, le &lt;i&gt;Dictionnaire philosophique&lt;/i&gt; de Voltaire, un roman de Balzac, &lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt; de James Joyce. Autant de genres et de langages diff&#233;rents, mais chacun des auteurs appara&#238;t comme sujet et objet de son langage, celui de la confidence, celui de la trag&#233;die, celui des Lumi&#232;res, qui n'est pas le m&#234;me pour Rousseau et Voltaire, celui du roman. Outre que chacun poss&#232;de ce qu'on appelait autrefois, avant le structuralisme, la disparition annonc&#233;e de l'auteur, son style et qui, lui appartenant en propre, permet de le distinguer des autres. La litt&#233;rature, selon Borges, vise un unique grand Livre, mais cet unique grand livre est form&#233; de toutes les diversit&#233;s de langages et d'&#233;critures. David Rousset avait tellement conscience de faire oeuvre litt&#233;raire qu'il s'est choisi pour &lt;i&gt;Les jours de notre mort&lt;/i&gt; le patronage entre autres de deux &#233;crivains : Henri Michaux, le po&#232;te de &lt;i&gt;La Grande Garabagne&lt;/i&gt;, pays imaginaire dont les habitants ont des moeurs insolites et Swift, l'auteur des &lt;i&gt;Voyages de Gulliver&lt;/i&gt;. D&#233;j&#224;, dans son essai &lt;i&gt;L'Univers concentrationnaire&lt;/i&gt; qui a pr&#233;c&#233;d&#233; &lt;i&gt;Les Jours de notre mort&lt;/i&gt;, il avoquait Jarry et son p&#232;re Ubu, il &#233;voquait Kafka. Le monde qu'il entendait d&#233;crire n'atait pas sans ressembler &#224; ceux que ceux-ci avaient imagin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en viens &#224; ce qui, pour beaucoup, a pu para&#238;tre une &#233;nigme, comment le camarade qui, &#224; peine revenu des camps, a venait de donner &#224; notre &lt;i&gt;Revue Internationale&lt;/i&gt;, la revue que dirigeait Pierre naville, un essai sociologique aussi pr&#233;cis dans l'analyse rationnelle et aussi p&#233;n&#233;trant que &lt;i&gt;L'Univers concentrationnaire&lt;/i&gt;, comment ce camarade pouvait-il penser &#224; &#233;crire un roman &#224; partir d'une exp&#233;rience collective aussi &#233;norme et aussi tragique, v&#233;cue par des millions d'hommes, et aussi hors des normes ? Comment pouvait-il intituler &#034;roman&#034; un ouvrage qui portait sur une r&#233;alit&#233; dont nous n'avions pas encore pris compl&#232;tement conscience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le genre romanesque ait beaucoup &#233;volu&#233; depuis Balzac et Flaubert, bien que rel&#232;vent de ce genre &lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt; de James Joyce et &lt;i&gt;A la Recherche du temps perdu&lt;/i&gt; de Proust, le mot &#034;roman&#034;, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; assosic&#233; depuis des si&#232;cles au r&#233;cit d'aventures en tout genre et surtout amoureuses, ne continue-t-il pas d'&#233;voquer des situations plus ou moins imaginaires, des personnages invent&#233;s par l'auteur, un r&#233;el qui s'&#233;loigne plus ou moins de la r&#233;alit&#233; ? Or, c'est bien d'une horrible, d'une aberrante r&#233;alit&#233; dont David Rousset veut nous entretenir et les personnages qu'il met en lumi&#232;re, tir&#233;s des foules de centaines de milliers d'anonymes, il les pr&#233;sente sous leur nom d'&#233;tat civil : nos camarades Roland, Marcel, Philippe, le &lt;i&gt;Kapo&lt;/i&gt; allemand &#224; qui David a d&#251; de survivre, Emil Kunder, le communiste fran&#231;ais Marcel Paul, le musicien Hewitt, Julien Cain, conservateur de la B.N., les chefs de &lt;i&gt;blocks&lt;/i&gt; et les chefs de camp &#224; Buchenwald, Neuengamme, Dora, Mauthausen. Il justifie l'appellation de roman par la construction du livre : &lt;i&gt;Avec la technique du roman, dit-il, par m&#233;fiance des mots.&lt;/i&gt; Comment la technique du roman m&#232;ne-t-elle &#224; se m&#233;fier des mots ? De quels mots faut-il se m&#233;fier ? Des gros mots qui r&#233;sument et d&#233;finissent &#233;v&#233;nements et situations &#224; l'emporte-pi&#232;ce alors qu'il s'agit de d&#233;crire, de montrer, d'analyser, de trouver le mot juste comme s'y &#233;tait employ&#233; Flaubert. Rousset conna&#238;t particuli&#232;rement des romanciers am&#233;ricains dits r&#233;alistes, comme Dreiser, Sinclair Lewis, Dos Passos. Il les a pratiqu&#233;s, il a vu comment ils s'y prennent pour d&#233;crire les m&#233;faits de la soci&#233;t&#233; capitaliste am&#233;ricaine. Il entend user des m&#234;mes proc&#233;d&#233;s pour d&#233;crire, analyser, la soci&#233;t&#233; concentrationnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; qu'entend &#233;voquer le roman en tant que genre oblige &#224; prendre du recul et de la hauteur. Le romancier c'est, comme le dira Flaubert, Dieu dans sa cr&#233;ation invisible, &#224; la fois partout et nulle part. Comment Rousset, &#224; peine revenu des camps, pouvait-il en quelques mois acqu&#233;rir cette ma&#238;trise, construire une oeuvre d'un millier de pages ? Il lui faire &#233;voluer son r&#233;cit &#224; la fois dans l'espace et le temps, lui imaginer des rebondissements, le mener vers un d&#233;nouement qui marque son ach&#232;vement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Maurice Nadeau, Hachette Litt&#233;rature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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