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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Gaston Chaissac | hommage au vice-pr&#233;sident du club des &#233;chapp&#233;s de la vie moderne</title>
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		<dc:date>2026-07-12T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>Gaston Chaissac</dc:subject>
		<dc:subject>artistes, peintres, plasticiens</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;dans la collection &#171; Recherches &amp; cr&#233;ation &#187; de Tiers Livre, un volume d'hommage &#224; Gaston Chaissac&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique66" rel="directory"&gt;arts&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot190" rel="tag"&gt;Gaston Chaissac&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;artistes, peintres, plasticiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton706.jpg?1352732232' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='114' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff706.jpg?1352731900&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.librairie-tiers-livre.store/cahiers-experimentation/p/gaston-chaissac-peintre-amp-crivain&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gaston Chaissac, peintre &amp; &#233;crivain&lt;/a&gt;, se procurer le livre, le glisser dans votre sac, en faire un tapi de souris ou l'offrir...
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les citations de Gaston Chaissac en exergue ci-dessous sont prises de lettres &#224; Louis Battiot, l'abb&#233; Coutant, Daily-Bul, Jean Dubuffet, l'Echo de l'Oie, Otto Freundlich, Emile Gu&#233;riteau, Jacques Kober, Jeanne Kosnick-Kloss, Elie Mangaud, mademoiselle Mousset et Michel Ragon, des 21 classeurs dans le grenier, mus&#233;e Sainte-Croix aux Sables d'Olonne, pour lequel ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit en 1993. Merci &#224; Didier et B&#233;n&#233;dicte Ottinger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs de ces ensembles de lettres ont &#233;t&#233; publi&#233;s depuis lors, ce n'&#233;tait pas le cas &#224; l'&#233;poque &#8212; m&#234;me si nous attendons toujours l'&#233;v&#233;nement consid&#233;rable que serait une correspondance compl&#232;te de Chaissac.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Gaston Chaissac, vice-pr&#233;sident du club des &#233;chapp&#233;s de la vie moderne&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 - Vivre&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je resterai sans doute pour beaucoup une &#233;nigme. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt; Et de telle pr&#233;cision dans la beaut&#233; humaine qu'&#224; d&#233;cider d'exhiber le Gaston Chaissac qu'on se fabrique en soi-m&#234;me pour s'aider &#224; marcher dans le monde terne on tombe aussit&#244;t sous le coup de la distance : il valait cent, mille fois mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les gens normaux n'ont jamais rien fait d'extraordinaire. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
L'envie d'une d&#233;n&#233;gation rassurante, on se serait nous comport&#233;s plus poliment. Mais pas si s&#251;rs, &#224; l'humilit&#233; qu'on a d'une certitude : c'est son d&#233;r&#232;glement propre qui nous apprend, autant que les taches de couleur et le rire de ses bonshommes, &#224; percevoir cette part r&#233;alis&#233;e d'extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce matin au petit jour sur la route nationale entre la forge Villeneuve et l'ancienne gare, des cyclistes genre ouvrier des grands chantiers ont eu en me voyant des exclamations discourtoises pour m&#233;zigues. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Pour la contradiction de n'&#234;tre pas &#224; part, justement, peintre descendu au village mais homme de village et chez nous en sa terre. Sa plus grande force c'est d'avoir su n'en pas s'arracher (facilit&#233; de s'en aller dans la figure sociale du peintre et ses jeux) mais de hisser &#224; bout de bras notre monde h&#233;rit&#233;, qui aujourd'hui a cess&#233; sans m&#233;moire. L'insupportable pour eux &#233;tait en cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est malheureux d'&#234;tre pr&#233;sent&#233; comme une b&#234;te curieuse, un ph&#233;nom&#232;ne de foire. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Alors un chemin de solitude, qui l'excluait depuis ses deux bords. Et nous force nous-m&#234;mes d'emprunter un passage ou l'autre pour le rejoindre : b&#234;te curieuse encore et ph&#233;nom&#232;ne d'avoir tenu en passerelle si fragile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et si les &#226;mes &#233;taient visibles avec nos yeux de chair nous en verrions de toutes noires, des r&#233;giments, et laides &#224; faire peur. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Que c'est cette dimension humaine de Chaissac qui impressionne et fait litt&#233;ralement du bien &#224; le lire : raret&#233; de ceux qui per&#231;oivent la machine humaine dans sa qualit&#233; morale en restant dans leurs yeux de chair. Le petit monde appara&#238;t alors plus nu et encore plus noir, mais on voit l'homme en travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis un peu d&#233;senrient&#233; et comme l'&#226;me en peine. Pourtant la place de l'&#233;glise m'est quelque chose d'infiniment familier d'avance. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Reconnaissants qu'on est &#224; ceux-l&#224; qui se portent en avant et nous laissent croire qu'ils nous y tra&#238;nent. Mais ils ne jouent pas, et c'est en soi-m&#234;me pareil travail. Pas de retrait ni fuite, mais exposition au plus proche et au plus charg&#233; : la place de l'&#233;glise &#224; Vix, et ce que nous, de ce pays, savons y &#234;tre sous le sol, de morts et de fixit&#233;, de passages refaits et de tension sous le grand ciel. Nous-m&#234;mes avons march&#233; sur cette place d'&#233;glise reconnue d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'isolement me fait voir ainsi pour m'en sauver. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Nous projetant nous-m&#234;mes dans l'isolement n&#233;cessaire &#224; voir et se penser, dont on ne d&#233;cide pas soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mon p&#232;re, ma m&#232;re, pauvre victime de l'&#233;goisme, de la cupidit&#233; des hommes, ce sont eux qui parle en moi. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Que ses lettres, parce qu'elles sont d'un grand bonhomme, sont pose au sens qu'en peinture un mod&#232;le monte sur un socle et prend posture. Mais Chaissac, grand bonhomme, dans l'exhibition ne triche pas. Il se fait porteur et c'est tout une &#233;norme couche de temps qui recouvre alors ses &#233;paules : le temps de ceux qui ne parlent pas, qui ne font pas trace. La posture humble de Chaissac attire &#224; lui une grande force qu'il nous est encore difficile de percevoir &#224; sa valeur : que l'acc&#232;s &#224; la parole ne le d&#233;tourne pas de son monde, mais qu'il reste l&#224; et nous le tend tout entier dans ses bras. Quand Chaissac redessine une fois de plus dans une lettre le trac&#233; de vie de son p&#232;re ou de sa m&#232;re, on voudrait une &#233;coute de concert, on re&#231;oit un don fait sur la paume tendue de la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cher ami, ma femme f&#251;t une pauvre gosse ; elle avait bien une pauvre poup&#233;e mais sa m&#232;re lui refusait le moins chiffon pour l'habiller. &#034;&#199;a servirait.&#034;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
La pudeur pourtant de cet homme, vie construite on dirait pour rester l&#224;, homme parlant, dou&#233; d'image, et voir ce que devient parler et faire image quand c'est d'ici, de ce m&#234;me trac&#233; de la vie pauvre qui fut celle de son p&#232;re et sa m&#232;re, qu'on parle et qu'on peint. De celle qui ne se moqua pas, qu'il suivit dans ses postes d'institutrice la&#239;que, un t&#233;moignage rare, o&#249; frappe dans chaque lettre non pas un bonheur, mais une certitude pourtant du bon endroit, du h&#226;vre, dans le chemin banal d'homme la place trouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De fa&#231;on d'&#233;viter qu'elle r&#226;le. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Parce que chez ce bonhomme c'est comme &#231;a qu'on dit l'amour, peut-&#234;tre le seul moyen pour que la parole aussi soit &#224; la hauteur de comment &#231;a compte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;strong&gt;2 - Peindre&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'esp&#233;rais pouvoir avant repiquer de la salade et faire une s&#233;rie de tableaux.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
Et qu'il faut prendre au s&#233;rieux l'ordre des choses tel que le signifie Chaissac, homme de raison et de poids. Si repiquer de la salade est du m&#234;me ordre et passe avant l'affrontement m&#234;me d'une toile, c'est qu'un geste est l&#224; de la vie pr&#233;caire et du rapport pr&#233;serv&#233; &#224; une condition naturelle qui est l'affrontement primordial, que reprend le geste de peindre maintenu en-de&#231;a de sa division sociale. Et cela vaut encore, et annihile une approche de Chaissac qui pr&#233;tendrait soit liquider la peinture parce qu'elle est le fait d'un repiqueur de salade (l'art brut) soit liquider l'homme parce qu'il peignait hors de la figure sociale de la chose (le na&#239;f).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vague de froid de ces temps derniers a fait bien du mal aux choux &#224; vaches qui nous entourent. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
La syst&#233;matique de telles phrases, comme si pour Chaissac il aurait &#233;t&#233; tellement plus facile de reconduire m&#234;me la plus minime fronti&#232;re, mais non : se forcer, chaque jour, par les lettres envoy&#233;es de l'autre bord (sont d&#233;lib&#233;r&#233;ment artistes, au contraire, les lettres envoy&#233;es aux amis locaux), &#224; dissoudre toute protection qui viendrait donner &#224; un quelconque des deux termes une autonomie m&#234;me pr&#233;caire, qui lui aurait &#233;t&#233; pourtant ou parfois si confortable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce matin, j'ai simplement vu la camionnette des Boileau en stationnement devant la scierie Durand.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Que cette posture alors s'avoue : c'est un homme de vision qui parle, n'exhibe qu'une vision simple, mais telle que le monde nu l'impose et occulte peu &#224; peu la facult&#233; vitale de s'&#233;tonner, voire l'effroi. D'autres sur le grand march&#233; de la peinture ont mieux r&#233;ussi leur coup, qui ont adopt&#233; le m&#234;me principe de vision plate pour le quotidien de la vie am&#233;ricaine ou parisienne. La tr&#232;s grande hauteur de Chaissac est son principe d'immobilit&#233; devant ce qui nous est livr&#233;, m&#234;me grand comme un jardin &#224; Vix. S'il nous importe ici mieux que ceux de la vie parisienne, c'est pour nos morts. Les objets en rang sur la chemin&#233;e photographi&#233;e des Chaissac &#224; Vix sont ceux de mes grand-parents &#224; Damvix et la maison d&#233;sormais est vide, un rail de s&#233;curit&#233; isole la maison de la rivi&#232;re, la route est sur&#233;lev&#233;e et il n'y a plus, &#224; Damvix, que Mme Marie-Jeanne Tableau pour aller chaque matin au cimeti&#232;re et m'en rapporter parfois : &#034;Votre grand-p&#232;re m'a dit ce matin...&#034; Pour nous les voix se sont tues, avant que nous sachions. La voix de Chaissac nous importe parce que voici ce qu'elle a sauv&#233; de nos morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le village ne sera jamais trop hauss&#233; &#224; la hauteur d'une institution. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Que personne ne prendra jamais Chaissac en d&#233;faut d'intelligence : la vision m&#234;me n'est pas r&#233;ception neutre, m&#234;me si elle oblige chaque fois de proc&#233;der au grand lavage en soi, mais repr&#233;sentation. Le plus simple est toujours construction sociale &#233;labor&#233;e, o&#249; chaque rouage prend valeur. Les visages des tableaux de Chaissac &#233;mergent de ces constructions bris&#233;es en nous disant le prix social d'un sourire reconquis le temps de l'&#233;change. Les villages ne sont plus (traversez donc Vix un apr&#232;s-midi de semaine) mais le principe d'institution convoqu&#233; d&#233;borde largement la contingence qui nous a lanc&#233;s sans pr&#233;paration dans le monde que lui avait choisi de refuser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;strong&gt;3 - &#233;crire&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;crivain et chroniqueur avant tout et fid&#232;le &#224; ce que je vois de ma fen&#234;tre, ma vision se brouille. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
C'est cette revendication qu'il faut porter &#224; &#233;galit&#233; de charge, comme sur un tableau ces &#224;-plat o&#249; tout compte. Avant tout, porter parole et la porter dans ce face-&#224;-face le plus direct du monde, o&#249; la violence de l'exclusion sociale est prise en compte avec une conscience jamais en d&#233;faut : c'est de cette exclusion qu'on parle, et la plus profonde raison, jusqu'au profond du corps malade, qu'on a de rester ici en cet endroit, cette fen&#234;tre, se pr&#233;occuper de faire langage de sa vision, et toute une vie prend sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aussi inathendu qu'&#233;ph&#233;m&#232;re.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Magie, qui n'a rien d'un art brut de l'&#233;criture, qu'une lettre transf&#233;r&#233;e d'un mot sur un autre qui l'anticipe prouve un m&#234;me travail de la p&#226;te et du pigment. Ce ne sont pas des mots plaqu&#233;s &#224; la surface de ce qu'on voit. Chaissac &#233;crivain r&#233;ussit ce &#224; quoi il pr&#233;tendit, &#224; force de reconstruction interne de la vision par la langue qui la dit, langue parce que travaill&#233;e dans sa mati&#232;re m&#234;me, &#224; la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A la sortie de l'&#233;cole les enfants ont longtemps stationn&#233; aux vitrines des boutiques car les &#233;talages de No&#235;l y sont. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Une capacit&#233; d'enfance, et de s'&#233;lever en soi jusqu'o&#249; la magie ancienne fonctionne encore, qui de nous, &#233;lev&#233;s &#224; Saint-Michel en l'Herm ou ailleurs tandis que Chaissac peignait encore ses g&#233;ants de muraille, serait capable de lire sans &#233;motion pareille phrase ? O&#249; tout tiendrait dans l'emploi du verbe &#234;tre. Enfance qui grimpe &#224; l'int&#233;rieur de nous et remet les choses en place : n'est pas dou&#233; qui veut pour ce plus haut exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai fait un dr&#244;le de r&#234;ve dans lequel j'avan&#231;ais dans une rue bord&#233;e de boutiques arborant de belles enseignes pleines de promesses. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Alors l'expression du r&#234;ve n'est pas celle d'une d&#233;rive not&#233;e, mais du travail silencieux et terriblement arbitraire en nous de cette facult&#233; encore de voir, le temps propre d'&#233;nonciation des mots, leur ordre et leur mani&#232;re de glisser &#224; prendre comme apprentissage de ma&#238;trise, conqu&#234;te de son propre cr&#226;ne et d'avancer en soi jusqu'&#224; la peau du front : la fascination r&#233;currente de Chaissac pour les sorciers de Vend&#233;e comme perception de l'obscurit&#233; magnifique en soi, o&#249; na&#238;t l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur mon bord de route j'aurais la ressource d'expliquer en faisant sourire mes yeux du fin fond de leur cave que je suis en train de peindre mon r&#234;ve de la nuit derni&#232;re. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Et prolongement en ligne droite de cette capacit&#233; de r&#234;ve, qui par &#233;crire ou peindre se renverse &#224; nouveau en production d'image et restitution de l'homme sujet, mais sauve et la cave et la nuit. Puis ce mouvement de glisser par le seul mot de route, et toute une merveille de po&#232;me jet&#233; (mis &#224; la Poste) sans reste, ni certitude de trace. Et si c'&#233;tait l&#224; la plus belle phrase de fran&#231;ais &#233;crite pour toute une moiti&#233; de si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le noir est quand m&#234;me une superbe couleur.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Seule certitude d'artisan dans un travail d'exigence, l'homme au bout. Qu'alors on peut tout dire, m&#234;me de la vie d'un p&#232;re et d'une m&#232;re, de sa vie propre et la maladie qui ronge, rien ne sera jamais mis&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;strong&gt;4 - Croire&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'avais &#233;galement pris de la piperazine. Doit-on prendre de l'Yohimbine pour &#234;tre plus d&#233;vot ? &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Les quinze lettres &#224; l'abb&#233; Coutant sont des plus centrales et accomplies qu'il ait d&#233;croch&#233;es dans cette interp&#233;n&#233;tration au sang de la d&#233;rive en mots et de la frappe sur soi, renvoyant avec insistance au propre travail pictural : des ruines en plein champ &#231;a ne me fait pas &#231;a mais dans un parc trop bien bross&#233; &#231;a m'&#233;coeure, au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si notre religiosit&#233; est bien faites avec notre &#233;rotisme, on peut voir dans l'action anaphrodisiaque de l'alccol pris en abus, l'indiff&#233;rence religieuse de bien des praticants chez qui rien ne vibre plus. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
La &#034;conversion&#034; de Chaissac toute cette ann&#233;e 1950 n'est pas un accident de parcours. Plus profonde aussi qu'une incursion miroir chez le fr&#232;re ennemi. Le myst&#232;re et la force de Chaissac aussi dans ce mim&#233;tisme qui le saisit chaque fois selon son interlocuteur. Comme si l'interlocuteur chaque fois venait virtuellement occuper la place si singuli&#232;re de cet homme trop grand pour tenir dans sa carcasse, dont on le for&#231;ait &#224; contempler la vie par son petit coin, tenu ferme par la peau du cou, Chaissac alors dans un &#233;tonnement qui est ce par quoi il nous prend, et pas neutre dans cette r&#233;v&#233;lation soudain du proche. Ecrivant &#224; son abb&#233;, novice et loin (de plus, qui s'adresse &#224; lui pour des conseils de peinture), Chaissac ne pouvait consid&#233;rer son monde qu'en terme d'une religiosit&#233; d&#233;j&#224; pr&#233;sente d&#232;s lors qu'on regarde de la couleur et une forme, ou de l'humain et comment &#231;a marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai donn&#233; diff&#233;rentes versions de ma conversion et voici celle qui me semble bonne : On dit une &#226;me saine dans un corps sain et j'ai assaini mon corps en faisant une cure de raisins. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Comprendre que Chaissac est s&#233;rieux m&#234;me lorsque aussit&#244;t il pratique une nouvelle fois l'&#224;-plat de peinture sur la vision, mentale. Homme-yeux qui d&#233;cide d'aller &#224; la messe pour voir vie, village et les autres avec les yeux qu'il leur suppose. Tout ram&#232;ne &#224; une affaire de peinture et ce qu'elle exige d'un homme, jusque dans ce permanent renversement comique, comme obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je m&#232;ne une croisade pour la r&#233;surrection du druidisme et le retour des druides.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
Conversion non feinte, si c'est &#224; partir d'elle que tout reprend place lentement pour oser lier au travail de peindre une pr&#233;hension de sa spiritualit&#233; d&#233;gag&#233;e en toute conscience de ses formes sociales : Dieu est pour moi un grand artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque fois qu'on m'insulte j'&#233;cris un article anti-cl&#233;rical. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
C'est le tarif. La conversion &#233;tait provisoire, son charme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;strong&gt;5 - Illusions&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Savez vous que je suis accord&#233;oneux. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Un m&#234;me besoin de se jouer dans des identit&#233;s &#233;clat&#233;es toujours reparaissant mais comme lanc&#233;es dans le si&#232;cle, avec des noms (Gilles le fienteron, le strapasson, le barde de la Tanch&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je pense &#224; voyager &#224; l'&#233;tranger et cherche le moyen et la marine marchande &#224; laquelle je pourrais &#234;tre gar&#231;on de cuisine, plongeur ou bien encore m'occuper d'animaux transport&#233;s. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Et quel voyage se fit, de Sainte-Florence &#224; Vix. Seules les lettres s'en vont, projet&#233;es &#224; la pelle comme la plus s&#233;rieuse permanence, m&#234;me si destin&#233;es seulement &#224; mademoiselle Mousset directrice des Carri&#232;res &#224; Sainte-Florence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je vous ai peut-&#234;tre dit que ces derni&#232;res ann&#233;es j'ai vraiment tent&#233; de me placer comme gar&#231;on d'&#233;curie. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Que ces identit&#233;s non plus ne sont pas du jeu, si elles sont le travail dur de se se hisser au premier point de vue sur vivre, dans la m&#233;moire qu'on a et le savoir du terrain solide et violent qu'impsoe le monde &#224; ceux-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le graffiti est d'un habillage difficile et on se cassera le nez dans l'art brut plus que partout ailleurs. J'ai peut-&#234;tre fait plus d'&#233;tudes dans mon genre qu'un prix de Rome.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Une telle phrase est &#224; embo&#238;ter exactement &#224; la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A titre de p&#232;re de famille je serais reconnaissant &#224; celui d'entre vous qui publierait dans un style plus ch&#226;ti&#233; que je saurais le faire quelques lignes appropri&#233;es. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Et jeu redoublant celui des identit&#233;s qu'on r&#234;ve, celles qui s'embo&#238;tent en vous-m&#234;me en maintenant en vous leur &#233;clatement, aucune ne recouvrant totalement la machine interne et permettant enfin de s'y confiner en repos. La passion d'&#233;crire na&#238;trait des failles dans l'embo&#238;tement, avec une version pour chaque carte de la personne Chaissac : p&#232;re de famille (avec quel respect), il n'a pas &#224; sa disposition la plume qui s'y accorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai cr&#233;&#233; une petite revue : &#034;les cahiers de l'Hirsutisme&#034;.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Phrase qui tombe mieux sous la patte et explique l'importance que nous donnons aujourd'hui au travail d'&#233;crivain qu'il revndiquait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je ne suis mont&#233; qu'une seule fois en bateau-mouche et j'ignore les voyages de long cours.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;Dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;strong&gt;6 - H&#233;las&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En jouant de l'harmonium l'id&#233;e m'est venue de dessiner un tableau avec mes deux mains &#224; la fois. J'ai l'impression que le cerveau ne se sert que d'une seule main.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
Et que le mot Passion trouve ce qui s'y associe de cheminement et de souffrance oblig&#233;e, de volont&#233; &#224; tenir. Un travail est l&#224; qui ne tient pas de la facilit&#233; ou de l'&#233;panchement. Tout Chaissac se r&#233;sumera peut-&#234;tre &#224; ces sourires qu'il fut sans doute le seul en cette moiti&#233; de si&#232;cle &#224; oser construire : le prix qu'on paye, pour peindre de l'autre c&#244;t&#233; de Bacon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je n'ai jamais h&#233;las pu peindre qu'&#224; la sauvette. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Peut-&#234;tre encore une phrase-cl&#233;, si on la saisit non pas comme option facile du jardinier qui s'amuse avec des pinceaux et veut &#233;poustoufler le gogo (avec quelle ma&#238;trise dans le r&#244;le), mais bien comme acceptation presque sereine de l'&#233;crasement de la peinture sous la t&#226;che d'homme, l&#224; o&#249; elle reste, au village, dans sa duret&#233; d'oirigine, qui donne force &#224; ce statut d'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a chante toujours les poules apr&#232;s avoir pondu et sans s'occuper pour qui &#231;a vient de pondre. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
C'est une d&#233;termination, comme l'&#233;nergie li&#233;e &#224; des mots comme airain, qui reste apr&#232;s n'importe quelle plong&#233;e longue dans les lettres de Chaissac, cette immense g&#233;n&#233;rosit&#233; de qui souffre. La peinture na&#238;t d'un affrontement qui le d&#233;borde, mais o&#249; il reste &#224; la place qu'il a choisie, h&#233;ritier et fid&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les tableaux les plus beaux sont ceux que j'ai vu peints sur des man&#232;ges de tape-culs.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;Voir Rimbaud...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_503 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/CH2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/CH2.jpg?1169317304' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chevillard et son auteur, ou la rh&#233;torique explos&#233;e</title>
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		<dc:date>2012-09-04T18:57:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre invite... </dc:creator>


		<dc:subject>Chevillard, Eric </dc:subject>
		<dc:subject>Claro</dc:subject>
		<dc:subject>Gaston Chaissac</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; L'auteur et moi &#187;, d'&#201;ric Chevillard, chez Minuit : &#224; &#233;viter si vous n'aimez pas la litt&#233;rature-pi&#232;ge&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Chevillard, Eric &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot100" rel="tag"&gt;Claro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot190" rel="tag"&gt;Gaston Chaissac&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3088.jpg?1352734030' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;Des habitudes sont prises ; celle d'&#233;crire pourrait en &#234;tre une. E.C.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
C'est bizarre comme le temps passe : j'imagine encore &#201;ric Chevillard d&#233;barqu&#233; en litt&#233;rature il y a une dizaine d'ann&#233;es, petit jeune qui vient et fiche son bazar, c'&#233;tait &lt;i&gt;Mourir m'enrhume&lt;/i&gt; et c'&#233;tait en 1987, paf, un quart de si&#232;cle.
&lt;p&gt;Comme si pourtant, avec mes 5 ans d'anciennet&#233;, cette sorte de d&#233;calage &#233;tait toujours intervenue dans ma lecture de ses livres. Compl&#233;t&#233; par &#233;l&#233;ments biographiques : j'ai quitt&#233; la Vend&#233;e en 1964, et pour revenir &#224; ce qui est mon &lt;i&gt;Heimat&lt;/i&gt; j'ai comme piste essentielle les &#233;crits de Chaissac : Chevillard est n&#233; en 64 dans l'h&#244;pital m&#234;me o&#249; Chaissac est mort, quasiment aux m&#234;mes jours, et a &#233;crit sur Chaissac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre pour &#231;a qu'il y a deux ans j'ai pris &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1995' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Choir&lt;/a&gt; de cette fa&#231;on dans la figure, cette violence qui ne donnait pas d'&#233;chappatoire. Bouquin sombre, on palpait les cloisons pour trouver les sorties, et on continuait quand m&#234;me. Pour &#231;a peut-&#234;tre que j'ai zapp&#233; celui de l'an dernier, &lt;i&gt;Dino Egger&lt;/i&gt;. Mais est-ce que j'ai jamais zapp&#233; un seul des triptyques de &lt;a href=&#034;http://l-autofictif.over-blog.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Autofictif&lt;/a&gt; depuis le tout d&#233;but ? S&#251;r que non, et si je n'ai pas lu dans la semaine, j'ai rattrap&#233; le dimanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chevillard et la rh&#233;torique ce n'est pas d'hier. C'est &lt;i&gt;N&#233;buleuse du crabe&lt;/i&gt;, c'est &lt;i&gt;D&#233;molir Nisard&lt;/i&gt;, devenu culte. On met en place la machine &#224; parole, elle attire &#224; elle la totalit&#233; des strates et prismes de qui pr&#233;tend manier ou conduire la parole. Alors il n'y a plus qu'&#224; les ramasser dans le filet, et c'est pas beau &#8211; mais c'est salutaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi le Chevillard doucement fantastique, &lt;i&gt;Au plafond&lt;/i&gt; m'enchante rien que d'y penser &#224; rebours, et quand je salue le h&#233;risson qui se planque dans le jardin je lui dis &lt;i&gt;&#199;a va, Chevillard...&lt;/i&gt; (n'allez pas lui r&#233;p&#233;ter).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis trop familier de &lt;i&gt;L'Autofictif&lt;/i&gt;, et surtout j'en mesure suffisamment les enjeux, les variations, la discipline, les r&#233;currences, pour en faire une lecture seulement autobiographique &#8211; malgr&#233; les prouesses des deux fabuleuses h&#233;ro&#239;nes que sont Suzie et Agathe. Mais pas possible de ne pas l'utiliser comme prisme optique, outil complexe et multiplicateur, quand on entre dans &lt;i&gt;L'auteur et moi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chevillard n'est sans doute pas le premier &#224; utiliser ce genre de forme, et d&#233;doubler le livre par un usage des notes comme jeu de strates recouvrantes. Et ce serait idiot de voir dans cette atteinte &#224; la lin&#233;arit&#233; une cons&#233;quence de son &#233;criture web : un des plus beaux passages de &lt;i&gt;L'auteur et moi&lt;/i&gt; c'est celui concernant un des inserts du &lt;i&gt;Quichotte&lt;/i&gt;, pas aller chercher ailleurs le d&#233;fi technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rh&#233;torique cass&#233;e, l'outil percussif plut&#244;t que chimique de Chevillard, il s'installe dans la strate &lt;i&gt;main stream&lt;/i&gt; du livre. Un &lt;i&gt;Mademoiselle&lt;/i&gt; qui pose beaucoup moins l'adresse que le personnage (un perroquet sur l'&#233;paule d'un singe, voil&#224; pour le dispositif de l'auteur et son personnage). Tout est dans ce &lt;i&gt;qui parle&lt;/i&gt;, tente ici de construire un livre avec meurtre. On n'est pas dans &lt;i&gt;Choir&lt;/i&gt;, on est dans une sorte de jubilation de la narrativit&#233; m&#234;me, et &#224; vous de lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cassure, ou la rh&#233;torique explos&#233;e, c'est l'autre strate. Le dispositif par notes num&#233;rot&#233;es &#8211; de 1 &#224; 40 &#8211; indique bien la d&#233;pendance de la deuxi&#232;me strate, la strate fragment&#233;e, par rapport &#224; la strate principale. Mais dans les 40 notes, on a des histoires compl&#232;tes (reprise et variation sur &lt;i&gt;L'Oreille rouge&lt;/i&gt; de 2005, ou tout un article sur la question de &lt;i&gt;l'ironie&lt;/i&gt; &#8211; Chevillard n'est &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; ironique pr&#233;tend-il). Et chaque note a un point commun : la premi&#232;re phrase commence par un incise sur cette dualit&#233; de l'auteur et du personnage, et donc une sorte de remont&#233;e amont du personnage vers l'auteur. Seulement c'est en sauvant la dramaturgie : le lecteur est le personnage actif de la strate &lt;i&gt;main stream&lt;/i&gt;, o&#249; il se d&#233;bat en miroir du &lt;i&gt;Mademoiselle&lt;/i&gt; en adresse, face au personnage manieur de parole. Dans les notes, l'auteur prend &#224; partie le lecteur pour s'expliquer sur la non-identification n&#233;cessaire de lui-m&#234;me et du personnage. Alors de quelle nature est le r&#233;cit livr&#233; par l'auteur dans les 40 notes dont l'une, la 26, fait plus de 100 pages, donc recouvre litt&#233;ralement la partie centrale du livre, strate contre strate renvers&#233;es comme un crabe qu'on a pos&#233; sur le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans compter qu'une autre note de cet &lt;i&gt;employ&#233; aux &#233;critures&lt;/i&gt; (titre d'un blog connu, mais au f&#233;minin), nous donne le droit d'organiser &#224; notre guise notre lecture, y compris fragmentaire, y compris non lin&#233;aire. Et que si vous souhaitez vous en tenir &#224; Blanchot ou Mallarm&#233;, on peut aussi y camper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qui se passe dans ce livre. Il y a de la &lt;i&gt;sid&#233;ration&lt;/i&gt;, comme disent nos bons journalistes. &lt;i&gt;On se demande &#224; quelle sauce Chevillard va d&#233;vorer l'app&#233;tit narratif de son lecteur&lt;/i&gt;, dit Claro, &lt;a href=&#034;http://towardgrace.blogspot.fr/2012/09/la-fable-chevillard.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;qui me pr&#233;c&#232;de de quelques heures&lt;/a&gt;, il l'a fait expr&#232;s ce frimeur. Comme extraits, ci-dessous, en voici un qui m'a compl&#232;tement secou&#233;, puisque &#233;voquant une mati&#232;re autobiographique trait&#233;e en tant que telle, la mort du p&#232;re, telle que les lecteurs de &lt;i&gt;L'Autofictif&lt;/i&gt; l'ont travers&#233;e aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais consid&#233;rer apr&#232;s &#231;a le m&#233;canisme des notes comme une sorte de fil autobiographique oppos&#233; &#224; la strate narrative, vous comprenez bien que c'est le pi&#232;ge principal par lequel il vous tient...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/gp/product/2707322520/ref=as_li_qf_sp_asin_il?ie=UTF8&amp;tag=letierslivre-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2707322520&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;http://ws.assoc-amazon.fr/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;Format=_SL160_&amp;ASIN=2707322520&amp;MarketPlace=FR&amp;ID=AsinImage&amp;WS=1&amp;tag=letierslivre-21&amp;ServiceVersion=20070822&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;http://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=2707322520&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;Commander le livre, version papier ou num&#233;rique&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Haut de page : le 2 d&#233;cembre 2008, revenant de Lausanne, j'avais photographi&#233; Dijon depuis le train et post&#233; cette image comme preuve que peut-&#234;tre Chevillard lui-m&#234;me &#233;tait fictif : on photographie Dijon, et on ne le voit pas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Eric Chevillard | L'auteur et moi &#8211; 3 notes&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'auteur pourrait bien s&#251;r contresigner cette liste, mais il y ajouterait &#8211; apr&#232;s avoir retir&#233; tout de m&#234;me &#224; cette passante ces lunettes rouges bien peu seyantes &#8211;, les pr&#233;noms de ses trois adorables compagnes, ceux de ses amis, il n'oublierait pas sa fratrie, ni sa m&#232;re boulevers&#233;e, vaillante, qui puise sa vitalit&#233; dans le sang g&#233;n&#233;reux de son propre p&#232;re qui jamais ne voulut mourir et mourut pourtant sans y consentir, &#224; l'&#226;ge de quatre-vingt-seize ans, avec le regret de ne pas savoir ce que deviendraient ses arri&#232;re-petits-enfants ni qui remporterait le tournoi de Roland-Garros en 2050 (&lt;i&gt;&#8211; Tu me prends pour un vieillard ?&lt;/i&gt;) s'insurgeait-il encore &#224; quatre-vingt-quinze ans, quand on pr&#233;tendait l'aider &#224; descendre de voiture) ; et l'auteur &#8211; ne dirait-on pas qu'il vient de d&#233;crocher un prix litt&#233;raire ? &#8211; n'e&#251;t pas manqu&#233; de citer encore ses &#233;diteurs avec reconnaissance et tous les &#233;crivains qui tour &#224; tour compt&#232;rent dans sa vie si bien qu'il put s'en croire r&#233;ellement aim&#233; depuis le fond des &#226;ges o&#249; souvent ils gisaient ; et l'&#238;le d'Yeu, de la Pointe du But &#224; la Pointe des Corbeaux, mais surtout un creux de mousse fleuri de lui seul connu, face au Vieux Ch&#226;teau ; et Nantes o&#249; il connut le d&#233;sespoir des vingt ans par la gr&#226;ce de la Nantaise dont il lui arrive, de plus en plus rarement, il est vrai, de relire les lettres magnifiques, &#233;crites avec la pulpe rose de son doigt puis avec le tranchant de son ongle (quant &#224; celles qu'il lui destina, il en a bien s&#251;r perdu le souvenir, elles devaient &#234;tre bien appliqu&#233;es pour s&#233;duire, tout en dribbles inutiles, en affectations de style, dont elle lui dit n&#233;anmoins, d&#232;s la troisi&#232;me : &lt;i&gt;Je ne croyais pas que je mettrais si vite notre correspondance en haut de la grande armoire en ch&#234;ne luisant massif, comme des confitures d'enfance, interdites-r&#233;gal-citron, tr&#232;s tr&#232;s difficiles &#224; atteindre&lt;/i&gt;) &#8211; ce qu'elle a pu devenir ? et comment se fait-il que la litt&#233;rature n'ait jamais entendu parler d'elle ? serait-elle morte ? Elle ne voulait pas avoir quarante ans, elle se penchait sur l'ab&#238;me comme les po&#232;tes et les acrobates pour en &#233;prouver le vertige et nous savons maintenant h&#233;las que des lames de fond quelquefois vont cueillir les jeunes femmes audacieuses qui n'en demandaient pas tant jusque sur les chemins c&#244;tiers &#8211; ; Sienne encore, o&#249; il se sentit vivre pour une fois sans que la douleur s'en m&#234;l&#226;t, et Koulikoro, au Mali, la compagnie riante de Rokiatou et de ses s&#339;urs, et les plages de sable volcanique de Basse-Terre, Guadeloupe, o&#249; il ramasse des tests d'oursins &#233;toiles, puis la &lt;i&gt;Danse slave&lt;/i&gt; en mi mineur de Dvorak qui lui d&#233;chire le c&#339;ur, l'odeur du daphn&#233;, celle du figuier sur le chemin de la crique secr&#232;te de la Garoupe, pr&#232;s d'Antibes, et l'&#233;l&#233;phant avec le m&#234;me exc&#232;s ombrageux ou d&#233;bonnaire, et le papillon &#8211; moins toutefois la chenille volante aux ailes de poussi&#232;re que sa description par Vladimir Nabokov &#8211;, le caf&#233; qu'il boit comme s'il &#233;tait un lion et que c'&#233;tait du sang, le cercle de lumi&#232;re du ciel lorsqu'il remonte du fond de l'eau, la m&#232;che plus claire et dr&#244;lement enracin&#233;e sur la t&#234;te de Ludovic qu'il place ici, entre ces pages comme dans un m&#233;daillon, parce que Ludovic n'est plus et que les pianos s'ennuient de ne plus conna&#238;tre son toucher hypotonique et g&#233;nial, et pr&#233;cautionneusement il ajouterait aussi l'&#339;uf, quel qu'il soit, qui tient si &#233;troitement serr&#233;e aussi longtemps que possible la d&#233;convenue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;28.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'auteur n'est pas titulaire du permis de conduire, il ne poss&#232;de pas de t&#233;l&#233;phone portable, il l'a dit, ni n'a jamais nou&#233; de cravate autour de son cou &#8211; pas m&#234;me pour rire. Toutes ces r&#233;ticences visent obscur&#233;ment &#224; compliquer ses relations avec autrui et sans doute aussi, de ce fait, &#224; les limiter, &#224; les restreindre. Il serait int&#233;ressant de conna&#238;tre les raisons de ce r&#233;flexe de fuite, comment il s'est d&#233;velopp&#233;, pourquoi il r&#233;siste en d&#233;pit de l'aisance et de l'assurance gagn&#233;es au fil du temps, &#224; l'int&#233;gration finalement r&#233;ussie de l'auteur dans une existence structur&#233;e, voire norm&#233;e, pourvue de tous les fondamentaux, pourquoi il continue &#224; pr&#233;f&#233;rer la longue all&#233;e du parc quand elle s'ouvre devant lui, vide de toute pr&#233;sence humaine. Sa compagne, ses amis, certains m&#234;mes de ses &#233;diteurs, tous sont venus le chercher au fond de sa retraite o&#249;, certainement, craintif, f&#226;ch&#233;, ridiculement fier, il les attendait. Serait-ce de la vanit&#233;, en effet ? Serait-ce de la honte ? Ou simplement de la l&#226;chet&#233; ? L'auteur veut bien tout admettre, mais il ne faudrait pas s'y tromper, m&#234;me quand il semble se d&#233;nigrer, c'est encore parce qu'il s'imagine que sa page constitue une suffisante d&#233;monstration de force qui simultan&#233;ment le venge et retourne en avantage l'aveu de sa faiblesse. La barbe de la femme &#224; barbe est en certaines circonstances son principal atout ; elle la frise, elle la parfume, elle y noue de jolis rubans. Puis cette barbe fait sa fortune. Seulement voil&#224; : quelle que soit la puissance de ton &#233;criture ou plus exactement la force dont tu te sens dou&#233; lorsque tu &#233;cris, celle-ci s'effritera comme des petits poings d'enfant sur la porte de la cave sur le premier obstacle qui se dressera devant elle, &#224; savoir l'impossibilit&#233; d'amener ton ennemi &#8211; ou du moins la force adverse que tu voudrais vaincre ou plier &#8211; sur ce terrain, car ni Dieu, ni le destin, ni la maladie, ni la mort, ni l'amour ne s'y laissent entra&#238;ner. Il n'y aura pas de combat l&#224; o&#249; tu avais tes chances. Tout au plus pourras-tu retourner cette force contre toi et te r&#233;duire en miettes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;30. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; bien la place qui &#233;choit d&#233;sormais &#224; l'employ&#233; aux &#233;critures. Certes, l'&#233;crivain par nature fut toujours un esseul&#233;, mais longtemps il &#233;chafauda dans les marges &#8211; o&#249; il se trouvait pour cela repouss&#233; &#8211; des constructions litt&#233;raires audacieuses vou&#233;es un moment &#224; l'incompr&#233;hension et au rejet d'une soci&#233;t&#233; qu'il d&#233;fiait, anticipant la libert&#233; nouvelle, la beaut&#233; de demain, dans une langue qui faisait trembler ou rougir ses contemporains dont il se donnait en somme pour t&#226;che de r&#233;v&#233;ler l'&#233;troitesse de vues. C'&#233;tait un r&#233;prouv&#233; ; on le craignait ; on ne voulait ni le voir ni l'entendre. Aujourd'hui, l'indiff&#233;rence qu'il inspire est juste nuanc&#233;e parfois d'un peu de piti&#233; amus&#233;e. On admet sa logorrh&#233;e sibylline comme celles du d&#233;ment ou de l'ivrogne. Il parle une langue qui a l&#226;ch&#233; sa prise sur le r&#233;el, qui est d'embl&#233;e aussi absconse pour ses non-lecteurs que celles de Montaigne ou du Bellay dans le texte. Son soufre rel&#232;ve la fadeur du monde dans la mesure o&#249; un morceau de sucre tremp&#233; dans l'Atlantique modifie le taux de salinit&#233; des sept mers. Se produit pour la litt&#233;rature ce qui s'est produit pour la peinture : tout le monde s'en fout. Elle n'a plus de sens. Le talent est l&#224; toujours &#8211; de m&#234;me que l'on trouverait d'excellents cochers de diligence s'ils voulaient s'en donner inutilement la peine &#8211;, mais la lettre a v&#233;cu ; aboli bibelot d'inanit&#233; sonore. Ce ne sont pas les chefs-d'&#339;uvre qui manquent sans doute, seulement on s'en fout, voil&#224;, on n'en a plus rien &#224; foutre, des chefs-d'&#339;uvre. Le chef-d'&#339;uvre est m&#234;me un peu ridicule aujourd'hui, comme son nom l'indique, comme le couvre-chef. Il n'est pas de ce monde. N'y a-t-il pas d&#233;j&#224; assez de monuments pour notre ennui ? L'&#233;crivain est une esp&#232;ce de fant&#244;me qui trouve quelques lecteurs encore, eux-m&#234;mes des fant&#244;mes qui ne sauraient reconna&#238;tre sous peine de tout &#224; fait se dissoudre que le ch&#226;teau qu'ils hantent est d&#233;sormais inhabit&#233;, au mieux transform&#233; en mus&#233;e, que leur culture est devenue une chim&#232;re sans avenir, que le monde n'en veut plus - s'en fout mais alors - et s'appr&#234;te &#224; s'en passer compl&#232;tement, que le b&#226;illement de l'&#233;colier est un ab&#238;me o&#249; tous les livres disparaissent, que le cerveau nouveau, toujours aussi capable certainement, a d&#233;velopp&#233; d'autres aptitudes incompatibles, des circuits de pens&#233;e o&#249; le train du langage d&#233;raille avec son chargement. Comment croire encore &#224; l'av&#232;nement de circonstances propices de nouveau &#224; la naissance d'un lecteur de Mallarm&#233; ou de Blanchot ? La litt&#233;rature ne mord plus, elle n'agrippe plus, n'accroche plus - encore un peu s'agrippe, s'accroche, comme une naufrag&#233;e au bastingage ; mais elle p&#232;se trop, on ne veut plus d'elle &#224; bord, des pieds lui &#233;crasent les doigts. Elle ne s'enfonce plus comme un coin dans le r&#233;el ; elle supplie plut&#244;t pour y garder sa place, elle se fait toute petite. Son temps est r&#233;volu, toutes ses tentatives pour s'adapter et complaire &#224; l'&#233;poque jouent contre elle, acc&#233;l&#232;rent son agonie ; s'&#233;mousse dans ces postures ce qui lui restait de violence, de r&#233;volte, d'ironie. Comment y croire encore ? L'auteur s'obstine, trop engag&#233;, devenu &#224; peu pr&#232;s inapte &#224; tout autre activit&#233;, mais sa litt&#233;rature est sans illusions, sabot&#233;e, suicidaire. Sa bombe artisanale cr&#233;pite dans ses mains, pauvre fus&#233;e d'artifices. Il &#233;crit comme on s'immole par le feu quand tout est d&#233;j&#224; cuit. Et, bien s&#251;r, il refusera d'admettre que son analyse de la situation, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment lucide, ne trahit que sa propre lassitude.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#169; Eric Chevillard &amp; Les &#233;ditions de Minuit, L'auteur et moi, oct 2012.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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