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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>#r&#233;cit | Rencontre avec le dernier descendant de Charles Baudelaire</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article761</link>
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		<dc:date>2026-07-02T06:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>
		<dc:subject>histoire compl&#232;te</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;conversations sur une tombe au cimeti&#232;re Montparnasse, avec un prologue&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot763" rel="tag"&gt;histoire compl&#232;te&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton761.jpg?1352732249' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff761.jpg?1352731912&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
La premi&#232;re version de ce texte avait &#233;t&#233; publi&#233;e en novembre 1989 dans le portfolio de la revue &lt;i&gt;Le Serpent &#224; Plume&lt;/i&gt; dirig&#233;e par Pierre Astier, et repris en poche par le m&#234;me &#233;diteur en 1993. La rencontr&#233;e &#233;voqu&#233;e ici eut lieu en juin 1989, et mon interlocuteur est d&#233;c&#233;d&#233; en avril 1998 (peut-&#234;tre que j'&#233;crirais diff&#233;remment, ou plus simplement, aujourd'hui, cette rencontre : mais je pr&#233;f&#232;re la laisser telle qu'elle a d'abord paru.
&lt;p&gt;R&#233;flexion aussi, de mon c&#244;t&#233;, sur le &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt; -&#8211; du mal &#224; penser que ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit il y a 20 ans, alors que depuis lors j'ai toujours continu&#233; de rendre visite &#224; la tombe de Baudelaire (nombreuses &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/wcam/040425_Baudelaire.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;traces&lt;/a&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1772' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sur&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article504&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article145&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site&lt;/a&gt;), que j'ai toujours donn&#233; &#224; Baudelaire une place centrale dans les diff&#233;rents enseignements que j'ai &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; donner, m&#234;me si toujours sur strapontin de vacataire, et que ce m&#234;me travail au long terme reste ouvert sur la table m&#234;me maintenant que je coupe peu &#224; peu les interventions ext&#233;rieures pour me concentrer ici sur le laboratoire personnel...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans compter que le texte dont il est le plus question ici, &lt;i&gt;Sympt&#244;mes de ruine&lt;/i&gt;, est toujours pour moi la porte centrale pour rejoindre cet atelier Baudelaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Rencontre avec le dernier descendant de Charles Baudelaire&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#171; Conduit jusqu'au dernier bord du pr&#233;cipice, avec l'horrible loisir d'en conna&#238;tre la profondeur. Vous exprimer cela. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme, m&#234;me maintenant, se refusait donc &#224; me dire son nom, et avait une mani&#232;re g&#234;nante d'&#233;viter les regards en restant le visage obstin&#233;ment tourn&#233; sur la tombe &#224; nos pieds. Un manteau sur un dos &#233;troit et un peu cass&#233; d'en haut, comme quelqu'un qui aurait dans sa vie pass&#233; trop de temps &#224; une table sous la lampe, cela de blanc sur la peau, et les cheveux trop rares bien que longs ; voil&#224; donc, &#224; ce qu'il pr&#233;tendait, le dernier descendant de Baudelaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Informes monuments qui &#233;terniseront cette cruelle folie. Ne pas exc&#233;der d'une t&#226;che trop forte dont la nouveaut&#233; pla&#238;t d'abord, que l'importance des choses fait regarder comme n&#233;cessaire, mais dont on se lasse et qui se change imperceptiblement &#224; bien moins qu'il ne faut. C'&#233;taient de simples papiers de famille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tour de b&#233;ton au-dessus de nous dans un ciel noir et ceux qui payaient pour voir Paris d'en haut, le bruit d'un chantier proche et, vers la rue Froidevaux (&#231;a s'appelle vraiment comme &#231;a) mais dans l'enceinte m&#234;me du cimeti&#232;re, ce b&#226;timent vieux tout de brique rouge et sans fen&#234;tre sous un toit de tuiles, un lierre tr&#232;s ancien et une porte d'acier peinte d'un marron fonc&#233;, assez haut pour tenir trois &#233;tages et sans destination compr&#233;hensible, adoss&#233; &#224; une usine morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'avais toutes les preuves, une enti&#232;re malle de papiers, et sa bague. Voyez sa bague, dit l'homme en sortant sa main maigre de sa manche et d&#233;voilant sur un anneau plut&#244;t ordinaire une petite &#233;meraude de femme. Sept ann&#233;es, sur ces papiers, monsieur... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grue en tournant surplombait les carr&#233;s de marbres align&#233;s et tous pareils de tombes neuves, sur les &#233;chafaudages de l'immeuble les silhouettes d'hommes bleus aux casques jaunes semblaient &#224; chaque instant s&#233;par&#233;ment immobiles. La dalle de pierre verdie &#233;tait fleurie pourtant et le descendant (ou s'affirmant tel) me fit remarquer le comique de ces gens qui pour honorer Baudelaire s'en allaient voler des marguerites de plastique aux cadavres d'&#224;-c&#244;t&#233;. Et disant cela il grattait de la mousse comme on fait sur la tombe des siens, tout autour de l'inscription lat&#233;rale : concession &#224; perp&#233;tuit&#233; n&#176; 362, 1857.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La tristesse dont ce simple d&#233;but vous accable, dit l'homme. Charles Baudelaire, son beau-fils, d&#233;c&#233;d&#233; &#224; Paris &#224; l'&#226;ge de 46 ans, le 31 ao&#251;t 1867, il lut. Voyez-vous, la loi des familles. C'est une disposition verticale, o&#249; le g&#233;n&#233;ral Aupick est dessous, le po&#232;te au milieu et sa m&#232;re l&#224; sous la plaque, donc bien pos&#233;e sur son fils. Regardez cette fourmili&#232;re, au bord : le joint a &#233;clat&#233;, elles passent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais publi&#233; deux mois plus t&#244;t cet article intitul&#233;, d'apr&#232;s le po&#232;me fameux de Poe, traduit par Mallarm&#233;, &lt;i&gt;La cit&#233; en la mer&lt;/i&gt; : pour quelques-unes des plus fortes proses de Baudelaire, d'apr&#232;s ce qu'on y reconnaissait de la constellation des forces et influences (ce qui s'y tissait d'un &#233;cho des &lt;i&gt;Fleurs du Mal&lt;/i&gt;, mais aussi des traductions d'Edgar Allan le sombre, le mat&#233;riau aussi qui affleurait dans l'&#233;dition Corti des &lt;i&gt;Fus&#233;es&lt;/i&gt;), j'avais voulu reprendre le peu qu'on savait des projets not&#233;s de Baudelaire, ses fameuses listes ratur&#233;es mais &#224; la permanence obsessive, pour venir &#224; mon tour tenter d'allumer ce paysage toujours merveilleux qu'est l'&#339;uvre non r&#233;alis&#233;e d'un homme, ce qu'elle avoue de ses r&#234;ves et sous-tend, comme un paysage sous-marin entrevu multiplie le sentiment de surface, l'&#339;uvre accomplie, si br&#232;ve pour Baudelaire. Si on ne peut gu&#232;re ainsi aller loin, de tels reliefs un temps surplomb&#233;s fascinent par cette nuit m&#234;me o&#249; ils restent, les quelques notes des &#233;bauches semblant alors autant de lignes lumineuses o&#249; surgit sans doute plus nettement l'intuition du po&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article avait paru dans le num&#233;ro de novembre des &lt;i&gt;&#201;tudes baudelairiennes&lt;/i&gt;, revue pourtant relativement confidentielle, et il y a trois semaines &#224; peine je recevais la premi&#232;re lettre ainsi sign&#233;e, simplement : &#171; un descendant de Charles Baudelaire &#187;. Trois pages d'une &#233;criture sans marge : infond&#233; et absurde, d'apr&#232;s lui, mon article &#233;tait uniquement bas&#233; sur des sp&#233;culations &#224; faux, il m'affirmait le pouvoir d&#233;montrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'ai donn&#233; ma vie &#224; de telles fum&#233;es. Ce qui vous en appara&#238;t certains soirs comme une fum&#233;e seulement, ainsi gaspill&#233;e. Et pourtant vous continuez sur cette route toujours, on s'obstine. Mais j'avais ces papiers, que je tenais par h&#233;ritage, heureusement &#233;chapp&#233;s des griffes rapaces de madame F&#233;licit&#233; Baudelaire, femme d'Alphonse fr&#232;re de Charles et d&#233;c&#233;d&#233;e en 1902. Oui monsieur, 1902 seulement, &#224; distance de grand-p&#232;re. Ces papiers &#233;taient pass&#233;s, par hasard disons-le, dans la branche des Foyot dont je suis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut entrer dans ce cimeti&#232;re pour s'apercevoir de la hauteur ordinaire d'une ville, la moindre bicoque en surplombe les murs et les immeubles s'&#233;tagent par pans tr&#232;s loin ; surtout, pass&#233;e la petite porte rue Froidevaux, c'est le bruit de la ville qui s'y prend sur les all&#233;es de gravier, on dirait qu'elles en r&#233;sonnent. Un fond de bo&#238;te en somme, recoup&#233; encore par deux longs murs avec les croix qui passent, sans une porte ni une habitation, et comme un trait de scie dans les tombes, la rue &#201;mile-Richard (&#171; Je ne sais pas qui fut M. &#201;mile Richard &#187;, dit l'homme quand je le lui eus demand&#233;, ajoutant : &#171; Ils ne sont pas Foyot ; la branche Baudelaire comme la branche Foyot-Dufayis est issue de Neuville-le-Pont, dans la Marne &#187;). On entendit le fracas d'un train : une rame rapide venait se coller &#224; la masse grise encore en construction de la gare moderne. On reconnaissait aussi la masse arri&#232;re de ce th&#233;&#226;tre dit de la Ga&#238;t&#233;, qui venait se coller au coin de ces deux all&#233;es marqu&#233;es dans le cimeti&#232;re par deux pancartes &#224; la perpendiculaire : avenue de l'Ouest, all&#233;e du Nord, Baudelaire au carrefour. De la fr&#233;quentation des villes &#233;normes, du croisement de leurs innombrables rapports, que na&#238;t cet id&#233;al obs&#233;dant, et j'ai dit au descendant ou s'affirmant tel : qu'un homme &#233;crive ceci, et cent cinquante ans apr&#232;s sa mort soit ainsi toujours prisonnier de cette fr&#233;quentation, de ce croisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai v&#233;cu longtemps d'en donner lecture, il a r&#233;pondu. Juste un pupitre &#224; musique de mince fer noir, mon livre reli&#233; de rouge, trois projecteurs ; j'essayais d'entrer dans ce monde, vous vous souvenez : &lt;i&gt;Qui n'a r&#234;v&#233; le miracle d'une prose po&#233;tique, musicale sans rhythme et sans rime&lt;/i&gt; (je me rappelai bien s&#251;r assez de la suite pour la lui redire : &lt;i&gt;prose assez souple et assez heurt&#233;e pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'&#226;me, aux ondulations de la r&#234;verie, aux soubresauts de la conscience&lt;/i&gt;). Ah j'en sais encore de quoi r&#233;citer deux heures, et je l'ai fait mille fois dans nos villes, cela a dur&#233;, monsieur, presque vingt ans. Mais cette vie doit finir : la gare o&#249; parfois on ne vous accueille m&#234;me pas, l'h&#244;tel proche o&#249; vous d&#233;posez votre valise et d&#233;pliez sur le lit le froc que vous endosserez tout &#224; l'heure pour lire, le moment enfin o&#249; devant l'auditoire rassembl&#233; d'un lyc&#233;e ou d'une maison de quartier (on apprend &#224; &#234;tre modeste mais enfin, j'en vivais), vous prononcez les derniers vers et qu'ils applaudissent : &lt;i&gt;Avalanche veux-tu m'emporter dans ta chute&#8230;&lt;/i&gt; Le repas que vous prenez seul, la nuit enfin dans la chambre pauvre et au matin de nouveau la gare et le train. Comme on entre ainsi dans une &#339;uvre et la profonde r&#233;sonance des mots : &lt;i&gt;J'aime les nuages... les nuages qui passent... l&#224;-bas... l&#224;-bas... les merveilleux nuages !&lt;/i&gt; Mais on en vient &#224; ne plus pouvoir soutenir les traitements qu'on essuie, de soi-m&#234;me. En l'honneur du po&#232;te et pour regarder la mer j'avais voulu habiter Honfleur, ce n'&#233;tait gu&#232;re commode. Dans les buffets des gares j'en &#233;tais insensiblement venu &#224; l'habitude de boire, elle est n&#233;faste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon article des &lt;i&gt;&#201;tudes Baudelairiennes&lt;/i&gt; &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment centr&#233; sur cette fameuse page dite &lt;i&gt;Sympt&#244;mes de ruine&lt;/i&gt;. On conna&#238;t cette mani&#232;re de Baudelaire d'imposer par la phrase ce mouvement d'effondrement sans pesanteur du r&#234;ve : &lt;i&gt;B&#226;timents immenses. Plusieurs, l'un sur l'autre. Des appartements, des chambres, des galeries&lt;/i&gt;, avant de r&#233;aliser la menace vitale et d'embl&#233;e pass&#233;e de la r&#233;alit&#233; au symbole : &lt;i&gt;Fissures, humidit&#233; provenant d'un r&#233;servoir situ&#233; pr&#232;s du ciel. &#8211;- Comment avertir les gens ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Puis voyez-vous, les gens h&#233;sitaient &#224; croire cette v&#233;rit&#233; simple, que survivait en moi le dernier sang des Baudelaire, branche Foyot. Je ne le disais pas &#224; tout le monde, je ne le criais pas sur les toits. J'en r&#233;servais l'aveu. Mais ces gens, et de hautes &#226;mes parfois, le prenaient pour une lubie, une monomanie. Par jalousie, monsieur, direz-vous ? &lt;i&gt;Ruines ! ma famille ! &#244; cerveaux cong&#233;n&#232;res !&lt;/i&gt; J'aurai bien souffert de ce vers. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est sur mon interpr&#233;tation de &lt;i&gt;Sympt&#244;mes de ruine&lt;/i&gt; que mon interlocuteur, comme annonc&#233; sur sa lettre, voulait me reprendre, d&#232;s notre arriv&#233;e au cimeti&#232;re o&#249; il avait tenu &#224; fixer notre rendez-vous (&#171; Parce qu'ici, monsieur, les mensonges ne tiennent pas &#187;, m'avait-il d'embl&#233;e affirm&#233;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais qui &#234;tes-vous pour savoir les caves de Baudelaire ? Plut&#244;t se d&#233;crasser de ces fatuit&#233;s de petit ma&#238;tre. Ah vous allez maintenant balbutier de faibles n&#233;gatives. Non, ils sont condamn&#233;s &#224; perdre leur bel air, s'armer de toile cir&#233;e et de silence, ceux qui veulent r&#233;ussir par les fracas. Depuis dix sept ans j'ai les yeux coll&#233;s sur mon homme, cela vous laisse, n'est-ce pas, la langue embarrass&#233;e. Conduite infatigablement patiente, mais avez-vous pes&#233; suffisamment les lignes terribles ? &#187; (Je me les repassai mentalement, non, j'&#233;tais bien capable de n'en pas manquer une syllabe : &lt;i&gt;tout en haut, une colonne craque et ses deux extr&#233;mit&#233;s se d&#233;placent. Rien n'a encore croul&#233;. Je ne peux plus retrouver l'issue. Je descends, puis je remonte...&lt;/i&gt;) ; le descendant, qui ne d&#233;clinerait donc jamais son identit&#233; v&#233;ritable, hors ce nom de Foyot sous la main de tous les biographes : &#171; On ne sait pas assez la si terrible surface des choses, et jamais comment le texte d'un tel homme que Baudelaire s'arr&#234;te &#224; ce qu'il dit, avec la plus grande pr&#233;cision : tout commentaire est la fuite de ce que le po&#232;te impose, et qui se suffit. Je sais cela de famille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le descendant cessa de mimer, ses mains maigres sortant des manches du manteau gris, son cou cass&#233; en arri&#232;re, et s'assit sans plus me regarder sur les trois marches qui descendaient de l'avenue gravillonn&#233;e &#224; la tombe en contrebas (&#171; Je passe ici tous les jours une petite minute au moins, dit-il, excusez-moi, j'y prends mes aises &#187;). Plus loin, vers l'entr&#233;e c&#244;t&#233; boulevard Quinet, deux enterrements simultan&#233;s se faisaient bizarrement face, les deux camions &#224; vingt m&#232;tres l'un de l'autre mais nez &#224; nez, et les deux cort&#232;ges, chacun r&#233;duit &#224; leur demi-douzaine d'assistants, en position sym&#233;trique des bi&#232;res qu'on descendait. Et mon Foyot (combien sont-ils dans l'annuaire &#224; en porter le nom) reprenait &#224; mi-voix la suite de &lt;i&gt;Sympt&#244;mes de ruine&lt;/i&gt;, texte que je consid&#233;rai comme lui embl&#233;matique, retrouvant cette aigreur rauque et retenue d'une voix &#233;videmment habitu&#233;e aux monologues (tout &#233;tait vrai sans doute de ce qu'il disait de ses tourn&#233;es d'histrion pauvre lisant Baudelaire aux lyc&#233;es de province) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'habite pour toujours un b&#226;timent qui va crouler, un b&#226;timent travaill&#233; par une maladie secr&#232;te&lt;/i&gt;. Voyez ici toute la condition humaine et le d&#233;sarroi du monde. &lt;i&gt;Une tour-labyrinthe, je n'ai jamais pu sortir&lt;/i&gt;. &#199;a veut dire, on ne s'en sort pas ; c'est si simple. Et vous osez parler d'&#233;bauche, quand c'est un texte total, des plus ambitieux, &#233;vident comme lui-m&#234;me le dit : &lt;i&gt;Je vois de si terribles choses en r&#234;ve&lt;/i&gt;. O&#249; donc avez-vous pris qu'il s'agirait l&#224; des derni&#232;res lignes de Baudelaire avant sa nuit. Spectacle somptueux de l'architecture des r&#234;ves, trop pr&#233;cis pour &#234;tre livr&#233; aux mains &#233;trang&#232;res : et si Baudelaire a refus&#233; de publier ces lignes, c'&#233;tait seulement pour s'effrayer lui-m&#234;me d'une audace susceptible de le d&#233;truire, lui, qui disait ces mots, et voyait en r&#234;ve ces choses ? &#201;criture tenue au bord de la destruction qui s'y annonce, et bient&#244;t tout emporte. Ah, ah : il nage autour de moi comme un air impalpable, la destruction m&#234;me, au bord du gouffre invoqu&#233;e et nomm&#233;e, tout se tient. Fameux ma&#238;tres, Piran&#232;se et de Quincey, parlez-en, j'ai tout lu, ce sont des ann&#233;es que j'y ai pass&#233; : c'est une maladie du monde qui vous saisit le cr&#226;ne, monde abrupt des vertiges, et le risque pris de la civilisation morte : une folie tout en vert, avec des ors. Je vis en plein midi descendre sur ma t&#234;te Un nuage fun&#232;bre et gros d'une temp&#234;te... Un texte d'audace, et c'est &#234;tre petit que le vouloir rel&#233;guer &#224; ses projets inachev&#233;s : vous, Baudelaire, le savez ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le descendant des Foyot, qui s'&#233;tait relev&#233;, s'&#233;tait approch&#233; d'un pas de la tombe, enfin ne me fixait plus des yeux. Il avait beau n'&#234;tre au plus que dix heures du matin, sa bouche vous projetait au visage une charge de vin blanc. J'ai object&#233; la concordance des &lt;i&gt;Sympt&#244;mes de ruine&lt;/i&gt; et de ce texte trop m&#233;connu, qui devait aussi figurer dans les po&#232;mes en prose sous ce titre de &lt;i&gt;La fin du monde&lt;/i&gt;, et rest&#233; sous ce titre dans l'&#233;dition Corti des &lt;i&gt;Fus&#233;es&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quant &#224; moi qui sens quelquefois en moi le ridicule d'un proph&#232;te&lt;/i&gt;, d&#233;clama le descendant avec une pose de th&#233;&#226;tre et des rondeurs de voie malgr&#233; le caract&#233;ristique enrouement d'un gosier trop lav&#233;, perdu dans ce vilain monde et coudoy&#233; par les foules, je suis comme un homme lass&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sabusement et amertume, continuait-il (je rapporte), la beaut&#233; prisonni&#232;re, et mise en d&#233;rive l'imagination humaine. Cela vient de Honfleur aussi, pr&#233;tendait-il : &#171; Une grand-tante que je n'aurai pas directement connue, et qui &#233;tait la derni&#232;re Foyot, fr&#233;quentait sa cousine Aupick : &#8220;Prenez, prenez la bague et ces papiers, ils sont de mon fils&#8221;. Pensez, monsieur, &#224; ces dix-sept mois de la maladie terrible, l'aphasie et les &lt;i&gt;Cr&#233;nom&lt;/i&gt; du g&#233;ant malade, son vrai dernier po&#232;me tout entier en un seul mot. Monsieur, c'est l'intelligence qui &#233;tait morte : elle en avait trop fait, et s'&#233;tait risqu&#233;e trop loin, c'&#233;tait l'interpr&#233;tation qu'on en faisait dans la famille Foyot. De &lt;i&gt;La fin du monde&lt;/i&gt;, monsieur, jeune homme, rappelez-vous la rature qui le termine : je veux dater ma col&#232;re, ray&#233;, et tristesse mis en place de col&#232;re ; le monde va finir, comme le g&#233;ant non plus n'en finissait pas, clinique Duval (voyez-vous sur lui le nom encore de Jeanne), de mourir. Mon arri&#232;re grand-tante le visitait souvent, et soutenait au retour sa cousine Aupick. Oh je connais l'&#339;uvre et ses faiblesses, le beau et le vilain cousus ensemble, le vaste et l'&#233;trangl&#233;. Et comme on sait quelquefois en soi-m&#234;me ces nerfs trop tendus qui ne donnent plus que des vibrations criardes, &#339;uvre douloureuse, qui trouble &#224; force le cerveau du solitaire le plus fort ; je me suis br&#251;l&#233;, monsieur, j'ai os&#233;. Et cette cadence : &lt;i&gt;je suis comme un homme lass&#233;&lt;/i&gt;, qui traduit le &lt;i&gt;Psaume 88&lt;/i&gt;, verset V : j'ai beaucoup &#233;tudi&#233;, la biblioth&#232;que de Honfleur est d'une ressource incalculable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de mon article &#233;tait donc qu'un tel d&#233;nombrement obstin&#233; des po&#232;mes que Baudelaire notait comme &#224; faire n'en supposait pas une version, voire une &#233;bauche &#233;crite, mais bien cependant la vision int&#233;rieure de l'architecture, d'un motif dominant et qui &#233;tait sous ce titre comme une percussion incessante et acide. Ces motifs laissaient partout rep&#233;rer et affleurer le transvasement d'o&#249; ils proc&#233;daient : le projet titr&#233; &lt;i&gt;Le palais sur la mer&lt;/i&gt;, titre sans po&#232;me, renvoyait imm&#233;diatement (comme l'a d'ailleurs not&#233; Robert Kopp dans ses commentaires de l'&#233;dition Corti) &#224; &lt;i&gt;The city in the sea&lt;/i&gt; d'Edgar Poe : &lt;i&gt;la Mort s'est &#233;lev&#233; un tr&#244;ne...&lt;/i&gt; Tout autant que le projet non &#233;crit titr&#233; &lt;i&gt;Le chol&#233;ra au bal masqu&#233;&lt;/i&gt; renvoie au fameux &lt;i&gt;Masque de la mort rouge&lt;/i&gt;, titre pourtant si fort dans son th&#233;&#226;tre accompli et sa densit&#233; qu'il excluait l'autre approche. Mais tout se passe comme si les projets r&#233;alis&#233;s avaient litt&#233;ralement bu et accompli ce qui s'annonce dans ces listes de titres ratur&#233;s, probl&#232;me &#233;galement rep&#233;r&#233; par Robert Kopp, par exemple en ce que ce fameux drapeau &#233;tendu sur toute l'&#339;uvre : &lt;i&gt;N'importe o&#249; ! n'importe o&#249; ! pourvu que ce soit hors de ce monde !&lt;/i&gt; reprenait bien effectivement et d&#233;j&#224; les th&#232;mes et images de &lt;i&gt;The city in the sea&lt;/i&gt;, cette ville dans la mer une &#233;trange cit&#233; gisant seule en l'obscur Ouest, comme y avait puis&#233; aussi le &lt;i&gt;R&#234;ve parisien&lt;/i&gt; (&#171; &#192; mesure qu'on s'en approche, les constructions de Baudelaire sont des vertiges, et on con&#231;oit qu'il y ait sombr&#233; &#187;, affirmait le descendant) : cette ville est au bord de l'eau, on dit qu'elle est b&#226;tie en marbre, emprunt reparaissant plus loin : &lt;i&gt;Toi qui aimes les for&#234;ts de m&#226;ts, et les navires amarr&#233;s au pied des maisons&lt;/i&gt;, avant le grand d&#233;collement du r&#234;ve : &lt;i&gt;L&#224; le soleil ne frise qu'obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumi&#232;re et de la nuit suppriment la vari&#233;t&#233; et augmentent la monotonie&lt;/i&gt;. La complexit&#233; de ces jeux et renvois niant &#224; chaque ligne toute r&#233;duction &#224; une simple transposition de Poe &#224; Baudelaire, ou du vers &#224; la prose. Qu'un po&#232;me reste projet impliquait en fait l'&#233;puisement des motifs qu'il suscitait dans l'&#339;uvre d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e, diff&#233;rant &#224; l'infini sa propre r&#233;alisation, mais les y d&#233;signait comme strate r&#233;currente organisant le jeu r&#233;ciproque des textes. La seconde th&#232;se de l'article &#233;tait qu'en parall&#232;le de ce premier mouvement s'&#233;bauchait un tr&#232;s lent d&#233;placement des th&#232;mes de l'&#233;criture vers une capacit&#233; d'hypnose et de r&#234;ve obsessif, marqu&#233;e par l'opposition de la colonne &lt;i&gt;Choses parisiennes&lt;/i&gt; &#224; la colonne &lt;i&gt;On&#233;irocritie&lt;/i&gt;. Si une grande part de la premi&#232;re trouva r&#233;alisation, Baudelaire n'accomplit rien de la seconde ; pour deux raisons, j'avan&#231;ai : une premi&#232;re &#233;tant encore l'avalement onirique, la charge de r&#234;ve laiss&#233;e &#224; porter sur &lt;i&gt;La chambre double&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les fen&#234;tres&lt;/i&gt; ou l'admirable &lt;i&gt;Vieux saltimbanque&lt;/i&gt; (po&#232;mes dont on se rappelle tous) comme de nager d&#233;j&#224; dans cette cit&#233; sous-marine toute de silence et loin du temps ; mais plut&#244;t pour ce qui aurait &#233;t&#233; un mouvement d'infini effondrement abstrait (Baudelaire lui-m&#234;me le d&#233;signant ainsi), l'image projet&#233;e dans le r&#234;ve de ce &#224; quoi contraint l'obstacle devant soi, et oblige &#224; le laisser survivre comme obstacle par cet inach&#232;vement : Baudelaire, qui traduisit avec la rigueur de son vers une prose, celle de Poe dans &lt;i&gt;Metzengerstein&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Usher&lt;/i&gt;, ne trouvant la magie fantasmagorique de son fonctionnement, pr&#233;cis&#233;ment, dans ce rendu hypnotique de la phrase et les creux promen&#233;s &#224; mesure de l'avanc&#233;e des rythmes, butant sur la traduction des po&#232;mes (laissant donc &#224; Mallarm&#233; le soupirail possible o&#249; jouer &#224; jeu &#233;gal, malgr&#233; la donne plus &#233;troite, tout comme les &lt;i&gt;Fleurs&lt;/i&gt; faisaient jeu &#233;gal avec l'entreprise gigantesque et obstruante de Hugo), mais en conduisant l'ombre partout au bord de ses textes pour en faire un seul po&#232;me (l'ombre port&#233;e de &lt;i&gt;The city in the sea&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;mais une clart&#233; sortie de la mer livide inonde les tours en silence&lt;/i&gt;) avec une force d'obsession que m&#234;me &lt;i&gt;L'homme des foules&lt;/i&gt; ne conquit jamais, jusque dans l'&#233;trange outrance, renvoyant presque, &#224; force d'opacit&#233;, &#224; cet univers sous-marin encore o&#249; s'aper&#231;oit en luminescences d'arri&#232;re-plan le d&#233;veloppement infini de la ville, qu'impose au hasard des &lt;i&gt;Tableaux parisiens&lt;/i&gt; un vers comme : &lt;i&gt;La rue assourdissante autour de moi hurlait&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne me parlez pas de ce Mallarm&#233;, ce n'est qu'un masque empruntant tout de son ma&#238;tre pour petitement le mimer, monomane mais &#233;troit, fou qui se prenait pour un autre ou se croyait le fils du po&#235;te ; je ne sauve de son &#339;uvre exigu&#235;, monsieur, que ce vers du tombeau : &lt;i&gt;Contre le marbre vainement de Baudelaire&lt;/i&gt;, et le d&#233;port magnifique du nom. Mais ce n'est qu'un pauvre h&#232;re, un homme h&#226;ve des villes, qui copiait &#187;, dit le pr&#233;tendu descendant des Foyot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j'avais termin&#233; cet article en avan&#231;ant que les deux titres chacun pr&#233;cis&#233;s par une parenth&#232;se, l'une de onze mots, et douze la seconde, qui &#233;mergeaient ainsi de la liste des textes &#224; faire, pouvaient alors se lire, en repensant au silence et &#224; la magie sans pesanteur de la &lt;i&gt;cit&#233; sous-marine&lt;/i&gt; de Poe (&lt;i&gt;nul rayon, du ciel sacr&#233; ne provient, sur les longues heures de nuit de cette ville&lt;/i&gt;), comme chacun une totalit&#233; &#224; laquelle Baudelaire m&#234;me n'aurait reconnu leur accomplissement, leur achev&#233;. Le premier &#233;tant donc celui-ci : &lt;i&gt;Appartements inconnus (Lieux connus et inconnus, mais reconnus. Appartements poudreux. D&#233;m&#233;nagements. Livres retrouv&#233;s)&lt;/i&gt;, et ce g&#233;nie de transporter la r&#233;p&#233;tition confondante de ces appartements jusqu'&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de ces livres retrouv&#233;s, passant donc d'un r&#233;el &#233;voqu&#233; &#224; l'objet de fiction qu'on a dans les mains par l'image du transport lui-m&#234;me, l'imp&#233;ratif m&#226;chonnement en cinq pieds de d&#233;m&#233;nagements. Et le second, plus fondamental : &lt;i&gt;Les escaliers. (Vertige. Grandes courbes. Hommes accroch&#233;s, une sph&#232;re, brouillard en haut en bas)&lt;/i&gt; qui se passait de tout commentaire, sauf &#224; revenir toujours &#224; ces hommes accroch&#233;s minuscules sous la grande courbe, et ce brouillard comme le mouvement de les aspirer, r&#233;duction &#224; n&#233;ant de tout sauf ces escaliers dans le vide vertigineux de la nuit. Et qu'il y avait encore un jeu &#224; &#233;tablir, entre une &#339;uvre qui impose comme constituante d'elle-m&#234;me sa partie non r&#233;alis&#233;e, sa liste de projets, apr&#232;s une prose elle-m&#234;me titr&#233;e Les projets : &lt;i&gt;&#192; quoi bon ex&#233;cuter les projets, puisque le projet est en lui-m&#234;me une jouissance suffisante&lt;/i&gt;, terminait Baudelaire, et se terminait ainsi mon article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Monsieur j'ai la preuve que vous ne dites ici que des fausset&#233;s, dit le descendant en secouant la revue des &lt;i&gt;&#201;tudes Baudelairiennes&lt;/i&gt;. Histrion peut-&#234;tre, mais dix-sept ans &#224; son service et maintenant log&#233; rue Froidevaux (et de sa fen&#234;tre voyant donc la tombe, il pr&#233;cisa). Ici, sur la tombe de Baudelaire je vous l'affirme, il reprit, et &#224; nous deux la &lt;i&gt;f&#234;te dans une ville d&#233;serte&lt;/i&gt;, c'est le titre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;F&#234;te dans une ville d&#233;serte&lt;/i&gt; c'&#233;tait en effet le titre encore d'un projet de Baudelaire, o&#249; j'avais moi-m&#234;me pr&#233;tendu distinguer (je m'&#233;tais l&#224; &#233;lev&#233; contre Cr&#233;pet cit&#233; par Kopp) un &#233;cho du &lt;i&gt;Roi Peste&lt;/i&gt;, une reprise transpos&#233;e de la partie centrale et fantastique du conte des Nouvelles histoires extraordinaires. J'&#233;tais le dos &#224; ce caveau sombre, du chantier le bruit d'un compresseur &#233;tait recouvert par les meules et les grincements des hommes en casque, la grue au-dessus des tombes tournait, tandis qu'une sir&#232;ne d'alarme, entre ici et la gare Montparnasse, avait d&#233;cid&#233; de ne plus s'arr&#234;ter. J'en voulais &#224; la ville de Paris d'avoir laiss&#233;, il y avait huit ans &#224; peine, c&#244;te &#224; c&#244;te avec le po&#232;te, s'&#233;craser la tombe vulgaire et b&#234;te d'une veuve qui lui avait mang&#233; tout le reste de son minuscule espace : il n'y avait donc aucune loi pour &#231;a (comme est tellement triste la rue Baudelaire, pr&#232;s de la rue de Prague, avec sa caserne de police et son &#233;cole de brique ? &#171; Destin &#233;ternel de la grandeur &#187;, r&#233;pondit Foyot, ou se pr&#233;tendant tel : &#171; Relisez comment ce th&#232;me traverse toutes ses lettres, jusque celles &#224; ce pauvre monsieur Manet, le peintre. Et souvenez-vous de cette toile qu'il a peinte, dite L'enterrement, inachev&#233;e comme si ce qu'elle d&#233;signait n'&#233;tait pas non plus l'inach&#232;vement m&#234;me, ciels gris et groupe restreint tout en noir, o&#249; c'est Baudelaire qu'ici-m&#234;me on porte &#187;). Je remarquai comment le bord de ses paupi&#232;res &#233;tait rouge, irrit&#233;. Il &#233;tait grimp&#233; sur les trois marches qui s&#233;paraient de l'all&#233;e la tombe en contrebas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont des papiers dont j'ai l&#233;galement h&#233;rit&#233;, &#233;crits de sa main. Une fortune, que je tiens. Ce sont, monsieur, les mots de Baudelaire et prouvez le contraire, je lis ! Signal d'une f&#234;te int&#233;rieure, d&#233;livrance d'une angoisse. Je voyageais. C'est, monsieur, l'ultime po&#232;me de Baudelaire, confi&#233; par sa m&#232;re &#224; ma grand-tante Foyot en remerciement lors de la maladie du po&#232;te et des t&#226;ches qui s'ensuivirent, un document qui bouleverse l'enti&#232;re conception de l'&#339;uvre du g&#233;ant et je le leur prouverai. Je lis exactement : &lt;i&gt;Descendant, &#224; travers l'atmosph&#232;re d'un beau soir, les degr&#233;s de marbre d'un palais. Coupole du ciel, dont j'&#233;tais envelopp&#233;.&lt;/i&gt; Voyez, monsieur, les ratures du ma&#238;tre, c'est son texte. Po&#232;me inachev&#233;, j'ai plusieurs versions, j'essaye, monsieur, cher coll&#232;gue, de remettre en ordre, je vous lis l'ultime page du po&#232;te, &#233;coutez : &lt;i&gt;l'orchestre jette &#224; travers la nuit des chants de f&#234;te&lt;/i&gt;. Baudelaire, n'est-ce pas ? Obs&#233;d&#233; par une vision. Une ruine d'homme. Horrible vie, horrible ville. Les pans du g&#233;nie, une avalanche dans la prose, je lis ! &lt;i&gt;Port fourmillant de chants m&#233;lancoliques&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Melencholia&lt;/i&gt;, monsieur, jeune homme, a surcharg&#233; ici la main du po&#232;te, je lis), cette nostalgie du pays qu'on ignore.&lt;i&gt; Lac immobile, noir de son immense profondeur&lt;/i&gt;. J'ai toutes les preuves, un travail obscur, un si long travail du po&#232;te, et le plus haut risque des collages, je lis : &lt;i&gt;escalier myst&#233;rieux par o&#249; l'enfer donne assaut &#224; la faiblesse de l'homme qui dort&lt;/i&gt;, oh, monsieur, c'est une logique ambitieuse. &lt;i&gt;Explosion de nouvel an, chaos de boue&lt;/i&gt; ; l&#224; une variante, permettez que je prenne cette autre page, version remani&#233;e de son ultime prose, j'insiste : &lt;i&gt;et le bruit &#233;clatant d'un palais de cristal bris&#233; par la foudre&lt;/i&gt;. Sentiment d'effroi. Je ne discute pas. Baudelaire, monsieur, Baudelaire ne discute pas. Je lis : &lt;i&gt;bien diff&#233;rente des f&#234;tes humaines, c'est ici une orgie silencieuse&lt;/i&gt;. Et sans transition, juste un plan sur un plan, qu'y puis-je, monsieur, si je lis : &lt;i&gt;d&#233;coupant leurs architectures fines et compliqu&#233;es, et dans le m&#234;me d&#233;crochement de l'ajout&lt;/i&gt;, ligne suivante : pour secouer les souvenirs qui sont dans l'air. Retour : et, &#233;crit-il, &lt;i&gt;la gorge serr&#233;e par la main terrible de l'hyst&#233;rie, r&#233;pandre les contagions de sa folie dans les nuits du sabbat&lt;/i&gt;, avez-vous entendu cela ? Avant cette notation soulign&#233;e, soulign&#233;e, monsieur, voyez, deux fois : &lt;i&gt;les r&#234;ves &#233;loignent du possible !&lt;/i&gt; Entendez donc : &lt;i&gt;les r&#234;ves &#233;loignent du possible !&lt;/i&gt; Ah, monsieur, ce po&#232;me. Nous n'attendrions pas pour nous-m&#234;mes et la ville (montrant Paris qui nous environnait, nous surplombait), la catastrophe imminente ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il riait, montrant impudemment des dents g&#226;t&#233;es, d'un &#233;norme rire imb&#233;cile. Dans les mains du descendant, j'avais bien et de suite reconnu le papier d'&#233;picerie liss&#233;, l'encre bleue de stylo &#224; bille et l'&#233;criture agrandie, d&#233;form&#233;e et anguleuse, de la lettre re&#231;ue il y a trois semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et qu'un tel fauve meure ! &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lovecraft au cin&#233;ma : Nyarlathotep, chaos rampant</title>
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		<dc:date>2024-04-03T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>fantastique</dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>
		<dc:subject>Lovecraft, Howard Phillips</dc:subject>
		<dc:subject>film, photographie, recherches sur</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;la seule fois o&#249; une salle de cin&#233;ma p&#233;n&#232;tre les r&#234;ves et la fiction de Lovecraft, forc&#233;ment c'est du Lovecraft, et de l&#233;gende -&#8211; traduction int&#233;grale de &#171; Nyarlathotep &#187; (1920)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique162" rel="directory"&gt;un monument Lovecraft&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot111" rel="tag"&gt;fantastique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot501" rel="tag"&gt;Lovecraft, Howard Phillips&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4468.jpg?1503565426' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='119' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&lt;a href=&#034;#recit&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Nyarlathotep, le r&#233;cit&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#reve&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;le r&#234;ve initial, lettre &#224; Reinhardt Kleiner&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;#bio&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;le contexte biographique&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#question&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;la question du r&#234;ve et de l'&#233;criture&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#cinema&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;Lovecraft et le cin&#233;ma&lt;/a&gt; &lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/OdZh891yyHs?si=lfFOqnVppXLbSMSt&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; referrerpolicy=&#034;strict-origin-when-cross-origin&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude, &#224; propos d'un texte central dans la g&#233;n&#233;alogie de Lovecraft, doit &#233;videmment beaucoup au dialogue avec &lt;a href=&#034;http://www.sebastienloghman.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;S&#233;bastien Loghman&lt;/a&gt; (r&#233;alisateur, co-auteur du projet Lovecraft VR qui nous a men&#233;s &#224; Providence ce mois de juillet 2017, gr&#226;ce &#224; &lt;a href=&#034;http://www.pagesimages.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pages &amp; Images&lt;/a&gt;, producteur), Hall Baltimore et Eric Legendre, pr&#233;cieux compagnons d'&#233;tudes, ainsi qu'&#224; Damien Saurel, fondateur &lt;a href=&#034;http://hypallage.fr/accueil_hypallage.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;ditions Hypallage&lt;/a&gt;, qui a attir&#233; mon attention sur cette lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB, 23.08.2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; image ci-dessus : salle de cin&#233;ma, USA, 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; retour &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4250' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire complet Lovecraft&lt;/a&gt; sur Tiers Livre&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;bio&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;1, d'un &#233;trange embo&#238;tement des &#233;l&#233;ments&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;le contexte biographique&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'abord, replacer dans un contexte relativement bien document&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Susie, la m&#232;re de Lovecraft, est hospitalis&#233;e au Butler Hospital pour d&#233;pression nerveuse en mars 1919, probablement li&#233;e &#224; leur situation financi&#232;re, alors que son fils unique, mang&#233; de migraines, n'a jamais exerc&#233; d'activit&#233; salari&#233;e d'aucune sorte. Elle y mourra en mai 1921 lors d'une ablation rat&#233;e de la bile &#8211;- elle a 64 ans. Pour HPL, qui atteint ses 30 ans, une p&#233;riode de transition, d'abord &#233;cras&#233;, mais aussi progressivement lib&#233;r&#233;. Membre plus qu'actif dans le mouvement du journalisme amateur depuis bient&#244;t 7 ans, directeur &#233;ditorial de leur journal, 2 fois pr&#233;sident de l'association, maintenant il va oser quitter Providence, se rend de plus en plus souvent &#224; Boston. Il vit toujours avec sa tante Lilian dans l'appartement que depuis ses 11 ans il partage avec sa m&#232;re au 598 Angell Street, mais d&#232;s 1917 a commenc&#233; de passer progressivement des articles de critique ou de vulgarisation scientifique de haut niveau &#224; l'insertion -&#8211; donc principalement dans le &lt;i&gt;National Amateur&lt;/i&gt; &#8211; de fictions fantastiques qui rejoignent un lectorat &#233;videmment tr&#232;s sp&#233;cialis&#233; (ses semblables !) mais r&#233;partis sur l'ensemble des USA, et notamment &#224; Cleveland et New York ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; la rencontre avec Sonia un an plus tard, la rencontre r&#233;elle de ses correspondants &#233;crivains (dont enfin Loveman, en mai 1924) d&#233;coulera de cette p&#233;riode de lib&#233;ration et transition, o&#249; c'est la densit&#233; de sa prose po&#233;tique, h&#233;rit&#233;e principalement de Dunsany (il le rencontrera personnellement lors d'une lecture &#224; Boston) qui le fait &#233;merger parmi tant d'autres jeunes auteurs, malgr&#233; un travail qui reste principalement en vers, et des fictions qui cherchent encore leurs marques -&#8211; et c'est bien ce qui rend cette p&#233;riode fascinante. &#192; noter que le magazine &lt;i&gt;Weird Tales&lt;/i&gt; n'existera qu'&#224; partir de 1924.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; c'est aussi &#224; ce moment-l&#224;, en 1919, que Lovecraft assemble et coud lui-m&#234;me ce carnet qu'il va tenir jusqu'en 1934 pour noter ses id&#233;es de r&#233;cit, qui va d&#233;multiplier sa force cr&#233;ative. Plusieurs commentateurs, dont S.T. Joshi, ont &#233;tabli que des noms tr&#232;s proches (Mynarthitep, Alieth-Hotep) figurent dans les cosmogonies fictives de Dunsany qui sont la lecture principale de HPL (et y tiennent un r&#244;le majeur, qu'elles n'auront jamais dans les r&#233;cits lovecraftiens) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;question&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;la question du r&#234;ve et de l'&#233;criture&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode charni&#232;re, au moins 3 rep&#232;res essentiels concernent le rapport du r&#234;ve &#224; l'&#233;criture, dans l'acc&#232;s progressif de Lovecraft &#224; son art :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; en d&#233;cembre 1919, il transcrit dans une lettre &#224; Alfred Galpin &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4462' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'int&#233;gralit&#233; d'un r&#234;ve tr&#232;s troublant&lt;/a&gt; d'enfoncement souterrain de lui-m&#234;me et de son principal ami &#233;crivain : Samuel Loveman. Il ne l'a pas rencontr&#233;, mais Loveman ne dissimule ni sa juda&#239;t&#233; ni son homosexualit&#233;, et dispose pour la publication (sa correspondance avec Ambrose Bierce, son premier recueil de po&#232;me) d'un tour d'avance, qui le constitue comme r&#233;f&#233;rence. Lovecraft publie ce r&#234;ve dans le magazine &lt;i&gt;Vagrant&lt;/i&gt;, poche de l'association de journalisme amateur, avec 2 uniques pr&#233;cautions : le nom Loveman est remplac&#233; par un nom fictif, et le personnage de Lovecraft attribu&#233; &#224; un pseudonyme, Randolph Carter. Ce double de Lovecraft, Randolph Carter, reviendra dans un bref mais essentiel r&#233;cit : &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4275' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'innommable&lt;/a&gt;, conversation &#224; deux dans un cimeti&#232;re sur les forces occultes, et dans un des r&#233;cits majeurs du dernier Lovecraft : &lt;i&gt;La qu&#234;te en r&#234;ve de Kadath l'inconnue&lt;/i&gt;, o&#249; il affrontera une terrible entit&#233; du nom de Nyarlathotep.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; en avril 1920, autre lettre essentielle &#224; Galpin : cette fois Lovecraft transcrit trois r&#234;ves qui lui sont arriv&#233;s dans la p&#233;riode r&#233;cente (ce qui suppose de sa part un travail assidu et r&#233;gulier de transcription), mais d&#233;veloppe le fait que dans chaque r&#234;ve il ne retiendra que l'&#233;l&#233;ment embryonnaire central, mais que cet &#233;l&#233;ment central, au fondement du r&#234;ve ind&#233;pendamment de son organisation narrative incoh&#233;rente, conf&#232;re une immense solidit&#233; &#224; l'invention fantastique, sans besoin d'y faire intervenir les &#233;l&#233;ments occultes ext&#233;rieurs qui affaiblissent tant le genre. On reconna&#238;tra dans des r&#233;cits essentiels (&lt;i&gt;Dagon, La maison haute dans la brume, L'appel de Cthulhu&lt;/i&gt;), certains des germes issus de ces trois r&#234;ves..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; en d&#233;cembre 1920, cette fois dans une lettre &#224; Reinhardt Kleiner, un nouveau r&#234;ve centr&#233; sur la figure de Loveman. Ce r&#234;ve est un cauchemar dont Lovecraft se r&#233;veille en hurlant (croit-il, puisque sa tante n'a rien entendu). Dans le r&#234;ve, lui est venu le premier paragraphe du r&#233;cit, qu'il m&#233;morise &#8212; chose que connaissent bien tous ceux qui pratiquent l'&#233;criture du r&#234;ve. Un premier paragraphe rendu tr&#232;s obscur par la pr&#233;sence d'un mot savant obsol&#232;te, d'origine latine, &lt;i&gt;audient&lt;/i&gt;, li&#233; &#224; l'ancienne vie monastique : &#171; qui &#233;coute avec b&#233;n&#233;volence &#187;. &lt;i&gt;I will tell the audient void&lt;/i&gt; : d'abord une assonance, l'attirance pour le vide et l'abysse qui vous emporte, et la n&#233;cessit&#233; d'en tenir r&#233;cit &#8211;- tout le travail ult&#233;rieur de HPL, jusqu'aux plus grands r&#233;cits que sont &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4273' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Dans l'ab&#238;me du temps&lt;/a&gt; ou &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4261' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Montagnes de la folie&lt;/a&gt;, ou &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4280' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chose sur le seuil&lt;/a&gt; et tant d'autres, sera de construire un narrateur dont le t&#233;moignage soit mat&#233;riellement possible et incontournable. La traduction usuelle de cet incipit de &lt;i&gt;Nyarlathotep&lt;/i&gt; : &#171; je parlerai au vide qui m'&#233;coute &#187;, est un pur contresens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &#224; peine r&#233;veill&#233; de son cauchemar, HPL allume sa lampe et le transcrit, dans une forme choisie de prose po&#233;tique et non pas narrative comme &lt;i&gt;Randolph Carter&lt;/i&gt;. Il supprime tout &#233;l&#233;ment personnel (la lettre fictive de Loveman, le n&#339;ud de cravate, les r&#233;f&#233;rences tr&#232;s pr&#233;cises &#224; la ville de Providence qui y est nomm&#233;e, etc), mais cherche &#224; rester le plus fid&#232;le possible &#224; ce qui l'a le plus horrifi&#233;, cette impression de peur diffuse et sans fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; il insiste bien dans la lettre &#224; Kleiner : au bout de 20 minutes d'&#233;criture, il a le sentiment que s'est dilu&#233; ce sentiment de peur initial, il arr&#234;te la r&#233;daction, et le texte para&#238;tra quelques semaines plus tard dans le &lt;i&gt;National Amateur&lt;/i&gt;. Sit&#244;t &#233;crit, il l'a envoy&#233; &#224; Loveman, mais cette correspondance ne nous est pas parvenue. HPL insiste sur 2 points : 1, le r&#233;cit va plus loin que le r&#234;ve, 2, les 2 derniers paragraphes sont n&#233;s purement des lois litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;cinema&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;Lovecraft et le cin&#233;ma&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas encore d'&#233;tude exhaustive sur HPL et le cin&#233;ma. Nous savons par les lettres qu'il y va toute sa vie, moins les derni&#232;res ann&#233;es, comme tout le monde &#224; cette &#233;poque o&#249; le cin&#233;ma ne na&#238;t pas depuis une id&#233;e esth&#233;tique mais, comme pour la photographie dans sa naissance technique, en tant que divertissement populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lovecraft ne sera pas au contact des grandes &#233;closions formelles du cin&#233;ma de son temps, qui donnent son vocabulaire au n&#244;tre, par exemple les 2 admirables films courts et r&#233;volutionnaires sur New York que sont &lt;i&gt;Manhatta&lt;/i&gt; (1921, Strand et Sheeler) et &lt;i&gt;24 dollars Island&lt;/i&gt; (1927, Flaherty). Mais il est au contact direct de la naissance des grands Chaplin (&lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt;), de tentatives fantastiques qui le rejoignent de plein fouet (&lt;i&gt;Berkeley Square&lt;/i&gt;, 1933, avec retour au XVIIIe si&#232;cle en pleine ville moderne) ou tout simplement narratives dans la ville contemporaine (&lt;i&gt;The last laugh&lt;/i&gt; de Murnau, 1925).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, dans ses lettres, hors exception (lettre &#224; Galpin du 20 septembre 1919, qu'il commence &#233;trangement en fran&#231;ais, langue qu'il ne comprend pas, mais puisque Galpin vit alors en France : &#171; Concernant l'art cin&#233;matographique&#8230; &#187;), HPL ne m&#234;le jamais l'esth&#233;tique naissante du cin&#233;ma &#224; l'esth&#233;tique fond&#233;e sur le pass&#233; de la litt&#233;rature -&#8211; litt&#233;rature surnaturelle comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'importance de ce r&#234;ve, survenu trois mois &#224; peine apr&#232;s la lettre &#224; Galpin : quand il lui raconte le r&#234;ve, il lui parle explicitement de film et de salle de cin&#233;ma. Quand il &#233;crit le r&#233;cit, le mot &lt;i&gt;film&lt;/i&gt; va dispara&#238;tre, mais la &lt;i&gt;projection&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'&#233;cran&lt;/i&gt;, comme la temporalit&#233; et la position du spectateur, perdurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc un hapax, comme la premi&#232;re s&#233;ance de cin&#233;ma d&#233;crite par Franz Kafka en 1909, ou la premi&#232;re transmission radiophonique d'un concert par Robert Walser en 1920, une s&#233;ance de cin&#233;ma transpos&#233;e dans une fiction par Lovecraft, et de plus dans le moment de surgissement de sa propre fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Narrativement, pas de r&#233;volution : repenser &#224; ce texte incroyable convoquant le cin&#233;ma pour dire la ville, &#233;crit par Blaise Cendrars &#8211;- qui ne s'appelle pas encore Blaise Cendrars -&#8211; &#224; New York en 1911 (&#171; New York Flash Lights &#187;) : &#171; &lt;i&gt;L'appareil cr&#233;pite. Le film ronronne. Les images pleuvent. Le cerveau se gonfle &#224; la pluie. Les nerfs se d&#233;tendent. Le c&#339;ur s'apaise. Les sc&#232;nes d&#233;filent, me cinglent, comme les flagelles glac&#233;s des douches. La vulgarit&#233; de la vie quotidienne me r&#233;g&#233;n&#232;re. Je ne poursuis plus de chim&#232;res. Je ne r&#234;ve pas. Pas de m&#233;taphysique. Pas d'abstraction. Les m&#226;choires se d&#233;crochent. Je ris, en &#233;quilibre dans un fauteuil. Pour cinq sous ! C'est en mon hygi&#232;ne d'homme-de-lettres trop aigri. Le cin&#233;matographe est mon hydroth&#233;rapie. J'aime aussi beaucoup les m&#233;tropolitains et les chemins de fer suspendus. Surtout ceux de New York, car ils sont mal b&#226;tis et il y arrive beaucoup d'accidents. Les express fusent. Les roues tournent. Les ressorts grincent. Un rythme heurt&#233;, impair, m'emporte. Je bois de la vitesse, cette absinthe de tout le corps. Quand je suis ivre, le train s'arr&#234;te. Et mes exc&#232;s ne vont pas plus loin.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a quand m&#234;me des &#233;l&#233;ments &#233;tonnants dans cette br&#232;ve sc&#232;ne de Lovecraft. Passons sur la couleur jaune des visages : le mal permanent de Lovecraft dans sa haine de l'autre, on retrouvera les immigrants asiatiques dans &lt;i&gt;Horreur &#224; Red Hook&lt;/i&gt; et surtout &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4260' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lui&lt;/a&gt; &#8211;- l'imaginaire des hommes de ce temps, voir les textes d'Artaud en 1928, leur fait r&#234;ver de film en relief, de poser esth&#233;tiquement la transition au parlant (ou son refus, pour Artaud et Dryer), mais pas d'envisager, ni m&#234;me souhaiter un cin&#233;ma en couleur. C'est le fractionnement par exemple : &lt;i&gt;scratch&lt;/i&gt;, l'&#233;clat, l'&#233;tincelle. La lumi&#232;re comme &#233;clat, sans le contenu narratif qui la constitue image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi le fait que la lumi&#232;re sorte de l'&#233;cran, vienne se transposer sur la t&#234;te m&#234;me des spectateurs, et conditionne leur sortie de la salle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas amplifier le dispositif : des conf&#233;renciers itin&#233;rants utilisant le film, il y en a et c'est une tradition du spectacle &#8211;- S.T. Joshi cite par exemple Tesla, promenant de ville en ville ses stup&#233;fiantes exp&#233;riences avec l'&#233;lectricit&#233;. Mais c'est d&#233;j&#224; aussi le cas de Houdini, qui en 1924 requerra les services de Lovecraft pour &#233;crire &#224; sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nyarlathotep comme nom de l'irruption du cin&#233;ma dans la ville des hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si on relisait ce texte culte en y ajoutant cet angle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;langue&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;de la langue de Nyarlathotep&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cette p&#233;riode de premier surgissement, une langue encore comme rugueuse, ou chamarr&#233;e, voire redondante, l&#224; o&#249; plus tard le style de Lovecraft sera une surface abstraite, dure miroitante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un lyrisme encore marqu&#233; par les ors et d&#233;ploiement d'Edgar Poe, ou ces ornements de Dunsany, une mani&#232;re qui ne se ma&#238;trise pas si facilement, et dont Lovecraft essayera plut&#244;t de se d&#233;faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est cela traduire : cette sorte presque d'&lt;i&gt;encombrement&lt;/i&gt; dans la langue, dans un texte aussi court, &#224; nous de la respecter, de ne pas rogner les angles. Magie abrupte : oui, justement, c'est le th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;reve&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;2, le r&#234;ve tel qu'aussit&#244;t racont&#233; &#224; Kleiner&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(lettre &#224; Reinhardt Kleiner, du 14 d&#233;cembre 1920 &#8211; trad FB)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;598, Angell &#8211; 12/14/2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vicomte v&#233;n&#233;r&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nyarlathotep est un cauchemar &#8211;- un vrai fantasme mien, dont le premier paragraphe fut &#233;crit &lt;i&gt;avant m&#234;me d'&#234;tre compl&#232;tement r&#233;veill&#233;&lt;/i&gt;. Je ressentais ex&#233;crablement qu'il soit si tard &#8211;- de pleines semaines se sont succ&#233;d&#233; sans aucun soulagement de mes migraines et vertiges, &amp; tout ce temps jamais pu travailler plus de trois heures en continu. (Cela va mieux maintenant.) En plus de mes probl&#232;mes habituels je souffrais d'un trouble oculaire inaccoutum&#233; qui m'interdit de lire tout livre de gravures &#8211;- un curieux tiraillement des nerfs et des muscles qui m'a vraiment alarm&#233; pendant les semaines qu'il a dur&#233;. Et du sein de ces t&#233;n&#232;bres a surgi le cauchemar des cauchemars &#8211;- le plus r&#233;aliste &amp; horrible dont j'ai fait l'exp&#233;rience depuis mes dix ans &#8211;- dont mon imagerie &#233;crite ne peut refl&#233;ter la force hideuse &amp; l'&#233;pouvantable oppression. Cela s'est pass&#233; apr&#232;s minuit, comme je m'&#233;tais mis sur le canap&#233; apr&#232;s une lutte avec la &#171; po&#233;sie &#187; de ce vieux fou de Bush. La premi&#232;re phase en a &#233;t&#233; l'impression g&#233;n&#233;rale d'une appr&#233;hension ind&#233;finie &#8212; sentiment vague de terreur qui devenait universel. Il me sembla que j'&#233;tais assis sur ma chaise, rev&#234;tu de ma vieille robe de chambre grise, lisant une lettre de Samuel Loveman. La lettre &#233;tait incroyablement r&#233;elle -&#8211; mince, papier au format habituel, encre violette, signature &amp; tout -&#8211; et son contenu semblait de mauvais augure. Ce que me racontait le Loveman r&#234;v&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne manquez pas d'aller voir Nyarlathotep s'il vient &#224; Providence. Il est horrible -&#8211; horrible au-del&#224; de n'importe quoi que vous puissiez imaginer &#8211;- mais magnifique. Il vous hante ensuite pendant des heures. Je tremble encore de ce que j'y ai vu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais jamais entendu le nom NYARLATHOTEP auparavant, mais il me semblait comprendre l'allusion. Nyalathotep &#233;tait une sorte de showman itin&#233;rant, acteur ou conf&#233;rencier qui se produisait dans les salles publiques &amp; provoquait une peur g&#233;n&#233;rale &amp; la pol&#233;mique apr&#232;s ses spectacles. Ces spectacles se faisaient en deux parties : la premi&#232;re, un horrible cin&#233;ma r&#233;el, peut-&#234;tre proph&#233;tique ; &amp; ensuite quelque extraordinaire exp&#233;rience avec des appareils scientifiques &amp; &#233;lectriques. Quand je re&#231;us la lettre, il me sembla me souvenir que Nyarlathotep &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; Providence, &amp; qu'il &#233;tait la cause de cette peur troublante qui s'&#233;tait r&#233;pandue parmi tous les habitants. Il me sembla me souvenir que des personnes m'avaient parl&#233; &#224; voix basse par crainte de ces horreurs, &amp; m'avaient averti de ne pas m'approcher de lui. Mais la lettre de Loveman me d&#233;cida au contraire, &amp; je commen&#231;ai &#224; m'habiller pour descendre en ville voir Nyarlathotep. Tous ces d&#233;tails sont tr&#232;s vifs -&#8211; j'avais du mal &#224; nouer ma cravate -&#8211; mais cette terreur indescriptible recouvre tout le reste. Comme je partais de chez moi, je vis des multitudes d'hommes avan&#231;ant pesamment dans la nuit, tous chuchotant en effroi &amp; convergeant dans une seule direction. Je me m&#234;lai &#224; eux, effray&#233; mais impatient de voir &amp; d'entendre le grand, l'obscur, l'indicible Nyarlathotep. Apr&#232;s cela, le r&#234;ve a suivi le cours de l'histoire ci-jointe &#224; peu pr&#232;s exactement, juste qu'il n'est pas all&#233; si loin. Cela finit un moment apr&#232;s que j'eus &#233;t&#233; tir&#233; dans l'ab&#238;me noir b&#226;illant parmi les neiges, &amp; emport&#233; temp&#233;tueusement dans un tourbillon plein d'ombres l&#224; o&#249; autrefois il y avait des hommes ! j'ajoutai la conclusion macabre pour l'effet, le climat &amp; une fin litt&#233;raire. Alors que j'&#233;tais entra&#238;n&#233; dans les ab&#238;mes, j'&#233;mis un hurlement qui r&#233;sonna (je pensai qu'on avait pu l'entendre, mais ma tante me dit que non) &amp; l'image s'&#233;vanouit. Je n'&#233;tais plus que douleur &#8211;- le front battant et les tympans sonnant &#8211;- mais je n'avais plus qu'une pulsion irr&#233;fragable , &lt;i&gt;&#233;crire&lt;/i&gt;, &amp; rendre cette atmosph&#232;re de peur sans mesure, &amp; avant m&#234;me de m'en rendre compte j'avais rallum&#233; la lumi&#232;re &amp; je gribouillai d&#233;sesp&#233;r&#233;ment. De ce que j'&#233;crivais je n'avais quasi aucune id&#233;e, &amp; apr&#232;s un moment je renon&#231;ai &amp; allai me rafra&#238;chir le visage. Quand je fus parfaitement r&#233;veill&#233; je me souvins de tous les incidents mais avais perdu ce frisson exquis de la peur -&#8211; la v&#233;ritable sensation de pr&#233;sence du hideux inconnu. Regardant ce que j'avais &#233;crit, je fus &#233;tonn&#233; de sa coh&#233;rence. Cela comprend le premier paragraphe du manuscrit joint, dont je n'ai chang&#233; que trois mots. Je me pris &#224; souhaiter que j'aie pu continuer dans le m&#234;me &#233;tat inconscient, parce que m&#234;me si je m'y &#233;tais pris imm&#233;diatement, ce frisson primal s'&#233;tait perdu, &amp; la terreur &#233;tait devenue l'affaire de la cr&#233;ation artistique consciente. Et pourtant, le conte doit provoquer un tressaillement ou deux pour les lecteurs sensibles, &amp; Loveman (le vrai, le Loveman du monde diurne) m'a f&#233;licit&#233; avec effusion quand je le lui ai fait parvenir. En tout cas, pour un r&#234;ve ce cauchemar en &#233;tait un, croyez-moi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yr most Obt Servt, L. Theobald Junr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;recit&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;3, Nyarlathotep (le r&#233;cit &#233;crit apr&#232;s le r&#234;ve &#8211;- trad FB)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nyarlathotep&#8230; chaos rampant&#8230; je suis le dernier&#8230; je dirai le grand vide notre h&#244;te&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me souviens pas pr&#233;cis&#233;ment de quand cela a commenc&#233;, mais c'&#233;tait il y a des mois. La tension g&#233;n&#233;rale &#233;tait horrible. &#192; des mois de perturbation politique et sociale s'ajouta une &#233;trange et grandissante appr&#233;hension d'un danger physique et hideux ; un danger qui s'&#233;tendait, embrassait tout, un tel danger qu'on ne peut l'imaginer que dans les plus terribles hallucinations de la nuit. Je me souviens des visages progressivement bl&#234;mes et troubl&#233;s des gens alors, des avertissements chuchot&#233;s et de proph&#233;ties que nul n'osait consciemment r&#233;p&#233;ter ou s'avouer &#224; lui-m&#234;me qu'il les avait entendues. Une id&#233;e de faute monstrueuse r&#233;pandue dans tout le pays, et des abysses entre les &#233;toiles levaient des courants glac&#233;s qui faisaient trembler les hommes dans les lieux solitaires et sombres. Puis advint une d&#233;moniaque alt&#233;ration de l'ordre des saisons -&#8211; l'automne avait effroyablement persist&#233;, et chacun ressentait que le monde et peut-&#234;tre l'univers &#233;taient pass&#233;s du contr&#244;le des dieux connus ou du pouvoir de ces dieux &#224; des forces inconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est alors que Nyarlathotep sortit d'&#201;gypte. Qui il &#233;tait, personne pour le dire, mais il &#233;tait de leur vieux sang natif et ressemblait &#224; un pharaon. Les paysans s'agenouill&#232;rent quand ils le virent, mais n'auraient su en dire le pourquoi. Il dit qu'il s'&#233;tait lev&#233; depuis l'obscurit&#233; de vingt si&#232;cles, et qu'il avait entendu les messages de lieux plus loin que nos plan&#232;tes. Et dans les lieux de civilisation arriva Nyarlathotep, la peau bistre, &#233;maci&#233; et sinistre, achetant partout d'&#233;tranges instruments de verre et de m&#233;tal pour les assembler en des instruments plus &#233;tranges encore. Il parlait beaucoup de sciences &#8211;- l'&#233;lectricit&#233; autant que la psychologie &#8211;- et de ses pouvoirs pr&#233;sentait des spectacles qui laissaient les spectateurs sans voix, et enfl&#232;rent sa c&#233;l&#233;brit&#233; &#224; une ampleur excessive. Les hommes se recommandaient les uns aux autres d'aller voir Nyarlathotep, et tremblaient. Et o&#249; paraissait Nyarlathotep, finissait la paix ; parce que les aubes s'emplissaient des hurlements du cauchemar. Jamais auparavant les hurlements du cauchemar n'&#233;taient devenus un probl&#232;me public ; et d&#233;sormais les hommes sages voulaient qu'on puisse interdire le sommeil aux heures de l'aube, et que les cris dans les villes ne perturbent pas si horriblement la lune p&#226;le et ayant piti&#233; brillant sur les eaux vertes et lourdes sous les ponts, ou les vieux clochers mi-&#233;croul&#233;s se d&#233;tachant sur le ciel gluant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de quand Nyarlathotep arriva dans ma ville &#8212; la grande, la vieille, la terrible ville de crimes innombrables. Mes amis m'avaient parl&#233; de lui, et sa fascination impitoyable et ses r&#233;v&#233;lations hypnotisantes, et je br&#251;lais d'impatience pour explorer ces myst&#232;res extr&#234;mes. Mon ami m'avait pr&#233;venu que c'&#233;tait horrible, impressionnait au-del&#224; des imaginations les plus fi&#233;vreuses ; mais que ce qui &#233;tait projet&#233; sur un &#233;cran dans l'obscurit&#233; de la salle ne consistait pas en simples proph&#233;ties mais en ce que lui seul, Nyarlathotep, osait proph&#233;tiser, et que dans le cr&#233;pitement de ces &#233;tincelles, les hommes recevaient ce que jamais auparavant on n'avait re&#231;u, et qui d&#233;sormais brillait dans leurs yeux. Et j'appris qu'on dissimulait le fait que ceux qui connaissaient Nyarlathotep voyaient des images que les autres ne voyaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait dans cette touffeur de l'automne qu'une nuit je descendis parmi la foule intranquille pour aller voir Nyarlathotep, et c'&#233;tait une nuit &#233;touffante et des escaliers sans fin jusqu'&#224; cette salle suffocante. Et dans les ombres de l'&#233;cran je vis des formes encapuchonn&#233;es parmi des ruines, et de jaunes visages diaboliques entraper&#231;us derri&#232;re les monuments &#233;croul&#233;s. Et je vis le monde se battre contre les t&#233;n&#232;bres ; contre les vagues de destruction venues de l'espace ultime ; tourbillonnant, bouillonnant ; combattant sous le soleil faiblissant et se refroidissant. Alors ces &#233;tincelles cr&#233;pit&#232;rent de fa&#231;on surprenante tout pr&#232;s de la t&#234;te des spectateurs, et leurs cheveux se h&#233;riss&#232;rent tandis que des ombres encore plus grotesques que je ne puis dire surgirent pour danser sur leurs t&#234;tes. Et quand moi-m&#234;me, plus impassible et d'esprit plus scientifique qu'eux tous, osai murmurer une protestation &#224; propos de cette imposture due &#224; l'&#233;lectricit&#233; statique, Nyarlathotep nous conduisit au dehors, par des escaliers vertigineux, dans les rues &#224; minuit humides, br&#251;lantes, d&#233;sertes. Et je criai &#224; haute voix que cela ne m'effrayait pas ; que rien ne pourrait m'effrayer ; et d'autres cri&#232;rent comme moi pour s'encourager. Nous nous jurions les uns aux autres que la ville restait exactement la m&#234;me, et vivait encore ; et quand les r&#233;verb&#232;res commenc&#232;rent &#224; s'&#233;teindre c'est la compagnie &#233;lectrique que nous maud&#238;mes, riant et nous moquant de nos expressions stup&#233;fi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que nous percevions comment quelque chose tombait de la lune verd&#226;tre, parce qu'&#224; mesure que nous entr&#226;mes dans sa lumi&#232;re nous nous dispos&#226;mes en curieuses formations involontaires, qui semblaient conna&#238;tre leur destination m&#234;me si nous n'aurions pas os&#233; nous le formuler. En cherchant &#224; regarder l'horizon, plus possible de trouver la troisi&#232;me tour sur la rivi&#232;re, mais nous remarqu&#226;mes que la silhouette de la deuxi&#232;me tour s'effa&#231;ait &#224; son sommet. Alors nous nous s&#233;par&#226;mes en colonnes &#233;troites, chacune d'entre elles aspir&#233;e dans une direction diff&#233;rente. L'une disparut dans une all&#233;e &#233;troite sur la gauche, ne laissant que l'&#233;cho d'un g&#233;missement odieux. Une autre s'enfon&#231;a dans une entr&#233;e souterraine dissimul&#233;e par les ronces, et ce qui nous en parvint fut un rire fou. Ma propre colonne s'&#233;tira dans la plaine ouverte, et nous sent&#238;mes cet air glac&#233; qui n'&#233;tait pas celui de cet automne br&#251;lant ; parce qu'&#224; mesure que nous nous suivions dans cette lande sombre, nous sentions autour de nous cette lune diabolique annoncer les neiges. Des neiges sans origine, inexplicables, balay&#233;es depuis une seule et unique direction, o&#249; s'ouvrait un ab&#238;me encore plus sombre, hors ces murs &#233;tincelants. Je tra&#238;nais &#224; l'arri&#232;re, parce que la faille noire dans la brillante neige verte &#233;tait effrayante, et il me semblait avoir entendu les r&#233;verb&#233;rations d'une plainte inqui&#233;tante &#224; mesure que mes compagnons s'&#233;vanouissaient ; mais ma possibilit&#233; de rester &#224; la tra&#238;ne &#233;tait faible. Comme attir&#233; par ceux qui &#233;taient partis en avant, je flottai &#224; demi entre les cong&#232;res neigeuses titanesques, frissonnant et terrifi&#233;, dans le vortex aveugle de l'inimaginable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sensible &#224; en crier, d&#233;lirant et en stupeur, s'il y a des dieux eux seuls savent. Une ombre malade et dou&#233;e de sensation, se tordant dans des mains qui n'&#233;taient pas des mains, et mise en tournoiement &#224; t&#226;tons dans cette &#233;pouvantable nuit d'une cr&#233;ation pourrie, avec les cadavres de mondes morts et des plaies l&#224; o&#249; &#233;taient les villes, des vents de chair qui balayaient les &#233;toiles bl&#234;mes et les laissaient vacillantes. Au-del&#224; des mondes les vagues fant&#244;mes de choses monstrueuses ; les colonnes devin&#233;es de temples profan&#233;s abandonn&#233;s sur des rocs sans nom plongeant dans des vides vertigineux par dessus les sph&#232;res de lumi&#232;re et de t&#233;n&#232;bres. Et parmi ce cimeti&#232;re r&#233;voltant de l'univers, le battement &#233;touff&#233; et &#224; vous rendre fou de tambours, et le mince, monotone sifflement de fl&#251;tes blasph&#233;matoires venu de chambres inconcevables et noires au-del&#224; du Temps ; le mart&#232;lement et les fl&#251;tes sous lesquels dansaient lentement, maladroitement et absurdement les gigantesques et t&#233;n&#233;breux dieux ultimes &#8212; les gargouilles muettes, aveugles et imb&#233;ciles dont l'&#226;me est Nyarlathotep.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Nyarlathotep, texte anglais original&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nyarlathotep . . . the crawling chaos . . . I am the last . . . I will tell the audient void. . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I do not recall distinctly when it began, but it was months ago. The general tension was horrible. To a season of political and social upheaval was added a strange and brooding apprehension of hideous physical danger ; a danger widespread and all-embracing, such a danger as may be imagined only in the most terrible phantasms of the night. I recall that the people went about with pale and worried faces, and whispered warnings and prophecies which no one dared consciously repeat or acknowledge to himself that he had heard. A sense of monstrous guilt was upon the land, and out of the abysses between the stars swept chill currents that made men shiver in dark and lonely places. There was a daemoniac alteration in the sequence of the seasons&#8212;the autumn heat lingered fearsomely, and everyone felt that the world and perhaps the universe had passed from the control of known gods or forces to that of gods or forces which were unknown.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And it was then that Nyarlathotep came out of Egypt. Who he was, none could tell, but he was of the old native blood and looked like a Pharaoh. The fellahin knelt when they saw him, yet could not say why. He said he had risen up out of the blackness of twenty-seven centuries, and that he had heard messages from places not on this planet. Into the lands of civilisation came Nyarlathotep, swarthy, slender, and sinister, always buying strange instruments of glass and metal and combining them into instruments yet stranger. He spoke much of the sciences&#8212;of electricity and psychology&#8212;and gave exhibitions of power which sent his spectators away speechless, yet which swelled his fame to exceeding magnitude. Men advised one another to see Nyarlathotep, and shuddered. And where Nyarlathotep went, rest vanished ; for the small hours were rent with the screams of nightmare. Never before had the screams of nightmare been such a public problem ; now the wise men almost wished they could forbid sleep in the small hours, that the shrieks of cities might less horribly disturb the pale, pitying moon as it glimmered on green waters gliding under bridges, and old steeples crumbling against a sickly sky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I remember when Nyarlathotep came to my city&#8212;the great, the old, the terrible city of unnumbered crimes. My friend had told me of him, and of the impelling fascination and allurement of his revelations, and I burned with eagerness to explore his uttermost mysteries. My friend said they were horrible and impressive beyond my most fevered imaginings ; that what was thrown on a screen in the darkened room prophesied things none but Nyarlathotep dared prophesy, and that in the sputter of his sparks there was taken from men that which had never been taken before yet which shewed only in the eyes. And I heard it hinted abroad that those who knew Nyarlathotep looked on sights which others saw not.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It was in the hot autumn that I went through the night with the restless crowds to see Nyarlathotep ; through the stifling night and up the endless stairs into the choking room. And shadowed on a screen, I saw hooded forms amidst ruins, and yellow evil faces peering from behind fallen monuments. And I saw the world battling against blackness ; against the waves of destruction from ultimate space ; whirling, churning ; struggling around the dimming, cooling sun. Then the sparks played amazingly around the heads of the spectators, and hair stood up on end whilst shadows more grotesque than I can tell came out and squatted on the heads. And when I, who was colder and more scientific than the rest, mumbled a trembling protest about &#8220;imposture&#8221; and &#8220;static electricity&#8221;, Nyarlathotep drave us all out, down the dizzy stairs into the damp, hot, deserted midnight streets. I screamed aloud that I was not afraid ; that I never could be afraid ; and others screamed with me for solace. We sware to one another that the city was exactly the same, and still alive ; and when the electric lights began to fade we cursed the company over and over again, and laughed at the queer faces we made.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I believe we felt something coming down from the greenish moon, for when we began to depend on its light we drifted into curious involuntary formations and seemed to know our destinations though we dared not think of them. Once we looked at the pavement and found the blocks loose and displaced by grass, with scarce a line of rusted metal to shew where the tramways had run. And again we saw a tram-car, lone, windowless, dilapidated, and almost on its side. When we gazed around the horizon, we could not find the third tower by the river, and noticed that the silhouette of the second tower was ragged at the top. Then we split up into narrow columns, each of which seemed drawn in a different direction. One disappeared in a narrow alley to the left, leaving only the echo of a shocking moan. Another filed down a weed-choked subway entrance, howling with a laughter that was mad. My own column was sucked toward the open country, and presently felt a chill which was not of the hot autumn ; for as we stalked out on the dark moor, we beheld around us the hellish moon-glitter of evil snows. Trackless, inexplicable snows, swept asunder in one direction only, where lay a gulf all the blacker for its glittering walls. The column seemed very thin indeed as it plodded dreamily into the gulf. I lingered behind, for the black rift in the green-litten snow was frightful, and I thought I had heard the reverberations of a disquieting wail as my companions vanished ; but my power to linger was slight. As if beckoned by those who had gone before, I half floated between the titanic snowdrifts, quivering and afraid, into the sightless vortex of the unimaginable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Screamingly sentient, dumbly delirious, only the gods that were can tell. A sickened, sensitive shadow writhing in hands that are not hands, and whirled blindly past ghastly midnights of rotting creation, corpses of dead worlds with sores that were cities, charnel winds that brush the pallid stars and make them flicker low. Beyond the worlds vague ghosts of monstrous things ; half-seen columns of unsanctified temples that rest on nameless rocks beneath space and reach up to dizzy vacua above the spheres of light and darkness. And through this revolting graveyard of the universe the muffled, maddening beating of drums, and thin, monotonous whine of blasphemous flutes from inconceivable, unlighted chambers beyond Time ; the detestable pounding and piping whereunto dance slowly, awkwardly, and absurdly the gigantic, tenebrous ultimate gods&#8212;the blind, voiceless, mindless gargoyles whose soul is Nyarlathotep.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>vid&#233;os | s&#233;rie &#171; fiction service &amp; histoires vraies &#187;</title>
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		<dc:date>2024-01-02T06:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>fictions br&#232;ves &amp; ultra-br&#232;ves</dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;nouvelle s&#233;rie sur la cha&#238;ne : des histoires, rien que des histoires&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique183" rel="directory"&gt;volume 1 | archives 2009-2022&lt;/a&gt;

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&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le prolongement actuel de cette s&#233;rie : &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/@fbon_perso&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois Bon, les carnets priv&#233;s&lt;/a&gt; ;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4230' class=&#034;spip_in&#034;&gt;retour sommaire g&#233;n&#233;ral des vid&#233;os&lt;/a&gt;, autres chroniques, lectures, rubriques ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une id&#233;e qui a lentement m&#251;ri : &#231;a pourrait m&#234;me &#234;tre une cha&#238;ne anonyme, une cha&#238;ne o&#249; quand on arrive il y a simplement un type qui raconte une histoire, a la politesse de la faire br&#232;ve (des fois on n'y arrive pas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des histoires qui viennent du &#171; monde vrai &#187;, de souvenirs, choses ou personnages bizarres ou pas, mais pourquoi pas des livres aussi, les livres fantastiques pour faire penser, faire r&#234;ver, faire peur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas de la mise en sc&#232;ne, ni du jeu d'acteur, on ne fait pas de &lt;i&gt;cin&#233;ma&lt;/i&gt;. On est dans le vieil exercice de la litt&#233;rature : la parole qu'on adresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dispositif le plus simple et r&#233;gulier possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un fond noir pay&#233; 25&#8364; chez Amazon, le GH5s avec Canon 24 1.4, micro Rode (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, appuyer sur &lt;i&gt;Record&lt;/i&gt; quand la t&#234;te se sent pr&#234;te, et sans texte pr&#233;alable, le moins de coupes et reprises possibles, on transf&#232;re &#224; l'ordi, un petit peu de contraste et d'equalizet et on envoie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjeu parall&#232;le : r&#233;explorer ces dizaines et dizaines de fils t&#233;nus dispers&#233;s dans les labyrinthes du site, les reprendre dans autre rapport au corps et au temps, qu'est la vid&#233;o. &#192; terme, le site serait devenu une histoire racont&#233;e, il pourrait s'effacer, ou ne plus en &#234;tre que le gigantesque sommaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une exp&#233;rience neuve pour moi, la parole non pas auto-r&#233;flexive mais retour au conte, et se dire qu'on peut en faire 10, 100, voire 1000 (et une).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vous remerciant bien d'&#234;tre l&#224;, de vos &#233;coutes, partages et aussi soutien si vous pouvez : &lt;a href=&#034;https://www.librairie-tiers-livre.store/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici nos livres&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;fiction service &amp; histoires vraies, le sommaire&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2021.07.23 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=RSsA0tMkx7s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la porte dans le mur, et de l'invention de litt&#233;rature&lt;/a&gt; (micro-s&#233;rie &lt;i&gt;Le loup des steppes&lt;/i&gt; d'Herman Hesse) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2021.07.22 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=tqqDnozJOSk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chambre sans heure, avec livres&lt;/a&gt; (micro-s&#233;rie &lt;i&gt;Le loup des steppes&lt;/i&gt; d'Herman Hesse) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2021.07.21 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=GOZP_GkFW-U&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plante verte devant fen&#234;tre avec escalier&lt;/a&gt; (micro-s&#233;rie &lt;i&gt;Le loup des steppes&lt;/i&gt; d'Herman Hesse) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2021.07.20 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=myY3zxAOV4E&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;portrait de l'homme qui n'avait jamais habit&#233;&lt;/a&gt; (micro-s&#233;rie &lt;i&gt;Le loup des steppes&lt;/i&gt; d'Herman Hesse) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2021.07.18 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=pLkNLlIj3T8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce r&#234;ve avec les mains&lt;/a&gt; (micro-s&#233;rie &lt;i&gt;Le loup des steppes&lt;/i&gt; d'Herman Hesse) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2021.05.19 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=4oGrzL7nuaM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du sommeil et du r&#234;ve, et de marcher jusque si vieille fronti&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2021.06.29 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=JQjreTm-F28&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;phrase de la 401 Est et de Brockville&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; [2021.06.14 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=NDaAxNkx4Hw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans le cochon tout est bon (sauf nous)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.12.03 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=cgZhI5fhfi8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de se prendre sa t&#234;te avec soi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.12.02 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=9-DiDymTYi4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de ces r&#234;ves avec Gourdiau, et quand &#231;a sort du r&#234;ve&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.11.12 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ZRY-6XB5Fqc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;myst&#232;re de ces chambres &#224; deux entr&#233;es&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.20 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=mkGl-0l5xmw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;qu&#234;te infinie d'un livre seulement r&#234;v&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.14 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=I0kKpBKLe8I&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ma p&#233;riode convoyeur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.13 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=qe3L8fyQVoM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;juste la sortie du &lt;strong&gt;tunnel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.09 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ZuvK7HHcmNY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cin&#233;ma les yeux ferm&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.08 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=wQpeybJuDsI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;S&#228;mtlische Erz&#228;hlungen&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.07 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=FjD68Q3PJv8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#234;ve du morceau de mort mang&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.06 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=5sKxHxybyY4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#234;ve, le bord qui tremble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.05 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=BpQjn6a-EoY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le mort de l'Esp&#233;rance&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.04 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Rylh-YdVxTk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la maison trop verticale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.03 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=T1r7w18VUko&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le John Doe de Marseille&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.10.02 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=8AfB8g9Uix0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bourin, Arts &amp; M&#233;tiers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.30 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Jpw22sB88rw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rien qu'une chaise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.29 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=-f3cnrhib7Q&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les livres sont instables&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.27 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bWnvjWomVxY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kazi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.26 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=gFVtPoOMYk0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'oeil asym&#233;trique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.25 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=zujll6KpjNw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu&#233;bec, l'enfant sur le man&#232;ge&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.23 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=4lc-0NBUGAw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vous allez bien refaire les rosiers ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.22 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=56sGk5CjqT4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'ac&#233;phale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.13 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=hQQUa5FfWDw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;j'avais chang&#233; cet argent&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.13 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=3VsnlGigur0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;trois fois Henri Martin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.09 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=dubVDrxoyp8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette bo&#238;te &#224; photo (de la l&#233;vitation)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.07 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=g4hUZP9uxdA&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la ville partout dans la ville (Moscou)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.06 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Nb_K6wwJVSo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rendez-vous Kathmandu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.05 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=m9-o_myxaQg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la vie de profil&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.03 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=QGtY4VUEQqg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la porte&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.02 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=pL5q3pCtfjg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Indochine, trafic des morts&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.09.01 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=YH1r1enm6rU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'inceste et le fusil&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.08.31 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=puszJLgZHew&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;c'&#233;tait dans un film&lt;/a&gt; (sur un texte d'Henri Michaux)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2020.08.30 | &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=hqBFm1M6F-w&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le livre de mon chien (je vous l'&#233;cris)&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4395' class=&#034;spip_in&#034;&gt;source &amp; liens&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un fond noir pay&#233; 25&#8364; chez Amazon, le GH5s avec Canon 24 1.4, micro Rode NT1-A reli&#233; via adaptateur XLR, 3 loupiotes LED &#224; 20 balles de chez Brico D&#233;p&#244;t, un pied.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>fiction | manipulation des morts</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1564</link>
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		<dc:date>2018-02-17T10:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;38 | il me manquait donc un exercice&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;dialogues avec les morts&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1564.jpg?1352732567' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;nofollow&#034; href=&#034;https://www.amazon.fr/gp/product/1536943169/ref=as_li_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=1536943169&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;http://ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;ASIN=1536943169&amp;Format=_SL250_&amp;ID=AsinImage&amp;MarketPlace=FR&amp;ServiceVersion=20070822&amp;WS=1&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;http://ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=1536943169&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;
&lt;br/&gt;
&#8226; ce texte figure avec d'autres dans &lt;i&gt;John Doe&lt;/i&gt;, Tiers Livre Editeur, collection Carnets Noirs, d&#233;couvrez !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note du 1er janvier 2011&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#199;a me poursuit, aujourd'hui, la vision tr&#232;s pr&#233;cise de ce qui avait engendr&#233; ce texte, &#224; cause de qui et pourquoi. En m&#234;me temps c'est un terminal : texte qui se contient seul, n'appelle pas suite ni voisinage. Ces 2 ou 4 ans, j'en ai accumul&#233; un certain nombre. C'est une arm&#233;e immobile. Ils me d&#233;signent. Je fais semblant de rien. Je n'ai rien &#224; leur offrir, m&#234;me pas un livre. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il m'avait laiss&#233; un message t&#233;l&#233;phonique, c'est suffisamment exceptionnel pour qu'il n'y ait pas &#224; discuter ni quoi que ce soit. Je l'ai pris &#224; Palluau, le hasard et l'argent ont fait que c'est ici, dans ces rues pauvres de maisons sans &#233;tage, pr&#232;s du &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;port en ruine&lt;/a&gt; de La Rochelle, qu'une r&#233;sidence l'accueille, il m'attendait dans le hall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a rejoint Puilboreau, puis cette route droite dans le marais, par l'&#233;cluse du Pont du Brault. Je connais ce paysage par c&#339;ur, ces routes n'ont pas chang&#233;, comme le carrefour o&#249; j'ai toujours pris &#224; gauche vers Champagn&#233; Saint-Hilaire et Triaize, sans jamais d&#233;couvrir le paysage, identique je suppose, qui rejoint Lu&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les morts ont des lieux fl&#233;ch&#233;s, eux aussi : &lt;i&gt;espace fun&#233;raire&lt;/i&gt;, c'est toujours r&#233;cent, pas fait pour faire du vieux, c'est rationnel avec des pentes pour les fauteuils, des rehauts pour les acc&#232;s camions, du carrelage pour l'entretien et des toilettes dans l'entr&#233;e parce qu'on en a besoin, plus une grille avec des publicit&#233;s, fleuristes, marbriers, comme si ces questions-l&#224; n'&#233;taient pas r&#233;gl&#233;es ant&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la famille, qui ne me connaissait pas, je n'&#233;tais que son accompagnant. D'ailleurs lui-m&#234;me, le d&#233;funt, je ne le connaissais qu'&#224; peine : rencontr&#233; trois fois, et pas vraiment l'autorisation d'&#233;changer - nous &#233;tions tous deux les &#233;l&#232;ves de celui qu'aujourd'hui je convoyais, mais plac&#233;s sur des chemins diff&#233;rents. Il &#233;tait m&#233;decin de village, et je suppose qu'une part des enseignements concernait le corps : je n'avais pas ce savoir. Comment il l'articulait avec la vitrine officielle, j'aurais &#233;t&#233; curieux. Une fois, j'&#233;tais pass&#233; devant son cabinet, un cabinet &#224; trois toubibs, comme on a dans les campagnes, une construction pas tr&#232;s diff&#233;rente de ces &lt;i&gt;espaces fun&#233;raires&lt;/i&gt;, carrel&#233;e aussi : le parking &#233;tait plein. Ce n'&#233;tait pas si loin de ce qui m'avait men&#233; vers tout &#231;a, d&#232;s enfant, via la &lt;i&gt;dormeuse&lt;/i&gt; de Chaix, pr&#232;s Vouill&#233; mais il y a combien, combien de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre c'&#233;tait difficile, pour celui que j'accompagnais (nous n'avions pas parl&#233; de toute la route, mais j'&#233;tais habitu&#233;), que l'&#233;l&#232;ve disparaisse avant lui, qui l'avait form&#233;. Je ne sais pas ce que la famille savait de lui et de son rapport au toubib : on nous a laiss&#233; seuls dans la petite salle, cercueil ouvert. M&#234;me avec cr&#233;mation, le cercueil en France est obligatoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai pouss&#233; la porte, et me suis tenu devant. Il a pratiqu&#233; ce qu'il appelle &lt;i&gt;la manipulation des morts&lt;/i&gt;. C'&#233;tait d'ailleurs bref. Je savais de ce dont il s'agissait, mais n'avais jamais assist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne crois pas qu'on soit jamais au bout de la terreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout ce qu'il m'a dit, avec cette langue comme curieusement issue du XVII&#232;me si&#232;cle qui a toujours &#233;t&#233; la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a plus, comme autrefois, les exercices, les marches et les veilles. On est sur des routes qu'on n'a pas forc&#233;ment choisies, une fois je lui avais dit combien il me semblait que le r&#244;le assign&#233; au toubib me semblait moins expos&#233;, moins faux, que j'avais du mal dans celui o&#249; j'&#233;tais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas, comme tu crois, un chemin de faible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai compris ce qu'il m'expliquait : il &#233;tait peu probable qu'on se revoie, maintenant. La prochaine fois qu'il y aurait &#224; pratiquer la &lt;i&gt;manipulation des morts&lt;/i&gt;, ce serait moi, sur lui, et c'&#233;tait pour cela que je devais voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article568&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apr&#232;s&lt;/a&gt;, il a voulu voir la mer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Rochelle2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Rochelle2.jpg?1229842686' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>qu'un artiste doit savoir apprendre &#224; voler</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article450</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article450</guid>
		<dc:date>2017-07-26T03:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Tarkos, Christophe </dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>
		<dc:subject>Franz Reichelt</dc:subject>
		<dc:subject>Ricardo Perlwitz</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;retour sur Franz Reichelt comme all&#233;gorie de notre condition m&#234;me&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot461" rel="tag"&gt;Ricardo Perlwitz&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton450.jpg?1352732176' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff450.jpg?1352731869&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait l'id&#233;e de chute. Une id&#233;e tr&#232;s fragile de chute. Et qu'on savait si bien voler, dans les r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis &#224; cause du livre que je lisais ces jours-ci. Dans le d&#233;but de l'histoire du cin&#233;ma, en 1912 exactement, un nomm&#233; Reichelt, tailleur de son &#233;tat et dit &lt;i&gt;l'homme oiseau&lt;/i&gt;, ayant invent&#233; une combinaison qui lui permettait, pr&#233;tendait-il, de voler, avait voulu en donner d&#233;monstration depuis le premier &#233;tage de la Tour Eiffel. La cam&#233;ra l'avait suivi s'habillant, s'&#233;quipant, puis grimpant, sur le rebord. Ensuite, on avait vu (on voyait encore, sur le film), son h&#233;sitation. Non pas une peur, pas vraiment une peur, et c'est cela qui &#233;tait fascinant, plus encore : l'id&#233;e qu'il ne fallait pas, que peut-&#234;tre il n'&#233;tait pas pr&#234;t. Qu'on ne pouvait se risquer l&#224; qu'&#224; condition de vaincre. L'homme se retournait, crisp&#233;. C'est cela dont on se souvenait, apr&#232;s le film. Puis marquait un instant de r&#233;pit, de pr&#233;paration int&#233;rieure, ne regardant plus rien que le vide. Finalement sautant. La cam&#233;ra ne filmant plus que le parapet vide, et le ciel, l'horizon de la ville, mais longtemps. Seuls les cin&#233;astes aujourd'hui se souviennent de ce film : l'histoire du vol humain, non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme devenu linceul avant d'&#234;tre le linceul m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/BepyTSzueno?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, depuis lors, une fois par an et &#224; m&#234;me date, nous tous artistes, via &#233;coles d'art ou conservatoires, biblioth&#232;ques, l'un ou l'autre r&#233;guli&#232;rement &#233;tait choisi. C'est &#224; intervalles r&#233;guliers. Celle ou celui qui est choisi (on avait d&#233;pass&#233; ces questions de sexe, maintenant tous &#224; &#233;galit&#233; dans le risque et le choix), &#233;tait requis pour sauter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauter est une expression m&#233;taphorique. Pour qui regarde, pour la ville, une f&#234;te, et m&#234;me parfois avec feux d'artifice, p&#233;tards, &#233;clats. Et pour celui qui se lan&#231;ait seul, &#233;trange et jouissif instant de luminosit&#233;s rassembl&#233;es, br&#232;ves tonalit&#233;s chantantes. On livrait son feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait pour les musiciens comme ce r&#234;ve d'un mouvement soliste, ou pour l'&#233;crivain d'un livre total, en tout cas quelque chose apr&#232;s quoi plus besoin de rien, aucun projet. On ne vous demandait que cela, sauter, et si vous h&#233;sitiez on se moquait, vous &#233;tiez m&#234;me livr&#233; &#224; l'incompr&#233;hension mais tant pis : c'est cela qu'il fallait donner, qui vous retournait du dedans comme un gant. Ce n'&#233;tait pas beau, dedans ? C'est qu'on ne regardait pas comme il fallait, sans doute. Vous &#233;tiez aussi, dans la vie, le contraire de tout cela : on sait se tenir, et puis on demande &#224; la vie plut&#244;t aimer, contempler, &#233;tudier. Dans l'instant du saut on appelait tout ce qu'on ma&#238;trisait, tout ce que notre discipline nous avait appris &#224; pratiquer, la &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/tumulte/spip.php?article393&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#233;vitation&lt;/a&gt; m&#234;me, et tout flambait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il y avait bien &#233;videmment l'absence. Quand on s'y retrouvait, aux Beaux-Arts, au Conservatoire, dans les biblioth&#232;ques, on se taisait, on se serrait pour combler la place : manquait un visage, une silhouette. Il y avait cette obscurit&#233; globale o&#249; on &#233;tait, et puis l'&#233;clat de lumi&#232;re, et puis la nuit nous semblait &#8212; quoi ? &#8212; agrandie. Celui qui avait saut&#233; : remplac&#233; par son livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d'autres, les champions, les tr&#232;s forts, cet &#233;clat provisoire, cette d&#233;monstration, ils s'en passaient. Oui, ils &#233;taient choisis, et parfois celles-ci, ou ceux-ci, demandaient m&#234;me &#224; l'&#234;tre. D'eux-m&#234;mes ils marchaient en avant. On faisait cercle autour, mais le cercle s'ouvrait, s'&#233;largissait. De celles qui avaient saut&#233; et si bien vol&#233;, on se souvenait de cette femme, c'&#233;tait le jour de ses trente-huit ans, qui avait d&#233;sign&#233; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article112' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le lointain&lt;/a&gt; d'un geste tr&#232;s simple de la main, et puis avait march&#233; vers ce lointain : on gardait d'elle quelques minces po&#232;mes, pr&#233;alablement publi&#233;s. De ceux qui avaient saut&#233;, infiniment mieux qu'on saurait jamais le faire, on se souvenait de ce grand type au corps de colosse, colosse amaigri, dont on savait la maladie, et qui, lisant &#8212; mais tr&#232;s lentement &#8212; semblait &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1615' class=&#034;spip_in&#034;&gt;vous d&#233;cortiquer&lt;/a&gt; la langue du dedans. Il vous semblait, se le rem&#233;morant, d'une longue lueur dans l'orang&#233; ou presque la cessation d'un rouge profond. Celui-ci aussi, finalement, s'&#233;tait tu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne savait pas quand on serait requis, et si m&#234;me on le serait. Pour cela, qu'il fallait ces &#233;coles, ces conservatoires, ces rencontres et joutes d'auteurs. On comptait de tr&#232;s vieux po&#232;tes, danseuses maintenant &#226;g&#233;es, peintres obstin&#233;s : tous gens de savoir, et parfois de transmission. Et puis, requis, on pouvait l'&#234;tre &#224; n'importe quel instant. On en savait une qui, presque centenaire, avait l&#233;gu&#233; ces mots presque d'enfance et de silence, de tr&#232;s grande paix, d'infinie lutte. Alors ceux-l&#224; aussi continuaient. Que ferions-nous d'autres, nous tous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne savait pas qui serait requis. Parfois c'&#233;tait comme une gifle : retournez-vous vers votre biblioth&#232;que, celui s'en &#233;tait &lt;i&gt;op&#233;r&#233; vivant&lt;/i&gt;, du jeu m&#234;me, avant ses vingt-quatre ans, ou celui qu'on avait port&#233; anonymement au cimeti&#232;re Montmartre cette fin novembre 1870. Ou celui qui avait vieilli parmi ses dessins, et l'infinie suite de po&#232;mes et fictions reprenant inlassablement le m&#234;me chemin, et que peut-&#234;tre nous appelons, nous, aujourd'hui, sans que lui-m&#234;me &#224; aucun moment ait eu la sensation d'autre chose qu'attendre &#8211; on n'avait pas voulu d'eux pour le vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui se pr&#233;sentaient, les mains ouvertes, dans les &#233;coles d'art, les conservatoires, ou pr&#233;sentaient ces manuscrits, comment le leur faire savoir ? Et quand on vous payait pour leur transmettre ce qu'il y a dans &#233;crire, le lundi, au huiti&#232;me &#233;tage, on devait quoi, leur apprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait rien, en fait. On fait comme si. Apprendre &#224; voler, pas le choix. S'exercer au r&#234;ve. S'illustrer suffisamment pour avoir &#224; se tenir dans le cercle de ceux qui pourraient &#234;tre un jour appel&#233;s. &#202;tre pr&#234;t &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel, et ce seul et tr&#232;s simple mouvement qui agrandirait la nuit. La nuit seule est certitude, et de tr&#232;s proches ici infiniment nous manquent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_371 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/MTP3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/MTP3.jpg?1166889727' width='500' height='143' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>245 occurrences du mot peur</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article474</link>
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		<dc:date>2016-12-03T10:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>
		<dc:subject>politique de la litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>lectures, performances</dc:subject>
		<dc:subject>Tiers Livre &#201;diteur | les livres &amp; publications</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;245 occurrences du mot peur&#034;, plus version audio par Dominique A., et ma propre version avec Dominique Pifar&#233;ly&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique70" rel="directory"&gt;fran&#231;ois bon | le labo perso&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot292" rel="tag"&gt;politique de la litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot299" rel="tag"&gt;lectures, performances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot964" rel="tag"&gt;Tiers Livre &#201;diteur | les livres &amp; publications&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton474.jpg?1352732181' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff474.jpg?1352731873&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a target=&#034;_blank&#034; href=&#034;https://www.amazon.fr/gp/product/1534940049/ref=as_li_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=1534940049&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&amp;linkId=11dce72ab8d0ba91db64f1c54de0e994&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;MarketPlace=FR&amp;ASIN=1534940049&amp;ServiceVersion=20070822&amp;ID=AsinImage&amp;WS=1&amp;Format=_SL250_&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;//ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=am2&amp;o=8&amp;a=1534940049&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Peur&lt;/i&gt;, suivi de &lt;i&gt;Formes d'une guerre&lt;/i&gt;, 180p, dispo tous pays prix fixe, chez vous en 48h.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;2010 | Dominique A. dit &amp; chante &#034;Peur&#034;&lt;/strong&gt; &#8211; extrait de &lt;a href=&#034;http://www.leoscheer.com/spip.php?article1076&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ralbum&lt;/a&gt; de 2009, projet conduit par Emmanuel Tugny, Olivier Mellano, et Laure Limongi, &lt;i&gt;Peur&lt;/i&gt; dit et chant&#233; par Dominique A. _ &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/son/FBon_Ralbum_Peur.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;version iPhone/iPad&lt;/a&gt;&lt;blockquote&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2009 | Peur, par Bon &amp; Pifar&#233;ly &#8211; Nantes, Pannonica&lt;/strong&gt;, 21', Dominique Pifar&#233;ly mandoline &#233;lectrique puis violon acoustique, FB texte, impro &amp; voix, Nantes, Pannonica, le jeudi 20 mars 2009 _ &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/son/080321_peur.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;version iPhone/iPad&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2006 | Peur, par Bon &amp; Pifar&#233;ly &#8211; version acoustique, Jazz au fil de l'Oise&lt;/strong&gt;, 22', Dominique Pifar&#233;ly, violon acoustique, FB texte, impro &amp; voix, Jouy-le-Moutier, 20 novembre 2006 _ &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/vox/PJLM_peur.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;version iPhone/iPad&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Fran&#231;ois Bon | 245 occurrences du mot peur&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;il ou elle dit j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une pi&#232;ce vide sans fen&#234;tre, une silhouette, juste cela d'immobile et les mots j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou bien la perspective d'une rue, des fa&#231;ades fixes et ternes : celle ou celui l&#224;-bas qui fuit ou se rencogne, regarde derri&#232;re lui et toi tu penses j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on se mettrait &#224; huit, &#224; six, &#224; dix, il le faudrait : assembler pour les conjurer la totalit&#233; de nos peurs les petites les grandes, les amusantes et la plus terrible et on ferait la liste, la liste de chacun et puis la grande liste de tous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui que tu avais crois&#233; et qui t'avait dit : un monde en impasse, qui t'avait dit : j'ai peur, ajoutant : parce qu'on y est, dans l'impasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un monde secou&#233;, un monde noir, et les pans entiers de l'effondrement comme jusqu'ici tu te disais : ils restent &#224; distance, tu te disais : loin, l'effondrement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une foule et dans la foule le comportement erratique d'un seul et tout bascule : qui pense &#224; qui qui aide qui qui appelle qui qui touche qui qui veut qui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;horizon sombre quand tu regardes, trop de gens cass&#233;s et l&#224;-haut trop de m&#233;pris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;bruit de guerre, foules qui crient, menace sur tout, et rien qui conduit : chaos et l&#224;-haut l'homme qui les bras au ciel se fait applaudir il y a de quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et ces trois types bourr&#233;s l'autre soir sous le pont : eux aussi, jusque dans la fange une utopie de violence sale, tu avais pr&#233;f&#233;r&#233; partir et vite (encore une chance que &#231;a ait march&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'accumulation m&#234;me des fourmis tristes que nous sommes, et le destin de la ville plus s&#251;r, s'il est remis aux mains de tous : les mains rassembl&#233;es moins aveugles que celui-l&#224;, l&#224;-bas, qui fuit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la fa&#231;on dont on se cache dans la vie de tous les jours pour ne rien voir, j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur des bureaux quand tu entres, tu attends et on ne te regarde pas, et le matin l'odeur des produits de rasage sur la peau es hommes, et les femmes ces parfums bon march&#233;, les gestes qu'on fait chaque jour, et ceux qui regardent de c&#244;t&#233; quand ils te parlent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui qui t'avait dit : aux inquiets de partir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et ces gens qui portent sur leur figure que c'est toujours eux qui gagnent&lt;br class='autobr' /&gt;
peur d'eux les journaux et l'actualit&#233; convoqu&#233;e pour leur th&#233;&#226;tre du m&#234;me : le plus grave aura pass&#233; demain &#8211; o&#249; l'homme s'avachit, qu'on le raconte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;hier le chien dans la maison d'en face qui aboie du matin au soir et personne : enferm&#233; dans la maison le chien, peur de quoi lui aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur des rues : chacun va de l'avant comme si tout allait durer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur des maisons : elles sont froides, elles ont des grilles, elles sont s&#233;par&#233;es et s&#233;parent, dans sa coquille on se croit inali&#233;nable, on a une adresse, une t&#233;l&#233;vision et un salon : la liste des objets dans mille chambres &#224; coucher, au pourtour de n'importe quelle ville, est-ce qu'elle n'est pas effrayante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;gens trop calmes manqu&#233; quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;gens d'autorit&#233; rat&#233; quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ceux qui se croient oblig&#233;s de sourire, comme s'il vous fallait les caresser ensuite ils attendent quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de la nuit dans les petites villes maussades : une voiture de temps en temps qui passe et personne qui vous parle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celle ou celui qui te dit qu'elle ne va pas dans ces caf&#233;s o&#249; sont les habitu&#233;s et vous debout au bar bonjour bonsoir et pas de question&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celle ou celui qui vous dit : j'ai peur des escaliers (tu en connais qui) mais pourquoi ils ne sauraient pas le dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des tunnels, des rampes, des parkings, des caisses, des guichets, trop&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur du sommeil : on ne sait plus qui agit, qui menace, qui d&#233;cide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de la guerre et des coups bas qui font les mar&#233;es hautes et basses dans l'histoire des hommes : on ne choisit pas ce qui vous submerge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : tu connais les chiffres il disait, les chiffres du suicide te disait-il, les chiffres pour les quinze &#224; vingt ans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la tentation d'en finir, vivre avec depuis quand et si un jour on ne tenait plus,&lt;br class='autobr' /&gt;
celui qui en rigolait : dans les films on se fait peur parce qu'on en a envie&lt;br class='autobr' /&gt;
et les peurs par surprise, parce qu'on s'en souvient longtemps, on s'en souvient toujours : on ne s'attendait pas &#224; &#231;a, alors peur, et oui l&#224; aussi apr&#232;s on peut en rire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la peur dans certains livres : peur &#224; l'angoisse de l'autre, peur insidieuse, &#231;a dure toute la nuit, on ne peut plus refermer dans la t&#234;te la musique oppress&#233;e des pages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision d'un cheval fou dans la nuit, il s'&#233;chappe d'un incendie et s'envole (Metzengerstein) &#8212; et si cela console&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision de celui qui prend anonyme une chambre dans un h&#244;tel perdu, d'une ville qu'il ne conna&#238;t pas, et de travail il n'en a pas (Steppenwolf) &#8212; et si cela renforce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision de celui qui b&#226;tissait un mur, et puis d'un autre qui le palpait, le mur, pour passer, sans trouver (Samuel Beckett) &#8212; et si cela prot&#232;ge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une fois que tu &#233;tais enferm&#233; : on a tous une fois &#233;t&#233; enferm&#233;, bloqu&#233;, plus moyen de sortir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on s'incarne si facilement dans la peur de l'autre, juste pour &#233;vacuer la sienne (et ce qu'on appelle de ses propres souvenirs pour la visualiser, la peur de l'autre, tandis que les v&#244;tres fuient, de souvenir)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : on se r&#233;veille en pleine nuit dans une chambre mais o&#249; on est, on ne sait pas, comment on est venu, on ne sait pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : se r&#233;veiller dans un train, c'est le soir, un peu gris, beaucoup de bruit, une vibration, les autres gens qui dorment &#8212; mais o&#249; on va, et si c'est le bon train&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : on parle &#224; quelqu'un, on sait &#224; qui on parle, mais les mots qu'on dit &#224; l'autre, soudain on ne les reconna&#238;t pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je n'ai pas peur de la langue (c'est la leur, qui a les articulations faibles)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je n'ai pas peur de la grammaire qui fait prendre relief &#224; la langue (c'est la leur, qui simplifie en appelant la masse)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celle qui disait : j'ai peur des routes, des automobiles, des directions o&#249; elles m&#232;nent, en tout cas elle ne voyageait pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celle qui disait : j'ai peur des trains et des avions, non pour les accidents o&#249; ils d&#233;raillent et s'&#233;crasent, mais parce qu'ils nous ram&#232;nent &#224; ce qu'on quitte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : quand on a froid, qu'il pleut, et encore tant de chemin &#224; faire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : la ville grise, tout est long, on a perdu sa direction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : entrer ou ne pas entrer, rendez-vous avec la d&#233;cision &#224; prendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : confier tant de pouvoir &#224; un seul, &#233;triqu&#233; et qui ne parle qu'&#224; ce qu'ils sont en eux-m&#234;mes &#233;triqu&#233;s, ceux du nombre, les courb&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et pas peur : ceux qui avancent avec duret&#233; et m&#233;chancet&#233;, l'intention du mal, ceux-l&#224; on les affronte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et pas peur : l'incertain, la passe, la planche pour rejoindre la mer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pas peur : lui, l&#224;-bas, qu'il faut attraper &#224; pleines mains, regarder dans les yeux et dire &#231;a suffit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le nom de vos proches, s'ils ont choisi le suicide et vous, vous restez : devant c'est un vide (le voil&#224;, le mot vide) &#8211; ils devraient faire signe, &#234;tre l&#224;, et non, rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des parcs aux all&#233;es vides&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des immeubles o&#249; n'appara&#238;t tr&#232;s loin qu'une silhouette&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des coques ferm&#233;es des voitures et rien nulle part qui ne soit hostile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des couloirs de transit, des halls de gare, des couloirs du m&#233;tro : tous dans le m&#234;me sens ou tous dans tous les sens, mais l'indiff&#233;rence : l'indiff&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur du cr&#233;puscule, et quand la ville elle-m&#234;me dit qu'elle est cr&#233;puscule des hommes qui l'ont faite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des gens qui parlent seuls&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des visages agit&#233;s de secousses nerveuses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des regards qui vous accommodent &#224; l'arri&#232;re de vos propres yeux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ceux dont c'est visible qu'ils ont mal : pas peur d'eux, non, peur de ce qui leur fait mal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les b&#226;timents, les rues, les quartiers, les villes, les &#233;tablissements, les cours, les chambres, les fronti&#232;res : tout ce qui s&#233;pare, tout ce qui isole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;leurs religions : ceux-l&#224; ont des &#339;ill&#232;res, il s'annihilent mais nous entra&#238;nent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et les &#233;tablissements industriels qu'on vide : alors ils errent dans les villes autour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le pourtour pauvre des villes : que ceux-l&#224; s'arment et se regroupent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'argent, l'argent coule : et plus de visage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les ordres qui viennent : on n'en voudrait pas pour beau-fr&#232;re, des encravat&#233;s qui donnent ordre &#8212; la brutalit&#233;, tu commentais : cette brutalit&#233; m&#234;me, neuve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mannequins bl&#234;mes de la politique devenue m&#233;tier : potiches, qu'on les fracasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mannequins habill&#233;s tout p&#233;n&#233;tr&#233;s d'&#233;conomie et lois : voil&#224; ce qui vous rend important (ils croient), qu'on les fracasse avec leur fric&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils ont de trop grosses voitures, de trop beaux habits, et ces mat&#233;riels dernier cri ou l'un des trois seulement &#8212; manque de modestie, trace de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;elle vous dit qu'elle a eu un accident d'auto, on n'en sait pas plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est un enfant qui a disparu, le visage des parents et leur attente : on n'en sait pas plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on est dans le couloir d'un h&#244;pital, on aper&#231;oit les gens, voil&#224; ce qui arrive aux hommes, et c'est arbitraire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;visage sismique de votre int&#233;rieur, expos&#233; au dehors : rien qui prot&#232;ge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision : un chemin, un chemin qui va droit, ou tourne lentement et monte, vous marchez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision : une pi&#232;ce sans porte et juste une toute petite fen&#234;tre, de vieux v&#234;tements dans un coin, et la trappe par laquelle vous &#234;tes entr&#233; l&#224; &#8211; l'air depuis si longtemps immobile, et mettre votre visage &#224; cette fen&#234;tre vous n'oseriez pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous &#234;tes dans un labyrinthe et c'est comme des rues &#224; plafond : des angles, des retraits, et nulle ombre &#8212; pas d'issue, nulle part&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ce qui tous les jours se met sur votre chemin comme &#224; dire : c'est ainsi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des chaussures, tout le monde porte des chaussures, on ressemble &#224; tout le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu suivais le fou dans la rue pi&#233;tonne : il regardait les sacs, les paquets, tout le monde porte un sac (et m&#234;me si qu'on met dedans pareil, trop peu diff&#233;rent)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je n'aime pas (mais ne crains pas) les livres qu'on vend dans les gares &#8211; ils m'amusent &#8212; leur accumulation, non&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je n'aime pas (mais ne crains pas) les voyages qu'on propose &#224; ceux qui pr&#233;f&#232;rent que tout soit pr&#233;vu d'avance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur parfois du silence, quand il tombe brutalement sur la ville : rarement, &#224; vrai dire, et sans qu'on sache le pourquoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des places immobiles, j'ai peur de la circulation en flux r&#233;gl&#233;, les voitures d&#233;marrant dans le m&#234;me ordre &#224; chaque feu vert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je d&#233;teste (mais ne crains pas) les queues devant les cin&#233;mas, aux spectacles, aux attractions, expositions : ils annulent leur diff&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qu'on voit attabl&#233;s qui mangent, mangent longtemps, mangent trop, payent trop cher et en sortent r&#233;jouis : ils ont peur, ils sont gros pour moins sentir la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et les catalogues et magazines pour vendre avec corps bien lisses cr&#232;mes, produits de soin &#8212; on brade des nippes deux fois l'an, ils y courent : ceux-l&#224; sont fils et filles reni&#233;s de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;elles et ils sont &#224; une table de plastique, des ap&#233;ritifs de supermarch&#233;, et la conversation uniquement sur le destin priv&#233; : ceux-l&#224;, fils et filles reni&#233;s de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils tournent la t&#234;te et le suivent du regard &#224; mesure qu'il passe, le nouveau, l'&#233;tranger : ceux-l&#224; sont fils reni&#233;s de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui s'en tient au frugal craint moins la peur : elle est l&#224; pourtant, pour lui aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui s'astreint au travail quotidien et le rouage qu'on est dans le service commun : il craint moins la peur, le temps qu'on compte la garde &#224; distance (pour ce temps-l&#224; seulement)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui se pla&#238;t dans ses malheurs, on tourne le dos, on le fuit : mais toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui se pla&#238;t &#224; donner sur tout son avis : ils se croient &#224; l'abri, coquille de rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui se m&#234;le de vos affaires sans qu'on demande, j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de qui met une radio le matin dans sa cuisine, mais tous les jours&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de qui ne conduit une voiture qu'avec des voix dans le haut-parleur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de qui attend la parole des autres ou la souhaite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;loi sur qui ne reste pas en place&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;loi sur qui va par les chemins de c&#244;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;loi pour garder la disposition de plissement horizontal et stratification dans l'organisation des hommes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui roulent et vous doublent dans les endroits interdits, ils sont dangereux, mais j'ai peur de ceux qui sont trop sages et freinent aux virages, respectent les panneaux : ils n'atteignent pas au cours r&#233;gl&#233; du monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui vous serrent la main en premier, de ceux qui vous retiennent la main plus qu'on ne demande, peur de celles et ceux qui vous embrassent quand vous ne les auriez pas embrass&#233;s, ou qui vous font m&#234;me politesse &#224; se quitter cinq minutes plus tard et que &#231;a aurait de l'importance, croiseurs de rencontre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de moi-m&#234;me : trop de r&#233;action &#224; n'importe quoi et j'ai peur, pas assez de r&#233;action &#224; n'importe quoi et j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;vacuer la peur &#224; dire j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;chasser la peur &#224; dire j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui racontent des histoires de monstres ou de meurtres invent&#233;s : les idiots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui racontent des histoires o&#249; se faire mal parce qu'on s'aime et les avanies encore et encore du touche moi tu me manques et tout &#231;a ou bien c'est pour toujours : les idiots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;agrandi de la peur qu'on ma&#238;trise, et marcher quand m&#234;me : tu crois, mais rien de moins s&#251;r&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui une fois a humili&#233; son semblable ou son proche ne se d&#233;barrassera pas de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui une fois a terrass&#233; son semblable ou son proche par violence de mots, violence de chiffre ou violence de fait ne se d&#233;barrassera pas de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui parlent impassibles devant des micros, avec drapeaux dans le dos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui sont si s&#233;rieux &#224; des c&#233;r&#233;monies r&#233;gl&#233;es bien avant eux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui entrent d'un air si d&#233;cid&#233; dans une salle o&#249; on juge, o&#249; on vote, o&#249; on l&#233;gif&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui rient &#224; la t&#233;l&#233;vision &#224; pr&#233;tendre constituer de soi-m&#234;me spectacle suffisant pour les autres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un texte froid et dur, qui trouble : celui-l&#224; dirait la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un texte avec des images grises et fixes, &#224; peine un trembl&#233; : celui-l&#224; dirait la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;livres dont on se souvient qui &#233;voquaient vos peurs : les mots sont forts, pour dire la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;est-ce que deux cat&#233;gories d'hommes, les inquiets et les autres ; et que ce serait une chance d'&#234;tre du c&#244;t&#233; de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils donnent des ordres : ils &#233;chappent &#224; la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils surveillent avec des armes : &#233;chappent &#224; la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sont satisfaits d'eux-m&#234;mes et pas de r&#234;ves : &#233;chappent &#224; la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui ne se retourne pas sur l'&#234;tre inquiet qui le suit : le plaindre ou s'en m&#233;fier (c'est une question)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui a noy&#233; en lui l'&#234;tre inquiet, et tout rempli des avantages qu'il se croit : s'en d&#233;fier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ce qui &#233;gal &#224; soi-m&#234;me recommence et peu importe qui, l&#224;, devant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ce qui se ressemble dans la continuit&#233;, comme ces rayons de supermarch&#233; qu'on r&#233;approvisionne sans que vous le voyiez : pour vous, les m&#234;mes produits &#224; la m&#234;me place, et vous vous en saisissez aujourd'hui comme d'autres lundi vous l'avez fait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des voix non quand elles viennent d'une autre pi&#232;ce, mais qu'elles surgissent de votre chambre m&#234;me, la chambre o&#249; vous &#234;tes seul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je me moque de ceux qui me prennent pour un na&#239;f, un art brut&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je me moque de ceux qui r&#234;vent &#224; d'autres usages des mots et des phrases&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans le coin, devant le mur, de l'inanim&#233; et devient vivant : va &#8212; mais les vivants, partout les vivants, et tout inanim&#233; : va pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un couloir, des portes : tu ouvres celle-ci et tu es sauv&#233;, tu ouvres celle-ci et tu tombes, un puits, laquelle tu vas choisir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu parles &#224; celui-ci, et tu sais tr&#232;s bien qu'en fait il est un autre, et que cet autre dessous gronde, se dissimule et attend&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le spectacle de violence qu'est la ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les pantins qu'on d&#233;place d'une entreprise &#224; une autre, bras retrouss&#233;s d&#233;j&#224; pour le m&#233;nage, et s&#251;rs de soi ils sont : qu'on les fracasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qu'on aper&#231;oit de loin &#224; se battre deux &#224; deux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'escroquerie qu'on voit faire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui derri&#232;res leurs vitrines, leurs &#233;crans, leurs t&#233;l&#233;phones attendent qui gruger pour leur propre survie : destin de crabes l'&#233;conomie de la ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui &#224; deux se penchent sur un troisi&#232;me au sol et en finissent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui qui surgit devant vous et vous comprenez : sa t&#234;te, dedans blanc, les yeux, &#233;gar&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous &#234;tes devant la victime : ce qui lui est arriv&#233;, gratuit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;m&#234;me la plus petite est barbare, si c'est violence qu'on parle, hors sur soi-m&#234;me exerc&#233;e : pour tenir, juste tenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ceux qui dressent sur les couloirs de m&#233;tro et les rues de la ville ou sur la route les affiches de publicit&#233; : ils n'ont pas appris &#224; refuser leur m&#233;tier, ils accompliraient t&#226;che bien pire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui con&#231;oivent et fabriquent les statues et mannequins qui ne parlent pas, vous regardent sans penser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui photographient tout et accumulent les images : que la destruction survienne, qu'importe d'avoir ces images des temps pr&#233;alables, ils ne seront plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui s'&#233;tonnent des voix, offrent des fleurs, vont &#224; bicyclette&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ceux qui disent froidement des phrases trop belles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ceux qui savent les chiffres de l'argent et en jouent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : ce qui vous prend et rien ne change, fa&#231;on d'&#234;tre saisi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : on veille, on regarde, on attend et dedans opaque, trouble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : dans les yeux, dans la gorge, dans le ventre, sur la peau, &#224; vous-m&#234;me &#233;tranger &#8212; et ce qu'on voit dans l'insomnie : peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de qui consid&#232;re que l'exercice d'un sport est une t&#226;che d'homme et non son simulacre : qui s'&#233;puiserait pour juste un simulacre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le mot &lt;i&gt;vide&lt;/i&gt; : mais quoi, vide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le mot &lt;i&gt;calme&lt;/i&gt; : mais quoi, calme, trop calme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;voix &#233;touff&#233;e, voix loin, un appel : avoir d&#233;j&#224; parl&#233; d'appel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la peur m&#234;me, partag&#233;e : mais quoi alors en partage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;puis le mot &lt;i&gt;t&#233;moin&lt;/i&gt; : t&#233;moin de ma peur, toi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le mot &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt; : &#224; regarder m&#234;me le pire, &#233;vacuer le pourquoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce qui fait peur : la r&#233;alit&#233;, voil&#224; ce qu'elle devrait &#234;tre et puis quelque chose l&#224;-bas au fond qui bouge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui, celle qui dit : j'ai peur des lieux, villes, rues, routes, pays qui vous semblent familiers, quand on n'y est jamais venu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui, celle qui dit : j'ai peur des lieux, villes, routes, pays qui semblent n'avoir en rien chang&#233; depuis votre dernier passage, votre dernier d&#233;part&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui, celle qui dit : j'ai peur d'une odeur, d'un objet, d'un paysage &#224; la fen&#234;tre qu'on reconna&#238;t, alors que si longtemps qu'on n'est pas venu, et qu'on ne savait pas s'en souvenir : il y a donc si peu de vent en ce monde, que tout demeure quand vous-m&#234;me n'en souhaitiez pas m&#233;moire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui, celle qui dit : j'ai peur d'une voix qu'on reconna&#238;t, et la reconna&#238;tre efface les mots qu'on aurait d&#251; y entendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ma voix &#224; moi, quand je ne la reconnais pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : vous attendez dans une salle, on doit vous convoquer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : vous &#234;tes dans un bureau et personne, on vous a dit d'attendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : une lettre va vous arriver, on vous dira ce qu'il en est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : simplement, &#231;a sonne &#224; la porte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur quand je ne reconnais pas un visage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur quand &#231;a bouge &#224; c&#244;t&#233; et que je ne sais pas ce que c'est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur quand &#231;a grogne dans le corps et que trop de fatigue pour se soigner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur quand il faudrait partir, s'&#233;loigner vite et que pourtant on reste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur d'avoir peur : mais une vraie peur, une peur &#224; se pisser dessus tu connais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur que ce ne soit simplement qu'une variation rythmique sur le mot peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : un mot muet, une chose sans nom&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous angoisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous oppresse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous &#233;treint&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous tremble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous, vous peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une solitude, ta solitude&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur c'est quand on monte cet escalier et l&#224;-bas cette porte il faudra frapper mais de l'autre c&#244;t&#233; quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur c'est dans le r&#234;ve quand poursuite, quand tout nu, quand paralys&#233;, quand animaux, quand cloisons, quand labyrinthe, quand perdu, quand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quand tu pleures&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avant que tu pleures&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quand tu as pleur&#233; et que recommencer : ce qui a chang&#233; c'est quoi, ce dont tu es s&#251;r c'est quoi, ce qui se serait all&#233;g&#233; c'est quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;si peur est un verbe et qu'on dit je peur tu peur il peur qu'est-ce qui est plus fort de ce qu'on croit faire aux autres ou de ce qu'on subit des autres, ou bien juste intransitif : d'o&#249; elle vient ta peur et qui l'exerce, non, rien, personne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur du ciel encore et encore gris, et ce vrombissement de la ville sur l'asphalte, les sir&#232;nes loin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de l'immobilit&#233; lourde du ciel : l'orage quand il se fera, o&#249; et sur qui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de l'indiff&#233;rence : et toi-m&#234;me, ne pas acquiescer &#224; ce qui se joue partout du vieux drame, de l'&#233;ternel drame&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les guerres qu'ils se font, la guerre qui pourrait ici venir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la mis&#232;re o&#249; ils sont, la mis&#232;re qui jusqu'&#224; toi vient battre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la d&#233;tresse de qui appelle : et pr&#232;s de toi, qui donc aussi appelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de ce que chacun marche ainsi seul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'aime sauter, l&#224; sur place, pas sauter dans le vide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'aime courir, pour le plaisir de courir, pas courir pour fuir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'aime parler, c'est pour raconter et partager, pas crier pour dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et quarante mots dans quarante langues qui seraient ce m&#234;me mot seraient aussi blancs et d'un seule syllabe ouverte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une soif de musique, alors &lt;i&gt;non&lt;/i&gt;, la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et quarante mots dans quarante langues si devant toi ce mur ce qu'il d&#233;signe est m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils savaient autrefois crier, quand ils utilisaient le mot &lt;i&gt;paour&lt;/i&gt; (dans Rabelais si souvent &lt;i&gt;paour&lt;/i&gt; : on l'a repeinte en blanc et sueur, la peur, on en a fait lumi&#232;re froide, moi je pr&#233;f&#232;re &lt;i&gt;paour, paour, paour&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la facult&#233; qu'on a de percevoir la peur d'un autre, face &#224; vous, pr&#232;s de vous : et lui, sent-il ce qui vous angoisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on se courbe dans la ville on se plie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on s'emp&#234;che de v&#234;tements de capuches de gants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on a des armes on a m&#233;fiance et uniforme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on se h&#233;risse on interpelle on limite les droits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il faut de la distance entre les hommes entre les corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il faut des mouvements r&#233;gl&#233;s pour la foule et dans les villes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on ne parle pas de ses r&#234;ves&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on a peur on crie non on a peur on se tait on se replie on tremble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est diffus c'est sourd c'est une angoisse c'est dans la gorge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une boule une sueur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce qui se d&#233;sassemble dans le fond de vous-m&#234;me, les d&#233;sordres du corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enfant on en pisse dans sa culotte, maintenant non : mais dedans, pareil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les agit&#233;s qui se fondent alors &#224; la foule qui marche, &#224; la nuit qui absorbe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et ceux qui une boule dans la gorge attendent simplement &#224; leur fen&#234;tre qu'advienne le ciel gris, parce que pas dormi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on voudrait courir et puis non, dans les yeux cela &#233;clate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;juste cela un blanc ou juste cela du gris ou alors carr&#233;ment cela : noir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui appelle au secours : fini, ne reviendra plus au jour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui s'enfonce dans ses r&#234;ves et les aime : fini, ne reviendra plus au jour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui s'adosse au mur en tremblant et les paumes sur le mur : fini, ne reviendra plus au jour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils parlent de la m&#234;me chose au m&#234;me moment et s'en r&#233;confortent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;foules enti&#232;res de la peur : et pourquoi sinon le monde d&#233;riverait tant, ils ont les dieux de leur peur, les h&#233;ros de leur peur, les r&#233;compenses de leur peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;souvenir d'&#234;tre dans la nuit les yeux ouverts, on garde une lampe allum&#233;e, le temps ne passe pas, le sommeil ne vient pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;souvenir d'&#234;tre deux jours et deux nuits dans une pi&#232;ce sans sortir : sortir pourquoi, dehors la peur, mieux c'est d'attendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;blocs rocheux qu'on contient dans soi-m&#234;me, quand on marche : bruit d'effondrement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision : tout d'un coup quoi bascule, quoi surgit et puis tout cesse, emport&#233;s (on l'a vu, oui, cela, on en porte les traces et les images)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision : sur vous-m&#234;me seringue, vous cessez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision : celui-l&#224; m&#234;me qui a peur, qui l&#232;ve son coude devant son visage, se d&#233;tourne mais c'est pour rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on met devant vous des mod&#232;les d'homme trop conformes et c'est eux qui vous disent : voil&#224; pour manger, voil&#224; pour vivre, voil&#224; pour travailler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on classe devant vous les chemins dans la ville : trajet pour tous les jours, trajet pour le dimanche, trajet pour ce qui te reste de famille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on a trop connu chacun de propri&#233;taires, de fonctionnaires, et l'exaction froide de qui a sur un autre pouvoir (on a les noms, on les a chacun)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on d&#233;finit les parcours pour apprendre, et les cravates qu'il faudra mettre : haine du pr&#233;vu, du hi&#233;rarchique, de ce qui commande et cyniquement domine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on vous apprend &#224; rester dans les lignes et dans les cases : casser, plut&#244;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on vous apprend &#224; danser : c'est une danse pauvre, sous les fa&#231;ades d'ici&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on vous apprend &#224; parler : si c'est parler sans huer, sans condamner, sans juger alors non&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il y avait disaient-ils tout ce qu'il fallait pour consoler, distraire ou plaire : les cin&#233;mas, les livres dans les gares, les spectacles &#224; grandes lumi&#232;res, les gradins en haut du sport, la t&#233;l&#233;vision o&#249; le bruit du monde est sourdine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui laisse sa voiture un matin et dispara&#238;t : laisse-t-il sa peur en arri&#232;re &#8211; et qui pour ne pas souhaiter parfois pareil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#233;veiller : r&#233;veiller toutes les peurs, les assigner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : d'anticiper les &#233;v&#233;nements proches, ce qui empire, et leurs cons&#233;quences &#8211; la plan&#232;te va mal et la race, trop nombreuse, occup&#233;e &#224; creuser son propre &#233;croulement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; anticiper l'avenir proche : la liste est trop longue de ce qu'il y aurait &#224; reprendre, &#224; refaire &#8211; il faudrait faire vite et vite r&#233;agir et non, on continue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la faire quand m&#234;me, la liste : ce qu'il y aurait &#224; reprendre, &#224; d&#233;vier, &#224; contrer, &#224; bloquer, &#224; inventer, &#224; refaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de leur tranquillit&#233; apparente dans les villes (et l'impasse, ils disent non)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de la tranquillit&#233; apparente de leurs visages (l'effondrement, pas pour eux disent-ils)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur d'un jour qui recommence et tout est calme sous le ciel (ils &#233;coutent la radio, lisent le journal, comptent l'argent pour les cadeaux)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#234;ves qui vous laissent tremblants : ce que vous avez vu forc&#233;ment &#233;tait vrai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;terreur comme vous avez su qu'elle se pratiquait : jusqu'&#224; l'extermination de qui elle attrapait, et m&#234;me si ceux-l&#224; avaient le regard digne, la nuque droite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je ne crains pas les anciens lieux de force et de pouvoir, les monuments dress&#233;s, les pierres &#224; c&#233;r&#233;monies, la marche ext&#233;nuante : on se frottait alors &#224; ce qui d&#233;passe (je les connais, je les d&#233;nombre : rares)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je ne crains pas d'affronter, de crier, de dire non, et se coucher s'il faut en travers de la route : on se heurtait &#224; ce qui d&#233;tourne le haut cours des hommes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : que ce qui nous entoure renonce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : que le mouvement d'ensemble s'&#233;tale et se perde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : la direction m&#234;me, oubli&#233;e, et ce qui nous rassemble, oubli&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et la bonne nouvelle aussi : on a peur d'une bonne nouvelle, qui r&#233;ouvre le temps, r&#233;ouvre le chemin ou l'attente, peur, inexplicable peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de soi extraire la peur, la tenir &#224; distance, la consid&#233;rer et dire : pars&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de soi extraire la peur, c'est une ombre noire, mais au moins on la tient, on lui dit voil&#224; tes bras, voil&#224; tes jambes, et tes menaces et tes r&#234;ves, mais moi : libre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;oublier, oublier la peur : se regarder, marcher enfin aux fronti&#232;res, tendre la main et la repousser, l'ombre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qu'on r&#233;apprendra &#224; le dire : plus, la peur &#8211; la peur, plus&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>la chambre double #9 | r&#234;ves dirig&#233;s</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;retour sur quelques &#233;l&#233;ments autobiographiques tus jusqu'ici&lt;/p&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4158' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4165' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;Power of wizard to influence dreams of others. #82&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On avait pris cette habitude-l&#224; assez t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'habitais une chambre o&#249; tout &#233;tait dans la m&#234;me pi&#232;ce lou&#233;e meubl&#233;e, un lit une place sur sommier avec lampe et table de chevet, une table sur tr&#233;teaux dont je m'&#233;tais muni moi, l'&#233;vier et la plaque chauffante dans un angle, une seule fen&#234;tre et mes livres (j'ai toujours les m&#234;mes &#233;tag&#232;res, elles me font face en cet instant : on d&#233;m&#233;nage les &#233;tag&#232;res en m&#234;me temps que les cartons de livre, o&#249; qu'on aille).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois seulement j'avais &#233;t&#233; un peu g&#234;n&#233;, mais il parlait d'une voix lente et monocorde, disant la liste des exercices qu'on aurait &#224; pratiquer et je n'ai re&#231;u de sa part que plus tard ces rudiments d'hypnose &#8211; ses techniques &#224; lui relevaient d'un autre domaine, plus rauque et plus brut et c'est de ce dont je lui suis redevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers exercices &#233;taient basiques, ce sont des exercices qui font partie d'un patrimoine commun, et je les utilise m&#234;me &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3743' class=&#034;spip_in&#034;&gt;dans mon enseignement ordinaire&lt;/a&gt; &#8211; les ateliers d'&#233;criture &#8211; avec nombre d'autres exercices appris de Jean Audeau, mais qui sont juste amener vers les portes d'o&#249; commen&#231;ait ce que lui nommait le &#171; travail &#187;, le travail v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un arrachement &#187;, avait-il coutume de dire. Et puis : &#171; Il ne s'agit plus ensuite que d'une transposition. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;trangement, alors que j'en &#233;tais plut&#244;t fier &#224; l'&#233;poque, il n'attachait pas d'importance au fait que j'&#233;crive mes r&#234;ves, ni que j'&#233;crive tout cours d'ailleurs. &#171; Pourquoi, puisque je t'y suis, dans tes r&#234;ves, du moins ceux qu'on fait ensemble, ici. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne l'ai pas repris sur cette expression, comme quoi on pouvait &#171; faire ensemble &#187; (et non &#171; r&#234;ver ensemble &#187;, ni non plus &#171; voir ce dont tu r&#234;ves &#187;). Il m'avait pr&#233;cis&#233; qu'&#233;tant derri&#232;re moi, normal que je ne le per&#231;oive pas dans mon r&#234;ve, qu'il &#233;tait tr&#232;s fier cependant de mon apprentissage de la vision lat&#233;rale dans le r&#234;ve, comme de ma capacit&#233; (&#224; ce qui me semble d'ailleurs maintenant le plus simple ou le premier de ces exercices) &#224; &#171; arr&#234;ter le r&#234;ve &#187;, mais que lui-m&#234;me, au bout d'une vie de pratique, avait toujours ce qu'il nommait un &#171; point noir de conscience &#187; &#224; ce qui dans le r&#234;ve aurait &#233;t&#233; imm&#233;diatement dans son dos, qu'il n'avait pu vaincre encore cet obstacle, m&#234;me en s'aidant des mod&#232;les habituels, porter attention aux objets r&#233;fl&#233;chissants (vitrines, r&#233;troviseurs si c'&#233;tait un r&#234;ve avec voiture), ou m&#234;me le regard des autres, ceux qu'on croisait dans le r&#234;ve, et qui eux pouvaient &#234;tre attentifs &#224; une pr&#233;sence loin derri&#232;re vous mais parfaitement dans l'axe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revois aujourd'hui encore ce mur en face de moi avec le dos de mes livres, et lui Audeau assis immobile sur la chaise mains pos&#233;es sur les genoux, dans les premiers temps il parlait souvent et puis ensuite tr&#232;s peu, sinon pour souligner tel enjeu ou tel obstacle dans l'exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais &#233;crit ces r&#234;ves : &#171; Ils nous appartiennent en commun et non &#224; toi en propre : ce sont mes lieux de r&#234;ve et je t'en ouvre les chemins &#187;, disait-il. C'&#233;taient souvent des villes, mais des villes d'ici, de ces fragments de ville qu'il vous semble conna&#238;tre d'avance et pourtant chaque int&#233;rieur est autre, mais qui ne permettraient pas de situer o&#249; est cette ville, et dans telle ville o&#249; serait ce fragment si net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois aussi des chemins : &#171; J'appelle ce r&#234;ve &#8220;la sortie de village&#8221; &#187;, me dit-il d'un autre sch&#233;ma r&#233;current.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut ensuite une autre phase : il &#233;tait sur sa chaise et moi je r&#234;vais. La chaise &#233;tait toujours au bout du lit, dans l'axe du lit et lui me faisant face, et derri&#232;re j'entrevoyais mes livres. Pourtant j'ai chang&#233; bien souvent de chambre. Et ces r&#234;ves &#233;taient ceux o&#249; il m'emmenait, non pas les miens. Seulement, dans cette nouvelle phase, sortant conscient du r&#234;ve je voyais bien qu'il n'&#233;tait pas avec moi, et comment serait-il venu &#8211; et m&#234;me pas de chaise vide pr&#232;s du lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, bien plus tard, plusieurs ann&#233;es apr&#232;s la disparition d'Audeau, j'ai revu les formes grises, quand j'ai senti sur les bords du r&#234;ves les pr&#233;sences angoissantes et ai devin&#233; leurs contours, alors seulement je me suis souvenu de ce que j'avais vu dans ces r&#234;ves o&#249; il disait me conduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas qu'on a moins peur. Je dis qu'on est pr&#234;t &#224; embrasser l'angoisse, &#224; marcher vers les formes grises.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>de l'oeil dans les r&#234;ves (suite)</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3132</link>
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		<dc:date>2014-12-26T21:16:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;chambre d'enregistrement des images du dedans&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3132.jpg?1352734078' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff3132.jpg?1352731995&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;718&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;A nouveau je dispose de la possibilit&#233; de passer mes deux doigts derri&#232;re l'oeil, le sortir et le nettoyer. Mais j'ai peur : est-ce que je saurai le replacer ? Est-ce que vraiment je verrai enfin plus net, ou bien au contraire, &#233;pongeant ce bain liquide qui entoure l'oeil, tout le monde environnant en sera d&#233;sol&#233;, terne, comme certains de ces anciens tableaux d'avant la perspective, pourtant si abstraitement forts, et o&#249; souvent l'id&#233;e de la mort se prom&#232;ne ? J'ai l'impression que si moi-m&#234;me je ne fais pas ce nettoyage de l'oeil, quelqu'un d'autre le fera &#224; ma place et ce sera encore plus d&#233;sagr&#233;able. Un inconnu est l&#224; qui me dit, si j'h&#233;site, qu'il dispose d'appareils impeccables pour y proc&#233;der, et me montre un genre de cuiller.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;663&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res nuits, je me prom&#232;ne de fa&#231;on r&#233;currente en r&#234;ve avec un b&#226;ton d'aveugle : une longue canne blanche, plus haute que moi, dont je me sers avec solennit&#233; Je suis bien conscient des regards curieux des gens vers moi. En fait, c'est une tringle, une brave tringle &#224; rideaux, ab&#238;m&#233;e aux extr&#233;mit&#233;s, et pas tr&#232;s lourde. Ici, venu pour un stage de plusieurs semaines dans cette ville, qui est une autre r&#233;currence dans mes r&#234;ves, je me demande bien moi-m&#234;me comment on m'a laiss&#233; prendre l'avion avec. Mais cela n'emp&#234;che rien : je ne m'en d&#233;pars pas. Et quand je marche, tr&#232;s Mo&#239;se, je fais en sorte qu'on voie bien qu'elle m'est un attribut d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;654&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans ce r&#234;ve, ma peau &#233;tait sem&#233;e de zones d&#233;pigment&#233;es. J'ai d&#233;j&#224; vu &#231;a autrefois sur quelqu'un : il para&#238;t que c'est un genre de champignon, et &#231;a se soigne apparemment sans probl&#232;me. Mais cette d&#233;pigmentation prenait sur moi un c&#244;t&#233; plus mena&#231;ant : aucun reflet sur ces taches, et je d&#233;couvre qu'elles sont multipli&#233;es sur mes jambes, en partant de l'int&#233;rieur. Et puis une curieuse d&#233;pilosit&#233;. J'ai l'impression que je n'aurai plus de coquille, que je devrai marcher fragile. Ces taches d&#233;pigment&#233;es s'assemblent selon des figures g&#233;om&#233;triques, je prends le temps de les regarder. Il ne faudrait pas que les autres s'en aper&#231;oivent : au demeurant, non, ils ne s'en aper&#231;oivent pas, ou pensent que c'est d&#251; simplement &#224; la prise d'&#226;ge. J'ai maigri aussi, beaucoup trop.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;650&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;autre variation sur th&#232;me dit qu&#234;te de l'alli&#233;, ou s'intitulant comme cela dans la t&#234;te lorsque commence le r&#234;ve&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Parfois, le double m'est favorable. En avant de moi, il porte les mains sur ce dont j'ai &#224; traiter avec les mains. Il pense probablement, puisque les mots qu'il articule sont les mots que j'avais souhait&#233; dire, pour cette circonstance, pour ce probl&#232;me pr&#233;cis. Il y a seulement que je n'aime pas la voix de mon double : trop lisse, trop claire, la mienne est plus sourde, et d&#233;timbr&#233;e. Mais qui le saurait, s'ils n'ont entendu que mon double ?
&lt;br&gt;
Plus souvent, on est conscient de l'irruption du double parce que d&#233;favorable. Les choses qu'on prend vous tombent des mains, on efface un fichier, on dit ce qu'il ne faut pas (on l'a pourtant bien dit soi-m&#234;me, de la voix sourde et d&#233;timbr&#233;e). On re&#231;oit des mauvaises nouvelles, on encaisse des chocs. On voudrait le pousser en avant, le double, pour qu'il vous prot&#232;ge, ou bien au moins qu'il en charge son sac, et vous laisse libre du v&#244;tre.
&lt;br&gt;
Mais la plupart du temps, le double est indiff&#233;rent. Il est &#224; c&#244;t&#233;, l&#233;g&#232;rement en recul. Votre difficult&#233; &#224; probl&#233;matiser avec des mots ce que vous pensez, il s'en moque (m&#234;me pas de demi-sourire ou de d&#233;sapprobation exprim&#233;e). Les mauvaises nouvelles qui se profilent, lui &#231;a ne le concerne pas, apparemment : il l&#232;vera vaguement les yeux vers les &#233;tag&#232;res &#224; livre, comme si cela suffisait.
&lt;br&gt;
Parfois, on aimerait &#234;tre &#224; sa place. Qui s'en apercevrait ? Mais lui, comment formaliserait-il l'&#233;change ? Ou bien : et si tous ces probl&#232;mes, cette incertitude, ces mauvaises nouvelles seulement parce que cet &#233;change on l'a fait, trop t&#244;t, il y a trop longtemps, et que maintenant nul de nous deux pour savoir comment revenir en arri&#232;re.
&lt;br&gt;
Reste la double pr&#233;sence, ou cet obs&#233;dant sentiment de d&#233;doublement : ce qui m'arrive me traverse, ne me rejoint pas. C'est cela, &#234;tre son double ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;642&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;tait terrorisant dans ce r&#234;ve, c'&#233;tait ma propre impossibilit&#233; &#224; me rendre compte de ce en quoi sa situation &#233;tait impossible. Il y avait deux voyages en train, et si quelque chose de mon point de vue n'allait pas, c'est le g&#226;chis. Deux fois l'aller Tours Paris un lundi matin, quand le train est si cher. Et s'y greffaient &#233;videmment bien des d&#233;tails. La discussion avec les deux filles contr&#244;leur le premier voyage, qu'elles me connaissent par mon nom, et que j'avais pris &#224; l'une, par vengeance, des billets qui ne m'appartenaient pas. Et, pour le deuxi&#232;me voyage, ce mod&#232;le tout r&#233;cent de train, l&#224; encore bond&#233;, et qu'&#233;taient tout pr&#232;s dans les si&#232;ges des gens que je connaissais, dont mon voisin d'en face, et que j'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas faire esclandre. Enfin, ce rendez-vous, pour lequel j'allais deux fois &#224; Paris, c'&#233;tait un rendez-vous sans espoir, d'ailleurs je m'apercevais trop tard, me souvenant qu'on &#233;tait lundi matin, que le directeur de maison d'&#233;dition &#233;tait &#224; sa r&#233;union hebdomadaire et ne me recevrait pas, surtout n'ayant pas pr&#233;venu. C'est vers ce moment-l&#224; que je me suis r&#233;veill&#233; vraiment terroris&#233; : j'avais pris deux fois le train ce matin-l&#224;, il ne manquait que le temps d'un retour. J'avais exist&#233; dans deux moments s&#233;par&#233;s du temps, sans possible commutation g&#233;ographique de l'un &#224; l'autre. Et si tous ces gens &#233;taient &#233;tranges avec moi ce matin-l&#224;, c'est qu'ils s'en &#233;taient bien aper&#231;us. La fille contr&#244;leur fouillait dans mon cartable, elle voulait tout savoir de ces manuscrits, et moi je ne voulais pas qu'elle d&#233;couvre ces billets que je lui avais au premier voyage carr&#233;ment subtilis&#233;s, alors qu'ils ne pouvaient me servir &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;626&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D'ombres et lumi&#232;res en s&#233;quences rapides, z&#233;brantes. Me d&#233;pla&#231;ant, z&#233;brures et s&#233;quences se d&#233;pla&#231;ant. Approchant des murs, z&#233;brures et s&#233;quences trouant le mur, rebondissant, perturbation : ainsi marchant dans la suite des pi&#232;ces et couloirs, dansant m&#234;me, seulement o&#249; alternances raies lumi&#232;res, &#233;clatements et glissements de lumi&#232;re ne rebondissant pas sur murs et parois : moi-m&#234;me fait lumi&#232;re, cette variation lumi&#232;re. Levant la main &#224; hauteur de visage et l'approchant des yeux : lumi&#232;re. Tourneboulant sur moi-m&#234;me et immobile au sol : comme on &#233;teint progressivement une lampe. Apprenant alors &#224; conduire doucement lumi&#232;re fixe, lumi&#232;re douce, lumi&#232;re stable. Accepter de l'emmener au dehors, o&#249; personne ne voit lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;26 &#8212; tr&#232;s ancien r&#234;ve (retravaill&#233;, sans date)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La demande &#233;tait : une phrase qu'on puisse, &#224; cet instant, crier. Et crier avait sens si le cri m&#234;me, celui que d&#233;terminait la phrase, avait sens. &lt;br&gt;
Que quelqu'un surgisse et crie ne suffit pas. &lt;br&gt;
J'enqu&#234;tais : les raisons qu'on a de crier. Elles ont des racines dans chaque porte de l'exc&#232;s : ainsi la haine, la douleur, la joie, la rage, la peur.
&lt;br&gt;
Au fond, plut&#244;t une seule : dans chaque composante, ce qui provoque l'exc&#232;s c'est la peur. On crie de joie parce qu'on &#233;chappe &#224; la peur, on crie non pas de douleur mais pour la peur d'o&#249; elle nous emm&#232;ne, et la rage aussi est une peur. La haine, c'&#233;tait faux : on ne crie pas depuis la haine. Elle est silencieuse et liquide. On coule cela vers qui on hait (il m'arrive de ha&#239;r : je sais qui je hais).
&lt;br&gt;
&#199;'aurait &#233;t&#233; trop facile de dire : la peur. D'&#233;crire : voil&#224; la peur, voil&#224; ce qui fait peur, alors on crie. C'&#233;taient des mots et des phrases qui aient sens qu'il fallait donner. Comme un chant satur&#233; et tendu, qui se fragmenterait, &#233;claterait et retomberait. &lt;br&gt;
Cela fait dix jours que je cherche. Ce que j'accumule, je l'&#233;loigne. On ne peut pas inventer un cri pour un autre. Et moi je suis muet. J'avale, je garde, je me grandis dans ces haines, j'accepte ces joies. Et la peur qui me tient, avec ses bouff&#233;es ou ses calmes, elle me crispe plut&#244;t, je m'enfonce dans l'immobilit&#233; o&#249; je coupe ce qui relie au dehors (&lt;i&gt;dehors&lt;/i&gt;, tel &#233;tait le mot qu'on interrogeait) : ni t&#233;l&#233;phone ni lettres ni message, et les rendez-vous, annul&#233;s &#224; la derni&#232;re minute, c'est trop souvent mon genre et je le regrette bien. Mais comment faire autrement. &lt;br&gt;
J'avais pourtant cette phrase. Elle me revenait de tr&#232;s loin. Depuis le m&#234;me endroit que celui qui, une fois, sur quatre plaques successives de carton, avait peint un cri et nomm&#233; sa toile : &lt;i&gt;le cri&lt;/i&gt;. &lt;br&gt;
Cette phrase, c'&#233;tait celle-ci : &lt;i&gt;L'ombre de la mort est blanche&lt;/i&gt;. &lt;br&gt;
Je me disais qu'on pouvait crier cette phrase.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;14 &#8212; versions initiales de deux des trois r&#234;ves transcrits et r&#233;&#233;crits dans &lt;i&gt;Impatience&lt;/i&gt; (1998)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Devant la glace je prends des ciseaux et me coupe les cils, puis les sourcils, de l'oeil gauche, qui restent cependant plut&#244;t longs. L'oeil dans la glace s'agrandit soudain, affin&#233;, d'un bleu vert intense, et comme charg&#233; de tendresse. D'une expression de tendresse que je ne m'&#233;tais jamais connue Mais un d&#233;s&#233;quilibre, &#224; la proximit&#233; de cet oeil nu dont j'examine le reflet : le reste du visage m'appara&#238;t distendu, d&#233;form&#233;. Je passe donc &#224; l'oeil droit, mais cela r&#233;siste. Les sourcils sont trop drus, trop d&#233;velopp&#233;s vers la tempe. Quant aux cils je m'y prends mal, je ne suis pas &#224; ma main : soit je les arrache, extirp&#233;s avec la racine, soit je me pince durement la peau. Dans les deux cas &#231;a me fait mal, et la douleur, d&#233;sormais persistante, continue, me semble provenir d'un point unique, situ&#233; tout au fond de l'oeil. R&#233;sultat : je d&#233;couvre l'oeil droit, comme l'autre, agrandi, mais ce globe d&#233;pourvu de cils est repoussant, terne. La corn&#233;e, jaune, est craquel&#233;e d'un labyrinthe ros&#226;tre, &#233;pais. Et je sais que la d&#233;figuration est d&#233;finitive. Je suis triste, et sens que jamais plus je ne pourrai m'arracher &#224; cette contemplation d'un visage, le mien, dissym&#233;trique, ab&#238;m&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chambre d'h&#244;tel, en province. C'est la nuit, mais plut&#244;t vers le matin. Parce que j'ai &#224; &#233;crire quelque chose d'importance, je dois m'&#233;quiper en cons&#233;quence. Donc je me plante, au bout des gros orteils, une cartouche de stylo, piqu&#233;e sous l'ongle. &#199;a me fait mal, mais tant pis. Je fixe le plus solidement possible chaque cartouche avec du sparadrap, et recouvre le tout d'une chaussette. Pour que cela marche, que l'encre arrive bien. Je dois appuyer fortement sur le stylo que je tiens entre mes doigts. Ainsi, &#224; travers le corps et la peau, l'encre arrive sur la page, et jamais besoin d'arr&#234;ter. Un seul doute : jusqu'ici, je n'avais pas besoin de me transformer de la sorte. R&#233;ponse instantan&#233;e : gr&#226;ce au sang, qui donnera au noir de l'encre une teneur rouge, l'&#233;crit prendra, m&#234;me dans son apparence ; un aspect plus profond, avec un sentiment de v&#233;rit&#233; bien plus fort. Et quelque chose aussi de l'ordre de l'&#233;motion. Mais mon syst&#232;me n'est pas au point. Au pied droit &#231;a tient mal. Tout est parti dans la chaussette, une chaussette en laine brune que je retrouve imbib&#233;e d'encre et de sang. La plaie saigne. &#192; gauche &#231;a tient, mais la cartouche est d&#233;j&#224; vide. Je d&#233;fais l'installation. Pour &#233;crire c'est fichu. Il faut laver les chaussettes, puisque je n'en trouve pas de re-change. Je ne m'en sors pas. Je ne souffre pas, mais mon pied bless&#233; laisse des traces sur le carrelage, et surtout devant l'armoire o&#249; j'ai fouill&#233;. Et si je fais cette lessive des chaussettes pleines d'encre, cela n'aura pas le temps de s&#233;cher avant l'heure de mon train pour Paris. Il va me falloir renfiler ces chaussettes gluantes, qui me d&#233;go&#251;tent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>j'ai dormi dans mon absence (nuits Cergy)</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4066</link>
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		<dc:date>2014-12-04T07:08:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>
		<dc:subject>EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de s'&#233;loigner de soi et d'y revenir en spectateur&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique108" rel="directory"&gt;&#233;tranget&#233;s concernant les villes&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot796" rel="tag"&gt;EnsaPC (&#233;cole d'arts Paris-Cergy)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4066.jpg?1417676615' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4066.jpg?1417676623&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce sont des donn&#233;es : je suis astreint, &#224; jour fixe, une fois par semaine, &#224; me pr&#233;senter ici, au guichet, &#224; la nuit tomb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me remet une carte avec un num&#233;ro. Quand j'arrive, la carte est pr&#234;te. Il est n&#233;cessaire de r&#233;server au moins une semaine &#224; l'avance pour b&#233;n&#233;ficier d'un tarif accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on prend la carte et son sac, on va &#224; l'ascenseur et on lit le premier chiffre des trois inscrits &#224; la main sur la carte. On sort dans le couloir, et on ins&#232;re la carte dans le num&#233;ro correspondant aux deux derniers chiffres inscrits &#224; la main sur la carte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est arriv&#233; de revenir dormir dans une chambre qui m'avait d&#233;j&#224; accueilli &#8211; je crois la 310 ou la 315. J'ai demand&#233; s'il y avait une astuce dans le syst&#232;me de r&#233;servation pour indiquer une pr&#233;f&#233;rence concernant une de ces chambres, on m'a dit que non, en tout cas je n'en ai pas trouv&#233; &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cinq couloirs sont identiques, mais le cinqui&#232;me &#233;tage est r&#233;serv&#233; aux h&#233;bergements de groupe et les chambres y ont trois, voire quatre lits s&#233;par&#233;s, ou superpos&#233;s. Il m'est arriv&#233; aussi d'y &#234;tre envoy&#233;, de dormir &#224; c&#244;t&#233; de trois lits vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les couloirs 2, 3 et 4 sont identiques, m&#234;me si le 4 comporte plut&#244;t deux lits individuels qu'un lit double, ce qui m'est d'ailleurs indiff&#233;rent pour l'usage que j'en ai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le c&#244;t&#233; du couloir, l'exposition &#224; la ville est &#233;videmment oppos&#233;e, mais les deux images correspondantes &#233;tant fixes, on s'habitue, d'ailleurs je ne regarde pas aux fen&#234;tres, c'est toujours la m&#234;me image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chambres sont identiques et alternent par sym&#233;trie, lit &#224; gauche et coin douche &#224; droite ou le contraire, petite table sous le n&#233;on vertical avec prise de courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques chambres n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; de &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1634&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;novation&lt;/a&gt;, armoire ou cloison suppl&#233;mentaire, la plomberie un peu usag&#233;e aussi, c'est le cas de cette 221 o&#249; j'&#233;cris en ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sol de linol&#233;um porte les stigmates de cigarettes &#233;cras&#233;es, m&#234;me si soi-m&#234;me on a du mal &#224; s'imaginer le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc chaque semaine on me remet la carte, je suis dans une chambre chaque fois identique et chaque fois pourtant diff&#233;rente, en hauteur par rapport &#224; la disposition des &#233;tage et en longueur par rapport &#224; la disposition des couloirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les variantes d'une semaine &#224; l'autre sont restreintes : voisinages, groupes, serrure bloqu&#233;e. Il y a dans chaque chambre un &#233;cran de t&#233;l&#233;vision et une t&#233;l&#233;commande mais je n'aime pas ces appareils, ils me sont aussi utiles que ces portes manteaux accroch&#233;s au mur par un clou ind&#233;vissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est arriv&#233; une aventure &#233;trange. J'avais effectu&#233; ma r&#233;servation d'avance, et b&#233;n&#233;fici&#233; d'un tarif bas en choisissant la mention &lt;i&gt;non annulable non remboursable&lt;/i&gt;. Quand j'ai su que je ne viendrais pas, la semaine derni&#232;re, j'ai tent&#233; d'appeler la r&#233;ception et leur demander &#8211; &#224; titre exceptionnel, mais on me conna&#238;t et me salue, maintenant, ici &#8211; de transf&#233;rer la r&#233;servation sur cette semaine-ci. Mais mauvais horaire ou quoi, je ne suis tomb&#233; sur quelqu'un qui &#233;tait indiff&#233;rent &#224; cette requ&#234;te (je sais pourtant qu'elle est possible) et me l'a refus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que je dormais dans une autre ville, dans un autre h&#244;tel, pour une obligation qu'il ne me revient pas de justifier, la chambre ici &#233;tait close sur mon absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais m&#234;me pens&#233; en faire cadeau &#224; quelqu'un, apr&#232;s tout c'est exotique une nuit ici. Puis j'avais renonc&#233;, pas la peine de se cr&#233;er des complications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la complication &#233;tait pour moi : c'est tr&#232;s bizarre de dormir non chez soi, mais de savoir que dans le lieu o&#249; chaque semaine vous allez dormir, avec les m&#234;mes gestes, les m&#234;mes lumi&#232;res, les m&#234;mes heures (elles ont une nature particuli&#232;re, sas entre deux journ&#233;es lourdes, j'y suis peu actif), vous en &#234;tes litt&#233;ralement absent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais confront&#233; &#224; l'absence de moi-m&#234;me, et pourtant rien de plus facile (parce que je n'&#233;tais pas chez moi, dormais dans un autre h&#244;tel ?) que m'y glisser &#224; distance. Pourquoi, m&#234;me si j'&#233;tais ailleurs, les m&#234;mes gestes associ&#233;s &#224; cette chambre vide n'auraient pas &#233;t&#233; accomplis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors hier soir, c'est cela que j'ai voulu me &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1779&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;confirmer&lt;/a&gt; &#224; moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro qu'on m'a attribu&#233; sur la carte importe peu &#8211; les chambres sont pareilles, c'est juste leur localisation qui change. Alors, d&#232;s que j'y suis entr&#233; hier soir, &#224; la nuit tomb&#233;e, que j'ai pos&#233; mon sac &#224; la place habituelle o&#249; je pose mon sac, allum&#233; le n&#233;on pr&#232;s de la petite table de travail, ferm&#233; le rideau de la fen&#234;tre sur la ville, j'ai su que je n'&#233;tais pas ce voyageur habituel, comme tant d'autres dans ce pays confront&#233; &#224; t&#226;che hebdomadaire hors de leur domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme un tour de cirque quand on ne se sait pas capable d'un tour de cirque, &#234;tre parvenu &#224; accomplir ce qui me hantait depuis cette nuit absente : venir voir &lt;i&gt;r&#233;ellement&lt;/i&gt; ce qui se passait dans cette chambre lorsque je n'y &#233;tais pas, mais que je l'avais r&#233;serv&#233;e, noire et silencieuse accroch&#233;e &#224; sa fen&#234;tre sur ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et depuis hier soir se sont encha&#238;n&#233;s ces m&#234;mes gestes o&#249; celui que j'observais n'&#233;tais pas celui qui vient chaque semaine, mais bien celui qui n'&#233;tait pas venu la semaine derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dormi dans mon absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une exp&#233;rience vraiment singuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/premiere-01.jpg?1417676705' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/premiere-02.jpg?1417676705' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/hotel.jpg?1417677706' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Charles Baudelaire | r&#234;ve du 13 mars 1856</title>
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		<dc:date>2013-10-08T06:45:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre, grandes pages</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>
		<dc:subject>Butor, Michel </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; C'est un monstre n&#233; dans la maison, et qui se tient &#233;ternellement sur un pi&#233;destal. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot385" rel="tag"&gt;Butor, Michel &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3684.jpg?1381214644' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Blanchot, dans &lt;i&gt;Faux Pas&lt;/i&gt; (&#171; L'&#233;chec de Baudelaire &#187;), y voit un pr&#233;curseur du texte surr&#233;aliste : on comprend ce qu'il veut dire, cette &#233;criture flux, serr&#233;e, acceptant d'engouffrer les images qui la pr&#233;c&#232;dent dans l'exp&#233;rience mentale (celle du r&#234;ve, ou sa recr&#233;ation scripturale), mais aussi la barri&#232;re lev&#233;e devant tous les interdits, sexe et prostitution comptant moins que sa propre inscription de sujet dans l'histoire.
&lt;p&gt;Ce texte fascine aussi parce qu'on y retrouve Baudelaire en &#233;crivain de m&#233;tier, avec des textes &#224; livrer (ce livre &lt;i&gt;obsc&#232;ne&lt;/i&gt;), qu'on y trouve des maisons (ou plut&#244;t : des int&#233;rieurs de maison, comme Proust dira de Dosto&#239;evski qu'il &#233;tait &lt;i&gt;un grand inventeur de maisons&lt;/i&gt;) supposant autour d'elles la promiscuit&#233; et la compacit&#233; et l'obscurit&#233; de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tonnement consid&#233;rant le fait suivant : Baudelaire ne recopie pas (tout est fou, tout est brut), mais &#233;crit pour envoyer &#224; Asselineau, certes un de ses amis, mais quand m&#234;me un homme moyen. L'&#233;criture du r&#234;ve permise parce que &#8211; du m&#234;me mouvement &#8211; on l'&#233;carte de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, combien de figures ici, sur la ville, sur le livre et l'&lt;i&gt;obsc&#232;ne&lt;/i&gt;, sur le &lt;i&gt;progr&#232;s&lt;/i&gt; mais aussi une de ces fabuleuses inscriptions oniriques qui feront &lt;i&gt;Sympt&#244;mes de ruine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sympt&#244;mes de ruine. B&#226;timents immenses. Plusieurs, l'un sur l'autre. Des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, disparaissent alors des chantiers en cours de Baudelaire pour devenir la seule possession de leur destinataire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En notant bien que nous ne le saurons jamais, les d&#233;m&#233;nagements, la maladie ensuite, ayant caus&#233; la disparition des &lt;i&gt;cartons de papiers&lt;/i&gt; dont parle r&#233;guli&#232;rement Baudelaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand m&#234;me cet axiome : quand survient &#224; Baudelaire un texte en rupture totale avec l'&#233;criture de son temps, il n'a pas forc&#233;ment la capacit&#233; de le reconna&#238;tre comme territoire pour son oeuvre, ou seulement sa prose, il le laisse &#224; l'&#233;cart du corpus principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce r&#234;ve &#8211; c&#233;l&#232;bre &#8211; que Michel Butor a &#233;crit 150 pages d'improvisation, un livre tout aussi canonique et tr&#233;sor de nos biblioth&#232;ques maintenant que l'&#233;dition originale si difficile &#224; trouver : &lt;i&gt;Histoire extraordinaire : sn r&#234;ve de Baudelaire&lt;/i&gt;. Je ne reproduis pas d'extrait de Butor, mais peut-&#234;tre nous l&#232;gue-t-il par l'existence m&#234;me de ce livre une &lt;i&gt;position&lt;/i&gt; neuve de lecteur (comme Baudelaire parle ici de &lt;i&gt;position du monstre&lt;/i&gt;) : savoir pour chaque ligne qu'on lit de cette br&#232;ve page, qu'il serait &#224; nous aussi possible de trouver &lt;i&gt;en nous&lt;/i&gt; des ressources pour en parler tout un livre. Qu'on veuille bien au moins l'imaginer alors, le temps de lire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si Butor ne l'avait pas &#233;crit, ce livre, comme on s'y lancerait bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
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&#192; CHARLES ASSELINEAU
&lt;br/&gt;
Jeudi 13 mars 1856.
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mon cher ami, puisque les r&#234;ves vous amusent, en voil&#224; un qui, j'en suis s&#251;r, ne vous d&#233;plaira pas. Il est 5 heures du matin, il est donc tout chaud. Remarquez que ce n'est qu'un des mille &#233;chantillons dont je suis assi&#233;g&#233;, et je n'ai pas besoin de vous dire que leur singularit&#233; compl&#232;te, leur caract&#232;re g&#233;n&#233;ral qui est d'&#234;tre absolument &#233;trangers &#224; mes occupations ou &#224; mes aventures personnelles me poussent toujours &#224; croire qu'ils sont un langage quasi hi&#233;roglyphique dont je n'ai pas la clef. Il &#233;tait (dans mon r&#234;ve) 2 ou 3 heures du matin, et je me promenais seul dans les rues. Je rencontre &lt;i&gt;Castille&lt;/i&gt;, qui avait, je crois, plusieurs courses &#224; faire, et je lui dis que je l'accompagnerai, et que je profiterai de la voiture pour faire une course personnelle. Nous prenons donc une voiture. Je consid&#233;rais comme un &lt;i&gt;devoir&lt;/i&gt; d'offrir &#224; la ma&#238;tresse d'une grande maison de prostitution un livre de moi qui venait de para&#238;tre. En regardant mon livre que je tenais &#224; la main, &lt;i&gt;il se trouva&lt;/i&gt; que c'&#233;tait un livre obsc&#232;ne, ce qui m'expliqua &lt;i&gt;la n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; d'offrir cet ouvrage &#224; cette femme. De plus, dans mon esprit, cette n&#233;cessit&#233; &#233;tait au fond un pr&#233;texte, une occasion de baiser en passant une des filles de la maison, ce qui implique que, sans la n&#233;cessit&#233; d'offrir le livre, je n'aurais pas os&#233; aller dans une pareille maison. Je ne dis rien de tout cela &#224; &lt;i&gt;Castille&lt;/i&gt;, je fais arr&#234;ter la voiture &#224; la porte de cette maison, et je laisse &lt;i&gt;Castille&lt;/i&gt; dans la voiture, me promettant de ne pas le faire attendre longtemps. Aussit&#244;t apr&#232;s avoir sonn&#233; et &#234;tre entr&#233;, je m'aper&#231;ois que ma pine pend par la fente de mon pantalon d&#233;boutonn&#233;, et je juge qu'il est : ind&#233;cent de me pr&#233;senter ainsi m&#234;me dans un pareil endroit. De plus, en me sentant les pieds tr&#232;s mouill&#233;s, je m'aper&#231;ois que j'ai &lt;i&gt;les pieds nus&lt;/i&gt;, et que je les ai pos&#233;s dans une mare humide au bas de l'escalier. Bah ! &#8212; me dis-je, &#8212; je les laverai avant de baiser, et avant de sortir de la maison. &#8212; Je monte. &#8212; &#192; partir de ce moment, il n'est : plus question du livre. &#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me trouve dans de vastes galeries, communiquant ensemble, &#8212; mal &#233;clair&#233;es, &#8212; d'un caract&#232;re triste et fan&#233;, &#8212; comme les vieux caf&#233;s, les anciens cabinets de lecture, ou les vilaines maisons de jeu. Les filles, &#233;parpill&#233;es &#224; travers ces vastes galeries, causent avec des hommes, parmi lesquels je vois des coll&#233;giens. &#8212; Je me sens tr&#232;s triste et tr&#232;s intimid&#233; ; je crains qu'on ne voie mes pieds. Je les regarde, je m'aper&#231;ois qu'il y en a un qui porte un soulier. &#8212; Quelque temps apr&#232;s, je m'aper&#231;ois qu'ils sont chauss&#233;s tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me frappe, c'est que les murs de ces vastes galeries sont orn&#233;s de dessins de toute sorte, &#8212; dans des cadres. &#8212; Tous ne sont pas obsc&#232;nes. &#8212; Il y a m&#234;me des dessins d'architecture et des figures &#233;gyptiennes. Comme je me sens de plus en plus intimid&#233;, et que [je] n'ose pas aborder une fille, je m'amuse &#224; examiner minutieusement tous les dessins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une partie recul&#233;e d'une de ces galeries, je trouve une s&#233;rie tr&#232;s singuli&#232;re. Dans une foule de petits cadres, je vois des dessins, des miniatures, des &#233;preuves photographiques. Cela repr&#233;sente des oiseaux colori&#233;s avec des plumages tr&#232;s brillants, dont l'&#339;il est vivant. Quelquefois, &lt;i&gt;il n'y a que des moiti&#233;s d'oiseaux&lt;/i&gt;. &#8212; Cela repr&#233;sente quelque fois des images d'&#234;tres bizarres, monstrueux, presque &lt;i&gt;amorphes&lt;/i&gt;, comme des &lt;i&gt;a&#233;rolithes&lt;/i&gt;. Dans un coin de chaque dessin, il y a une note. &#8212; &lt;i&gt;La fille une telle, &#226;g&#233;e de ...., a donn&#233; le jour &#224; ce f&#339;tus en telle ann&#233;e&lt;/i&gt; ; &#8212; et d'autres notes de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion me vient que ce genre de dessins est bien peu fait pour donner des id&#233;es d'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre r&#233;flexion est celle-ci : Il n'y a vraiment dans le monde qu'un seul journal, et c'est &lt;i&gt;Le Si&#232;cle&lt;/i&gt;, qui puisse &#234;tre assez b&#234;te pour ouvrir une maison de prostitution, et pour y mettre en m&#234;me temps une esp&#232;ce de mus&#233;e m&#233;dical. &#8212; En effet, me dis-je soudainement, c'est &lt;i&gt;Le Si&#232;cle&lt;/i&gt; qui a fait les fonds de cette sp&#233;culation de bordel, et le mus&#233;e m&#233;dical s'explique par sa manie &lt;i&gt;de progr&#232;s, de science, de diffusion des lumi&#232;res&lt;/i&gt;. Alors je r&#233;fl&#233;chis que la b&#234;tise et la sottise modernes ont leur utilit&#233; myst&#233;rieuse, et que souvent ce qui a &#233;t&#233; fait pour le mal, par une m&#233;canique spirituelle, tourne pour le bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'admire en moi-m&#234;me la justesse de mon esprit philosophique. Mais parmi tous ces &#234;tres, il y en a un qui a v&#233;cu. C'est un monstre n&#233; dans la maison, et qui se tient &#233;ternellement sur un pi&#233;destal. Quoique vivant, il fait donc partie du mus&#233;e. Il n'est pas laid. Sa figure est m&#234;me jolie, tr&#232;s basan&#233;e, d'une couleur orientale. Il y a en lui beaucoup de rose et de vert. Il se tient accroupi, mais dans une position bizarre et contourn&#233;e. Il y a de plus quelque chose de noir&#226;tre qui tourne plusieurs fois autour de lui et autour de ses membres, comme un gros serpent. Je lui demande ce que c'est, il me dit que c'est un appendice monstrueux qui lui part de la t&#234;te, quelque chose d'&#233;lastique comme du caoutchouc, et si long, si long, que s'il le roulait sur sa t&#234;te comme une queue de cheveux, cela serait beaucoup trop lourd et absolument impossible &#224; porter, &#8212; que d&#232;s lors il est oblig&#233; de le rouler autour de ses membres, ce qui d'ailleurs fait un plus bel effet. Je cause longuement avec le monstre. Il me fait part de ses ennuis et de ses chagrins. Voil&#224; plusieurs ann&#233;es qu'il est oblig&#233; de se tenir dans cette salle, sur ce pi&#233;destal, pour la curiosit&#233; du public. Mais son principal ennui, c'est &#224; l'heure du souper. &#201;tant un &#234;tre vivant, il est oblig&#233; de souper avec les filles de l'&#233;tablissement, &#8212; de marcher en chancelant avec son appendice de caoutchouc jusqu'&#224; la salle du souper, &#8212; o&#249; il lui faut le garder roul&#233; autour de lui, ou le placer comme un paquet de cordes sur une chaise, car s'il le laissait tra&#238;ner par terre, cela lui renverserait la t&#234;te en arri&#232;re. De plus, il est oblig&#233;, lui, petit et ramass&#233;, de manger &#224; c&#244;t&#233; d'une fille grande et bien faite. &#8212; Il me donne du reste toutes ces explications sans amertume. &#8212; Je n'ose pas le toucher, &#8212; mais je m'int&#233;resse &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce moment, &#8212; (ceci n'est plus du r&#234;ve) ma femme fait du bruit avec un meuble dans sa chambre, ce qui me r&#233;veille. Je me r&#233;veille fatigu&#233;, bris&#233;, moulu, par le dos, les jambes et les hanches. &#8211; Je pr&#233;sume que je dormais dans la position contourn&#233;e du monstre. &#8211; J'ignore si tout cela vous para&#238;tra aussi dr&#244;le qu'&#224; moi. Le bon Minot serait fort emp&#234;ch&#233;, je pr&#233;sume, d'y trouver une disposition morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; vous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sympt&#244;mes de ruine. B&#226;timents immenses. Plusieurs, l'un sur l'autre. Des appartements, des chambres, des temples, des galeries, des escaliers, des coecums, des belv&#233;d&#232;res, des lanternes, des fontaines, des statues. &#8211; fissures. L&#233;zardes, humidit&#233; provenant d'un r&#233;servoir situ&#233; pr&#232;s du ciel. &#8211; Comment avertir les gens, les nations ? Avertissons &#224; l'oreille les plus intelligents.&lt;br&gt;
Tout en haut, une colonne craque et ses deux extr&#233;mit&#233;s se d&#233;placent. Rien n'a encore croul&#233;. Je ne peux plus retrouver l'issue. Je descends, puis je remonte. Une tour labyrinthe. Je n'ai jamais pu sortir. J'habite pour toujours un b&#226;timent qui va crouler, un b&#226;timent travaill&#233; par une maladie secr&#232;te. &#8211; Je calcule, en moi-m&#234;me, pour m'amuser, si une si prodigieuse masse de pierres, de marbres, de statues, de murs, qui vont se choquer r&#233;ciproquement seront tr&#232;s souill&#233;s par cette multitude de cervelles, de chairs humaines et d'ossements concass&#233;s. &#8211; Je vois de si terribles choses en r&#234;ve, que je voudrais quelquefois ne plus dormir.&lt;/p&gt;
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