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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Bon &amp; Pifar&#233;ly | six nuits, une peur</title>
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		<dc:date>2021-09-05T17:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Corneloup</dc:subject>
		<dc:subject>Eric Groleau</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;anniversaire : il y a 10 ans, l'album Peur avec Dominique Pifar&#233;ly&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Bon &amp; Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Corneloup&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot269" rel="tag"&gt;Eric Groleau&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4837.jpg?1551204729' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Tout est parti de ce texte, &#171; Peur &#187;, qu'avec Dominique Pifarely nous avons explor&#233; de nombreuses fois en public, et qui a contribu&#233; &#224; structurer notre duo. J'ai rassembl&#233; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article474' class=&#034;spip_in&#034;&gt;quelques prises ici, avec le texte&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;C'est Dominique qui a eu l'id&#233;e &#8212; avec l'appui d'une r&#233;sidence &#224; la sc&#232;ne nationale de Cavaillon &#8212;, de d&#233;velopper une trame narrative en amont de ce texte, et de l'interpr&#233;ter en formation &#224; cinq, avec &#201;ric Groleau (batterie), Fran&#231;ois Corneloup (sax baryton) et Thierry Balasse (&#233;lectronique). D&#233;velopper suffisamment de textes brefs pour permettre &#224; chacun de jouer avec chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin novembre 2018, nous &#233;tions accueillis au studio de &lt;a href=&#034;https://alamuse.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Muse en circuit&lt;/a&gt; pour 2 jours d'enregistrement. Le disque &lt;i&gt;Peur&lt;/i&gt; en provient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le trouvera sur le site de Dominique : &lt;a href=&#034;https://poros-editions.bandcamp.com/album/peur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pifarely.net&lt;/a&gt;. Si vous souhaitez vous procurer le disque, possible aussi par Tiers Livre au m&#234;me tarif (15&#8364; port compris), m'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le voici sur BandCamp, avec la qualit&#233; m&#234;me de l'enregistrement. Ci-dessous l'ouverture. J'en profite pour ins&#233;rer, ci-dessous, l'ensemble des textes : une &#233;criture qui ne m'a pas quitt&#233;, que j'ai pu pousser &#224; son point de fusion gr&#226;ce &#224; cette collaboration long terme avec Dominique Pifar&#233;ly, et que nous prolongerions aussi (avec Philippe De Jonckheere et Michele Rabbia) dans &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3096' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Formes d'une guerre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et rendez-vous cette &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/le-festival/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fin juillet 2019 pour prolongements surprise&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#1&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;du monde (dehors)&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#2&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;du mot paysage&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#3&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;du pr&#233;sent&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#4&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;des villes&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
&lt;a href=&#034;#5&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;de la phrase&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#6&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;des morts&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;#7&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;&#233;largissement&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;iframe style=&#034;border: 0; width: 350px; height: 470px;&#034; src=&#034;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=3708591966/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/tracklist=false/track=3343860337/transparent=true/&#034; seamless&gt;&lt;a href=&#034;http://poros-editions.bandcamp.com/album/peur&#034;&gt;Peur by Dominique Pifar&#233;ly / Fran&#231;ois Bon&lt;/a&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;du monde (dehors)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;D'abord j'aurais chuchot&#233;. D'abord quelque chose comme : &#171; quel spectacle que le monde &#187;. Mais je l'aurais dit tr&#232;s bas, comme on entendrait des mots d'un corps endormi. Puis la voix aurait continu&#233;, la voix aurait dit, parlant de ce spectacle du monde : on regarde fascin&#233;. Continuant : c'est noir, des fois c'est un gouffre, on ne sait pas o&#249; &#231;a s'arr&#234;te, et o&#249; l&#224;-bas &#224; tel endroit de la nuit il commence. Pourquoi on s'y laisse prendre. C'est &#224; cause de la nuit, l&#224;-bas, dehors. Et m&#234;me le mot dehors. Qu'on fait partie du tableau, qu'on y est pris avec nos bras, nos jambes et nos gestes. Tu te d&#233;places, tu fais partie de la nuit. Tu viens l&#224; dans la lumi&#232;re, c'est s'arracher &#224; la nuit du monde mais &#234;tre encore au monde. On est l&#224; les bras les mains li&#233;s au pr&#233;sent, tout travers&#233; de pass&#233;, ce qui n'aurait pas d&#251; arriver, ce qu'on n'aurait jamais voulu qu'il se soit pass&#233;, ce qui a &#233;t&#233; ta route et tes choix. On tente d'&#233;chapper, on vient &#224; contre, on heurte, on grogne : mais li&#233;. Dehors la nuit n'a pas origine, ni rien qu'on puisse regarder du temps &#224; venir. Quel spectacle que le monde : &#224; force de regarder on pourrait recommencer tu crois ? Voil&#224; qu'on se regarde soi-m&#234;me au lointain on essaye, voil&#224; qu'on se voit dans le temps qui ne se refait pas, ne peut se refaire &#8209; voil&#224; qu'ici enfin on a affaire au dehors. Et viennent &#224; toi les gens qui marchent dans la nuit, et ceux qui errent dans les villes, ceux qui arpentent les fronti&#232;res et les zones troubles du monde, c'est toi-m&#234;me en tous tes &#226;ges et l&#224;-bas dans quel autre bout de la terre c'&#233;tait encore ou d&#233;j&#224; l'&#233;ternelle pi&#232;ce vide sans fen&#234;tre o&#249; on est seul et on pense, l'insupportable silence tu t'essayes &#224; ouvrir les bras, tu appelles le bruit des villes le bruit total du monde et voil&#224; pourquoi tu avances maintenant d'un pas, ou bien que si loin dans cette ville tu marchais dans la foule inconnue ou le r&#234;vais, ces images qu'on porte les appeler, les images qu'on traverse et re&#231;oit les dire, les images on s'en lave tu crois ? Ainsi commencerait l'histoire, cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/muse-pifarely-corneloup-groleau-2.jpg?1551204749' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;du mot paysage&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'histoire : d'abord tu te souviens de pluies, jours de pluie derri&#232;re la vitre et &#231;a suffit pour partir loin, ou bien la pluie (la pluie) marchant dans les rues ou sur une plage, les pluies chaudes les pluies r&#234;ches les pluies m&#233;chantes, les pluies par envie ou l&#224;, sur le visage, ou les pluies subies et dedans la t&#234;te pareil que dehors ou bien, tu t'en souviens, ce lendemain de temp&#234;te roulant en voiture et plus rien autour que le vent et que l'eau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paysage mental, ce qu'on en porte. On dit paysage et voil&#224; qu'on voit. Paysage entrevu, on ne sait pas si on r&#234;ve. Paysage qu'on d&#233;couvre et on s'imagine l'avoir arpent&#233; d&#233;j&#224;, s'&#234;tre arr&#234;t&#233; l&#224;, mains pos&#233;es sur ce mur et on avait dit que, oui, c'est beau. Paysage souhait&#233;. De ces images g&#233;om&#233;triques, avec lignes de fuite. Paysage dans la t&#234;te, la t&#234;te lourde de paysages. Paysages vus en r&#234;ve. Souvenirs des villes. Et les paysages qu'on voit sur des images, paysages des livres d'enfance, des livres de g&#233;ographie, est-ce qu'on s'en souvient mieux ou moins bien que ce qu'on a vu en vrai, que ce qu'on a vu sans s'y arr&#234;ter, au hasard des trains, des voitures, paysages dormant, pas dormant : paysages qu'on voudrait pour s'y rendre d'un seul coup magique, voil&#224;, on l'a r&#234;v&#233;, on y marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;nombrer les fen&#234;tres, ce qu'on forge au dedans de fen&#234;tres, tout ce qu'on a regard&#233; une fois par une fen&#234;tre et combien de fen&#234;tres chacun on a dans la partie arri&#232;re des yeux et comment on y a regard&#233;, si c'&#233;tait de loin ou tout pr&#232;s, le front contre la vitre ou les mains sur l'appui, ou juste le rideau qu'on &#233;carte ou simplement qu'on est l&#224;, assis &#224; la table et que si souvent on &#233;tait l&#224; assis &#224; cette table et le regard vide et devant soi la fen&#234;tre. On se souvient de quoi, une fa&#231;ade un ciel un arbre, l'&#233;loignement d'une route, la silhouette dans le b&#226;timent l&#224;-bas ou le froissement de tout cela qui s'envole et cesse puisque fragiles sont les souvenirs et que toujours on est reparti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot m&#234;me paysage, et comme on le tendrait en couleurs sur un fond noir pour que tout apparaisse, et autre pour chacun, sur le m&#234;me fond noir pourtant, le mur, l&#224; tout devant, si d'un mot on l'&#233;claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;du pr&#233;sent&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent est une chanson, on l'a dans la t&#234;te, une chanson dont on se souviendrait mal des paroles, comme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent nous &#233;nerve, jamais comme il devrait &#234;tre. Comme. Le pr&#233;sent autour opaque et obscur, le pr&#233;sent se touche &#224; t&#226;tons, le pr&#233;sent ne r&#233;fl&#233;chit rien de ce que nous aurions autrefois pu apprendre : elles sont l&#224;-bas, pourtant, les lumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait d&#251; plus se m&#233;fier : on aurait d&#251; trouver. On s'en serait charg&#233; sur le dos, on aurait emport&#233; &#231;a avec nous pour maintenant. On aurait trouv&#233; la bonne ouverture pour maintenant. Mais on en porte tant, d&#233;j&#224; : ils sont vo&#251;t&#233;s, ceux d'aujourd'hui, ils sont us&#233;s, ils ont peur. On n'a pas l'esprit tranquille, &#224; chercher comme on fait : trop d'explosions, trop de fric, trop de ces visages lisses aux t&#233;l&#233;visions. On pourrait s'en d&#233;barrasser comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire commence l&#224; : une image devant toi et tu la laves des mains, tu veux la rendre plus nette et pr&#233;cise, tu veux comprendre ce qui se passe, tu veux agrandir les d&#233;tails et savoir l'autre c&#244;t&#233; du cadre, le pr&#233;sent qu'on t'a fait tu voudrais d&#233;chirer l'image &#8211;- un tissu de papier et on marcherait de l'autre c&#244;t&#233;, &#231;a y est : on voit quoi alors, dis ce que tu vois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jours o&#249; on ne comprend rien &#224; son pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;des villes&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Villes. R&#234;ve non r&#234;ve : toits de la ville. Corps de la ville. Mouvements de la ville, sa poussi&#232;re. Corps briques, corps b&#233;ton, corps de verre et de ciment. Corps sans oreille, n'entend pas. Corps va, d&#233;moli reconstruit et se d&#233;gage, saute et atterrit. Pas de rebond. Et nous animaux sur le dos, animaux qui vous rongent, animaux qui courent avec vous quand vous avancez, sautez, rampez. Les yeux comme au bout des doigts seuls voient. Corps dans la ville : et toi. Le mot m&#234;me de ville, ce qu'on pourrait r&#233;citer de noms des villes : o&#249; tu es all&#233;, o&#249; tu n'es pas all&#233; mais voudrais, ou tu n'irais pour rien au monde, o&#249; tu irais si &#231;a existait, o&#249; tu iras forc&#233;ment parce qu'ainsi tu as d&#233;cid&#233; mais quand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire. On avait march&#233; dans la nuit. On avait march&#233; sur des routes vides. On avait travers&#233; des villes sans personne. Rien n'indiquait plus de direction. On avan&#231;ait, pourtant. Qui aurait pr&#233;f&#233;r&#233; le demi tour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fronti&#232;re. Tu h&#233;sites &#224; t'enfoncer dans le vieux temps, les histoires sont finies, bien finies : il suffit de rester immobile un instant, le film est tout pr&#234;t dans la t&#234;te. On voit : longue esplanade balay&#233;e, sacs plastiques qui volent, arbres sans branches, ou bien la rue &#233;troite qui monte doucement puis bifurque, ou bien c'est dans les r&#234;ves : des couloirs, un souterrain sous la ville, des portes qui s'ouvrent et tu ne sais pas s'il faut entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te souviens de ton bonheur dans les villes. La ville et son d&#233;sordre sur la pente. Les fen&#234;tres aper&#231;ues, les vies derri&#232;re le rideau, ce qu'on imaginait aux reflets d'un t&#233;l&#233;viseur, d'un fond de musique et certaine dur&#233;e du temps. Le samedi aux galeries commerciales sur la mauvaise lumi&#232;re du carrelage ce fouillis de visages et les corps translation lente puis dans le vieux quartier o&#249; tu te perdais visions tronqu&#233;es, agit&#233;es, les ruelles un d&#233;dale. Les odeurs, et ceux qui qu&#233;mandaient l'argent, ceux qui buvaient de la bi&#232;re, assis &#224; m&#234;me le sol avec des chiens. La ville parce qu'on ne l'aper&#231;oit pas enti&#232;re quand on l'arpente. les villes que n'importe o&#249; on emporte dans sa t&#234;te, o&#249; que quelque part on soit : tu marmonnes la liste des noms propres. Liste des villes o&#249; on a march&#233;, liste des villes o&#249; on a lou&#233; une chambre, &#224; la nuit, &#224; la semaine, au mois. Liste des villes o&#249; on a habit&#233;. Villes o&#249; on est rest&#233; trop longtemps, quand il aurait fallu partir. Villes o&#249; on aurait voulu aller, et puis pas. Les villes que tu vois ? Une rue qui va tout droit, des maisons sur les bords. Et closes, les fen&#234;tres grises. Tu attends sur la grand-place, personne. Tu vas l&#224;-bas vers les bords o&#249; sont les entrep&#244;ts, les supermarch&#233;s en blanc et rouge puis la rocade, les stations d'essence et direction l'autoroute. Tu reviens vers le centre, tu longes ses feux verts feux rouges. Ecole et coll&#232;ge, h&#244;pital, la gendarmerie, le stade et tout ce qu'il faut pour faire une ville. Telle est la ville qu'on voit. Dedans on heurte aux murs parce qu'on heurte &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun tant de chambres, avec fen&#234;tres et coin cuisine ou sans fen&#234;tres ni coin cuisine. Chambres qu'on porte en soi. Pi&#232;ces vides, et comme celles-ci on s'en souvient avec plus de pr&#233;cision. Et la chambre secr&#232;te aussi, juste un miroir. Quand on est seul on y rentre, on pose son bagage, on attend un instant avant d'enlever ses v&#234;tements. Gens qui restent l&#224; emmitoufl&#233;s comme si c'&#233;tait se prot&#233;ger. Tu repensais &#224; ces appartements, quand on les visite pour louer, qu'on s'imagine comment ici vivre, encore trop la trace des autres. Puis on s'installe mais plus loin, on s'habitue aux couloirs et aux portes, au jeu des lumi&#232;res, aux bruits de la nuit. Tu entends la circulation des voitures, dehors, les bus ou m&#234;me &#8211; discr&#232;tement &#8211; le train. On devrait parfois s'inviter, les uns les autres, dans ces chambres qu'on porte en soi, qu'on est seul &#224; savoir d&#233;crire. Une photographie pos&#233;e sur un meuble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent est opaque et obscur : ce qu'on porte d'images, on les tend &#224; bout de bras, on le montre et rien qui r&#233;pond -&#8211; &#226;ge d'illusion, &#226;ge des plaisirs loisirs loisirs plaisirs et pauvres, pauvres ceux qui les en remercient. Continuer pourtant, garder nuque raide, y croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un reflet l&#224;-bas, sur le ciment et l'acier. Un chemin non fait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6919 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/muse-pifarely-corneloup-groleau-3.jpg?1551204750' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;de la phrase&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Phrase comme : je ne suis pas docile. Phrase comme : comme. Phrase comme : comme on crierait des noms. Phrase de noms, et crier que plus, crier que marre, crier que partir. Phrase que : seul, et puis t'appeler, lui, toi, toi, qui fuyez. Phrase qu'on tait. Phrase qui dit qu'on ne comprend pas, qui &#233;num&#232;re ce qu'on ne comprend pas, phrase qui assemble ce qui &#233;chappe &#224; nos phrases parce que tel n'est pas ce &#224; quoi on voulait employer le langage, r&#233;server le langage. Phrase comme : je ne me tairai pas. Phrase comme : ob&#233;ir non. Phrase comme : je et tu et nous en avant, qu'on d&#233;cide de dire et qu'on ne cessera pas. Phrase qui serait ce qu'on pourrait tous ensemble et crier et dire, et ensemble lancer, faire que le langage soit un mur, une &#233;rection, un palais dans le ciel, un monde et qu'il emporte la chape et les plafonds, une phrase comme une tour et nous pour l'escalader, la tour. Au lieu de &#231;a vois : ils voudraient qu'on rampe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;des morts&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tu marchais dans la maison des morts : dans combien de villes et villages avais-tu pouss&#233; le portail de fer, arpent&#233; les all&#233;es de gravier r&#233;glant l'espace et la r&#233;partition du tapis des morts ? Une si grande beaut&#233;, les cimeti&#232;res. Et tant de mots &#224; lire, aussi : tu recopiais des noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on porte chacun de morts : des morts aim&#233;s, des morts qui vous poursuivent. Ce sont tes morts que tu regardes dans la nuit, les yeux ouverts et sans dormir ? Eux qui te suivent aupr&#232;s quand devant la vitre ou dehors, ou les yeux ouverts dans la nuit tu t'immobilises ? Le temps pass&#233; est cette nuit plus loin que nos corps, fait de vieux r&#234;ves, et des hontes et des gloires, des h&#233;sitations et des visages rencontr&#233;s, sans que tes morts s'en m&#234;lent et traversent cette foule, et croisent ces faits, et ces lieux et ces chambres, tout ce que tu imagines et qui est le grenier et la cave de ta vie, assez de morts chacun en r&#234;ve pour affronter les vivants, ceux qui agissent et continuent, ceux qu'on a aim&#233;s et qui ne sont plus avec ceux qu'on aime et qui vivent &#8211; et eux les morts approchent, les morts qui sont &#224; toi et les autres, ceux que tu as crois&#233;s mais qu'apr&#232;s tu n'avais pas salu&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tu les portes comment, tes morts, contre ton ventre ou sur ton dos, ou eux qui s'accrochent &#224; tes &#233;paules et ton cou ? Ils surgissent, tes morts, ils sont autour de toi et t'agrippent, te retiennent par les habits, la main : regardez-les, ils se tra&#238;nent. Et l'&#233;lan et le saut, impuissants. C'est en r&#234;ve, en r&#234;ve seulement qu'on vole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelquefois prononcer comme une antidote le nom tout entier de Rainer Maria Rilke, de ces noms croyais-tu qui condensent tous les autres, et tous les livres avec eux : d'autres l'ont cru avant toi, pour le nom de Rainer Maria Rilke ou peu importe. Il y a une rue Rainer Maria Rilke dans votre ville ? Nous manquons d'invocations sorci&#232;res : nous ne savons plus les vieux exercices, qui marcherait &#224; reculons dans la foule &#8211; pourtant marcher longtemps &#224; reculons est un des exercices, il y en a d'autres, pour trouer le temps, appeler &#224; soi l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu pr&#233;f&#232;res d&#233;tourner le visage : tu n'as pas assez les yeux clairs, pas assez les yeux lav&#233;s. Combien les yeux rassemblent et contiennent des horizons rencontr&#233;s, des routes qu'on a faites, des attentes o&#249; on s'est prostr&#233;. Tu te tiens immobile, tu as le dos &#224; dehors, encore ce mot dehors. Ou les paumes appos&#233;es contre la cloison : au-del&#224;, le dehors. Sais-tu comme elle est mince, la cloison du temps, tu la sens vibrer de toutes voix de l'autre c&#244;t&#233;, la paroi. Trop fine, la paroi des voix, la paroi des r&#234;ves. Tu heurtes &#224; la s&#233;paration du temps : il est l&#224; pr&#232;s, le temps pass&#233;, mais il ne vient traverser que les yeux lav&#233;s, les yeux vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'en avais r&#234;v&#233; : se reparcourir soi, se s&#233;parer des t&#226;ches recommenc&#233;es du pr&#233;sent, faire en arri&#232;re trois pas, puis dix. Ne te retourne pas, juste recule. Et voici qui tu &#233;tais, et comment tu arpentais le noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin tu retraversais les villes et les visages et les chambres, tu connaissais favorablement tes morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;&#233;largissement&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les chambres o&#249; tu as &#233;t&#233;&lt;br/&gt;
Les fen&#234;tres par lesquelles tu as vu&lt;br/&gt;
Les trains que tu as pris, les voitures o&#249; tu as dormi&lt;br/&gt;
Les endroits o&#249; tu as attendu debout : coins de rue, devant les gares, par l&#224; sur la place, devant une porte&lt;br/&gt;
Les salles d'attente aussi, les bancs, les magazines, compter quand vient son tour&lt;br/&gt;
Les journaux que tu as lus : faits divers, guerres, affaires politiques, noms propres -&#8211; faire le compte de tous les noms propres retenus&lt;br/&gt;
Les films, les livres, les spectacles, et le divertissement aussi, les f&#234;tes, les feux d'artifice, les d&#233;fil&#233;s, les haut-parleurs dans les rues&lt;br/&gt;
Ceux qui devant vous marchaient, jouant une musique et on suivait&lt;br/&gt;
Ceux qui vous donnaient le rythme, battant des peaux&lt;br/&gt;
Ceux qui frottaient des cordes, et cela dans le cr&#226;ne offrait des r&#234;ves&lt;br/&gt;
Tu cries, tu transpires, et qui comprend (c'est dans un r&#234;ve)&lt;br/&gt;
La liste des voyages, seul, &#224; deux, en groupe, les voyages oblig&#233;s, les voyages professionnels, les villes en amoureux, les d&#233;rives, les je ne sais pas pourquoi je suis l&#224;, les d&#233;cid&#233;s d'un seul coup, les longtemps r&#234;v&#233;s et jamais all&#233;s, les tu y es et c'est pas si terrible que &#231;a les palmiers la mer bleue&lt;br/&gt;
Les objets qu'on a regard&#233;s, et ceux qui les collectionnent, les accumulent&lt;br/&gt;
La mis&#232;re, partout : les regards, et toi tu fais quoi, tu aides ou pas&lt;br/&gt;
Ce qu'on a d&#233;test&#233; de la violence gratuite, ordinaire&lt;br/&gt;
Ce qu'on aurait voulu changer et qui n'a pas chang&#233;&lt;br/&gt;
Les choses qu'on a pouss&#233;es, d&#233;plac&#233;es, les maisons qu'on a quitt&#233;es, les gens qu'on n'a jamais revus&lt;br/&gt;
Les images, quand on les jette : les photos de soi-m&#234;me sur les papiers, et ce fatras dans un tiroir, les imp&#244;ts, les commandements, retraites, salaires, ce qu'on garde parce qu'il faut le garder&lt;br/&gt;
Les gestes qu'on a eus, les silences qu'on a tenus, les danses en secret &#233;bauch&#233;es, les mots &#233;crits chuchot&#233;s cri&#233;s assembl&#233;s proclam&#233;s affich&#233;s not&#233;s d&#233;chir&#233;s, les musiques jou&#233;es, les images attendues, saisies, observ&#233;es, d&#233;tach&#233;es, et partout le noir : elles voient quoi, les phrases que derri&#232;re soi on a laiss&#233;es, les images qu'on s'&#233;tait refaites du monde qui ne les fabriquait pas de lui-m&#234;me, les musiques qu'on avait jou&#233;es &#8211;- on voit quoi, quand on ouvre plus loin un peu de noir, un tout petit peu de noir ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_6920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/muse-pifarely-corneloup-groleau-4.jpg?1551204750' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>formes d'une guerre | 40 fois crier</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3105</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3105</guid>
		<dc:date>2012-08-25T21:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>Eric Groleau</dc:subject>
		<dc:subject>textes pour la sc&#232;ne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;des voix recluses dans les murs fous des villes&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique101" rel="directory"&gt;2011 | Formes d'une guerre&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot269" rel="tag"&gt;Eric Groleau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot703" rel="tag"&gt;textes pour la sc&#232;ne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3105.jpg?1352734049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;nofollow&#034; href=&#034;https://www.amazon.fr/gp/product/1534940049/ref=as_li_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=1534940049&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;http://ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;ASIN=1534940049&amp;Format=_SL250_&amp;ID=AsinImage&amp;MarketPlace=FR&amp;ServiceVersion=20070822&amp;WS=1&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;http://ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=1534940049&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;&lt;small&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; Texte publi&#233; dans &lt;i&gt;Peur &amp; formes d'une guerre&lt;/i&gt; chez Tiers Livre &#201;diteur, merci de votre soutien !&lt;/small&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Toujours &#233;t&#233; attir&#233; par ce que disent ceux qui monologuent &#224; voix haute dans les villes, dans les couloirs de m&#233;tro et dans les halls de gare. Toujours trouv&#233; dans cette instance de la parole d&#233;truite cette rage capable en retour de condamner, passer &#224; l'all&#233;gorie.
&lt;p&gt;C'est ce dispositif que j'avais d&#233;j&#224; utilis&#233; au d&#233;but de &lt;i&gt;D&#233;cor ciment&lt;/i&gt; : souvenir pr&#233;cis, en 1986, avoir accompagn&#233; une amie (la directrice de la biblioth&#232;que, Dominique T&#8230; !) r&#233;cup&#233;rer sa voiture &#224; la fourri&#232;re, passage au commissariat, un type &#233;tait l&#224;, derri&#232;re la paroi de plexiglas &#233;pais de la cellule. De cette image na&#238;trait ce monologue &#8211; &lt;i&gt;prof&#233;ration&lt;/i&gt; &#8211; que j'ai l'impression de poursuivre de forme en forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, pour &lt;i&gt;Peur&lt;/i&gt;, il y a 3 ans, avec Dominique Pifar&#233;ly, Eric Groleau, Fran&#231;ois Corneloup et Thierry Balasse, on avait cherch&#233; pour la sc&#232;ne un bloc cri&#233;, bloc tendu qui puisse &#234;tre dit fort et sans pause :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Phrase comme : je ne suis pas docile. Phrase comme : comme. Phrase comme : comme on crierait des noms. Phrase de noms, et crier que plus, crier que marre, crier que partir. Phrase que : seul, et puis t'appeler, lui, toi, toi, qui fuyez. Phrase qu'on tait. Phrase qui dit qu'on ne comprend pas, qui &#233;num&#232;re ce qu'on ne comprend pas, phrase qui assemble ce qui &#233;chappe &#224; nos phrases parce que tel n'est pas ce &#224; quoi on voulait employer le langage, r&#233;server le langage. Phrase comme : je ne me tairai pas. Phrase comme : ob&#233;ir non. Phrase comme : je et tu et nous en avant, qu'on d&#233;cide de dire et qu'on ne cessera pas. Phrase qui serait ce qu'on pourrait tous ensemble et crier et dire, et ensemble lancer, faire que le langage soit un mur, une &#233;rection, un palais dans le ciel, un monde et qu'il emporte la chape et les plafonds, une phrase comme une tour et nous pour l'escalader, la tour. Au lieu de &#231;a vois : ils voudraient qu'on rampe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atelier principal de &lt;i&gt;Formes d'une guerre&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; ce blog commenc&#233; de fa&#231;on anonyme, &lt;i&gt;habakuk.fr&lt;/i&gt;, vers avril-mai 2009, dans le trouble de savoir le d&#233;part imminent pour un an d'Am&#233;rique. A l'arriv&#233;e &#224; Qu&#233;bec, quelques mois plus tard, d&#232;s la premi&#232;re semaine, j'en reprenais les textes ici dans le site principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette fa&#231;on d'&#233;nonciation reprise des vieux hurleurs bibliques, Habakuk, Amos, Os&#233;e, et bien s&#251;r J&#233;r&#233;mie, je voulais qu'elle s'entende dans l'arri&#232;re-fond. Je me souviens parfaitement de ce carrefour de Montr&#233;al o&#249;, tr&#232;s longtemps, j'&#233;tais rest&#233; &#8211; &#224; distance, sans le g&#234;ner &#8211; &#233;couter la langue de cet homme qui hurlait face &#224; la ville, sous la hauteur d&#233;mesur&#233;e des tours, dans le vent coupant de novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, ne me resterait qu'une silhouette, capuche sur la t&#234;te, bras lev&#233;s vers les fa&#231;ades refl&#233;tant le ciel gris nord &#8211; pourtant, &#224; rechercher la photo, pas de capuche, juste ce sac &#224; dos et cette posture pench&#233;e du corps. Concat&#233;nation d'images, comme dans le d&#233;but du &lt;i&gt;Vertige&lt;/i&gt; de Sebald.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le principe de ces &lt;i&gt;Formes d'une guerre&lt;/i&gt;, chaque moment textuel suppose un narrateur particulier. De la distance entre mon propre corps sur sc&#232;ne et la logique propre &#224; chaque voix (plut&#244;t voix que personnage, revenir en amont de cette bascule qui s'est inaugur&#233;e loin apr&#232;s Rabelais), naissait pour moi la possibilit&#233; d'improviser jusqu'au bout. Le texte uniquement comme partition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet outil polyphonique qui est la &lt;a href=&#034;http://www.desordre.net/formes_d_une_guerre_poitiers/ursula/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;reprise web, par Philippe De Jonckheere&lt;/a&gt; (et compacit&#233; de l'&lt;i&gt;&#234;tre ensemble&lt;/i&gt;, &#224; quatre, dans le temps qui menait &#224; ce spectacle et le spectacle lui-m&#234;me), on trouvera plusieurs versions de cette partition pour l'impro &#8211; mais toujours sur une boucle particuli&#232;rement dure de percussion, percussion &#224; blanc, tendue elle aussi, par Michele Rabbia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la voix qui surgit n'est pas v&#244;tre. Bien plus avant que la v&#244;tre. Sur le plateau, c'est &#224; la posture de cet homme que je songeais, sa fa&#231;on de se pencher en avant, &#224; l'interlocuteur absent qui &#233;tait pour lui une n&#233;cessit&#233; : si quelqu'un traversait son champ de vision il se taisait, si quelqu'un approchait il se tournait. &#201;crire dans cette posture et ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;quarante fois parler, quarante fois crier&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Quarante fois parler, quarante fois crier, quarante fois la parole prise mais qui devant le mur o&#249; je parle pour s'arr&#234;ter, qui dans la cour o&#249; je parle pour faire le crochet ? Qui l&#224; o&#249; je parle vient traverser sinon rapidement sinon dans l'ombre sinon se cachant : on prend des raccourcis on passe vite pour ne pas voir la cour o&#249; je parle o&#249; je crie, on s'arr&#234;te &#224; peine devant le mur o&#249; je suis. Et quarante fois j'ai parl&#233;, quarante fois j'ai cri&#233;, quarante fois j'ai dit : &#8211; Arr&#234;tez ! J'ai dit : &#8211; Que les morts meurent ! J'ai dit : &#8211; Honte sur vous, visages lisses, qui paraissez souriants l&#224; o&#249; les d&#233;cisions sont graves ! Quarante fois j'ai lev&#233; ma parole comme la terre et les d&#233;bris les gravats et d&#233;blais des morceaux de la ville, quarante fois j'ai ramass&#233;, abandonn&#233; sur le bitume et sur le ciment des trottoirs les fragments de chair de la ville, quarante fois j'ai tendu &#224; bout de bras au-dessus de moi les mots de la ville j'ai dit : &#8211; Ce n'est pas l&#224; notre terre, ce n'est pas l&#224; notre temps, ce n'est pas l&#224; le visage qu'on demande &#224; l'autre, ce n'est pas l&#224; le visage qu'on donne &#224; l'autre ! Arr&#234;tez, j'ai dit : la ville est un feu &#233;teint, la ville est un jeu fade, la ville est une carte de cr&#233;dit tout le temps sortie, arr&#234;tez, vos danses en cravates sont des danses pauvres, &#244; monde des puissants ou qui vous croyez tels. Arr&#234;tez : ils sont debout sur leurs perrons de ministres et fabriquent les gros titres ils sont vides, et dans les alv&#233;oles de ciment on assiste au monde comme &#224; une danse faite pour plaire, o&#249; l'image et le titre du lendemain remplacent chaque matin l'image et le titre du jour. Arr&#234;tez : la voyez-vous, l'ombre cr&#233;pusculaire qui s'&#233;tend sur nos villes &#8211; qu'on examine, aux trottoirs et dans les cours, ce qu'il faudrait enlever, nettoyer, racler, repeindre. Quarante fois que je souhaite un monde repeint et le pourri, qu'on l'enflamme. Voyez les prisons : elles d&#233;bordent. Voyez les h&#244;pitaux et cliniques : ils d&#233;bordent. Voyez les lieux de liesse &#224; pas cher, et les concerts gratuits, et les cin&#233;mas Multiplex : ils d&#233;bordent. Voyez les parkings devant les supermarch&#233; le samedi, voyez les rocades et feux rouges chaque soir &#224; six heures : la ville s'ensable. Voyez la mort m&#234;me : industrie, commerce. Quarante fois qu'&#224; la nuit, dans le milieu de ma cour, devant ce mur, je sors et je crie : qu'on cesse ! Mais les fen&#234;tres m&#234;me sont vides. Si je crie, on les ferme. On se moque m&#234;me de qui parle : on n'&#233;coute pas, et voil&#224;. On ne lui dit m&#234;me pas de se taire, on referme le double vitrage, on rouvrira quand il aura fini. Moi je placarde sur la ville la menace o&#249; elle est : mais ce n'est pas moi qui l'&#233;nonce, moi je constate, moi j'avertis. Quarante fois que je me place dans la cour et dis : &#8211; M&#233;fiance. Que je dis : &#8211; &#201;veil ! Que je dis : &#8211; Rassemblement ! Mais ils sont &#224; regarder leurs images, ils sont dans leurs alv&#233;oles, devant les &#233;crans en bleu gris des ordinateurs qui luisent, devant les &#233;clats rouges des images qui bougent : on ne regarde plus que la nuit fournie, on ne regarde plus la nuit n&#244;tre. Qu'on laisse aux hommes vides leur ville et sa nuit, on oublie la nuit qui &#233;tait celle d'avant notre temps, d'avant la ville. Qui pour se lever, qui pour s'&#233;veiller, qui pour se m&#233;fier, qui pour dire de se rassembler, qui pour oser arr&#234;ter ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_3375 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/homme2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/homme2.jpg?1347054721' width='500' height='255' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fred Griot | mati&#232;re de parl'</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2191</link>
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		<dc:date>2010-07-06T05:44:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre invite... </dc:creator>


		<dc:subject>audio &amp; video</dc:subject>
		<dc:subject>Griot, Fred </dc:subject>
		<dc:subject>Eric Groleau</dc:subject>
		<dc:subject>lectures, performances</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;la sc&#232;ne et le site Internet comme espace d'&#233;criture &#224; part &#233;gale avec le livre : l'exp&#233;rience parl'&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;audio &amp; video&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Griot, Fred &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot269" rel="tag"&gt;Eric Groleau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot299" rel="tag"&gt;lectures, performances&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2191.jpg?1352733067' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;il n'y a plus d'autre possibilit&#233; maintenant que de la dire avec le corps, &#231;a, cette lang &lt;br&gt;
Refonder / sept 2006&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;notes de sc&#232;ne, pour faire suite &#224; &lt;a href=&#034;http://publienet.immateriel.fr/fr/ebook/9782814500433/plateau&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;plateau&lt;/a&gt;, et poursuivre les &lt;a href=&#034;http://www.fgriot.net/notes/dotclear/index.php?category/Plateau&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;autres notes&lt;/a&gt;...&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;D'OU &#199;A VIENT ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je ne suis pas de cette source-l&#224; : orale, sc&#233;nique... d'une autre : de l'&#233;crit, du carnet dans la poche, de la planche de bois de l'&#233;critoire, de l'isolement et du silence propice, ou de l'urgence du po&#232;me jet&#233;...&lt;br&gt;de l'&#233;crit au d&#233;but, au tout d&#233;but donc, mais allant depuis quelques saisons vers la prof&#233;ration. &lt;br&gt;si c'est d&#233;sormais aussi de la langue parl&#233;e, c'est de la langue parl&#233;e entr&#233;e dans l'&#233;crit tout d'abord. puis reparl&#233;e, ensuite. et non de la langue parl&#233;e directement.&lt;br&gt;de l'&#233;crit all&#233; progressivement vers pulsation, appuis rythmiques, rythme fondamental du vivant, rythme de marche, rythme du cardiaque &#233;videmment, de l'envoi de charge du sang. respiration intrins&#232;que au corps de lang, rythme de &#034;soufflation&#034; d'o&#249; vient la parole, le corps d'o&#249; vient la voix... &lt;br&gt;c'est la viande je crois qui m'a amen&#233; &#224; &#231;a. son souffle, son mouvement, son rythme de temps. ainsi qu'une tr&#232;s ancienne ascendance paysanne de patois et de baragouin de bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et puis, la d&#233;couverte du sonore, soudaine, &#233;ruptive, un jour que j'essayais un petit enregistreur. cette langue parl&#233;e, que nous avons sous le nez, litt&#233;ralement, et que je n'entendais pas, alors m&#234;me que j'&#233;crivais depuis environ 25 ans. d'o&#249; de suite les premiers essais enregistr&#233;s de manducation de lang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;graduellement, l'&#233;criture et le travail de mati&#232;re, de p&#226;te, se sont alors compos&#233;s par l'oreille, par l'&#233;coute du rythme, dict&#233;s par le rythme, presque uniquement, la respiration de plus en plus, la scansion du souffle. &#233;criture toujours retravaill&#233;e de fa&#231;on &#224; &#234;tre coh&#233;rente &#224; la scansion respiratoire fondamentale.&lt;br&gt;l'oreille &#8211; le balancement &#8211; comme ultime correctrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sans doute est-ce de l&#224; qu'est venue cette impossibilit&#233; progressive de ne pas passer la parole en corps.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;object width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xdv6hj?background=%23171D1B&amp;foreground=%23F7FFFD&amp;highlight=%23FFC300&amp;autoPlay=0&amp;hideInfos=0&amp;width=560&amp;additionalInfos=1&amp;colors=background%3A171D1B%3Bforeground%3AF7FFFD%3Bspecial%3AFFC300%3B&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowScriptAccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; src=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xdv6hj?background=%23171D1B&amp;foreground=%23F7FFFD&amp;highlight=%23FFC300&amp;autoPlay=0&amp;hideInfos=0&amp;width=560&amp;additionalInfos=1&amp;colors=background%3A171D1B%3Bforeground%3AF7FFFD%3Bspecial%3AFFC300%3B&#034; width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; allowfullscreen=&#034;true&#034; allowscriptaccess=&#034;always&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(&#233;coute conseill&#233;e au casque et en plein &#233;cran)&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;PAROLE : MATI&#200;RE DE CORPS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je travaille la parole, la lang, la voix. qu'elle soit &#233;crite ou orale est d&#233;sormais secondaire. compl&#232;tement.&lt;br&gt;le travail d'&#233;criture est premier, central... l&#224; o&#249; je me r&#233;fugie, l&#224; qu'est l'abri du travail dans le peu et le silence... mais il s'agit avant tout d'une entreprise de parole. la parole qui est avant la langue. la langue c'est &#224; c&#244;t&#233; &#231;a sert &#231;a sert &#224; faire sortir la parole. &#231;a sert &#224; former la parole mais c'est pas la voix. la langue c'est pas habit&#233;e &#231;a sert &#231;a sue &#231;a m&#233;canise la voix. &#231;a lui grammaire le jet. &#231;a lui permet peut-&#234;tre de sortir &#224; la voix. avec la parole. mais la parole existe avant. avant la langue. au ventre.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;parol lang est m&#234;me essentiellement sons autour du silence&lt;br&gt; &#8211; si tant est que silence est envisageable \u2014&lt;br&gt;essentiellement sons cris sons syllabes phon&#232;mes sont origine lang&lt;br&gt;fonctionnant m&#234;lant constituants de silence et de tout bruit tout autour et dedans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lang est d'abord bouche&lt;br&gt;dan la bouche&lt;br&gt;le ventre la gorge la t&#234;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;parol lang est souffle&lt;br&gt;mont&#233;e une mont&#233;e de souffle&lt;br&gt;une mont&#233;e d'&#233;nergie de force de compression de souffle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;parol lang est expulsion de souffle&lt;br&gt;d'abord&lt;br&gt;cri corps carn&#233; viande&lt;br&gt;terre bloc jet&lt;br&gt;ensuite ensuite r&#233;flexivit&#233; grammaire etc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on ne peut &#233;crire sans son&lt;br&gt;en t&#234;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;entendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;m&#233;tier de lang est m&#233;tier de bouche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lang est bouche lang est de bouche&lt;br&gt;lang de bouche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;parol lang est cri&lt;br&gt;trou&#233;e&lt;br&gt;parol lang est autour du silence m&#234;l&#233;e entre silences&lt;br&gt;
&lt;br&gt;Refonder / 2007&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
car il y a quelque chose du corps qui la produit qui est pr&#233;&#233;minent : le respire, l'&lt;i&gt;anima&lt;/i&gt;...&lt;br&gt;le corps, ventre, souffle, c'est l&#224; la source de surgissement de la parole. et bien plus post&#233;rieurement, de l'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;passer la lang au corps, c'est mener recherche dans la parole &#233;crite, mais aussi dans celle sonnante, sonore, soufflante. lui retrouver son archa&#239;sme, charnel, premier, son besoin du corps (des anc&#234;tres laboureurs, quelques ann&#233;es pass&#233;es en danse, un asthme, une pratique physique et m&#233;ditative du dehors, n'y sont sans doute pas non plus par hasard). &lt;br&gt;tout cela, encore, est toujours histoire de parole... apparue probablement non pas d'abord pour &lt;i&gt;dire&lt;/i&gt; (exprimer, expliciter, explorer), mais pour &lt;i&gt;appeler&lt;/i&gt; (pri&#232;re, adresse).&lt;br&gt;et je cherche encore &#224; l'&#233;crire.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;object width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xdv6a1?background=%23171D1B&amp;foreground=%23F7FFFD&amp;highlight=%23FFC300&amp;autoPlay=0&amp;hideInfos=0&amp;width=560&amp;additionalInfos=1&amp;colors=background%3A171D1B%3Bforeground%3AF7FFFD%3Bspecial%3AFFC300%3B&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowScriptAccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; src=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xdv6a1?background=%23171D1B&amp;foreground=%23F7FFFD&amp;highlight=%23FFC300&amp;autoPlay=0&amp;hideInfos=0&amp;width=560&amp;additionalInfos=1&amp;colors=background%3A171D1B%3Bforeground%3AF7FFFD%3Bspecial%3AFFC300%3B&#034; width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; allowfullscreen=&#034;true&#034; allowscriptaccess=&#034;always&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;RISQUE, ENGAGEMENT ET CORPS, LIBERT&#201; PRISE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;soif de risque, d'engagement. soif de sortir tout &#231;a le plus fondamentalement possible du corps.&lt;br&gt;cultiver une r&#233;sistance. pratiquer la prise de risque. sinon mort.&lt;br&gt;aller mettre en danger sa peau, sa lang. l'&#233;prouver.&lt;br&gt;po&#233;sie est action. la port&#233;e politique de la po&#233;sie est l&#224; : dans cet exercice de sa libert&#233;. &lt;br&gt;dans son appel libre d'homme premier. &lt;i&gt;&#233;vad&#233;&lt;/i&gt;. prof&#233;rant au ciel. qu'un parmi les &#233;toiles. &lt;br&gt;une libert&#233; de po&#233;sie, rythmique, de viande, archa&#239;que, co&#239;ncidente &#224; son corps producteur. &#224; son corps ancr&#233;. son corps ancr&#233; en terre.&lt;br&gt;cette libert&#233; de voix est l&#224; : aller &#224; l'inou&#239;e profond, l'&#233;nergie essentielle, scansion, pulsation d'fond... et au plus profond de la langue, dans ses mots &#034;gros&#034;, ses mots de poids, de cris et de silence perdu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sur sc&#232;ne : libert&#233; grande, forts moments. sensation d'&#234;tre au centre, sans flan. que &#231;a &lt;i&gt;incarne&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;object width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xdv65k?background=%23171D1B&amp;foreground=%23F7FFFD&amp;highlight=%23FFC300&amp;autoPlay=0&amp;hideInfos=0&amp;width=560&amp;additionalInfos=1&amp;colors=background%3A171D1B%3Bforeground%3AF7FFFD%3Bspecial%3AFFC300%3B&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowScriptAccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; src=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xdv65k?background=%23171D1B&amp;foreground=%23F7FFFD&amp;highlight=%23FFC300&amp;autoPlay=0&amp;hideInfos=0&amp;width=560&amp;additionalInfos=1&amp;colors=background%3A171D1B%3Bforeground%3AF7FFFD%3Bspecial%3AFFC300%3B&#034; width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; allowfullscreen=&#034;true&#034; allowscriptaccess=&#034;always&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;FACILIT&#201; D'&#201;COUTE, RESPONSABILIT&#201; DE PARTAGE, OUVRIR&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;car il s'agit de toucher, au centre, &#224; cet entendable commun, partageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avec ce projet, ce travail collectif, d'&#233;quipe (et cela est nouveau pour celui qui &#233;crit d'habitude, seul), je sais que nous sommes au trognon de ce que nous cherchons, mais que nous ne sommes qu'au d&#233;but.&lt;br&gt;responsabilit&#233; donc de mener le projet intelligemment, humblement, durablement... avec cette responsabilit&#233; du &#034;partage&#034;, de r&#233;unir... &lt;br&gt;responsabilit&#233; &#233;galement lorsque l'on est devant un public, qui s'est d&#233;plac&#233; pour &#233;couter, que la voix est port&#233;e, amplifi&#233;e, lumi&#232;res dirig&#233;es, de bosser, de r&#233;fl&#233;chir, de mettre en chantier ce que signifie le parler publique. ce que signifie &#034;donner&#034; ainsi... et c'est l&#224; je pense une honn&#234;tet&#233; minimum &#224; avoir. &lt;br&gt;avec la sc&#232;ne et la musique on est pour moi au c\u0153ur du &lt;i&gt;po&#233;tique&lt;/i&gt;, et dans ce festif partage qui a &#224; mon sens valeur essentielle. on touche au point central de ce qui met en mouvement, de ce qui vous fait vous lever, danser. (&#034;&lt;i&gt;Le paradis des orages s'effondre. Les sauvages dansent sans cesse la F&#234;te de la Nuit.&lt;/i&gt;&#034; Rimbaud, &lt;i&gt;Illuminations&lt;/i&gt;, Villes)&lt;br&gt;il y a dans la sc&#232;ne, quelque chose de tr&#232;s identique au po&#232;me. identique &#224; la tenue, au travail des intensit&#233;s, &#224; la navigation qui sait aller au point d'impact, de toucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;car cette pr&#233;sence du corps, le sonore, la force d'atteinte de la musique, me semblent pouvoir apporter une facilit&#233; d'&#233;coute, plus large (l'ai souvent constat&#233; : ce qui &#233;tait &#233;criture imbitable pour certains leurs devenait soudain sensible, perceptible, ouverte, p&#233;n&#233;trable par la voix haute, parl&#233;e, la voix &lt;i&gt;port&#233;e&lt;/i&gt;)&lt;br&gt;il y a cette dimension nouvelle offerte au texte, par la musique : rythmique, m&#233;lodique, l'ampleur de d&#233;ploiements longs, la pression progressive des intensit&#233;s croissantes, les ravages jouissifs du rock quand il tape dur. quelque chose de l'&#233;nergie primaire (sexuelle) qui nous agit, nous fait agir, fait monter cette parole &#224; la bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai ce souci central : de r&#233;unir une recherche si possible pointue &#224; une facilit&#233; d'&#233;coute... &#224; une accessibilit&#233;... un souci de &lt;i&gt;conduire&lt;/i&gt; l'&#233;coute, fluide, dans cette notion de partage... de l&#224; cet aspect rock, concert, voulu, cherch&#233;... &lt;br&gt;cette intuition a &#233;t&#233; pour moi l'une des premi&#232;res dans le lancement de ce projet.&lt;br&gt;je n'en d&#233;vierai pas.&lt;br&gt;notre veine est l&#224;, nous n'irons pas la changer pour lui donner un autre ton qui ne serait pas de nous, qui ne serait pas notre envie, qui ne serait pas depuis notre &lt;i&gt;centre&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;je pense m&#234;me que nous avons surtout &#224; aggraver cette veine-l&#224;.&lt;br&gt;quand je dis &#034;aggraver&#034; c'est bien &#233;videmment aller lui chercher une subtilit&#233; plus profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il y a vraiment, je crois, le fait qu'avec une forme qui cherche ouverture d'&#233;coute, l'on ouvre la chapelle de la po&#233;sie, sa &#034;confr&#233;rie&#034;, que l'on &#034;popularise&#034;, sans c&#233;der aucunement sur l'exigence. et j'y tiens &#224; cela. fermement. &lt;br&gt;on aura donc sans doute affaire &#224; ceux qui l'aiment, la d&#233;fendent, la constituent cette &#034;confr&#233;rie&#034;. nous discuterons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de l&#224; donc cette mise en sc&#232;ne de la parole (mise en sc&#232;ne qui &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre par le net : dans le questionnement de la lisibilit&#233; de l'&#233;crit, de la visibilit&#233; de l'atelier, de l'exposition &#8211; risque &#8211; par le travail &#034;&#224; vue&#034;).&lt;br&gt;de l&#224; cette tentative de composer une &#034;litt&#233;rature de sc&#232;ne&#034;.&lt;br&gt;de l&#224; cette po&#233;sie archa&#239;que, de b&#234;te, associ&#233;e &#224; l'&#233;nergie rock. pour ce partage large...&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;object width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xdv1c6?width=560&amp;theme=none&amp;foreground=%23F7FFFD&amp;highlight=%23FFC300&amp;background=%23171D1B&amp;start=&amp;additionalInfos=0&amp;autoPlay=0&amp;hideInfos=0&amp;colors=background%3A171D1B%3Bforeground%3AF7FFFD%3Bspecial%3AFFC300%3B&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowScriptAccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; src=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xdv1c6?width=560&amp;theme=none&amp;foreground=%23F7FFFD&amp;highlight=%23FFC300&amp;background=%23171D1B&amp;start=&amp;additionalInfos=0&amp;autoPlay=0&amp;hideInfos=0&amp;colors=background%3A171D1B%3Bforeground%3AF7FFFD%3Bspecial%3AFFC300%3B&#034; width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; allowfullscreen=&#034;true&#034; allowscriptaccess=&#034;always&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;COMMENT&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;manger la lang sur sc&#232;ne. manger &#224; plusieurs attabl&#233;s autour de la lang avec la bouche et le tuyau &#224; souffle barbouill&#233;s. manger la lang &#224; la terre. manger terre. manger la lang &#224; plusieurs en communion &#224; la sc&#232;ne comme aux champs. manger la lang les doigts pleins comme en c&#232;ne les mains d'dans.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; avant :&lt;br&gt;le lieu : sentir entre les pognes l'espace &#224; tenir devant o&#249; donner.&lt;br&gt;travail de prise d'espace, d'exercice de la libert&#233; dans cet espace et ce temps-l&#224;, vivre la dramaturgie dans ce volume d'espace avec le public dedans.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pr&#233;parer :&lt;br&gt;
micro Shure beta 87A statique : choisi comme un instrument. avoir le sien. savoir comme il sonne, comme il r&#233;agit. l'avoir pris sensible.&lt;br&gt;et son pied : pour moi tr&#232;s important, me balade avec pied droit et embase ronde (&#231;a fait son poids), permettant bascule, objet ramass&#233;, simple, frustre (pas d'articulation).&lt;br&gt;important pour l'assise, l'appui en terre lors de la lecture.&lt;br&gt;la mani&#232;re de tenir la barre. l'ancrage.&lt;br&gt;debout.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; avant sc&#232;ne : &lt;br&gt;toujours long &#233;chauffement de la voix en tirant dans les basses en tr&#232;s longues vibrations. &#224; gagner presque un octave &#224; cet exercice-l&#224;, qui a aussi pour vertu de d&#233;tendre... plus assouplissement de la bouche par &#034;gromelo&#034;...&lt;br&gt;
et presque toujours un assez grand calme, &#233;trangement... m&#234;me si les jours qui pr&#233;c&#232;dent sont plus &lt;a href=&#034;http://www.fgriot.net/notes/dotclear/index.php?post/2010/04/07/notes-depuis-la-scene-%282%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tumultueux&lt;/a&gt;.&lt;br&gt;cette trouille un ou deux jours avant. mais qui permet de mobiliser et de centrer l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se changer avant, uns ou deux habits sp&#233;cifiquement pour cet espace-l&#224;, souvent les m&#234;mes. l'importance de se changer, de mettre le &#034;bleu&#034; de travail.&lt;br&gt;le texte tr&#232;s bas sur pupitre horizontal, ou rien.&lt;br&gt;les mains libres.&lt;br&gt;et puis mon accent qui s'aggrave progressivement, descend dans ses terres en quelque sorte, au fur et &#224; mesure des lectures.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pr&#233;sence : &lt;br&gt;juste &#234;tre l&#224;. centr&#233;, dans le simple, sans posture. &lt;br&gt;juste &#234;tre l&#224;. raconter son histoire. parler la lang. &lt;br&gt;la lang qui sort par le tube &#224; souffle, vers dehors. du dedans dedans vers dehors.&lt;br&gt;prendre son temps. la laisser venir. bouillir.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; donner :&lt;br&gt;habiter le texte. centr&#233;.&lt;br&gt;savoir ce que l'on dit, le dire normal.&lt;br&gt;savoir ce que l'on raconte. le vivre. sinon rien.&lt;br&gt;ce n'est plus lire le texte, mais parler le texte.&lt;br&gt;le dire l&#224;, &#224; eux, venus &#233;couter (et non pas &#224; sa feuille), vraiment. m&#234;me si voix dite au-dedans, int&#233;rieure.&lt;br&gt;adresse.&lt;br&gt;de l'ordre de l'appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;laisser &#233;merger les images, les paysages. laisser ce temps-l&#224;. &lt;br&gt;travail de dur&#233;e.&lt;br&gt;&lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; les choses en disant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;parler le texte avec le silence, par contre le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;jouer dans l'&#233;coute. ensemble.&lt;br&gt;l'adresse forte de la voix. les nappes de guitare comme limons d'assise. la puissance r&#233;v&#233;l&#233;e de la lang, soutenue par les pulsations de batterie.&lt;br&gt;pulsations. faire vibrer les peaux.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; histoires de dire. inventaire. voix possibles : &lt;br&gt;- ton, intonation, tonalit&#233;, hauteur, tessiture, timbre, couleur, m&#233;lodique&lt;br&gt;- tendue, souffl&#233;e-tendue, neutre, touffue, fragilis&#233;e, &#233;teinte, accident&#233;e, m&#226;ch&#233;e, cliqu&#233;e, continuum de murmure, souffle rauque, claquement de cailloux&lt;br&gt;- accents pointus, chantants. accents toniques&lt;br&gt;- niveau de malaxage/m&#226;chage/manducation, b&#233;gaiement&lt;br&gt;- rythmes, tempo, vitesse, d&#233;bit&lt;br&gt;- intensit&#233;, volume&lt;br&gt;- placement : palatal, dental, nasal, lingual&lt;br&gt;- ferm&#233;e, respir&#233;e, suc&#233;e&lt;br&gt;- appuis sur mots, espaces entre mots, du vide dessous&lt;br&gt;- effets, d&#233;formation : alt&#233;ration, r&#233;verb&#233;ration, &#233;cho, chorus&lt;br&gt;- le m&#233;lodique. la courbe de phrase. le chant, la ligne/courbe de chant&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
jouer enfin &#224; toutes ces voix.&lt;br&gt;s'ouvrir &#224; sa voix.&lt;br&gt;trouver la lang dans le corps, c'est &#231;a le truc, faire monter l'&#233;nergie de la lang dans le corps. la faire passer par le tube &#224; souffle, l&#224; d'o&#249; elle vient, l&#224; d'o&#249; son &#233;nergie archa\357que, primaire, brutale, vient.&lt;br&gt;&lt;i&gt;ouvrir la prise d'appel d'air.&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; y aller :&lt;br&gt;si j'y vais c'est pour toucher, faire entendre cette foutue langue que l'on ose si peu bousculer. et qui pourtant, un peu malmen&#233;e, d&#233;poussi&#233;r&#233;e, a grande quantit&#233; de suc &#224; d&#233;gorger, a encore beaucoup &#224; nous dire, &#224; dire de nous, &#224; appeler de ce qui nous fait &#234;tre, (petits, pr&#233;sents au milieu de tout).&lt;br&gt;si j'y vais, faut savoir pourquoi : faire remonter cette &#233;nergie de lang, de cette po&#233;sie qui nous fait vivant. et s'il faut, l'&#233;triller, provoquer, risquer plantage, la d&#233;gueuler &#224; gros mots si besoin. cette lang c'est une sacr&#233;e foutue mati&#232;re pour nous r&#233;veiller, rester vivants, vivaces, alertes, &#233;veill&#233;s. insoumis. &#231;a doit &#234;tre politique &#231;a encore.&lt;br&gt;il y a l&#224; dans la langue une puissance intrins&#232;que qu'il est sans doute possible de faire encore &#233;merger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mais bien au-del&#224; du &#034;volontarisme&#034; du parler sur sc&#232;ne, &#034;d'ass&#233;ner&#034;, venir juste l&#224; parler la lang.&lt;br&gt;une autorit&#233; naturelle qui viennent de cette force de la parole.&lt;br&gt;que &#231;a ne souffre pas autre fa&#231;on de dire. que ce soit. ce qui reste de la possibilit&#233; de dire &#231;a.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; conduite d'&#233;coute :&lt;br&gt;il s'agit aussi de conduite d'&#233;coute, de fluidit&#233; d'&#233;coute. de mener l'&#233;motion par le travail d'une courbe d'intensit&#233;. sur une dur&#233;e.&lt;br&gt;ne pas plus la travailler d&#233;sormais, juste continuer &#224; la sentir, &#224; l'&#233;prouver, car elle est juste je crois. elle coule comme sans ceux qui la produisent. et c'est elle qui par progression additive &#034;embarque&#034;.&lt;br&gt;et ce sont l&#224; m&#234;me infusions et mixtures magiques qu'&#224; l'&#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;\u2022 cet &#234;tre diff&#233;rent lorsque l'on est sur sc&#232;ne : &lt;br&gt;qui prend libert&#233;, envoie, donne large.&lt;br&gt;cet &#233;tat de conscience &#034;modifi&#233;e&#034; sur le plateau, dans une prise de libert&#233; qui n'a lieu que l&#224;, cette sensation d'&#234;tre port&#233;, d'&#234;tre comme sans soi (comme lorsque l'on &#233;crit, parfois, au mieux, au centre)... et pourtant enti&#232;rement avec soi et avec les autres, dans un &#233;change bienveillant nouveau.&lt;br&gt;de l&#224; aussi sans doute cette addiction lourde au &#034;live.&#034;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; par corps, par c&#339;ur :&lt;br&gt;reste pour cela &#224; d&#233;couvrir ce que cela va d&#233;gager, ouvrir, de mouvement, de libert&#233;, de fa&#231;on de vivre plus compl&#232;tement la parole du texte, et le volume d'espace dans lequel bouger avec dedans les autres.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AINSI&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
entr&#233; d&#233;sormais dans une autre dimension du travail de parole. &lt;br&gt;quel &#233;cho, en retour, sur l'&#233;criture future ? quand je reviendrai &#224; l'&#233;critoire, &#224; l'ombre de ma lampe de bureau ?&lt;br&gt;me revient alors cette tr&#232;s ancienne question, sans conclusion, et sans n&#233;cessit&#233; d'ailleurs de conclusion : &#233;crire &#231;a s'adresse ? s'adresse &#224; qui ? &#224; qui vers qui on &#233;crit ? est-ce que j'&#233;cris &#224; ? est-ce que j'&#233;cris &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; ? rien de moins s&#251;r. rien de moins s&#251;r ce &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce serait de la lang qui parle. enfin.&lt;br&gt;ce qui est s&#251;r, c'est que c'est de la mati&#232;re de parl. toujours. encore.&lt;br&gt;mais qu'ici, peut-&#234;tre, elle a trouv&#233; &lt;i&gt;adresse&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;et ce n'est pas rien.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&#169; Fred Griot, site &lt;a href=&#034;http://www.fgriot.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;parl&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.fgriot.net/perf/parl/parl.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;toutes infos sur parl# ici&lt;/a&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;i&gt;(merci &#224; Fran&#231;ois pour l'intense compagnonnage)&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#244; Pifar&#233;ly trop d'oc&#233;an</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>audio &amp; video</dc:subject>
		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>Pennequin, Charles </dc:subject>
		<dc:subject>Eric Groleau</dc:subject>
		<dc:subject>musique, musiciens</dc:subject>
		<dc:subject>lectures, performances</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;slammer Charles Pennequin sur le site Pifar&#233;ly&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;site | infos, t&#233;l&#233;chargement&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;audio &amp; video&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;Pennequin, Charles &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot269" rel="tag"&gt;Eric Groleau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;musique, musiciens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot299" rel="tag"&gt;lectures, performances&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1860.jpg?1352732819' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On a tant partag&#233; avec Dominique Pifar&#233;ly ces 5 derni&#232;res ann&#233;es : pas rien, la chance v&#233;cue comme telle d'avoir droit sur sc&#232;ne au bin&#244;me avec un musicien de telle taille et tel bagage, avec une &#233;conomie du risque aussi rare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique Pifar&#233;ly est impliqu&#233; comme moi dans des exp&#233;riences de transmission (CFMI Poitiers), la collaboration avec d'autres musiciens &#233;videmment, des concerts solo (extraordinaires 7 minutes de cette vid&#233;o intitul&#233;e &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/wordpress/?p=1550&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;My funny Valentine&lt;/a&gt;, &#224; D&#244;le en juin dernier), mais est un des tr&#232;s rares &#224; tenter d&#233;lib&#233;r&#233;ment les exp&#233;riences avec texte, que ce soit en bin&#244;me ou en grande formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'on a tent&#233; avec &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article474' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peur&lt;/a&gt; (on peut se procurer directement le disques sur son site). Et ce qu'on avait tent&#233; pr&#233;c&#233;demment avec &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/tumulte/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tumulte&lt;/a&gt;, l'id&#233;e de proposer des textes diff&#233;rents &#224; chaque rencontre choisis ou &#233;crits en fonction du lieu et de l'instant. Plein de traces sur &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot79&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tiers Livre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur son site, Dominique met en ligne deux vid&#233;os, la premi&#232;re extraite de &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/wordpress/?p=2041&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Peur&lt;/a&gt; (Poitiers, 26 novembre 2008, premi&#232;re lecture avec la Sony PRS-505 sur sc&#232;ne), et celle-ci avec deux slammeurs, Pierre Baux (qui exp&#233;rimente aussi avec Pifar&#233;ly des lectures de Jacques Dupin ou Paul Celan) et D'de Kabal, sur &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/wordpress/?p=2006&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des textes de Charles Pennequin&lt;/a&gt; _&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir aussi Pennequin lui-m&#234;me, vid&#233;o avec JF Pauvros, guitare, dans La ville (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter, dans les 2 vid&#233;os, moments de lecture en duo avec un des compagnons de route les plus r&#233;guliers de Pifar&#233;ly, le batteur &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/wordpress/?p=69&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eric Groleau&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a va manquer dur cet hiver, le vertige musique. A moins de se retrouver &#224; Minneapolis, comme promis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir : quelle &#233;volution, le blog de Dominique, incluant agenda, r&#233;flexions sur le travail, digressions sur les musiciens amis, et maintenant extraits vid&#233;o et son...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir aussi Pennequin lui-m&#234;me, vid&#233;o avec JF Pauvros, guitare, dans &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/x99itw_pauvros-et-pennequin-la-ville-est-u_creation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La ville est un trou&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>six fragments de nuit</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article847</link>
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		<dc:date>2007-11-14T20:13:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>audio &amp; video</dc:subject>
		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Corneloup</dc:subject>
		<dc:subject>Eric Groleau</dc:subject>
		<dc:subject>musique, musiciens</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dominique Pifar&#233;ly se met en quatre pour cause de rock'n roll&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique67" rel="directory"&gt;Bon &amp; Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;audio &amp; video&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot85" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Corneloup&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot269" rel="tag"&gt;Eric Groleau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;musique, musiciens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton847.jpg?1352732269' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff847.jpg?1352731926&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; vid&#233;o Fran&#231;ois Bon solo du fragment 6 du texte ci-dessous : &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/lab/070630_tombes.htm&#034; target=&#034;_blank&#034; onClick=&#034;window.open('http://www.tierslivre.net/media/lab/070630_tombes.htm', 'tierslivre.net/mediat', 'scrollbars=no,toolbar=no,top=0,left=0,Width=480,Height=380,resizable=no');return false;&#034;&gt;tu marchais dans la maison des morts&lt;/a&gt;, vid&#233;o, 4'30.
&lt;p&gt;Ecrit de novembre 2006 &#224; mai 2007, ce court texte a &#233;t&#233; mis au point pour la sc&#232;ne en compagnonnage avec Dominique Pifar&#233;ly, lors d'une br&#232;ve r&#233;sidence au ch&#226;teau de Saumane- (voir ici &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article118&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la chouette de Sade&lt;/a&gt;), &#224; l'invitation de la sc&#232;ne nationale de Cavaillon (merci &#224; Jean-Michel Gr&#233;millet), et jou&#233; avec &lt;a href=&#034;http://www.inouie.net/index1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Thierry Balasse&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&amp;friendID=157811872&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fran&#231;ois Corneloup&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&amp;friendid=162555259&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eric Groleau&lt;/a&gt;, musique compos&#233;e et dirig&#233;e par &lt;a href=&#034;http://dpifarely.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt; : je replace cette page en Une parce qu'il est question de l'enregistrer en quintet avec &lt;a href=&#034;http://www.alamuse.com/contacts.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Muse en circuit&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour faire tourner les musiciens en m&#234;me temps que vous lisez le texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF1.htm&#034; target=&#034;_blank&#034; onClick=&#034;window.open('http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF1.htm', 'tierslivre.net/media', 'scrollbars=no,toolbar=no,top=0,left=0,Width=660,Height=500,resizable=no');return false;&#034;&gt;Thierry Balasse, traitements &#233;lectroniques en direct&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF2.htm&#034; target=&#034;_blank&#034; onClick=&#034;window.open('http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF2.htm', 'ouvertlanuit.net', 'scrollbars=no,toolbar=no,top=0,left=0,Width=660,Height=500,resizable=no');return false;&#034;&gt;trio violon &#233;lectrique, saxophone et batterie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF3.htm&#034; target=&#034;_blank&#034; onClick=&#034;window.open('http://www.tierslivre.net/media/lab/PIF3.htm', 'tierslivre.net/media', 'scrollbars=no,toolbar=no,top=0,left=0,Width=660,Height=500,resizable=no');return false;&#034;&gt;Eric Groleau, r&#234;ve de batteur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re mise en ligne : 11 mai 2007. Enfin, nous avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s &#224; Saumane Olivier Cadiot et Rodolphe Burger : ceux qui connaissent l'adresse discr&#232;te du site Cadiot y trouveront, comme je le fais moi-m&#234;me, leurs enregistrements et textes !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;six fragments de nuit&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 _ du mot : dehors&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
D'abord j'aurais chuchot&#233;. D'abord quelque chose comme : &#171; quel spectacle que le monde &#187;. Mais je l'aurais dit tr&#232;s bas, comme on entendrait des mots d'un corps endormi. Puis la voix aurait continu&#233;, la voix aurait dit, parlant de ce spectacle du monde : on regarde fascin&#233;. Continuant : c'est noir, es fois c'est un gouffre, on ne sait pas o&#249; &#231;a s'arr&#234;te, et o&#249; l&#224;-bas &#224; tel endroit de la nuit il commence. Pourquoi on s'y laisse prendre. C'est &#224; cause de la nuit, l&#224;-bas, dehors. Et m&#234;me le mot dehors. Qu'on fait partie du tableau, qu'on y est pris avec nos bras, nos jambes et nos gestes. Tu te d&#233;places, tu fais partie de la nuit. Tu viens l&#224; dans la lumi&#232;re, c'est s'arracher &#224; la nuit du monde mais &#234;tre encore au monde. On est l&#224; les bras les mains li&#233;s au pr&#233;sent, tout travers&#233; de pass&#233;, ce qui n'aurait pas d&#251; arriver, ce qu'on n'aurait jamais voulu qu'il se soit pass&#233;, ce qui a &#233;t&#233; ta route et tes choix. On tente d'&#233;chapper, on vient &#224; contre, on heurte, on grogne : mais li&#233;. Dehors la nuit n'a pas origine, ni rien qu'on puisse regarder du temps &#224; venir. Quel spectacle que le monde : &#224; force de regarder on pourrait recommencer tu crois ? Voil&#224; qu'on se regarde soi-m&#234;me au lointain on essaye, voil&#224; qu'on se voit dans le temps qui ne se refait pas, ne peut se refaire - voil&#224; qu'ici enfin on a affaire au dehors. Et viennent &#224; toi les gens qui marchent dans la nuit, et ceux qui errent dans les villes, ceux qui arpentent les fronti&#232;res et les zones troubles du monde, c'est toi-m&#234;me en tous tes &#226;ges et l&#224;-bas dans quel autre bout de la terre c'&#233;tait encore ou d&#233;j&#224; l'&#233;ternelle pi&#232;ce vide sans fen&#234;tre o&#249; on est seul et on pense, l'insupportable silence tu t'essayes &#224; ouvrir les bras, tu appelles le bruit des villes le bruit total du monde et voil&#224; pourquoi tu avances maintenant d'un pas, ou bien que si loin dans cette ville tu marchais dans la foule inconnue ou le r&#234;vais, ces images qu'on porte les appeler, les images qu'on traverse et re&#231;oit les dire, les images on s'en lave tu crois ? Ainsi commencerait l'histoire, cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 _ du mot : paysage&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
L'histoire : d'abord tu te souviens de pluies, jours de pluie derri&#232;re la vitre et &#231;a suffit pour partir loin, ou bien la pluie (la pluie) marchant dans les rues ou sur une plage, les pluies chaudes les pluies r&#234;ches les pluies m&#233;chantes, les pluies par envie ou l&#224;, sur le visage, ou les pluies subies et dedans la t&#234;te pareil que dehors ou bien, tu t'en souviens, ce lendemain de temp&#234;te roulant en voiture et plus rien autour que le vent et que l'eau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paysage mental, ce qu'on en porte. On dit paysage et voil&#224; qu'on voit. Paysage entrevu, on ne sait pas si on r&#234;ve. Paysage qu'on d&#233;couvre et on s'imagine l'avoir arpent&#233; d&#233;j&#224;, s'&#234;tre arr&#234;t&#233; l&#224;, mains pos&#233;es sur ce mur et on avait dit que, oui, c'est beau. Paysage souhait&#233;. De ces images g&#233;om&#233;triques, avec lignes de fuite. Paysage dans la t&#234;te, la t&#234;te lourde de paysages. Paysages vus en r&#234;ve. Souvenirs des villes. Et les paysages qu'on voit sur des images, paysages des livres d'enfance, des livres de g&#233;ographie, est-ce qu'on s'en souvient mieux ou moins bien que ce qu'on a vu en vrai, que ce qu'on a vu sans s'y arr&#234;ter, au hasard des trains, des voitures, paysages dormant, pas dormant : paysages qu'on voudrait pour s'y rendre d'un seul coup magique, voil&#224;, on l'a r&#234;v&#233;, on y marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;nombrer les fen&#234;tres, ce qu'on forge au dedans de fen&#234;tres, tout ce qu'on a regard&#233; une fois par une fen&#234;tre et combien de fen&#234;tres chacun on a dans la partie arri&#232;re des yeux et comment on y a regard&#233;, si c'&#233;tait de loin ou tout pr&#232;s, le front contre la vitre ou les mains sur l'appui, ou juste le rideau qu'on &#233;carte ou simplement qu'on est l&#224;, assis &#224; la table et que si souvent on &#233;tait l&#224; assis &#224; cette table et le regard vide et devant soi la fen&#234;tre. On se souvient de quoi, une fa&#231;ade un ciel un arbre, l'&#233;loignement d'une route, la silhouette dans le b&#226;timent l&#224;-bas ou le froissement de tout cela qui s'envole et cesse puisque fragiles sont les souvenirs et que toujours on est reparti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot m&#234;me paysage, et comme on le tendrait en couleurs sur un fond noir pour que tout apparaisse, et autre pour chacun, sur le m&#234;me fond noir pourtant, le mur, l&#224; tout devant, si d'un mot on l'&#233;claire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 _ du mot : pr&#233;sent&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Le pr&#233;sent est une chanson, on l'a dans la t&#234;te, une chanson dont on se souviendrait mal des paroles, comme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent nous &#233;nerve, jamais comme il devrait &#234;tre. Comme. Le pr&#233;sent autour opaque et obscur, le pr&#233;sent se touche &#224; t&#226;tons, le pr&#233;sent ne r&#233;fl&#233;chit rien de ce que nous aurions autrefois pu apprendre : elles sont l&#224;-bas, pourtant, les lumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait d&#251; plus se m&#233;fier : on aurait d&#251; trouver. On s'en serait charg&#233; sur le dos, on aurait emport&#233; &#231;a avec nous pour maintenant. On aurait trouv&#233; la bonne ouverture pour maintenant. Mais on en porte tant, d&#233;j&#224; : ils sont vo&#251;t&#233;s, ceux d'aujourd'hui, ils sont us&#233;s, ils ont peur. On n'a pas l'esprit tranquille, &#224; chercher comme on fait : trop de d&#233;tresse contre trop de fric, trop de ces visages lisses aux t&#233;l&#233;visions. On pourrait s'en d&#233;barrasser comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire commence l&#224; : une image devant toi et tu la laves des mains, tu veux la rendre plus nette et pr&#233;cise, tu veux comprendre ce qui se passe, tu veux agrandir les d&#233;tails et savoir l'autre c&#244;t&#233; du cadre, le pr&#233;sent qu'on t'a fait tu voudrais d&#233;chirer l'image &#8211; un tissu de papier et on marcherait de l'autre c&#244;t&#233;, &#231;a y est : on voit quoi alors, dis ce que tu vois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jours o&#249; on ne comprend rien &#224; son pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 _ du mot : ville&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Villes. R&#234;ve non r&#234;ve : toits de la ville. Corps de la ville. Mouvements de la ville, sa poussi&#232;re. Corps briques, corps b&#233;ton, corps de verre et de ciment. Corps sans oreille, n'entend pas. Corps va, d&#233;moli reconstruit et se d&#233;gage, saute et atterrit. Pas de rebond. Et nous animaux sur le dos, animaux qui vous rongent, animaux qui courent avec vous quand vous avancez, sautez, rampez. Chacun sa b&#234;te. Loup avec des dents. El&#233;phants et pas l&#233;gers. Animaux &#224; griffes, &#224; poils, &#233;cailles, plumes, becs. Ce sont dans la ville corps qu'on enjambe, qu'on fr&#244;le, qu'on pousse et qui sit&#244;t disparaissent, s'&#233;vanouissent. Dans la m&#233;moire : juste l&#233;gers, &#233;vanescents, courent, se d&#233;placent. Et les visages qu'on croise, chaque visage pour lequel nous ne savons pas le nom : des fils vous accrochent, monde poussi&#232;re, surgir de la poussi&#232;re et venir en avant, dispara&#238;tre dans la brume &#8211; et tout qui est l'ordinaire est de brume. Les yeux comme au bout des doigts seuls voient. Corps dans la ville : et toi. Le mot m&#234;me de ville, ce qu'on pourrait r&#233;citer de noms des villes : o&#249; tu es all&#233;, o&#249; tu n'es pas all&#233; mais voudrais, ou tu n'irais pour rien au monde, o&#249; tu irais si &#231;a existait, o&#249; tu iras forc&#233;ment parce qu'ainsi tu as d&#233;cid&#233; mais quand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire. On avait march&#233; dans la nuit. On avait march&#233; sur des routes vides. On avait travers&#233; des villes sans personne. Rien n'indiquait plus de direction. On avan&#231;ait, pourtant. Qui aurait pr&#233;f&#233;r&#233; le demi tour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fronti&#232;re. Tu h&#233;sites &#224; t'enfoncer dans le vieux temps, les histoires sont finies, bien finies : il suffit de rester immobile un instant, le film est tout pr&#234;t dans la t&#234;te. On voit : longue esplanade balay&#233;e, sacs plastiques qui volent, arbres sans branches, ou bien la rue &#233;troite qui monte doucement puis bifurque, ou bien c'est dans les r&#234;ves : des couloirs, un souterrain sous la ville, des portes qui s'ouvrent et tu ne sais pas s'il faut entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te souviens de ton bonheur dans les villes. La ville et son d&#233;sordre sur la pente. Les fen&#234;tres aper&#231;ues, les vies derri&#232;re le rideau, ce qu'on imaginait aux reflets d'un t&#233;l&#233;viseur, d'un fond de musique et certaine dur&#233;e du temps. Le samedi aux galeries commerciales sur la mauvaise lumi&#232;re du carrelage ce fouillis de visages et les corps translation lente puis dans le vieux quartier o&#249; tu te perdais visions tronqu&#233;es, agit&#233;es, les ruelles un d&#233;dale. Les odeurs, et ceux qui qu&#233;mandaient l'argent, ceux qui buvaient de la bi&#232;re, assis &#224; m&#234;me le sol avec des chiens. La ville parce qu'on ne l'aper&#231;oit pas enti&#232;re quand on l'arpente. les villes que n'importe o&#249; on emporte dans sa t&#234;te, o&#249; que quelque part on soit : tu marmonnes la liste des noms propres. Liste des villes o&#249; on a march&#233;, liste des villes o&#249; on a lou&#233; une chambre, &#224; la nuit, &#224; la semaine, au mois. Liste des villes o&#249; on a habit&#233;. Villes o&#249; on est rest&#233; trop longtemps, quand il aurait fallu partir. Villes o&#249; on aurait voulu aller, et puis pas. Les villes que tu vois ? Une rue qui va tout droit, des maisons sur les bords. Et closes, les fen&#234;tres grises. Tu attends sur la grand-place, personne. Tu vas l&#224;-bas vers les bords o&#249; sont les entrep&#244;ts, les supermarch&#233;s en blanc et rouge puis la rocade, les stations d'essence et direction l'autoroute. Tu reviens vers le centre, tu longes ses feux verts feux rouges. Ecole et coll&#232;ge, h&#244;pital, la gendarmerie, le stade et tout ce qu'il faut pour faire une ville. Telle est la ville qu'on voit. Dedans on heurte aux murs parce qu'on heurte &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun tant de chambres, avec fen&#234;tres et coin cuisine ou sans fen&#234;tres ni coin cuisine. Chambres qu'on porte en soi. Pi&#232;ces vides, et comme celles-ci on s'en souvient avec plus de pr&#233;cision. Et la chambre secr&#232;te aussi, juste un miroir. Quand on est seul on y rentre, on pose son bagage, on attend un instant avant d'enlever ses v&#234;tements. Gens qui restent l&#224; emmitoufl&#233;s comme si c'&#233;tait se prot&#233;ger. Tu repensais &#224; ces appartements, quand on les visite pour louer, qu'on s'imagine comment ici vivre, encore trop la trace des autres. Puis on s'installe mais plus loin, on s'habitue aux couloirs et aux portes, au jeu des lumi&#232;res, aux bruits de la nuit. Tu entends la circulation des voitures, dehors, les bus ou m&#234;me &#8211; discr&#232;tement &#8211; le train. On devrait parfois s'inviter, les uns les autres, dans ces chambres qu'on porte en soi, qu'on est seul &#224; savoir d&#233;crire. Une photographie pos&#233;e sur un meuble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent est opaque et obscur : ce qu'on porte d'images, on les tend &#224; bout de bras, on le montre et rien qui r&#233;pond &#8211; &#226;ge du m&#233;pris, de l'autorit&#233; et du cynisme, &#226;ge des valets du fric et pauvres, pauvres ceux qui les en remercient. Continuer pourtant, garder nuque raide, y croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un reflet l&#224;-bas, sur le ciment et l'acier. Un chemin non fait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 _ pour crier &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Phrase comme : je ne suis pas docile. Phrase comme : comme. Phrase comme : comme on crierait des noms. Phrase de noms, et crier que plus, crier que marre, crier que partir. Phrase que : seul, et puis t'appeler, lui, toi, toi, qui fuyez. Phrase qu'on tait. Phrase qui dit qu'on ne comprend pas, qui &#233;num&#232;re ce qu'on ne comprend pas, phrase qui assemble ce qui &#233;chappe &#224; nos phrases parce que tel n'est pas ce &#224; quoi on voulait employer le langage, r&#233;server le langage. Phrase comme : je ne me tairai pas. Phrase comme : ob&#233;ir non. Phrase comme : je et tu et nous en avant, qu'on d&#233;cide de dire et qu'on ne cessera pas. Phrase qui serait ce qu'on pourrait tous ensemble et crier et dire, et ensemble lancer, faire que le langage soit un mur, une &#233;rection, un palais dans le ciel, un monde et qu'il emporte la chape et les plafonds, une phrase comme une tour et nous pour l'escalader, la tour. Au lieu de &#231;a vois : ils voudraient qu'on rampe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 _ des morts&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Tu marchais dans la maison des morts : dans combien de villes et villages avais-tu pouss&#233; le portail de fer, arpent&#233; les all&#233;es de gravier r&#233;glant l'espace et la r&#233;partition du tapis des morts ? Une si grande beaut&#233;, les cimeti&#232;res. Et tant de mots &#224; lire, aussi : tu recopiais des noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on porte chacun de morts : des morts aim&#233;s, des morts qui vous poursuivent. Ce sont tes morts que tu regardes dans la nuit, les yeux ouverts et sans dormir ? Eux qui te suivent aupr&#232;s quand devant la vitre ou dehors, ou les yeux ouverts dans la nuit tu t'immobilises ? Le temps pass&#233; est cette nuit plus loin que nos corps, fait de vieux r&#234;ves, et des hontes et des gloires, des h&#233;sitations et des visages rencontr&#233;s, sans que tes morts s'en m&#234;lent et traversent cette foule, et croisent ces faits, et ces lieux et ces chambres, tout ce que tu imagines et qui est le grenier et la cave de ta vie, assez de morts chacun en r&#234;ve pour affronter les vivants, ceux qui agissent et continuent, ceux qu'on a aim&#233;s et qui ne sont plus avec ceux qu'on aime et qui vivent &#8211; et eux les morts approche, les morts qui sont &#224; toi et ceux que tu n'as pas salu&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tu les portes comment, tes morts, contre ton ventre ou sur ton dos, ou eux qui s'accrochent &#224; tes &#233;paules et ton cou ? Ils surgissent, tes morts, ils sont autour de toi et t'agrippent, te retiennent par les habits, la main : regardez-les, ils se tra&#238;nent. Et l'&#233;lan et le saut, impuissants. C'est en r&#234;ve, en r&#234;ve seulement qu'on vole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelquefois prononcer comme une antidote le nom tout entier de Rainer Maria Rilke, de ces noms croyais-tu qui condensent tous les autres, et tous les livres avec eux : d'autres l'ont cru avant toi, pour le nom de Rainer Maria Rilke ou peu importe. Il y a une rue Rainer Maria Rilke dans votre ville ? Nous manquons d'invocations sorci&#232;res : nous ne savons plus les vieux exercices, qui marcherait &#224; reculons dans la foule &#8211; pourtant marcher longtemps &#224; reculons est un des exercices, il y en a d'autres, pour trouer le temps, appeler &#224; soi l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu pr&#233;f&#232;res d&#233;tourner le visage : tu n'as pas assez les yeux clairs, pas assez les yeux lav&#233;s. Combien les yeux rassemblent et contiennent des horizons rencontr&#233;s, des routes qu'on a faites, des attentes o&#249; on s'est prostr&#233;. Tu te tiens immobile, tu as le dos &#224; dehors, encore ce mot &lt;i&gt;dehors&lt;/i&gt;. Ou les paumes appos&#233;es contre la cloison : au-del&#224;, le dehors. Sais-tu comme elle est mince, la cloison du temps, tu la sens vibrer de toutes voix de l'autre c&#244;t&#233;, la paroi. Trop fine, la paroi des voix, la paroi des r&#234;ves. Tu heurtes &#224; la s&#233;paration du temps : il est l&#224; pr&#232;s, le temps pass&#233;, mais il ne vient traverser que les yeux vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'en avais r&#234;v&#233; : se reparcourir soi, se s&#233;parer des t&#226;ches recommenc&#233;es du pr&#233;sent, faire en arri&#232;re trois pas, puis dix. Ne te retourne pas, juste recule. Et voici qui tu &#233;tais, et comment tu arpentais le noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin tu retraversais les villes et les visages et les chambres, tu connaissais en toi favorablement les morts.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;digression sur &#233;criture et Internet, pour accompagner ce texte lors de sa 1&#232;re mise en ligne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plus j'avance dans ce transfert progressif de mon travail d'&#233;criture de l'univers du livre &#224; celui d'Internet, plus la question de l'arborescence m&#234;me de ce travail, et du concept d'unit&#233;, &#233;merge comme principal. Pourtant, sans me d&#233;porter d'une intuition pour moi pas r&#233;cente : ce passage de Proust au d&#233;but de &lt;i&gt;La Prisonni&#232;re&lt;/i&gt; o&#249; il parle de Balzac comme &lt;i&gt;unit&#233; r&#233;trospective et non factice&lt;/i&gt;. Proust a tranch&#233; en ne d&#233;veloppant plus qu'un seul livre, le concevant comme d&#233;veloppement ind&#233;fini et inachevable, sur boucle circulaire ouverte et transgression du concept de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Proust nous force le premier &#224; consid&#233;rer pour Balzac, c'est le concept d'unit&#233; qui na&#238;t une fois dessin&#233;e et r&#233;alis&#233;e une partie essentielle de l'&#339;uvre, h&#233;t&#233;rog&#232;ne et r&#233;tive &#224; tout principe logique qui voudrait l'unifier : si ce geste de rejoindre l'&#339;uvre d&#233;j&#224; &#233;crite la dresse comme monument, d'abord sous forme d'&#339;uvres compl&#232;tes (&#233;tudes sociales, &#233;tudes de m&#339;urs, &#233;tudes philosophiques) puis sous le titre g&#233;n&#233;rique et tardif de &lt;i&gt;Com&#233;die humaine&lt;/i&gt;, et permet une nouvelle strate d'&#233;criture, en particulier le principe des &lt;i&gt;personnages reparaissants&lt;/i&gt;, c'est en partie aussi ce dispositif &#233;conomique de l'&#233;dition au temps de Balzac qui le conditionne : on vend &#224; Wardet ou un autre une nouvelle parution de ces &lt;i&gt;oeuvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; pour deux ans d'exploitation, ou pour un tirage de 2000 ou 4000 exemplaires. Lorsqu'on a repris les droits, au bout du temps imparti, on doit r&#233;&#233;crire ou donner une autre pr&#233;sence &#224; l'ensemble pour un nouveau contrat d'&#233;dition. Balzac prend donc progressivement peu &#224; peu en charge son travail comme une totalit&#233; fragment&#233;e, de logique r&#233;sistante et non unifiable, mais partout mall&#233;able, ouvrant des tunnels, des associations, laissant venir dans la fresque ces visages distordus et obsessifs, les seconds r&#244;les me paraissant moins transparents que les r&#244;les titre : d'Arthez, Gobseck, Derville, Lousteau et bien s&#251;r Louis Lambert ombreux mais peut-&#234;tre plus essentiels que Rubempr&#233;, Grandet, Rastignac ou Pons. Avec l'&#233;tranget&#233; que ces cailloux de d&#233;but d'&#233;criture, &lt;i&gt;La Grande Bret&#232;che&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Adieu&lt;/i&gt;, restent actifs et comme des r&#233;cifs impossibles &#224; agrandir, mais tout aussi d&#233;cisifs pour l'&#339;uvre &#233;largie que pour l'&#339;uvre naissante : parce que pr&#233;cis&#233;ment c'est l&#224; o&#249; se joue pour Balzac le saut dans la fronti&#232;re discontinue du r&#233;el au fantastique, le d&#233;couplement de cette fronti&#232;re pour en jouer pluriellement quel que soit le livre, m&#234;me d'apparence aussi directement &lt;i&gt;r&#233;aliste&lt;/i&gt; que Birotteau ou la cousine Bette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel rapport avec ce site Internet : nous abandonnons &#224; nos &#233;diteurs des droits pour chaque livre qui continueront jusqu'&#224; soixante-dix ans apr&#232;s nous. Quel prodige, en ces temps o&#249; tout d&#233;gringole si vite. Et quand on migre d'&#233;diteur, on laisse la part la plus vitale de nous-m&#234;mes &#224; des &#233;tablissements qui probablement nous ont ray&#233; de leur carte affective. Comme on r&#233;&#233;crit sans cesse le m&#234;me territoire, on recommence &#224; c&#244;t&#233; ce qu'on a creus&#233; d'abord &#224; tel endroit, et &#224; mesure que la liste des titres s'allonge on a l'impression d'un terrain tout rempli de trous. Si la donne &#233;tait celle de Balzac, je crois que j'aurais publi&#233; cinq livres, un concernerait l'usine, un concernerait le &lt;i&gt;garage&lt;/i&gt;, un autre probablement accumulerait des paysages, et il y aurait en compl&#233;ment une sorte de dictionnaire sans bords, o&#249; on trouverait pour entr&#233;e des noms d'&#233;crivains (comme ici Balzac et Proust), des noms de musiciens (et peu importe si les noms de Keith Richards, John Bonham ou Bob Dylan, si c'est ma trilogie en cours, ouvriraient &#224; 600 pages chacun), des peintres et des lieux, villes, dates &#8211; je r&#234;ve aujourd'hui de ce dictionnaire, et peut-&#234;tre c'est ma meilleure all&#233;gorie pour d&#233;finir le site tel que progressivement il se d&#233;veloppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Site qui accepte donc progressivement la part vive du travail, et non pas seulement la m&#233;diation de sa part &#233;ditoriale (&#171; j'ai d&#233;couvert votre &lt;i&gt;vitrine litt&#233;raire&lt;/i&gt; &#187; me disait hier le mail d'un inconnu : eh bien non, alors que j'avais utilis&#233; cette m&#233;taphore, me r&#233;f&#233;rent &#224; la &lt;i&gt;vitrine&lt;/i&gt; d'un ami luthier et sa perspective sur atelier aux tout d&#233;buts de ma page Internet dite personnelle, en septembre 1997). La question du livre nous est progressivement &#224; tous pos&#233;e : je travaille &#224; un texte sur Bob Dylan pour lequel le livre me semble l&#233;gitime, organiser un voyage exigeant du temps et la travers&#233;e d'un certain nombre de cercles &#8211; mais, dans le mat&#233;riau que j'utilise, une chronologie de Dylan, ou le CD Rom de la Bob Dylan Encyclopedia ont une vie propre o&#249; l'&#233;cran &#233;quivaut au livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai publi&#233; il y a bient&#244;t dix ans un court texte, &lt;i&gt;Impatience&lt;/i&gt;, qui correspond pour moi &#224; la permanence d'une r&#233;flexion sur le &lt;i&gt;lyrique&lt;/i&gt;, et l'articulation de cette dimension sp&#233;cifique de la prose d'une part avec la trag&#233;die du monde au pr&#233;sent, l'imagerie urbaine, d'autre part avec quelque chose que nous h&#233;ritons de plus fragile (l&#224; encore, c'est peut-&#234;tre les &#171; articles &#187; de Proust sur Nerval, Flaubert, Baudelaire et Balzac qui nous l'enseignent le mieux), par la litt&#233;rature : je saurais retrouver, m&#234;me dans le court texte ci-dessous, quel mot-tunnel renvoie &#224; Rimbaud, quel autre &#224; Kolt&#232;s (il est bien visible), quel autre &#224; Perec etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est comme si je r&#233;&#233;crivais &#224; l'endroit d'&lt;i&gt;Impatience&lt;/i&gt;, mais n'avais jamais cess&#233; de le faire. C'est un ensemble de textes, comme celui &lt;a href=&#034;&#034;&gt;sur la peur&lt;/a&gt; que je d&#233;veloppe &#224; mesure des mois, et pour lesquels je ne sollicite pas mes amis de Verdier ou autre &#233;diteur : ce soir, demain soir et apr&#232;s-demain, je lirai ce texte en public avec les musiciens de Dominique Pifar&#233;ly, ce texte aura donc r&#233;tribution (je ne vis pas d'autre chose, quand bien m&#234;me aujourd'hui souvent je le souhaiterais) logiquement &#233;quivalente &#224; la forme livre &#233;dit&#233;. Reste aussi &#224; faire comprendre &#224; mes partenaires qu'il s'agit d'une &#233;criture pour moi aussi importante et centrale, voire le c&#339;ur m&#234;me du laboratoire, que le Bob Dylan en cours, ou &lt;i&gt;Impatience&lt;/i&gt; avec son logo Minuit et l'estampille 1998, mais que probablement je ne saurai plus lire en public : si je lis &lt;i&gt;Impatience&lt;/i&gt;, c'est le texte ci-dessous qui s'ouvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et n&#233;gocier avec ceux qui, anim&#233;s d'esprit favorable, ouvrent les pages de ce site, qu'au lieu de ce que j'ai nomm&#233; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article749' class=&#034;spip_in&#034;&gt;fosse &#224; bitume&lt;/a&gt;, pas du tout p&#233;jorativement, mais bien au contraire pour hisser au premier plan l'intersection arborescence et m&#233;moire, comme travail &lt;i&gt;reparaissant&lt;/i&gt; au sens de Balzac : textes sur ce site qui reviennent peu &#224; peu progressivement en une du site &#224; mesure de leur r&#233;vision, leur constitution, leur &#233;largissement. Et ce n'est pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Textes qui sont d&#232;s &#224; pr&#233;sent le c&#339;ur vivant du laboratoire, dans l'humilit&#233; de l'atelier personnel, et n'auront pas, pourtant, d'autre forme que virtuelle, hors la concr&#233;tion sonore de la lecture en public. De m&#234;me, je ne publierai probablement jamais l'&#233;tude sur Balzac qui est peut-&#234;tre le plus vieux chantier ouvert et revisit&#233; en permanence sur mon disque dur, mais je suis toujours affam&#233; de venir parler en public de cette question de l'invention de litt&#233;rature : on nous sollicite trop peu. Je laisse la question ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrit au ch&#226;teau de Saumane, le 11 mai 2007, de 7h50 &#224; 9h10.&lt;/p&gt;
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