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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>le nez de Gogol &amp; michaeljackson</title>
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		<dc:date>2009-06-28T09:45:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>musique, musiciens</dc:subject>
		<dc:subject>Michael Jackson</dc:subject>
		<dc:subject>presse, revues, journaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;ma contribution au Journal du Dimanche, et merci &#224; Carlos Gomez !&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;grognes &amp; soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;musique, musiciens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot302" rel="tag"&gt;Michael Jackson&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot303" rel="tag"&gt;presse, revues, journaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1824.jpg?1352732788' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
La premi&#232;re fois que j'ai eu Carlos Gomez au t&#233;l&#233;phone, c'&#233;tait un matin vers 9h30, &#231;a tombait bien le hasard avait fait que j'&#233;tais &#224; Paris, et il me dit : &#171; Est-ce que vous seriez d'accord pour &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/stones_BW.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rencontrer Bill Wyman&lt;/a&gt; &#224; 13h et me rendre un article pour demain ? &#187;
&lt;p&gt;Et me souviens &#234;tre entr&#233; au Zebra (un restau chicos ce qu'il faut, juste derri&#232;re la Maison de la radio, et l'expression &lt;i&gt;Cross at zebra&lt;/i&gt; est un rep&#232;re familier aux connaisseurs de l'histoire des Stones), demandant au gar&#231;on : &#8211; Vous avez un Rolling Stones chez vous ? et comment il m'a regard&#233; bizarrement, avant l'arriv&#233;e dudit Bill qui m'a qualifi&#233; de &lt;i&gt;French Benny Hill&lt;/i&gt; mais c'&#233;tait amical et en riant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, depuis je suis habitu&#233; aux coups de fils de Carlos Gomez, et ce vendredi matin, alors que je m'appr&#234;tais &#224; journ&#233;e tranquille c'&#233;tait vers 10h30 : &#8211; Tu &#233;crirais sur Michael Jackson ? (Lib&#233; &#233;tait sorti trop t&#244;t pour refaire sa Une, &#231;a leur laissait la marge), j'ai commenc&#233; par dire non, et compl&#233;t&#233; en disant que &#231;a faisait quand m&#234;me 2 heures que je regardais des vid&#233;os le concernant, et, montant le son de l'ordi, &#224; l'instant m&#234;me celle-ci o&#249; un h&#233;licopt&#232;re l'emportait vers l'autopsie, alors voil&#224;, la journ&#233;e s'est engouffr&#233;e dans l'article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a reboss&#233; dessus ensemble le soir vers 19h10, &#231;a sentait chaud le bouclage. Par exemple, dans la version ci-dessous, l'insertion du &lt;i&gt;&#244; Gogol&lt;/i&gt; n'&#233;tait pas jug&#233;e audible pour les lecteurs du JDD, d'o&#249; remplacement par une incise. Et, dans la version imprim&#233;e, en ligne sur le site du JDD, c'est avec un autre titre, donc pas de moi : &lt;a href=&#034;http://www.lejdd.fr/cmc/culture/200926/peter-pan-tue-par-la-legende_223295.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Peter Pan tu&#233; par la l&#233;gende&lt;/a&gt;, et avec des guillemets autour de &lt;i&gt;michaeljackson&lt;/i&gt; en un seul mot parce que c'&#233;tait &#231;a mon point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais immense merci Carlos, pour nous auteurs est-ce que ce n'est pas le plus chouette, de se trouver tout d'un coup immerg&#233; dans commande imm&#233;diate, sans recul possible, mais avec la diffusion des march&#233;s du dimanche en retour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, comme c'est en ligne sur le JDD, version sans guillemets, in memoriam ! Et, pour commencer, la vid&#233;o que je regardais au moment du coup de fil de Carlos :&lt;/p&gt;
&lt;object width=&#034;425&#034; height=&#034;344&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.youtube.com/v/flmbyI_hwVU&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowscriptaccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&#034;http://www.youtube.com/v/flmbyI_hwVU&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;&#034; type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; allowscriptaccess=&#034;always&#034; allowfullscreen=&#034;true&#034; width=&#034;425&#034; height=&#034;344&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;michaeljackson&lt;br/&gt;
mourir de l&#233;gende &#224; cinquante-et-un ans&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Savoir ce qu'&#233;tait pour soi-m&#234;me ce nom qu'on a toujours prononc&#233; en un seul mot : michaeljackson ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un h&#233;licopt&#232;re lou&#233; par une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision filme d'en haut un autre h&#233;licopt&#232;re survolant les blocs sans fin de Los Angeles : le corps de michaeljackson transport&#233; vers le lieu d'autopsie dont nous on dit qu'elle sera effectu&#233;e samedi matin, &#224; l'heure o&#249; para&#238;tra ce journal, par un praticien nomm&#233; Craig Harvey. En attendant, frigo pour le danseur : il sera rest&#233; jusqu'au bout corps image inatteignable, corps image en ballet sans pesanteur comme Los Angeles aussi est l&#233;gende, ville vue du ciel se reproduisant identique &#224; elle-m&#234;me &#224; l'infini. Qui a tu&#233; michaeljackson et de quoi est-il mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nom pr&#233;nom en un seul mot, parce qu'il y a trop de Jackson. Ils &#233;taient cinq et lui n'avait que dix ans quand on le mit &#224; danser dans le Jackson Five, pour la l&#233;gende il faut toujours une famille de trop d'enfants (neuf) dans une maison pauvre d'une banlieue de grande ville (Chicago) Et michaeljackson en un seul mot parce que la l&#233;gende nous encombre, pas saine : trop d'argent, trop de rumeurs. Tout est trop, m&#234;me d'avoir voulu de son vivant incarner le mythe, voler &#224; Elvis sa propre fabrique &#224; r&#234;ve, le pays prot&#233;g&#233;, de Dreamland &#224; Neverland ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vraies l&#233;gendes portent toujours en elle germe de mort, elles comportent toujours ce qui va les ronger du dedans. Longtemps qu'on assistait &#224; la destruction de l'idole d&#233;rivant dans une autre plan&#232;te que la n&#244;tre, chambres de Las Vegas ouvrant sur chambres de Duba&#239;, et cocon clos de vigiles, limousines, masques et ombrelles se reproduisant &#224; l'identique d'une capitale l'autre &#8211; en quoi sa mort nous concernerait ? Ses histoires de peau on tenait &#231;a &#224; distance, qu'est-ce qui t'a pris, michaeljackson, de la renier, ta peau ? Et n'est pas noire par essence cette insolence et cette force, et la danse, le corps et l'image ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La machine &#224; musique &#233;tait puissante, exacerb&#233;e. Ce n'&#233;tait pas seulement le danseur au devant, lui michaeljackson, mais une usine bien rod&#233;e, qui savait prendre et m&#234;me voler les d&#233;clics &#224; danser, savait les amplifier et mettre en boucle jusqu'&#224; obsession et hypnose : et tous les autres ont cherch&#233; en arri&#232;re la recette quand toi, michaeljackson, voil&#224; que tu rachetais pour toi tout seul &#8211; et ce n'&#233;tait pas une mauvaise affaire &#8211; les droits des chansons des Beatles puisque entre eux impossible de se mettre d'accord...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois on &#233;coutait la musique, on ne la regardait pas. De grands rassemblements avaient permis de voir de tout pr&#232;s les inaccessibles et cette d&#233;couverte : les gar&#231;ons dansaient. Le corps mince du blanc Mick Jagger ou les ondulations noires de Jimi Hendrix, et James Brown par qui tout a commenc&#233; pour l'enfant michaeljackson. James Brown mim&#233; et recopi&#233; comme faisaient tous les gosses noirs &#224; Chicago sans doute, mais lui tellement mieux que les autres, bient&#244;t mieux que le mod&#232;le m&#234;me. Pour moi, bascule en 1988 : nous arrivons &#224; Berlin, derni&#232;re ann&#233;e du mur, et dans l'appartement qu'on nous fournit il y a un t&#233;l&#233;viseur (je n'avais pas, sinon, la t&#233;l&#233;vision), et comme &#224; Berlin il y a les Am&#233;ricains, je d&#233;couvre MTV, les clips en boucle. Et en boucle cette silhouette o&#249; chaque membre a conquis son ind&#233;pendance, le travail rigoureux de la danse apprise, et la violence, et l'insolence : les codes qui miment la rue, qui sont provocation d'un monde contre un autre. Et si ce type, le danseur en habit de lumi&#232;re, est noir qu'est-ce que &#231;a nous fait : la rue l&#224;-bas est noire, et la violence &#224; eux faite, c'est &#224; eux Noirs d'en prendre le versant rebelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi m'apparut, assis par terre dans un appartement de Berlin, ce ballet r&#233;gl&#233;, magnifi&#233;, sur des rythmes o&#249; le rock avait &#233;t&#233; gomm&#233;, remplac&#233; par les machines impeccables de l'&#233;lectronique et des cuivres. Ce corps exhib&#233;, &#233;cartel&#233;, d'une souplesse qui ne laissait m&#234;me pas le temps de m&#233;moriser ce geste &#224; peine &#233;bauch&#233; que fondu dans un autre, et affichant dans sa gloire mondiale les gestes obsc&#232;nes d'un d&#233;fi de coin de rue. La noblesse de michaeljackson : c'est &lt;i&gt;Bad&lt;/i&gt;, et Scorsese qui filme. Et c'est cette image-l&#224; qui durcirait, le v&#234;tirait de cuir noir, en appellerait &#224; la repr&#233;sentation directe de la violence du monde, jusqu'aux cheveux et au corps machine de michaeljackson : l'op&#233;ra est mort, le spectacle total est advenu dans un homme, transe pour la foule, image d'un mouvement surnaturel, la po&#233;sie du corps dansant plus forte que toutes les guerres du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224;, soi-disant tomb&#233; sur le nez apr&#232;s un concert, et qu'il avait fallu une intervention chirurgicale (mais ailleurs s'en prenant &#224; son p&#232;re, qui le surnommait &#171; gros nez &#187;) : quelle haine de soi-m&#234;me allait tout brader ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On promenait l'ic&#244;ne qui n'avait plus de visage. On affichait les images faites au zoom du profil d&#233;pigment&#233; et priv&#233;, du nez par quoi se d&#233;finit un visage : pour devenir l&#233;gende, &#244; Gogol&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;remplac&#233; donc par : &#171; Souvenez-vous ce qu'il en fait, Gogol, de l'histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; il avait sacrifi&#233; son visage. Et celui qu'on promenait ainsi n'&#233;tait plus de notre monde, passait de son domaine &#224; la Peter Pan (la r&#233;volte que se voulait le rock, sans parler de celle de Dylan, avait d'autres mod&#232;les litt&#233;raires) aux chambres irr&#233;elles de Las Vegas, qu'on d&#233;construit et reconstruit sans jamais de pass&#233; &#8211; combien de semaines il faudra avant qu'&#224; Vegas on puisse louer la v&#233;ritable et authentique suite de michaeljackson ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir &#224; l'essentiel, au meilleur : il y avait un homme, sous l'ic&#244;ne rong&#233;e. On l'avait priv&#233; de sa vie, c'est la r&#233;volte du p&#232;re, pareil que tel autre fera de ses filles des machines &#224; tennis et qu'elles devront se rebeller aussi. Revenons aux ann&#233;es 60 : on en a vu tant d'autres, des combo avec choeur de voix noires &#8211; qui se souvient des Isley Brothers, qui ont offert &#224; Jimi Hendrix ses premi&#232;res armes ? Ou des Ronettes de Phil Spector ? Les Jackson Five, artistes Motown quand m&#234;me, passent sur le devant de la sc&#232;ne &#224; cause de l'enfant qu'on montrait. Et puis l'enfant est pass&#233; de jouet collectif &#224; jouet singulier &#8211; et il avait plaisir &#224; sa danse, et il avait plaisir au d&#233;mon rythmique de la musique qu'on lui faisait chanter. Et puis de cela aussi il a voulu se d&#233;barrasser : il a cass&#233; la carri&#232;re pr&#233;vue comme il a cass&#233; l'enfant exhib&#233;. Et il fallait tant de force &#224; cela qu'il n'en a plus eu pour le reste, restait enfant dedans parce qu'on pas la ressource int&#233;rieure pour y &#233;chapper ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les anciens rois scythes, qu'on enterrait avec autour d'eux les corps sacrifi&#233;s de leurs serviteurs, il me semble que demain, une fois michaeljackson sorti du frigo, en ayant termin&#233; de la scie &#233;lectrique de l'autopsie et de la pes&#233;e des organes, ce sont tous ceux qui s'en sont servi qu'on devrait immoler autour de lui, producteurs, agents et avocats, chauffeurs et vigiles. Alors la l&#233;gende d&#233;passerait celle d'Elvis. Aura-t-il eu le temps, voire le go&#251;t de vivre, celui que l'h&#233;licopt&#232;re devant moi d&#233;pose dans le triste b&#226;timent aux frigos, et que cela devient spectacle mondial, hors le temps de cette danse, cette &#233;tonnante danse, qui propulsait la rue dans l'imaginaire noble ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pens&#233;e, et un peu de plainte aussi, pour le destin de michaeljackson : qui l'aurait trait&#233; de cinquantenaire, avant qu'hier il meure ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;remplac&#233; donc par : &#171; Souvenez-vous ce qu'il en fait, Gogol, de l'histoire de l'homme qui avait perdu son nez. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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