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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>nocturnes de la BU Angers, 09 | &#171; ... ce qu'on appelle musique &#187; </title>
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		<dc:date>2011-01-27T17:30:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Keith Richards</dc:subject>
		<dc:subject>musique, musiciens</dc:subject>
		<dc:subject>Giacinto Scelsi</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;en appeler &#224; la musique pour d&#233;finir l'&#233;criture, via Henri Michaux&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique65" rel="directory"&gt;2010, hiver| nocturnes de la BU d'Angers&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;Keith Richards&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;musique, musiciens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot324" rel="tag"&gt;Giacinto Scelsi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2417.jpg?1352733347' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;Alors, on poss&#232;de, avec justesse, les moyens r&#233;ciproques du Myst&#232;re &#8211; oublions la vieille distinction, entre la Musique et les Lettres, n'&#233;tant que le partage, voulu, pour sa rencontre ult&#233;rieure, du cas premier : l'une &#233;vocatoire de prestiges situ&#233;s &#224; ce point de l'ou&#239;e et presque de la vision abstrait, devenu l'entendement ; qui, spacieux, accorde au feuillet d'imprimerie une port&#233;e &#233;gale.&lt;br&gt;
St&#233;phane Mallarm&#233;, &lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503915/de-la-musique-et-des-lettres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;De la musique et des lettres&lt;/a&gt;.
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'abord, ce que nous ne ferons pas : il ne s'agit pas de &#171; parler de &#187; la musique, ni d'un &#171; &#233;crire sur &#187; la musique. Changer d'abord la pr&#233;position : &#233;crire avec, &#233;crire dans, &#233;crire par. Chacune des trois pr&#233;positions, associ&#233;e au mot &#171; musique &#187;, est d&#233;j&#224; g&#233;n&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous cherchons par, dans, avec la musique est de l'ordre d'un chant int&#233;rieur, et d'une architecture. Ce que nous cherchons ce soir par la musique, c'est un &#171; retour amont &#187; (titre de Ren&#233; Char), une qu&#234;te de la litt&#233;rature avant m&#234;me qu'elle soit surgissement, avant qu'elle soit mot. C'est ce remuement du dedans, et comment il s'organise &#8211; noter comment ce mot trouve r&#233;alit&#233; dans la musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musique serait donc la forme concr&#232;te qui r&#233;alise (au sens litt&#233;ral) cet amont des mots, dans ses dimensions sensorielles, temporelles, perceptives (et chacune de ces dimensions est aussi g&#233;n&#233;rative), et en b&#226;tit la r&#233;ception mat&#233;rielle par chant, rythme, construction, partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En disant que nous n'&#233;crirons pas de ni sur la musique, que nous prononcerons ici un interdit lourd, il y a aussi revendication port&#233;e sur la musique m&#234;me &#8211; le chant issu de la danse rituelle originelle, en fixant peu &#224; peu les vocables, et de l&#224; la litt&#233;rature (ou du moins voil&#224; la belle fable de Nietzsche dans &lt;i&gt;L'Origine de la trag&#233;die&lt;/i&gt;). La musique alors revendiqu&#233;e comme bien commun, arch&#233;ologie de notre art de la langue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Littr&#233; : Dans le sens ancien et primitif, la musique n'&#233;tait pas une science particuli&#232;re, c'&#233;tait tout ce qui appartenait aux Muses ou en d&#233;pendait ; c'&#233;tait donc toute science et tout art qui apportait &#224; l'esprit l'id&#233;e d'une chose agr&#233;able et bien ordonn&#233;e. Chez les &#201;gyptiens, suivant Platon, la musique consistait dans le r&#232;glement des moeurs et l'&#233;tablissement des bonnes coutumes. Selon Pythagore, les astres dans leurs mouvements forment une musique c&#233;leste. Il nous reste de saint Augustin un trait&#233; de la Musique o&#249; il n'est question que des principes et des conditions des vers. S'en souvenir donc lorsque nous l'abordons dans son sens moderne, de forme appliqu&#233;e au bruit. &#234;tre dans cet insterstice, cet entrefer, cette nature double : recherche pour ce qui concerne l'avant-langue, en rythme, en chant, en architecture et forme, autant qu'en partage et temps, recherche pour ce qui concerne la nature proprement auditive de ce que nous demandons au monde. &lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/070728a5.jpg?1296126508' width='500' height='372' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et l'infinie h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des sons qui nous forment, n'en rien s&#233;parer ici. Descendre d&#233;lib&#233;r&#233;ment sous le r&#233;cent embrigadement culturel de l'univers des sons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musique des origines, musique des sph&#232;res, on l'entend dans le vent, les arbres, la mer. Le vacarme int&#233;rieur est li&#233; au vacarme de la ville &#8211; le monde est notre bande-son.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chir avec les mots sur comment nous entendons, &#233;coutons, trions, choisissons, hissons, et quels sons alors nous permettent autres acc&#232;s, &#233;l&#233;vations ? Et r&#233;fl&#233;chir sur les gestes associ&#233;s &#224; ces organisations du son, gestes pour en jouer, les produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et du bruit urbain &#224; l'&#233;coute dense d'un instrument jou&#233; en direct, toutes les formes interm&#233;diaires, incluant les musiques de gares et les usages populaires, le souvenir des bals.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la litt&#233;rature, bien s&#251;r des pistes : mais quantitativement bien moindres que pour la peinture et les arts aujourd'hui dits visuels. Ainsi, chez Balzac, les deux &#233;tranges r&#233;cits avec musiciens, &lt;i&gt;Massimila Doni&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gambarra&lt;/i&gt;. Ainsi, bien plus tard, le monument anti-nazi de Thomas Mann avec la figure de son compositeur fictif Adrian Leverk&#252;hn dans le &lt;i&gt;Docteur Faustus&lt;/i&gt;. Entre les deux, la &lt;i&gt;Recherche du temps perdu&lt;/i&gt; comme la tentative litt&#233;raire o&#249; l'&#233;quivalent-musique, ou bien m&#234;me l'&#233;criture de la musique est la strate la plus permanente et continue. Ainsi le d&#233;fil&#233; des fanfares militaires dans Combray, et les bruits de la rue avec les appels de camelots entendus au matin depuis la chambre close dans les premi&#232;res pages de &lt;i&gt;La Prisonni&#232;re&lt;/i&gt;. Mais aussi l'&#233;trange disparition vibratoire du kiosque &#224; musique dans les r&#233;veils de Balbec : le concert a-t-il eu lieu, ou bien l'attendons-nous avec l'halllucination de nos souvenirs sonores ? Mais encore plus le r&#244;le complexe de la &lt;i&gt;petite phrase&lt;/i&gt;, l'id&#233;e d'un motif r&#233;current (pris &#224; la sonate de Vinteuil) organisant la r&#233;currence m&#234;me de &lt;i&gt;La Recherche&lt;/i&gt;, avec ces pages qui semblent sourdre de la sonate et la d&#233;crire &#8211; mais ce que d&#233;crivent ces pages, ce n'est pas la sonate pour violon de Franck ni telle oeuvre de Debussy ou Faur&#233;, et encore moins ce que partage Proust via son compagnon compositeur Reynaldo Hahn, mais l'id&#233;e obs&#233;dante d'une oeuvre musicale imaginaire susceptible de porter l'id&#233;e m&#234;me &#8211; ductilit&#233;, ondoyance, polyphonie, strates, nappes, superpositions, r&#233;miniscences &#8211; de l'art litt&#233;raire qu'&#224; 37 ans il commence de forger. Par exemple, nature de ces pages &#171; petite phrase &#187; (l'adjectif &lt;i&gt;petite&lt;/i&gt; &#224; rapprocher du &lt;i&gt;petit pan de mur jaune&lt;/i&gt; de la mort de Bergotte), radicalement diff&#233;rente des pages &#8211; essentielles, complexes, magnifiques &#8211; sur Chopin, o&#249; le statut fictif de l'oeuvre r&#233;f&#233;rente est refus&#233;, via cette madame de Cambremer qui avait pris jeune des le&#231;ons de Chopin directement, le personnage de fiction touchant soudain le personnage r&#233;el r&#233;f&#233;rentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris, pour lancer le travail, deux textes d'un auteur extr&#234;mement loin de la musique, puisque son activit&#233; essentielle, hors &#233;criture, c'est peindre. D'ailleurs Michaux, comme point de d&#233;part &#224; son texte sur la musique, prendra seulement sa propre pratique restreinte de deux bongos de percussion qu'il a rapport&#233;s d'un voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un mat&#233;riau plus riche, concernant Michaux et la musique, dans ce qui ressort du domaine auditif, au cours des trois livres consacr&#233;s &#224; l'exp&#233;rience drogue (&lt;i&gt;Mis&#233;rable miracle, Connaissance par les gouffres, L'Infini turbulent&lt;/i&gt;), ainsi dans &lt;i&gt;Images d'un monde visionnaire&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Les bruits adoucis (fl&#251;te ou orgue au loin) deviennent soudain et sans transition grotesques. Musique vulgaire, accompagn&#233;e d'une batterie importante, de plusieurs airs &#224; la mode entrecoup&#233;s tr&#232;s s&#232;chement (apr&#232;s &#224; peine dix secondes et se chevauchant avec passages d'airs 1910, interrompus de m&#234;me) auxquels enfin se m&#234;le et o&#249; domine le bruit de montagnes russes, qu'on voit appara&#238;tre, et dont les v&#233;hicules (renforcer aussi le bruit des v&#233;hicules emport&#233;s sur les rails) de l'armature, tr&#232;s &#233;lev&#233;e et compliqu&#233;e (la faire appara&#238;tre beaucoup plus complexe et folle et baroque), doivent donner l'impression soudaine et irr&#233;sistible de vertige et de folie, et d'un dynamisme allant vers la catastrophe.&lt;br&gt;
Henri Michaux, Images d'un monde visionnaire, Pl III, p 241.
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1954 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/MUS_1-2.jpg?1296126525' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Michaux &#233;crit en 1959 ce texte de commande, introduction &#224; une &lt;i&gt;Encyclop&#233;die de la musique&lt;/i&gt;. Le titre : &lt;i&gt;Un certain ph&#233;nom&#232;ne qu'on appelle musique&lt;/i&gt;. D&#233;but sur la notion de &#171; jeu &#187;, et de la notion de jeu tr&#232;s riche passage &#224; l'univers des sens (vagues, oreille, vibrantes, invisibles), puis &#224; la mati&#232;re m&#234;me de la musique (ondes, nuit) :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
L'enfant, qui si longtemps a jou&#233; avec les choses, avec le sable, avec l'eau, que va-t-il rester en lui plus tard de son pouvoir de jouer ?
&lt;p&gt;Adulte accompli, le mammif&#232;re ne joue plus, ou si peu En l'homme toutefois, &#234;tre au d&#233;veloppement lent, le jeu finement insinu&#233;, avant eu le temps de devenir important, ruse pour survivre autrement qu'en traces, et cherche et parfois trouve, au milieu de conduites d'adulte, une nouvelle organisation ludique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Il y a ce qu'on appelle musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit aussi de vagues, de toutes petites et de jouer avec, non certes en les recevant sur les pieds mouill&#233;s mais. seulement, tant elles sont minuscules, dans le plus profond de l'oreille qui les re&#231;oit vibrantes et comme un secret. Invisibles, elles arrivent en lignes circulaires, qui bient&#244;t vont l'entourer comme si elles venaient de partout, et dans une immense cuve le tenir baign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ondes infimes soulagent des choses, de l'insupportable &#171; &#233;tat solide &#187; du monde, de toutes les cons&#233;quence de cet &#233;tat, de ses structures, de ses insoulevables masses, de ses dures lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles savent faire la nuit sur l'objet, et sur les &#234;tres lorsque ceux-ci sont devenus comme des objets. Elles peuvent d&#233;sincarner la chair, abstraite le concret, d&#233;probl&#233;matiser la situation. On respire, on revivre, tout le reste oubli&#233;, la bonne inondation &#233;tant revenue pour recouvrir la terre que la g&#233;om&#233;trie, les murs, la laideur et l'innombrable ind&#233;sirable encombrait, qui s'y &#233;tait fourr&#233; et qu'il aurait fallu au moins trois guerres et autant de r&#233;volutions pour &#233;liminer, et pas si bien que ne le fera cette simple et prodigieuse couverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musique, merveille qui s&#251;rement pr&#233;c&#233;da le feu. On en avait autrement besoin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, on a ouvert ce champ double, o&#249; parler l'abstraction musique ouvre la racine profonde de ce qui surgit &#233;criture. Ce qui m'int&#233;resse, dans le texte de Michaux, c'est que chaque paragraphe s'appuie sur son mot incipit, le creuse, s'y d&#233;ploie, ne s'attache qu'&#224; lui, sans suite. Un principe de constellation :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
D&#233;roulement...
&lt;p&gt;La vie int&#233;rieure....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Art... (art qui chante le divin sans avoir &#224; croire en Dieu...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oeuvre... (ensemble de trajets, un parcours en lignes bris&#233;es. Chaque trajet est sensible, sauts, chutes, mont&#233;es, descentes jamais vagues, toujours mesurables. On &#233;vite les petites unit&#233;s, la fluidit&#233; des passages...).&lt;br class='autobr' /&gt;
La musique, dans notre esp&#232;ce humaine, propose un mod&#232;le de construction, et en construction, net, mais invisible. Un montage en l'air. Ce montage n'est pas &#224; voir, ni m&#234;me &#224; concevoir ou imaginer. Il est &#224; parcourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hauteur des sons... (pr&#233;sente les trajets verticaux &#8211; une passion d'ascensions &#8211; et le temps, qui appara&#238;t en coul&#233;es, en mesures, ou en rythme et en vitesses diff&#233;rentes, pr&#233;sente les trajets horizontaux...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Musique &#171; vulgaire &#187; (...art qu'on recherche autant pour ses d&#233;fauts que pour ses qualit&#233;s, pour son eau ti&#232;de, pour ses accroches-coeurs, pour sa densit&#233; insinuatrice et avilissante et pour tout ce qu'elle tra&#238;ne &#224; sa suite...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Michaux, Un certain ph&#233;nom&#232;ne qu'on appelle musique, Pl II, 364-370.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ou bien cette seule phrase :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
...ainsi vous am&#232;ne-t-elle tout naturellement &#224; une identification, et &#224; l'illusion d'un transvasement d'&#234;tre &#224; &#234;tre...
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1955 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/MUS_6.jpg?1296126530' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur cette base je vous incite &#224; une certaine violence dans l'arrachement. Aller vers l'exhaustif peut &#234;tre un bon d&#233;part, pour s'extraire de soi-m&#234;me et se d&#233;poss&#233;der de toute id&#233;e de parler &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; la musique : on n'en aura plus le temps, si on veut &#234;tre exhaustif, brosser grossi&#232;rement la fresque, mais enti&#232;re. Aller dans l'autobiographie : les premi&#232;res musiques &#233;cout&#233;es, la liste des souvenirs li&#233;s &#224; la musique, aux musiques comme aux personnes ou situations qui en &#233;taient les intercesseurs. Se servir des objets : instruments vus, h&#233;rit&#233;s, manipul&#233;s, essay&#233;s, rejet&#233;s. Mais aussi les instruments de l'&#233;coute : le premier magn&#233;tophone ou la suite des tourne-disques. Ne pas h&#233;siter &#224; se souvenir de nos textes avec inventaires ou accumulations, m&#234;me si ici ce ne sera qu'un appui. Se saisir des lieux : tout lieu dans lesquels pour nous il y eut musique &#8211; les red&#233;ployer dans le temps (les notes de Kantor sur les baraques de foire, l'examen annuel du conservatoire de Brive dans les ann&#233;es 50 chez Bergounioux). Aller dans le rapport d'aujourd'hui &#224; l'&#233;criture : pour &#233;crire, besoin de quoi. Quand on &#233;crit, besoin de quoi. Pratiques d'&#233;coute, on choisit quoi. Les moments de bascule, de tremblement, d'initiation, d'exception. Et puis interroger le bruit du monde : bruit concret, ce qui fascine comme ce qui rejette ou h&#233;risse. Le bruit dans les r&#234;ves. Le son des voix. La notion de musique concr&#232;te est aujourd'hui parfaitement noble (h&#233;ritage de Luc Ferrari) : nous jouons dans notre &#233;criture des sons du monde. On peut aussi s'en aller arracher des noms, de compositeurs, de groupes, d'intercesseurs &#8211; qui nous a donn&#233; la musique ? (Les musiciens le savent bien, eux, pour ce qui les concerne.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ne pas oublier la mise en perspective qui pourrait r&#233;sulter de votre texte : avoir &#224; l'esprit les textes bas&#233;s sur l'id&#233;e d'une musique (du joueur de fl&#251;te de Hameln au &lt;i&gt;Le Ch&#226;teau des Carpathes&lt;/i&gt; de Jules Verne, ou &#224; &lt;i&gt;La musique d'Erich Zann&lt;/i&gt; de Lovecraft, ou &#224; &lt;i&gt;Jos&#233;phine la cantatrice&lt;/i&gt; de Kafka) et comment ils appellent le fantastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces quelques phrases de Michaux (parce que je n'en donnerai pas plus), remarquer la contrainte de grammaire : si la musique a des r&#232;gles de codification tr&#232;s dures, essayer de se donner une limite pr&#233;liminaire : le point, la virgule, le tiret, la parenth&#232;se, le retour &#224; la ligne. Musique pentatonale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/MUS_9.jpg?1296126540' width='500' height='402' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors laisser aller l'&#233;criture, un instant, un bref instant, une culminance : qu'est-ce que cette phrase, ce r&#233;cit, ce simple paragraphe, d'une &#233;criture engendr&#233;e par la musique, ou bien m&#234;me qui serait musique ? M&#234;me le refus de la musique (r&#233;cit d'un personnage qui refuse toute musique, &#231;a aussi pourrait &#234;tre le d&#233;part d'une fiction commune), encore Michaux :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Musique, non comme langage, mais musique pour passer l'&#233;ponge sur les asp&#233;rit&#233;s et les contrari&#233;t&#233;s de la vie quotidienne. M&#233;canique des balancements. Musique pour accoucher d'&#233;tats b&#233;ats, d&#233;lectation de mauvais aloi, pour b&#233;b&#233;s sans le savoir se rappelant des bercements...
&lt;p&gt;Par moment leur entrain odieux et qui veut qu'on le suive, lui aussi je le retrouvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait pas que le genre foires et f&#234;tes pour me d&#233;go&#251;ter, qui ici m'&#233;tait donn&#233; &#224; go&#251;ter et qui tentait en force de m'envahir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par moment la sanzas, devenue r&#233;sonateur s&#233;raphique, me rendait l'air mielleux de ces r&#233;jouissances pseudo-c&#233;lestes pour gens simples, celles qu'ils retrouvent dans les processions, les p&#233;lerinages, les offices religieux populaires, impressions &#171; id&#233;ales &#187; d'un paradis facile. Je me sentais &#224; je ne sais quelle &#171; messe bleue &#187;, dans une odieuse mollesse du spirituel, caract&#233;ristique de toute &#233;l&#233;vation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah tout ce qui dans le monde veut notre acquiescement ! j'y &#233;tais sans doute par la vertu de mon produit m&#233;tamorphosant, mais justement je voyais en ces musiques le vrai opium du peuple, l'opium des faux pauvres, des m&#233;diocres d'esprit, de ces si entra&#238;nables hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'y tins quelque temps. Ce n'&#233;tait, tout de m&#234;me, qu'une incursion &#8211; incursion forc&#233;e pour conna&#238;tre les d&#233;lices d'autrui &#8211; que je faisais en terrain &#233;tranger auquel, pour une fois, mais presque totalement, je me &#171; rendais &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je dus faire attention. Une musique m'ayant saisi au passage &#224; la radio que j'avais &#8211; quelle sottise ! &#8211; mise un instant, un compositeur d'op&#233;ra italien faillit me tenir. J'&#233;tais au bord de l'acceptation. Je m'arr&#234;tai &#224; temps, juste &#224; temps, &#233;tourdi. Un dixi&#232;me de seconde de plus, j'&#233;tais entra&#238;n&#233;. Il me fallut revenir en arri&#232;re, au proprement extraordinaire par quoi tout avait commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probablement toute vraie musique personnelle (donc r&#233;tr&#233;cie) &#233;tait &#224; rejeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin les sons libres de tout sens reprirent possession de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Michaux, Dans l'eau changeante des r&#233;sonances, Pl III p 893-894.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Soyez durs avec toute phrase qui parlerait sur ou de la musique, accueillez l'origine, l'int&#233;rieur, les lieux, les instants, les gestes, accueillez le remuement de l'&#233;criture avant qu'elle se forme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1957 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/MUS_KR.jpg?1296126555' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Tarkos | il existe de la musique</title>
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		<dc:date>2009-01-17T09:26:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre, grandes pages</dc:creator>


		<dc:subject>Tarkos, Christophe </dc:subject>
		<dc:subject>musique, musiciens</dc:subject>
		<dc:subject>POL (&#233;ditions)</dc:subject>
		<dc:subject>Giacinto Scelsi</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;les &#034;Ecrits po&#233;tiques&#034; de Tarkos chez POL : confirmation d'un nouveau classique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot56" rel="tag"&gt;Tarkos, Christophe &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;musique, musiciens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot323" rel="tag"&gt;POL (&#233;ditions)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot324" rel="tag"&gt;Giacinto Scelsi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1615.jpg?1352732609' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&#192; faire travailler hier un groupe sur &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article144' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Anachronisme&lt;/a&gt; de Christophe Tarkos &#8211; dont j'incite aussi &#224; la lecture dans l'atelier &lt;a href=&#034;http://classes.bnf.fr/ecrirelaville/propos/01_4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;crire la ville&lt;/a&gt;, toujours le m&#234;me double enchantement : &#224; pr&#233;senter le texte, et prendre tel ou tel passage au hasard pour le d&#233;cortiquer plus &#224; fond, la r&#233;v&#233;lation d'une strate ou d'un niveau que je n'avais per&#231;u auparavant. Et, deuxi&#232;me r&#233;compense, ce qu'on d&#233;busque et d&#233;couvre &#224; se placer collectivement, par l'atelier, sur le terrain d'exploration ouvert par Tarkos.
&lt;p&gt;Ainsi, hier, &#224; reprendre ce passage o&#249; il commence par r&#233;capituler les &lt;i&gt;noms&lt;/i&gt; de quelques compositeurs pour lui importants, et descendre dans ces noms : en quoi le nom rassemble-t-il m&#233;moire ou mati&#232;re de ce que nous y associons de musique ? Et en quoi passer par ce &lt;i&gt;nom&lt;/i&gt;, en ce qu'il contient mati&#232;re (ou composition, ou bruit, ou esprit &#8211; voir ci-dessous comment Tarkos organise, au sens &#233;tymologique, son texte) nous permet d'entrer par et avec la langue dans l'&#233;nigme sup&#233;rieure de la musique. Puis le nom vient, &lt;i&gt;Scelsi&lt;/i&gt;, et ouvre alors &#224; un autre d&#233;ploiement de langue, les titres &#233;nigmatiques de &lt;a href=&#034;http://www.scelsi.it/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Giacinto&lt;/a&gt; &lt;a href=&#034;http://brahms.ircam.fr/composers/composer/2871/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Scelsi&lt;/a&gt;, et un autre inventaire : le nom m&#234;me des instruments de musique, le seul mot &lt;i&gt;violoncelle&lt;/i&gt; pour en revenir &#224; la fin &#224; ce mot &lt;i&gt;conscience&lt;/i&gt;, mais alors aiguis&#233;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu la chance de rencontrer deux compositeurs de grand chamboulement int&#233;rieur, Arvo P&#228;rt et Giacinto Scelsi, et nombre de travailleurs obstin&#233;s d'aujourd'hui. Depuis mai dernier, la disparition de l'ami luthier met cet univers sur un vide. Heureux aussi du fait que Dominique Pifar&#233;ly m'ait donn&#233; la cl&#233; de sa nouvelle tentative : &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/wordpress/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;trac&#233; provisoire&lt;/a&gt;, le musicien quittant le strict domaine du son pour venir dans le n&#244;tre, celui de la langue. Ainsi, ce matin, cette lecture d'un texte paradoxal sur &lt;a href=&#034;http://pifarely.net/wordpress/?p=276&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le silence&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors r&#233;ouvrir Tarkos. Honneur &#224; Paul Otchakovsky-Laurens d'avoir rassembl&#233; et publi&#233; ces &lt;a href=&#034;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6231&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;crits po&#233;tiques&lt;/a&gt;, textes, entretiens, qui constituent mat&#233;riellement ces &#233;crits comme &lt;i&gt;oeuvre&lt;/i&gt;. Ainsi, en atelier d'&#233;criture, l'outil formidable qu'est son texte &lt;i&gt;L'Argent&lt;/i&gt;. Ainsi ces trois paragraphes pris &#224; un de ses textes les plus beaux et les plus forts, en tr&#232;s grande coh&#233;rence avec &lt;i&gt;Anachronisme&lt;/i&gt; qui est l'&#233;crit testamentaire : &lt;i&gt;Ma langue est po&#233;tique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma langue est po&#233;tique et musicale, ma langue est imag&#233;e et musicale, ma (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Exercice d'admiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image ci-dessus : voir &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article97&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#234;ves d'instruments de musique&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Christophe Tarkos | Anachronisme, sur le nom de Scelsi&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Gubaidulina, Nono, Lachenmann, Ligeti, Xenakis, Saariaho, Tiensuu, sont de la mati&#232;re, sont des noms de compositeurs, des noms de la musique, sont dans les noms de compositeurs, des noms de la musique, sont dans les noms des compositeurs, sont dans la mati&#232;re, sont des producteurs, sont dans la mati&#232;re, sont des producteurs, sont des compos&#233;s de la mati&#232;re musique, il existe de la musique, ce sont des compos&#233;s, ce sont des compositions, ce sont des compositeurs, ce sont dans les temps, ce sont les &#233;l&#233;ments &#233;ternels, c'est le nom de la composition &#233;ternelle de la musique, de la masse musicale, du fait de pouvoir sortir des sons de la masse musicale, des sons de musique, des mat&#233;riaux pour l'esprit, l'esprit sensible &#224; la mati&#232;re, l'esprit vit de la mati&#232;re, Scelsi a &#233;crit nuits pour contrebasse, coelocanth pour alto, ygghur et voyages pour violoncelles, manto pour alto, xnoybis pour violon, rucke di guck pour petite fl&#251;te et hautbois, un duo pour violon et violoncelle, elegia per ty pour alto et violoncelle, arc-en-ciel pour deux violons, hyxos pour fl&#251;te, deux gongs et deux clochettes, ko-lho pour fl&#251;te et clarinette, ko-tha pour guitare, cinq quatuors &#224; cordes, okanagon pour harpen contrebasse et tam tamp, i presagi pour deux cors, deux trompettes, deux trombones, deux tubas, une machine &#224; vent, les fun&#233;railles d'alexandre le grand pour contrebasson, tuba basse, contrebasse, orgue &#233;lectrique, grosse caisse et tam-tam, le poids net, la conscience aigu&#235;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ma langue est po&#233;tique et musicale, ma langue est imag&#233;e et musicale, ma langue est souple, &#233;tincelante et merveilleuse, ma langue aime jouer de la musique, elle vibre et fait vibrer chacun de ses mots qui rayonnent de leurs contours et qui viennent s'enchev&#234;trer si pr&#233;cis&#233;ment qu'il ne reste aucune tache &#224; son brillant poli. Elle fait le bruit de tous les sons des instruments de musique, elle fait le bruit de tous les sons des animaux et des ph&#233;nom&#232;nes naturels. Ma langue est musicale. Ma langue est po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le murmure s'entend, ce sont les bruits d'un groupe d'enfants pendant un moment dans la cour, c'est la perceuse, la scie ou la ponceuse, c'est la fin du repas, le mouvement des chaises sur le sol et la vaisselle d&#233;plac&#233;e, l'eau des robinets, de la chasse d'eau, les freins de la voiture qui freine, qui se gare, la porte ouverte, la porte referm&#233;e, la porte ouverte, le cycle tourne qui fait un bruit, le mart&#232;lement du burin contre le mur, le p&#233;piement des oiseaux ou des enfants, ou des chats, ou de mouettes, ou des t&#233;l&#233;films derri&#232;re le mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma langue est po&#233;tique. Elle est po&#233;tique dans son d&#233;roulement et dans ses morceaux et dans le sillage de ses morceaux, elle n'est pas compos&#233;e de mots attach&#233;s &#224; des mots par hasard, par des peines, par des agrafes, des coins et des accroches et des lani&#232;res et des frictions et des ficelles bricol&#233;es m&#233;ticuleusement coll&#233;es les unes contre les autres pour faire la longueur de sa taille. Elle n'est pas allong&#233;e par un miracle en perp&#233;tuel d&#233;s&#233;quilibre, elle a du souffle, elle est un souffle, elle est le souffle, contourne tous les obstacles en passant par l'effet sublime, en passant quand rien ne l'aide &#224; passer, par un dernier sursaut. Son souffle s'appuie, se r&#233;invente au sein de son souffle, embrasant l'air. Ma langue est po&#233;tique sans retenue, sans arr&#234;t, sans s&#233;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Christophe Tarkos, Ecrits po&#233;tiques, POL, 2008&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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