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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>59 | vue sur Seine avec Arnaud Nourry</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Nourry, Arnaud</dc:subject>
		<dc:subject>2009</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Paris, 2009, Arnaud Nourry&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1135" rel="tag"&gt;Nourry, Arnaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1054" rel="tag"&gt;2009&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;59 | vue sur Seine avec Arnaud Nourry&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et accepter l'arbitraire des souvenirs tels qu'ils s'imposent dans un ordre mais provoqu&#233; par quelle association, ou tel effet de contraste : cette &#233;choppe d&#233;serte &#224; la banquette grise en &#233;querre sous un mur vide sauf ce qui ressemble (mais ind&#233;chiffrable sinon que probablement paysage marin avec phare), et l'attente dans cette pi&#232;ce avec vue sur Seine, toi tu n'oses pas t'asseoir, un majordome, ou ma&#238;tre d'h&#244;tel ou appelles &#231;a comme tu veux mais il n'&#233;tait pas servile ni n'en rajoutait sur la politesse ou n'importe quelle familiarit&#233; pour autant, juste ce qu'il fallait de connivence, vous allez d&#233;jeuner avec M. N&#8230; tant mieux, je suis l&#224; pour vous faciliter l'attente, ce serait vingt minutes ou pas plus, montrant la double porte ferm&#233;e du bureau dans la pi&#232;ce attenante, m'ayant d&#233;barrass&#233; de mon sac et de ma veste, propos&#233; de m'asseoir &#224; cette table simplement ronde au milieu de la pi&#232;ce d&#233;j&#224; dress&#233;e avec deux fois deux assiettes et deux fois deux verres ce serait donc en t&#234;te &#224; t&#234;te le d&#233;jeuner ce n'est pas fr&#233;quent et moi j'avais pr&#233;f&#233;r&#233; rester l&#224; &#224; regarder la Seine, premi&#232;re fois que j'entrais dans une de ces tours si r&#233;centes sur le front de Seine et pas haut, non, probablement plut&#244;t le premier &#233;tage, ce n'est pas du tout un souvenir d&#233;sagr&#233;able bien s&#251;r tu es tendu, un peu sur la d&#233;fensive mais il n'y avait pas du tout eu besoin d'aucune d&#233;fiance, juste la curiosit&#233; &#233;nonc&#233;e de savoir comment je me repr&#233;sentais et mon boulot, et le num&#233;rique, le num&#233;rique &#233;videmment, et puis comme c'&#233;tait la direction du groupe et que j'y avais publi&#233; (je ne peux pas m'en emp&#234;cher : j'entre le nom de mon interlocuteur, N&#8230;, dans l'agenda de mon Mac, et pourtant combien de fois chang&#233; de Mac depuis lors et aussit&#244;t la date : 12 juin 2009 donc trois mois pile, trois mois exactement apr&#232;s &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5165' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le soir de Wolfville&lt;/a&gt;), gardant l'impression d'une sorte de partie sportive mais comme on s'entra&#238;ne, sans enjeu : je n'attendais pas r&#233;compense ni salaire ni poste ou quoi que ce soit, j'&#233;tais m&#234;me int&#233;rieurement satisfait de &#231;a, seulement la fa&#231;on de poser les questions, l'orientation pr&#233;cise de ces questions mais d'un autre point d'&#233;nonciation c'&#233;tait bien une r&#233;compense quand m&#234;me, d&#233;chiffrer mon petit monde depuis une autre loupe binoculaire que la mienne, &#224; 14 h de toute fa&#231;on il repasserait dans le grand bureau &#224; c&#244;t&#233;, l'impression peut-&#234;tre r&#233;invent&#233;e (trop de films, trop de photos avec le m&#234;me arch&#233;type) que le long ovale de la grande table de travail dans la pi&#232;ce attenante &#233;tait non pas face &#224; la Seine (c'est cette salle &#224; manger avec sa table simplement ronde qui donnait sur le fleuve), ce que le ma&#238;tre d'h&#244;tel avait servi dans nos assiettes (non, pas de vin, merci) je n'en ai aucun souvenir mais &#231;a c'est comme d'habitude, pas plus de m&#233;moire de ces choses-l&#224; que de reconstruction ult&#233;rieure des visages alors que les mots &#233;chang&#233;s, voire toute la conversation, je pourrais la r&#233;crire comme juste rouvrir un casier de consigne &#8212; est-ce que &#231;a m'avait aid&#233; &#224; voir plus clair certainement, est-ce que les &#233;l&#233;ments donn&#233;s en &#233;change &#231;a avait pu lui servir certainement, &#224; deux reprises dans les ann&#233;es &#224; venir je lui ferais un long mail sur des points pr&#233;cis (le num&#233;rique, oui, certainement, mais le livre &#233;lectronique, non, plus vraiment) et il r&#233;pondrait de suite avec la m&#234;me ouverture seulement tu le comprends : les mondes glissent fluidement ou pas les uns sur les autres sans jamais qu'un des mondes se mette au rythme des autres, le ma&#238;tre d'h&#244;tel vous sert avec componction et discr&#233;tion, tu le remercierais en partant (non, merci, je remets ma veste moi-m&#234;me en g&#233;n&#233;ral) et c'est un comme de deux trains &#224; m&#234;me vitesse sur deux voies parall&#232;les tu aper&#231;ois &#224; quelques dizaines de centim&#232;tres, dans une intimit&#233; d'autant plus facile que deux vitres et la vitesse vous s&#233;parent, les passagers du si&#232;ge correspondant au tien dans le train d'&#224; c&#244;t&#233; &#8212; n'ayant d'ailleurs pas pu m'emp&#234;cher de faire une photo, non pas avec lui mon invitant mais pendant l'attente, maintenant que j'ai la date facile de retrouver, ensuite c'&#233;tait le dernier atelier que j'aie jamais fait &#224; Normale Sup rue d'Ulm et la semaine pr&#233;c&#233;dente, me disent les photos, cet aller-retour Montr&#233;al un peu surr&#233;el maintenant qu'on ne se permet plus &#231;a, parti le 4 et revenu le 6, plus une conf &#224; Genoble le 9 mais quasi impossible de retrouver quoi que ce soit : les photos ce n'est que les usines aper&#231;ues depuis le train, et le 10 &#233;trangement la premi&#232;re fois (un colloque o&#249; je m'&#233;tais pas senti tr&#232;s &#224; l'aise, mais c'est seulement &#224; dix ans de distance que tu d&#233;couvres comment tu as pu encombrer ta vie) que je faisais le trajet de Paris &#224; Cergy, prenant &#224; droite vers la fac alors que plus tard, six ans durant, ce serait &#224; gauche vers l'&#233;cole d'arts et peu importe sinon cette diffraction &#224; chaque pas vers les manques absolus de la m&#233;moire, en tout cas concernant bistrots et caf&#233;s, voire sandwiches TGV et plateau-repas dans l'avion-bus Paris Montr&#233;al et retour &#8211; deux petites heures dans cette lumi&#232;re face Seine et le d&#233;cor classique import&#233; dans le b&#226;timent ultra-moderne, le ma&#238;tre d'h&#244;tel blas&#233; qui devait jauger chaque jour l'invit&#233; de service, cette sensation de puits ouvert dans la conversation avec un type habitu&#233; &#224; manier d'autres forces que ce qui t'est remis comme part minuscule du monde, l'&#233;coute et comment tu fais le point en toi, une impression de quelque chose de soudain translucide ou vaguement luminescent et puis &#231;a y est tu t'en vas, on s'&#233;changera plusieurs fois des lettres et &#224; peine toi tu as r&#233;dig&#233; le premier jet de ce passage que les journaux t'apprennent qu'il a brusquement &#233;t&#233; d&#233;barqu&#233; par ses patrons, ce qu'est devenu le ma&#238;tre d'h&#244;tel avenant quand rien ne l'y obligeait et qui occupe le bureau face Seine se dissipe dans la grande froideur morte du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>67 | Montparnasse tes hontes #1, le comptoir &#224; demis</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5106</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Paris</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Paris, Montparnasse&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot326" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;67 | Montparnasse tes hontes, le comptoir &#224; demis&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a pourrait &#234;tre une fiction mais ce qui n'en est pas une c'est que pendant vingt-cinq ans au moins deux fois la semaine gare Montparnasse avec pauses aux vacances, et ces six ann&#233;es Cergy deux jours d'affil&#233;e en gros tu bosses neuf heures plein pot sans &#233;chapper au b&#226;timent, puis la presse RER et m&#233;tro quand &#231;a marche et comme tu as ce tout petit battement avant le train te voil&#224; devant ce petit bout de comptoir en angle, sur la face c&#244;t&#233; hall ils ont caf&#233;s, sandwiches, viennoiseries et l&#224; dans le repli de ce couloir venteux qui donne sur les escalators c'est juste pour quatre ou cinq types debout comme toi, si on est trop tu te mets de profil et surtout jamais tu ne l&#226;ches ton sac, le serveur demande &#224; peine, juste pour savoir lequel tu veux, de demi, 16 ou Heineken ou Leffe et il te le pose d&#233;bordant devant toi on ne va pas ici et avec ces types-l&#224; s'encombrer de mani&#232;res tu as d&#233;j&#224; pos&#233; la pi&#232;ce correspondant au tarif parce que tu le sais par c&#339;ur tu bois &#231;a lentement si tu as le temps et pas trop de monde, plus vite si c'est moins de temps ou plus de monde et tu le sens direct dans la t&#234;te, un shoot qui &#233;tourdit d'un seul coup les trente voix, les angoisses d'avant cours, les tracas et en bonne partie les visages, tu prendras le train moiti&#233; assomm&#233; mais au moins quand tu arrives chez toi c'est un sas, tu &#233;merges comme dans un monde s&#233;par&#233; et c'est ce que tu voulais : apr&#232;s il y a eu des travaux dans la gare et ils ont remplac&#233; par un Starbuck, le monde va mieux c'est s&#251;r, personne pour se plaindre qu'ils aient supprim&#233; le petit comptoir bleu dans le couloir venteux mais est-ce que tu as regret pour autant m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>29 | m&#233;tro Cadet avec Dominique Grandmont</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5090</link>
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		<dc:date>2022-01-13T07:46:55Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Grandmont, Dominique</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>1981</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Paris, 1981, Dominique Grandmont&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1113" rel="tag"&gt;Grandmont, Dominique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot326" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1065" rel="tag"&gt;1981&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;29 | m&#233;tro Cadet avec Dominique Grandmont&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Si les pics et traverses sont li&#233;s &#224; des &#233;v&#233;nements biographiques, la publication du premier livre en est une certainement : pour les deux ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes je revois cette grande brasserie &#224; l'intersection de la rue Rochechouart et de la rue Lafayette &#8212; moi j'habite rue Rochechouart apr&#232;s avoir habit&#233; rue de Tr&#233;vise et les quelques mois en piaule partag&#233;e au sixi&#232;me rue Lafayette presque cinq ans dans le m&#234;me mouchoir de poche du IXe arrondissement, il y a la station de m&#233;tro avec encore son bandeau suspendu &#171; m&#233;tropolitain &#187; sur la 7 et un minuscule kiosque &#224; journaux, maintenant la brasserie c'est un McDo' mais si on commence &#224; le signaler on n'a pas fini, &#224; l'&#233;poque un int&#233;rieur clair, des banquettes que je revois plut&#244;t marron et pas rouge et souvent les d&#233;buts d'apr&#232;s-midi j'y prends un caf&#233; avec Dominique Grandmont qui est le premier &#233;crivain avec qui j'ai vraiment rapport, j'avais d&#251; fissurer la carapace quelques mois plus t&#244;t pour l'aborder (il habite lui aussi rue Rochechouart, et moi, apr&#232;s d&#233;missionn&#233; de Sciaky Vitry, je passe mon temps dans bouquinistes, librairies, la biblioth&#232;que municipale au-dessus de la piscine rue Rochechouart (Grandmont, lui, y va pour les douches, son minuscule appart n'en disposant pas), et puis les lectures organis&#233;es &#224; Beaubourg, au Mus&#233;e d'art moderne ou &#224; Action po&#233;tique, mes matins sur la petite et bruyante machine &#224; &#233;crire &#233;lectrique Corona mais la machine est en route : Dominique &#233;crit un livre qui s'intitulera Ici bas, on fait tr&#232;s progressivement et lentement connaissance, dans la brasserie il m'en lit les nouvelles pages et je lui en suis reconnaissant, c'est voir un texte de l'int&#233;rieur et une rupture en soi-m&#234;me prodigieuse, elles sont r&#233;dig&#233;es &#224; la main dans un sous-main de cuir qu'il balade avec lui partout, pour je ne sais quelle occasion il me demande si je peux dactylographier un extrait et on en prendra l'habitude, il y aura moins souvent la brasserie mais lui directement l&#224; dans ma piaule de l'autre c&#244;t&#233; de ma table et puis on va marcher, est-ce que ce sera jamais r&#233;ciproque certainement pas, il trouve certainement tr&#232;s bien qu'un clampin de ma sorte s'escrime &#224; &#233;crire et ait cette r&#233;v&#233;rence pour la po&#233;sie, il me parle de Yannis Ritsos, de Vladimir Holan et beaucoup d'Aragon, quand mon manuscrit sera termin&#233; certainement pas question qu'il fasse l'interm&#233;diaire pour &lt;i&gt;Digraphe&lt;/i&gt; dont il assiste aux r&#233;unions et o&#249; sera publi&#233; son livre, je parcours donc &#224; toute allure un rouage qui me manquait dans l'apprentissage et il m'en voudra toujours, comme si je lui avais vol&#233; un morceau de chair vive, ou alors une sorte de malentendu de d&#233;part, que &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt; paraisse chez Minuit, ensuite une sorte de reproche et d'aigreur comme si, lest&#233; d'articles de presse comme je l'&#233;tais, il aurait d&#251; &#234;tre sur la selle de la moto &#231;a n'a pas &#233;t&#233; facile &#224; constater ce changement puis cet &#233;loignement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>36 | une fois m&#234;me au minist&#232;re de l'&#201;duc Nat'</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5084</link>
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		<dc:date>2022-01-13T06:53:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Souchon, Patrick </dc:subject>
		<dc:subject>Lang, Jack</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>2000</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Paris, Jack Lang, Patrick Souchon, 2000&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Souchon, Patrick &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1105" rel="tag"&gt;Lang, Jack&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot326" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1106" rel="tag"&gt;2000&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;36 | une fois m&#234;me au minist&#232;re de l'&#201;duc Nat'&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et ce myst&#232;re que jamais tu ne te souviennes rien de ce qu'il y avait dans les assiettes, pourtant le compte de ces repas avec service il est vite fait, tu entres au minist&#232;re rue de Bellechasse par une entr&#233;e tr&#232;s discr&#232;te de la rue transversale para&#238;t-il l'appartement du ministre, le souvenir de pi&#232;ces exigu&#235;s beaucoup plus que ce &#224; quoi tu te serais attendu, que tu gardes ton sac avec ordi &#224; tes pieds malgr&#233; le larbin qui veut t'en d&#233;barrasser, ce sont des repas dits de travail il doit &#234;tre 20 heures, on est quatre invit&#233;s face au roi africain et ses adjoints mais c'est comme le contenu des assiettes, &#231;a file dans le blanc m&#233;moire, &#224; c&#244;t&#233; de Jack Lang (cette rare p&#233;riode o&#249; minist&#232;res de la culture et de l'&#233;ducation ont &#233;t&#233; r&#233;unis) il y a son directeur de cabinet mais celui-ci il nous pige quand on parle ateliers d'&#233;criture, c'est le moment de la mise en place du sujet dit &#171; d'invention &#187; au bac fran&#231;ais et ce sera suivi quelques semaines plus tard d'une r&#233;union de travail avec ce m&#234;me directeur de cabinet, mais l&#224; ce genre de repas quand on te demande de parler il y a juste en face des signes d'assentiment &#224; l'attention du chef de cabinet l'air de dire : &#8212; Notez bien &#231;a &#224; ma place, je ne sais pas pourquoi avec nous trois ils ont invit&#233; d'autres zigotos livre et &#233;dition qui disent pr&#233;cis&#233;ment le contraire, je sors de mon sac un livre concoct&#233; avec Patrick Souchon justement sur ce qu'on peut faire en tant qu'auteurs dans le syst&#232;me scolaire (&#231;a finira vite, un &#171; inspecteur g&#233;n&#233;ral &#187; nous balan&#231;ant dans cette r&#233;union ult&#233;rieure : &#8212; Amusez-vous dans les coll&#232;ges tant que vous voulez mais ne touchez pas au lyc&#233;e, Lang a l'air surpris &lt;a href=&#034;https://www.amazon.fr/langue-loeuvre-temps-%C3%A9crivains-luniversit%C3%A9/dp/2840660490&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;que je sorte ce bouquin de sous ma chaise&lt;/a&gt; mais fait semblant, puis le passe &#224; son directeur de cabinet, fin de ma relation avec les autorit&#233;s d'&#201;tat on laisse place &#224; d'autres grug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>35 | d&#233;jeuner avec Bill Wyman au Zebra</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5083</link>
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		<dc:date>2022-01-13T06:45:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Rolling Stones</dc:subject>
		<dc:subject>Bill Wyman</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>2003</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Rolling Stones, Bill Wyman, Paris, Maison de la radio, 2003&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot74" rel="tag"&gt;Rolling Stones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1103" rel="tag"&gt;Bill Wyman&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot326" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1104" rel="tag"&gt;2003&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;35 | d&#233;jeuner avec Bill Wyman au Zebra&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et donc en face l'entr&#233;e B aussi, de l'autre c&#244;t&#233; du passage pi&#233;ton donnant sur Les Ondes, cross at zebra ce resto design qui s'&#233;tait implant&#233; sous les immeubles juste construits (tu parles, le loyer, l&#224;-dedans), presque opaque et sans fen&#234;tre de l'ext&#233;rieur mais voil&#224; que tu y entrais pourtant et demandais d'un ton d&#233;tach&#233;, le plus d&#233;tach&#233; que tu te sois jamais extorqu&#233;, si Bill Wyman des Rolling Stones &#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233; et le loufiat qui te regarde d'en haut, semble craindre un sketch avec cam&#233;ra cach&#233;e mais toi tu dis qu'on sera cinq et qu'on veut une table tranquille, quand le petit papy bassiste arrive ils lui feraient presque une haie d'honneur tu parles, lui il commande son Pouilly-fum&#233; et tu te demandes si c'est pour le go&#251;t frais du vin blanc ou pour le plaisir qu'il a &#224; prononcer ce nom si mal fait pour une bouche anglaise &#8212; je devrai en faire le compte rendu pour un journal parisien et c'est bien trop rare qu'on nous fasse de telles demandes mais il semble tout content des questions que je lui pose, qui sont mes questions et que je connaisse son autobio &lt;i&gt;Stone Alone&lt;/i&gt; avec une telle pr&#233;cision, c'est pas de la triche monsieur Wyman non pas de la triche et quand on se retrouvera l'apr&#232;s-midi pour une t&#233;l&#233;vision je ne sais plus laquelle (dans le luxe ripolin&#233; du hall de TF1 et ses filiales) il me lancera : &#8212; &lt;i&gt;Eh, the french Benny Hill&lt;/i&gt; ce que je prendrai finalement &#224; la bonne, voil&#224; donc pour ce resto le Zebra o&#249; je ne suis entr&#233; qu'une fois et pas moi qui ai pay&#233; l'addition.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs sur Tiers Livre : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique46&#034;&gt;le dossier Rolling Stones complet&lt;/a&gt; (inclut feuilleton 2002)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>34 | Les Ondes, en face la Maison de la radio</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5068</link>
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		<dc:date>2022-01-10T15:21:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>2001</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre, Claude </dc:subject>
		<dc:subject>Kolt&#232;s, Bernard-Marie </dc:subject>
		<dc:subject>Piccoli, Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Paris, Bernard-Marie Kolt&#232;s, Michel Piccoli, Claude Guerre, 2001&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1072" rel="tag"&gt;2001&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot421" rel="tag"&gt;Guerre, Claude &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot256" rel="tag"&gt;Kolt&#232;s, Bernard-Marie &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1073" rel="tag"&gt;Piccoli, Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot326" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;34 | Les Ondes, en face la Maison de la radio&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu une premi&#232;re fois &#224; la Maison de la radio et je m'en souviens avec pr&#233;cision, mais sans passer par la case bistrot ni la case cantine : le bistrot c'est en face l'entr&#233;e B, &#231;a s'appelle Les Ondes et &#231;a reste une institution, peut-&#234;tre qu'on le recroisera &#224; mesure du r&#233;cit &#8212; les p&#233;riodes o&#249; on travaillait sur les feuilletons et que c'est &#224; deux ou trois, avec le r&#233;alisateur et l'ing&#233; son, la cantine de service, les croisements qu'on y a avec des gens du m&#233;tier qu'on ne verrait pas autrement, ou simplement attendre une &#233;mission parce que &#231;a permet tranquillement de se concentrer m&#234;me si tu es venu &#224; pied depuis le m&#233;tro Passy, parfois m&#234;me en descendant en amont, de l'autre c&#244;t&#233; de la Seine, pour le plaisir de passer sous ce pont-viaduc qui semble vou&#233; aux photos de mariages avec la Tour Eiffel en fond, et puis passer les sas de s&#233;curit&#233;, dans chacun de ces bistrots vou&#233;s aux habitudes tu connais aussi les toilettes en sous-sol, et c'est une question d'architecture : le b&#226;timent circulaire tu le connaissais d&#232;s la premi&#232;re visite &#224; Paris dans le bus de tourisme avec le petit syst&#232;me audio pour voir l'Arc-de-Triomphe, l'Op&#233;ra et tout ce que tu avais oubli&#233; quasi aussit&#244;t puisque ce qui comptait c'&#233;tait &#231;a, la foule, l'odeur du m&#233;tro et sa sourde vibration qui remontait jusque dans l'exigu appartement de la tante rue Ordener, un b&#226;timent qui rayonnait de toutes ses portes comme &#233;taient cens&#233;es se diffuser les Ondes mais longtemps qu'on y avait num&#233;rot&#233; les entr&#233;es, plus portique et d&#233;p&#244;t de carte d'identit&#233; alors tu essayais de te souvenir pour les coursives et la petite passerelle radiale au premier &#233;tage, puis le num&#233;ro de la pi&#232;ce o&#249; &#233;tait le rendez-vous, sixi&#232;me &#233;tage si c'&#233;tait France Culture, une fois des vigiles mastards et tu te serais presque senti coupable d'exister mais non c'&#233;tait cette vieille grenouille racornie &#224; &#339;il de verre du parti d'extr&#234;me-droite puisqu'on les re&#231;oit ici bras ouverts et une autre fois, avec Maryse Haz&#233; qui le pilotait, la silhouette finalement bien plus petit que tu croyais de Johnny Halliday, les souvenirs plus forts c'est les trois quarts d'heure avec Kolt&#232;s, quelques mois avant sa mort, un jour que Veinstein &#233;tait en retard (il &#233;tait toujours en retard) ou comment tu apprends par hasard, l&#224; parce que tu attends, une mort qui te touche, ou encore cette invitation au 13 heures d'Inter o&#249; tellement rien &#224; dire qu'ils avaient &#233;voqu&#233; ces chats d&#233;couverts &#224; l'ambassade am&#233;ricaine de Moscou et para&#238;t-il porteurs d'un micro dans la queue et puis avec Michel Piccoli et encore Maryse Haz&#233; en traversant les couloirs d&#233;serts de l'apr&#232;s coup de bourre du midi Piccoli avait reparl&#233; des derni&#232;res heures de Kolt&#232;s, lui d'un c&#244;t&#233;, sa m&#232;re de l'autre et en arrivant &#224; Montparnasse ce qui bruissait d&#233;j&#224; des attentats du 11 septembre ah &#231;a valait le coup pour ton bouquin de d&#233;cocher enfin le 13 h d'Inter mais les Ondes, tout en bas en face l'entr&#233;e B, indissociables de la cantine au 8&#232;me et de la vue qu'on y a, c'est si loin cette p&#233;riode o&#249; on invitait les auteurs &#224; bosser directement dans le monde des micros et de la fabrication d'histoires, tout ce que tu as appris &#224; le faire et comme probablement tu n'aurais jamais avanc&#233; dans le num&#233;rique de la m&#234;me fa&#231;on, se souvenir m&#234;me des bruiteurs, ou de la jeune am&#233;ricaine qui venait lire (mieux que toi) les citations de Bob Dylan ou des Rolling Stones, la fa&#231;on dont Claude Guerre venait danser devant ton ventre quand tu faisais tes monologues pour les rythmer et donc cette sorte de vertige lent quand tu te retrouvais &#224; la cantine avec le plateau entr&#233;e plat dessert tarif invit&#233;, les crudit&#233;s et le steak frites plus mousse au chocolat quoique plut&#244;t industrielle, passer entre les tables pour aller remplir la carafe d'eau et le d&#233;calage avec tes commensaux qui mangent l&#224; depuis tant d'ann&#233;es et continueront tant d'ann&#233;es &#8212; la liste &#224; faire de toutes les cantines o&#249;, toi de passage, tu as &#233;prouv&#233; la m&#234;me sensation, sinon qu'ici tu te sentais vaguement chez toi et que c'est seulement ensuite que tu comprenais que non ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mes &lt;a href=&#034;https://www.patreon.com/posts/un-recapitulatif-59705478&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;trois feuilletons rock pour France-Culture&lt;/a&gt; et autres ressources (sur Patreon)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.patreon.com/posts/du-veinstein-au-56954859&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;du Veinstein au lendemain, archives radio&lt;/a&gt; (sur Patreon)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article153' class=&#034;spip_in&#034;&gt;cette jeune Noire tout en haut du World Trade Center&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>31 | les Oiseaux square d'Anvers</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5063</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5063</guid>
		<dc:date>2022-01-10T12:23:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Breton, Andr&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>1981</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Paris, Andr&#233; Breton, 1981&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot502" rel="tag"&gt;Breton, Andr&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1065" rel="tag"&gt;1981&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot326" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;31 | les Oiseaux square d'Anvers&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;De cette p&#233;riode le caf&#233; des Oiseaux, square d'Anvers, et l&#224; je n'aurais pas invit&#233; Dominique Grandmont ni personne &#8212; les surr&#233;alistes gravitant autour de l'appartement d'Andr&#233; Breton rue Fontaine, un des lieux les plus fr&#233;quents de rendez-vous restait bien s&#251;r le Cyrano, boulevard Clichy en face du Moulin Rouge, et dans cette p&#233;riode o&#249; j'habitais rue de Tr&#233;vise ou rue Rochechouart il m'arrivait d'aller m'y asseoir, sauf que c'&#233;tait le Paris des touristes, de la crasse de Pigalle et le Cyrano, aval&#233; par une enseigne anglaise quand il ressemblait plus &#224; ce rade de la rue des Martyrs qu'un film populaire a rendu suffisamment c&#233;l&#232;bre (quoique d&#233;sormais oubli&#233; ou en voie de) pour que le d&#233;cor en soit pr&#233;serv&#233; comme de la verroterie de luxe, m&#234;me si maintenant on ne se souvient du film qu'une fois dans le bistrot, qui en fait son enseigne, inversion de la notion de d&#233;cor ou sc&#233;nographie &#8212; mais m&#234;me du temps encore du Cyrano (les d&#233;buts d'apr&#232;s-midi il restait presque vide, j'amenais un bouquin, mais les ondes ne portaient pas &#224; y &#233;crire, contrairement &#224; cette sorte de self service de l'autre c&#244;t&#233; du boulevard apr&#232;s la place Clichy, d&#233;serte l'apr&#232;s-midi avec sa vitrine du premier &#233;tage en surplomb du boulevard, et l'indiff&#233;rence de toute la ville autour), square d'Anvers un peu plus haut sur le boulevard et donc &#224; quelques dizaines de m&#232;tres de ma piaule Rochechouart c'&#233;tait &#224; la fois d&#233;sert et &#224; la fois ce mobilier qui semblait ne pas avoir chang&#233; depuis des d&#233;cennies, et m&#234;me si on pouvait imaginer que le mobilier des ann&#233;es 20 avait &#233;t&#233; refait &#224; neuf dans les ann&#233;es 50, les trente ans qui m'en s&#233;paraient faisaient qu'en y entrant on poussait directement la porte des surr&#233;alistes : je revois des sortes de paravents translucides s&#233;parant la salle en plusieurs box ou espaces, debout on voyait tout mais en s'affalant sur la moleskine il n'y avait plus que votre table et les quatre places que vous mobilisiez pour vous seul, votre tasse de caf&#233; et le cahier &#8212; je revois aussi les lustres surcharg&#233;s, les enseignes pour ap&#233;ritifs grav&#233;es &#224; m&#234;me les miroirs, puis le loufiat maigre et maladroit qui s'en fichait que vous restiez l'apr&#232;s-midi pourvu qu'on ne l'emb&#234;te pas, un signe de loin pour renouveler le caf&#233; suffisait, il y avait souvent deux ou trois habitu&#233;s dont je reconnaissais le visage et &#231;a devait &#234;tre r&#233;ciproque, un gars vo&#251;t&#233; &#224; scoliose, peut-&#234;tre m&#234;me plus jeune qui moi qui pourtant n'avait pas encore la trentaine, qui gribouillait au stylo-plume (moi aussi, et d'ailleurs mon Shaefer lourd &#224; corps de m&#233;tal achet&#233; dans une minuscule boutique renfonc&#233;e avenue Trudaine o&#249; il ne devait pas s'en vendre tous les jours, cela aussi contribuant &#224; cette sorte de sentiment hors du monde qu'&#233;tait, alors partag&#233;e, alors commune, l'activit&#233; d'&#233;crire), donc lui accumulant des pages et des pages sans relever le menton, &#224; l'eau min&#233;rale, tandis que je passais des dix minutes le nez en l'air, &#224; respirer l'ambiance comme le loufiat respirant le boulevard, le gros patron &#224; moustache lui inventant r&#233;guli&#232;rement des t&#226;ches uniquement parce que &#231;a ne lui plaisait pas de payer un gars &#224; rien faire, je revois aussi des habitu&#233;s qui tout au fond, pr&#232;s de la porte des chiottes mais &#231;a ne les d&#233;rangeait pas, aimant cette ombre et cet &#233;cart, posaient pendant deux heures des cartes sur un tapis (on les leur fournissait), presque sans parler mais avec une sourde r&#233;gularit&#233; m&#233;canique comme si se tramait ici des d&#233;cisions emportant toute l'Europe et moi j'avais encore ces Clairefontaine 240 pages grand format, &#233;pais, &#224; reliure double spirale se d&#233;formant comme un ressort, provenance la silencieuse pap&#232;terie &#224; l'entresol de l'avenue Trudaine aussi, pr&#233;f&#233;rant cette taille comme si chaque page alors devenait un pays, une fragmentation, des fl&#232;ches et des traits pour relier, en quatre ans il dut y en avoir cinq ou six remplis jusqu'au bout puis je passerais &#224; cette suite num&#233;rot&#233;e cousus et non plus la spirale, dont je commencerais la num&#233;rotation, qui irait jusqu'au 20 ou par l&#224; (j'en ai gard&#233; quelques-uns), en int&#233;grant la suite des grands formats br&#251;l&#233;s l'hiver 1983-1984, les textes accumul&#233;s alors se r&#233;sumant &#224; distance &#224; leur qu&#234;te, ou leur sensation, un des rares bistrots o&#249; on ne vous emb&#234;tait pas d'une musique de fond, la sensation que tout &#233;tait &#224; distance mais que d'autres que vous, d&#232;s les ann&#233;es surr&#233;alistes et peut-&#234;tre &#224; cause de ce seul nom du bistrot, caf&#233; des Oiseaux dans la d&#233;coupure sombre du boulevard et les n&#233;ons plus loin de Pigalle, la f&#234;te foraine d'un autre &#226;ge de saltimbanques qui s'y installait en novembre, ou cette d&#233;coupure comme min&#233;rale avec ses arbres morts et la sempiternelle silhouette des lyc&#233;es de la R&#233;publique qu'&#233;tait le square d'Anvers, le fouillis des rues qui l'irriguaient (ou auraient pu) c&#244;t&#233; Paris centre, la fronti&#232;re au nord qu'&#233;tait le bord de l'enclave Montmartre comme si tout ici regardait vers l'arri&#232;re, oui une p&#233;riode de presque deux ans o&#249; si souvent tu venais d'asseoir avec ton cahier et le caf&#233; trop vite refroidi, une sensation qu'hors l'&#233;criture le monde aurait &#233;t&#233; inamovible, combien dans les ann&#233;es voire les d&#233;cennies &#224; suivre tu te rach&#232;terais de cahiers en croyant l'illusion encore possible &#224; ranimer, et jamais tu n'as pu te r&#233;soudre, quand tu passes dans le coin, &#224; ne pas rentrer pour un caf&#233; aux Oiseaux, c'est bien d&#233;cati, on n'y trouve plus rien de surr&#233;aliste m&#234;me pas la m&#233;moire que la litt&#233;rature aurait eu un jour dans la ville importance symbolique, il y a un fond de radio genre RFM ou Nostalgie, un loufiat toujours aussi perdu comme si &#231;a leur montait au moral pour les cinq ou dix ans qu'ils passent l&#224; avant qu'on les remplace, &#231;a me fiche le bourdon chaque fois mais est-ce que ce n'est pas simplement pour n'avoir su te retrouver ni m&#234;me t'apercevoir &#224; distance, avec tes tifs en d&#233;sordre et noircissant ton cahier grand format de ta marquetterie de r&#234;ves et de phrases bizarres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>30 | rue Daguerre avec Mathieu B&#233;n&#233;zet</title>
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		<dc:date>2022-01-10T08:31:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Goux, Jean-Paul </dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;n&#233;zet, Mathieu </dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Paris, 1983, Mathieu B&#233;n&#233;zet, Jean-Paul Goux&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot226" rel="tag"&gt;Goux, Jean-Paul &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot235" rel="tag"&gt;B&#233;n&#233;zet, Mathieu &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot326" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;30 | rue Daguerre avec Mathieu B&#233;n&#233;zet&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Et versant sym&#233;trique, le livre paru en septembre, mon int&#233;r&#234;t pour la m&#234;me revue &lt;i&gt;Digraphe&lt;/i&gt;, les auteurs pas beaucoup plus &#226;g&#233;s que moi que j'y r&#233;v&#233;rais comme Jean-Paul Goux ou Philippe de la Genardi&#232;re &#8212; m&#234;me si &#231;a s'en tiendra l&#224; (une amiti&#233; longue et solide avec Goux, &#231;a c'est un appui fort dans une vie) organis&#233;es &#224; Beaubourg, au Mus&#233;e d'art moderne ou &#224; Action po&#233;tique, je fr&#233;quente beaucoup Mathieu B&#233;n&#233;zet : il habite juste derri&#232;re la rue Daguerre mais les bistrots qu'il affectionne sont de minuscules troquets en longueur, les d&#233;buts d'apr&#232;s-midi parce qu'il va chercher ensuite son fils &#224; l'&#233;cole, je passe le prendre chez lui et des troquets on en fait ensuite plusieurs, il me parle aussi d'Aragon mais plus de Breton et puis d'Artaud, je prends ce qu'il y a &#224; prendre et cette radicalit&#233; je lui en sais gr&#233;, il &#233;crit Pantin canal de l'Ourcq ou Ceci est mon corps, ou bien ce sont les textes dont on parle, Mathieu l&#232;ve le coude avec une sorte d'opini&#226;tret&#233; mauvaise, je comprends que je dois faire attention, bient&#244;t marche arri&#232;re &#8212; surtout, faisant des piges dans plusieurs journaux (il n'est pas encore impliqu&#233; dans la radio comme il le sera plus tard), il re&#231;oit des tas de service de presse pour les livres d'art, mais dans cette partie de Paris toutes les boutiques le connaissent et s'entendent pour lui en proposer des prix d&#233;risoires, alors j'en prends quatre ou cinq et, moi qu'on ne conna&#238;t pas, vais les proposer aux bouquinistes, lui remets la monnaie, ensuite je partirai pour cette ann&#233;e &#224; Marseille et &#231;a se distendra un peu mais on gardera cette sorte de fraternit&#233;, ne serait-ce que savoir la part sombre de l'autre et qu'on en tient le secret, la derni&#232;re fois c'&#233;tait aux Ondes face &#224; la maison de la radio, je suis assis avec l'ordi en attendant l'&#233;mission o&#249; je dois me rendre, il est au comptoir mais les yeux fixes, tient &#224; peine debout, agressif parce que je le vois dans cette condition-l&#224;, puis des larmes quand on &#233;voque les belles ann&#233;es, une bonne accolade pour se prouver que rien n'a chang&#233;, il a mauvaise haleine, je ne le reverrai plus : quand je passe rue Daguerre ou traverse le quartier environnant j'essaye de retrouver ce rade en longueur o&#249; il m'attendait quand j'allais vendre ses services de presse et lui rapportait la thune mais jamais plus possible de l'identifier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>annonces concernant la culture</title>
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		<dc:date>2016-11-20T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;moire, histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Tacheau, Olivier </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;et la cr&#233;ation d'un mus&#233;e de l'histoire de France vue par ses habitants m&#234;mes&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot335" rel="tag"&gt;m&#233;moire, histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot539" rel="tag"&gt;Tacheau, Olivier &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1603.jpg?1479626643' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un mus&#233;e de l'histoire de France, voil&#224; l'annonce faite ce matin. Mais surtout cette id&#233;e tr&#232;s neuve, qui vaudra pour la suite des jours et des temps, mus&#233;e que chacun &#233;tait invit&#233; &#224; prolonger, et voil&#224; qui donnait toute une perspective &#224; la reconversion des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs ann&#233;es, on a voulu sauver. Anciennes usines, maisons o&#249; avait v&#233;cu telle personnalit&#233; locale ou nationale, &#233;crivain ou collectionneur (de tableaux, de voitures), vieux couvents rest&#233;s vides si longtemps, mais aussi ces grandes constructions faites autrefois pour la justice, pour l'arm&#233;e et son mat&#233;riel (on avait des fait des mus&#233;es du char, des mus&#233;es de la marine, des mus&#233;es du v&#234;tement militaire, de la vie de caserne au XX&#232;me si&#232;cle), tout &#233;tait devenu mus&#233;e : ce qui posait deux probl&#232;mes, celui du public, celui de l'entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'avait vu pour les th&#233;&#226;tres : quels cris, &#224; chaque fois qu'on avait dit que tel th&#233;&#226;tre, o&#249; malgr&#233; les subventions les salles restaient vides, ne justifiaient pas forc&#233;ment le maintien de l'&#233;quipement. Depuis si longtemps ils s'&#233;taient clos sur eux-m&#234;mes, se jouant leurs pi&#232;ces aux uns aux autres. On avait fini par garder des th&#233;&#226;tres vides, avec des reconstitutions en relief des pi&#232;ces jou&#233;es, des expositions dans les couloirs, le hall, les loges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les usines, on les convertissait en lieux dits culturels : cela se pr&#234;tait si bien &#224; la m&#234;me chose, performances, installations, projections, salles de r&#233;p&#233;tition en vue de cr&#233;ation future. Mais les usines fermaient plus vite qu'on ne pouvait multiplier ces transformations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement s'&#233;tait amplifi&#233;, on l'avait appel&#233; le &lt;i&gt;tertiaire de la culture&lt;/i&gt;, parce que maintenant c'&#233;taient principalement d'anciens b&#226;timents de service, de bureaux, qu'il fallait r&#233;employer. Pour chaque mutation administrative vers le num&#233;rique, combien de fen&#234;tres s'&#233;teignaient ? Et les nouveaux b&#226;timents de gestion, en bord des villes, avec parking, salles de musculation et de d&#233;tente, parkings am&#233;nag&#233;s, calme et lumi&#232;re, cha&#238;ne du froid pour la cantine, &#233;taient bien plus rationnels, encombraient moins la vieille surface de la terre. Construire &#233;tait essentiel, avait-on pr&#233;tendu longtemps : tout le monde y trouvait son compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors d&#233;molir, installer des parcs, des espaces verts ? On ne faisait plus que marcher au long des arbres, dans les vieux centre-villes. Installer des espaces commerciaux ? Ils fermaient eux aussi. Des mus&#233;es ? On en avait pour la fa&#239;ence, l'horlogerie, les bonbonni&#232;res, l'histoire naturelle. Pour &#233;duquer, mieux valait quand m&#234;me apprendre &#224; consid&#233;rer le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait eu cette id&#233;e : l'important, c'&#233;tait la trace. Ces journaux personnels sur Internet, ces pages avec votre photo et vos recettes de cuisine pendant la grande mode des r&#233;seaux sociaux, avaient induit cette belle id&#233;e : remettre &#224; la collectivit&#233; ce qui, de fait, lui appartenait. Et pas de ces &#233;crans qui ne conservaient rien, maintenant que m&#234;me les morts on les br&#251;lait (o&#249; les aurait-on mis, sinon : tout Michaux tenait dans une urne &#8211; je sais, je l'ai tenue). Non, une simple et belle vitrine, et quiconque &#233;tait citoyen de la ville pouvait solliciter la sienne : la place ne manquait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi y placer ? Mais ce que vous voulez : simplement, ce que vous voulez. On vous attribuait un espace non virtuel, occupez-le comme vous occupiez, au temps de la mode virtuelle, ces espaces qu'on disait personnels. Objets, si vous voulez. Textes ou musique, si vous voulez. Photographies choisies, ou un seul autoportrait : si vous voulez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On venait s'y promener le dimanche. Certaines vitrines &#233;taient tr&#232;s gaies, on restait amuseur pour l'&#233;ternit&#233;. On avait conscience d'avoir invent&#233; bien mieux que les anciens mus&#233;es, qu'on fermait maintenant comme on avait ferm&#233; les biblioth&#232;ques, les th&#233;&#226;tres : la vie de tous les jours, et bien mieux qu'un buste d'empereur romain, ce qui &#233;tait le symbole de vous-m&#234;me &#224; jamais. Les villes &#233;taient devenues &#8211; enfin &#8211; notre m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Je vous redonne le code d'acc&#232;s de ma vitrine, entrer sur les bornes &#224; disposition public C224-A42B-F355G.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Louis Aragon | PSSMSM PSSIMISM PESSIMISME</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1316</link>
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		<dc:date>2014-04-05T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Aragon, Louis</dc:subject>
		<dc:subject>Benjamin, Walter </dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Aragon lu par Walter Benjamin&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;le mag | grandes pages&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;Aragon, Louis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Benjamin, Walter &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot326" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1316.jpg?1356356073' class='spip_logo spip_logo_right' width='120' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;note du 5 avril 2014&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Y a pas &#224; dire, le &lt;i&gt;pessimisme&lt;/i&gt; est une cat&#233;gorie inusable par les temps qui courent, d'o&#249; l'importance revenir au vieux &lt;i&gt;Paysan&lt;/i&gt;...
&lt;p&gt;&lt;i&gt;note du 8 avril 2013&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
Je remets cet article en Une, parce qu'il fait partie des textes que la r&#233;quisition d'&#201;tat men&#233;e par la BNF (&lt;a href=&#034;http://relire.bnf.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;registre ReLIRE&lt;/a&gt; a d&#233;cid&#233; de num&#233;riser (&#224; vos frais, contribuable), puis de commercialiser, alors qu'il y a des ann&#233;es qu'il est ici librement disponible sur mon site... C'est bien le ridicule de cette op&#233;ration bureaucratique sordide &#8211; voir ces &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3447' class=&#034;spip_in&#034;&gt;deux&lt;/a&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3464' class=&#034;spip_in&#034;&gt;articles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;note du 23 d&#233;cembre 2012&lt;/i&gt;&lt;br&gt; De nombreux &#233;chos pour cet anniversaire, Aragon est d&#233;c&#233;d&#233; il y a 30 ans exactement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;note du 10 mars 2009&lt;/i&gt;&lt;br&gt; Pour accompagner Arnaud Ma&#239;setti qui propose ce 9 mars 2010 une belle r&#233;flexion sur ce vers : &lt;a href=&#034;http://arnaudmaisetti.net/spip/spip.php?article273&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des choses qui me rongent La nuit&lt;/a&gt; Aragon toujours &#224; rouvrir, et la t&#234;te tellement plus libre d&#233;sormais pour en explorer les galeries, la majest&#233; des vers de 14 ou 16 pieds... Et parce que je vais parler du &lt;i&gt;Paysan de Paris&lt;/i&gt; ces jours-ci dans cours Montr&#233;al et Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;note initiale (juin 2008)&lt;/i&gt;&lt;br&gt; C'est pour le centenaire de Louis Aragon, en 1997, qu'Alain Nicolas et Henriette Zoughebi avaient rassembl&#233; plusieurs auteurs pour un livre paru chez Stock, avec entre autres Michel Chaillou, Bernard Chambaz, Alain Nadaud, Marie NDiaye, Bernard No&#235;l, Jacques Roubaud. J'avais choisi de travailler sur &lt;i&gt;Le Paysan de Paris&lt;/i&gt;, livre qui m'a toujours fascin&#233; par sa fa&#231;on pr&#233;curseur de se saisir des signes de la ville. S'en saisir par sa part la plus instable, ses lieux de mutations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens m&#234;me, &#224; la biblioth&#232;que de Bobigny, avoir pr&#233;par&#233; un parcours de lecture dans le &lt;i&gt;Paysan de Paris&lt;/i&gt;, nous l'avions pr&#233;sent&#233; en duo avec &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article92' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Marc Perrone&lt;/a&gt; : mais ce n'&#233;tait pas encore dans l'air du temps. Pas de trace audio, d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le Net, beaucoup de bibliographies, de pr&#233;sentations d'ouvrages, mais de contenus tr&#232;s peu (voir &lt;a href=&#034;http://www.louisaragon-elsatriolet.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Erita&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La piste que j'avais prise, c'est un voyage dans le fabuleux &lt;i&gt;Passagenwerk&lt;/i&gt; de Walter Benjamin : toutes ces notes recopi&#233;es et tri&#233;es &#224; la BNF sur le th&#232;me de la ville, de l'insurrection, des panoramas et de la photographie, de la lecture populaire, des utopies, alors qu'avan&#231;ait la guerre. C'est Georges Bataille qui sauve ces dossiers. Et pour nous (voir traduction &lt;i&gt;Les passages parisiens&lt;/i&gt; au CERF), un voyage imaginaire consid&#233;rable, o&#249; ces phrases en fran&#231;ais sont ins&#233;r&#233;es toutes brutes dans les r&#233;flexions fines de Benjamin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'apporte parfois &lt;i&gt;Le Paysan de Paris&lt;/i&gt; pour des ateliers d'&#233;criture, voir ici en lyc&#233;e professionnel &#224; Argenteuil : &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/atel/ARG2/05_seuls.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Seuls&lt;/a&gt;. Voir aussi &lt;a href=&#034;http://expositions.bnf.fr/brouillons/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Brouillons d'&#233;crivains&lt;/a&gt; et le dossier Aragon de &lt;a href=&#034;http://www.culturesfrance.com/adpf-publi/folio/aragon/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cultures France&lt;/a&gt;. Sur le &lt;i&gt;Passagenwerk&lt;/i&gt; de Benjamin, voir le site &lt;a href=&#034;http://www.othervoices.org/gpeaker/Passagenwerk.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Other voices&lt;/a&gt;. Et une balade dans les passages parisiens d'aujourd'hui avec &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article1952&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dominique Hasselmann&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Photo haut de page : &lt;i&gt;Cin&#233;ma nouveaut&#233;s&lt;/i&gt;, autochrome, circa 1914, collections mus&#233;e Gustave Kahn, &#224; voir &lt;a href=&#034;http://visualhistory.livejournal.com/51055.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fran&#231;ois Bon | Louis Aragon lu par Walter Benjamin&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Tu te crois, mon gar&#231;on, tenu &#224; tout d&#233;crire. Illusoirement. Mais enfin &#224; d&#233;crire.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Choisi par Aragon pour prendre place dans l'Oeuvre po&#233;tique, &lt;i&gt;Le Paysan de Paris&lt;/i&gt;, comme &lt;i&gt;Le Roman inachev&#233;&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Henri Matisse roman&lt;/i&gt;, interroge d'abord la prose narrative dans sa t&#226;che d'aujourd'hui, qui la confronte de l'int&#233;rieur &#224; l'enjeu po&#233;tique. En se faisant prose du monde r&#233;el, le &lt;i&gt;Paysan de Paris&lt;/i&gt; trouve son actualit&#233; dans ce que s'assigne la prose narrative dans son affrontement le plus contemporain, post&#233;rit&#233; qui en cela se s&#233;pare du corps romanesque d&#233;velopp&#233; ensuite par son propre auteur. La ville s'y affirme comme sujet actif et autonome de la collectivit&#233; qui la constitue, et apprend &#224; la litt&#233;rature &#224; se risquer sur cette fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Le monde moderne est celui qui &#233;pouse mes mani&#232;res d'&#234;tre. Une grande crise na&#238;t, un trouble immense qui va se pr&#233;cisant... Ce qui me traverse est un &#233;clair moi-m&#234;me. Et fuit.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Paysan de Paris&lt;/i&gt; provoque par la clart&#233; de son armature. Un enfoncement dans les choses vers le plus secret de ce par quoi elles touchent &#224; l'homme, Le Passage de l'Op&#233;ra. Et son pendant exact du dehors, l&#224; o&#249; on organise la surface du monde pour pr&#233;senter au ciel de la ville les parcours des hommes, Le sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont, avec l'embl&#232;me de son pont des Suicides. Et, comme pour tenir droit sur une chemin&#233;e, les deux mondes antagonistes, o&#249; les mots se d&#233;forment c&#244;t&#233; passage, o&#249; les statues parlent c&#244;t&#233; parc, deux &#233;crits programme, le premier pour accrocher &#224; la lecture du monde ce qu'on va laisser d&#233;river dans le r&#234;ve, la courte Pr&#233;face &#224; une mythologie de la vie moderne, le second pour &#233;largir au fantastique ce qu'on vient de d&#233;crypter dans la r&#233;alit&#233;, Le songe du paysan, ou le concept reconnu premier, pour la prose de la ville, d'image :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Je ne me sentais pas responsable de ce fantastique o&#249; je vivais. Le fantastique ou le merveilleux. C'est dans cette zone que ma connaissance &#233;tait proprement la notion. J'y acc&#233;dais par un escalier d&#233;rob&#233;, l'image.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Paysan de Paris&lt;/i&gt; provoque par le culot d'irruptions non pas romanesques mais th&#233;&#226;trales, &#224; la surface m&#234;me du livre. Par exemple ce vieil homme &#224; moustache et tics nerveux, un patin &#224; roulettes au pied droit et 125, boulevard Saint-Germain de Benjamin P&#233;ret sous le bras, annon&#231;ant le Discours de l'imagination qu'on donne dans la petite baraque en bois dite du Th&#233;&#226;tre moderne, et c'est l'&#233;loge des poisons, de la drogue et de l'ab&#238;me, des dormeurs &#233;veill&#233;s jet&#233;s dans la ville, de la machine &#224; chavirer l'esprit, pour que l'auteur se risque ensuite l&#224; o&#249; on lui avait dit d'aller :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Aujourd'hui je vous apporte un stup&#233;fiant venu des limites de la conscience, des fronti&#232;res de l'ab&#238;me[...] Entrez entrez, c'est ici que commencent les royaumes de l'instantan&#233;[...] Car chaque image &#224; chaque coup vous force &#224; r&#233;viser tout l'Univers.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La novation, c'est d'affirmer d'embl&#233;e cette qu&#234;te de l'instantan&#233;, que la prose n'est pas refaire simulacre d'un mouvement continu, mais saisie brute et sans plus de trace que la performance de th&#233;&#226;tre. Comme ce concierge qu'on interroge et qui r&#233;pond par la poussi&#232;re, poussi&#232;re sur la ville comme alors sur lui-m&#234;me et nous, lecteur, avant trois pages de description de la vitrine d'un magasin de cannes : il n'y a plus rien que les cannes, et donc nous-m&#234;mes dans un rapport exhauss&#233; au r&#233;el (o&#249; sommes-nous donc, lorsque les cannes d'elles-m&#234;mes se mettent &#224; osciller et nager dans la vision objective). Ou cet absent que r&#233;sument deux papiers affich&#233;s sur une vitre sombre, ferm&#233; pour cause de maladie puis ferm&#233; pour cause de d&#233;c&#232;s, et on ne rajoute rien &#224; l'histoire refaite par les signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les livres pr&#233;curseurs sont toujours maladroits. Parce qu'ils vont l&#224; o&#249; on n'&#233;tait pas all&#233;, ils s'y &#233;brouent, cherchent leurs marques, et ne peuvent s'emp&#234;cher de s'accrocher &#224; ce qu'il reste d'ancien, que leur existence m&#234;me repousse soudain en arri&#232;re. Ces livres pr&#233;curseurs, on dirait que l'auteur, m&#234;me s'il affiche partout son intention d&#233;lib&#233;r&#233;e d'&#234;tre venu l&#224; et de faire invention, ne peut savoir o&#249;, &#224; quel recoin d'image ou de phrase, s'est d&#233;pos&#233; ce qu'il y per&#231;oit de neuf radical dans ce qu'il porte au jour, et qui se joue forc&#233;ment contre lui, hors de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1935, douze ans plus tard, un jeune intellectuel allemand viendra s'enfermer dans la biblioth&#232;que nationale, et pendant six ans accumulera plus de neuf cent pages lourdes de mat&#233;riau, citations, r&#233;flexions, parall&#232;les, sur cette seule id&#233;e des Passages. &#224; distance, un relais a &#233;t&#233; pris, parce qu'une fois que le pr&#233;curseur s'est risqu&#233; et m&#234;me s'il &#233;tait lui encore trop &#233;bloui, d'autres travailleurs viendront , et celui-ci s'appelle Walter Benjamin. Est fascinante l'id&#233;e que le Paysan puisse en germe contenir les neuf cents pages du&lt;i&gt; Passagen Werk&lt;/i&gt; : c'est dans ces neuf cents pages futures et absentes, donc l'illusion d'un livre encore absent, que nous prom&#232;ne&lt;i&gt; Le paysan de Paris&lt;/i&gt; et c'est sans doute son plus grand effet fantastique, d'effleurer la possibilit&#233; d'une ville &#233;criture, une infinie &#233;criture monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieuses sont les trois citations sur quoi va s'appuyer Walter Benjamin comme autant d'&#233;troits tunnels for&#233;s par quoi il pourra dresser son monument aux Passages. La premi&#232;re est celle qui donne tout son sens &#224; la d&#233;marche de l'intellectuel juif quittant son pays pour croire possible de se r&#233;fugier dans un autre qui soit uniquement de livres et d'id&#233;es. Et quand il faudra finir par le quitter, en 1940, laissant &#224; la garde de Georges Bataille ses liasses de notes, ce sera pour aller &#224; Port-Bou et au suicide. Benjamin recopie d'Aragon :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Car c'est aujourd'hui seulement que la pioche les menace, qu'ils (les passages) sont effectivement devenus les sanctuaires d'un culte de l'&#233;ph&#233;m&#232;re, qu'ils sont devenus le paysage fantomatique des plaisirs et des professions maudites, incompr&#233;hensibles hier et que demain ne conna&#238;tra jamais.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent manque tout, parce que ce qui donnerait sens est d&#233;j&#224; affect&#233; par la catastrophe r&#233;alis&#233;e, ce qui est perdu. Mais dans cet &#233;troit basculement de l'&#233;ph&#233;m&#232;re, dans la coquille fragile des signes qui survivent mais vont cesser, quelque chose est l&#224; qu'on ne peut retenir mais qui pour nous doit &#234;tre le chemin obligatoire. La seconde id&#233;e, que ne commente pas Benjamin mais qu'il recopie plusieurs fois, est une br&#232;ve exclamation :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Qu'il pla&#238;t &#224; l'homme de se tenir sur le pas des portes de l'imagination !&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Paysan&lt;/i&gt; innove parce qu'il ne se pr&#233;sente pas comme livre de fiction &#224; la Edgar Poe, qu'il ne se pr&#233;sente pas non plus comme po&#233;tisation du r&#233;el, c'est-&#224;-dire sa magnification comme Baudelaire, dans ses &lt;i&gt;Tableaux parisiens&lt;/i&gt;, peut dresser tableau hallucin&#233; de la ville. Le Paysan en appelle &#224; la r&#233;alit&#233; qu'il nomme pour s'en &#233;carter, nous contraindre &#224; la seule perspective de l'imaginaire. Mais en nous soumettant tout entier &#224; l'appel imaginaire, le Paysan nous laisse accroch&#233; et tenu au r&#233;el, y fixant par cela m&#234;me l'imaginaire comme possible. Ce n'est pas la cr&#233;ation d'un monde, ni la soumission contrainte de la langue au monde qui est, c'est un travail uniquement sur le seuil et la fronti&#232;re, qui les convoque tous deux dans un double manque, le chemin &#233;troit enfin rendu possible qui les rapproche, au moins comme illusion cr&#233;dible qu'existe quelque part (l&#224;, dans le monde clos, ni parfaitement int&#233;rieur, ni ext&#233;rieur, du Passage de l'Op&#233;ra, ou de sa version sym&#233;trique, ni parfaitement ext&#233;rieure, ni int&#233;rieure, des Buttes Chaumont) ce franchissement possible du r&#233;el par la langue qui nous emm&#232;ne dans l'imaginaire. La magie d'un livre, c'est l'intuition qu'on peut rester, au moins le temps m&#234;me de sa lecture, sur cette fronti&#232;re qui n'appartient ni au monde ni &#224; la langue, et convoque les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me id&#233;e est plus complexe, parce qu'Aragon se s&#233;pare du Paysan de Paris au m&#234;me moment o&#249; lui, Benjamin, s'enferme &#224; la biblioth&#232;que nationale pour &#233;crire ses neuf cents pages de notes : Aragon, en 1935, dans un article de la revue Commune qu'il dirige, sur la contradiction dans la biographie d'un &#233;crivain, reniant ce &lt;i&gt;Paysan&lt;/i&gt; qui ne colle pas avec l'entreprise d'&#233;criture qui sera d&#233;sormais sienne (ce qu'il confirme avec encore plus de distance en 1974 : Ce Paysan, que je consid&#232;re comme un &#233;trange lieu d'aiguillage ) :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Et comme la plupart de mes amis j'aimais ce qui est manqu&#233;, ce qui est monstre, ce qui ne peut pas vivre, ce qui ne peut pas aboutir [...] J'&#233;tais comme eux, je pr&#233;f&#233;rais l'erreur &#224; son contraire. &lt;/i&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Walter Benjamin renversant donc cette phrase &#224; peu pr&#232;s au moment o&#249;, l'Allemagne d&#233;finitivement quitt&#233;e, il s'enferme &#224; la biblioth&#232;que nationale : quand c'est le monde m&#234;me qui fait erreur et manque &#224; son destin, quand le monde s'abandonne au monstre, alors l'oeuvre grande est celle qui se fait capable d'inclure en elle le monstre, l'oeuvre grande est celle qui va vers le monde l&#224; o&#249; il ne peut plus vivre. Et ce qu'on en tire est forc&#233;ment une trace inaboutie, parce que jet&#233;e hors des formes du livre vers ce qui, dans le r&#233;el, ne peut se r&#233;soudre &#224; n'&#234;tre que repr&#233;sentation sans perte. Il n'y pas de contraire de l'erreur, il n'y a que ce chemin d'aller vers ce qui, hors de nous, ne se dissout pas dans notre compr&#233;hension, au risque de l'inabouti et du manqu&#233;. Les neuf cents pages de Walter Benjamin rassembl&#233;es sous le titre &lt;i&gt;Passagen Werk&lt;/i&gt; sont un classique majeur de la pens&#233;e contemporaine, bien au-del&#224; le Paysan qui en a for&#233; l'id&#233;e et le tunnel. Mais dans l'inabouti, le ce qui ne peut pas vivre, dans l'erreur, quelque chose est l&#224; d'immens&#233;ment pr&#233;cieux que c'est &#224; nous d'aller chercher, travailler et reprendre. Le &lt;i&gt;Paysan de Paris&lt;/i&gt; un livre laiss&#233; sans h&#233;ritage, parce que son auteur a pris ensuite des voies o&#249; celui-ci ne comptait plus, o&#249; on laissait &#224; un jeune philosophe berlinois, bougon et juif, traducteur de Proust, le soin de l'exploration &#224; suivre. Qu'est-ce qu'on retient d'un livre ? L'id&#233;e peut sembler ne pas &#234;tre s&#233;rieuse : c'est de tout, qu'on devrait se souvenir. Et, si on ne se souvient pas, on n'a qu'&#224; relire. Mais on peut aussi penser qu'un livre nous attrape par en dessous, par des processus myst&#233;rieux qui ne sont pas ceux seuls de la raison et du souvenir conscient. Alors ce qui surnage et ce qu'on enfouit devient un paysage qui se superpose au livre lui-m&#234;me, quelquefois une seule id&#233;e vague ou m&#234;me une seule image, mais c'est par l&#224; que lire nous tient. La premi&#232;re fois que j'ai lu Le Paysan de Paris je ne connaissais rien &#224; Paris, je n'y avais jamais v&#233;cu. C'&#233;tait un &#233;t&#233;, celui de 1969 o&#249; on avait march&#233; sur la lune, et je tenais une station-service Antar sur une route du Poitou ; entre les voitures j'&#233;tais dans la cabine et j'avais commenc&#233; par les Manifestes avant d'entrer dans Les yeux fertiles, puis Nadja, enfin celui-l&#224; : c'&#233;tait la premi&#232;re d&#233;couverte d'o&#249; on pouvait se risquer dans des cahiers, et l'acceptation de ce que je ne savais pas encore nommer ce dont eux h&#233;ritaient, ce d&#233;r&#232;glement de tous les sens (Rimbaud encore, et 1924 c'est la publication de ses premi&#232;res oeuvres compl&#232;tes, tout pr&#232;s du groupe surr&#233;aliste). C'&#233;tait apprendre &#224; se tromper pour passer au del&#224; des apparences du monde :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Je ne veux plus me retenir des erreurs de mes doigts, des erreurs de mes yeux. Je sais maintenant qu'elles ne sont pas que des pi&#232;ges grossiers, mais de curieux chemins vers un but que rien ne peut me r&#233;v&#233;ler, qu'elles. &#224; toute erreur des sens correspondent d'&#233;tranges fleurs de la raison. Admirable jardin des croyances absurdes, des pressentiments, des obsessions et des d&#233;lires [...] Dans vos ch&#226;teaux de sable que vous &#234;tes belles, colonnes de fum&#233;es !&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dont je me souviens de ma premi&#232;re lecture du Paysan de Paris, c'est cet enfoncement dans cet inventaire qui pourrait me jamais finir, tant le grouillement des choses se multiplie &#224; leur approche r&#233;elle, jusqu'&#224; ne plus &#234;tre qu'une surface de mots. Ce sentiment justement, qu'&#224; approcher de si pr&#232;s l'activit&#233; des hommes dans leur trou prot&#233;g&#233; de la ville, enfin il n'y aurait plus d'un c&#244;t&#233; les mots qui nomment et les choses qui leur restent &#233;trang&#232;res, mais qu'&#224; partir d'une certaine &#233;nergie d&#233;ploy&#233;e dans le regard, les mots n'ont plus affaire qu'&#224; eux-m&#234;mes, puisqu'on trouve devant soi les mots exactement produits par les choses, et donc conf&#233;rant &#224; notre acte de d&#233;crire une objectivit&#233; soudain infiniment sup&#233;rieure. Le &lt;i&gt;Tarif des consommations&lt;/i&gt;, le prix des places au Th&#233;&#226;tre moderne, la r&#233;clame enfin de ce chien saluant un autre chien et proclamant en placard typographi&#233; :&lt;i&gt; Bonjour cher ami, avez-vous pris vos biscuits Molassine ?&lt;/i&gt;, c'&#233;tait d'abord la preuve que ce qui m'&#233;tait &#224; moi accessible ici, &#224; Civray, Vienne, station Antar sur la route de Poitiers, c'est-&#224;-dire la vitrine du coiffeur Barret pr&#232;s du pont avec sa guitare &#233;lectrique rouge inaccessible, l'&#233;lectrom&#233;nager Chauveau sur la place de l'&#233;glise avec ses tourne-disques portables, et la conversation m&#234;me du pharmacien et la pr&#233;cision de toutes choses abandonn&#233;es au soir du march&#233; quand nous ne nous d&#233;fendions pas d'un tour de place en v&#233;lo les yeux &#224; terre, ce que nous savions de ces myst&#232;res du langage sur les bo&#238;tes d'emballage, le Kiwi du cirage &#224; chaussures ou les objets que nous y sauvions, trois billes de roulement ou de transparents morceaux d'ambre, jusqu'aux grands &#233;v&#233;nements &#233;ph&#233;m&#232;res comme l'installation annuelle des auto-tamponneuses sur l'&#238;le du Quatorze Juillet, tout cela prenait sens et poids comme notre univers d'un coup l&#233;gitim&#233; &#224; hauteur m&#234;me de celui des livres, et restant &#224; conqu&#233;rir par le plus noble des outils, la langue. Et que dans chaque mot s'&#233;tait accumul&#233; et fix&#233; du temps, que le temps devenait lui aussi mati&#232;re &#224; se saisir. C'est cela que je dois sp&#233;cifiquement, comme r&#233;v&#233;lation fondamentale, &#224; ma d&#233;couverte cet &#233;t&#233;-l&#224; du &lt;i&gt;Paysan de Paris&lt;/i&gt;. R&#233;v&#233;lation non pas s&#233;par&#233;e de ce grand avalement de la machine surr&#233;aliste en bloc, avec les r&#234;ves et les automatismes de Breton et la grande sensualit&#233; d'&#233;luard, mais r&#233;v&#233;lation sp&#233;cifique et grave, &#224; explorer pour moi-m&#234;me et non pas seulement comme cette excroissance myst&#233;rieuse et neuve de ce mot pour moi-m&#234;me &#224; lui seul f&#233;tiche, surr&#233;alisme, mais en continuit&#233; directe avec, par exemple, celui qui avait d&#233;j&#224; donn&#233; sens &#224; cette liaison de ma province et des livres, Balzac qui faisait enlever Rubempr&#233; par la Bargeton juste sur cette m&#234;me route o&#249; j'attendais dans la cabine Antar, tandis que le soir &#224; la t&#233;l&#233;vision on regardait l'Am&#233;ricain Armstrong se promener sur la lune (c'&#233;tait l'&#233;t&#233; aussi de la mort de Brian Jones), tout cela que nous recevions dans la totalit&#233; du mot moderne, que ce livre au titre ambigu, pour nous de la province, de Paysan de Paris se donnait comme embl&#232;me et contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet inventaire aujourd'hui encore est dou&#233; pour moi d'une force intouch&#233;e et profonde, dont je ne sais pas si elle est recevable par ceux qui sont venus apr&#232;s nous. Peut-&#234;tre m&#234;me cette force glauque, pour reprendre un mot du &lt;i&gt;Paysan&lt;/i&gt;, je la lis en sachant combien les signes d'aujourd'hui ont rompu avec cette surface que dit le &lt;i&gt;Paysan&lt;/i&gt; pour 1924, et qui sans doute s'&#233;tait &#224; peu pr&#232;s prolong&#233;e &#224; l'identique, bandages herniaires ou bien le &lt;i&gt;Salon pour messieurs&lt;/i&gt; des coiffeurs compris, jusqu'&#224; cette ann&#233;e de ma premi&#232;re lecture. La nostalgie qu'on a &#224; relire ce livre sur le moderne, c'est de comprendre (mais c'est cela que Walter Benjamin nous a pr&#233;par&#233;s &#224; recevoir) qu'il ne s'y &#233;crit que l'ancien, ce que le pr&#233;sent a d&#233;j&#224; fig&#233;. Que la catastrophe &#224; venir, c'est justement que tout survit par les signes et les mots et qu'ils peuvent &#234;tre en un instant balay&#233;s. Ce que reprend Aragon pour son Passage, c'est paradoxalement la technique d'illusion de r&#233;alit&#233; du grand roman, Illusions perdues comme Le Rouge et le noir, o&#249; on peut chaque fois rentrer parce que ce qui est nomm&#233; passe au-del&#224; du temps, par le fait m&#234;me d'&#234;tre nomm&#233; : les prix indiqu&#233;s seront toujours les m&#234;mes au Tarif des consommations du caf&#233; Certa, avec son &lt;i&gt;P&#234;le-M&#234;le Mixture &#224; 2F50&lt;/i&gt; au m&#234;me prix que la Mousse Moka, et le Perfect Cocktail &#224; 3F, le Kiss Me Quick &#224; 3F50. C'est cette fragilit&#233; des signes du Passage au nom sp&#233;culaire, qui contraignait l'auteur au pan sym&#233;trique du monument, la marche au dehors dans les Buttes-Chaumont : fragilit&#233; du Passage parce que l'homme continue et les signes vont cesser, solidit&#233; du Pont des Suicides qui marque forc&#233;ment qu'il dure plus longtemps que ceux qui s'y jettent. Lire le &lt;i&gt;Paysan de Paris&lt;/i&gt;, c'est se contraindre &#224; prendre conscience que nous sommes d'un temps vieux. Que les signes que nous jugeons dignes de notre affect sont ceux que le mouvement du monde a d&#233;j&#224; laiss&#233;s sur ses rives : notre affect est parmi l'&#233;pave. Les signes du monde d'aujourd'hui sont bien plus terribles, parce qu'il n'y a plus l'&#233;quivalent de la Molassine ni du Bovril au sel de c&#233;leri. L'uniformisation des mots et des vitrines nous oblige &#224; lire le moderne non pas comme cette surface que le livre produit, mais tout aussi bien la surface, plus dure dessous, qui s'y montre parce que nous savons bien qu'ils sont fragiles. La surface du moderne, c'est ce que la Pr&#233;face &#224; une mythologie de la vie moderne effleure sous le nom d'erreur :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Or il est un royaume noir, et que les yeux de l'homme &#233;vitent, parce que ce paysage ne les flatte point. Cette ombre, de laquelle il pr&#233;tend se passer pour d&#233;crire la lumi&#232;re, c'est l'erreur avec ses caract&#232;res inconnus, l'erreur qui, seule, pourrait t&#233;moigner &#224; celui qui l'aurait envisag&#233;e pour elle-m&#234;me, de la fugitive r&#233;alit&#233;. &lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut construire aussi qu'on se trompe. Il faut construire aussi que, pour appr&#233;hender le magnifique adjectif f&#233;minin et cette si belle terminaison comme dans sensitive, sur ce radical de mouvement fuyant, fugitive, on explore par l'int&#233;rieur des lettres le temps &#233;ph&#233;m&#232;re, et que par l&#224; on quitte la r&#233;alit&#233; pour s'en aller dans le monde bien plus rare h&#233;rit&#233; d'Edgar Poe et quelques visionnaires : &lt;i&gt;&#233;PH&#233;M&#232;RE / F.M.R. / (folie - mort - r&#234;verie) [...] Il y a eu cela d'unique, de provisoire et de magnifique dans le surr&#233;alisme que chaque invention s'y faisait &#224; plusieurs, qu'on s'y rendait mutuellement hommage, et qu'on empruntait cela &#224; Desnos en le nommant pour glisser ensuite une phrase comme : Il y a des mots qui sont des miroirs, des lacs optiques vers lesquels les mains se tendent en vain&lt;/i&gt;... Et rebondir dans ces lacs optiques o&#249; tout enfin devient magique et &#233;chappe aux contingences brutales, &#224; ces rires dans la pi&#232;ce d'&#224; c&#244;t&#233; (l'&#233;loge de la prostitution, comme il fait fun&#232;bre et mesquin) pour acc&#233;der l&#224; o&#249; le hasard seul est ma&#238;tre :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; &lt;i&gt;Tout se d&#233;truit sous ma contemplation. Le sentiment de l'inutilit&#233; est accroupi &#224; c&#244;t&#233; de moi sur la premi&#232;re marche [...] Il a une expression de l'infini sur le visage et entre ses mains il tient d&#233;pli&#233; un accord&#233;on bleu dont il ne joue jamais, sur lequel on lit : PESSIMISME... Quand j'en approche les soufflets on ne voit plus que les consonnes : &lt;/i&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;i&gt;PSSMSM
&lt;p&gt;Je les &#233;carte et voil&#224; les I :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les E :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PESSIMISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#231;a g&#233;mit de gauche &#224; droite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ESSIMISME &#8211; PSSIMISME &#8211; PESIMISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PESIMISME &#8211; PESSMISME &#8211; PESIISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PESSIMSME &#8211; PESSIMIME &#8211; PESSIMISE&lt;br class='autobr' /&gt;
PESSIMISM &#8211; PESSIMISME &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est par les mots qu'on quitte la r&#233;alit&#233;-ma&#238;tre pour aller flotter dans l'univers fantastique, lui-m&#234;me provisoire, juste port&#233; par un &#233;lan fragile, jamais s&#233;par&#233; longtemps de la loi objective qui resurgit, imposant r&#233;trospectivement effet de v&#233;rit&#233; m&#234;me &#224; l'accord&#233;oniste venu de plus loin qu'elle-m&#234;me. Ce qui chante est ce qui nous effraie et n'appartient pas au pr&#233;sent, et c'est cela l'imagination, qu'on dit attach&#233;e &#224; des variations infimes et discordantes, &lt;i&gt;comme si la grande affaire &#233;tait de rapprocher un jour une orange et une ficelle, un mur et un regard[...] et je me trouve soudain comme un marin &#224; bord d'un ch&#226;teau en ruine. Tout signifie un ravage.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont fascinants dans l'histoire de la litt&#233;rature ces quelques livres inaboutis que la mort laissent comme monument d&#233;finitif, &#224; partir de quoi inventer et chercher, mais gardant autour d'eux cette sph&#232;re potentielle d'une r&#233;alisation infinie de ce qu'ils annoncent. Deux livres ainsi sont venus peu avant le Paysan de Paris , qui n'ont pas eu de suite. Les Chants de Maldoror sont partout autour d'Aragon, parce qu'il reprend les m&#234;mes rues et les m&#234;mes quartiers, et c'est lui qui erre aux m&#234;mes rues o&#249; Lautr&#233;amont, partant de la rue Vivienne et du Faubourg-Montmartre (le passage Verdeau est un des seuls restes qui nous emm&#232;ne aujourd'hui, ne version affaiblie et banalis&#233;e, dans le monde ici d&#233;crit), faisait passer son monstre. La grande variation des cheveux, mise ici dans la boutique du coiffeur aux ondulations Marcel, il est probable que l'auteur les ait construites en &#233;cho d&#233;lib&#233;r&#233; et ironique au discours du cheveu de Lautr&#233;amont. En tout cas, le &lt;i&gt;Songe&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;Paysan&lt;/i&gt;, avec ses aphorismes (&lt;i&gt;Il n'y a de connaissance que du particulier / Le merveilleux, c'est la contradiction qui appara&#238;t dans le r&#233;el&lt;/i&gt;) est un hommage pr&#233;cis aux &lt;i&gt;Po&#233;sies&lt;/i&gt; d'Isidore Ducasse, comte de Lautr&#233;amont. Le paysan de Paris, s'il nous avait &#233;t&#233; livr&#233; par l'histoire sans post&#233;rit&#233;, sans la masse ult&#233;rieure des &#233;crits et gestes de son auteur, le lirions-nous autrement ? La question est sans fondement, puisque ces &#233;crits, qui ne font ni post&#233;rit&#233; ni suite au &lt;i&gt;Paysan&lt;/i&gt; existent. Mais ce livre qui paye prix pour se saisir de l'instantan&#233;, qui s'attache au pr&#233;sent comme ruine, c'est &#224; nous de le lire comme pure &#233;criture, sans auteur ni lendemain. C'est alors qu'il prend toute sa dimension : dimension qu'il rec&#232;le, et qui exige que nous-m&#234;mes nous modifions comme lecteur. Il faut lire le Paysan comme son contemporain Le &lt;i&gt;Grand Meaulnes&lt;/i&gt; , lire ces deux livres comme livre unique d'un auteur que ne d&#233;finit que ce livre. M&#234;me si une autre parent&#233; surgit l&#224;, celle de la boucherie travers&#233;e, qui suit imm&#233;diatement &lt;i&gt;Le Grand Meaulnes&lt;/i&gt;, et qui pr&#233;c&#232;de &lt;i&gt;Le Paysan&lt;/i&gt; : rien, dans le livre de 1924, ne parle du fer et du feu dans ce que ces hommes-l&#224;, &#233;brouant leurs vingt ans, eurent &#224; laisser de ce manteau de terreur. Les signes sont au pr&#233;sent, parce qu'on n'a pas encore le droit de se retourner et de chercher de quelle continuit&#233; ils sont issus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, pas ce premier texte publi&#233;, celui du Passage de l'Op&#233;ra. Il lui fallait ce pendant, deux ans plus tard et coll&#233; pan sur pan, avec le double encadrement de la proclamation sur la mythologie moderne et de l'&#233;chapp&#233;e sur le fantasque, o&#249; le dehors est cette trace mat&#233;rielle des statues, du barom&#232;tre et puis, mais c'est la seule allusion &#224; l'histoire proche, un canon d&#233;pos&#233; l&#224;. C'est la grandeur du texte sym&#233;trique, celui des Buttes-Chaumont, d'affronter le temps par del&#224; le gouffre pour pr&#233;parer ce qui sera enfin, mais plus tard, le r&#233;tablissement de sa continuit&#233;. &#224; nous d'&#234;tre humbles devant ce travail souterrain de la chose litt&#233;raire, pour nous dont le sentiment de catastrophe n'est plus fix&#233; par ce dont on vient juste de sortir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Tout le bizarre de l'homme, et ce qu'il y a en lui de vagabond et d'&#233;gar&#233;, sans doute pourrait-il tenir dans ces deux syllabes : jardin.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et c'est cela que nous revendiquons pour continuer, parce que rien de meilleur ne nous a &#233;t&#233; laiss&#233;, vagabond et puis &#233;gar&#233;. Ce qui ici s'affirme avec une telle force, que nous y mesurons ce que nous voyons par notre fen&#234;tre, le ciel de maintenant :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Il y a un tragique moderne : c'est une esp&#232;ce de grand volant qui tourne et qui n'est pas dirig&#233; par la main. &lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est fascinant, quand on entre dans la grande mine souterraine qu'est, sous tout livre, l'histoire qu'il note lui-m&#234;me de sa gen&#232;se, c'est comment tout conduisait, la profusion des signes, l'imm&#233;diate joie &#224; en fixer forme et m&#233;moire (le nombre des places dans les salles d'asile, la superficie en hectares et la population &#224; l'individu pr&#232;s du dix-neuvi&#232;me arrondissement sous le barom&#232;tre, enfin ce cartouche de fonderie t&#233;moignant directement de toute une histoire perdue du travail humain) : on ne manquera pas d'observer que Temp&#234;te et Tr&#232;s Sec sont seuls &#233;crits les pieds vers le cadre, tandis que les autres mentions et leurs nombres magiques sont soumis &#224; la force centrip&#232;te &amp;emdash; les lettres m&#234;mes, c'est-&#224;-dire ce avec quoi on construit le livre, soumis donc &#224; l'attraction des choses et mis en rotation par elles dans le regard qui les approche, tout cela aurait pu faire des Buttes-Chaumont le sym&#233;trique parfait des Passages, avec autant de joie &#224; lire (comme on a plaisir &#224; relire Le pi&#233;ton de Paris de L&#233;on-Paul Fargue). Mais la loi de la litt&#233;rature, dans les livres qui valent, est d'un arrachement constant, d'un rejaillissement du mouvement de l'entreprise sur sa mati&#232;re m&#234;me, et donc une force de spirale, d'avance dans ce qui r&#233;siste : le livre ici se soumet lui-m&#234;me &#224; cet arrachement, s&#233;parant qualitativement les deux textes pour les surimposer, et dans cet effet de surimposition c'est bien de l'enfer d'o&#249; sort l'Histoire que vient l'ombre. L'ombre alors donnant &#233;paisseur &#224; ce qu'on vient de collecter, depuis le magasin de cannes jusqu'au d&#233;tail du podom&#232;tre et des ciseaux &#224; ongles dans la poche. Peut-&#234;tre ici, par ces statues qui parlent, advient la possibilit&#233; de s&#233;parer l'instantan&#233; de l'&#233;ph&#233;m&#232;re. Ce qu'affronte le texte, sous la rh&#233;torique qui s'en d&#233;fend, en d&#233;crivant le pont des Suicides, c'est une autre dimension de la prose, enfin lyrique, et qui n'est possible que par ce qui a &#233;t&#233; jusqu'ici essay&#233; de cette description du r&#233;el (Tu te crois, mon gar&#231;on, tenu &#224; tout d&#233;crire&#205;). Cette page magnifique, o&#249;, comme Lautr&#233;amont (cette ombre pour eux juste r&#233;apparue, dans sa capacit&#233; d'exc&#232;s) alignait sonVieil oc&#233;an ou ses Beau comme (Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine &#224; coudre et d'un parapluie), Louis Aragon d&#233;cline le mot seul pour lancer la prose plus haut que le monde qu'il vient de faire sur deux cents pages surgir, o&#249; resurgissent les souterrains et un canon, et la notation en ab&#238;me de l'&#233;criture et l'image r&#233;currente, dans ce livre d&#233;di&#233; au peintre Andr&#233; Masson, d'une ville fantastique &#224; la Mantegna ou la Joachim Patinir, et cette logique encore et enfin de l'instant et de ce qui dure, page d'amour ensauvag&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Tu exiges que je parle, alors moi. Mais ce que tu veux, ce que tu aimes, ce serpent sonore, c'est une phrase o&#249; les mots &#233;pris de tout toi-m&#234;me aient l'inflexion heureuse, et le poids du baiser. Qu'importe la limaille prodigu&#233;e &#224; cette balance, et le sens d&#233;sesp&#233;r&#233; que prend toute parole &#224; franchir le saut du coeur aux l&#232;vres, qu'importe ce que je dis si les sons mu&#233;s en mains agiles touchent enfin ton corps dans son d&#233;shabill&#233; ? Ne me d&#233;fends plus rien, tu vois : je m'abandonne. Toute ma pens&#233;e est &#224; toi, soleil. Descends des collines sur moi. Il y a dans l'air un charme enfantin que tu enfantes, on dirait que tes doigts errent dans mes cheveux. Suis-je seul vraiment, dans cette grotte de sel gemme, o&#249; des mineurs portent leurs flambeaux derri&#232;re les transparents pendants de l'ombre, et passent en tirant leurs chariots neigeux. Suis-je seul, sous ces arbres taill&#233;s avec soin dans une chaleur d'azur o&#249; tournent les mulets des norias, par l'habitude ; suis-je seul dans cette voiture de livraison, orn&#233;e d'une reproduction fid&#232;le de l'enseigne d&#233;j&#224; d&#233;mod&#233;e d'un magasin de lingerie. Suis-je seul au bord de ce canon fait de main d'homme dans un jardin du sud-ouest, o&#249; l'on entend le rire clair des femmes couvertes d'&#233;meraudes. Suis-je seul n'importe o&#249;, sous tout &#233;clairage artificiel, inattentif &#224; ce qui me retient, par-del&#224; les petites oscillations isochrones de mon amour, mais fort de cet amour qui se r&#233;percute dans ce qui sert de roche au d&#233;lire, fort des lynchages de baisers, de la justice sommaire de mes yeux, le coeur pendu haut et court [...] Suis-je seul dans tout ab&#238;me, les splendeurs &#224; l'instant voil&#233;es, au-dessus des &#233;coeurements, des besoins subits de d&#233;part [...] Seul par les labours et les &#233;p&#233;es. Seul par les saignements et les soupirs. Seul par les petits ponts urbains et les d&#233;nouements de faubourg [...] Seul &#224; la pointe de moi-m&#234;me o&#249; &#224; la clignotante lueur d'un bal devin&#233; un homme perdu dans un quartier neuf et d&#233;sert d'une ville en effervescence, une nuit d'&#233;t&#233; divine, s'attarde &#224; rassembler au bout de sa canne de jonc les d&#233;bris &#233;pars au pied d'un mur, d'une carte postale nostalgique n&#233;gligemment d&#233;chir&#233;e par une main d&#233;gant&#233;e o&#249; brillait &#224; c&#244;t&#233; des bagues la morsure vive et r&#233;cente d'une dent que tu ne connais pas. Plus seul que les pierres, plus seul que les moules dans les t&#233;n&#232;bres, plus seul qu'un pyrog&#232;ne vide midi sur une table de terrasse. Plus seul que tout. Plus seul que ce qui est seul dans son manteau d'hermine, que ce qui est seul sur un anneau de cristal, que ce qui est seul dans le coeur d'une cit&#233; ensevelie. &lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Paris, 1924. La pleine &#233;closion surr&#233;aliste. Un po&#232;te s'attelle, en prose, &#224; inscrire les signes des mutations de la ville. L&#224; o&#249; elle est &#224; la fois grotte et spectacle, dans le Passage de l'Op&#233;ra. L&#224; o&#249; elle est solitude ouverte dans la nuit, au Jardin des Buttes Chaumont. Paroles, r&#234;ves, placards, vitrines et statues : tout, de la ville, devient &#233;criture. Bouleversant &#224; la fois notre regard sur la ville, et agrandissant du m&#234;me coup le domaine des possibles de la langue : dire les signes et les choses. Le Paysan de Paris est un livre compl&#232;tement actuel pour la compr&#233;hension des signes de la ville d'aujourd'hui. D'autant plus radicalement moderne qu'Aragon l'a laiss&#233; sans h&#233;ritage, quand nous avons tant besoin aujourd'hui d'outils pour &#233;crire la ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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