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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>12 | au Mercure Sapporo</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>
		<dc:subject>Sapporo</dc:subject>
		<dc:subject>2016</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Japon, Sapporo, 2016&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1039" rel="tag"&gt;2016&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et devenu assez massif, mais non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/wHqCheUMjSs&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;12 | au Mercure Sapporo&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ne pas se laisser happer par le singulier ou le lointain, le trop vite vu, le en passant et la confiance pourtant dans ces immersions arbitraires et toutes vives comme un tissu que tu sors du seau &#224; teinture, prendre une carte du monde et y planter les &#233;pingles c'est si pauvre en fait, si pauvre ce que tu as parcouru du monde et les possibilit&#233;s d'ann&#233;e en ann&#233;e se restreignent, as-tu perdu du temps ou pas, tu regardais quoi au-dessus de ton clavier, tu aurais pu aller o&#249;, ouvrir quoi, d&#233;cider d'autre fa&#231;on : c'&#233;tait seulement deux nuits &#224; Sapporo et jamais, mais jamais tu n'&#233;tais all&#233; si au nord, la ville gardait bien peu de ce que tu aimais du Japon, ses grandes rues droites et ses b&#226;timents raides, un gris du ciment comme un gris dans le ciel, mais tu &#233;tais log&#233; tout en haut de l'h&#244;tel Mercure avec vue depuis ce huiti&#232;me sur toute la ville et comment elle s'allumait au soir, avec des publicit&#233;s g&#233;antes de crabes se d&#233;tachant sur le ciel, au matin sortant de l'ascenseur pour un petit-d&#233;j (tu trouverais bien ton caf&#233; habituel) ces centaines de Chinois dans leur langue si diff&#233;rente : ville qui servait aux achats, ville livr&#233;e aux achats qu'on leur pr&#233;parait et tant qu'&#224; faire autant manger pour la journ&#233;e, tu les voyais jouer des coudes avec les plateaux pyramidaux et &#231;a effrayait un peu, vraiment, tu avais compris pourquoi le Mercure finalement &#231;a ne les d&#233;rangeait pas tant que &#231;a d'allouer &#224; l'Alliance fran&#231;aise toute modeste une de ses suites &#224; l'&#233;tage pour leurs h&#244;tes provisoires, sponsoring qui ne sponsorisait pas plus que toi et le soir avec tes h&#244;tes c'est dans une curieuse ruelle de cabanes &#233;troites en bois (le Japon te revenait &#224; la figure), sur des tabourets devant une planche, qu'ils t'avaient propos&#233; la sp&#233;cialit&#233; locale m&#234;me si l&#224; tu ne t'en souviens pas, ta m&#233;moire des go&#251;ts et plats aussi d&#233;lav&#233;e ou &#233;vanescente que ce probl&#232;me pour se souvenir des visages : quand tu pourrais presque r&#233;citer par c&#339;ur, &#224; cinq ans de distance, les textes &#233;crits lors de cette s&#233;ance de travail avec les apprenants de fran&#231;ais, leurs motivations plus li&#233;es au commerce du vin ou &#224; l'a&#233;ronautique, mais tant mieux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>voyages | de quoi je me souviens de Bhaktapur ? </title>
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		<dc:date>2017-12-10T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;N&#233;pal, 1979 : d'une transaction qui ne s'est pas faite&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot333" rel="tag"&gt;Asie &amp; Japon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4123.jpg?1427356751' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4123.jpg?1427356760&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 25/04/2015 : tremblement de terre &#224; Katmandu, pens&#233;es pour le N&#233;pal.
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une premi&#232;re version de ce texte a &#233;t&#233; &#233;crite pour l'exp&#233;rience web et livre &lt;i&gt;Tumulte&lt;/i&gt; (Fayard, 2006), &#224; partir des souvenirs d'un bref voyage effectu&#233; au N&#233;pal en avril 1979, sans pratique photographique associ&#233;, et carnets d&#233;truits (je le regrette parfois) en 2003 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; photographies ci-dessus &#169; Google Earth reprises LightRoom.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De quoi je me souviens de Bhaktapur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais depuis deux mois &#224; Bombay, j'avais droit &#224; un aller retour France et une semaine de cong&#233;s, au retour je me ferais tancer par les amis de mon service, qui disaient qu'avec des pratiques comme les miennes l'usine pourrait tr&#232;s bien dire que termin&#233;, les retours chaque deux mois dans les s&#233;jours longs &#224; l'&#233;tranger : moi, j'avais pr&#233;f&#233;r&#233; partir au N&#233;pal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'aller je n'ai pas souvenir, ni de Delhi o&#249; probablement j'avais chang&#233; d'avion, ni de comment j'avais rejoint le centre de Katmandu. Je n'avais pas pris d'h&#244;tel, mais pos&#233; mon sac tr&#232;s ordinaire dans un de ces h&#233;bergements collectifs, un dortoir pour huit ou dix personnes : de cela non plus, pas vraiment souvenir, sauf l'int&#233;rieur de la pi&#232;ce et des lits une place align&#233;s, aucun visage, aucune voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;ambulations dans la ville sont pr&#233;cises. La t&#234;te vous renvoie encore des g&#233;om&#233;tries de rues, les visages de rues : apr&#232;s deux mois &#224; Bombay, on quittait la pauvret&#233; nue. Du soir, je revois les empilements des toits de pagode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais beaucoup march&#233; le second jour. J'&#233;tais accoutum&#233; d&#233;j&#224; de me v&#234;tir non pas &#224; l'indienne, mais probablement sur le blue-jean europ&#233;en de ces chemises achet&#233;es pour rien &#224; Bombay, doubl&#233;es d'un gilet sans manche. Ils en avaient &#233;t&#233; bien surpris, les ouvriers du centre nucl&#233;aire, o&#249; les contrema&#238;tres et ing&#233;nieurs tenaient &#224; honneur de se v&#234;tir fa&#231;on occident, et la premi&#232;re fois m&#234;me les grands chefs &#233;taient venus jeter un &#339;il, &#231;a ne plaisait pas vraiment mais j'avais ces sandales taill&#233;es sur le trottoir dans un pneu de camion directement au contour de votre pied, et mon travail &#233;tait fait. Du second jour, je me souviens avec pr&#233;cision de deux moments immobiles et d'une travers&#233;e, un d&#233;placement. L'un de ces moments &#233;tait en surplomb d'une rivi&#232;re et d'un pont, c'&#233;tait un lieu de pratiques fun&#233;raires, j'&#233;tais rest&#233; longtemps assis avec un carnet. J'avais en grippe toute id&#233;e de photographie, et il me semble que je me souviens avec pr&#233;cision des couleurs, des mouvements et des sons parce que j'&#233;tais l&#224; &#224; noter et d&#233;crire, j'en faisais un exercice, et me disais que cela devait &#234;tre bien b&#234;te, d'en pr&#233;tendre capter une image par des moyens m&#233;caniques et chimiques (je ne crois pas, d &#8216;ailleurs, avoir connaissance des textes de Baudelaire sur la photographie, dont je r&#233;illustrais l'erreur). L'autre moment immobile c'&#233;tait dans une cour ext&#233;rieure de temple, des moines chantaient et s'accompagnaient de percussion, c'&#233;tait un moment tr&#232;s lent et r&#233;p&#233;titif infiniment. J'&#233;tais accoutum&#233; par Bombay &#224; demeurer assis au sol et entendre ces musiques. Du moment mobile, je me souviens parce que c'&#233;tait &#224; l'&#233;cart de la ville, je revois une longue descente et de l'herbe, le fonds plus pr&#233;cis des montagnes, puis les visages aux yeux une fente plus accentu&#233;e dans un trait plus circulaire des exil&#233;s tib&#233;tains : une ville &#224; l'&#233;cart de la ville, les Tib&#233;tains. Et puis ces trois coupoles, dont j'avais lentement fait le tour : des coupoles blanches, &#224; l'ovale se hissant peu du sol, mais surmont&#233;es d'oriflammes lourdes. Autour, dans la paroi blanche, les moulins &#224; pri&#232;re us&#233;s de tant de mains. A la troisi&#232;me j'avais os&#233; moi aussi, et fait tourner le bronze. Du soir, je reparlerai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain j'avais cherch&#233; comment me rendre &#224; Bhaktapur. Un jeune type, &#233;quip&#233; d'une voiture, m'avait propos&#233; ses services. La r&#232;gle &#233;tait de n&#233;gocier, mais ces n&#233;gociations m'ont toujours r&#233;puls&#233;, j'ai d&#251; le regarder pour qu'il comprenne cela, que je m'en fichais un peu, mais que ce n'&#233;tait pas une raison pour m'escroquer. Je ne crois pas qu'il m'ait escroqu&#233;, il m'a propos&#233; une somme &#224; peine sup&#233;rieure &#224; sa premi&#232;re proposition, celle que je me contrefichais de n&#233;gocier, et m'a dit que pour ce prix il voulait bien me promener toute la journ&#233;e, m'emmener &#224; des endroits o&#249; les gens ne vont pas. Je lui ai dit que d&#233;j&#224;, la veille, j'&#233;tais dans des endroits o&#249; je n'avais pas vu beaucoup de touristes : de fait, ils s'&#233;loignaient peu du quartier des pagodes et des &#233;choppes, nul &#171; rose &#187; dans la ville tib&#233;taine. On est parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'avant Bhaktapur on &#233;tait sur un chemin de montagnes, on passait dans les exploitations minuscules, et qu'il s'&#233;tait gar&#233; &#224; quelques centaines de m&#232;tres d'un hautain monast&#232;re &#224; flanc de pente, m'avait dit qu'il attendrait. J'ai d&#251; y passer une bonne heure. Ensuite nous &#233;tions &#224; Baktapur : je me souviens d'une rue en pente &#233;troite et peupl&#233;e, et d'&#233;choppes sombres. J'avais achet&#233; une toile peinte, rapport&#233;e roul&#233;e et qui m'a accompagn&#233; longtemps, dans les chambres, ensuite. Je ne l'ai plus. J'ai souvent regard&#233; depuis des photographies de Bhaktapur : je ne reconnais pas. Ma m&#233;moire auditive est plus pr&#233;cise que ma m&#233;moire visuelle, il me semble associer &#224; Bhaktapur sans voiture quelque chose d'ouvert, circulant et limpide, o&#249; s'effa&#231;ait le grand bruit de Bombay, un peu comme en occident nous avons Venise pour lac&#233;rer et ouvrir le bruit de la ville. J'ai souvenir qu'au cr&#233;puscule le jeune type avec la voiture, qui parlait facilement, m'avait montr&#233; d'autres lieux, d'autres temples, et qu'au soir j'avais rajout&#233; une somme, de mon propre gr&#233;, &#224; la somme initialement convenu : j'&#233;tais plus riche, et de beaucoup. J'ai toujours gard&#233; grande dette &#224; cette journ&#233;e particuli&#232;re, et pourtant, &#224; vingt-six ans de distance, voil&#224; le peu que j'en conserve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est probablement ce soir-l&#224; que j'&#233;tais tomb&#233; sur ce type, un Anglais. J'avais faim de deux jours &#224; se ravitailler au hasard, sans vraiment m'arr&#234;ter (j'ai vingt kilos de plus que ce que je pesais &#224; ce premier retour d'Inde), j'avais d&#251; entrer dans un restaurant pour de vrai. Le type &#233;tait &#224; la table voisine. Il y avait deux mois que l'anglais &#233;tait ma langue quasi exclusive, on avait &#233;videmment &#233;chang&#233;. Il s&#233;journait beaucoup &#224; Katmandu, restait &#233;vasif sur ses activit&#233;s. Il ne semblait pas li&#233; &#224; ces types &#233;maci&#233;s qui vivaient d'opium. Il semblait chasseur, mais je n'avais pas crainte. Il m'avait propos&#233; de marcher dans le Katmandu de la nuit : sensation de rues en cascades, d'un monde &#233;troit et rempli d'angles, aux lumi&#232;res rares, o&#249; je ne serais pas all&#233; seul, et qui reste obsessivement pr&#233;sent dans les r&#234;ves. Puis nous buvions de la bi&#232;re dans un &#233;tablissement d&#233;sert. Il avait sorti d'un sac de cuir qui ne le quittait pas (moi aussi j'avais un de ces sacs viss&#233; au corps, avec le passeport, l'argent et mon carnet &#224; &#233;crire) un tissu duquel il avait extrait une forme ovo&#239;de et l&#233;g&#232;re, me proposant de la soupeser : objet &#233;trangement lisse, objet dou&#233; de rides plus &#233;tranges encore. J'ai compris que simplement il souhaitait me le vendre. Si la conversation s'&#233;tait si facilement engag&#233;e ce soir, si on avait d&#233;ambul&#233; dans ces rues et traverses o&#249; Katmandu trouvait fascination ancestrale, c'&#233;tait pour me vendre son tr&#233;sor, et pas rien. J'ai souvenir de cette conversation, qu'il pr&#233;tendait que son tr&#233;sor valait bien cinq mille dollars &#224; New York, o&#249; lui-m&#234;me se rendrait le mois prochain pour le vendre, mais qu'&#224; Londres ou Paris on en tirerait all&#232;grement quatre mille, mais si moi j'avais confiance, si moi je voulais embarquer la chose et la n&#233;gocier en Europe, il me la laissait &#224; deux mille : lui pour cette somme vivait quatre mois &#224; Katmandu, et largement, et y n&#233;gocierait d'ici l&#224; d'autres de ces objets dont les Tib&#233;tains avaient pr&#233;f&#233;r&#233; accompagner leur exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a dit qu'il s'agissait pour eux d'objets v&#233;n&#233;r&#233;s de longtemps. Que les kystes et tumeurs trouv&#233;s chez les tr&#233;pan&#233;s &#233;taient gard&#233;s dans les temples. Que la tr&#233;panation &#233;tait attest&#233;e depuis un mill&#233;naire et plus, et que ces objets pouvaient avoir cet &#226;ge, c'est en Europe qu'on me le dirait, alors je pourrais en tirer encore bien plus cher. J'ai compris qu'il avait certaine habitude de ces passages en douane, et que les types comme lui &#233;taient plus surveill&#233;s, il me l'affirmait, que ceux qui en &#233;taient comme moi &#224; leur premier voyage. Bien s&#251;r l'objet qu'il me proposait &#233;tait interdit de commerce et d'exportation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mille dollars c'&#233;tait quand m&#234;me une somme. Depuis vingt-six ans je m'interroge. J'ai un souvenir tr&#232;s pr&#233;cis de la l&#233;g&#232;ret&#233; et du contact de ce qu'il me pr&#233;sentait comme un vieux kyste ou tumeur issue d'ancienne tr&#233;panation. Objet infiniment fragile, et ces rides qui dessinaient presque en transparence un myst&#233;rieux langage. Il me semble que si j'avais accept&#233; la n&#233;gociation avec lui, dont je ne sais m&#234;me pas le nom (il me l'avait recopi&#233; sur mon cahier ver, le cahier d&#233;truit, de fa&#231;on &#224; ce que je puisse le retrouver le lendemain, quand j'aurais d&#233;cid&#233;), je ne l'aurais pas revendu. Je l'aurais gard&#233; enroul&#233; dans ce tissu, je l'aurais gard&#233; &#224; proximit&#233; de ma table d'&#233;criture. Il me semble, et j'avance chaque mot en le soupesant comme je me souviens de ma main droite soupesant l'objet, et de la paume gauche en effleurant les rides, que je ne serais pas diff&#233;rent aujourd'hui de ce que je suis : je me vois au m&#234;me endroit, prof&#233;rant les m&#234;mes mots. Tout autour de moi, les enfants, les villes, les livres est identique. Il me semble que peut-&#234;tre une autre pr&#233;sence se serait instaur&#233;e, et que si je l'ai manqu&#233;e, ce que j'ai manqu&#233; m'est inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pour ami &#224; Kiel un chirurgien sp&#233;cialis&#233; dans ces interventions. Il y dispose d'une clinique tr&#232;s moderne, parle cinq langues, et m'explique &#224; chaque visite, ou lorsque les Mehdorn passent en France, ce qu'il en est des progr&#232;s de sa sp&#233;cialit&#233;, la plasticit&#233; du cerveau, ou ces nouvelles op&#233;rations qu'il effectue sans anesth&#233;sie, tandis qu'un assistant interroge sans cesse le patient sur d'&#233;l&#233;mentaires op&#233;rations logiques. Parfois il nous fait rire : admirant la pratique chinoise d'anesth&#233;sie par acuponcture, et disant l'&#233;tonnement r&#233;ciproque de confr&#232;res chinois, parce que lui, le chirurgien Mehdorn, amateur de voitures rapides et de voyages lointains, est parfaitement ambidextre et peut manier les baguettes du repas de la main droite comme de la gauche. Depuis des ann&#233;es, il se rend deux fois par an &#224; Archangelsk. Est-ce que je sais o&#249; est Archangelsk ? Oui, je le savais par Simenon, dont un roman se passe sur un bateau qui se rend l&#224;-haut, par del&#224; le cercle arctique. L&#224;-bas, il op&#232;re sans machine ni informatique. Il m'a montr&#233; sa trousse. Il aime aussi collectionner les anciens outils de chirurgie, et surtout ceux qui t&#233;moignent d'une utilisation pour le cerveau. C'est une trousse de beau cuir patin&#233;. Il dit qu'elle ne date que des ann&#233;es cinquante, mais que tout l&#224;-bas dans l'h&#244;pital en est rest&#233; aux ann&#233;es cinquante. Il dit que deux semaines l'an il va &#224; Archangelsk et op&#232;re avec ces instruments-l&#224;. Il y a une scie pour l'os de la t&#234;te. Mon effroi le fait rire. Il dit simplement que c'est important, pour eux chirurgiens, de ne pas oublier cela, ce m&#233;tier, et il montre ses deux mains. Je lui ai parl&#233; de l'&#233;trange objet qu'on m'avait propos&#233; ce soir-l&#224;, au Nepal : il m'a dit qu'il me l'aurait volontiers achet&#233;, lui, et bien plus cher encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J''ai encore pass&#233; deux jours &#224; Katmandu, dont toute une journ&#233;e dans ces camps d'exil&#233;s du Tibet, o&#249; on vous accueillait favorablement, sans &#234;tre choqu&#233; de votre curiosit&#233;. Le dernier jour, j'ai march&#233; des kilom&#232;tres, en direction des montagnes, mais les montagnes &#233;taient loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je suis reparti, un tout petit avion &#224; h&#233;lice d'une quarantaine de places attendait pour Calcutta. On s'est envol&#233; avec quatre ou six heures de retard. On survolait les glaciers, les pr&#233;cipices, c'&#233;tait visuellement hypnotique. Les trous d'air, secousses, d&#233;crochements, une exp&#233;rience &#233;videmment qu'on ne renouvelle pas deux fois dans sa vie, du moins volontairement. Je m'&#233;tais mentalement abandonn&#233;. Il y avait eu cette journ&#233;e &#224; Bhaktapur : c'&#233;tait une r&#233;compense suffisante, un aboutissement peut-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Calcutta, mon avion &#233;tait parti &#233;videmment, et les suivants remplis, les listes d'attente elles-m&#234;mes cons&#233;quentes. Je n'avais plus d'argent, et pas moyen de m'en procurer : les a&#233;roports, cette fin des ann&#233;es soixante-dix, n'&#233;taient pas les villes parfaites qu'ils sont aujourd'hui. J'avais pu envoyer un t&#233;l&#233;gramme au Bhabha atomic research center : retour d&#233;cal&#233; de vingt-quatre heures, pas d'inqui&#233;tude. Aucun des gens avec qui je travaillais &#224; Bombay n'avait voyag&#233; au N&#233;pal. De fait, j'aurais plut&#244;t souhait&#233; le Kashmir : la situation politique ne s'y pr&#234;tait pas. Le mot Kashmir m'est toujours rest&#233; comme un r&#234;ve, une incompl&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai parl&#233; de ces vingt-quatre heures sans sommeil ni repas, dans l'enceinte hors temps et hors heures de l'a&#233;roport qui est ma seule connaissance de Calcutta : j'avais &#233;crit, beaucoup &#233;crit, &#233;crit sans discontinuer, et c'est probablement ce cahier vert, termin&#233; l&#224;-bas, dont je regrette le plus la destruction, &#224; Marseille, l'hiver 1983. Pas un regret franc, ou int&#233;ress&#233;, plut&#244;t, &#224; distance, une curiosit&#233; : ce que j'y avais &#233;crit du N&#233;pal, dans la secousse de ce voyage pr&#233;caire, et l'Himalaya survol&#233; en avion &#224; h&#233;lice, j'aurais aim&#233; une fois, &#224; distance, le relire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai crois&#233; bien souvent depuis lors des voyageurs, de vrais voyageurs, et pas forc&#233;ment baroudeurs ; tel biblioth&#233;caire timide, tel administrateur culturel de mairie, des escaladeurs de Kilimandjaro, des &#233;veilleurs de cit&#233;s anciennes au d&#233;sert ou dans les replis des Andes, qui chaque &#233;t&#233; s'envolent pour les lointains avec un sac maigre. Pour moi, j'ai v&#233;cu depuis lors dans cette incompl&#233;tude que r&#233;veille le nom Kashmir, et cette journ&#233;e de Bhaktapur qui fut comme l'extr&#233;mit&#233; de toute route possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste l'&#233;trange objet d&#233;pli&#233; du tissu, par ce type dont je revois vaguement la p&#226;leur du visage et le profil en couteau, la langue anglaise que nous avions provisoirement en partage et l'odeur sombre des lampes &#224; p&#233;trole qui &#233;clairaient la nuit, les bi&#232;res aval&#233;es dans l'attente pour lui de la transaction, dans l'aventure pour moi d'un franchissement soudain mat&#233;rialis&#233; : myst&#232;re disponible de la t&#234;te entrouverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>autobiographie des objets | 31, sandales, &#233;criture</title>
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		<dc:date>2013-02-09T15:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>
		<dc:subject>1977-1980</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;en voyage vers Ajanta et Ellora : mais en reste quoi ?&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2495.jpg?1352733447' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'essaye de revoir ce que pouvaient &#234;tre les objets miens lors de ce voyage de trois jours, parti de Bombay en autobus, pour visiter Ajanta et Ellora, puis la ville d'Aurangabad. Dans le livre sur l'Inde de Loti, je retrouve des descriptions d'Ajanta et d'Ellora qui, &#224; trente ans de distance, font resurgir des images forc&#233;ment lacunaires. Mais je pr&#233;f&#232;re passer par le livre : parce que Loti les raconte dans le mouvement, les odeurs, la chaleur et les singes, et que rien des images qu'on peut exhumer, anciennes ou pr&#233;sentes, ne m'aide &#8211; elles font plut&#244;t obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme si, montant dans le bus de nuit &#224; la poursuite de moi-m&#234;me, j'assistais au d&#233;roul&#233; d'un diaporama dont je serais tr&#232;s partiellement et fugacement l'acteur. Je revois les images de l'autobus : j'&#233;tais assis &#224; c&#244;t&#233; d'un Anglais &#224; la peau tr&#232;s blanche (ou seulement par contraste, puisque cela faisait deux mois que je travaillais au Bhabha Atomic Research Center), un type de mon &#226;ge mais lui scientifique, envoy&#233; par je ne sais quel labo. Suffisamment discret, et familier de l'Inde, pour qu'on parle avec aisance. Cela me prot&#233;gea de deux Fran&#231;aises qui auraient pu &#234;tre envahissantes, baragouinaient un anglais sommaire, mais n'ont jamais eu l'id&#233;e que je parlais leur langue. Apr&#232;s Bombay le bus grimpe une pente escarp&#233;e en lacets, le m&#234;me plateau au bord abrupt qui donne le vertige un instant quand l'avion &#233;chappe &#224; l'Inde continentale pour amorcer la descente sur la presqu'&#238;le. Des contrebas &#224; pic, pas de garde-fou, et &#224; chaque virage ce qu'on apercevait en bas c'&#233;taient les ruines d'autobus exactement comme le n&#244;tre. On apprend un peu de cette fatalit&#233; pour laquelle les Indiens sont si forts. Je ne crois pas qu'avec l'Anglais on ait &#233;chang&#233; sur ces carcasses aper&#231;ues dans le fond des ravins : statistiquement, nous avions la meilleure chance de passer, la preuve. Souvenir aussi de l'aube : sur une route de campagne, alors qu'on se faisait servir un &lt;i&gt;tchai&lt;/i&gt;, un feu au milieu de rien, et toutes ces silhouettes &#233;mergeant comme du sol m&#234;me, &#224; mesure que le soleil paraissait, trouait cette brume &#233;paisse et collante qui est la pr&#233;sence du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des grottes d'&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/images?q=ajanta&amp;um=1&amp;ie=UTF-8&amp;source=og&amp;sa=N&amp;hl=fr&amp;tab=wi&amp;biw=1546&amp;bih=892&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ajanta&lt;/a&gt; et d'&lt;a href=&#034;http://www.google.fr/images?q=ellora&amp;um=1&amp;ie=UTF-8&amp;source=og&amp;sa=N&amp;hl=fr&amp;tab=wi&amp;biw=1546&amp;bih=892&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ellora&lt;/a&gt;, quelques gros plans d&#233;fileraient, avec les sculptures g&#233;antes dans la pierre, ces escaliers et couloirs taill&#233;s dans la roche. Des gamins qui vendaient des cailloux et am&#233;thystes, et pourquoi pas, les pierres achet&#233;es je les ai &#8211; puis &#224; quoi bon n&#233;gocier, dans la disproportion de mes revenus de technicien occidental en d&#233;placement pour assister au soudage du coeur de ce r&#233;acteur nucl&#233;aire, cent soixante-six tubes cylindriques dans une double gamelle de douze m&#232;tres de diam&#232;tre, et eux qui vivaient pieds-nus, dans le m&#233;pris des touristes. Je n'avais pas d'appareil photo. Je portais ces sandales qu'on se fait faire sur le trottoir &#224; Bombay : le type vous applique le pied sur l'int&#233;rieur d'un pneu de camion et dessine le contour. On revient deux heures plus tard, et vous avez vos chaussures : le pneu de camion est inusable, je les ai port&#233;es pendant des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objets donc &#8211; l'am&#233;thyste, les sandales &#8211;, &#233;mergent lentement de la nuit dont le bus, maintenant dans ces zones d&#233;sertiques, avait &#233;chapp&#233;. Je me revois habill&#233; de blanc, mais c'&#233;taient ces tuniques larges qu'on se procurait dans le premier bazar et qui sont ce qu'il y a de plus confortable pour la m&#233;t&#233;o. J'ai un sac : je le revois aussi, parce que je m'en suis longtemps servi en France, m&#234;me sous les quolibets, les premiers jours, de mes coll&#232;gues de l'usine retrouv&#233;e. Il est fait de carr&#233;s de tissus &#224; rayures cousus ensemble, avec une bandouli&#232;re des m&#234;mes tissus tress&#233;s, et des grelots. C'est &#224; Bombay aussi que je l'avais achet&#233;, mais si banal l&#224;-bas. On dort &#224; Aurangabad, je partage une chambre avec l'Anglais puisqu'on se supporte r&#233;ciproquement. De la d&#233;ambulation dans Aurangabad &#233;cras&#233;e de chaleur, je me revois entrer dans une &#233;cole musulmane. Sur la galerie, &#224; l'ombre, un imam enseigne le Coran &#224; des enfants assis par terre, il a une badine et frappe. Pour cela que j'en ai souvenir aussi pr&#233;cis, et quasi rien d'autre de la ville m&#234;me. L'apr&#232;s-midi, au retour d'Ajanta, j'ai tr&#232;s soif : m&#234;me &#224; Bombay, on n'est pas habitu&#233; &#224; cette soif. Malgr&#233; les pr&#233;cautions qu'on enseignait aux touristes, et comme pas droit &#224; l'eau qui ne soit pas en bouteille, j'ach&#232;te &#224; un marchand de rue des parts de concombre. Je crois qu'&#224; Ellora j'ai longtemps regard&#233; ces singes, qui vivent en libert&#233; dans les temples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probablement qu'on s'imagine, dans l'instant m&#234;me d'une telle excursion, qu'on en sera d&#233;finitivement le porteur. Je r&#234;ve toujours de Bombay. Il se confirme que j'aurai &#224; y retourner (mais ce ne sera pas la m&#234;me ville, d'ailleurs elle s'appelle Mumbai). Mais de ces deux jours &#224; Ajanta, Ellora, Aurangabad, voil&#224; la totalit&#233; de ce que j'arrive &#224; convoquer. Le livre de Loti m'en apprend bien plus : mais justement, parce qu'il l'a &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais ouvrir ce sac de tissu color&#233; avec ses grelots, et y entrer. J'ai un gros cahier Clairefontaine vert &#233;pais, &#224; reliure ressort. Je le rapporterai quasi rempli &#8211; mais le d&#233;truirai, quatre ans plus tard, &#224; Marseille. Pour le cahier Clairefontaine, j'ai probablement mon stylo-plume : je n'ai jamais tol&#233;r&#233; l'&#233;criture manuscrite autrement qu'avec un stylo-plume. J'utilisais un stylo de marque Shaeffer, et j'ai toujours dans un tiroir leurs corps de m&#233;tal noir, dont celui qui m'a accompagn&#233; toutes ces ann&#233;es, la couche m&#233;tallique superficielle dissoute par les acides de la transpiration et le contact de la peau (souvenir de ce cal sur le c&#244;t&#233; gauche de la derni&#232;re phalange du majeur droit, il est rest&#233; visible longtemps, a fini par dispara&#238;tre). Je ne me revois pas acheter de stylo-plume en Inde (j'en ai achet&#233;s en Italie, en Allemagne, et encore l'an dernier au Qu&#233;bec), mais je revois maintenant une bo&#238;te de carton mince, marron, avec dedans une bouteille de l'encre achet&#233;e sur place &#8211; les stylos Shaeffer incluaient un dispositif de pompe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cahier vert, j'&#233;crivais tous les jours, et obligatoirement une partie des paysages observ&#233;s ou travers&#233;s, les noms des villes, les r&#234;ves et des dialogues imaginaires. Il me semble qu'une bonne partie de ce qui s'&#233;tait &#233;crit lors de ces quatre mois revenait r&#233;guli&#232;rement se nouer sur des dialogues sans &#233;nonciateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sac, je ne revois pas de livre. Au second voyage, en f&#233;vrier 1980, les cinq semaines seront ma d&#233;couverte de Proust, il ne m'en restait que la toute fin &#224; traverser au retour. Je prenais des cours de musique (un sitar achet&#233; et rapport&#233;, qu'il me faudra aller d&#233;taxer &#224; Orly).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que si, au fond du sac je trouve un gros guide touristique en anglais, achet&#233; d'occasion dans une bouquinerie de Bombay, que je revois sombre et labyrinthique (et jaunies les pages du guide, avec des illustrations dessin&#233;es). Plus un petit livre gris modernes aux pages fines, une m&#233;thode de maharathi (mais il ne me reste rien de l'apprentissage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que je cherche &#224; nouveau cette &#171; confidence &#187; (oui, directement transposer le mot anglais) de la plume et du cahier, pour ce qui est de l'aventure en soi-m&#234;me. Le cahier et le stylo que je me suis de nouveau achet&#233;s &#224; Qu&#233;bec, au printemps dernier, je ne les utilise pas. C'est ici, que je trouve la piste. Le sac &#224; grelots, sa bandouli&#232;re et les sandales, la pierre &#224; l'int&#233;rieur de cristaux bleus achet&#233;es aux gamins d&#233;penaill&#233;s, enseignent une figure &#224; quoi, longtemps apr&#232;s, on essaye d'&#234;tre quand m&#234;me fid&#232;le, int&#233;rieurement &#8211; pour qu'&#233;crire soit sans bagage, ni poids.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Patrick Deville | un fant&#244;me &#224; My Tho</title>
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		<dc:date>2011-10-31T05:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ tiers livre, grandes pages</dc:creator>


		<dc:subject>Loti, Pierre </dc:subject>
		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>
		<dc:subject>Deville, Patrick</dc:subject>
		<dc:subject>Malraux, Andr&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;d&#233;rive Pierre Loti un soir de spleen au Cambodge : lire Kampuchea, Patrick Deville, paru au Seuil en septembre&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot593" rel="tag"&gt;Deville, Patrick&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot648" rel="tag"&gt;Malraux, Andr&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2608.jpg?1352733580' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note du 31 octobre 2011&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Dans le fatras dit &lt;i&gt;rentr&#233;e litt&#233;raire&lt;/i&gt; et un cycle de pr&#233;sence en librairie de plus en plus court, redire que ce livre est dur et r&#233;sistant, et une question de fond &#224; la fiction. Peu compr&#233;hensible que le Seuil n'ait pas fait la politesse &#224; l'auteur de le proposer en version num&#233;rique, mais Patrick Deville est pr&#233;sent sur &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504240/vie-et-mort-sainte-tina-l-exil%C3%A9e&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publie.net&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 8 juillet 2011&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
On sait le projet de Patrick Deville : une suite de romans qui tourneraient autour du monde, en r&#233;volution compl&#232;te sans jamais varier la latitude. Chacun, en son point d'arr&#234;t provisoire, d&#233;pliant verticalement le temps &#8211; et les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque livre est pr&#233;c&#233;d&#233; d'un long voyage de terrain, avec notes. Puis r&#233;dig&#233; l&#224; o&#249; habite Patrick Deville, face oc&#233;an sous l'estuaire de Loire, &#224; Saint-Br&#233;vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc &lt;i&gt;Kampuchea&lt;/i&gt;, &#224; para&#238;tre comme les pr&#233;c&#233;dents au Seuil, Fiction &amp; Cie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et page 118-120, o&#249; j'arrivais hier soir, le surgissement ivre de Loti (on est combien &#224; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1231' class=&#034;spip_in&#034;&gt;relire&lt;/a&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2414' class=&#034;spip_in&#034;&gt;passionn&#233;ment&lt;/a&gt; Loti ?), sauf que Patrick Deville, parce que c'&#233;tait My Tho et que c'&#233;tait Patrick Deville, l'a rencontr&#233; en vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incroyable structure de ce texte o&#249; on joue en les traversant les doubles fronti&#232;res du temps et des livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappelle que Patrick a confi&#233; &#224; publie.net un texte avec le m&#234;me jeu de vertige entre r&#233;el et fiction, &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504240/vie-et-mort-sainte-tina-l-exil%C3%A9e&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vie et mort de sainte Tina l'exil&#233;e&lt;/a&gt;, enti&#232;rement doubl&#233; de liens WikiPedia pour redoubler ce jeu fiction et r&#233;alit&#233;. Ne le manquez pas (ni &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503984/le-livre-de-la-piti%C3%A9-et-de-la-mort&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Loti&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Pierre Loti, autoportrait.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Patrick Deville | un fant&#244;me &#224; My Tho&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le soir sous une v&#233;randa de bambou, &#224; l'aplomb de l'arroyo, une bouteille d'alcool de riz parfum&#233; en &#233;quilibre sur les planches ajour&#233;es, au-dessus de l'eau encore verte, j'ouvre le &lt;i&gt;Saigon Times&lt;/i&gt;, quotidien &#233;conomique, &#224; la lecture duquel on apprend que douze &#233;tudiantes des E.A.U &#8211; &lt;i&gt;Twelve Emirati female students&lt;/i&gt; &#8211; du Higher College of Technology de Sharjah, financ&#233; par Pepsi Co. International, b&#226;tissent de leurs petites mains des maisons pour les pauvres &#224; My Tho o&#249; je vais passer la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici, &#224; My Tho, que Loti descend en 1901 du train en provenance de Saigon. C'est alors l'extr&#233;mit&#233; de la ligne. Cette voie ferr&#233;e de la plaine des Joncs vient d'&#234;tre pour partie arrach&#233;e et pour partie recouverte par la nouvelle route que je viens d'emprunter. &#192; My Tho, une mouche &#224; vapeur et un &#233;quipage attendent Loti pour remonter ce bras du delta du M&#233;kong, et l'accompagner jusqu'&#224; Phnom Penh, puis traverser le grand lac Tonl&#233; Sap, sur la rive duquel un convoi d'&#233;l&#233;phants le m&#232;nera jusqu'aux ruines d'Angkor &#224; travers la for&#234;t-clairi&#232;re. Nous sommes en 41 ap. HM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, Loti a publi&#233; &lt;i&gt;Les pagodes d'or&lt;/i&gt;. Conrad a fait para&#238;tre &lt;i&gt;Lord Jim&lt;/i&gt;. Et Kipling a &#233;crit son &lt;i&gt;Kim&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne disposant pas des moyens logistiques d'un officier de la Royale &#224; l'escale d'un cuirass&#233; au port de Saigon, je devrai pour ma part me rendre &#224; Can Tho, port depuis lequel des embarcations remontent le bras du Bassac vers la fronti&#232;re du Cambodge. &#192; l'&#233;poque de Loti, ce d&#233;coupage de l'Indochine n'a pas plus de valeur que des limites d&#233;partementales, et l'officier de marine &#233;chappe aux tracasseries des visas jusqu'&#224; Phnom Penh. Au-del&#224;, les ruines d'Angkor, cette ann&#233;e-l&#224;, sont encore sur le territoire du Siam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous nous quitterons demain, j'aimerais profiter de notre soir&#233;e commune &#224; My Tho pour lui donner quelques nouvelles du monde depuis 1901. Nous sommes assis dans la p&#233;nombre de cette terrasse en bois au bord de l'eau, fumons des cigares manille. Un panka &#224; poulies et cabestan remue l'air humide comme la voile safran&#233;e d'une jonque ou l'aile d'un papillon g&#233;ant. &#171; Peut-&#234;tre &#233;tait-ce apr&#232;s d&#238;ner, sous une v&#233;randa envelopp&#233;e de feuillages immobiles et couronn&#233;e de fleurs, dans les t&#233;n&#232;bres cr&#233;pusculaires constell&#233;es par les extr&#233;mit&#233;s rougeoyantes des cigares, dans des chaises longues en rotin. De temps &#224; autre une petite lueur rouge s'animait soudain et s'&#233;largissait, &#233;clairant les doits d'une main alanguie, une partie de visage parfaitement d&#233;tendue, ou projetant une br&#232;ve lueur &#233;carlate dans une paire d'yeux r&#234;veurs... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien nous sommes morts tous les deux, et portons l'uniforme blanc d'apparat &#224; galons dor&#233;s des capitaines qui est peut-&#234;tre aussi celui des anges. Je lui dis les deux guerres mondiales, la Guerre froide, les Khmers rouges. Loti hoche la t&#234;te, pensif, me demande des nouvelles de ses amis turcs. Je lui dis Kemal Atat&#252;rk, et la r&#233;volution d'Octobre, et Trotsky r&#233;fugi&#233; sur l'&#238;le de Prinkipo en bas d'Istanbul. Je mentionne le Pera Palace un hiver, la neige sur Beyoglu, s&#233;jour pendant lequel j'ai visit&#233; sa chambre et lu l'extrait de son journal affich&#233; au mur. Je lui apprends que Farr&#232;re est entr&#233; apr&#232;s lui &#224; l'Acad&#233;mie. Qu'on lui a remis le prix Goncourt pour &lt;i&gt;Les Civilis&#233;s&lt;/i&gt;. Qu'il fut invit&#233; au voyage du paquebot &lt;i&gt;Normandie&lt;/i&gt; du Havre &#224; New York. Le jeune Farr&#232;re, qui fut comme lui stationnaire sur le Bosphore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loti peut-&#234;tre &#233;prouve un peu de nostalgie, ou une vague jalousie pour le jeune Farr&#232;re. Je le console en lui disant que, plus d'un si&#232;cle apr&#232;s son s&#233;jour, un caf&#233; porte toujours son nom &#224; Stanboul, le caf&#233; Loti sur la Corne d'Or, et qu'il pourrait y descendre. Et je m'aper&#231;ois alors, distinguant son visage dans la nuit, &#233;clair&#233; par le rougeoiement de nos cigares, qu'il va d&#233;couvrir tout cela, et que j'ai vu Angkor avant lui, puisque nous sommes en 1901, et alors j'ai lu avant qu'il ne l'&#233;crive &lt;i&gt;Un p&#233;lerin d'Angkor&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais les dates, je sais qu'Angkor pour lui est une borne dans le temps de sa propre vie. Enfant, dans sa chambre de Rochefort-sur-Mer, le petit Julien Viaud qu'il est encore d&#233;couvre une brochure illustr&#233;e relatant la d&#233;couverte de Mouhot. L'officier de marine attend plusieurs dizaines d'ann&#233;es pour effectuer le voyage jusqu'aux ruines. Il a tout essay&#233;, tout &#233;prouv&#233;. Il est au bord de la vieillesse. L'&#233;crivain attendra dix ans encore apr&#232;s son voyage pour &#233;crire &lt;i&gt;Un p&#233;lerin d'Angkor&lt;/i&gt;, de retour dans cette maison de Rochefort-sur-Mer que je connais, et dont je lui donne des nouvelles aussi, toujours dans cet &#233;tat o&#249; il l'avait abandonn&#233;e pour aller mourir au Pays basque. Cette maison quasi caoda&#239;ste. Les salles d&#233;di&#233;es &#224; tous les saints et tous les lieux de sa vie. La st&#232;le fun&#233;raire d'Aziyad&#233; qu'il avait envoy&#233; voler dans un cimeti&#232;re d'Istanbul. Et longtemps avant Malraux la mosqu&#233;e syrienne qu'il avait fait d&#233;monter, transporter pi&#232;ce par pi&#232;ce jusqu'&#224; Beyrouth, o&#249; il l'avait fait charger sur un navire sans que personne, ni l'amiral, ne trouve alors &#224; redire. Les folies m&#233;di&#233;vales et les turqueries. Les chinoiseries. Rien d'indochinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loti d&#233;teste l'Indochine qui a tu&#233; son fr&#232;re, marin bouff&#233; par les poissons. J'h&#233;site &#224; lui confier qu'un soir j'ai fait sortir du coffre le peu du haschich qui restait dans la maison apr&#232;s sa mort, un petit &#233;tui m&#233;tallique argent&#233; dont il doit se souvenir, en forme de bo&#238;te &#224; sardines, quelques b&#226;tonnets de cinq ou six centim&#232;tres et tout secs. Une nuit pendant laquelle, en l'honneur de ses f&#234;tes c&#233;l&#232;bres, enferm&#233; dans sa maison, j'ai bu aussi du champagne dans un soulier rouge &#224; talon aiguille, en levant &#224; sa m&#233;moire ce glorieux hanap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Loti s'approche enfin des ruines d'Angkor, en 41 apr. HM, il sait l'immense fatigue de cette civilisation khm&#232;re, qui consent &#224; s'offrir aux barbares de l'Occident pour se prot&#233;ger du Siam &#224; l'ouest et des Vi&#234;ts &#224; l'est. La France manipul&#233;e comme une tribu un peu stupide mais puissante et arm&#233;e. Il sait qu'il est lointain barbare perdu en Asie. Et peut-&#234;tre a-t-il d&#233;j&#224; en t&#234;te, ce soir &#224; My Tho, des phrases du &lt;i&gt;P&#233;lerin d'Angkor&lt;/i&gt; qu'il &#233;crira dans dix ans. Ces phrases qui seront une terrible semence pour le jeune Malraux, lequel sans elles peut-&#234;tre n'aurait pas &#233;crit &lt;i&gt;La Voie royale&lt;/i&gt;, ni pill&#233; le temple comme Loti avait pill&#233; la mosqu&#233;e. C'est toujours curieux, l'histoire des hommes et de leurs livres. Benjamin Cr&#233;mieux, en 1930, dans &lt;i&gt;Les Annales&lt;/i&gt;, &#233;crit &#224; propos de &lt;i&gt;La Voie royale&lt;/i&gt; qu'elle &#233;gale selon lui, &#171; en intensit&#233; et en po&#233;sie cosmique, sans leur ressembler, les plus belles pages de Loti et de Conrad &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; la fin de sa vie, le vieux Malraux confie dans &lt;i&gt;La t&#234;te d'obsidienne&lt;/i&gt; : &#171; Bouddhas khmers. Je n'avais pas quinze ans quand je lisais Loti : &lt;i&gt;J'ai vu l'&#233;toile du soir se lever sur Angkor&lt;/i&gt;... &#187; Et &#224; vingt-deux ans, ce sera la scie sur la pierre du temple de Bantea&#239; Srey. Mais cette phrase que cite Malraux n'est pas de Loti, me dit Loti. Cette phrase que cite Malraux c'est une phrase qu'il cite lui-m&#234;me, et la litt&#233;rature est une citation de citations. C'est une phrase de la brochure consacr&#233;e &#224; l'exploration de Mouhot, lue par l'enfant Julien Viaud, et que recopie le vieux Loti, lorsqu'il retrouve la brochure dans sa maison de Rochefort-sur-Mer, des dizaines d'ann&#233;es plus tard, longtemps apr&#232;s son voyage &#224; Angkor : &#171; D&#232;s que j'ai revu les si modestes gravures, tout de suite, bien entendu, les impressions de la premi&#232;re fois se repr&#233;sentent en foule &#224; ma m&#233;moire ; m&#234;me ces phrases emphatiques d'Eccl&#233;siaste qui avaient chant&#233; alors dans ma t&#234;te d'enfant, je les retrouve comme si elles &#233;taient d'hier : &lt;i&gt;J'ai tout essay&#233;, tout &#233;prouv&#233;... Au fond des for&#234;ts du Siam, j'ai vu l'&#233;toile du soir se lever sur les ruines de la myst&#233;rieuse Angkor&lt;/i&gt;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai gagn&#233; ma chambre, nous nous sommes souhait&#233; un bon voyage, avons jet&#233; le m&#233;got de nos cigares manille au lit du fleuve. Comme tout oracle j'ai cach&#233; la fin. Loti mourra en 1923, l'ann&#233;e o&#249; le jeune Malraux embarque pour Angkor, puis Conrad mourra en 1924.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1926, Malraux retour de Sa&#239;gon cr&#233;e une maison d'&#233;dition et r&#233;&#233;dite &lt;i&gt;Les Pagodes d'or&lt;/i&gt; de Loti, &#233;dite &lt;i&gt;Bouddha vivant&lt;/i&gt; de Morand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avait-il ce soir-l&#224; &#224; My Tho, Loti, d&#233;j&#224; en t&#234;te ces phrases du &lt;i&gt;P&#232;lerin d'Angkor&lt;/i&gt;, ou bien, souviens-toi, l'ami Loti, de ces phrases que tu n'as pas encore &#233;crites, puisque nous sommes en 1901, des phrases de vieillard au soir de sa vie, incr&#233;dule comme un enfant d&#233;&#231;u, qui avait cru aux promesses des brochures, et r&#234;vait de toutes les mers et de tous les oc&#233;ans : &#171; Alors, vraiment, ce n'&#233;tait que &#231;a, le monde ? Ce n'&#233;tait que &#231;a, la vie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#169; Patrick Deville, &lt;i&gt;Kampuchea&lt;/i&gt;, les &#233;ditions du Seuil, sept 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vincent Eggericx | &#233;crire comme tir &#224; l'arc</title>
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		<dc:date>2010-09-10T11:06:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>publie.net</dc:subject>
		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>
		<dc:subject>Eggericx, Vincent </dc:subject>
		<dc:subject>#rentr&#233;elitt&#233;raire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;L'art du contresens&#034; chez Verdier, et &#034;La position de l'observateur&#034; sur publie.net&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot333" rel="tag"&gt;Asie &amp; Japon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot531" rel="tag"&gt;Eggericx, Vincent &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot547" rel="tag"&gt;#rentr&#233;elitt&#233;raire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2250.jpg?1352733125' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='144' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
On n'explique pas une &#233;criture par la biographie. Il serait donc totalement impropre d'assigner au travail litt&#233;raire de Vincent Eggericx ce qui, pour nous, est un trait de biographie cependant rare : partir au Japon pour &#233;tudier le tir &#224; l'arc.
&lt;p&gt;Des arts martiaux japonais, on sait le d&#233;fi mental qu'ils repr&#233;sentent. Exp&#233;rience qui croise &#233;videmment l'exp&#233;rience esth&#233;tique, mais justement : qui s'installe au m&#234;me endroit, et ne se constitue pas comme esth&#233;tique, l'incluant dans sa d&#233;marche m&#234;me. Notre appellation &lt;i&gt;arts martiaux&lt;/i&gt; &#233;tant elle-m&#234;me l'indice de ce que nous manquons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux &#233;crits de Vincent Eggericx accueillis sur publie.net, l'un est un po&#232;me monobloc (mais &#224; l'&#233;tonnante structure) : &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500464/paradis-violent&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paradis violent&lt;/a&gt;, et l'autre une suite d'essais brefs, &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500907/la-position-de-l-observateur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La position de l'observateur&lt;/a&gt;, ou ce d&#233;fi pos&#233; &#224; soi-m&#234;me, et le choc inconciliable des cultures, est d'&#233;vidence la cl&#233; de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&#034;http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-artducontresens.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'art du contresens&lt;/a&gt;, qui para&#238;t chez Verdier, il revient dans le d&#233;tail m&#234;me de cette &lt;i&gt;voie&lt;/i&gt;, jusqu'&#224; proposer en fin d'ouvrage un dictionnaire des termes techniques (&#171; &lt;i&gt;Hanare&lt;/i&gt; : dans le kyud&#244;, mot qui &#233;voque le moment du l&#226;cher de la fl&#232;che &#187;). Il en fait une qu&#234;te o&#249; l'enfance sert &#224; convoquer l'Europe au regard du chemin pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce livre, Vincent Eggericx prend ce chemin d&#233;sormais in&#233;vitable : question sur le statut m&#234;me de l'&#233;criture, sa confrontation directe au monde, o&#249; elle se constitue comme litt&#233;rature en amont des formes obsol&#232;tes qui l'encombrent. R&#233;cit avec po&#233;tique, r&#233;cit avec &lt;i&gt;exp&#233;rience int&#233;rieure&lt;/i&gt;, r&#233;cit qui se lit &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; un roman, mais ne porte pas &lt;i&gt;roman&lt;/i&gt; en son en-t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vous convier, avec un extrait ci-dessous de &lt;i&gt;L'art du contresens&lt;/i&gt;, &#224; visiter les deux textes pr&#233;sents sur publie.net. Dans ce d&#233;pli, du num&#233;rique et du livre, ce qui fonde d&#233;sormais notre d&#233;marche &#8211; volets indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et merci &#224; Vincent Eggericx, pour accompagner la parution Verdier, d'avoir proc&#233;d&#233; &#224; r&#233;vision compl&#232;te de &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500464/paradis-violent&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paradis violent&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814500907/la-position-de-l-observateur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La position de l'observateur&lt;/a&gt;. En cela aussi, &#233;ditions recompos&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les 2 livres en diffusion sur publie.net sont pr&#233;sent&#233;s au format PDF (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, remises &#224; jour, &#233;volution permanente, aiguiser les &#233;crits vers ce qu'ils d&#233;signent (l'&#233;volution m&#234;me du monde, informatique et utopies comprises), le c&#244;t&#233; irr&#233;versible de l'exp&#233;rience num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; noter : sur bibliosurf.com, un &lt;a href=&#034;http://www.bibliosurf.com/L-art-du-contresens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;entretien vid&#233;o avec Vincent Eggericx&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vincent Eggericx | L'art du contresens (extrait)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le kyud&#244; &#233;tait &#224; l'image du temps : d&#233;concertant. Un jour je pensais avancer &#224; pas de g&#233;ant et avoir trouv&#233; la forme &#224; partir de laquelle le tir pouvait s'accomplir ; le lendemain j'&#233;tais ramen&#233; subitement en arri&#232;re, incapable d'&#233;lever correctement l'arc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je percevais les m&#234;mes errements sur les visages des pratiquants les plus aguerris : ils trahissaient souvent l'abattement, ou se figeaient dans une expression interdite. On pouvait y lire, &#224; l'instant du tir, une stup&#233;faction particuli&#232;re : la m&#226;choire se d&#233;crochait, les yeux s'&#233;carquillaient, faisant fondre le visage dans une petite mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition de ce masque de Sil&#232;ne sur des visages ordinairement impassibles m'intriguait. C'&#233;tait la figure du pr&#233;dateur &#224; l'instant de bondir sur la proie, ou celle du gibier sur le point d'&#234;tre saisi. J'avais le sentiment, en la contemplant, de regarder par le trou d'une serrure l'int&#233;rieur d'une chambre o&#249; se jouait un secret primitif. Je sentais confus&#233;ment que le kyud&#244; me permettrait d'entrer dans cette chambre, qui &#233;tait aussi &lt;i&gt;ma chambre d'enfant&lt;/i&gt;, cette chambre &#224; l'int&#233;rieur de laquelle ma m&#232;re, sortie de son lit de livres, s'avan&#231;ait, infiniment gracieuse, s'asseyait au centre de la pi&#232;ce, penchait vers moi l'ovale de son visage et, plantant ses yeux gris-bleu dans les miens, entreprenait de me parler de choses que je n'entendais pas tout en faisant machinalement glisser sur la ligne de ses &#233;paules la bretelle de son d&#233;bardeur mauve, sa main coulant le long de sa nuque puis retournant &#224; la clavicule qu'elle caressait tr&#232;s l&#233;g&#232;rement dans un geste qui m'hypnotisait., &#224; partir duquel mon esprit commen&#231;ait &#224; &#233;chafauder l'hypoth&#232;se la plus &#233;trange. Ce jour-l&#224;, dans la chambre aux allures de biblioth&#232;que en haut de la maison de poup&#233;es, je l'avais regard&#233;e intens&#233;ment, &#224; l'aff&#251;t d'une d&#233;claration qui n'&#233;tait pas prononc&#233;e, juste esquiss&#233;e dans le lent mouvement de sa main courant sur ses &#233;paules, quittant le petit d&#233;bardeur mauve pour baisser et remonter la bretelle de son soutien-gorge en un geste de s&#233;duction &#233;vident, aussit&#244;t ni&#233;. Je ne pouvais d&#233;tacher mes yeux de cette main, qui tenait dans sa paume toute mon attention et me convainquit que ma m&#232;re &#233;tait amoureuse de moi, mais qu'&lt;i&gt;elle ne pouvait pas me le dire&lt;/i&gt;. Pour la faire sortir de ce silence, j'avais con&#231;u le projet d'&#233;crire un livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier contact avec la litt&#233;rature remontait &#224; cet apr&#232;s-midi o&#249; ma m&#232;re, ayant &#233;t&#233; alert&#233;e par l'instituteur de mon air idiot, avait entrepris de m'&#233;veiller en me mettant &#224; la lecture. Nous nous &#233;tions rendus dans une librairie install&#233;e en sous-sol, baignant dans une lumi&#232;re tamis&#233;e. Ma m&#232;re &#233;tait si belle qu'elle appartenait &#224; un autre monde, un monde de seigneurs dont elle &#233;tait l'envoy&#233;e rayonnante de beaut&#233;. J'&#233;tais son fils, le petit-fils du seigneur. Il &#233;tait dangereux de sortir de chez nous car les gens, ignorant notre condition, auraient pu nous manquer de respect. Notre condition &#233;tait secr&#232;te. Personne ne devait savoir &lt;i&gt;notre secret&lt;/i&gt;. Elle discuta longuement avec le libraire, un jeune homme volubile, tr&#232;s attentionn&#233; qui, apr&#232;s l'avoir renseign&#233;e, demeura &#224; ses c&#244;t&#233;s. Ma m&#232;re &#233;tait immobile ; elle ne pouvait pas bouger parce que le libraire &#233;tait le roi des livres. Aucun doute, elle &#233;tait tout enti&#232;re sous l'empire du beau jeune homme qui r&#233;gnait sur les livres ! Plus tard j'h&#233;riterais des terres de mon grand-p&#232;re et de tous ses secrets ; je chasserais tout ce qui volait et courait. Elle ne faisait plus aucun cas de ma pr&#233;sence. Je tuerais le libraire, aussi Le temps passait. Ma m&#232;re &#233;tait fig&#233;e, prisonni&#232;re du seigneur des livres. Au bout du compte je tr&#233;pignai, exigeai de sortir et, de retour chez moi, r&#233;solus de lire tous les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8232;Dans la chambre aux allures de biblioth&#232;que en haut de la maison de poup&#233;es, alors que ma m&#232;re &#233;tait travers&#233;e par un discours que je ne saisissais pas, masquant un autre discours, indicible, naquit le projet de les &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on d&#233;couvre en ouvrant un arc est tout &#224; fait &#233;trange ; on entre dans un m&#233;lange de cendre et de feu. On doit accepter d'&#234;tre &#224; la fois la cendre, et le feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je restai quelques semaines &#224; ouvrir mon arc matin et soir sans l&#226;cher la fl&#232;che, car il est difficile de maintenir en extension m&#234;me un arc de puissance moyenne : d'ordinaire la tension se r&#233;sout dans le tir, tandis que je devais me contenter de d&#233;tendre l'arc. J'enregistrais quelques progr&#232;s, qui alternaient toujours avec ces moments horripilants o&#249; je semblais d'un coup avoir tout oubli&#233;. J'avais l'impression d'&#234;tre face &#224; une succession d'&#233;nigmes dont je devais trouver la clef, mais plus j'avan&#231;ais plus je me rendais &#224; cette &#233;vidence qu'il n'y avait pas de clef, ou plut&#244;t que j'&#233;tais la clef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une de ces &#233;nigmes &#233;tait le geste par lequel l'arc, arriv&#233; au ciel, doit se d&#233;placer lat&#233;ralement en pivotant dans la main gauche au fur et &#224; mesure qu'elle se tend vers la cible, dans le m&#234;me temps o&#249; la main droite se d&#233;place dans l'axe du coude sur la m&#234;me ligne imaginaire que la main gauche. Le mouvement suivant n'&#233;tait pas moins &#233;sot&#233;rique, puisqu'il s'agissait d'entrer &#224; l'int&#233;rieur de l'arc en &#233;cartant les mains d'est en ouest tout en restant parfaitement droit, les muscles des &#233;paules rel&#226;ch&#233;s, les hanches et la ligne du cou rigoureusement perpendiculaires de mani&#232;re &#224; former une croix avec la ligne verticale imaginaire traversant le corps du ciel vers la terre. Eu &#233;gard &#224; la force n&#233;cessaire pour ouvrir l'arc, cela para&#238;t &#224; premi&#232;re vue tout &#224; fait impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est possible, gr&#226;ce &#224; une mani&#232;re de respirer particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ralement on respire avec le cerveau ; l&#224; est situ&#233; le si&#232;ge du raisonnement, &#224; partir duquel nous sommes devenus les ma&#238;tres du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ma&#238;tres d'arc, lorsqu'ils disent &#171; esprit &#187;, se frappent la poitrine. Lors de l'ouverture de l'arc, c'est le coeur qu'il s'agit d'ouvrir, en faisant jouer l'air dans le corps ; le souffle se diffuse avant d'&#234;tre expuls&#233; lors de la lib&#233;ration de la fl&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont il &#233;tait question dans l'art du tir &#8211; l'arc, comme dans la litt&#233;rature, c'&#233;tait donc d'inspiration. J'&#233;tais arriv&#233; au Japon comme un homme mort et je devais trouver une nouvelle mani&#232;re de respirer aussi bien que d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#169; Vincent Eggericx &amp; &#233;ditions Verdier, 2010.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les 2 livres en diffusion sur publie.net sont pr&#233;sent&#233;s au format PDF (lecture ordinateur et iPad/iPhone via GoodReader), epub (eReaders Sony &amp; Bookeen, plus iPhone/iPad via iBooks, prc pour Kindle et Kindle 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Histoires qui sont maintenant du pass&#233;</title>
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		<dc:date>2010-09-02T06:26:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>fantastique</dc:subject>
		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment l'empereur Bu des Kan fit voir par Ch&#244;ken le cours sup&#233;rieur du Fleuve du Ciel.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot333" rel="tag"&gt;Asie &amp; Japon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2235.jpg?1352733109' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;d&#233;di&#233; &#224; Karl D., astrophysicien, lecture &lt;a href=&#034;http://www.la-grange.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;quotidienne&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec un an d'absence et la n&#233;cessit&#233; de r&#233;parer, ranger, trier, on cherche vaguement un livre qu'on ne trouve pas, et on tombe sur un autre dont soudain le souvenir revient tout net, et la magie qu'il enferme &#8211; s&#233;rendipit&#233; mat&#233;rielle de la biblioth&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Livre sans auteur, du moins sans &lt;i&gt;nom&lt;/i&gt; d'auteur. Livre avec forme tr&#232;s pr&#233;cise : chacune des dizaines d'histoires br&#232;ves commence par la formule : &lt;i&gt;C'est maintenant du pass&#233;&lt;/i&gt; et se conclut par la formule : &lt;i&gt;Ainsi dit-on qu'il a &#233;t&#233; rapport&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux formules, sont les r&#233;cits. Avec cette m&#234;me &#233;tranget&#233; (non, rien qui rapproche ces univers) du c&#244;t&#233; extr&#234;mement concret et physique des &lt;i&gt;R&#233;cits hassidiques&lt;/i&gt; de Martin Buber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le &lt;i&gt;Konjaku-monogatari sh&#251;&lt;/i&gt;, classique de la litt&#233;rature japonaise, il aurait &#233;t&#233; &#233;crit vers la fin du XI&#232;me si&#232;cle, et dans la collection &lt;i&gt;Connaissance de l'Orient&lt;/i&gt; il est traduit, introduit et commenc&#233; par Bernard Frank.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici une de ces dizaines d'histoires. Question pour l'&#233;dition num&#233;rique : saurions-nous mettre en chantier et diffuser de tels objets complexes, et le travail intellectuel qu'ils sous-tendent ? Pourtant, c'est bien de ces r&#234;ves et l&#233;gendes que nous avons besoin pour avancer.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment l'empereur Bu des Kan fit voir par Ch&#244;ken le cours sup&#233;rieur du Fleuve du Ciel. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est maintenant du pass&#233;. Sous le r&#232;gne de l'empereur des Kan, de Chine, il y avait un homme appel&#233; Ch&#244;ken. Le Souverain, ayant mand&#233; ce Ch&#244;ken, lui dit : &#171; Reviens apr&#232;s t'&#234;tre enquis du cours sup&#233;rieur du Fleuve du Ciel &#187; et l'envoya. Sur quoi Ch&#244;ken, ayant re&#231;u l'ordre imp&#233;rial, monta sur un bois flottant et alla s'enqu&#233;rir du cours sup&#233;rieur du Fleuve ; et l&#224;-dessus, &#233;tant all&#233; jusque dans le lointain, il parvint &#224; un endroit. Ce endroit, il ne le connaissait aucunement de vue. L&#224;, une personne dont l'aspect ne ressemblait en rien &#224; celui des gens qu'on voit d'ordinaire avait dress&#233; des m&#233;tiers en nombre et tissait de la toile. Et il y avait aussi un vieillard inconnu qui &#233;tait debout, tenant un boeuf. Comme Ch&#244;ken demandait : &#171; Ici, quel endroit est-ce donc ? &#187;, on lui r&#233;pondit : &#171; Ici, c'est l'endroit appel&#233; le Fleuve du Ciel. &#187; Comme Ch&#244;ken demandait encore : &#171; Ces gens-ci, quelles gens sont-ils ? &#8211; Nous autres, nous appelons la Tisserande et le Bouvier. Et toi, quel homme es-tu donc ? &#187; lui r&#233;pondit-on. Sur quoi Ch&#244;ken : &#171; Moi, on m'appelle Ch&#244;ken. De par un commandement du Souverain : &#8220; Reviens apr&#232;s t'&#234;tre enquis du cours sup&#233;rieur du Fleuve du Ciel &#8221;, ayant re&#231;u ce commandement, je suis venu &#187;, r&#233;pondit-il. Sur quoi, ces gens : &#171; C'est ici le cours sup&#233;rieur du Fleuve du Ciel. Maintenant, retourne-t-en. &#187; Les ayant entendus qui disaient ainsi, Ch&#244;ken s'en retourna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, faisant son rapport au Souverain, il dit : &#171; Je fus, pour vous servir, m'enqu&#233;rir du cours sup&#233;rieur du Fleuve du Ciel. Lorsque je parvins &#224; un endroit, la Tisserande avait dress&#233; des m&#233;tiers et tissait de la toile ; le Bouvier tenait un boeuf : &#8220; C'est ici le cours sup&#233;rieur du Fleuve du Ciel &#8221;, me dirent-ils sur quoi, &#224; partir de l&#224;, je revins. L'aspect de l'endroit ne ressemblait nullement &#224; l'ordinaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans le temps que Ch&#244;ken n'&#233;tait pas encore de retour, un astronome, au septi&#232;me jour du septi&#232;me mois, &#233;tait venu et avait fait au Souverain ce rapport : &#171; Aujourd'hui, sur le bord du Fleuve du Ciel, une &#233;toile inconnue est apparue. &#187; Le Souverain, entendant cela, s'&#233;tait &#233;tonn&#233;, mais lorsqu'il eut entendu les paroles de ce que dit ce Ch&#244;ken apr&#232;s son retour, il pensa avec certitude : &#171; C'est ce qu'avait dit l'astronome. &#8220; Une &#233;toile inconnue est apparue &#8221;, c'&#233;tait &#224; cause que le fait que Ch&#244;ken &#233;tait all&#233; l&#224;-bas se voyait. C'est donc que, vraiment, ce dernier est all&#233; s'enqu&#233;rir du Fleuve du Ciel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, quoique le Fleuve du Ciel soit au Ciel, m&#234;me un homme qui n'&#233;tait pas mont&#233; au Ciel y avait &#233;t&#233; vu de cette fa&#231;on. Quand on y songe, ce Ch&#244;ken ne devait pas &#234;tre, lui non plus, un individu bien ordinaire, soup&#231;onn&#232;rent les gens du temps. Ainsi dit-on qu'il a &#233;t&#233; rapport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lecture d&#233;j&#224; merveilleuse. Mais elle se d&#233;ploie autrement, pour le g&#233;ographique comme pour l'imaginaire, et dans le d&#233;pli du temps aussi, lorsqu'on compl&#232;te par la strate des commentaires. Ainsi, de Ch&#244;ken, par le traducteur Bernard Frank :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Sources&lt;/i&gt;. L'auteur para&#238;t avoir emprunt&#233; le canevas de son r&#233;cit &#224; l'ouvrage chinois intitul&#233; &lt;i&gt;M&#233;moire sur les f&#234;tes c&#233;l&#233;br&#233;es annuellement au pays de Tch'ou&lt;/i&gt;, dont nous savons qu'il &#233;tait connu au Japon &#224; la fin du IXe si&#232;cle. On trouve d'ailleurs, d&#232;s 849, dans troisi&#232;me suite aux &lt;i&gt;Annales du Japon&lt;/i&gt;, une allusion manifestement inspir&#233;e de cette l&#233;gende, aux aventures d'un h&#233;ros dont il est dit qu'il &#171; monta pour quelque temps jusqu'&#224; la Rivi&#232;re des Nuages (la Voir lact&#233;e) et y obtint la longue-vie. &#187; &lt;br&gt;[...]&lt;br&gt;
L'empereur Bu de la dynastie des Kan r&#233;gna de 141 &#224; 87 avant notre &#232;re. Pr&#233;occup&#233; de la pr&#233;sence man&#231;ante des Huns aux fronti&#232;res de l'empire &#8211; c'&#233;tait pour emp&#234;cher leurs incursions que d&#233;j&#224;, au IIIe si&#232;cle, on avait &#233;tabli la grande muraille &#8211;, il chercha &#224; nouer contre eux une alliance avec les Yuetche, un peuple qu'ils avaient contraint &#224; &#233;migrer vers l'ouest et qui, &#224; cette heure, &#233;tait devenu ma&#238;tre de la Sogdiane. Pour r&#233;aliser ce projet, l'Empereur envoya en Asie occidentale un ambassadeur qui n'&#233;tait autre que Ch&#244;ken (en chinois Tchang K'ien), le h&#233;ros de la pr&#233;sente anecdote. Si la mission de ce dernier n'eut pas les r&#233;sultats qu'on avait escompt&#233;s dans le domaine de la politique, elle eut en revanche un immense int&#233;r&#234;t g&#233;ographique et culturel. Les renseignements que CH&#244;ken rapporta de ses voyages constitu&#232;rent en effet pour les Chinois une source d'information directe sur les &lt;i&gt;Contr&#233;es d'occident&lt;/i&gt;, dont ils n'avaient eu jusque-l&#224; qu'une connaissance tr&#232;s vague. Parmi ces renseignements, l'un des plus pr&#233;cieux &#8211; qui devait par la suite se r&#233;v&#233;ler inexact &#8211; concernait la source du FLeuve Jaune que Ch&#244;ken crut avoir d&#233;couverte dans la r&#233;gion de Kachgar.
La l&#233;gende ne manqua pas de s'emparer de la personne du prestigieux voyageur. Ce ne fut plus seulement aux sources du Grand Fleuve d'ici-bas que l'on imagina que Ch&#244;ken &#233;tait all&#233;, mais aux sources du fleuve dont on distingue la forme au firmament et qui sert de collecteur aux eaux c&#233;lestes : le Fleuve du Ciel, autrement dit la Voie lact&#233;e. Les Chinois ont, depuis les temps les plus recul&#233;s, not&#233; sur la pr&#233;sence sur les bords de ce fleuve de deux &#233;toiles qui sont, selon nos classifications, V&#233;ga de la Lyre et Alta&#239;r de l'Aigle et qui, pour eux, s'appellent la Tisserande et le Bouvier. &lt;br&gt;[...] ils sont condamn&#233;s &#224; vivre solitairement, chacun occup&#233; &#224; son ouvrage, et ne peuvent se rencontrer qu'une fois l'an, la nuit sur septi&#232;me jour du septi&#232;me mois lunaire. [...] La f&#234;te de la rencontre des &#233;poux c&#233;lestes est rest&#233;e extr&#234;mement populaire encore aux temps modernes. Au Japon, o&#249; elle a toujours lieu aujourd'hui, on la conna&#238;t sous le nom de &lt;i&gt;Tanabata-matsuri&lt;/i&gt;, qui para&#238;t signifier &#171; la f&#234;te [de la dame] aux m&#233;tiers c&#233;lestes &#187;.&lt;br&gt;
[...]
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si cela ne tenait qu'&#224; moi, pendant les trois semaines que va durer ma relecture, certainement je pourrais en retranscrire une chaque matin sur ce site, sans rien &#233;puiser du livre, et m&#234;me l'accumulation incitant mieux &#224; se le procurer. S'ancre de plus en plus pour chacun de nous, par nos outils d'aujourd'hui, que lire c'est partager, et nous voil&#224; dans le m&#234;me courant que ces traditions orales, se d&#233;posant dans les vieux recueils de faits anonymes. D'autant que le livre (1968, ma propre &#233;dition imprim&#233;e en 1987) est indisponible, il faut passer par les &lt;a href=&#034;http://www.galaxidion.com/home/catalogues.php?LIB=boheme-galante&amp;CAT=24&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;marchands d'ancien&lt;/a&gt; ou aller le lire sur place &#224; la &lt;a href=&#034;http://www.unesco.org/ulis/cgi-bin/ulis.pl?catno=72360&amp;set=4C75CEF4_1_461&amp;gp=1&amp;lin=1&amp;ll=f&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;biblioth&#232;que de l'Unesco&lt;/a&gt;. Ne r&#234;vons pas, pas le droit de &#231;a. Pourtant j'aurais bien recopi&#233; ici &lt;i&gt;Comment, apr&#232;s qu'un moine fut mort, sa langue demeura et se trouvant dans la montagne y r&#233;citait le Lotus de la Loi&lt;/i&gt; ou bien &lt;i&gt;Comment Shaka-nyorai se logea en sa m&#232;re dans le monde des hommes&lt;/i&gt; ou bien la tr&#232;s &#233;trange et contemporaine &lt;i&gt;Comment une vieille femme regardait chaque jour s'il y avait du sang sur un st&#251;pa&lt;/i&gt;. Contentons-nous de lire et de r&#234;ver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503526/un-hymne-&#224;-la-paix-16-fois&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LG&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?rubrique255&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;VP&lt;/a&gt; qui me l'ont fait conna&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>de la lecture comme cr&#233;ation</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2163</link>
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		<dc:date>2010-06-12T01:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>livre, &#233;dition, librairie</dc:subject>
		<dc:subject>web : veilleurs &amp; bousculeurs</dc:subject>
		<dc:subject>New York &amp; USA</dc:subject>
		<dc:subject>lire num&#233;rique</dc:subject>
		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>
		<dc:subject>Dubost, Karl </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Karl Dubost part en voyage virtuel avec un livre, et transforme l'id&#233;e et le r&#234;ve de la lecture&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique62" rel="directory"&gt;&#233;crivain, un m&#233;tier ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot119" rel="tag"&gt;livre, &#233;dition, librairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot126" rel="tag"&gt;web : veilleurs &amp; bousculeurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot240" rel="tag"&gt;New York &amp; USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot249" rel="tag"&gt;lire num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot333" rel="tag"&gt;Asie &amp; Japon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot406" rel="tag"&gt;Dubost, Karl &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2163.jpg?1352733040' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note du 12 juin 2010&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; compl&#233;ment : lire Hubert Guillaud &lt;a href=&#034;http://lafeuille.blog.lemonde.fr/2010/06/12/le-metalivre-le-livre-que-nous-reconstruisons/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le livre que nous construisons&lt;/a&gt; et entretien Pierre M&#233;nard - Hubert Guillaud sur &lt;a href=&#034;http://melico.org/fr/c_est_en_lisant_qu_on_devient_liseron_episode_3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Melico&lt;/a&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note initiale, lundi 7 juin 2010&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce billet a &#233;t&#233; &#233;crit lundi 7 juin 2010, de 18h25 &#224; 21h44, suite &#224; la lecture de 2 billets de La Grange, d&#233;but d'une s&#233;rie sur &lt;a href=&#034;http://www.la-grange.net/2010/06/05/mission-iwakura&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la mission Iwakura&lt;/a&gt;, 5 jeunes femmes japonaises venant visiter, en 1872, San Franciso et Oakland ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sur le web il vaut mieux faire des billets courts, celui-ci ne l'est pas ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les litt&#233;raires y trouveront probablement un peu trop de num&#233;rique, et r&#233;ciproquement &#8211; mais Karl Dubost ne proposant pas d'espace commentaire sur son site, pr&#233;cis&#233;ment pour nous inciter &#224; r&#233;pondre chacun sur nos propres sites, ce billet aura au moins un lecteur &#8211; vous pouvez prolonger ou signaler votre passage, c'est bienvenu ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; je ne sais pas si ici j'&#233;cris, je sais par contre que mon rapport &#224; la lecture et &#224; l'&#233;criture y trouve actuellement sa n&#233;cessit&#233; ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; un laboratoire s'invente, celui de la &lt;i&gt;lecture&lt;/i&gt;, il s'installe sur Internet parce qu'Internet en est la mat&#233;rialisation principale &#8211; pour nous tous, la dette &#224; la lecture, ce que nous lui devons de nous-m&#234;mes, est trop important ou d&#233;cisif pour n'en pas faire ce chantier, r&#233;flexion &#224; voix m&#234;me pas chuchot&#233;e, silence de l'&#233;criture, mais &#224; ciel ouvert &#8211; le web.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que lire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, question qui nous travaille bien plus que les appareils, les supports, l'&#233;picerie, ou les guerres de tranch&#233;e des d&#233;fenseurs de grands mots, ah l'&#233;crivain sur son pi&#233;destal, les droits d'auteur et la cha&#238;ne du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si c'&#233;tait notre r&#234;ve d'enfant, entrant dans le livre, qui &#233;tait la premi&#232;re cl&#233; par o&#249; repasser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si ce qu'on d&#233;couvrait, alors, c'&#233;tait tout simplement la passion curieuse du monde, l'imaginaire mis en travail par l'ailleurs, la rupture dans l'espace et le temps. Et la seule magie qu'on nomme litt&#233;rature, l'&#233;cart r&#233;flexif par quoi on inaugure tout cela dans un temps s&#233;par&#233;, celui du mental cl&#244;t sur lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#233;criture, ce n'est peut-&#234;tre pas si difficile. Qu'on prenne les lettres et carnets de Flaubert, le Journal de Kafka, ou les chroniques au quotidien de l'immense Walser, on sait que &lt;i&gt;l'atelier&lt;/i&gt; de l'auteur est cette constante tension entre les livres, la table et le monde. Les dessins et photographies de Claude Simon nous m&#232;nent &#224; l'incipit de ses livres d&#233;crivant sa table et ses objets, et s'il d&#233;range &#224; ce point c'est peut-&#234;tre justement pour avoir install&#233; l&#224; la mati&#232;re m&#234;me de ses livres. Le passage pour Julien Gracq &#224; &lt;i&gt;Lettrines 2&lt;/i&gt; (mon texte dans revue NRF d'hommage, ce mois), peut aussi &#234;tre consid&#233;r&#233; comme l'irruption &#8211; dans la mati&#232;re litt&#233;raire elle-m&#234;me &#8211; de ce qui autrefois la fondait en amont, exp&#233;rience du monde hors de notre perception sensible, qu'il s'agissait de reconstruire, et par quoi s'augmentait l'exp&#233;rience sensible directe du proche. Sur ces notions de &lt;i&gt;proche&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;pr&#233;sence&lt;/i&gt;, les po&#232;tes &#8211; de Rilke &#224; Celan, de Dupin ou Du Bouchet &#224; Emaz &#8211; n'ont cess&#233; de nous guider : rien de neuf sous le soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la bascule actuelle : ce n'est pas parce que l'industrie du livre s'effondre (elle s'effondre, d&#233;sormais incapable de reconna&#238;tre ces objets plus ingrats qui lui conf&#233;raient cette universalit&#233; symbolique) qu'on vient sur Internet, et surtout pas pour y chercher je ne sais quelle m&#233;diation &#233;pici&#232;re d'un versant noble, qui resterait le livre imprim&#233;. Et quand bien m&#234;me on a du mal &#224; l'expliquer &#224; nos chers coll&#232;gues &#8211; encore qu'on se croise de moins en moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re fois en presque 30 ans que je passe une ann&#233;e enti&#232;re sans pulsion de livre. Et pourtant, jamais eu l'impression de r&#233;fl&#233;chir, ou travailler, ou pratiquer aussi intens&#233;ment la litt&#233;rature que toute cette ann&#233;e, dans le d&#233;calage et l'instabilit&#233; des signes induits par la vie en Am&#233;rique. L'impression que la fa&#231;on dont s'organise et se structure le site (d'ailleurs, &#231;a bugge un peu en ce moment, trop de choses boug&#233;es dans tous les recoins) m'am&#232;ne bien au-del&#224;, dans cette tension d'entre la langue et les mots, que ce que m'aurait permis l'&#233;lan du livre. Ce n'est pas d&#233;dain ni m&#233;pris : lu la semaine derni&#232;re le g&#233;ant &lt;i&gt;Cranford&lt;/i&gt; d'Elisabeth Gaskell (1853), le &lt;i&gt;In cold blood&lt;/i&gt; de Truman Capote, et relu &lt;i&gt;L'auteur de Beltraffio&lt;/i&gt; d'Henry James, plus tous les soirs un petit moment de Proust, vieille discipline (pas toujours Proust, alternance avec Saint-Simon, Gracq, Borges, Balzac, Nerval, Stendhal, mais toujours moment de retour &#224; cette veine centrale de la langue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce moment, je travaille (dans mes ateliers virtuels priv&#233;s !) &#224; cette &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2116' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Travers&#233;e de Buffalo&lt;/a&gt; : mais la premi&#232;re interface est une carte, qui s'assemble depuis des captures &#233;cran de d&#233;tails des villes des grands lacs, Buffalo, Detroit, Milwaukee, Chicago, un peu de Seattle aussi. Cliquer dans la carte envoie vers une fiction li&#233;e &#224; cette figure g&#233;ographique, mais appelle une s&#233;rie de mots-cl&#233;s permettant alors une navigation horizontale de texte &#224; texte, le texte alors envoyant vers un grossissement de l'image de d&#233;part. A l'int&#233;rieur du texte, des liens envoient vers des fragments du monde r&#233;el qui articulent ces distorsions du r&#233;el (associations sportives de la prison de Rykers &#224; New York, centre d'aide aux femmes d&#233;tenues de la prison de Chicago) &#224; la fiction initi&#233;e par la carte a&#233;rienne. Installant donc dans mon site des &lt;i&gt;poches&lt;/i&gt; sans liens, dont l'acc&#232;s public se fait en points bien pr&#233;cis, posant d'autres probl&#232;mes d'archivages et structures. Je n'ai aucune id&#233;e de ce qu'est esth&#233;tiquement ce &lt;i&gt;work in progress&lt;/i&gt;, sauf que je ne saurai le proposer &#224; un de mes anciens &#233;diteurs, sauf qu'il appelle la m&#233;diation num&#233;rique pour s'y ins&#233;rer (donc le &lt;i&gt;lire&lt;/i&gt;), et qu'il correspond en profondeur &#224; mes usages m&#234;me de l'appropriation du monde, o&#249; pour chaque point de notre exp&#233;rience du monde, du voisinage le plus concret m&#234;me, nous en appelons aux moteurs de recherche et aux ressources num&#233;riques. Et que notre relation individuelle au monde, qui se tissait autrefois de la correspondance &#233;pistolaire, des registres de comptabilit&#233;, du journal du matin, s'est transf&#233;r&#233;e de fait &#8211; mails, r&#233;seaux, compte en banque, univers professionnel, dans cette m&#234;me surface &#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas forc&#233;ment d'une rupture. Du plus loin que je me souvienne, l'univers des livres a engendr&#233; en lui-m&#234;me cette relation diffuse qui va de l'oeuvre au monde sensible qu'il transf&#232;re. Nous collectionnions les petits opuscules &lt;i&gt;&#201;crivains de toujours&lt;/i&gt; pour disposer des photos, de la chronologie. On &#233;ditait les journaux, les carnets. On se renseignait sur les r&#233;alit&#233;s &#233;voqu&#233;es, et on avait des r&#233;cits de voyage, des biographies d'explorateur, on se promenait avec passion dans encyclop&#233;dies et dictionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, le num&#233;rique ne fait qu'amplifier, ou rendre inutile une m&#233;diation par un objet clos. C'est bien l'enjeu pour les biblioth&#232;ques, qui doivent ici apprendre &#224; guider, inciter &#224; la curiosit&#233;, quand nous savons, lorsque nous y entrons, que ce n'est pas forc&#233;ment dans un livre qu'on trouvera l'exploration souhait&#233;e &#8211; et qu'elle reste pourtant symboliquement lieu de cette exploration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en arriver &#224; cette question : dans ce basculement au pr&#233;sent, nous continuons &#233;videmment &#224; en appeler au pass&#233; &#8211; et c'est aussi notre t&#226;che essentielle pour l'enseignement, la transmission. Les outils d'investigation du pass&#233; sont eux aussi d'embl&#233;e num&#233;rique : voir comment la science nous propose des images des origines m&#234;me de l'univers, ou les &#233;quipements techniques sollicit&#233;s pour dater un fossile humain, l&#224; o&#249; tout se r&#233;invente de notre histoire. Si nous lisons Balzac (ou Baudelaire, ou les Surr&#233;alistes) et souhaitons faire &#233;merger telle diffraction de Paris, on sait comment s'y prit Walter Benjamin, les notes accumul&#233;es &#224; Biblioth&#232;que nationale dans des opuscules que personne avant lui probablement n'avait d&#233;tect&#233;s, et qui ont permis la composition posthume du &lt;i&gt;Passagenwerk&lt;/i&gt;. Nous, on convoque les archives num&#233;riques, et on le &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt; plus ou moins consciemment, dans les minutes suivant un film ou &#224; l'arr&#234;t de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la question ouverte en grand par Karl Dubost avec &lt;a href=&#034;http://www.la-grange.net/2010/06/05/mission-iwakura&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mission Iwakura&lt;/a&gt;. Si j'en sais bien peu de l'astrophysicien Karl, de visiter assid&#251;ment son site et nos trois rencontres &#224; Montr&#233;al et Qu&#233;bec) me permet de disposer de quelques rep&#232;res : sur sa pratique de lecteur, le livre souvent &#233;pais qu'il prom&#232;ne longtemps dans sa poche (j'ai lu cet hiver, apr&#232;s lui, successivement, &lt;a href=&#034;http://dernieremarge.over-blog.net/article-16515760.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;loge des voyages insens&#233;s&lt;/a&gt; de Golovanov, puis &lt;a href=&#034;http://www.scienceshumaines.com/les-mutiples-lectures-de-tristes-tropiques_fr_22934.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tristes tropiques&lt;/a&gt; dont je n'avais jamais suppos&#233; que mon propre d&#233;calage d'Am&#233;ricain provisoire d&#233;calerait autant la lecture, notamment des 160 premi&#232;res pages avec toutes ces villes autour du monde, de Bombay &#224; Chicago). Karl (un des rituels &#233;voqu&#233;s dans son site, c'est l'heure de lecture et d'&#233;criture dans un bistrot, t&#244;t le matin, avant de rejoindre son travail) ouvre aujourd'hui ce voyage de femmes japonaises dans les USA du XIX&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons : nous lisons un livre, nous sommes d&#233;j&#224; &#8211; &#244; monsieur Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir &#8211; dans un &#233;cosyst&#232;me neuf de pratiques et d'appropriation du texte, parce que notre m&#233;moire des images est diff&#233;rente de ceux qui nous pr&#233;c&#233;daient il y a quelques d&#233;cennies, parce que notre &lt;i&gt;sentiment g&#233;ographique&lt;/i&gt; (dit Michel Chaillou &#8211; &lt;a href=&#034;http://michel-chaillou.com/blog_notes.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;80 ans ce 15 juin, a blogu&#233; le 31 mai&lt;/a&gt;) s'est &#233;duqu&#233; autrement, et parce qu'&#224; port&#233;e de notre outil le plus intime de l'&#233;pistolaire ou de l'utilitaire, l'encyclop&#233;die est directement accessible, sans passer par le lieu rituel des archives qu'&#233;tait la biblioth&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'&#233;nonce Karl : ce d&#233;placement des processus, cet agrandissement de nos usages, est &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; le livre qu'on lit. Je voulais juste rebondir en disant que le livre &#233;tait &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; cet ensemble composite de relations plus large que son texte. Mais je rejoins Karl dans cette proposition : un des chantiers d'aujourd'hui, c'est de produire &lt;i&gt;mat&#233;riellement&lt;/i&gt; cet objet potentiel, dont nous-m&#234;mes ne savons pas l'extension pr&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenir de mes dix ans d'&#233;criture pour &lt;i&gt;Rolling Stones, une biographie&lt;/i&gt;, paru en 2002 ? &#224; la charni&#232;re : la course pour les CD pirates, les visites &#224; New York et Londres pour les archives rares, les lieux &#224; aller voir pedibus. Travaillant les ann&#233;es suivantes sur Led Zeppelin ou Dylan, mutation consid&#233;rable : tout cela &#233;tait accessible par l'ordinateur. L&#224;, travaillant sur un Hendrix, dans mon &lt;a href=&#034;http://www.friche.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site priv&#233;&lt;/a&gt; j'ai commenc&#233; par un wordpress antidat&#233; depuis 1941, pour chaque jour de la vie de Hendrix : le site laboratoire est d&#233;j&#224; pour moi bien plus potentiellement fascinant que le livre sur lequel je m'&#233;tais pourtant imprudemment engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre qu'&#224; ce point de la m&#233;ditation je me s&#233;pare de Karl (&#231;a ne l'effraiera pas outre mesure) : comment constituer cet objet en expansion, aux fronti&#232;res floues ? Concepts qui ne h&#233;rissent pas les scientifiques, dont il est. Il s'y ins&#232;re avec ses propres solutions : un site qui installe une &lt;i&gt;ligne de temps&lt;/i&gt;, chaque jour collectant telles archives en fonction d'o&#249; il en est dans sa lecture. On conna&#238;t d'autres &lt;i&gt;objets&lt;/i&gt; de ce genre : le &lt;a href=&#034;http://www.desordre.net/memory/perec/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Je me souviens&lt;/a&gt; de Perec recompos&#233; par Philippe De Jonckheere, les &lt;a href=&#034;http://www.jcbourdais.net/journal/bergounioux.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;traces Bergounioux&lt;/a&gt; recompos&#233;es par Jean-Claude Bourdais. Ou le travail de &lt;a href=&#034;http://norwitch.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Norwich&lt;/a&gt; sur Sebald, ou Laurent Margantin sur &lt;a href=&#034;http://oeuvresouvertes.net/spip.php?rubrique20&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Novalis&lt;/a&gt; ou Trakl : un mouvement serait donc ici amorc&#233; ? On va donc, les jours &#224; venir, suivre comme un feuilleton la &lt;i&gt;lecture active&lt;/i&gt; de Karl. Mais comment le chantier serait autrement que collectif ? Il propose un &lt;i&gt;wiki&lt;/i&gt;, bien conscient que ces outils, infiniment mall&#233;ables dans l'usage collectif, sont bien frustes par rapport &#224; notre exigence graphique &#8211; ah les gravures de Buffon ou de Jules Verne (qu'&#233;voque d'ailleurs Karl), ou bien notre vieille passion &#224; feuilleter les dictionnaires ou l'encyclop&#233;die Larousse du XIX&#232;me...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que Karl Dubost ne se fait pas lui-m&#234;me alors d'un nouvel objet, son site, dans lequel se cr&#233;e une nouvelle caverne, avec lanternes magiques, galeries &#224; ouvertures surprise... Est-ce que tous les livres, d'autre part, se pr&#234;tent au m&#234;me travail : je me souviens de mes explorations virtuelles lors de la lecture des &lt;i&gt;Voyages insens&#233;s&lt;/i&gt; de Golovanov : et si peu trouv&#233; sur l'&#238;le, hors retomber sur ses propres archives (c'&#233;tait d'ailleurs la grande r&#233;ussite de Karl, de proposer, en accompagnement de telle phrase du livre, jour apr&#232;s jour, une photo d'un d&#233;tail tr&#232;s pr&#233;cis de ces &#238;les que sont Montr&#233;al ou Tokyo, ou sa r&#233;flexion sur la cartographie du web... &#8211; autre particularit&#233; de La Grange : instructions pour emp&#234;cher l'archivage et la recherche de Google). Infinie sup&#233;riorit&#233; de l'&#233;criture &#224; sugg&#233;rer, faire r&#234;ver, repr&#233;senter quand rien d'autre ne le permet. Et cela vaut aussi bien pour &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article119' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les jours de notre mort&lt;/a&gt; de David Rousset, que probablement pour la haute magie des r&#233;cits de Kafka : &lt;i&gt;Un champion de je&#251;ne&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Des Hungerk&#252;nstler&lt;/i&gt;), on devrait installer des liens vers des baraquements de f&#234;te foraine d&#233;but de si&#232;cle &#224; Praque ? Mais justement, ce n'est pas situ&#233;, contrairement au &lt;i&gt;Vieux saltimbanque&lt;/i&gt; des &lt;i&gt;Po&#235;mes en prose&lt;/i&gt; de Baudelaire... Et comment &#233;chapper &#224; l'atomisation, au fractionnement (je pense &#224; ce beau billet de Pierre Assouline sur &lt;a href=&#034;http://passouline.blog.lemonde.fr/2010/06/06/marcher-ou-lire-il-faut-choisir/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la marche et la lecture&lt;/a&gt;, prisonnier des structures rudimentaies des blogs lemonde.fr, pas m&#234;me de mots-cl&#233;s...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, r&#234;vons au voyage des dames japonaises qui viennent de d&#233;barquer &#224; San Francisco. C'est le principe, qui compte, et la question ouverte. C'est ce qu'a fait pour Flaubert, ces derni&#232;res ann&#233;es, l'&#233;quipe d'Yvan Leclerc &#224; Rouen. Le beau chantier du &lt;a href=&#034;http://www.andrebreton.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site Andr&#233; Breton&lt;/a&gt; serait aussi un bel embl&#232;me... Peut-&#234;tre sommes-nous &#224; l'aube d'une tr&#232;s lente reprise de la biblioth&#232;que, qui ainsi se recomposerait progressivement dans le nouveau support, comme Jean-Jacques Lefr&#232;re et les autres ont su le faire pour Rimbaud et Lautr&#233;amont sans d&#233;border des limites du papier (voir comment, pour la photo de Rimbaud &#224; Aden, &lt;a href=&#034;http://bibliobs.nouvelobs.com/20100605/19914/aden-aout-1880-arthur-rimbaud-et-ses-compagnons-de-lunivers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;c'est le web&lt;/a&gt; qui a finalement pris le relais, sympt&#244;me...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je faisais quoi d'autre, ce matin, proposant une &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2161' class=&#034;spip_in&#034;&gt;lecture &#224; voix haute&lt;/a&gt; de Rabelais ? Pourtant, je me sens dispens&#233; d'accrocher &#224; la phrase nue de Rabelais ce portrait apocryphe qu'on lui accole partout, quand il est prouv&#233; qu'on ne lui a pas tir&#233; le portrait de son vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces objets qui commencent &#224; s'inventer, se composer, comment les pr&#233;senter, comment et o&#249; leur donner existence &#8211; non pas enclose dans le mot &lt;i&gt;livre&lt;/i&gt;, mais susceptibles de produire un voyage aussi fort que ce qu'enfant nous demandions au livre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant vous dire que, si le livre num&#233;rique continue d'encombrer &#224; tire-larigot nos Netvibes et Twitter, &#231;a encombre moins nos t&#234;tes. Que les &#233;piciers et mastodontes s'affrontent, se d&#233;chirent, et n'en puissent plus de (r&#234;ves de) lois et protection DRM &#8211; nous ne souhaitons plus lire ce qu'ils nous proposent, tout simplement parce qu'objets participant d'une certaine ad&#233;quation du texte et du monde, ad&#233;quation qui de tout temps a &#233;t&#233; soumise &#224; ruptures et reconfigurations, ad&#233;quation qui ne permet plus &#224; ce qu'ils nomment &lt;i&gt;roman&lt;/i&gt; de co&#239;ncider avec notre propre r&#233;flexion sur nous-m&#234;mes et le monde. &#199;a n'emp&#234;che pas les Philippe Vasset ou autres hapax, dans notre catalogue &lt;a href=&#034;http://www.publie.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publie.net&lt;/a&gt; on en propose une belle collection aussi. Mais &lt;i&gt;l'invention&lt;/i&gt;, aujourd'hui, s'exprimerait bien dans le titre propos&#233; par Karl Dubost : &lt;i&gt;de la lecture comme cr&#233;ation&lt;/i&gt;. Aussi bien pour ce que nous &#233;crivons au pr&#233;sent, que pour la biblioth&#232;que &#224; laquelle encore et encore on en appelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Haguro San, le Japon de Marc Deneyer</title>
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		<dc:date>2005-03-13T06:03:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Marc Deneyer</dc:subject>
		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>
		<dc:subject>Bouvier, Nicolas (Suisse)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; propos de &#034;Kujoyama&#034; de Marc Deneyer au Temps qu'il fait&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Marc Deneyer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot333" rel="tag"&gt;Asie &amp; Japon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot533" rel="tag"&gt;Bouvier, Nicolas (Suisse)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton60.jpg?1352732033' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux brefs &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/wcam/0401JP.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voyages au Japon&lt;/a&gt; suffisent &#224; ce que ce soit pr&#233;sence quotidienne, qu'on retrouve par les livres, ou qui expliquent en partie ma fr&#233;quentation des liens propos&#233;s par &lt;a href=&#034;http://www.u-blog.net/berlol&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Patrick Rebollar&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Luc Terradillos m'invite souvent &#224; participer &#224; L'Actualit&#233; Poitou-Charente, que j'aime pour le dialogue avec les arch&#233;logues, scientifiques et chercheurs, ou les amis &#233;crivains de mon pays d'origine. Cette fois, c'est moi qui lui ai propos&#233; un compte rendu &#224; propos de &lt;i&gt;Kujoyama&lt;/i&gt;, que vient de faire para&#238;tre Marc Deneyer au &lt;a href=&#034;http://www.letempsquilfait.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Temps qu'il fait&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais d&#233;j&#224; &#233;crit &#224; propos des &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/art/Deneyer.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paysages des Deux-S&#232;vres&lt;/a&gt; de Marc Deneyer. L&#224; il s'agit de 26 brefs chapitres &#224; la suite d'un s&#233;jour &#224; la &lt;a href=&#034;http://www.villa-kujoyama.or.jp/villa.gene.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;villa Kujoyama&lt;/a&gt; de Kyoto. Et son livre a prolong&#233; pour moi la d&#233;couverte des &lt;i&gt;Carnets&lt;/i&gt; de &lt;a href=&#034;http://mapage.noos.fr/sacados/lectures/lectures11.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nicolas Bouvier&lt;/a&gt;, datant de 1964 mais publi&#233;s l'an dernier : m&#234;me pr&#233;sence, m&#234;me mani&#232;re ambulatoire du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter que Philippe Adam, qui termine son propre s&#233;jour &#224; la villa Kujoyama, vient de publier aux &#233;ditions Verticales un r&#233;cit consacr&#233; aux derniers jours du fascinant Ozamu Daza&#239; (&lt;i&gt;Cent vues du mont Fuji&lt;/i&gt;), &#231;a s'appelle &lt;a href=&#034;http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?id=152&amp;rubrique=3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Canal Tamagawa&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Haguro San&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur le mont Haguro la nuit tombait avec la neige, f&#233;erique comme un r&#234;ve d'enfant. La voiture avait pein&#233; sur les pentes verglac&#233;es des derniers kilom&#232;tres. On arrivait enfin au Dewa Sanzen Jinja, le temple des trois montagnes sacr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La secte Shugendo s'&#233;tait install&#233;e ici depuis plusieurs si&#232;cles dans la p&#233;nombre de la for&#234;t de cryptomeria. Le Shukubo, l'h&#244;tellerie du monast&#232;re, autrefois destin&#233;e aux p&#232;lerins de sexe masculin, &#233;tait maintenant accessible &#224; tous. Monsieur Fujishima m'avait vant&#233; le lieu pour son atmosph&#232;re authentique, la beaut&#233; des vieux temples couverts de chaume et les renomm&#233;s Sansai Ryori : les repas v&#233;g&#233;tariens des moines. J'avais aussi devin&#233;, depuis la route qui se faufilait en lacets dans les sugi plusieurs fois centenaires, gr&#226;ce aux lueurs de la neige endormie, la pagode de bois &#224; cinq &#233;tages Goju-To-No dont je me promis de retrouver le silence au plus vite. J'&#233;tais au coeur du Japon traditionnel et religieux comme je l'avais longtemps souhait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure s'avan&#231;ait. Il fallait prendre possession de sa chambre. Tout au long de couloirs obscurs, d'humbles sanctuaires embaum&#233;s d'encens rares et baign&#233;s de la lumi&#232;re h&#233;sitante des veilleuses, un vieillard v&#234;tu d'un kimono de toile grise me conduisit d'une marche h&#233;sitante &#224; la chambre qu'il me destinait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais devin&#233; de nombreuses fois l'opini&#226;tre clopinement auquel conduisent ici les ann&#233;es de travail ou de conviction religieuse, contrainte par la position du tailleur. S'ensuivaient de f&#226;cheuses raideurs dorsales et jusqu'&#224; ces hoquets dans le d&#233;placement. Il y avait autre chose. L'&#233;treinte prescrite par d'inflexibles temp&#233;raments qui aggravait les d&#233;marches t&#234;tues en boiterie. Une irrationnelle d&#233;termination achevait d'en &#233;vincer la souplesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pi&#232;ce carr&#233;e de deux m&#232;tres et demi de c&#244;t&#233; d&#233;di&#233;e nagu&#232;re &#224; la c&#233;r&#233;monie du th&#233;. La porte se raidit en tremblant sur ses glissi&#232;res de bois. Deux cloisons de papier dispos&#233;es en angle droit s&#233;paraient de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un l&#233;ger d&#233;crochement, auquel un tronc d'arbre sec tenait lieu d'ar&#234;te, accueillait une peinture de paysage, tout en hauteur : un nuage transparent sur un rouleau de soie pass&#233;e. Au sol, funeste confluence de tous les courants d'air, un futon recouvert d'un duvet masquait les tatamis. Un maigre po&#234;le &#224; odeur de k&#233;roz&#232;ne, &#224; l'odeur forte d'a&#233;roport, qu'il me fallait dissiper au plus vite, luttait vainement contre le froid qui s'engouffrait de partout. Je voyais, &#224; travers les cloisons de papier mal jopintes, la neige s'amonceler sur les blancheurs encore vives. La nuit s'annon&#231;ait pleine de souvenirs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Priver le corps d'une part de ce qu'il r&#233;clame transf&#232;re &#224; l'&#226;me son go&#251;t de pl&#233;nitude. Une pl&#233;nitude qu'elle a fini par abjurer tant nous avons laiss&#233; le corps l'exiger &#224; son seul profit. D&#233;sormais il ne saurait se contenter de peu et le paysage de d&#233;votion que nous lui offrons ne peut que renforcer son empire. L'occasion pour notre attention de se porter ailleurs, apr&#232;s lui avoir accord&#233; la part d'existence qui lui revient. Habitu&#233;s &#224; nous identifier &#224; lui et &#224; lui seul, nous en avons oubli&#233; les d&#233;sespoirs qu'il engendre, m&#234;me prosp&#232;re, m&#234;me satisfait, m&#234;me combl&#233; et les plaisirs attribu&#233;s sans mesure finissent par l'assoupir. Sans doute avons-nous tort d'esp&#233;rer un oubli, une mise &#224; la retraite, un aveuglement de Ce qui nous gouverne. Il n'y aura rien de cela. Nous sommes responsables parfois alors qu'il faudrait l'&#234;tre toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mourrai-je ainsi tellement inaccompli ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie coule, si urgente. O&#249; demeures-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure tardive, les kilom&#232;tres parcourus, le copieux &#034;repas v&#233;g&#233;tarien des moines&#034; finirent par tromper ma vigilance. La nuit &#233;tait profonde. Je me couchai. Une simple couette de coton m'isolait du froid qui envahissait la chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entendis les chants graves des moines qui s'&#233;levaient une derni&#232;re fois dans la patience des veilleuses puis j'imaginai leurs ombres silencieuses regagnant leurs solitudes. J'enviai leur courage que je ne pus m'emp&#234;cher d'opposer &#224; la fragilit&#233; du mien. L'atmosph&#232;re qui r&#233;gnait d&#233;nouait les &#226;mes. J'oubliai le froid, la neige et la nuit puisqu'il y avait cette immensit&#233; et que m'abritaient ceux qui venaient de s'y ab&#238;mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monast&#232;re endormi les flocons press&#233;s par le vent chuintaient sur le papier des cloisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Marc Deneyer, texte et photographies, &#233;ditions Le Temps qu'il fait, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_39 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH313/deneyer_japon2-af061.jpg?1750922150' width='480' height='313' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Au Japon avec Marc Deneyer&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Japon a longtemps &#233;t&#233; inconnu de nos lettres. D&#233;chiffrer le Japon, ce n'est pas seulement s'interroger sur ce que nous ici avons perdu, une pr&#233;sence de l'ancien et du sacr&#233;, jusque dans l'imm&#233;diate peau du pr&#233;sent : savoir que ce qu'on cherche d'&#233;nigme est disponible, il suffit d'interroger les signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Barthes nous a rapproch&#233; le Japon avec &lt;i&gt;L'Empire des signes&lt;/i&gt;, et depuis les livres se sont succ&#233;d&#233;. La fronti&#232;re s'est d&#233;plac&#233;e aussi parce que la litt&#233;rature japonaise de ce si&#232;cle nous est devenu plus famili&#232;re, ainsi des &lt;i&gt;Cent vues du mont Fuji&lt;/i&gt;, d'Ozamu Daza&#239;, qui se situe certainement dans la m&#234;me &#233;chelle de radicalit&#233; d'&#233;crivains que Dostoievski ou Thomas Bernhard. L'an pass&#233; nous ont &#233;t&#233; offerts pour la premi&#232;re fois les &lt;i&gt;Carnets&lt;/i&gt; de Nicolas Bouvier, dont on connaissait la &lt;i&gt;Chronique japonaise&lt;/i&gt;, mais pas ce qui leur avait servi de base et de source brute, dans ce long s&#233;jour de 1964. Nicolas Bouvier est devenu notre mod&#232;le de l'&#233;crivain-voyageur : celui qui regarde au microscope la petite parcelle de pr&#233;sent &#224; laquelle il est arbitrairement confi&#233;, et qui y d&#233;busque une part de cette &#233;nigme qui fait qu'on a notre humanit&#233; en partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert Marc Deneyer par l'Actualit&#233; Poitou Charente : notamment par son voyage au grand Nord, et ses photographies d'icebergs devenues comme des fleurs abstraites. Je l'ai rencontr&#233; ensuite dans un exercice plus rude : les paysages des Deux-S&#232;vres, et nous interroger sur qui nous sommes, nous qui relevons de ces champs et ces ciels, quand on les repr&#233;sente. Je ne savais pas Marc dans l'exp&#233;rience des mots. L'&#233;criture des photographes nous est pr&#233;cieuse parce que cela reste exp&#233;rience du &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt;. Je ne sais pas si Marc Deneyer s'est mis &#224; ces textes parce qu'il &#233;tait au Japon, ou si l'exercice des carnets lui &#233;tait d&#233;j&#224; familier. Il ne nous pr&#233;sente pas des photos faciles, ou confortables : l'hiver sur une rizi&#232;re, le visage concentr&#233; d'un moine, une vague sur des rochers, un escalier envahi d'une v&#233;g&#233;tation qui nous trouble. Mais les vingt-six textes qui forment ce livre (autant que de lettres de notre alphabet, l&#224;-bas o&#249; l'alphabet, d&#232;s la premi&#232;re station de m&#233;tro, ne nous sert plus de rien), sont chaque fois une question pr&#233;cise adress&#233;e &#224; une parcelle de pr&#233;sent qui &#233;chappe &#224; sa compr&#233;hension de voyageur. J'ai &#233;t&#233; deux fois au Japon, je suis fascin&#233; comme lui par Kyoto. Mais le photographe tient toujours de l'aventurier : lui il s'en va dans les villages, grimpe une montagne, va vers des temples oubli&#233;s. L'art de demander son chemin. Un arbre &#224; th&#233; coinc&#233; entre rail et b&#233;ton. Un train de nuit, quand on s'est tromp&#233; de train et qu'on descend &#224; Tsuruga sans rien savoir d'o&#249; c'est sur la carte du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La magie des chroniques de Nicolas Bouvier, c'est qu'il gagnait sa vie en dessinant, et que le texte na&#238;t de tout ce qui accompagne ou pr&#233;c&#232;de le dessin. Je vous assure que le Japon de Marc Deneyer est parfaitement Japon, et pas celui du &lt;i&gt;Lotus bleu&lt;/i&gt; des aventures de Tintin qui lui sert de point de d&#233;part. Il y a cette phrase qui ouvre le vingt-sixi&#232;me et dernier chapitre, m&#234;me si ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'au passage Marc Deneyer est confront&#233; au surgissement d'un souvenir d&#233;senfoui, comme ces planeurs de balsa qu'on construisait autrefois, par l'odeur qu'il traverse dans un atelier de menuiserie : &#171; Ma vie s'&#233;tait-elle rapproch&#233;e de ce que j'avais esp&#233;r&#233; d'elle ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dit que le voyage est une &#171; distraction splendide &#187;. Je suppose que si l'exigeant Georges Monti, qui d&#233;cide de ce qui se publie au Temps Qu'il Fait, nous propose les &#233;crits de Marc Deneyer, c'est - comme moi - qu'il n'a pas &#233;t&#233; si distrait que cela, et que cette &#233;nigme &#224; quoi on se confronte dans ce monde, o&#249; le sacr&#233; a encore place dans notre radicalit&#233; moderne, nous concerne &#233;videmment. On nous fait part d'un &#233;merveillement, mais dans l'int&#233;rieur de vingt-six myst&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>photos acceptables, photos admirables, photographes admirables ou ha&#239;ssables</title>
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		<dc:date>2005-02-25T20:10:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Rebollar, Patrick</dc:subject>
		<dc:subject>Araki</dc:subject>
		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;expos Araki &#224; Tokyo, Giacomelli &#224; la BNF&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot128" rel="tag"&gt;Rebollar, Patrick&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot207" rel="tag"&gt;Araki&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot333" rel="tag"&gt;Asie &amp; Japon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton47.jpg?1352732024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Avis aux &#233;gar&#233;s qu'envoie ici une recherche Google : consacr&#233;e &#224; une exposition du photographe japonais Araki, cette page ne parle ni de bondage, ni de sexualit&#233;, ni de cadavres de femmes pendues, pas de fantasme ni d'obsc&#232;ne : rien de tout &#231;a, d&#233;sol&#233; pour vous.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est l'histoire d'un universitaire qui vit depuis longtemps au Japon, loge &#224; Tokyo, enseigne &#224; Nagoya, et a publi&#233; il y a 3 ans un livre sur les &lt;a href=&#034;http://www.fabula.org/actualites/article3968.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;salons litt&#233;raires&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme par hasard, il s'astreint depuis un an &#224; l'exercice quotidien du journal en ligne : son &lt;a href=&#034;http://www.u-blog.net/berlol&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Journal litt&#233;r&#233;ticulaire&lt;/a&gt;. Sur Internet, c'est souvent le paradoxe, on a le monde entier &#224; notre port&#233;e, cela foisonne (pubs en France ce matin de la tr&#232;s m&#233;diocre et vulgaire radio Skyrock et de son million de blogs devenus une vraie pompe &#224; fric pour la pub en direction des ados), mais chacun d'entre nous l'utilise comme un &#034;p&#226;t&#233; de maison virtuel&#034;, non pas promener le chien mais promener la souris matin et soir. Avec quand m&#234;me pour r&#233;sultat ces communaut&#233;s d'&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit &#224; petit on arrive &#224; devenir ami, quand bien m&#234;me on ne se conna&#238;t que par le virtuel, et &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/wcam/0401JP.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'an dernier &#224; Tokyo&lt;/a&gt;, avec Patrick Rebollar eh bien on est all&#233; se balader dans les souks informatiques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, surtout n'allez pas visiter son blog et ses commentaires, on y est tr&#232;s bien entre nous, au jour le jour, les 7 ou 8 qui y &#233;changeons comme au salon. Une &lt;a href=&#034;http://www.u-blog.net/berlol/note/366#repondre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;flexion sur Araki&lt;/a&gt;, alors m&#234;me que je venais de quitter Giacomelli, m'a fait y d&#233;poser mon petit coin de voix, par exception ce soir je reprends ici, juste &#224; cause des 2 liens Araki, quand m&#234;me du fort (ADSL required) et de cette tr&#232;s belle page Giacomelli (il y en a d'autres)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo Araki en haut, capture &#233;cran &#224; partir d'un des diaporamas du site indiqu&#233; ci-dessous, et juste ci-dessous un des terribles visages de l'hospice voisin de chez Mario Giacomelli, dans la s&#233;rie de 1954.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_26 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L175xH250/Foto21-17be1.jpg?1750490341' width='175' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(contribution FB, &#224; la vol&#233;e, au blog Berlol, 25 f&#233;v 2005)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;est-ce qu'il y a un Araki acceptable et un autre qu'on ne supporte pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sa nouvelle expo virtuelle (son site, &lt;a href=&#034;http://www.arakinobuyoshi.com/update_gallery.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lien 1&lt;/a&gt;) c'est encore plus violent que d'habitude, bondage, poses - et pourtant, les photos urbaines qu'on y retrouve, les visages de Tokyo, le dessin des parkings il n'y a que lui &#224; les offrir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans les diaporamas pr&#233;sents depuis longtemps sur son site (&lt;a href=&#034;http://www.arakinobuyoshi.com/special_feature.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lien 2&lt;/a&gt;), il y a ces s&#233;ries avec les visages du m&#233;tro, et les clich&#233;s au jour le jour sur sa terrasse avec les 3 m&#234;mes objets et le chat, c'est comme un blog photo longtemps avant tout le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je me suis toujours refus&#233; &#224; acheter un bouquin d'Araki, parce que ces trucs bondage et prostitution je trouve &#231;a p&#233;rim&#233;, et qu'il y a tellement mieux &#224; trouver dans l'&#233;loge - en litt&#233;rature &#231;a me fait un peu pareil d'ailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mais Araki c'est comme tout &#224; l'autre bout de la cha&#238;ne Mario Giacomelli (&lt;a href=&#034;http://www.photology.com/mariogiacomelli/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lien 3&lt;/a&gt;, voir aussi &lt;a href=&#034;http://www.robertkleingallery.com/gallery/giacomelli&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;, et expo magnifique en ce moment &#224; la &lt;a href=&#034;http://www.bnf.fr/pages/cultpubl/exposition_291.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;BNF&lt;/a&gt;), un photographe obligatoire si on veut penser ou tout simplement recevoir l'image aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessous contributions de &lt;a href=&#034;http://www.jcbourdais.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jean-Claude Bourdais&lt;/a&gt; (jcb) et &lt;a href=&#034;http://www.desordre.net/bloc/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Philippe de Jonckheere&lt;/a&gt; (PdJ)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;1 _ jcb&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&#192; la question pos&#233;e : &#034;est-ce qu'il y a un Araki acceptable et un autre qu'on ne supporte pas ?&#034; je r&#233;ponds sans h&#233;sitation : oui. En ce qui me concerne c'est exactement cela et je ne peux pas dire mieux. Et c'est d'ailleurs pour cela qu'il est un grand artiste &#224; mes yeux.
&lt;p&gt;Je suis face &#224; une &#339;uvre que je re&#231;ois comme compl&#232;te, monstrueuse, coh&#233;rente, fascinante, attirante, repoussante, et qui, en m&#234;me temps, me donne des frissons comme &#224; chaque fois que je &#034;sens&#034; &#234;tre en face, pour parler vulgairement et vite, d'un travail exceptionnel, et de la &#034;beaut&#233; avec un grand B&#034;. Si une partie de son travail m'offre des photos, des images que je ne supporte pas (et je ne trouve pas de verbe plus juste en effet que celui utilis&#233; dans la question), , je sais que ce sont pour des raisons qui me sont personnelles : elles heurtent mon &#233;ducation, ma vision de la femme, de l'amour, du corps, et ma sexualit&#233;... Et ce qui me fascine et bouleverse alors, c'est que la force et le pouvoir que ces &#034;photos-l&#224;&#034; ont de me d&#233;ranger, me destabiliser, &#034; me g&#234;ner&#034; &#224; ce point-l&#224;, sont les m&#234;mes qui dans les autres images (de la ville...) m'enthousiasment et me font frissonner. Le travail d'Araki force la r&#233;sistance que je lui oppose et l'emporte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son travail, particuli&#232;rement bien diffus&#233; et accessible sur internet (photos, interviews, montages, analyses... nombreux et de bonne qualit&#233;) me fait toujours penser &#224; la r&#233;ponse qu'avait donn&#233; Woody Allen &#224; la question &#034; est-ce que l'amour c'est sale ?&#034;, : &#034; Oui, quand il est fait proprement&#034;. Oui Araki est pour moi un &#034;grand&#034; photographe et il d&#233;passe largement le cadre de son pays. Son travail justifie amplement int&#233;r&#234;t, commentaire, interrogation et analyse. Il illustre pour moi exactement ce que j'appelle un artiste contemporain, en plein dans le monde d'aujourd'hui et qui en propose une vision, une version...certes &#233;prouvantes mais incontournables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 _ pdj&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Vouloir exclure quelques images du travail d'Araki au motif qu'elles sont choquantes, pour mieux garder celles qui repr&#233;sentent ce qui est plus commun &#224; tous, est un non-sens. La photographie d'Araki est boulimique (dans les ann&#233;es 90 les publications de son journal photographique &#233;taient mensuelles !) avec cette volont&#233; d'&#233;puiser ce regard, ce qui correspond en fait &#224; singer le monde des images qui est d&#233;sormais le notre. A la profusion des images que nous recevons quotidiennement, le plus souvent contre notre gr&#233;, Araki oppose un tumulte d'images, les siennes, qui ont une tout autre intelligence, et d'une certain fa&#231;on d&#233;place le curseur de l'obsc&#233;nit&#233;. Qu'est-ce qui est plus obsc&#232;ne, l'image d'une sexualit&#233; qui n'est pas n&#233;cessairement la notre ou celle des derni&#232;res publicit&#233;s pour un grand groupe de supermarch&#233;s qui d&#233;tournent en grande impunit&#233; une imagerie qui en d'autres temps s'attaquait &#224; combattre le tout-consommation ?, images impossibles &#224; fuir parce qu'elles sont sur tous les murs de la ville et qu'elles d&#233;figurent la campagne tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas dissocier certaines images d'Araki de son corpus, parce que c'est pr&#233;cis&#233;ment dans le nombre multiple de ces images que se tient le caract&#232;re unique et per&#231;ant de ce regard. On ne peut pas regarder une seule image d'Araki, c'est plusieurs qu'il faut envisager, id&#233;alement ce sont toutes les images d'Araki qu'il faudrait voir, mais &#224; l'impossible nul n'est tenu, pour les m&#234;me raisons que de ne voir qu'une seule cible de Jasper Johns ne soutend pas la recherche d'&#233;puisement de variations de Johns &#224; partir de sujets simplissimes, et comment cette recherche est celle au coeur du questionnement m&#234;me de l'image. On ne peut pas nier l'existence de tout un pan des images d'Araki, comme il serait par exemple sournois de refuser de lire dans l'oeuvre de Georges Perec, ceux des livres dont la pr&#233;occupation principale est la recherche oulipienne, en se tenant &#224; ceux des livres de Perec qui ne mettent pas en oeuvre cette recherche de la langue, c'est regarder l'oeuvre selon un &#233;clairage biais&#233; et donc la travestir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut au contraire se rappeler qu'avant d'&#234;tre un &#233;rotomane, particumli&#232;rement actif apparemment, Araki est un photographe qui se pose la question de son sujet, et, choississant de rendre compte du quotidien, de son quotidien, il est alors impossible de ne pas faire certaines images. Ce qui se complique notamment, dans le fait que de photographier des sc&#232;nes de sexualit&#233; fasse int&#233;gralement partie du plaisir de travailler &#224; l'oeuvre tout comme le plaisir de photographier d'un Giacommelli soit de survoler les champs de Toscane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apprendre alors &#224; regarder alors ces images, celles que l'on ne voulait pas voir d'embl&#233;e donnera en retour de mieux comprendre comment le bondage est bien plus polys&#233;mique que le seul fantasme sexuel qui lui fait de l'ombre. Ici l'on attache pas le corps de la femme aux barreaux du lit pour mieux jouir d'elle, mais au contraire on sculpte son corps en lui donnant des formes insolites et par ailleurs cod&#233;es, appr&#233;hender ce nouveau territoire formel par le dessin permet justement de d&#233;passer ce qui est cantonn&#233; au sexuel. Ou encore que l'&#233;puisement du regard et la m&#233;diocrit&#233; des photographies de bordels souligne en fait la fatigue frustrante de l'&#233;rotomane toujours reconduit aux limites de son imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, dans Araki, il faut tout regarder, tout voir, tout ing&#233;rer, c'est une oeuvre qui doit s'&#233;prouver, la fatigue en r&#233;sultant venant corroborer avec celle du regard de son photographe, Nobuyoshi Araki.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui induit cependant en erreur dans la lecture de l'oeuvre d'Araki sur internet, c'est comment elle s&#233;pare les images les unes des autres quand la m&#234;me oeuvre lorsqu'on la fr&#233;quente dans les &#233;ditions graphiques ou dans les expositions insiste syst&#233;matiquement sur le voisinage des images entre elles. Tout comme il n'est pas raisonnable d'envisager d'ailleurs l'oeuvre de Giacomelli sur une support num&#233;rique, ce qui prive de voir la mati&#232;re m&#234;me des images de Giacommelli, la difraction lumineuse du grain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 _ berlol&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Ce que vous dites tous les trois est terriblement int&#233;ressant. D'une part, je comprends mieux ma propre r&#233;sistance &#224; partir de ce que disent JCB et Fran&#231;ois, dans la mesure o&#249; nous avons tous une histoire diff&#233;rente avec des lignes de frustration, des codes d'&#233;ducation et des limites &#224; l'obsc&#232;ne qui varient pour chacun de nous. Et d'autre part, l'explication de Phil m'oblige &#224; accepter l'existence de cette oeuvre dans son entier, l'int&#233;gralit&#233; de son projet esth&#233;tique, et &#224; me forcer &#224; la conna&#238;tre mieux au lieu de me limiter au rapide et euph&#233;mique &#034;pas fan&#034; qui est &#224; l'origine de cette discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, je souhaite revendiquer le droit du spectateur comme du lecteur de choisir (en connaissance de cause), et de dire que pour moi, ceci me pla&#238;t et cela ne me pla&#238;t pas (avec, &#233;ventuellement, la n&#233;cessit&#233; de m'expliquer si n&#233;cessaire). Les oeuvres sont d'ailleurs manufactur&#233;es et vendues s&#233;par&#233;ment, mais surtout produites par des artistes qui sont aussi des &#234;tres humains, &#224; des moments diff&#233;rents de leur vie et elles peuvent marquer des phases, des ruptures et des &#233;volutions que le public peut (et doit s'efforcer de) comprendre mais qu'il n'est pas contraint d'appr&#233;cier. Sinon, &#224; quoi serviraient l'&#233;tude, la critique, la formation du go&#251;t ! Il suffirait de dire : &#034;je suis artiste&#034;, &#034;adorez ce que je fais&#034;, &#034;mon oeuvre est irr&#233;prochable par principe&#034;, etc. (ce dont d'ailleurs certains faiseurs ont abus&#233; et qui laisse des traces ind&#233;l&#233;biles dans une grande partie du public, certes pas assez bien form&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que Philippe admettra qu'il y a une limite &#224; sa proposition globalisante, et qu'&#224; la limite de la limite, elle deviendrait terroriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 - jcb&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Alors l&#224;, je bondis un peu. Ou alors : cela ne sert &#224; rien de dire qu'on peut r&#233;pondre &#224; un message ou un texte sur internet. Parce que si la r&#233;ponse &#224; ce que j'ai &#233;crit , et m&#234;me FB, c'est : &#034;Vouloir exclure quelques images du travail d'Araki au motif qu'elles sont choquantes, pour mieux garder celles qui repr&#233;sentent ce qui est plus commun &#224; tous, est un non-sens. &#034; je ne comprends plus rien. Je n'ai pas exclu en parlant d'Araki certaines images et je n'en ai pas s&#233;lectionn&#233; certaines plus que les autres. Je les ai r&#233;gard&#233; (je suis tellement inerv&#233; que je ne sais plus si on doit mettre &#233;es &#224; la fin),et je continue de les regarder TOUTES. La preuve c'est que quand j'en ai parl&#233; je n'en ai &#233;limin&#233; aucune, et que j'ai parl&#233; de son &#339;uvre enti&#232;re (et je viens de relire ma r&#233;ponse trois fois de suite) que j'ai qualifi&#233;e de FORTE, et COHERENTE (et comment parler de coh&#233;rence sans se r&#233;f&#233;rer &#224; un ensemble ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je ne vois pas en quoi, dire que certaines images me g&#234;nent (et j'ai bien pr&#233;cis&#233; que c'&#233;tait pour des raisons personnelles, insistant donc qu'en aucun cas je critique l'artiste ou l'&#339;uvre ou lui reproche quoi que ce soit) puisse constituer un non sens. Je m'estimais le droit (puisqu'on me posait une question en me proposant de r&#233;pondre), de dire que ses images de femmes qui offrent leur cul, que les femmes pendues harnach&#233;es avec des ficelles etc me g&#234;nent, parce que c'est pas &#034; mon truc&#034; ' de par ma satan&#233;e &#233;ducation &#224; B&#233;rou la Muloti&#232;re de merde certes, mes parents, le bourage de cr&#226;ne re&#231;u par l'&#233;ducation nationale etc bla bla bla... et que l'image de la femme que cela ME renvoie ne me convient pas, parce que ce n'est pas la mienne tout simplement, et on a chacun la sienne non ?, et m&#234;me je le r&#233;p&#232;te me g&#234;ne. Je repr&#233;cise ce qui est facilement v&#233;rifiable dans la seconde qui suit, que JAMAIS je n'ai employ&#233; le mot ni le jugement d'obsc&#232;ne, pour la bonne raison que je n'ai toujours pas compris, au bout de 56 ans, ce qu'on &#034;entend&#034; par l&#224;, moi qui suis un petit homme de ce qu'il y a de plus humain chez humain. C'est ce que signifiait aussi la reprise de la r&#233;ponse de Woody Allen. Et m&#234;me si ses photos de nus ne me plaisent pas, je reste enti&#232;rement ouvert et int&#233;ress&#233; par son id&#233;e que nu et paysage sont m&#233;tonymiques interchangeables. Mais je pr&#233;f&#232;re certains paysages &#224; d'autres, c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je continue : &#034; Qu'est-ce qui est plus obsc&#232;ne, l'image d'une sexualit&#233; qui n'est pas n&#233;cessairement la notre ou celle des derni&#232;res publicit&#233;s pour un grand groupe de supermarch&#233;s qui d&#233;tournent en grande impunit&#233; une imagerie qui en d'autres temps s'attaquait &#224; combattre le tout-consommation ?,&#034; je r&#233;ponds et pr&#233;cise : ne faites Philippe de proc&#232;s d'intention : cette sexualit&#233; non seulement ne me g&#234;ne pas mais elle est mienne quand j'en ai envie ou que ma partenaire en a envie. Cela n'emp&#234;che pas non plus que l'obsc&#233;nit&#233; des hypermarch&#233;s m'agresse.(il me semble d'ailleurs que j'avais gueul&#233; une fois dans mon journal contre les galettes Harry Potter ou autres pubs coca cola dans un hyper de Villeparisis), je ne vois pas pourquoi il faudrait choisir entre l'une ou l'autre, les classifier, les opposer, les comparer etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je continue : &#034;On ne peut pas dissocier certaines images d'Araki de son corpus, parce que c'est pr&#233;cis&#233;ment dans le nombre multiple de ces images que se tient le caract&#232;re unique et per&#231;ant de ce regard. On ne peut pas regarder une seule image d'Araki, c'est plusieurs qu'il faut envisager, id&#233;alement ce sont toutes les images d'Araki qu'il faudrait voir&#034;. L&#224; Philippe vous me faites peur car j'avais l'impression que c'&#233;tait exactement ce que j'ai voulu dire ... et que je parlais en ayant tout regard&#233;, de ses femmes, de ses parkings, de ses fleurs etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Non, dans Araki, il faut tout regarder, tout voir, tout ing&#233;rer, c'est une oeuvre qui doit s'&#233;prouver, la fatigue en r&#233;sultant venant corroborer avec celle du regard de son photographe, Nobuyoshi Araki.&#034; Mais qui a dit le contraire entre FB Berlol et moi ? On regarde tout et on peut &#034;ing&#233;rer&#034; ce qu'on veut et ce qu'on peut. Il n'y a rien d'obligatoire. Je peux pr&#233;f&#233;rer les Chirico du d&#233;but &#224; ceux de la fin, la p&#233;riode bleue de Picasso &#224; la rose, aimer le Mondrian de Broadway Boogie Woogie &#224; celui de son autoportrait etc... sans pour cela ignorer et occulter une partie de l'&#339;uvre... Y aurait-il l&#224; encore du non sens ? Mais pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce qui induit cependant en erreur dans la lecture de l'oeuvre d'Araki sur internet, c'est comment elle s&#233;pare les images les unes des autres quand la m&#234;me oeuvre lorsqu'on la fr&#233;quente dans les &#233;ditions graphiques ou dans les expositions insiste syst&#233;matiquement sur le voisinage des images entre elles. &#034; cela aussi se discute et il faudrait s'entendre et coordonner ce que l'on a vu sur internet. Il y a des planches contacts d'expos enti&#232;res, des montages minut&#233;s, des pr&#233;sentations tr&#232;s sophistiqu&#233;es et utilisant toutes les techniques possibles. j'y ai vu des montages polaroids, taille presque r&#233;elle, et les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres par planches de six ( ex &lt;a href=&#034;http://www.assemblylanguage.com/images/Araki2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;) et qui ma foi... ne doivent pas &#234;tre tr&#232;s diff&#233;rents &#034; en vrai&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, cette r&#233;ponse &#233;tait surtout pour affirmer que je ne suis pas un &#034; r&#233;ducteur&#034; de t&#234;te ni d' &#339;uvre (surtout celle-l&#224; que je trouve tr&#232;s forte et, je l'ai dit Belle avec un grand B (celle qui fait des frissons derri&#232;re l'oreille), et pr&#233;ciser que j'&#233;tais v&#233;x&#233; que ce que j'ai os&#233; dire avec mes faibles moyens soit tax&#233; de &#034;non sens&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je vous aime tous vous le savez, alors rassurez-vous, prenez cela juste comme un Araki-rit, et une occasion de plus de poser le probl&#232;me des discussions sur internet et de la communication en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 _ marie-pool&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Ce qui est &#034;obsc&#232;ne&#034;, c'est le sujet pr&#233;sent&#233; comme un objet &#034;mis en avant&#034; de fa&#231;on volontaire et destin&#233; &#224; &#234;tre vu par d'autres non forc&#233;ment connus ou &#034;initi&#233;s&#034;.Ceux-ci ne sont donc pas &#224; tout coup &#034;pr&#233;venus&#034; de ce qu'il vont voir. Il y a une banalisation de l'obsc&#233;nit&#233; vue sous cette d&#233;finition ( non connot&#233;e uniquement &#224; l'&#233;gard des images de la sexualit&#233;). Je me souviens d'une biennale d'art contemporain &#224; LYON o&#249; &#233;taient pr&#233;sent&#233;es des photos de Chine o&#249; l'on voyait une mise en sc&#232;ne macabre provenant de &#034;prises de vue&#034; dans une morgue. Il y avait c&#244;te &#224; c&#244;te un visage de vieil homme mort couch&#233; et immerg&#233; jusqu'au coup dans la glace pil&#233;e et un foetus de plusieurs mois pos&#233; &#224; proximit&#233; de ce visage. Que voulait dire l'artiste ? Etais-je pr&#233;par&#233;e &#224; recevoir cette image &#034;publique&#034; ? Suis-je oblig&#233;e de subir ce fantasme photographique hyperr&#233;aliste ? Je suis adulte et travaillant dans un h&#244;pital , confront&#233;e tous les jours &#224; des images humaines qui si elles &#233;taient photographi&#233;es en choqueraient plus d'un(e), et j'ai acquis la conviction que toute image montr&#233;e comporte un potentiel de violence et que chacun a une responsabilit&#233; ponctuelle dans la diffusion de certaines images. Il y a des fronti&#232;res &#224; r&#233;tablir entre les espaces intimes, priv&#233;s et publics. La commercialisation comme la gratuit&#233; des images posent des probl&#232;mes de fond . La vie humaine et la dignit&#233; humaine n'ont pas la m&#234;me valeur selon le niveau d '&#233;laboration et de moralit&#233; des soci&#233;t&#233;s . Un foetus chinois ,a fortiori si c'est une fille,un cadavre peuvent &#234;tre utilis&#233;s comme &#233;l&#233;ments de &#034;d&#233;cor&#034; suppos&#233; symboliser quelque chose de la condition humaine ( la naissance- la mort...).A-t-on n&#233;cessit&#233; de le montrer pour savoir que cela existe . Me restent aussi sur l'estomac les mises en sc&#232;ne macabres au moment de la chute des Ceaucescu... La cruaut&#233; ne justifie pas la cruaut&#233; et le mensonge justificateur d'autres purges politiques tout aussi totalitaires... Je ne donne que ces deux exemples mais je crois qu'il faut redonner un peu de bon sens &#224; tout cet &#233;talage et reposer les jalons d'un meilleur respect de ceux qui recoivent , sans sommation, les images... a fortiori les enfants ... La r&#233;silience a ses limites... Lire &#224; ce sujet l'excellent livre de Boris Cyrulnik :&#034; Aimer au bord du gouffre&#034;, pour comprendre que les images mentales doivent faire l'objet de &#034;soins&#034;. L'&#233;loge de l'effroi et de la pornographie triomphante nous fait prendre la vie par le versant des angoisses les moins supportables. Ne surestimons pas non plus nos capacit&#233;s d'endurer l'indicible...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 - berlol&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt; Berlol&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;Ce que vous dites tous les trois est terriblement int&#233;ressant. D'une part, je comprends mieux ma propre r&#233;sistance &#224; partir de ce que disent JCB et Fran&#231;ois, dans la mesure o&#249; nous avons tous une histoire diff&#233;rente avec des lignes de frustration, des codes d'&#233;ducation et des limites &#224; l'obsc&#232;ne qui varient pour chacun de nous. Et d'autre part, l'explication de Phil m'oblige &#224; accepter l'existence de cette oeuvre dans son entier, l'int&#233;gralit&#233; de son projet esth&#233;tique, et &#224; me forcer &#224; la conna&#238;tre mieux au lieu de me limiter au rapide et euph&#233;mique &#034;pas fan&#034; qui est &#224; l'origine de cette discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, je souhaite revendiquer le droit du spectateur comme du lecteur de choisir (en connaissance de cause), et de dire que pour moi, ceci me pla&#238;t et cela ne me pla&#238;t pas (avec, &#233;ventuellement, la n&#233;cessit&#233; de m'expliquer si n&#233;cessaire). Les oeuvres sont d'ailleurs manufactur&#233;es et vendues s&#233;par&#233;ment, mais surtout produites par des artistes qui sont aussi des &#234;tres humains, &#224; des moments diff&#233;rents de leur vie et elles peuvent marquer des phases, des ruptures et des &#233;volutions que le public peut (et doit s'efforcer de) comprendre mais qu'il n'est pas contraint d'appr&#233;cier. Sinon, &#224; quoi serviraient l'&#233;tude, la critique, la formation du go&#251;t ! Il suffirait de dire : &#034;je suis artiste&#034;, &#034;adorez ce que je fais&#034;, &#034;mon oeuvre est irr&#233;prochable par principe&#034;, etc. (ce dont d'ailleurs certains faiseurs ont abus&#233; et qui laisse des traces ind&#233;l&#233;biles dans une grande partie du public, certes pas assez bien form&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que Philippe admettra qu'il y a une limite &#224; sa proposition globalisante, et qu'&#224; la limite de la limite, elle deviendrait terroriste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>le tsunami, l'escalier</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article22</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article22</guid>
		<dc:date>2004-12-31T23:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;apr&#232;s la catastrophe&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot333" rel="tag"&gt;Asie &amp; Japon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton22.jpg?1352732009' class='spip_logo spip_logo_right' width='83' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1er janvier, on devrait raconter tout ce qui se raconte ce jour-l&#224;, que non, &#231;a ne peut pas &#234;tre pire que l'an dernier etc, et faire semblant d'y croire&lt;br class='autobr' /&gt;
pourtant, aujourd'hui, c'est sur l'escalier que je fais une fixation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on a achet&#233; cette maison il y a 6 ans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#231;a s'&#233;tait bien pass&#233;, parce qu'elle &#233;tait en vente d&#233;j&#224; depuis plusieurs mois, mais elle faisait trop &#034;moderne&#034;, donc le prix baissait, on a pu faire l'emprunt BNP etc&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui nous a plu, c'est la disposition en demi-niveaux, avec une pi&#232;ce &#224; vivre de grande hauteur et belle lumi&#232;re, et les enfants dispatch&#233;s de tout en bas &#224; tout en haut (encore ils ont une mini mezzanine dans chacune des chambres)plus le garage pour installer l'ordi&lt;br class='autobr' /&gt;
pas beaucoup de place pour chacun, il faut rationnaliser comme dans un bateau, mais il y a l'arr&#234;t de bus &#224; proximit&#233;, pr&#232;s de la boulangerie, pour rejoindre le centre-ville, coll&#232;ge et lyc&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on a su hier, pour l'architecte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des amis dans le sud-est asiatique, on en a - &lt;a href=&#034;http://thibaud.saintin.free.fr/2004_11/paran-river/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;V&#233;ro et Thibo&lt;/a&gt;, l'an dernier, justement ils avaient pris la semaine de No&#235;l sur les plages de Tha&#239;lande - cette ann&#233;e, avec leur gosse d'un an, ils ont refait le coup, le billet d'avion pas cher du dernier moment etc, mais bon, on vient d'avoir des nouvelles, de Manille ils &#233;taient all&#233; &#224; Bali&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et Guy Joussemet, mail de mercredi : il la quittait, la Tha&#239;lande, pour Sri Lanka, en avion - &#034;pour aider&#034;, disait-il, de ses 74 ans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi aussi, autrefois, j'ai &#233;t&#233; m'asseoir devant ces horizons de mer o&#249; on dirait que le soleil tourne plus vite, et o&#249; les plages sont l'ultime butoir de toutes les mis&#232;res, abris, march&#233;s (je me souviens encore l'odeur d'ac&#233;tyl&#232;ne des lampes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'architecte ne reviendra pas - cette maison a bient&#244;t 15 ans, il en a construit d'autres, &#224; Tours, qui portent sa marque, qu'on reconna&#238;t, comme &#231;a, en passant - une mani&#232;re d'organiser les fen&#234;tres, une g&#233;om&#233;trie des dehors - l'escalier, c'est une sorte de centre nerveux de la maison, son armature - il avait trois enfants, des filles, ils s'&#233;taient offerts les vacances de r&#234;ve, l'histoire apr&#232;s est tellement tristement banale, une fois connu le fait divers, et cela rapport&#233; &#224; l'&#233;normit&#233; des morts (il n'y a qu'&lt;a href=&#034;http://www.u-blog.net/berlol/2004/12/30&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;au Japon&lt;/a&gt;, donc, qu'on n'en parle pas ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je ne le connaissais pas, ni lui si sa compagne ni leurs enfants - seulement, mes enfants &#224; moi, si - ils &#233;taient tous plus ou moins en classe ensemble - ce soir, revient par avion la petite survivante : elle avait fait grasse mat, quand les parents et soeurs &#233;taient d&#233;j&#224; la plage - elle revient seule, une famille d'ici va l'h&#233;berger, la soutenir - il se trouve l&#224; encore que c'est une maison amie, une maison que connaissent mes enfants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils sont r&#233;volt&#233;s, mes gosses - peut-&#234;tre que &#231;a aide &#224; passer outre l'inimaginable, le si improbable lien entre la catastrophe &#224; l'autre bout du monde, et la rampe d'escalier, entre la cuisine et la chambre, entre le salon et le couloir, le lieu des appels et des courses - r&#233;volt&#233;s que la t&#233;l&#233;vision ou Paris-Match cherchent &#224; interviewer la petite survivante, dont il faut m&#234;me dissimuler l'adresse - r&#233;volt&#233;s de l'incompr&#233;hensible ?&lt;br class='autobr' /&gt;
alors le tsunami d&#233;vale depuis hier l'escalier, tsunami immobile, au gr&#233; des coups de fil qu'on les entend passer, au gr&#233; des visages de copains et copines ans qu'on voit transiter de la porte d'entr&#233;e aux turnes adolescentes pour des conciliabules o&#249; les parents n'ont pas &#224; se montrer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi je regarde la g&#233;om&#233;trie, les rapports ouverture fa&#231;ade, j'ai toujours con&#231;u l'architecture, depuis qu'&#224; Rome en 84 les Ripault, Desmoulins, Peaucelle m'ont initi&#233;, comme un langage abstrait, de la m&#234;me nature exactement que la musique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un jour, cet homme-l&#224;, sur sa table &#224; dessin, &#224; d&#251; poser le croquis de cet escalier, pour une maison qu'on puisse remplir de gosses et o&#249; lui imaginait peut-&#234;tre les siens&lt;br class='autobr' /&gt;
maintenant, il y aura comme une date, grav&#233;e dans le bois, sous les carrelages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;cent m&#232;tres plus loin, dans la rue, on vient de raser des vieilles maisons, pour les remplacer par des blocs de r&#233;sidence neufs, je ne sais pas si lui, l'architecte, &#233;tait sur ce projet ou pas, mais probablement - ici la ville se mange et se refait sur son propre territoire, et au bout de la rue coule la Loire, avec par beau temps le panache en blanc de la centrale de Chinon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mais ce soir, je saurai au silence des enfants l'arriv&#233;e chez leurs amis de la petite survivante de 14 ans, probablement il fera lourd dans l'escalier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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