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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>[Numer'&#238;le] &#224; Ouessant, &#233;criture au mus&#233;es des phares et balises</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2643</link>
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		<dc:date>2011-08-23T09:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Bretagne, Ouessant</dc:subject>
		<dc:subject>Abraham, Jean-Pierre </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;une proposition d'&#233;criture &#224; partir d'&lt;i&gt;Armen&lt;/i&gt;, de Jean-Pierre Abraham&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;4 | autres traces, souvenirs, archives&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot651" rel="tag"&gt;Bretagne, Ouessant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot654" rel="tag"&gt;Abraham, Jean-Pierre &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2643.jpg?1352733620' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Ici s'impose l'extr&#234;me fermet&#233;, la douce fermet&#233; des rites.&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;L'an pass&#233;, &#224; m&#234;me date, je faisais &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article998&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ces quelques photographies&lt;/a&gt; des lentilles de Fresnel au &lt;a href=&#034;http://www.ouessant.org/spip.php?article15&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mus&#233;e des phares et balises&lt;/a&gt; du Crea'ch d'Ouessant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'y faisais une autre d&#233;couverte : archives et images de ces &lt;i&gt;chambres&lt;/i&gt; de veille des gardiens de phares, sous leur feu. Le phare de Ker&#233;on, par exemple, est automatis&#233; maintenant depuis 6 ou 8 ans, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; occup&#233; pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle &#8211; &#233;tonnantes images aussi, pour la Jument ou Ker&#233;on, de leur construction, sur un rocher plus petit qu'eux. Je ne dirai pas ici comment c'est &#224; Montb&#233;liard, en d&#233;cembre dernier, que j'ai rencontr&#233; un des derniers gardiens de Ker&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je compl&#232;terai cette page, tout &#224; l'heure, je donnerai plus de d&#233;tails sur cette chambre de Ker&#233;on, am&#233;nag&#233;e de bois coloniaux pr&#233;cieux, et maintenant livr&#233;e au silence de la mer (non, on va le voir chez Jean-Pierre Abraham, aucun silence ici, sauf int&#233;rieur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette visite est intimement li&#233;e pour moi &#224; un tr&#232;s grand livre, qui parle de mer et de lumi&#232;re, mais aussi de peinture, et d'aventure int&#233;rieure : &lt;i&gt;Armen&lt;/i&gt;, de Jean-Pierre Abraham.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose ci-dessous deux entr&#233;es &#8211; le livre se pr&#233;sente comme reconstruction d'un journal, avec ses dates &#8211; d'&lt;i&gt;Armen&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 14h, au moment o&#249; cette page sera visible en ligne, nous serons accueillis au mus&#233;e. Chacun ira &#233;crire o&#249; et comme il le souhaitera. Johary Ravoloson et Sophie K&#233;p&#232;s, qui participeront, y sont m&#234;me en r&#233;sidence, dans cette pi&#232;ce du s&#233;maphore avec vue &#224; 180&#176; sur la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart d'entre nous, le m&#233;tier de &lt;i&gt;gardien du feu&lt;/i&gt; (pour reprendre le titre du roman d'Anatole Le Braz que j'esp&#232;re bien proposer d'ici peu sur publie.net) reste porteur d'une &#233;tonnante symbolique. En Grande-Bretagne, 70 de ces phares ont &#233;t&#233; reconvertis en g&#238;te (de luxe...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si nous interrogeons cette symbolique, que trouvons-nous ? Le spectacle immobile et variable de la mer, ou la rencontre avec soi-m&#234;me ? L'isolement devant les &#233;l&#233;ments, ou la s&#233;paration temporaire de la communaut&#233; des hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;r&#233;mitisme participe de cette symbolique. Mais l&#224; o&#249; ce face &#224; face, avec soi-m&#234;me, avec la nuit ou le dehors, touche &#224; son irr&#233;ductible n&#233;cessit&#233;, quelle fen&#234;tre, quelle chambre, quel ciel, quel lieu pr&#233;cis nous lui associons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose &#224; chacun d'&#233;crire d'abord une &lt;i&gt;date&lt;/i&gt;. Comme Jean-Pierre Abraham.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette date peut &#234;tre fictive, comme fictif le lieu, fictive la situation. Ce qui est tr&#232;s beau dans le passage ci-dessous, par exemple, c'est comment la pr&#233;sence de l'autre gardien, et le dialogue qui s'ensuit, n'entame pas la solitude du narrateur. Ce qui est important aussi, dans ces pages de Jean-Pierre Abraham, c'est comment tout reste concret, concret au plus haut : on &#233;tudie la variation lente du temps, mais ce qu'on &#233;crit c'est la variation de la lumi&#232;re et des bruits, c'est les d&#233;placements et les perceptions du corps. Quelle phrase &#233;tonnante, celle o&#249; le cuivre nettoy&#233; laisse appara&#238;tre la surface brillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je propose &#224; chacun l'ouverture de trappes int&#233;rieures&lt;/i&gt;, disait Francis Ponge. Sous cette date une fois inscrite, vient le lieu, mais vient un instant de soi-m&#234;me dans ce lieu, qui implique qu'on acc&#232;de &#224; au-del&#224; de soi-m&#234;me simplement parce qu'on rencontre la solitude de soi-m&#234;me &#8211; solitude belle et ouverte, celle qui m&#232;ne au &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;, travail de soi, ou de l'image, ou des mots &#8211; notre groupe accueille un sculpteur, une institutrice, un illustrateur, quelle importance, ainsi est la diversit&#233; de ce que nous constituons ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier soir, continuant ma lecture de Jean-Christophe Bailly, &lt;i&gt;Le D&#233;paysement&lt;/i&gt;, je croisai cette phrase : &lt;i&gt;Je ne voulais pas &#233;crire un essai&lt;/i&gt;. Ce que nous propose Jean-Pierre Abraham, c'est, pour aborder ce travail, cet ouvert, cette solitude (essentielle, lire Gustave Roud), de s'en tenir au plus simple, au plus &#233;l&#233;mentaire, au plus concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, nous rejoignons l'exp&#233;rience du gardien de phare : l'exc&#232;s des &#233;l&#233;ments, l'exc&#232;s dans la s&#233;paration du temps et des hommes... Nous remercierons Jean-Pierre Abraham de nous proposer ainsi cet amplificateur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci aux participants de l'atelier (ceux qui seront pr&#233;sents au phare !) de bien vouloir ensuite ins&#233;rer le texte &#233;crit ici, via les commentaires. Mais d&#232;s 14h, page ouverte &#224; tous ceux qui le souhaiteront, il y a des phares dans tous les bouts du monde, &#224; l'int&#233;rieur de chacun d'entre nous. Il suffit juste de l'allumer. C'est cet allumage lui-m&#234;me, dont Jean-Pierre Abraham ici fait texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et penser &#224; la date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2230 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH240/phare1-2be17.jpg?1749734038' width='360' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jean-Pierre Abraham | Armen (2 extraits)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;21 d&#233;cembre, 22h.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un peu d'eau, nous lavons du linge. Pour No&#235;l nous serons propres. Nous nous raserons. Martin a une t&#234;te effrayante, la mienne est pire. Ma barbe est in&#233;gale, clairsem&#233;e. &#171; Tu as l'air d'un juif chinois &#187;, dit Martin ce soir &#224; table. Inspir&#233;, il ajoute : &#171; Si tu ne manges pas ta soupe, tu n'auras pas ton opium. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu as du courage ? dit Marin. On fait un grand m&#233;nage ? &#187; C'est idiot. En plein hiver on passe quelques heures , chaque dizaine, &#224; entretenir les cuivres, sans illusion, &#224; la veille de la rel&#232;ve. Mais il n'y aura pas de rel&#232;ve. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'humidit&#233; est si grande que tout nettoyage para&#238;t vain. Il faut attendre un bel &#233;t&#233; pour que l'escalier soit sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plus haute chambre, Martin me montre l'armoire vitr&#233;e qui contient les pi&#232;ces de rechange pour le feu. Elles n'ont pas &#233;t&#233; astiqu&#233;es depuis trois ans au moins. Il me regarde du coin de l'oeil. &#171; Puisque tu aimes faire les cuivres... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; toute la journ&#233;e dans cette chambre, pr&#232;s du poste-&#233;metteur d&#233;sormais inutile. J'avais d&#233;ploy&#233; de vieux journaux par terre, soigneusement choisi mes chiffons, les rugueux et les doux. Des heures ont pass&#233;. J'&#233;tais totalement absorb&#233; par mon travail. L'odeur un peu &#226;pre du d&#233;capant me piquait le nez. Le liquide laiteux, sur le cuivre, devenait rapidement noir. Les pi&#232;ces &#233;taient tach&#233;es de vert-de-gris ancien. Il fallait frotter longtemps pour le sentir c&#233;der sous les doigts, pour trouver tout &#224; coup la surface lisse, en dessous, et voir surgir, entre les tra&#238;n&#233;es de boue, venu de loin, le premier &#233;clat du cuivre, presque blanc, ameutant aussit&#244;t une foule de reflets. Cette lueur m'appartient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors j'ai l'impression de vivre au bout de mes doigts. Je me pr&#233;cise. Pour chaque objet il faut inventer de nouveaux parcours, ruser pour atteindre les angles profonds des br&#251;leurs et des joints. J'ai les doigts en feu, tout s'&#233;claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans cette chambre un curieux oeil-de-boeuf, orient&#233; au noro&#238;t. C'est la seule ouverture du phare de ce c&#244;t&#233;. De temps en temps j'y jetais un coup d'oeil rapide et je ne reconnaissais rien. Ce fragment e ciel et de mer ainsi isol&#233; ne me semblait pas appartenir au paysage habituel. On sentait pourtant la pr&#233;sence du soleil derri&#232;re le ciel blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert tout au fond de l'armoire de grandes plaques de cuivres que je n'avais jamais vues. Je ne comprenais pas leur r&#244;le. Sans doute appartenaient-elles &#224; un syst&#232;me de feu plus ancien ? Je les ai fait briller aussi. Je les ai mises en bonne place sur les &#233;tag&#232;res. Mais les roues dent&#233;es sont encore belles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois vraiment que la vie allait mieux d'heure en heure. Je respirais tranquillement. J'aimais ce travail d'usure lente au bout duquel jaillissait une lueur. Tout cela est illusoire, bien s&#251;r. Aussit&#244;t l'air attaque, secr&#232;tement, recommence &#224; ternir ces objets trop provocants. Peut-&#234;tre que le cuivre lui-m&#234;me s'inqui&#232;te de sa fanfare et ordonne le repli. En quelques jours l'&#233;clat va changer, s'assombrir, il prendra une sorte de profondeur &#8211; c'est le plus beau moment &#8211; puis s'endormira peu &#224; peu. Est-ce que faire les cuivres c'est aussi un acte de foi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un calme &#233;tonnant s'est install&#233; en moi, qui dure encore. J'ai abandonn&#233; &#224; regret, &#224; seize heures trente. Je me suis lav&#233; longuement les mains et j'ai gagn&#233; la lanterne pour les c&#233;r&#233;monies de l'allumage. Chaque geste &#233;tait clair et chaque pens&#233;e tranquille. Elle est donc bien mis&#233;rable, cette fameuse inqui&#233;tude, qui ne r&#233;siste pas &#224; un simple travail, au va-et-vient d&#233;risoire d'un chiffon sur un objet de cuivre ! Il ne faut pas faire le malin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi en regardant la mer aller et venir, aveugl&#233;ment, que je me suis perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici c'est moi qui commande, c'st moi qui ordonne le mouvement. Il n'y entre pas la moindre torpeur, je suis habit&#233; au contraire de sentiments aigus. C'est moi la m&#233;duse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2231 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH240/phare2-18f36.jpg?1749734038' width='360' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;5 f&#233;vrier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cr&#233;puscule la mer montait. Je vent &#233;tait glac&#233;. Frissonnant, perch&#233; sur l'&#233;troit muet ext&#233;rieur qui borde la lanterne, je nettoyais les grandes vitres. J'aurais voulu faire ce travail plus lentement, j'aurais d&#251; y passer toutes les heures du jour. La brume avait laiss&#233; ici la marque de son haleine, une bu&#233;e un peu grasse, et le contact du chiffon tremp&#233;, dans ma main, me r&#233;pugnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent augmentait encore. Plaqu&#233; contre les montants de la lanterne pour ne pas perdre l'&#233;quilibre, ce que j'apercevais de l'autre c&#244;t&#233; des vitres m'emplissait d'&#233;tonnement. La housse blanche immobile sur l'optique, l'&#233;clat tranquille des objets, miroir, clefs aux formes myst&#233;rieuses et dont l'usage est pr&#233;cis. Je me trouvais en exil. J'&#233;tais heureux de savoir que j'allais revenir bient&#244;t, habiter pr&#232;s de ces choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rentr&#233;, les oreilles br&#251;lantes. J'ai nettoy&#233; l'autre face des vitres, me d&#233;solant d'apercevoir quelques marques mal effac&#233;es au dehors, de longues traces laiss&#233;es par le passage du chiffon. &#192; l'int&#233;rieur, la bu&#233;e &#233;tait plus tenace encore, alourdie des vapeurs du feu. &#192; nouveau j'ai longuement frott&#233;, sur certaines vitres de l'ouest, ces petites taches brunes, &#233;toiles reli&#233;es entre elles par un fin lichen, cette v&#233;g&#233;tation prise dans le verre et qui le d&#233;vore lentement. On ne peut rien contre cette maladie, on n'y peut rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re douce qui r&#232;gne dans la lanterne ne para&#238;t pas venir du dehors, ne ressemble pas &#224; celle que l'on voit bouger sur l'eau, durement affil&#233;e par le vent, froide, vieille, ombr&#233;e par endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici s'impose l'extr&#234;me fermet&#233;, la douce fermet&#233; des rites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instant pr&#233;cis o&#249; d&#233;butent les op&#233;rations de l'allumage, lorsque j'engage sous le br&#251;leur des deux lampes de chauffe au bec recourb&#233;, quelque chose en moi secr&#232;tement bat le rappel. Tous les &#233;l&#233;ments &#233;pars, disjoints au long des heures du jour, se rassemblent. Comme s'il fallait apporter une attention sans faille &#224; cette c&#233;r&#233;monie que je connais par coeur, que je pourrais accomplir les yeux ferm&#233;s. Je voudrais parler d'un recueillement. Aussit&#244;t la nuit est d&#233;cr&#233;t&#233;e, elle vient, je vais &#224; elle, confiant tout &#224; coup, s&#251;r de mes gestes. Pendant les dix minutes de chauffe, pendant que les deux petites flammes dansent et cr&#233;pitent sous le br&#251;leur, avec parfois des craquements suivis de longs soupirs, toute l'opacit&#233; du jour br&#251;le en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent ronfle dans la coupole. Ce mouvement l&#233;ger o&#249; je glisse, c'est le temps qui se met &#224; courir, librement, d&#233;gag&#233; des heurts et des cassures que provoque la lumi&#232;re. Ce temps qui me d&#233;fait, qui me d&#233;poss&#232;de, qui passe comme une eau sur mes images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, au fort de la nuit, je tenterai de r&#233;sister. &#192; cette heure un myst&#233;rieux consentement m'habite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultime point du soleil dispara&#238;t. La mer se referme. Si j'ai su perdre toute rancoeur, toute crispation inutile, mon feu sera clair.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#169; Jean-Pierre Abraham, Armen, Le tout pour le tout&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH240/phare3-b93cf.jpg?1749734038' width='360' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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