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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Meydan, la place : le making-of</title>
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		<dc:date>2012-01-13T08:58:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>_ publie.net, &#233;dition num&#233;rique</dc:creator>


		<dc:subject>publie.net</dc:subject>
		<dc:subject>Marasligil, Canan </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;histoire d'une parution : anthologie d'auteurs turcs contemporains sur publie.net, traduits et pr&#233;sent&#233;s par Canan Marasligil, volume 1 (avec message aux biblioth&#233;caires en post-scriptum !)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;archives publie.net 2008-2013&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot27" rel="tag"&gt;publie.net&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot664" rel="tag"&gt;Marasligil, Canan &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2771.jpg?1352733766' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Qu'est-ce que j'ai fait pour &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505520/meydan-%E2%80%93%C2%A0la-place&#034; class=&#034;spip_out&#034; title=&#034;La place&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Meydan&lt;/a&gt;, moi ? Rien du tout, sinon lire. C'est &#231;a qu'est bien. Peut-&#234;tre un bout d'intuition, ce jour &#224; Bruxelles, au mois de mai dernier, o&#249; &lt;a href=&#034;http://cananmarasligil.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Canan Marasligil&lt;/a&gt; (prononcer &lt;i&gt;Djanan&lt;/i&gt;) est venue me parler d'un projet de collection d'auteurs turcs contemporains, et des probl&#232;mes de droits, d'agents... Et que je ne connaissais aucun des noms cit&#233;s.... Pourquoi ne pas commencer avec une anthologie ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;action &#224; ce billet, Canan vient de mettre en ligne sa propre version de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Mais faire circuler les e-mails, &#231;a je sais faire. C'est donc &lt;a href=&#034;http://tentatives.eklablog.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Christine Jeanney&lt;/a&gt; qui, pour l'&#233;quipe publie.net, ferait bin&#244;me &#233;ditorial avec Canan, il n'y avait plus qu'&#224; les laisser faire. Et puis quelques semaines plus tard, &#224; suivre en tiers discret leurs &#233;changes (il &#233;tait question d'un volume enti&#232;rement consacr&#233; aux &lt;i&gt;auteures&lt;/i&gt;, sachant tous trois que ce n'&#233;tait pas une piste juste), rebondir : &#8211; Et si on faisait plusieurs volumes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc quand m&#234;me pour dire que je sers &#224; quelque chose, un mail &#224; Canan, il y a quelque temps : &#8211; Mais on ne lui donne pas un nom, &#224; l'&lt;i&gt;anthologie&lt;/i&gt; ? Et quand elle me r&#233;pond : &#8211; Alors &lt;i&gt;Meydan&lt;/i&gt;, &#231;a veut dire &lt;i&gt;la place&lt;/i&gt;, avoir r&#233;pondu que &#231;a s'appellerait ensemble &lt;i&gt;Meydan | la place&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, donc, j'ai contribu&#233;. Mais la conviction, &#231;a a &#233;t&#233; de d&#233;couvrir les textes. C'est dense, c'est violent, c'est tr&#232;s loin de nos rep&#232;res affaiblis ou d&#232;s qu'il y a litt&#233;rature on est dans un salon avec de la peluche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les obtenir, Canan s'est bagarr&#233;e dur. Pas facile d'&#234;tre auteur en langue turque : sans les agents, on ne passe pas les fronti&#232;res des langues. A l'inverse, de hautes et &#226;pres voix qui ne vont pas s'embarrasser, m&#233;pris&#233;es par l'hexagone et reconnues dans d'autres bassins linguistiques puissants, d'une modeste proposition de revue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois dernier, encore, au Salon du livre d'Istambul, Canan fait signer les lettres d'autorisation, et surtout enregistre des extraits lus en langue originale par les auteurs. L'anthologie sera num&#233;rique dans l'ambition et la conception m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, moi je commen&#231;ais &#224; avoir la trouille : ouvrir le dossier Dropbox, reprendre tous ces fichiers en code, noy&#233; comme je suis... Canan rencontr&#233;e &#224; Bruxelles, c'est &#224; une Bruxelloise que je passe le dossier, sous le fallacieux argument qu'ainsi elles pourraient se croiser en direct (ce fut le cas, mais au Bookcamp &#224; Paris en septembre...) : donc irruption de &lt;a href=&#034;http://ladameauchapal.com/2012/01/12/meydan-est-dans-la-place/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Roxane Lecomte&lt;/a&gt;, qui prend en charge la mise en page, la cr&#233;ation des deux versions PDF et pub, la charte graphique qui chaque fois d&#233;pend de l'ouvrage lui-m&#234;me, l'int&#233;gration de l'audio, et nous propose une couv qui porte &#233;videmment sa marque (on risque de la retrouver sur d'autres titres, d&#233;sormais !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutez un peu de Gwen Catala, en Tha&#239;lande sur la fronti&#232;re birmane, pour que les images (magnifique s&#233;rie photographique d'Erin&#231; Salor, le mari de Canan) changent bien d'orientation quand on tourne l'appareil, moi je sais faire la v&#233;rif mais pas le faire en code, trouver les combines pour que les caract&#232;res sp&#233;cifiques &#224; la langue turque s'affichent aussi bien sur le Kobo que sur le Kindle et l'Odyssey, terrain glissant... Ajustements nocturnes de Gwen et Julien Boulnois de l'Immat&#233;riel (comme pour &lt;i&gt;D'Ici L&#224; 8&lt;/i&gt;) pour que les fonctions d'enrichissement soient compatibles avec la &lt;i&gt;liseuse&lt;/i&gt; en ligne, lors de la lecture streaming, en biblioth&#232;que notamment...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, puisqu'on ne demandait plus rien &#224; Canan, qui vit parmi les canaux d'Amsterdam, on apprend qu'elle lance un blog wordpress d'accompagnement de l'ouvrage : &lt;a href=&#034;http://meydanlaplace.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Meydan, le blog&lt;/a&gt;, avec son propre nom de domaine, et donc une aventure web parall&#232;le et compl&#233;mentaire du livre num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;appel&#034;&gt;&lt;/a&gt;Ces derni&#232;res semaines, pour un objet num&#233;rique complexe de cette sorte, une vraie charrette de 10 jours pour 5 personnes au moins, et les &lt;i&gt;codeurs&lt;/i&gt; &#233;videmment une prise en charge r&#233;mun&#233;r&#233;e par publie.net, le livre num&#233;rique c'est un temps et un co&#251;t &#8211; avant-hier soir, l'&#233;norme p&#233;nibilit&#233; de mon travail d'&#233;diteur fut de cliquer sur &lt;i&gt;disponible &#224; la vente&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; ce post-scriptum : le nerf de la guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je rappelle que, pour &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#233;diteur par le Centre national du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour nous, en m&#234;me temps donc que pour &lt;i&gt;D'Ici L&#224;&lt;/i&gt;, le passage confirm&#233; &#224; une nouvelle &#233;tape, boulot d'&#233;quipe, et se doter des moyens pour y parvenir. Les recettes : nos ventes sur iTunes, Amazon, FeedBooks, Virgin, Fnac etc, avec le paradoxe que c'est nos Classiques, pour cela un vrai enjeu de curiosit&#233;, fiabilit&#233;, singularit&#233;, qui permettent de r&#233;tribuer ces cr&#233;ations contemporaines encore trop peu t&#233;l&#233;charg&#233;es (on vous parlera bient&#244;t de notre projet d'impression &#224; la demande, entr&#233; dans sa phase de r&#233;alisation). Donc le merci, mille mercis, kilotonnes de mercis, aux biblioth&#232;ques qui consid&#232;rent de leur mission de service public de nous soutenir. Parce que, l&#224; encore, ce n'est pas le nombre d'acc&#232;s et consultations en retour qui compense, mais que c'est sur la part publie.net de &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/statique/espace-pro&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ces abonnements&lt;/a&gt; de nos partenaires bibs que nous pouvons assumer d&#233;sormais de v&#233;ritables projets professionnels. Qu'en &#233;change ils poussent &#224; la m&#233;diation, la diffusion, la circulation, ce qui me plairait vraiment, amis biblioth&#233;caires abonn&#233;s, c'est que vous consid&#233;riez ce travail comme &lt;i&gt;vous appartenant&lt;/i&gt;, en tant qu'ayant contribu&#233; &#224; sa r&#233;alisation, et non pas comme une fleur &#224; publie.net... Et l&#224; on sera sur une bonne base. Seul truc o&#249; je m'engage : oui, chapitre apr&#232;s chapitre, auteur apr&#232;s auteur, il y a du solide. Et aussi, avec le travail d'&#233;quipe, de la comp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel aussi aux blogueurs, m&#233;diateurs : ce n'est plus notre &lt;i&gt;d&#233;marche&lt;/i&gt;, qu'il faut soutenir, c'est nos &lt;i&gt;textes&lt;/i&gt;. J'ai dans ma bo&#238;te e-mail 3, sinon 4 ou 5 rappels (et merci cependant &#224; eux, vraie estime, vrai merci) pour r&#233;pondre &#224; de sempiternelles questions sur l'avenir du papier, sur les DRM, ainsi que sur ce fameux syndrome de l'ours blanc (&#233;crivains et &#233;diteurs qui voient tout fondre et se fissurer autour d'eux, mais plantent leurs griffes dans le gla&#231;on). Non, je le dis avec solennit&#233; : &lt;i&gt;la bataille du num&#233;rique, d&#233;sormais, c'est dans la qualit&#233; et le caract&#232;re libre et n&#233;cessaire de ses productions&lt;/i&gt;. Moi &#231;a ne me fait pas avancer, ces propositions d'entretien &#8211; mais le silence sur &lt;i&gt;D'Ici L&#224;&lt;/i&gt; eh bien j'en souffre. On brise un peu l'indiff&#233;rence pour &lt;i&gt;Cuisine&lt;/i&gt;, d'Antoine Emaz, donc tant mieux, et merci. Mais sur ce terrain : qu'on prenne au s&#233;rieux nos &lt;i&gt;productions&lt;/i&gt;, c'est loin d'&#234;tre gagn&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les exceptions, un grand salut aux Carnets d'outre-web propos&#233;s sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout cela, donc, en bon making-of, sera parfaitement invisible lorsque vous d&#233;couvrirez lirez.... &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505520/meydan-%E2%80%93%C2%A0la-place&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Meydan, la place&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image ci-dessous : pour marquer la naissance du nouveau chantier litt&#233;raire, Erin&#231; Salor a photographi&#233; le mois dernier o&#249; en &#233;tait la construction de la nouvelle ligne de m&#233;tro Marmaray d'Istamboul (pour qui voudrait savoir dire &lt;i&gt;Sortie de secours&lt;/i&gt;, tourner la t&#234;te !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_2451 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH320/istamboul-76768.jpg?1750436195' width='480' height='320' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Canan Marasligil | Meydan, la place&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;Extraits de la pr&#233;sentation de Canan Marasligil, en acc&#232;s libre sur le site.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lieu de rencontre, de r&#233;volte, de r&#233;union, de d&#233;couverte, de partage d'id&#233;es. &lt;i&gt;Meydan&lt;/i&gt;, en turc, signifie la place. Selon le contexte, &lt;i&gt;Meydan&lt;/i&gt; est aussi le temps ou l'opportunit&#233;. &#192; l'&#233;poque ottomane, elle est le centre d'un &lt;i&gt;orta oyunu&lt;/i&gt;, th&#233;&#226;tre de rue, chez les soufis, c'est la place des &lt;i&gt;ayin&lt;/i&gt;, les liturgies. Ses origines remontent &#224; l'arabe &lt;i&gt;Mayd&#227;n&lt;/i&gt;, large espace ouvert, et &#224; la langue pehlevi (ou moyen-perse) &lt;i&gt;May&#257;n&lt;/i&gt;, le centre, l'espace visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est donc pas un hasard si nous avons choisi d'intituler cette anthologie, que nous aimerions rendre annuelle, &lt;i&gt;MEYDAN | la place&lt;/i&gt;. Une publication num&#233;rique o&#249; nous privil&#233;gierons la d&#233;finition qui nous semble la plus importante dans ce mot si riche : l'ouverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers romans turcs sont apparus pendant les deux derni&#232;res d&#233;cennies du 19e si&#232;cle, mais aucun canon litt&#233;raire n'a r&#233;ellement &#233;t&#233; form&#233;, comme l'expriment les th&#233;oriciens et critiques litt&#233;raires Murat Belge et Jale Parla &#224; travers leurs essais sur la litt&#233;rature turque. En effet, le roman &#233;tait avant tout un outil de r&#233;forme sociale, d'abord au service de la modernisation pendant l'Empire Ottoman, ensuite de l'id&#233;ologie k&#233;maliste bas&#233;e sur les principes de Mustafa Kemal Atat&#252;rk, fondateur de la R&#233;publique turque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune r&#233;publique se construit sur de nombreuses r&#233;formes, incluant des r&#233;formes vestimentaires ou encore du syst&#232;me m&#233;trique, dont le but est de couper les liens avec le pass&#233; ottoman et de se construire une nouvelle identit&#233; nationale. Une des r&#233;formes majeures de modernisation de l'&#233;poque r&#233;publicaine est linguistique. C'est l'alphabet qui sera le premier r&#233;form&#233;. De l'&#233;criture arabe perse, les turcs passent &#224; l'alphabet latin occidental, d&#232;s 1928. Jacques Derrida qualifie ce passage &#224; un autre syst&#232;me d'&#233;criture &#171; sans changer de langue ! &#187;, de violent et traumatique. Il d&#233;crit comme suit la translitt&#233;ration turque dans sa &#171; carte postale de Turquie &#187; qu'il &#233;crit &#224; Catherine Malabou :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sera sans doute une lettre, mais de la carte postale je garde et le ton et le rythme. [&#8230;] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense qu'&#224; elle, je veux dire &#224; elle, &#224; la lettre. Ici &#224; la lettre des Turcs, &#224; la translitt&#233;ration qui leur est arriv&#233;e, les frappant en pleine histoire, &#224; leurs lettres perdues, &#224; l'alphabet dont ils ont d&#251; changer brutalement, il y a peu, du jour au lendemain, sur l'ordre d'un extravagant, lucide et cruel &#233;mancipateur des &#171; temps modernes &#187;, d'un g&#233;nial militaire, vous savez, K.A., qui a mis ses sujets au pas de la modernit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette translitt&#233;ration est suivie d'un nettoyage des mots arabes et perses pr&#233;sents dans le vocabulaire turc ottoman, que la romanci&#232;re Elif &#350;afak (&#350;afak est &#233;galement orthographi&#233; Shafak dans les traductions de l'auteur en fran&#231;ais. Nous utiliserons ici l'orthographe turque.) d&#233;crit comme &#171; nettoyage linguistique &#187; en comparaison &#224; un &#171; nettoyage ethnique &#187;. Ces mots sont alors remplac&#233;s par des mots nouveaux, d&#233;velopp&#233;s par une commission appoint&#233;e par Mustafa Kemal Atat&#252;rk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature des ann&#233;es quarante jusqu'en 1980 a forc&#233;ment &#233;t&#233; influenc&#233;e par ces r&#233;formes et cette obligation d'&#233;crire dans une langue dite &#171; purement turque &#187; cr&#233;&#233;e par les &#233;lites de la p&#233;riode r&#233;publicaine. Translitt&#233;ration et nettoyage linguistiques imposent aussi un &#233;norme appauvrissement de la langue, que l'auteur Ya&#351;ar (De m&#234;me que pour &#350;afak, le nom Ya&#351;ar Kemal est parfois orthographi&#233; Yashar. Nous utiliserons ici l'orthographe turque.) Kemal, pressenti Prix Nobel de litt&#233;rature en 1972, a su compenser d&#232;s son premier roman &lt;i&gt;Ince Memed&lt;/i&gt; en 1955 (&lt;i&gt;M&#232;med le Mince&lt;/i&gt;, traduit en 1975 par G&#252;zin Dino chez Gallimard) en l'enrichissant de son style construit du vocabulaire et du langage de sa r&#233;gion natale du Sud-Est de la Turquie. Un autre auteur cl&#233; de la litt&#233;rature turque moderne, et qui est d'ailleurs consid&#233;r&#233; comme &#233;tant son fondateur, est Ahmet Hamdi Tanp&#305;nar. Son roman &lt;i&gt;L'institut de remise &#224; l'heure de montres et pendules&lt;/i&gt; datant de 1962 (traduit en 2007 par Timour Mouhidine chez Actes Sud) d&#233;crit les relations entre l'individu et la soci&#233;t&#233;, offrant un regard ironique sur les d&#233;fis que rencontre la Turquie dans son processus de modernisation et d'occidentalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le coup d'&#233;tat militaire de 1980 &#8211; un autre &#233;v&#233;nement violent et traumatique de l'histoire de la R&#233;publique turque &#8211; une remarquable diversit&#233; fleurit dans le paysage litt&#233;raire. La langue impos&#233;e par les &#233;lites r&#233;publicaines est peu &#224; peu bris&#233;e, le vocabulaire ottoman refait surface. La plus grande partie des auteurs contemporains turcs sont &#224; pr&#233;sent lib&#233;r&#233;s de cette h&#233;g&#233;monie de la r&#233;forme linguistique, et se permettent l'originalit&#233; et l'invention. Pour reprendre les mots de Derrida, &#171; [&#8230;] il faut non seulement se d&#233;shabiller, mais partir, repartir nu, changer de corps, convertir la chair des mots, des signes, des manifestations &#8211; en faisant semblant de rester le m&#234;me et ma&#238;tre de son langage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En t&#234;te de cette g&#233;n&#233;ration contemporaine d'auteurs commen&#231;ant &#224; &#233;crire &#224; la suite du coup d'&#233;tat il y a Latife Tekin, pr&#233;sent&#233;e dans cette anthologie avec &lt;i&gt;Le jardin de l'oubli&lt;/i&gt;, et Orhan Pamuk, qui n'est pas repris dans cette anthologie car d&#233;j&#224; amplement traduit en fran&#231;ais et &#224; travers le monde. Un autre grand nom de la litt&#233;rature contemporaine turque est Perihan Magden, pr&#233;sente dans ce volume avec un extrait de son dernier roman Ali et Ramadan. Dans la jeune g&#233;n&#233;ration suivant Pamuk et Tekin, il y a Elif Safak, qui bat des records de vente en Turquie comme en France (en comparaison aux autres auteurs traduits du turc) et qui pour les m&#234;mes raisons que Pamuk n'est pas repr&#233;sent&#233;e dans cette anthologie. Parmi d'autres auteurs importants du paysage litt&#233;raire turc citons &#233;galement Hasan Ali Topta&#351; et Asl&#305; Erdo&#287;an, qui para&#238;tront tous deux dans le second volume de cette anthologie, avec des extraits de leurs oeuvres les plus r&#233;centes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces auteurs, qui ne sont d'ailleurs pas les seuls, jouent avec la langue en explorant les dialectes, les mythes, les l&#233;gendes, les textes mystiques, exp&#233;rimentent avec la syntaxe, cr&#233;ent de nouveaux mots, s'aventurent dans les n&#233;ologismes. Tous ont retrouv&#233; le pouvoir des mots qu'ils utilisent sans r&#233;serve dans leur &#233;criture. Bien que Pamuk aime dire que l'engagement politique et la litt&#233;rature doivent rester s&#233;par&#233;s, il fait n&#233;anmoins partie de ces auteurs engag&#233;s. Que ce soit directement &#224; travers les th&#232;mes ou la langue explor&#233;s dans leurs oeuvres, leurs discours prononc&#233;s en dehors de leur fiction, lors d'interviews ou dans le cadre de leur m&#233;tier de journaliste, tous les auteurs pr&#233;cit&#233;s et ceux pr&#233;sent&#233;s dans ce volume font preuve &#224; leur &#233;chelle d'un engagement social, politique ou litt&#233;raire. Ils font bouger les choses dans le paysage litt&#233;raire de leur pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'explique Jale Parla, &#171; Les &#233;crivains turcs s'&#233;mancipent des sentiments, des id&#233;es, de la morale et des moeurs puritaines et nationalistes de l'&#232;re pr&#233;c&#233;dente, et s'indulgent de fa&#231;on jubilatoire dans toutes les possibilit&#233;s sensuelles de la perception individuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduire la litt&#233;rature contemporaine turque n'a pas tout de suite &#233;t&#233; un premier choix pour moi. Une des raisons majeures &#233;tant que je me suis focalis&#233;e sur les litt&#233;ratures anglo-saxonnes et hispaniques dans le cadre de mes &#233;tudes universitaires. J'avais commenc&#233; &#224; traduire de l'anglais en fran&#231;ais, puis petit &#224; petit, au fil de mes lectures d'auteurs contemporains turcs, je me mettais &#224; traduire les textes en fran&#231;ais, d'abord dans mon esprit, pour &#233;couter comment &#231;a sonne, puis dans l'&#233;criture, pour voir si &#231;a se lit. Je dois cette capacit&#233; &#224; penser dans diff&#233;rentes langues &#224; mon &#233;ducation dans une famille turque, au coeur d'une ville multilingue comme Bruxelles, et &#224; mes choix en tant qu'adulte de vivre dans diff&#233;rentes villes europ&#233;ennes, tout en gardant un lien fort avec mon pays d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne traduit que dans sa langue maternelle, dit-on. Moi je traduis de ma langue maternelle dans une de mes langues d'adoption, ce qui bien entendu influence mes choix de traduction. Comme lorsque je d&#233;cide de ne pas expliquer certains concepts afin de ne pas rendre le texte &#171; exotique &#187;. Je ne guide pas toujours le lecteur dans la compr&#233;hension de la culture avec des notes en bas de page, sauf quand je n'ai plus d'autre choix. Certaines expressions sont intraduisibles, et j'&#233;choue. Cette frustration est insurmontable, &#233;galement dans la vie de tous les jours. Depuis que je suis toute petite, j'ai voulu dire aux gens &#8211; que je ne connais ou pas &#8211; et que je croise dans la rue en train d'accomplir une t&#226;che, &lt;i&gt;Kolay gelsin&lt;/i&gt;, deux mots simples et qui pourtant disent tant : &#171; que votre t&#226;che vous soit facile &#187;, ridicule en fran&#231;ais et hors de propos, mais un simple souhait, une fa&#231;on de dire que l'on a vu l'autre et qu'on l'exprime. C'est ce sentiment-l&#224;, cette approche aux relations humaines, cette perspective de la langue que je m'efforce de traduire dans les textes. L'expression m&#234;me d'une langue que je ressens au plus profond de moi que je veux faire ressentir dans une langue que je ma&#238;trise et qui me parle de la m&#234;me fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne traduis pas dans ma langue maternelle, je traduis depuis une des langues que je ressens vers une des langues avec laquelle je m'exprime.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Canan Marasligil &#8211; pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Meydan|la place&lt;/i&gt;, volume 1.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;action &#224; ce billet, Canan vient de mettre en ligne &lt;a href=&#034;http://meydanlaplace.net/2012/01/13/retour-aux-coulisses-de-meydan-making-of/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa propre version&lt;/a&gt; de ce making-of] &#8211; pas d'incompatibilit&#233; majeure entre les versions !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je rappelle que, pour &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#233;diteur par le Centre national du livre, on doit prouver un chiffre d'affaire annuel de 100 000 euros, nous en sommes loin. Merci &#224; &lt;a href=&#034;http://www.livreaucentre.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Livre au Centre&lt;/a&gt; d'avoir &#233;t&#233; le 1er Centre r&#233;gional du livre &#224; soutenir une entreprise d'&#233;dition 100% num&#233;rique, via une aide de 7000 euros attribu&#233;e en septembre dernier, sous r&#233;serve que je puisse prouver en retour en avoir d&#233;pens&#233; le double, soit 14 000, en prestations ext&#233;rieures &#8211; mais ce qui me permet d'amorcer un nouveau cycle, avec l'apport de 2 vrais pros de la cr&#233;ation num&#233;rique, Gwen et Roxane.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans les exceptions, un grand salut aux &lt;a href=&#034;http://carnetsdoutreweb.blog.lemonde.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Carnets d'outre-web&lt;/a&gt; propos&#233;s sur lemonde.fr par Laurent Margantin&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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