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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>[28] et nous tenons &#224; eux, m&#234;me &#224; ceux que nous voudrions le plus corriger</title>
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		<dc:date>2013-02-15T15:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>structure, gen&#232;se</dc:subject>
		<dc:subject>phrase, syntaxe</dc:subject>
		<dc:subject>Mathis, R&#233;mi</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;que les phrases bancales signifient aussi&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;2013 | Proust est une fiction &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot722" rel="tag"&gt;structure, gen&#232;se&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot735" rel="tag"&gt;Mathis, R&#233;mi&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire g&#233;n&#233;ral&lt;/a&gt;&lt;br&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3243' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3245' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;... &lt;i&gt;&#171; moiti&#233; tristesse r&#233;elle, moiti&#233; &#233;nervement de cette vie, moiti&#233; simulation chaque jour plus audacieuse &#187;&lt;/i&gt;, comment reprocher &#224; cet ami de tiquer sur cette phrase ? Je ne crois pas qu'aucun correcteur de maison d'&#233;dition ne la laisserait passer sans la signaler &#224; l'auteur, et probablement m&#234;me, si l'auteur souhaite la maintenir, lui faire amicalement mais fermement sentir (je n'ai pas cette qualit&#233; qu'ils ont de prendre un manuscrit par sa voie grammaticale, et combien de nuances ou de fa&#231;on d'aiguiser la phrase je leur dois) que maintenir l'aberration locale de la langue ou de la logique se ferait contre leur volont&#233; exprim&#233;e ? On le sait bien, que &lt;i&gt;&#171; moiti&#233; tristesse r&#233;elle, moiti&#233; &#233;nervement de cette vie, moiti&#233; simulation chaque jour plus audacieuse &#187;&lt;/i&gt; &#231;a fait quand m&#234;me une moiti&#233; de trop. Mais sugg&#233;rer de transposer la phrase avec l'expression &lt;i&gt;pour un tiers&lt;/i&gt; n'est &#233;videmment pas la r&#233;ponse. En ce cas, on d&#233;nombre et on impose cl&#244;ture. C'est une phrase du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, qui de toute fa&#231;on est le texte des grandes aberrations. Peut-&#234;tre que l'instance sup&#233;rieure de la r&#233;ponse ne serait pas de justifier les aberrations du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; par le fait que Proust est mort alors qu'il en &#233;tait encore &#224; corriger &lt;i&gt;La prisonni&#232;re&lt;/i&gt;, et que le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; n'est qu'un grand chantier &#224; l'&#233;bauche, mais affirmer que, au nom m&#234;me de la circularit&#233; qu'il s'agit de construire, et du jeu fantastique des renversements qu'il inaugure, l'aberration narrative est un des outils m&#234;me de cette perception fantastique du monde, une fois que le narrateur s'est pris le pied dans les pav&#233;s de la cour du quai Malaquais (celle de l'&#233;cole des Beaux-Arts aujourd'hui, et j'ai fait trente fois l'exp&#233;rience de me replacer &#224; cet endroit pr&#233;cis du tr&#233;buchement &#8211; sans r&#233;sultat concluant bien s&#251;r). Proust installe que le narrateur a tr&#233;buch&#233;. Non seulement Gilberte s'est mari&#233;e avec Saint-Loup, mais &#8211; dans ce passage &#8211; Saint-Loup atteint par la maigreur l'&#233;quivalent de ce qu'est l'ob&#233;sit&#233; pour Charlus (d&#233;sol&#233;, c'est Proust, pas moi) et du r&#244;le transitoire constitu&#233; par le mariage Gilberte Swann-Robert de Saint-Loup, reconstruit avec une fluidit&#233; de kal&#233;idoscope (&lt;i&gt;&#171; ouvrir les yeux pour fixer le kal&#233;idoscope de l'obscurit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, cet outil d'illusion optique compte dix occurrences dans la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, dont la derni&#232;re pour ce passage m&#234;me), que Saint-Loup s'en va dans la case Charlus, tandis que lui le narrateur se retrouve dans la case initiale du livre, promenade &#224; Tansonville avec Gilberte &#8211; autre bizarrerie, il est devenu pour quelques pages le provisoire mari par procuration qu'&#233;tait Charlus avec Odette. Donc on tourne, et les silhouettes d&#233;mesur&#233;ment agrandies sont des fant&#244;mes qu'il s'agit de rendre impalpables et fluides : les noms qui seront d&#233;j&#224; ceux du livre que le narrateur, en toute fin du livre, va cette fois commencer d'&#233;crire, et la preuve que ce n'est pas du roman ou une invention malsaine d'un narrateur qu'on sait malade et r&#234;veur et menteur, mais un fragment arrach&#233; &#224; la peau m&#234;me du monde, c'est que ce livre on vient, nous lecteur, d'en achever la lecture. Il n'est donc pas du tout s&#251;r que Proust, s'il avait assez v&#233;cu pour suivre lui-m&#234;me l'ach&#232;vement et la mise au point du &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, aurait corrig&#233; l'&#233;vidence fautive de la phrase aux trois moiti&#233;s. Ainsi, cette notion de glissement, et comme elle structure sa pens&#233;e : le r&#233;f&#233;rent r&#233;el que d&#233;signe la phrase, chez Proust, s'articule sur le point de la phrase que nous lisons, et donc se d&#233;place avec lui. C'est un saut en avant qui s&#233;pare la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Jean Santeuil&lt;/i&gt;, et se pr&#233;pare dans les chapitres les plus avanc&#233;s du projet &lt;i&gt;Contre Sainte-Beuve&lt;/i&gt;, notamment celui sur Nerval. Il ne surgit pas au hasard, mais dans un contexte de pens&#233;e pr&#233;cis : &#224; un si&#232;cle de distance, nous faisons d'Einstein la rupture th&#233;orique qu'il est bien l&#233;gitimement (&#224; condition, pour la p&#233;riode suisse qui voit na&#238;tre le premier th&#233;or&#232;me, de la partager pr&#233;cis&#233;ment avec sa &lt;i&gt;moiti&#233;&lt;/i&gt; trop oubli&#233;e), mais o&#249; Einstein lui-m&#234;me participe d'une pens&#233;e collective &#8211; celle de Poincar&#233; et celle de Bergson ne sont pas &#233;trang&#232;res &#224; Proust, et participent du m&#234;me territoire (entre mille exemples, lors de la premi&#232;re sortie en voiture lou&#233;e, &#224; la Raspeli&#232;re : &lt;i&gt;&#171; les distances ne sont que le rapport de l'espace au temps et varient avec lui &#187;&lt;/i&gt;). Dans la phrase aux trois moiti&#233;s, un de ces exemples du glissement qui rend &#224; lui seul la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; fluide et lui autorise sa continuit&#233; circulaire, &#224; condition du grand effondrement remplacement qu'est le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt; : l'&#233;nonc&#233; de la deuxi&#232;me moiti&#233; oublie la premi&#232;re et autorise la troisi&#232;me, et ce &lt;i&gt;sfumato&lt;/i&gt; n'est que le cheminement mental sur quoi travaille la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt;, il est son instance &lt;i&gt;objective&lt;/i&gt;, qui ne correspond pas &#224; l'objectivit&#233; du monde mais &#224; celle du mental, qui recompose sans cesse. Comment ne pas penser la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; m&#234;me dans ce principe d'expansion, qui laisse n&#233;cessairement sa marque dans la syntaxe m&#234;me, projetant de fa&#231;on fractale sur le local ce qui se passe &#224; &#233;chelle du livre ? &lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; de chez Swann&lt;/i&gt; para&#238;t en 1913, c'est la premi&#232;re des trois parties r&#233;dig&#233;es et quasiment pr&#234;tes &#224; la publication de l'oeuvre circulaire en trois tomes. La guerre casse l'id&#233;e d'une publication de la suite imm&#233;diate : &lt;i&gt;&#192; l'ombre des jeunes filles en fleurs&lt;/i&gt; ne para&#238;tra qu'en 1919. Dans ces six ans, les deux tomes suivant &lt;i&gt;Swann&lt;/i&gt; sont devenus huit, et s'est amorc&#233; &#8211; par les belles et &#233;mouvantes paperoles, mais aussi par l'intervention de la dactylographie (et r&#233;&#233;criture sur les feuillets dactylographi&#233;s) &#8211;, un principe d'expansion continue du livre. Proust, dans sa derni&#232;re maladie, refuse les m&#233;dications prescrites par son fr&#232;re. On y voit, et c'est dur, un homme &#224; bout de souffrance et d'&#233;puisement, et qui pr&#233;f&#232;re fermer d&#233;finitivement les yeux &#224; l'id&#233;e de supporter une nuit de toux en plus. Mais la conscience esth&#233;tique qu'a &#224; l'&#233;vidence Marcel Proust de son ouvrage est certainement aussi grande et aussi sauvage : plus personne pour ne pas remettre en cause cette mort accept&#233;e comme assentiment donn&#233; &#224; l'inach&#232;vement d&#233;finitif du livre, et donc qu'en sa fin, lisant le &lt;i&gt;Temps retrouv&#233;&lt;/i&gt;, on marche dans ce qu'un Hubert Robert plus g&#233;nial qu'Hubert Robert aurait d&#233;finitivement construit comme ruines &#8211; ce par quoi seul s'inaugure l'&#233;lan circulaire. La phrase aux trois moiti&#233;s non pas comme indice du non-retravail, mais comme ce principe m&#234;me d'expansion marquant son inach&#232;vement, au nom du livre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;&#224; &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9mi_Mathis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R.M.&lt;/a&gt; (et merci)&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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