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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Cocksucker Blues | m&#226;choire referm&#233;e les Rolling Stones</title>
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		<dc:date>2012-05-25T15:45:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Rolling Stones</dc:subject>
		<dc:subject>Keith Richards</dc:subject>
		<dc:subject>Robert Frank</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;qu'est-ce qui a pu tant d&#233;plaire aux Stones dans le film de Robert Frank ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;Rolling Stones&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot74" rel="tag"&gt;Rolling Stones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot75" rel="tag"&gt;Keith Richards&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot76" rel="tag"&gt;Robert Frank&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1601.jpg?1352732598' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le 7 juillet 2003, pour le concert des Stones &#224; Bercy (j'aurai la chance, merci Jean-Marie B., d'assister &#224; celui de l'Olympia, &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/stones_olympia.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;je suis m&#234;me dans le film&lt;/a&gt; !), Lib&#233;ration m'avait demand&#233; de parler de &lt;i&gt;Cocksucker Blues&lt;/i&gt;, le film de Robert Frank toujours interdit d'&#233;cran, mais qui circule depuis bien longtemps dans les circuits pirates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens avoir r&#233;dig&#233; cet article dans un h&#244;tel &#224; Fameck, puisque c'&#233;tait la p&#233;riode o&#249; avec Charles Tordjman nous commencions nos rep&#233;rages pour Daewoo. Les images du film sur l'ordi portable ont &#233;t&#233; faites &#224; ce moment-l&#224;, je n'y touche pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps de rouvrir ce dossier-l&#224; : ce qui est bouscul&#233;, c'est le discours et c'est l'image. Le d&#233;calage son image, les coulisses, les attentes, les corps. C'est &#231;a qui compte, et pas la transgression mise en sc&#232;ne par les Stones pour la cam&#233;ra de Robert Frank, photographe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;le lien YouTube vient et revient &#8211; voici une version int&#233;grale du Cocksucker, &#233;videmment tr&#232;s comprim&#233;e, aux d&#233;pens de la bande son asynchrone&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;640&#034; height=&#034;480&#034; src=&#034;http://www.youtube.com/embed/c5T1KAJIQgk&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Robert Frank, une m&#226;choire referm&#233;e sur les Rolling Stones...&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les choses interdites ont toujours meilleur go&#251;t. N'emp&#234;che, on a beau avoir sur son &#233;tag&#232;re &lt;i&gt;Gimme Shelter&lt;/i&gt; (les Maysles, 1970, avec Altamont), et &lt;i&gt;One + One&lt;/i&gt; de Godard avec les r&#233;p&#233;titions et l'invention de &lt;i&gt;Sympathy for the devil&lt;/i&gt; (1968, il para&#238;t qu'il en pr&#233;pare la version DVD, on attend), le film de Robert Frank command&#233; puis interdit par les Stones en 1972 me para&#238;t bien les passer d'une t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que c'est Robert Frank ? Cam&#233;ra mobile, tout pr&#232;s des visages, bande son toujours d&#233;cal&#233;e, m&#234;lant &#224; la conversation idiote du premier plan ces bruits de salle avant l'entr&#233;e du groupe. Ou pr&#233;f&#233;rant prolonger le son d'une r&#233;p&#233;tition d&#233;jant&#233;e, pour s'attarder sur un rien, un objet, une main dans des cheveux. Sans doute. Mais parce que le photographe a eu le g&#233;nie, plut&#244;t que filmer les Rolling Stones, de filmer d'abord le fantasme qu'on avait d'eux, et que le fantasme &#231;a ne vieillit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'en demanderait ce qui ne leur pla&#238;t pas, aux Stones d'aujourd'hui, et pourquoi toujours l'interdit : &#224; soixante ans, on peut assumer ces exc&#232;s si seventies, surtout si on les a soi-m&#234;me provoqu&#233;s. Les filles mises &#224; poil dans l'avion, l'injection intraveineuse film&#233;e gros plan et temps r&#233;el, apr&#232;s tout les images ont circul&#233; partout et depuis on en a vu d'autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Cocksucker blues&lt;/i&gt; c'&#233;tait la l&#233;gende, tout le monde en parlait, personne n'avait vu. Sur Internet, d&#233;sormais, le DVD pirate co&#251;te 30 dollars. M&#234;me transf&#233;r&#233; d'une cassette qui aurait mille fois d&#233;fil&#233;, ou carr&#233;ment film&#233; sur un &#233;cran, puisqu'on dirait que tout est polaris&#233; ou surex, dans une tonalit&#233; bleue qui, justement, fait &#233;tonnamment moderne, presque monochrome, encore plus Robert Frank.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_994 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/cs3-2.jpg?1231699450' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce qui les choque les Stones, est-ce cette impression de fragilit&#233;, de faiblesse ? Pour quelques moments purs sc&#232;ne, avec un &lt;i&gt;Midnight Rambler&lt;/i&gt; tout de gestuelle d&#233;compos&#233;e de Mick au ralenti, on a le triple de temps dans des vestiaires pour basketteurs de province, m&#234;me pas des loges, des dessous de stades o&#249; il s'agit d'attendre trois heures ou plus. Mick Taylor abruti de sommeil r&#233;cup&#232;re sur un banc de ciment. Assis, le dos cass&#233; et le visage dans les mains, Keith peine &#224; l'&#233;quilibre et renfonce une clope dans ses dents g&#226;t&#233;es (deux ans plus tard il les fera toutes changer), tandis que Jagger, dans un coin avec Ahmet Ertegun, le patron de la maison de disques Atlantic, aligne des chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait les aper&#231;us sur la vie priv&#233;e, qui les g&#234;nent ? Frank les photographie &#224; la dure. Il y a cette grande fille noire derri&#232;re Keith comme une ombre. Lorsqu'il passe au maquillage, elle vient derri&#232;re lui et lui rebrousse les cheveux, un instant le front du fauve se d&#233;tend, laisse passer un visage de gosse. Plus tard Anita Pallenberg, l'&#233;pouse officielle, les a rejoints, bagu&#233;e et chapeaut&#233;e elle fait faire &#224; son mari des achats tr&#232;s kitsch dans un tax free d'a&#233;roport. Le mari sourit et laisse faire, il n'y a plus la grande fille noire. Dur aussi pour Mick Jagger, luxe, calme, volupt&#233; et Bianca. Dans le grand appartement parisien tr&#232;s clair, un couturier vient essayer une robe sur madame. Dans ce film rempli de groupies consommables, le sein &#224; peine aper&#231;u de Bianca en dit bien plus que tout le reste sur ces gamins qu'on voit crier pour les toucher ou seulement les voir. Frank filme Bianca se pr&#233;parant les yeux, il lui demande de remonter une bo&#238;te &#224; musique de joaillerie o&#249; d&#233;file La &lt;i&gt;Lettre &#224; &#201;lise&lt;/i&gt; ou le genre. Dans la s&#233;quence Mick et Bianca, le son aigre de la petite bo&#238;te &#224; musique remplace en boucle le gros son Stones : s'est-elle sentie pi&#233;g&#233;e, le veto sur le film a pu en d&#233;pendre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_995 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/cs4.jpg?1231699463' width='500' height='374' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les Stones, qui ont enfin leur propre maison de disque, doivent encore un titre &#224; Decca. Ils enregistrent ce &#171; blues du suceur de pine &#187;, hommage &#224; la p&#233;dophilie qui peut passer pour une provocation &#224; l'&#233;poque, et serait hors de question aujourd'hui. Une guitare et la voix : Decca &#233;videmment refuse, mais ce sera le g&#233;n&#233;rique du film. Il fait chaud en Am&#233;rique cet &#233;t&#233;-l&#224;, Keith est torse nu, il joue sur le Steinway qu'on exige dans sa chambre d'h&#244;tel, il improvise un blues, en pro. Et Robert Frank surimpose un plan o&#249; il a demand&#233; &#224; Mick de se caresser l'entrejambe, Mick ouvre la braguette, glisse la main, gros plan tr&#232;s long, le piano en off. Ou la sc&#232;ne d'h&#244;tel. Quelque part dans l'Arkansas ? Une fille s'est mise nue sur un des lits de la suite et se caresse le ventre. Le toubib et le trompettiste se mettent &#224; deux pour l'honorer, et Mick Taylor &#224; la recherche d'une cigarette &#224; rouler passe indiff&#233;rent. Il est deux heures du matin, Keith joue au poker avec les roadies et Bobby Keyes, le petit rouquin saxophoniste dont il a fait son fr&#232;re parce qu'ils sont n&#233;s tous deux le m&#234;me jour et que Bobby Keyes a jou&#233; sur les disques de Buddy Holly. Plus tard ils le renverront, trop d'h&#233;ro&#239;ne, mais il jouera avec eux &#224; Bercy ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_996 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/cs5.jpg?1231699475' width='500' height='374' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour faire plaisir &#224; la cam&#233;ra, on balance du sixi&#232;me &#233;tage le t&#233;l&#233;viseur dans la piscine, l'image a fait la gloire clandestine du film, mais elle compte tellement moins que ces instants o&#249; Frank est le ma&#238;tre, quand on quitte le vestiaire des sous-sols pour grimper par une rampe de ciment vers la sc&#232;ne, qu'il y a cet instant o&#249; on s'arr&#234;te, que les cris derri&#232;re montent, et que soudain Mick s'&#233;lance au petit trop (on l'a vu un peu avant se gargariser en faisant des vocalises) et que Keith, Telecaster vintage en main (sa premi&#232;re tourn&#233;e avec Telecaster) s'&#233;bouriffe une derni&#232;re fois la tignasse. Non plus le Keith renfrogn&#233; et mutique de chez Godard, et non plus le Keith stup&#233;fi&#233; de la violence d'Altamont, mais, du sein de la d&#233;gradation affich&#233;e du junkie, cette arrogance neuve de seigneur, et la m&#234;me &#233;nergie consid&#233;rable s'est &#233;lev&#233;e d'une taille : c'est lui qui contraint le rythme &#224; cette r&#233;gression rauque, sur laquelle s'adapte l'impassible Charlie Watts, leur batteur, qui jamais ne se m&#234;le des exc&#232;s des copains, semble de tout le film ne se passionner que pour cette partie impromptue de billard dans un caboulot noir, sur une route du sud, o&#249; personne ne semble savoir &#8211; enfin &#8211; qu'ils sont les Rolling Stones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui reste dans la t&#234;te apr&#232;s &lt;i&gt;Cocksucker Blues&lt;/i&gt; : cette timidit&#233; de gamins &#224; bout de fatigue, dans leurs oripeaux &#224; paillette, comme si la soie devait devenir armure (la belle s&#233;quence de Jagger enlevant jean et slip, cette fois ce n'est pas de la triche, pour rev&#234;tir nippe &#224; nippe la tenue de sc&#232;ne, &#233;charpes, ceintures, colifichets invisibles et pourtant il n'irait pas au public sans). Et ces sons tritur&#233;s jamais synchrones, le battement d'un blues tandis que Watts r&#232;gle la hauteur de son tabouret, puis le jeu dangereux quand il s'agit de montrer l'exc&#232;s, et qu'on s'y laisse prendre. M&#234;me David Seymour, qui cosigne le film avec Robert Frank, et que Frank filme &#224; la fin devenu ahuri de drogue. Une m&#226;choire s'&#233;tait referm&#233;e sur les Rolling Stones, de luxe ou d'enfer. Et cela, ce bruit de quelque chose qui se referme, sur fond de &lt;i&gt;Midnight Rambler&lt;/i&gt;, c'est inusable : on devrait projeter partout ce film, m&#234;me sans leur consentement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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