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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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<item xml:lang="fr">
		<title>48 | Chambord avec ch&#226;teau mais pas la vie de ch&#226;teau</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5100</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Cogn&#233;e, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>Mercoyrol, Yannick</dc:subject>
		<dc:subject>2016</dc:subject>
		<dc:subject>Chambord (41)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;tags : Chambord, 2014, Philippe Cogn&#233;e, Yannick Mercoyrol&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique207" rel="directory"&gt;en cours | bars, bistrots restos &#8212; une autobiographie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot832" rel="tag"&gt;Cogn&#233;e, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1128" rel="tag"&gt;Mercoyrol, Yannick&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1039" rel="tag"&gt;2016&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1129" rel="tag"&gt;Chambord (41)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est un fragment d'un travail en cours, amorc&#233; le 20 d&#233;cembre 2020 et non destin&#233; &#224; publication hors site (pour l'instant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe est d'aller par une phrase par lieu pr&#233;cis de rem&#233;moration, et d'&#233;tablir la dominante sur la description m&#234;me, si lacunaire qu'elle soit, du lieu &#8212; donc public, puisque bar, bistrot, resto &#8212; de la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s'appuie principalement sur la navigation par mots-cl&#233;s depuis la page des &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5044' class=&#034;spip_in&#034;&gt;index lieux, noms, dates&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point r&#233;gulier sur l'avanc&#233;e de ce chantier dans le journal #Patreon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;48 | Chambord avec ch&#226;teau mais pas la vie de ch&#226;teau&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Destins sym&#233;triques du peintre et de l'auteur : Philippe Cogn&#233;e a pu s'am&#233;nager un atelier dans le grand espace d'une ancienne minoterie, il y a un coin livre et un coin pour s'asseoir avec du caf&#233; (attention, c'est un espace de convivialit&#233; mais pas public, il n'est pas r&#233;pertoriable ici), il y a de la lumi&#232;re et du calme, ce serait bien pour &#233;crire comme je l'entendrais, ici j'aurais mes guitares et je pourrais me r&#233;offrir un violoncelle, ici mes vid&#233;os et ici la compta, pour &#233;crire ce serait mobile ou bien rencoign&#233; (pas de jeu de mots) l&#224; o&#249; Philippe et moi on est assis et on discute, les ateliers de peintres ont toujours un fond d'odeur qui exalte m&#234;me si lui travaille plus avec ces granules de cire color&#233;e qu'on verse dans nos mains, &#224; midi oui par contre c'est r&#233;pertoriable on descend jusqu'&#224; ce coude de la rivi&#232;re qui traverse sa bourgade au sud de Nantes, c'est un resto niveau largement au-dessus des habituels plat du jour, on a vue sur la chauss&#233;e de l'ancien moulin et c'est plut&#244;t des gens des affaires et du commerce, nous qui discuterons plut&#244;t de qui on est en &#233;cole d'arts (lui qui enseigne &#224; celle de Paris, mais a d&#251; faire trois fois de suite la derni&#232;re ann&#233;e de celle de Nantes, payant son loyer avec des aquarelles faites sur les plages &#224; Pornichet) puis en remontant on s'arr&#234;te &#224; cet entrep&#244;t o&#249; il stocke toiles et mat&#233;riel, &#231;a aussi &#231;a m'arrangerait bien, tiens, ce serait m&#234;me plut&#244;t dans ce genre de volume de ciment au plus neutre, sur zone parmi d'autres artisans, que je me verrais plut&#244;t installer le pupitre &#224; &#233;crire et quelques mois plus tard le texte est fait, le catalogue publi&#233;, on se retrouve &#224; Chambord pour le vernissage &#8212; ce n'est pas que je go&#251;te trop ces situations o&#249; je ne connais personne (et r&#233;ciproquement) mais, m&#234;me si j'habite &#224; moins d'une heure et qu'on est venu en voiture, Y.M. nous a propos&#233; de b&#233;n&#233;ficier d'une nuit dans l'appartement &#8212; un peu plus qu'un appartement, un genre de coloc avec cuisine &#233;quip&#233;e et une suite de chambres ind&#233;pendantes &#8212; o&#249; sont h&#233;berg&#233;s les conf&#233;renciers de passages et les r&#233;sidents artistiques, rien de luxueux mais c'est le fabricant de matelas Epeda qui a sponsoris&#233; l'installation alors certes on y dort bien, et la fen&#234;tre donne sur l'immense for&#234;t, ce n'est pas tous les jours dans ta vie que tu as l'opportunit&#233; de dormir &#224; Chambord mais voil&#224;, une fois le vernissage termin&#233; on nous propose d'aller d&#238;ner mais &#224; Blois tout aupr&#232;s, il y a bien un resto dans le village au pied du ch&#226;teau mais tout est ferm&#233; ou en travaux, difficile de se d&#233;filer mais apr&#232;s coup tu te dis que peut-&#234;tre &#231;a aurait &#233;t&#233; mieux quand m&#234;me, refaire les dix kilom&#232;tres en voiture et ce n'est pas &#224; Blois qu'on va puisqu'il est d&#233;j&#224; plus de 21 h, mais sur la ZUP sud &#224; l'entr&#233;e de la ville au pied du pont, l&#224; o&#249; est le grand Auchan Vineuil, entre Go Sport, Verbaudet et Darty, Optical Center, Easy Cash, Darty, Bricorama et Total Access &#8212; ajouter But, Veloland et Lapeyre, les h&#244;tels Kyriad et B&amp;B, le Flunch et le Mac'Do, Cap Emploi et Archives D&#233;partementales du Loir-et-Cher, la Foirfouille et Intersport, MaxiToys et Leader Price, Gemo et In Zi'Air Trampolines &#8212; on est serr&#233; &#224; une quinzaine dans la grande salle aux lumi&#232;res tamis&#233;es non pas de l'Hippopotamus comme je pensais me souvenir mais de la Taverne de ma&#238;tre Kanter, autre cha&#238;ne (tu demanderas un tartare-frites parce que c'est plus simple et que tu n'aimes pas ni ces lumi&#232;res ni ces musiques ni d&#238;ner dans une ZUP quand ensuite tu reviendras au ch&#226;teau, en plus Philippe est &#224; cinq ou six places et encadr&#233; par ses commanditaires on ne pourra rien &#233;changer, ni possible non plus s'&#233;clipser avant la fin), bien s&#251;r il y a faire le chemin sous la lune depuis le parking personnel jusqu'&#224; la petite poterne qui donne acc&#232;s direct &#224; l'appartement au haut de son escalier colima&#231;on et, le lendemain, lev&#233; t&#244;t, improvisant un caf&#233; dans cette cuisine anonyme, aller se balader dans les all&#233;es avant l'irruption des premiers cars de tourisme &#231;a rattrape mais quand m&#234;me &#8212; sacr&#233; Philippe, cette ann&#233;e c'est &#224; Chaumont qu'il exposait mais l&#224; je n'&#233;tais pas invit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs sur Tiers Livre :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1721&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chambord, on y dort, on y dort !&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3833' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Philippe Cogn&#233;e, l'atelier ressemble au peintre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>autobiographies partielles | avant la couleur</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4211</link>
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		<dc:date>2016-10-15T12:24:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Poitiers, Civray, Charente</dc:subject>
		<dc:subject>Terradillos, Jean-Luc </dc:subject>
		<dc:subject>Cogn&#233;e, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>Civray (Poitou-Charentes)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;retour sur l'irruption progressive de la couleur dans le monde des ann&#233;es 60&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot252" rel="tag"&gt;Poitiers, Civray, Charente&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot637" rel="tag"&gt;Terradillos, Jean-Luc &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot832" rel="tag"&gt;Cogn&#233;e, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot890" rel="tag"&gt;Civray (Poitou-Charentes)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4211.jpg?1439641407' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4211.jpg?1439641414&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Rituel du num&#233;ro d'&#233;t&#233; sp&#233;cial d'&lt;a href=&#034;http://actualite-poitou-charentes.info/2015/07/lactualite-poitou-charentes-n109-face-a-la-couleur/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Actualit&#233; Poitou-Charentes&lt;/a&gt;, concoct&#233;e par Jean-Luc Terradillos, avec le m&#234;me art d'une invitation faite &#224; plasticiens, auteurs, scientifiques et c'est beau comme un vrai livre, &#231;a &#233;clate dans tous les sens. Je crois que tous les vieux routiers de cette incroyable revue, Claude Pauquet, Marc Deneyer, Claude Margat, Gilles Cl&#233;ment, et bien s&#251;r Denis Montebello, on a &#224; coeur de chercher ici un &#233;cart, une fronti&#232;re. En ouverture, un fort entretien avec Michel Pastoureau sur l'historicit&#233; de la perception des couleurs : &#171; La couleur est d'abord un ph&#233;nom&#232;ne de soci&#233;t&#233; &#187;. La fid&#233;lit&#233; &#224; des travaux de plasticiens souvent crois&#233;s ici &#8211; Monique Tello, Jacques Villegl&#233;, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot287' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Koichi Kurita&lt;/a&gt;, ou bien qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de nous adjoindre, comme Philippe Cogn&#233;e. Noter aussi un entretien avec Pierre Bergounioux, pourtant non-poitevin : &lt;i&gt;Sortir du gris&lt;/i&gt;), et un &lt;i&gt;Tombeau de Opalka&lt;/i&gt; sign&#233; Jacques Roubaud.
&lt;p&gt;De mon c&#244;t&#233;, &#224; force des ann&#233;es, une sorte de de &lt;i&gt;suite&lt;/i&gt; selon terminologie musicale o&#249; revenir &#224; nouveau croiser la petite ville d'adolescence, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot252' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Civray&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le peu de photographies dont je dispose pour toutes ces ann&#233;es 70-80, c'est celle ci-dessus que j'avais propos&#233;e &#224; Jean-Luc comme accompagnement de l'article (Civray, 1965), c'est mon portrait par Philippe Cogn&#233;e qui remplace !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6617 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fb_cognee-540.jpg?1439641212' width='500' height='608' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sp&#233;cial merci donc &#224; J-L, c'est son insistance toujours qui nous ram&#232;ne &#224; ce chantier qui est peut-&#234;tre, sur la dur&#233;e, un des plus collectifs auxquels il m'a &#233;t&#233; donn&#233; de m'associer, avec presque 20 ans au compteur...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Fran&#231;ois Bon | Avant la couleur&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;em&gt;
apr&#232;s y avoir d&#233;log&#233; mon dessin colori&#233; &#224; la bouse de vache&#8232;&lt;/em&gt;&lt;br&gt;Gaston Chaissac, &lt;em&gt;Hippobosque au bocage &lt;/em&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; en ce que la question de la couleur est double : ce qu'il y avait de couleur dans ce qui &#233;tait notre monde ordinaire, et ce que nous &#233;tions capable d'identifier et d'apprendre comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un point de d&#233;part exag&#233;r&#233; : par exemple, je suis parfaitement capable de cerner ce que j'ai pu entendre, et les perturbations techniques successives, gros poste radio, t&#233;l&#233;viseur puis transistors, magn&#233;to &#224; cassettes, autoradios, tourne-disques qui ont chang&#233; notre environnement sonore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il l'&#233;quivalent pour la perception des couleurs ? J'ai le souvenir d'un monde en noir et blanc pour ce qui est des hommes, sur fond d&#233;satur&#233; ou p&#226;le de paysages naturels &#8211; la mer est-elle jamais vraiment bleue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me pour les paysages naturels, la question est double : bien s&#251;r que nous avions des pierres blanches, des nuits noires (en tout cas, les villes ne les &#233;clairaient pas comme aujourd'hui), toutes les gammes de verts, des tulipes dans les jardins (mais elles n'ont commenc&#233; qu'apr&#232;s que je sache lire, les Floralies de la Tranche-sur-Mer o&#249;, pr&#233;cis&#233;ment, soudain je d&#233;couvrais que les couleurs ne se r&#233;duisaient pas &#224; l'&#233;ventail primaire de ma bo&#238;te de crayon Caran d'Ache ou les douze tubes de la bo&#238;te de gouache qu'on nous faisait acheter &#224; chaque rentr&#233;e des classes), et la mer devait avoir des gris ardoise aux jours plomb&#233;s, des bleus turquoise aux soirs d'&#233;t&#233;, des blancheurs col&#233;reuses aux temp&#234;tes. Mais la digue &#233;tait monochrome, comme la maison en ruine dite du &#171; G&#233;nie &#187; juste derri&#232;re, et noirs les bras des &#233;cluses puisque nous vivions sous le niveau de la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait l'apprentissage ext&#233;rieur des couleurs pour savoir celles qui nous entouraient d&#233;j&#224;. Alors nous nous en saisirions peut-&#234;tre, et le monde s'&#233;brouerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les livres de classe ? S'il s'agissait de photographies, elles &#233;taient en noir et blanc, et s'il y avait des couleurs c'&#233;tait du dessin, toujours didactique et toujours sur l'arch&#233;type d'une famille papa maman fille gar&#231;on qui ne ressemblait pas &#224; la n&#244;tre et avec laquelle je n'aurais pas aim&#233; vivre (beau passage de Perec dans W, &#224; partir de l'usage du conditionnel, sur ces arch&#233;types). Les journaux et magazines ? En 1963, pour l'assassinat de Kennedy, la Une de Paris-Match passe en couleur mais j'ai dix ans. En 1965 l'int&#233;rieur du magazine nous d&#233;voilera les pantalons mauves des Beatles, mais j'ai d&#233;j&#224; douze ans : le monde au-del&#224; du strict champ visuel perceptible est en noir et blanc, comme dans notre toute r&#233;cente t&#233;l&#233;vision au gros hublot et aux boutons dor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cartes de g&#233;ographie, elles, &#233;taient en couleur, pendues aux murs de la classe : est-ce que ce ne sont pas les premiers tableaux que j'ai vus ? Mes premiers mus&#233;es ce serait tellement plus tard. Et l'&#233;ducation &#224; la couleur commencerait probablement avec eux, mais lourde d'un tel handicap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une question de myopie : la r&#233;v&#233;lation du monde net, en sortant de chez Van Enoo, opticien &#224; Lu&#231;on, j'avais sept ans. Mais de quelles couleurs &#233;taient les v&#234;tements, les chaussures, les coiffures ? En passant &#224; la couleur, plus tard, viendrait aussi la couleur de ce qu'on portait sur son corps : il n'&#233;tait pas temps encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probablement pour &#231;a que nous sommes d'une autre esp&#232;ce, comme les chiens qui voient si peu et sentent loin. De ce monde ancien, du monde d'avant les couleurs, je sais encore tous les bruits et toutes les odeurs. Ce que j'aime tant &#224; retrouver dans les grandes sc&#232;nes du d&#233;but des &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-Tombe&lt;/i&gt; de Chateaubriand ou dans le &lt;i&gt;Sylvie&lt;/i&gt; de Nerval : mais Sylvie s'ouvre &#224; des couleurs mauves qui sont comme colori&#233;es sur le fond monochrome de l'histoire, comme ce drapeau soudain bleu blanc rouge dans le &lt;i&gt;Jour de f&#234;te&lt;/i&gt; (qui peut-&#234;tre a &#233;t&#233; &lt;i&gt;coloris&#233;&lt;/i&gt; depuis lors, comme on sait faire maintenant : c'est juste notre int&#233;rieur, qu'on n'a pas r&#233;ussi r&#233;trospectivement &#224; coloriser).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; chercher les premi&#232;res sensations de couleur qui r&#233;ellement feraient basculer le monde, ce sont les mati&#232;res neuves du plastique et du nylon qui reviennent, et donc associ&#233;es &#224; un toucher et une odeur qui pr&#233;c&#232;dent la sensation visuelle, trop neuve pour cr&#233;er sa propre r&#233;miniscence, faute de rep&#232;res associ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 60, les voitures sont grises ou sont noires. Les deux-chevaux tenteront des verts sombres et des bleus nuit qui ne d&#233;tonnent pas sur nos perceptions des champs et de l'eau, et pour moi ce sont les Panhard 24 qui font la rupture : voiture basse et qui casse tout d'un coup avec la notion d'utile. Ses pare-chocs inox sont recouverts d'un nylon jaune qu'il revient &#224; nous, les enfants du garage, de d&#233;coller avant livraison au client. Alors soudain les jouets ne sont plus les pi&#232;ces m&#233;talliques du Meccano ni les locomotives de bois peint, mais des plastiques o&#249; la couleur fait partie de la masse m&#234;me. Les objets de plastique seront l'irruption d'une gamme de tons qui enfin ont &#233;chapp&#233; &#224; la nature, pour s'allumer dans nos cerveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en 1964, j'ai onze ans et nous nous installons, au bout de 140 kilom&#232;tres d'une route toute droite pour escalader les collines de Melle, au premier &#233;tage d'un nouveau garage, &#224; Civray, dont la chance &#233;tait &#224; l'&#233;poque d'&#234;tre &#224; &#233;gale distance de ce qui pour nous &#233;tait la grande ville : Niort, Poitiers, Angoul&#234;me, Limoges, et nous contraignaient &#224; une sorte de r&#233;publique autonome. Le mardi, de la fen&#234;tre &#224; l'&#233;tage, je surplombe les toiles du march&#233; &#8211; qui joue un tel r&#244;le, pas seulement &#233;conomique, mais en tant que rendez-vous et &#233;change directement social. Je n'ai jamais vu auparavant une telle mosa&#239;que de couleurs, et elle est d&#233;finitivement associ&#233;e pour moi &#224; ces corps v&#234;tus de sombre qui d&#233;filent indistinctement, mais &#224; vitesses relatives diff&#233;rentes, permettant en trois tours qu'on ait vu tout son monde, autour de la place Leclerc, qu'on appelle encore &#171; place d'armes &#187;. La ville et la couleur, je me les approprie ensemble et pour toujours. Et si j'ai l'autorisation de me fondre &#224; ce brassage, je me plante devant le bonimenteur dont tout l'&#233;tal est de ces plastiques en couleur, au point que la plus grande de ces merveilles, ces statuettes de la Vierge qui &lt;i&gt;changent de couleur&lt;/i&gt; selon la m&#233;t&#233;o, deviennent bient&#244;t une survivance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perception double : parce que c'est l'irruption arbitraire de ces &#233;l&#233;ments neufs de couleur qui construisent dans nos t&#234;tes le rep&#232;re (au sens math&#233;matique ou physique) mental par lequel l'existant des couleurs naturelles viendra aussi se disposer, et que nous les percevrons enfin pour ce qu'elles sont. Quel changement, dans les cuisines des maisons, quand on a choisi la couleur dans les rouleaux g&#233;ants et odorants de nouveau linol&#233;um chez Pantal&#233;on, quand on paye chez Gazonneau, rue du Commerce, un grand pot de Ripolin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rouvre par exemple mes livres de Chaissac, &lt;i&gt;Hippobosque au bocage&lt;/i&gt; ou ses diverses compilations de lettres : l&#224; o&#249; je ne savais pas voir les couleurs, d'autres les imposaient. L'&#233;pouse de Gaston Chaissac &#233;tait institutrice la&#239;que &#224; Vix, et connaissait bien mes grands-parents, instituteurs la&#239;ques &#224; Damvix. Chaissac, qui n'aurait pu fr&#233;quenter le cur&#233; de Vix, &#233;tait ami du cur&#233; de Damvix &#8211; &#224; sa mort, on enverrait &#224; la d&#233;charge les dizaines de toiles de Chaissac qui encombraient son presbyt&#232;re &#8211;, et ma grand-m&#232;re plus tard me reprocherait l'int&#233;r&#234;t que je prenais pour ce type qu'elle consid&#233;rait comme un fou prisonnier de son non-sens. Le cordonnier Gaston Chaissac a &#233;t&#233; mis en contact avec la peinture lors de ses s&#233;jours adolescent en sanatorium, probablement qu'il ne serait pas entr&#233; sinon dans la couleur. Prenez les lettres de Van Gogh : il ne parle que de couleur. Prenez les lettres de Chaissac : il ne parle que de dessin, de mati&#232;res et de formes (et c'est d&#233;j&#224; suffisamment gigantesque).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois je repense au monde d'avant le bruit (il me manque), au monde d'avant la couleur. Je suis entr&#233; avec plaisir dans le bruit, je crois n'&#234;tre jamais entr&#233; dans celui de la couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mus&#233;es me fascinent, les mus&#233;es sont un besoin, pour cette &#233;tranget&#233; m&#234;me. Mais est-ce que j'ai l'outil int&#233;rieur pour les percevoir autant comme couleurs que ce que je per&#231;ois des lignes, formes et g&#233;om&#233;tries, mati&#232;res ? Comment sont mes r&#234;ves : mes r&#234;ves sont rarement en couleur. Comment sont mes lectures : je sais bien o&#249; trouver le mot &#171; rouge &#187; chez Proust, je sais bien mon int&#233;r&#234;t pour le fabuleux journal d'H&#233;lion, qui d&#233;crit aussi bien les couleurs parce qu'il est conscient de perdre la vue, et qu'il doit tout &#233;crire. Je sais qu'il n'y a quasi pas de couleurs chez Michaux, alors qu'il y a tant de bruits et tant de lignes. Et moi-m&#234;me, en ai-je tant besoin, pour &#233;crire, des noms et adjectifs qui disent la couleur, sinon dans la nostalgie de ces premiers objets, ou de l'&#233;tonnement que furent, dans cette bascule des ann&#233;es 60, ces Floralies de la Tranche-sur-Mer o&#249; le prodige &#233;tait qu'on nous propose de payer pour venir &lt;i&gt;voir des couleurs&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on collationne, dans le fond du cerveau en noir et blanc, l'irruption brusque d'images partielles, lacunaires, mais qui contiendraient de la couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, vers 1964, &#224;Saint-Georges de Didonne je crois, de voir le film de Jacques Tati : &lt;i&gt;Jour de f&#234;te&lt;/i&gt; &#8211; un drapeau, au milieu de la f&#234;te de village, a &#233;t&#233; colori&#233; en bleu blanc rouge, bien s&#251;r il me reste des images du film, mais cette stup&#233;faction, pour un &#233;l&#233;ment quand m&#234;me mineur, m'est rest&#233;e toute vive (je d&#233;couvrirai plus tard comment Antonin Artaud, dans ses textes de 1934 sur le cin&#233;ma, envisageait &#224; bien plus br&#232;ve &#233;ch&#233;ance le cin&#233;ma en relief que le cin&#233;ma en couleur, dont il ne pensait pas qu'il serait un tel avantage). Ainsi, en remontant plus t&#244;t, la fa&#231;on dont &#224; Saint-Michel en l'Herm les femmes &#226;g&#233;es (il y avait beaucoup plus de veuves que de veufs, dans ces temps &#224; accidents, et puits &#224; suicide) se v&#234;taient de noir &#8211; mon arri&#232;re-grand-m&#232;re aveugle y compris. Dans l'&#233;tat blafard du monde monochrome, ce noir-l&#224; tranchait. Je me revois tourner les pages de livres, voyages en Afrique, lointains du monde, incluant des reproductions photographiques en noir et blanc, avec de toutes petites silhouettes : l'objectivit&#233; de ce qui existe &#233;tait en noir et blanc, m&#234;me si nous avions tant de mal &#224; d&#233;chiffrer les d&#233;tails d'un visage ou d'un avion. Les photographies de famille ont commenc&#233; tr&#232;s t&#244;t, dans les anciennes bo&#238;tes &#224; chaussures o&#249; nous les conservions, &#224; inclure des photos couleur, avec large bordure blanche : mais ces couleurs fondaient et s'effa&#231;aient, prenaient des verts et des roses incongrus. Elles &#233;taient une performance technique, un luxe inutile, sauf si command&#233;es chez le photographe du village, qui les signait en bas &#224; droite : les photographies de communion ont &#233;t&#233; les premi&#232;res &#224; basculer. Le monde n'osait de couleur que ce que lui en donnaient les ciels, la mer ou les marais, les draps &#224; pendre sur un fil dans les jardins, et peu &#224; peu le tranchant vif des objets de plastique. Les ampoules &#224; fil spiral&#233; luminescent, dans son enveloppe translucide, &#233;clairaient bien peu les int&#233;rieurs, en tout cas le monde des odeurs, et la pesanteur des souvenirs, &#233;tait une gamme d'outils bien plus riche pour appr&#233;hender la complexit&#233; du monde. Il m'aurait fallu lire Rimbaud, mais comment aurions-nous m&#234;me su son existence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, il est l&#224;, ce premier souvenir par lequel la couleur a envahi le monde pour de vrai, et pas seulement aux pantalons violets des Beatles dans &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;, &#224; la guidoline tour &#224; tour rouge ou bleue dont on recouvrait nos guidons de v&#233;lo, et &#224; la splendeur lisse et odorante des scoubidous, dont la mode a r&#233;cemment reparu : on est en 1968, et c'est la gr&#232;ve. Elle a commenc&#233; en noir et blanc, &#224; la t&#233;l&#233;vision. Elle s'est prolong&#233;e encore en noir et blanc au lyc&#233;e Andr&#233;-Theuriet, o&#249; nous avions choisi la prof la plus fragile : &#171; Jeanne &#187; (s'appelait-elle vraiment Jeanne ?), la prof de physique, &#233;tait sourde &#8211; lorsque nous faisions trop de bruit, elle d&#233;branchait son appareil et continuait indiff&#233;rente ses explications sur les mol&#233;cules et solutions. On n'aurait pas fait &#231;a avec Bourron, Abadie, Dauxerre, Bobineau ou un autre : on s'est assis tous au fond de la classe, elle a regard&#233; stup&#233;faite et nous a demand&#233; ce qui se passait, puis a coup&#233; son appareil et a quitt&#233; l'&#233;cole. Cinq semaines de soleil et de kayak sur la Charente s'ensuivraient, avec quelques jours d'une br&#232;ve reprise au bout : belle ann&#233;e pour ceux qui passaient leur bac ou, comme Bernard-Marie Kolt&#232;s tr&#232;s loin d'ici, &#224; Strasbourg, avaient trop s&#233;ch&#233; leurs cours de fac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet apr&#232;s-midi-l&#224;, tous les commer&#231;ants de la place Leclerc ont baiss&#233; leurs stores de m&#233;tal. Au lieu de la pharmacie, l'horlogerie, les tissus Gard&#232;s, l'&#233;lectrom&#233;nager Chauveau, et nous-m&#234;mes, qui guettions par les interstices du lourd volet m&#233;tallique qu'on baissait rituellement &#224; 19 heures et le dimanche, plus rien qu'un centre-ville lisse comme un emballage de Christo. Et ils sont descendus depuis la route de Saint-Pierre d'Excideuil. L'usine, la seule usine (avec la parqueterie voisine), fabriquait des socs de charrue. On longeait sur une bonne centaine de m&#232;tres ses toits en dents de scie, ses cours assombries, et il s'en &#233;chappait des grondements, l'&#233;clat de feux et d'&#233;tincelles. Elle existe toujours, maintenant vou&#233;e &#224; fabrication de bonbonnes de gaz, dont les cylindres et sph&#232;res inox ou blancs font un &#233;trange paysage avant de retrouver la carte postale de la petite ville en cuvette. Ils &#233;taient quoi, peut-&#234;tre deux cents ? Ils &#233;taient v&#234;tus comme on l'&#233;tait alors, dans ces teintes sombres et ternes qui &#233;taient la fa&#231;on dont on s'habillait. Mais au-dessus d'eux, sur le d&#233;cor soudain abstrait de la place aux volets de fer baiss&#233;s, ils portaient des drapeaux rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi est entr&#233;e la couleur, pour ceux de mon temps, dans la vie sociale m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Philippe Cogn&#233;e, 3 | peintre &#224; risque</title>
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		<dc:date>2015-08-18T20:09:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Bergounioux, Pierre </dc:subject>
		<dc:subject>Cogn&#233;e, Philippe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;texte du catalogue Chambord 2014, &#171; Philippe Cogn&#233;e, portrait de peintre-volcan &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique66" rel="directory"&gt;arts&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;Bergounioux, Pierre &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot832" rel="tag"&gt;Cogn&#233;e, Philippe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4214.jpg?1439927307' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4214.jpg?1439927317&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Tellement longtemps que je consid&#233;rais le travail de Philippe Cogn&#233;e comme lien direct avec ce qui m'importait pour l'&#233;criture, pour mes territoires &#8211; ses cours d'immeubles, ses rayons de supermarch&#233;.
&lt;p&gt;Apr&#232;s, c'est Bergounioux qui a &#233;crit un livre avec lui, chez Tarabuste. &#199;a me semblait logique aussi. Mais Cogn&#233;e une abstraction, vivant quelque part probablement, sans doute d'un &#226;ge tellement plus canonique que ma pomme, puisque aussi c&#233;l&#232;bre et justement c&#233;l&#233;br&#233;. Les types qui peignent m'apparaissent toujours comme des &lt;i&gt;durs&lt;/i&gt; et souvent on v&#233;rifie que c'est le cas, qu'ils en ont dans le biceps autant que dans l'oeil &#8211; je pense &#224; Villegl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors quand Yannick Mercoyrol, pr&#233;parant &lt;a href=&#034;http://www.chambord.org/evenement/philippe-cognee-chambord/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'expo Chambord&lt;/a&gt;, m'a propos&#233; d'&#233;crire un texte sur la peinture de Philippe, il n'&#233;tait pas question d'h&#233;siter ni refuser : c'est comme Hopper ou Chaissac, ou Sheeler en ce moment &#8211; ce que nous disent les peintres concerne notre travail m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, &#231;a me semblait d'&#233;vidence, l'&#233;criture devait se faire dans son atelier m&#234;me. J'ai eu la surprise alors que tout s'organise facilement &#8211; Philippe habite Vertou, au sud de Nantes, &#224; 2 heures de voiture (apr&#232;s quand m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1647&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un beau quiproquo ferroviaire&lt;/a&gt;, 1&#232;re et unique fois que &#231;a m'est arriv&#233; de ma vie), et la surprise aussi de cette fraternit&#233; naturelle, d'&#226;ge, de famille et de ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, on s'est quand m&#234;me mis au boulot. Je suis pas tr&#232;s fute-fute dans ces heures-l&#224;, je sais juste l'&#233;tat o&#249; je suis quand j'en sors, je bombarde. Mais l&#224; on pouvait ferrailler &#224; deux, tranquillement, presque &lt;i&gt;all&#232;grement&lt;/i&gt;. Je me reconnais dans ce travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir ici les images au retour de cette visite : &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3833' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'atelier ressemble au peintre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yannick Mercoyrol a accept&#233;, pour le catalogue de l'expo ( quelques images aussi : &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3972' class=&#034;spip_in&#034;&gt;fragmentation de la ville, une utopie de marbre&lt;/a&gt;), un texte plus long que celui initialement pr&#233;vu, et de respecter cette forme fragmentaire qui &#233;tait le syst&#232;me m&#234;me et de la rencontre, et de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Cogn&#233;e vient de m'honorer d'un portrait (ci-dessous, Bergounioux et moi-m&#234;me en vis-&#224;-vis), c'est une fa&#231;on de renvoyer le jeu. &lt;i&gt;Mon portrait&lt;/i&gt; de Philippe Cogn&#233;e, c'est &#224; la fois cette image et ce texte ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, les gens des grandes institutions devraient plus r&#233;guli&#232;rement nous solliciter pour des textes sur l'art. Figurez-vous que &#231;a compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_6619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/pc_pb_fb.jpg?1439928499' width='500' height='316' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Philippe Cogn&#233;e, peintre &#224; risque&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a combien des gens qui ont un Cogn&#233;e et qui ne le savent pas&lt;/i&gt;. &#192; ce moment-l&#224; il reparle de ses ann&#233;es aux Beaux-Arts de Nantes, et qu'il lui avait fallu se prendre en charge. Son premier fils. Alors qu'il allait vendre des aquarelles &#8211; des marines &#8211; sur le bord des plages, du Pouliguen &#224; La Baule. &#192; peine on est depuis quelques minutes avec lui que c'est d&#233;j&#224; cette sorte de rage opini&#226;tre, mais la peinture au milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ma cogn&#233;e, o&#249; est ma cogn&#233;e&lt;/i&gt;. Dans le prologue du &lt;i&gt;Quart Livre&lt;/i&gt; de Rabelais, ce fameux conte du b&#251;cheron qui a perdu sa cogn&#233;e, et dont les cris parviennent jusqu'&#224; l'Olympe. Qu'il en porte le nom, et c'est la belle fureur du b&#251;cheron de Rabelais, humble entre les humbles, que j'entends. Un nom comme une hache ? Oui, quand on pense &#224; ses premi&#232;res ann&#233;es de peinture, les toiles lest&#233;es d'huile durcie attaqu&#233;es &#224; la pioche pour en tirer effet, ou reprises &#224; traits rasants de tron&#231;onneuse. Cette m&#234;me &#233;nergie physique, lui pourtant mince, presque sec, tout le contraire d'un g&#233;ant, avec laquelle il approche des fers &#224; repasser chauff&#233;s &#224; blanc des grandes toiles accroch&#233;es au mur. La cire n'est pas un mat&#233;riau facile. C'est par force qu'il l'attaque, c'est cette force qu'on re&#231;oit. &lt;i&gt;Il faut appuyer dur&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il parle de l'enfance au Dahomey, o&#249; la famille habite depuis ses cinq ans jusqu'au bac. Comment &#231;a n'aurait pas marqu&#233; les quatre enfants qu'ils sont. La force des paysages, la densit&#233; des couleurs, le bruit que sont les visages et les voix. Le p&#232;re est instituteur en &#233;cole publique, ses enfants les seuls blancs sur deux mille &#233;l&#232;ves, et c'est l&#224; que lui il commence &#224; dessiner &#8211;d&#233;couvre la gouache, le go&#251;t de la gomme arabique et des pigments. Il dit : L'odeur du bleu outremer, &#231;a me fascinait. Souvenir que son prof de dessin b&#233;ninois avait le bras coup&#233;. Mais les paysages qu'il peint, ce sont ceux de la vieille France, la France mouill&#233;e et douce des bords d'Atlantique, de Nantes d'o&#249; il vient. Rabelais disait : &lt;i&gt;Comme s&#231;avez qu'Africque apporte tousiours du nouveau&lt;/i&gt;. Au retour, il peindra des formes fantastiques et sauvages, de grands animaux, ou cet autoportrait en explorateur nu. L'Afrique est entr&#233;e dans ses toiles : forc&#233;ment, il n'y est plus. Ne peindre que ce qui n'est plus l&#224;, tout aupr&#232;s devant vous, &#231;a reviendra aussi lorsqu'il parle des villes : &lt;i&gt;La peinture, c'est toujours ce qu'on n'a pas&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'ils viennent de l'Afrique ou des r&#234;ves, ou des profondeurs fantastiques de la peinture, ces animaux qui semblent forcer le bord de la toile ? On comprend brutalement deux choses : que la force r&#233;aliste des villes et portraits et paysages de Philippe Cogn&#233;e c'est du pays des constructions les plus int&#233;rieures qu'elles surgissent, qu'en litt&#233;rature Poe ou Lovecraft ricaneraient de m&#234;me fa&#231;on sous les cours sages d'immeuble o&#249; on gare la caravane, ou dans les noms de marque presque lisibles des rayons de supermarch&#233;s transform&#233;s en galaxies du r&#234;ve moderne. Et on comprend une autre chose : pour peindre il faut peindre. La fa&#231;on dont ces animaux &#8211; et plus tard tout ce qui devient sujet &#8211; remplissent le bord de la toile et s'y &#233;crasent, cassent la forme pour ne plus faire que la toile soit figure d'un sujet mais figure intransitive, cela commence l&#224; dans ces b&#234;tes sensuelles et distordues, leurs tonalit&#233;s fauves : mettez alors un r&#233;frig&#233;rateur ou une machine &#224; laver &#224; la place, plus rien ne changera ni du bord ni du geste &#8211; Philippe Cogn&#233;e s'est invent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peintre, c'est une fa&#231;on de dire le monde&lt;/i&gt;. Il parle de violence. On ne sait pas si c'est de la violence du monde, celle que la distorsion des hommes sur le monde nous impose &#224; rebours, nous qui y cherchons autre chose, ou de ce qu'est pour lui l'exp&#233;rience de peindre, de ce qu'il applique &#224; la toile ou ce que la peinture exerce sur lui, ou tout cela &#224; la fois. Mais que la peinture soit violence, parce qu'elle est mati&#232;re et espace, bien avant d'&#234;tre figure. Alors, c'est dans la figure qu'on creuse &#8211; qu'on creuse avec violence &#8211; pour r&#233;imposer qu'on puisse l'&#233;carter de la main, le monde, et que ce qu'on y cherche repasse au premier plan. Parce qu'on r&#234;ve, devant ces toiles, et qu'elles ne nous font pas mal. La violence que le peintre appelle contre elles n'est pas dirig&#233;e contre nous : on la voit comme trace, on sait la mesure de ce qu'il a fallu traverser, ou m&#234;me vaincre. Ce qui est violence dans la peinture pour affronter la d&#233;figuration violente du monde : pauvret&#233; des immeubles, asservissement cubique des r&#233;frig&#233;rateurs et machines &#224; laver, normalisation du &lt;i&gt;mangez-tous-pareil&lt;/i&gt; des supermarch&#233;s, villes outranci&#232;res. Et que la beaut&#233; ici soit ce mouvement qui les efface, en fait couleur et forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont il travaille : dans le b&#226;timent qu'il a fait construire (respectant cependant les formes traditionnelles des long&#232;res du vieil ouest), avec les baies qui donnent la lumi&#232;re par les bords, le lieu du travail &#224; l'ordinateur, le lieu des croquis avec les livres, le lieu de l'huile petit format, et puis, &#224; mesure qu'on avance vers le mur au fond, les brosses qui deviennent plus grosses, les couleurs plus gr&#233;gaires, l'espace avec plus rien que la toile. Il pourrait y avoir cinq Philippe Cogn&#233;e travaillant ensemble dans cet atelier. C'est peut-&#234;tre sa mani&#232;re : on n'avance pas un travail seul, on en laisse un m&#251;rir en revenant &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Violence de la peinture contre le peintre : quand &#231;a se d&#233;fait, quand &#231;a rate. Enfin, &#224; ce qu'il dit. Moi j'aime cette figure bancale qui est comme lorsque la ville se fait froide, a des rues trop longues, vous regarde de trop haut, ou bien que tous les murs se recourbent comme votre angoisse. Lui, il ne l'aime pas. Il dit que quelque chose lui a &#233;chapp&#233;. Que c'est l&#224;, en bas, dans l'assise par quoi la ville surgit du sol (et je pense &#224; cette phrase de Rilke : &#171; b&#226;timents comme des lames plant&#233;es droit dans la terre &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Violence du temps. On regarde cette fascinante saisie de Hong Kong vue d'un point haut, o&#249; la ville occupe toute la toile jusqu'en ses bords (comme les fascinantes et pacifiques vues de la m&#233;dina de Fez). On s'imagine qu'il est rest&#233; un mois sur ce ch&#226;ssis. Lui il dit : trois jours. On n'imagine pas ce qui se passe dans la t&#234;te dans ce temps, ni la fatigue des bras. On ne sait pas ce qu'il voit. On s'enquiert des &#233;bauches : mais il y en a, l&#224; sur la table. Trois traits, quelques formes. Sur certaines toiles en cours on les aper&#231;oit, retrac&#233;es plein format. Rien, en somme. Il dit qu'il lui faut un long temps de pr&#233;paration. Qu'il faut parfois des mois avant de commencer un travail. Il appelle ce temps-l&#224; &#171; &#233;criture &#187;, se servira plusieurs fois de l'expression. Pour Philippe Cogn&#233;e, l'&#233;criture c'est le temps de pr&#233;paration du mental avant peindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture, les dessins, c'est debout face au mur ou bien, si c'est l'aquarelle qui veut l'horizontalit&#233; de la dissolution, ou qu'on est sur un petit format, par terre &#224; m&#234;me le sol. Pas de chevalet dans l'atelier : le mur est au fond, comme une sc&#232;ne tragique, au bout du b&#226;timent en longueur. &lt;i&gt;Avoir un recul maximal&lt;/i&gt;. Dans l'atelier d'Olivier Debr&#233;, visit&#233; quelques semaines plus t&#244;t, c'est son vieux break Ford Anglia qu'il posait au bout d'un chemin contre le fleuve pour peindre, et la voiture est peinte comme les toiles. Il tend le bras, comme il fait aussi pour illustrer comment il prend des photos. L'appareil photo tenu &#224; bout de bras, et on d&#233;clenche l&#224;, comme &#231;a (enfin, &#224; ce qu'il montre). On est devant les toiles en pr&#233;paration avec des paysages vus du TGV. Le TGV qui passe &#224; l'&#233;cart des villes, et de tout signe. Il dit : &lt;i&gt;&#192; grande vitesse, le regard voit le paysage mais ne le regarde plus&lt;/i&gt;. Alors c'est le regard, comme &#231;a, &#224; bout de bras ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Allez, barrez-vous&lt;/i&gt;. On est &#224; l'&#201;cole des Beaux-Arts de Nantes, il a redoubl&#233; deux fois, y est rest&#233; sept ans au lieu de cinq. &lt;i&gt;Maintenant je leur dis, aux &#233;tudiants, faites une ann&#233;e de plus&lt;/i&gt;. On lui dit que la peinture &#231;a ne marchera jamais. &lt;i&gt;Moi j'&#233;tais persuad&#233; dans ma t&#234;te que &#231;a marcherait : &#171; de toute fa&#231;on je sais o&#249; je dois aller donc j'y vais &#187;&lt;/i&gt;. C'est comme si on lui donnait le dipl&#244;me pour se d&#233;barrasser de lui : &lt;i&gt;Ils m'ont dit : &#171; Vous ne ferez jamais rien &#187;. Le dipl&#244;me on me l'a jet&#233; &#224; travers de la table. Ce n'est pas un m&#233;tier qu'on apprend. C'est comme un pommier : tant que les pommes ne sont pas m&#251;res elles restent sur l'arbre&lt;/i&gt;. Ce qu'il dit de sa fa&#231;on de vivre, une mani&#232;re de comprendre la fa&#231;on dont il peint ? &lt;i&gt;Il y a une sorte d'excitation dans le travail, au fond on est heureux&lt;/i&gt;. Maintenant c'est lui qui enseigne, aux Beaux-Arts de Paris : &lt;i&gt;Une personne te dit quatre mots, cinq mots, et &#231;a suffit &#224; transformer tout, &#224; comprendre les enjeux. On peut juste les aider &#224; se r&#233;v&#233;ler &#224; eux-m&#234;mes. Les vrais artistes ils sont d&#233;j&#224; l&#224; en artistes&lt;/i&gt;. Et puis il continue sur Chirico, &lt;i&gt;Chirico monde myst&#233;rieux Chirico monde invent&#233;&lt;/i&gt; il dit, puis, comme une sorte de constat qui l'&#233;tonne : &lt;i&gt;J'ai toujours travaill&#233; beaucoup&lt;/i&gt;. Et pendant ce temps moi je regarde les toiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des paysages grands comme pour y marcher dedans, des paysages comme un &#233;cran de cin&#233;ma&lt;/i&gt;. Ce qu'on voit pr&#232;s est annihil&#233; par la vitesse, et ce qu'on voit plus loin affaibli par la distance. Au contraire de nos vieux trains voyeurs, saisissant les villes par leur derri&#232;re, le TGV fait na&#238;tre un paysage qui lui ressemble : neutre et lisse. Alors Philippe Cogn&#233;e passe son appareil-photo en mode vid&#233;o et laisse d&#233;filer. Ou bien embarque directement un petit camescope. Les logiciels de l'ordinateur permettent d'isoler l'image qui vous avait frapp&#233;. Alors, repris de la vid&#233;o, devenues vagues tirages imprimante aux couleurs vagues, formes approximatives, s'empilant par dix sur un coin de table. Est-ce que seulement il les regarde ? Il dit que dans le paysage r&#233;ellement observ&#233;, jamais ce bosquet ne fut en vis-&#224;-vis de cet arbre. Je n'irai pas prendre le TGV pour v&#233;rifier : son paysage &#224; lui est bien plus exact que le monde, s'il nous donne aussi notre sensation au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'&#233;nergie : &lt;i&gt;La forme doit occuper tout l'espace, occuper le terrain un maximum. La cire, &#231;a bouffe compl&#232;tement le corps. C'est la br&#251;lure du fer qui ab&#238;me et transforme la peinture&lt;/i&gt;. De la mati&#232;re et du cadre : &lt;i&gt;Cr&#233;er une tension entre la toile et le spectateur. Une reconstruction du cadre dans le cadre. Imposer une tension entre les mati&#232;res&lt;/i&gt;. Du cadre, encore : &lt;i&gt;Carr&#233;ment plein pot dans la toile&lt;/i&gt;. De la pr&#233;cision : &lt;i&gt;Il ne faut pas que ce soit trop pr&#233;cision, et en m&#234;me temps pr&#233;cis. La toile dessin&#233;e est pr&#233;cise. Quand on efface la pr&#233;cision, celui qui va regarder va chercher &#224; la reconstruire&lt;/i&gt;. De l'aquarelle : &lt;i&gt;L'aquarelle t'apprend &#224; travailler vite. J'ai appris &#224; me battre. Arriver &#224; se surprendre soi-m&#234;me : il faut du temps pour apprendre &#231;a&lt;/i&gt;. De ses &#171; foules &#187; : &lt;i&gt;Si on d&#233;tourne l'&#339;il une seconde, on ne peut plus rien retrouver&lt;/i&gt;. De la couleur : &lt;i&gt;Je mets un noir tr&#232;s dur, je mets un rouge et un bleu autour, sachant qu'au fer le rouge va rentrer dans le noir. Le fer m&#233;lange les couleurs de fa&#231;on g&#233;n&#233;reuse. C'est des lacs, des lacs de lave ou de soufre&lt;/i&gt;. De la notion de narration et d'histoire : &lt;i&gt;Dans mon travail il n'y a jamais de narration. J'exclus totalement que &#231;a raconte une histoire&lt;/i&gt;. Parler de la peinture comme on mange, bouge et respire, et pour cela peindre ce qui se mange : &lt;i&gt;De la bouffe grouillante, et gonfl&#233;e. Parce qu'on est les plus grands pr&#233;dateurs de la plan&#232;te&lt;/i&gt;. Du vieux mot c&#233;zannien de &#171; motif &#187; : &lt;i&gt;La peinture doit toujours &#234;tre plus forte que le motif. Ce qui compte c'est la surface, non pas ce qui est repr&#233;sent&#233;. Il faut qu'on voie la peinture avant la viande, trouver la limite la plus fine possible&lt;/i&gt;. Mais capable aussi de parler d'une fleur, parce qu'il peint aussi des fleurs : &lt;i&gt;Des amaryllis. Quand elles tombent, elles deviennent comme de la chair rouge&lt;/i&gt;. Ou le mot &#171; libre &#187; : &lt;i&gt;C'est possible d'&#234;tre tr&#232;s libre, pourquoi on s'interdirait des choses&lt;/i&gt;. De l'asperge (ou de la d&#233;mesure, ou de Manet, ou de tout &#231;a mis ensemble &#8211; la peinture, en somme) : &lt;i&gt;Il faut &#234;tre d&#233;mesur&#233;, comprendre le plaisir de Manet devant l'asperge&lt;/i&gt;. Il devrait y avoir une loi pour forcer les peintres &#224; &#233;crire : ils ont la pr&#233;cision de la langue en d&#233;p&#244;t, parce qu'ils sont devant nous dans le travail du &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt;. On prend leurs mots pour s'apprendre &#224; soi-m&#234;me comment venir &#224; la langue comme ils viennent &#224; leurs toiles, avec le &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; et le corps. Il faudrait faire un dictionnaire Cogn&#233;e et qu'&#224; chaque exposition on le compl&#232;te plut&#244;t que tour &#224; tour chacun venir &#233;crire &#224; ses pieds. Que dit-il quand il dit : &lt;i&gt;Je peins quand il faut peindre&lt;/i&gt;. Il ne s'aper&#231;oit m&#234;me pas de la provocation que c'est pour nous autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peint des poissons. Ce n'est pas neuf. Les s&#233;ries pour Philippe Cogn&#233;e sont comme ses bras et ses jambes de peinture. &#199;a vous accompagne pour toute la vie. C'est juste votre paysage d'&#234;tre. De ses poissons : &lt;i&gt;Il faut qu'il y ait un tourbillon, &#233;norme. C'est de l'alchimie. Les poissons c'est des visc&#232;res&lt;/i&gt;. &#192; Chambord ce sera un triptyque, mis &#224; plat sur une table : est-ce que &#231;a compte tant que &#231;a, la fa&#231;on dont on regarde une peinture, &#224; plat ou de face ? &lt;i&gt;Les poissons ils ne savent pas se tenir droit, ils glissent les uns sur les autres&lt;/i&gt; (et qu'il en parle comme de personnes, il l'a remarqu&#233; ?). Je pense &#224; cette masse grise et brillante, avec des gros plans et des spirales : &lt;i&gt;Faire que le poisson soit moins poisson et plus peinture. Je viens de commander un fer qui fait soixante-quinze centim&#232;tres de long&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La viande aussi, la viande comme architecture. Plus de quinze ans qu'il est entr&#233; pour la premi&#232;re fois dans un abattoir, au Lion d'Angers, puis &#224; la Fert&#233;-Bernard, et r&#233;cemment &#224; Rungis, o&#249; on ne tue pas mais d&#233;coupe, et lui il fait le geste de promener en l'air, sur les carcasses imaginaires, son petit camescope. &lt;i&gt;Des rivi&#232;res de sang. Le bruit est terrifiant. Quand ils scient les os, un bruit terrible. Les gens qui sont confront&#233;s &#224; &#231;a toute la journ&#233;e. Ceux qui enfoncent le couteau, ils se remplacent toutes les heures, sinon c'est trop &#233;prouvant. C'est &#231;a que je veux peindre&lt;/i&gt;. Mais quand il ajoute que cette masse de rouge et de blanc qu'il montre, encore en gestation, est peinte sp&#233;cialement pour Chambord parce que &lt;i&gt;renvers&#233;e elle fait presque une croix&lt;/i&gt;, et que la disposition des os lui rappelle l'escalier en double-vis de L&#233;onard de Vinci, est-on encore les pieds dans l'abattoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la photographie comme s&#233;paratrice de monde : il parle encore avec une sorte de rage du son s&#233;jour &#224; la villa M&#233;dicis, il y a bient&#244;t vingt ans. Il a derri&#232;re lui d&#233;j&#224; une &#339;uvre forte. Pour moi, cinq ans plus t&#244;t, la villa M&#233;dicis a &#233;t&#233; le contact direct avec l'&#339;uvre des peintres, et d'abord le Caravage dont cette fa&#231;on d'expression physique de la toile depuis sa propre surface a quelque chose de ce que propose Philippe Cogn&#233;e. Mais lui, effet contraire. &lt;i&gt;Comme s'il n'y avait plus rien &#224; peindre&lt;/i&gt;. Au retour il se met &#224; photographier tout ce qui l'entoure. Proc&#232;de par cercles concentriques. Ce faisant, il montre le bout de ses chaussures. Puis le sol &#224; vingt centim&#232;tres devant. Et dans ce qu'il photographie ainsi, les murs de la pi&#232;ce, les couloirs, puis la rue, les champs. Il d&#233;couvre l'ordinaire. Dans ce trou pour la cr&#233;ation, il quitte son premier univers, de b&#234;tes et de fantasme, pour retrouver la m&#234;me chose dans l'exp&#233;rience directe du monde au pr&#233;sent. Quel monde ? Celui qui arbitrairement est l&#224;. Ce qui fait la force aujourd'hui des toiles de Philippe Cogn&#233;e. Ce ne sont pas ces photographies, que je vois, mais les peintures que sont devenues ces 285 photographies, une fois recouverte, et &#339;uvre en tant que telle : elles nous disent le proche comme vision int&#233;rieure. Il dit : &lt;i&gt;J'oublie le sujet qui est dessous&lt;/i&gt;. Il dit : Peindre des vaches, j'allais dans les champs pour peindre des vaches. Et devant votre air interloqu&#233;, une dr&#244;le de r&#233;flexion : &lt;i&gt;Il y a beaucoup de peintres, quand ils ont travers&#233; une crise dans leur vie, qui sont all&#233;s peindre des vaches&lt;/i&gt;. Et pour vous en donner la preuve, il cite Baselitz, s'embarque dans Malcolm Morley.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la photographie comme s&#233;paratrice de monde, bis : les villes que pr&#233;sente Philippe Cogn&#233;e sont obs&#233;dantes. Non pas une fa&#231;on d'installer la ville en peinture, mais comme une fouille. De dessus, de face en mouvement, absorb&#233; dans l'&#234;tre-l&#224; d'un fragment partiel de la ville, ou les d&#233;ployant tout enti&#232;res dans leur verticalit&#233;. &#338;uvre-ville ? Elles sont d&#233;sormais probablement l'aspect le plus connu de son travail, parce qu'elles nous r&#233;v&#232;lent que la r&#233;alit&#233;, comme les ph&#233;nom&#232;nes physiques bien plus &#233;loign&#233;s, est hors de nos pr&#233;-acquis de repr&#233;sentation. Ses tours de Tel-Aviv sont comme implos&#233;es du dedans, c'est l'int&#233;rieur du cr&#226;ne de Paul Klee devenue peau transparente de l'air trouble des villes. Ses verticales de Hong Kong d&#233;noncent les banques toutes puissantes, et le grouillement archa&#239;que de l'humanit&#233; maintenu dans une exploitation aussi dure m&#234;me &#224; la verticale, mais dans la toile vous avez ce point noir autour duquel tout tourne : ce qu'il a rendu, c'est notre propre vertige dans le monde. Notre face &#224; face avec le monde. Je regarde ces humbles masures mexicaines dont la source r&#233;elle se situe quelque part, l&#224;-bas de l'autre c&#244;t&#233; du monde, sur la radiale entre l'a&#233;roport et la ville : et le myst&#232;re est le m&#234;me. &#201;nigme de ce qui nous fascine, quand la peinture renvoie malgr&#233; tout &#224; la fascination de l'objet m&#234;me, mais que rien de cet objet ne permettrait &#224; la peinture de fasciner comme lui, et qu'il faut tout reprendre, r&#233;inventer. &lt;i&gt;Une peinture, c'est une peau pos&#233;e sur une surface, il faut lac&#233;rer la peau pour trouver chair dessous, cultiver la peinture comme on cultive la terre&lt;/i&gt; : il suffit de &#231;a pour qu'on les trouve, dessous, toutes ces villes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du recouvrement du monde : dans la grande cassure au d&#233;but des ann&#233;es 90, ce geste de se saisir des photographies, et d'y appliquer la peinture avec cette exigence miniaturiste des ma&#238;tres. Cet exercice, ce d&#233;but d'ann&#233;e 2014, Philippe Cogn&#233;e le pratique encore, cette fois sur les r&#233;alisations m&#234;me de l'art contemporain et tous ceux qui le font, dont lui-m&#234;me. C'est ce travail qui est en cours lorsque, ce mois de janvier 2014, je lui rends visite. Qu'est-ce qu'on efface du monde, en &#233;liminant ce qui &#233;tait son empreinte ? Qu'est-ce qu'on reconstruit plus pr&#232;s du monde, &#224; planter la couleur avec les vieux ingr&#233;dients et outils du peintre, l'huile, les pigments, les pinceaux fins ? Est-ce qu'on ne dit pas : ceci est mon rapport au monde, ceci est le r&#233;el que je vois dans le r&#233;el, et vous am&#232;ne o&#249; le r&#233;el est votre r&#234;ve, pr&#233;cis&#233;ment ce qui nous relie encore au monde, nous le propose comme possible malgr&#233; le d&#233;senchantement du pr&#233;sent. Si vieille t&#226;che du peintre parmi nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dit de la photographie : &lt;i&gt;Je veux toujours travailler sur ce qu'il y avait juste avant&lt;/i&gt;. Il dit de la notion de r&#233;el : &lt;i&gt;Si j'isole le quart de mon tableau, c'est abstrait &#8211; mais &#231;a ne me suffit pas&lt;/i&gt;. Il dit de la composition : &lt;i&gt;&#234;tre attentif au passage entre les plans&lt;/i&gt;. Il dit : chercher un &#233;quilibre. De l'importance du geste : &lt;i&gt;Deux jours, trois jours de travail pr&#233;paratoire, o&#249; tu jettes des choses. Le temps de trouver le geste juste&lt;/i&gt;. De la notion de paysage : &lt;i&gt;Un paysage en mati&#232;re&lt;/i&gt;. Pour expliquer, d&#233;brouillez-vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'il reste &#224; faire, en peinture, avec l'autoportrait ? Francis Bacon et d'autres ont pouss&#233; la distorsion si loin. Mais on peint quoi de soi-m&#234;me aussi quand on peint une cour d'immeuble, une machine &#224; laver ou un r&#233;frig&#233;rateur, ou les tours g&#233;antes d'Hong Kong m&#234;me si elles grimacent de tous les rictus de l'argent, du cauchemar et de la plan&#232;te folle ? &lt;i&gt;L'autoportrait c'est toujours quand je suis en p&#233;riode de crise. On est l&#224; pour peu de temps, notre corps est provisoire&lt;/i&gt;. Je regarde le visage de Philippe Cogn&#233;e : o&#249; est la folie des peintres, dans l'&#339;il, dans le mental, dans la main ? Il m'a montr&#233; tout &#224; l'heure ses gestes &#224; la palette &#224; huile, creusant une miniature : tout l'&#234;tre du peintre est discipline. C'est ce contr&#244;le que dans l'autoportrait on rel&#226;che, et cette nuit que dedans soi on creuse ? Il dit ne pas se servir de ses r&#234;ves. Et dans tout son travail, sauf les foules (mais les foules sont comme l'&#233;viction de l'homme de sa propre communaut&#233;) la terre est d&#233;serte de ses hommes : rien qu'une coque vide, qu'elle nous d&#233;plaise ou effraie. Alors on en vient &#224; consid&#233;rer comme logique que le peintre, seul ici en ce territoire sien, sorte de l'homme affable, se dote de cette m&#234;me force rapide dont il t&#233;moigne lorsqu'il brasse pour vous ses ch&#226;ssis plus haut que lui et lest&#233;s de corni&#232;res m&#233;talliques, et nous dise cet &#339;il qui regarde le monde. Mais je ne le savais pas chien. On trouve quoi, dedans soi, &#224; se peindre en homme-chien ? C'est celui-ci, qui vient mordre dans la peinture des villes ? Je ne lui demande pas de r&#233;pondre. D'ailleurs, qui r&#233;pondrait sinon l'homme-chien, qui est la peinture, et non le peintre. Et en &#233;criture, on ne fabrique pas une ombre de soi qui vous mange depuis l'arri&#232;re, pour qu'elle &#233;crive l&#224;-devant, bien au-del&#224; de vous ? &lt;i&gt;La volont&#233; de dire qu'on est animal. Je voulais que mon corps rentre dans un carr&#233;. Je me fous un peu de moi-m&#234;me&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#233;dina de Fez aidant &#224; comprendre les tours &#233;clat&#233;es et chavir&#233;es et recourb&#233;es et envol&#233;es d'Hong Kong : il y a ce geste sien d'arracher un bout de r&#233;el avec les yeux comme on le ferait du poing &#8211; la photo, le camescope servent d'outil neutre, l'ordinateur de deuxi&#232;me interm&#233;diaire, apr&#232;s c'est la toile sur son mur tragique, et le corps qui se livre &#224; elle (pour cela qu'il a besoin d'autoportraits comme pour ricaner &#224; &#233;galit&#233; ?). Alors, ce qui se dresse de Fez ou des banques de Hong Kong c'est probablement une vue juste, mais localis&#233;e. En chaque point de la toile est cette vision localis&#233;e et partielle. Le tableau qui les rassemble et les dresse, depuis ces d&#233;chirantes images de foules, est la n&#233;gation de tout rassemblement selon perspective. La litt&#233;rature avec Faulkner a perdu &#224; jamais le point de vue du narrateur qui tout voit et tout embrasse depuis son propre lieu d'&#233;nonciation. L'artiste qui peint, ici, en a pareillement fait deuil : et si ces toiles nous attrapent par le ventre et l'&#233;motion, que nous tenons &#224; cet irrationnel qui les fait n&#244;tres, est-ce que ce n'est pas pour le franchissement ainsi initi&#233; vers le chaos et la profusion et le d&#233;lire ou le danger du monde, ce qui pr&#233;cis&#233;ment est pour nous le pr&#233;sent, et nous dedans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le pinceau, trouver son &#233;criture&lt;/i&gt;&#8230; Et donc voici mis ensemble, dans ce vrac comme dans la m&#234;me paume resserr&#233;s, ce que je d&#233;couvre d'abord dans l'atelier, puis dans cette r&#233;serve qu'il faut bien b&#226;tir si on est soi-m&#234;me cette suite de mondes refaits, qui maintenant circulent d'exposition &#224; exposition, et gardent sur leur emballage de papier-bulles les &#233;tiquettes d'o&#249; ils reviennent, ce sont les immeubles et les machines &#224; laver, et les animaux fantastiques, et les autoportraits, et bien s&#251;r la suite des &#171; Google &#187; et l'explosion permanente des villes. Alors ces paysages qui sont l'antith&#232;se des villes, mais les rejoignent lorsque c'est le TGV qui troue le temps &#224; l'&#233;cart de tous les signes, est-ce que ce n'est pas la m&#234;me d&#233;marche, le m&#234;me poing tenu ? Et les carcasses d'animaux : le corps architecture, est-ce qu'ils ne portent pas dedans le m&#234;me &#233;clatement et g&#233;om&#233;tries que la ville ? Et si cela impose d'aller le saisir en son lieu m&#234;me, l&#224; o&#249; on tue ? Philippe Cogn&#233;e redessine le geste du petit camescope qui filme &#224; la vol&#233;e il l'a fait. Et c'est cela qui impose ensuite, pour revenir &#224; la violence m&#234;me de l'exp&#233;rience, que ces carcasses soient peintes grandeur nature, deviennent cath&#233;drales ? Quinze ans l&#224; aussi qu'il s'attelle &#224; cette trace, s'y tient. Et pourtant des traces de ce m&#234;me rouge des viandes verticales, il y en a aussi dans les immeubles, ou les autoportraits, ou les amoncellements de rebut dans les d&#233;chetteries banales de nos bords de ville recyclable, elles aussi faites peintures du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il faut que ce soit bien accroch&#233; au sol, il ne faut pas que &#231;a flotte&lt;/i&gt;. Des toiles de Philippe Cogn&#233;e, je ne connaissais que l'apparence, ces glacis, ces transparences, ces cin&#233;tiques, et cette &#233;trange sensation de pr&#233;sence jet&#233;e qui vous met devant la toile comme vous &#234;tes devant la ville, lorsque la ville est trop grande, est trop dans le vacarme ou pue l'&#233;chappement quand il g&#232;le, ou que le jour n'arrive pas &#224; se faire. Quand on a vu une fois son geste, et lui comme suspendu &#224; son bras contre le haut de la toile plut&#244;t que lui commandant, la vue se renverse. De l'atelier de Philippe Cogn&#233;e, je garde le sentiment l&#233;ger et comme tr&#232;s doux des r&#233;cipients remplis de cire d'abeille, et sa main &#224; lui, la m&#234;me main qui vient sur la toile avec ses truelles, ses brosses et ses fers, qui soul&#232;ve les l&#233;gers copeaux blonds et les laisse doucement retomber pour vous faire go&#251;ter l'odeur miell&#233;e qui atteste de leur provenance vivante, la ruche, les fleurs et l'insecte. &lt;i&gt;L'odeur compte &#233;norm&#233;ment, comme travailler avec le miel&lt;/i&gt;. Pareil les &#233;tag&#232;res o&#249; il pr&#233;pare ses couleurs : elles portent toutes les transparences et nuances des verts ou des bleus, et la suite de ces noms qui sont la po&#233;sie du peintre. La cire est une mati&#232;re qui durcit en gardant ses transparences. Sur les toiles de Philippe Cogn&#233;e on voit les &#233;paisseurs, les accumulations, les ruptures et plans. Qu'on s'&#233;loigne, c'est la pr&#233;cision des images telles qu'on les voit dans les r&#234;ves, avec cette part d'inaccessible. Alors, quand il revient &#224; la toile avec ses fers (le fer qui tranche, le fer qui racle, le fer &#233;lectrique port&#233; &#224; blanc) est-ce le m&#234;me travail ou le m&#234;me peintre ? Une sculpture commence sur la toile m&#234;me. Elle produit des fusions : la main du peintre est la m&#234;me, puisqu'avec la chaleur il organise comment cela se fond et m&#234;le. D'autres nuances naissent. Mais le glacis qui appara&#238;t est la lecture m&#234;me de cette violence qui d&#233;finit le monde r&#233;el, et qui vient hurler sous la premi&#232;re image. Alors non plus une image statique, mais des conflits et tourbillonnements et glissements : tout est mouvement &#8211; ce &#171; mouvement qui d&#233;place les lignes &#187;, comme le disait Baudelaire du vers. Ce qui na&#238;t de la mati&#232;re, par la distorsion port&#233;e dans la premi&#232;re cire. Y a-t-il jamais eu un peintre fort, sans ce signe particulier qui distingue leur fabrique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la distorsion : qu'est-ce que Philippe Cogn&#233;e voit, dans sa confrontation au monde ? Est-ce qu'il voit seulement avant de peindre ? Qu'est-ce qui justifie, confront&#233; &#224; un fragment de r&#233;el, qu'on soit dans la pulsion ou l'envie ou la seule possibilit&#233; de peindre ? Lorsqu'il imprime la mauvaise photo faite &#224; la va-vite, ou extraite d'une vid&#233;o, cherche-t-il &#224; y trouver plus que les quelques traits de dessin au fusain noir qui sont sur la toile comme les crochets o&#249; harponner la peinture ? Est-ce une certaine tonalit&#233; de couleur &#224; tel endroit pr&#233;cis, qualit&#233; d'un vert, conjonction d'un bleu ou d'un rouge dans l'&#233;normit&#233; grise du monde, ou seulement ce myst&#232;re de la g&#233;om&#233;trie, quand les formes immobiles sont un vocabulaire aussi riche que celui du th&#233;&#226;tre &#8211; trag&#233;die, attente, mouvement, &#233;quilibre, s&#233;r&#233;nit&#233; ou inqui&#233;tude. Sc&#233;nographies d'une passion moderne, et l'orgueil qu'il ne s'agisse pas des th&#232;mes h&#233;rit&#233;s, mais tout simplement de notre rapport au monde, tel que l&#224;-devant cette baraque de chantier, parce que tels nous sommes. Toiles capables d'exploser tout le b&#233;ton du monde en chaque point qu'autour de nous l'homme par le ciment s'oppose &#224; l'homme. C'est bien cette tension immobile qui conf&#232;re &#224; chaque toile son th&#233;&#226;tre, mais le nie comme art possible &#224; c&#244;t&#233; ou au-del&#224; d'elle-m&#234;me, la toile &#8211; et la renvoie &#224; cet &#234;tre-l&#224; muet du monde sans langue, et qui ne se repr&#233;sente pas lui-m&#234;me. Pas d'&#233;cart entre le r&#233;frig&#233;rateur, la machine &#224; laver, et les grandes tours fantastiques et recourb&#233;es de Tel Aviv.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Portraits. Les gens qui traversent l'atelier laissent cette trace. Il la construit comme l'aurait fait un de ces peintres autoritaires du XVIIIe si&#232;cle, qui voulait d&#233;montrer la morale, et placer toute la socialit&#233; dans le corps, les tracas, l'histoire et les r&#234;ves dans un coin du front. Mais l'homme moderne a gard&#233; peu de tout cela dans son apparence : et lui-m&#234;me, le peintre, une sorte d'&#233;l&#233;gance, soudain bris&#233;e par cette &#233;nergie quand il l&#232;ve ses ch&#226;ssis, revient sur la toile avec un fer port&#233; &#224; blanc. Plus rien du romantique aux cheveux en d&#233;sordre et regard en effroi : la peinture creuse en vous-m&#234;me et vous traverse. Seulement, ce qu'elle dit, c'est cela : dedans vous est le vieux monstre &#8211; alors c'est soi-m&#234;me, le portrait. Alors oui se peindre soi-m&#234;me homme-chien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rendre hommage &#224; tout ce qu'on ne voit pas&lt;/i&gt;&#8230; On est dans son entrep&#244;t : un b&#226;timent sp&#233;cialement con&#231;u pour accumuler. Ce qui part pour une exposition et en revient. Et sa propre histoire. Un auteur garde son manuscrit ou son fichier, les livres sont des bulles &#224; six faces et huit angles parties se promener sans lui : la toile quand elle part pour une collection ne laisse pas de trace derri&#232;re elle. Alors ces toiles, ici, sont plut&#244;t l'histoire de celle qui est partie. Mais, pour Tel Aviv ou Hong Kong, ou le supermarch&#233; (le supermarch&#233; de peinture qu'est la folle s&#233;rie invent&#233;e par Philippe Cogn&#233;e, et faite de tous nos samedis de course, tous ces moments de retour sur notre humble condition de p&#232;res, un lien forc&#233;ment avec les portraits r&#233;currents des enfants sur la plage, alors qu'ils sont grands et loin maintenant, les enfants), l'&#339;uvre c'est la s&#233;rie, pas la toile unique. Peut-&#234;tre que de toutes les toiles Hong Kong celle-ci alors repr&#233;sente une sorte de somme, d'&#233;nonc&#233; de la question, la trace conserv&#233;e qui serait lien avec les autres toiles parties. Une heure dans ce b&#226;timent fonctionnel et neutre, qui sert aussi d'atelier pour la pr&#233;paration des ch&#226;ssis, et on a toute une vie de peintre : les animaux bizarres, la s&#233;rie des frigos et machines &#224; laver, les cours d'immeubles, une carcasse de viande pens&#233;e comme architecture ou utopie. Et, sur le ciment lisse, laqu&#233; &#224; l'anti-poussi&#232;re, glisse un tr&#232;s grand diptyque avec un fragment de New York ou Chicago, glisse enfin l'explosion vivante de Hong Kong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qui m'int&#233;resse dans le travail, c'est l'id&#233;e parfois de l'&#233;blouissement. Qu'il y ait un &#233;blouissement de la peinture&lt;/i&gt;. Ce serait cela qui nous fascine dans l'exp&#233;rience Google Earth, avec les villes vues &#224; la verticale, comme nous-m&#234;mes jamais ne saurions ainsi les voir : nouveau point de vue que nous prenons de notre r&#233;alit&#233;, ou bien ce que nous en avons fait ? Je pense aux toits techniques de la D&#233;fense : un sol pos&#233; au-dessus de la ville, inatteignable et fait de myst&#233;rieux objets techniques et g&#233;om&#233;triques. Nous zoomons sur la ville depuis l'&#233;cran d'ordinateur grand comme nos deux mains &#8211; la ville est un jouet, on s'y d&#233;place &#224; volont&#233;. La m&#234;me impression de r&#233;alit&#233; nous fait surgir dans des lieux o&#249; jamais on n'aurait os&#233; aller. C'est une repr&#233;sentation complexe, qui nous fait voir de tout pr&#232;s, par le grossissement &#233;cran, ce qui a &#233;t&#233; photographi&#233; par un satellite g&#233;ostationnaire op&#233;rant &#224; 36 000 m&#232;tres de hauteur. Quand, avant que l'avion atterrisse, on aper&#231;oit pareillement la ville &#224; la verticale, il n'y a pas cette suppression des angles qui la rend ici g&#233;om&#233;trique. Et puis, pourquoi se pr&#233;occuperait-on de la couleur de ce que personne ne va voir ? Les sculpteurs des cath&#233;drales, quand ils installaient des gargouilles sur des toits o&#249; personne n'irait, pensaient-ils &#224; cela d&#233;j&#224; ? La ville est une fiction, le probl&#232;me c'est qu'on y vit, dans cette fiction &#8211; le r&#233;el est loin dessous et au-del&#224; du visible, et ses modes abstraits sont aussi r&#233;els que lui-m&#234;me. L'image Google Earth est aussi une image qu'on peut d&#233;plier dans le temps &#8211; si la ville a pouss&#233;, le petit curseur qui retrouve les pr&#233;c&#233;dents passages du satellite nous indiquera cette trace temporelle. Est-ce que c'est cela, le pr&#233;sent qui pourrait &#234;tre d&#233;pli&#233;, ou balay&#233;, et de toute fa&#231;on n'est jamais vu comme cela par personne, qui nous trouble lorsque nous sommes devant ces portraits de ville que sont &#171; les Google &#187;, comme il nomme ses compositions issues d'un d&#233;tail des vues satellitaires de Google Earth, quand agrandies, tendues sur leur propre abstraction, pass&#233;es &#224; l'essorage physique du peintre et magnifi&#233;es par la taille du tableau ou son assemblage en diptyque, elles deviennent ce que nous savions d'avance de la beaut&#233; potentielle de la ville, malgr&#233; tout ce qu'elle nous fait, et quand bien m&#234;me jamais nous ne la verrons ainsi. Huit ans qu'il a lanc&#233; ce chantier, un autre de ses rendez-vous avec lui-m&#234;me, et qu'il n'est pas question aujourd'hui de clore : pour la trentaine de toiles r&#233;alis&#233;es, combien de myst&#232;res encore dans les toits de New York ou Chicago ? &lt;i&gt;Une surveillance verticale, par rapport au monde tel qu'il est. Comme une toile d'araign&#233;e. Un travail de toujours &#8211; c'est la vision verticale qui est contemporaine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme lui il passe la main sur les surfaces lisses et dures de ses &#171; Google &#187;, vous en faites autant. La visite de l'atelier, chez Philippe Cogn&#233;e, c'est le droit que vous prenez de toucher la peinture avec les mains. Sentir d'un coup, pour le mouvement que vous avez &#224; faire pour suivre la trace, l'&#233;tendue, comment cela est surface, comment cela est tension, distance, mouvement. On demande timidement si on n'exag&#232;re pas, on dirait que &#231;a le fait sourire : C'est solide. Quel lien avec l'autre lieu, celui o&#249;, une fois que les ch&#226;ssis sont pr&#234;ts, on les dresse contre le mur pour peindre : un atelier non pas en cube comme celui de C&#233;zanne (les quatre faces occup&#233;es, et cette grande fente verticale contre la verri&#232;re nord pour pouvoir extraire de la fabrique les toiles grands formats), mais en longueur, avec ce mur nu tout au bout qui tient de la sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre sans estrade, ou presque du rituel urbain qu'est aussi le cin&#233;ma, avec le mur blanc comme un &#233;cran o&#249; la toile sera le film, et le film la fabrique de la toile. Et puis, &#224; mesure qu'on s'&#233;loigne du mur de travail, ces espaces pour l'huile et la peinture en miniature, les commodit&#233;s que sont l'ordinateur, la photo et l'imprimante, et remontez encore c'est la biblioth&#232;que (les livres, entass&#233;s jusque dans les interstices entre solives et plafonds, un dialogue donc n&#233;cessaire ? &#8211; et c'est pour cela qu'il emploie le mot &#171; &#233;criture &#187; pour sa peinture ?), et puis cette mezzanine o&#249; tout cet atelier int&#233;rieur a gard&#233; trace. &#201;crire, dessiner, effacer, il dit : &lt;i&gt;Je dessine dans un double geste d'&#233;crire et de gommer ou d'effacer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai toujours travaill&#233; beaucoup&lt;/i&gt;. Ou bien : &lt;i&gt;&#199;a me redonne l'envie de peindre encore plus&lt;/i&gt;. Une peinture-volcan ? Moi aussi j'ai march&#233; sur le V&#233;suve : si l'Etna est un monde qui change &#224; chaque virage des pistes, le V&#233;suve est presque g&#233;om&#233;trique, et st&#233;rile. Une masse lourde de poussi&#232;re, et quand on arrive sur le bord us&#233;, la grande marmite ronde (on n'approche pas celles de l'Etna) avec cet effondrement dessous, d'o&#249; sortent des brouillards blancs, tandis que l'odeur des poussi&#232;res, qui vous fait gris aussi, se m&#234;le &#224; celle du soufre, et qu'en bas est le glacis de ce qui bouillonne, et qu'en ce flou on tomberait, cela vous avalerait. Quel peintre moyen ne se serait pas suffi de ce que me montre en cet instant Philippe Cogn&#233;e, agr&#233;gats monochromes comme de sculpter avec la mati&#232;re m&#234;me du fusain. C'est de cette rencontre du volcan qu'il date la transition &#8211; cette acception de ce qui est imm&#233;diatement devant soi, et de l'avoir pr&#233;alablement bu, le volcan, pour peindre pourtant &#8211; alors tout est possible, le frigo et la baignoire, la foule et le container, un cr&#226;ne ou soi-m&#234;me &#8211; qu'un jour il parvienne &#224; peindre comme une de ses &#171; vanit&#233;s &#187; son propre cr&#226;ne ou sa t&#234;te en mort ? &#192; le voir pousser les lourds ch&#226;ssis de bois viss&#233;s sur corni&#232;re d'aluminium, et que l&#224;-haut veillent les premi&#232;res t&#234;tes g&#233;antes fa&#231;on encore africaine, on ne peut pas emp&#234;cher que &#231;a vienne &#224; l'id&#233;e. Ses cath&#233;drales &#224; lui commencent lorsqu'on ouvre les c&#244;tes des carcasses pendues : et ce ne serait pas nous-m&#234;mes, ainsi mis en perce, pour trouver cet &#233;trange &#233;quilibre qui alors surgit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a une gourmandise, c'est de l'ordre de l'urgence&lt;/i&gt;. Fa&#231;on qu'a cette peinture de se jeter &#224; votre figure (ces &#224;-plat de cire chahut&#233;s, &#233;pais et violents, pi&#232;ges &#224; lumi&#232;re, on n'est pas habitu&#233;). Et soudain c'est lui-m&#234;me le peintre qui, dans la position du chien, semble vouloir l'accomplir. Et qu'il se voie en rose, lui dont une part du peindre surgit du volcan gris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qui m'int&#233;resse c'est de peindre l'id&#233;e, ce qui reste quand on est parti&lt;/i&gt;. Chambord, portraits : d'un mot apparemment simple comme &#171; portrait &#187;, qu'est-ce qui rapproche en ces m&#234;mes pi&#232;ces, sur de m&#234;mes murs, les recouvrements de vieilles toiles de ma&#238;tres, les paysages, les carcasses de viande, ou bien ce qui est portrait d'une ville, de poissons ou de soi-m&#234;me ? L'&#339;il du poisson ne diff&#232;re pas tant du n&#244;tre, mais lui ne nous portraiturerait pas. &#171; Portrait : repr&#233;sentation exacte d'un objet quelconque &#187;, dit Littr&#233; : mais qu'y aurait-il d'exact ici o&#249; tout, pour &#234;tre v&#233;rit&#233;, est repr&#233;sentation, &#233;cart, distorsion ? &#171; Portrait : description qu'on fait de l'ext&#233;rieur, du caract&#232;re d'une personne &#187;, dit Littr&#233; : cela conviendrait mieux, par le d&#233;s-&#233;crire, la d&#233;construction du geste de peindre comme scription du monde. &#171; Portrait : image d'une personne faite &#224; l'aide de quelqu'un des arts du dessin &#187;, dit Littr&#233; : il est beau ce singulier qui amplifie un outil parmi tous ceux de la main qui trace, peint, dessine. C'est peut-&#234;tre ici qu'on renverserait et justifierait le mot &#171; portrait &#187; : dans la stabilit&#233; des directions de travail et la permanence de l'effort-monde qu'est l'&#339;uvre de Philippe Cogn&#233;e, la justification du mot portrait en ce sens qu'ici c'est le sien qui s'expose. Et par ce geste nous ouvre &#224; nous-m&#234;mes : force qu'on cueille, et nous renvoie ouvert et &#233;largi au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si on est peintre &#224; risque&lt;/i&gt;, dit-il.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Philippe Cogn&#233;e, 2 | fragmentation de la ville, une utopie de marbre</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3972</link>
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		<dc:date>2015-08-18T15:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>art, mus&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>Cogn&#233;e, Philippe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;expo Philippe Cogn&#233;e &#224; Chambord&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique66" rel="directory"&gt;arts&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot646" rel="tag"&gt;art, mus&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot832" rel="tag"&gt;Cogn&#233;e, Philippe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3972.jpg?1400429996' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff3972.jpg?1400430040&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;tranget&#233;, apr&#232;s avoir travers&#233; le travail de Philippe Cogn&#233;e &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3833' class=&#034;spip_in&#034;&gt;dans son atelier&lt;/a&gt;, de le red&#233;couvrir in situ au deuxi&#232;me &#233;tage de Chambord, moins ch&#226;teau qu'oeuvre m&#234;me, utopie de pierre autant qu'&#233;criture cosmogonique et &#233;sot&#233;rique, lumi&#232;res de L&#233;onard de Vinci et son &#233;quilibre. En m&#234;me temps, dans cette puissance de nature rest&#233;e vierge tout autour, et le surgissement blanc, que 450 000 personnes, dont seulement une moiti&#233; de Fran&#231;ais, traverseront ces salles d'ici fin ao&#251;t, quand on restituera &#224; Philippe les 82 oeuvres expos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;calage dans l'image de l'oeuvre : non plus les supermarch&#233;s, les villes verticales, les foules, les effondrements modernes (Shangai, Tel Aviv) qui sont ce par quoi Philippe Cogn&#233;e nous tient &#224; la ville, mais sa rage de peindre : peindre en amont de toute id&#233;e de ce qu'on peint et pourquoi. Travail sur l'int&#233;rieur des carcasses de viande pendues &#224; Rungis, travail sur les paysages qui filent par les fen&#234;tres du TGV, travail permanent de captation de l'humain &#8211; ces portraits... Dans une br&#232;ve vid&#233;o (que je n'avais pas vue au moment o&#249; j'&#233;crivais le texte du catalogue, sinon je serais revenu sur ces questions) l'id&#233;e qu'&#224; mesure qu'il avance en &#226;ge un peintre peut perdre en pr&#233;cision, et que sa peinture est d'autant plus proche et puissante, citant les mains dans les &lt;i&gt;M&#233;nines&lt;/i&gt; de Velasquez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une des salles du deuxi&#232;me &#233;tage, pourtant, on change soudain de monde. Le geste de L&#233;onard de Vinci est un geste au pr&#233;sent, qui le reste aujourd'hui. Rien qui choque, dans le retrait du monde et du pr&#233;sent auquel nous confronte Chambord, &#224; retrouver devant nous ces toiles g&#233;antes fabriqu&#233;es &#224; la cire depuis des d&#233;tails de Google Earth pris aux villes qui symbolisent le mieux notre condition moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'attendais &#224; les trouver, mais pas ce que Philippe Cogn&#233;e nomme &lt;i&gt;sa maquette&lt;/i&gt;. 960 kilos de marbre, des blocs qu'il a fait d&#233;couper sans instruction plus pr&#233;cise, h&#233;ritant de pr&#232;s de 4000 morceaux dont aucun n'est &#233;gal au voisin, reproduisant par simple entassement l'arbitraire des villes o&#249; nous marchons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Philippe Cogn&#233;e, l'id&#233;e de maquette prime m&#234;me sur celle de la ville. &#171; C'est toi qui vois d'abord une ville &#187;, me dit-il. Mais les quatre &#171; Google &#187; g&#233;ants qui nous entourent sur chaque mur de ce mastaba (la fen&#234;tre est occult&#233;e par une des toiles) ne nous disent-ils pas quatre fois la ville ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Cogn&#233;e a une mani&#232;re plus simple d'&#233;noncer son projet : il tend les deux bras et les rejoint, dit que c'est le mouvement qu'on a quand on embrasse. Et que ce cercle alors d&#233;finit par les bras, c'est l'espace qu'il voulait remplir, comme une projection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'ai trop de ville dans la t&#234;te. La question de la maquette est ancienne : en M&#233;sopotamie, si un clou en fer (cette raret&#233;), plant&#233; en son sol de terre, symbolisait que votre maison de terre vous appartenait, le palais du prince, pour la m&#234;me symbolique, abrite une maquette de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1746' class=&#034;spip_in&#034;&gt;M&#233;galopolis&lt;/a&gt;, R&#233;gine Robin d&#233;crit l'importance pour les New Yorkais de cette maquette de leur propre ville, install&#233;e dans le Queens. &#192; Chicago, en octobre, dans le b&#226;timent de l'&#233;cole d'architecture, nous nous arr&#234;terons longtemps, aussi, devant une immense maquette de la ville qui a quasiment m&#234;me taille et proportions que l'&#233;talement de marbre propos&#233; ici par Philippe Cogn&#233;e. Il y a aussi ce curieux passage de Proust, o&#249; on convoque le &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3226' class=&#034;spip_in&#034;&gt;regard confront&#233; &#224; une maquette&lt;/a&gt; pour rendre compte de ce fait absolument nouveau, l'arriv&#233;e de l'&#233;lectricit&#233; dans la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'architecte, la maquette est &lt;i&gt;en partie&lt;/i&gt; une fin en soi : le lieu de la m&#233;ditation, du repli sur soi avant projection vers ce qui sera le b&#226;timent r&#233;el. Sinon ce ne serait pas une construction aussi radicalement aboutie, &#233;tape aussi n&#233;cessaire. C'est ce &lt;i&gt;en partie une fin en soi&lt;/i&gt; qui fait qu'ici on est devant une maquette et non pas devant une ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et combien portons-nous de ces vues r&#233;elles en plong&#233;e, d&#232;s lors qu'on est arriv&#233; en avion au-dessus de Manhattan, Chicago ou Montr&#233;al ? Et l'id&#233;e de la destruction possible de la ville, depuis le &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article15' class=&#034;spip_in&#034;&gt;11 septembre 2001&lt;/a&gt; comment ne serait-elle pas associ&#233;e &#224; cette m&#234;me vue plongeante, massive, ind&#233;chiffrable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle ville, alors, si elle ne comporte ni rue, ni ordre ni art&#232;res ? Ville sans rues, ville sans cartes : la ville empilement d'hommes, concat&#233;nation, effrondrement pr&#234;t, et inscrit en elle-m&#234;me avec la force de loi du marbre, et son &#226;ge de pierre. En quoi fabriquer une ville sans la respiration de la ville, sa dynamique circulatoire, est &#224; nouveau l'intervention de l'artiste et sa marque, comme les quatre g&#233;ants verticaux qui nous environnent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de r&#233;ponse. Sauf en l'objet m&#234;me : cette notion d'&lt;i&gt;installation&lt;/i&gt; qu'on a tant de mal &#224; d&#233;finir en &#233;cole d'art &#8211; que les quatre g&#233;ants au mur sont d'autant plus eux-m&#234;mes que cette ville au sol les met en tremble, et que ce marbre pesant, rassembl&#233; sur le sol, semble exp&#233;dier sur toute la paroi du monde les g&#233;ants dont il nous s&#233;pare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'en janvier, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3833' class=&#034;spip_in&#034;&gt;en visitant son atelier&lt;/a&gt;, Philippe Cogn&#233;e savait m&#234;me qu'il installerait &#224; Chambord sa &lt;i&gt;maquette&lt;/i&gt; de marbre ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;[1]&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Remerciements renouvel&#233;s &#224; &lt;a href=&#034;http://livreaucentre.fr/2011/10/ecrivains-a-chambord-rencontre-avec-yannick-mercoyrol/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Yannick Mercoyrol&lt;/a&gt; de m'avoir associ&#233;, ainsi que &lt;a href=&#034;http://www.beauxartsparis.com/formation/professeurs/140-clelia-zernik&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Clelia Zenik&lt;/a&gt;, &#224; l'&#233;laboration de ce catalogue. Il ne s'agit pas d'un texte &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt;, et tout simplement d'une &#233;lucidation au plus pr&#232;s de ce qui compte pour soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;[2]&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les couleurs des images ci-dessous ne rendent pas compte de l'organisation des couleurs dans le lieu, sur les toiles, et pour la maquette elle-m&#234;me. Disons que je les assume l&#224; o&#249; j'en suis de l'&#233;volution de ma propre vue, entre taches noires, myopie, non reconnaissance des visages, et que c'est sans doute ce que je cherche (voir ce que je n'ai pas pu voir, reconstituer voir dans l'apr&#232;s, puisque la question m'a &#233;t&#233; pos&#233;e) en promenant d&#233;sormais avec moi en permanence un appareil-photo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_5078 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cogne_e-chambord-maquette-1b.jpg?1400428298' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5072 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cogne_e-chambord-marbre-2.jpg?1400424499' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5073 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cogne_e-chambord-marbre-3.jpg?1400424499' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5074 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cogne_e-chambord-marbre-4.jpg?1400424499' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5075 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cogne_e-chambord-marbre-5.jpg?1400424499' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5076 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cogne_e-chambord-marbre-6.jpg?1400424499' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5077 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cogne_e-chambord.jpg?1400424499' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Philippe Cogn&#233;e, 1 | l'atelier ressemble au peintre</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3833</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3833</guid>
		<dc:date>2015-08-18T07:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Nantes, Rennes, Bretagne</dc:subject>
		<dc:subject>coup de projo</dc:subject>
		<dc:subject>Cogn&#233;e, Philippe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;immersion dans la fabrique d'un des plus stup&#233;fiants sauts contemporains dans la repr&#233;sentation de la ville, toutes disciplines confondues&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour entrer dans l'&#233;tonnante pr&#233;sence d'un grand peintre de la ville et son imaginaire&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;coup de projo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot832" rel="tag"&gt;Cogn&#233;e, Philippe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3833.jpg?1388822170' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Longtemps que je connais le travail de Philippe Cogn&#233;e, et le reconnais pour un des plus centraux, d'une approche qui ne concerne pas que les peintres, mais tout notre rapport &#224; la r&#233;alit&#233; urbaine, non pas la question m&#234;me d'une figuration ou de la r&#233;alit&#233;, mais notre plein rapport &#224; l'imaginaire dans la moindre parcelle du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne connaissais (un peu) du travail de Philippe Cogn&#233;e que ce qui faisait intersection avec le mien : il a &#233;t&#233; des premiers &#224; prendre pour &lt;i&gt;motif&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;sujet&lt;/i&gt; (il accepte le vocabulaire de la haute tradition des peintres) les immeubles des bords de ville, puis les int&#233;rieurs de supermarch&#233;s, et d&#232;s 2006 &#224; travailler &#224; partir des images abstraites que fournit des villes Google Earth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de Philippe Cogn&#233;e tient aussi &#224; sa technique (une de ses techniques, mais quand m&#234;me la technique principale, tout ce que je d&#233;couvrirais hier en meilleur d&#233;tail, depuis les premi&#232;res toiles avec arrachements &#224; la pioche ou grav&#233;es &#224; la tron&#231;onneuse dans l'&#233;paisseur de la peinture), technique qu'il perfectionne, utilise quasiment lui seul et qui &#224; rebours donne signature &#224; son travail : l'utilisation de la cire d'abeille au lieu de l'huile, avec les m&#234;mes pigments qu'il &#233;chafaude lui-m&#234;me, et lorsque cette premi&#232;re &#233;tape est stable, appliquer un film plastique transparent sur la toile c'est-&#224;-dire une fois recreus&#233;e, racl&#233;e, r&#233;-&#233;paissie, revenir en force sur la toile avec un fer qui va contraindre la cire &#224; des fusions, des cin&#233;tiques, des glacis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Cogn&#233;e &lt;a href=&#034;http://chambord.org/evenement/philippe-cognee-chambord/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;expose &#224; Chambord&lt;/a&gt; en mai prochain, et comment se d&#233;filer de la proposition (merci Yannick Mercoyrol) d'accompagner le catalogue ? Alors immersion de six heures dans l'atelier, bloc et crayon en main. Il y aura &#224; Chambord quelques-uns de ces Google Earth embl&#232;mes, et tout un travail en cours sur les paysages vus du TGV, un autre &#224; partir des carcasses de Rungis, mais toujours la m&#234;me passion &#224; l'architecture, la construction, les formes, et ce flux violent de la pr&#233;sence des toiles remplies plein cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours ce grand trouble &#224; croiser soudain le chemin de quelqu'un de son &#226;ge, avec tant de croisements et diff&#233;rences dans les lectures, les voyages, et &#8211; quand c'est le peintre &#8211; se d&#233;placer dans la grande cavit&#233; du travail int&#233;rieur qu'est l'atelier, la joie physique qu'ont les peintres &#224; cette &#233;nergie premi&#232;re, d&#232;s la fabrication du cadre (pour Philippe, bois viss&#233; sur une solide armature d'aluminium, puis la toile encoll&#233;e), la fa&#231;on dont il vous fait sentir l'odeur des diff&#233;rentes cires qui sont sa mati&#232;re de base, et les &#233;bauches, les rages et reprises, le travail aussi qui fuit et qu'on d&#233;truit &#8211; tout ce qui nous donne &#224; nous-m&#234;me comme une amplification de ce qu'on ne sait jouer qu'&#224; &#233;chelle d'une page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence m&#234;me des outils, et comment l'atelier lui-m&#234;me semble le vortex pr&#233;paratoire &#224; la toile. Ou les greniers et &#233;tag&#232;res et entrep&#244;t des archives (quand pour un auteur 30 ans de boulot parall&#232;le tout tient en un petit disque dur qui tient dans la poche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, pour entamer l'&#233;criture, ce dont il faudra se lester aussi de couleurs, de vertiges &#8211; les tours folles de Tel Aviv ou ces tours et banques de Hong Kong qui disent toute la d&#233;composition et le danger potentiel d'un monde en d&#233;rive, les &#171; portraits de maison &#187; des plus humbles via des captures Google Street View des rues de Mexico, la suspension d'un projet de vitrail, la qualit&#233; tout simplement de l'accueil...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_4708 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-01.jpg?1388822285' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4709 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-02.jpg?1388822285' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-03.jpg?1388822286' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-04.jpg?1388822286' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-05.jpg?1388822286' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-06.jpg?1388822286' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-07.jpg?1388822286' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-08.jpg?1388822286' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4718 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-cire.jpg?1388823121' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4719 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-fer-2.jpg?1388823121' width='500' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-09.jpg?1388822286' width='500' height='321' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4717 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/philippe-cognee-10.jpg?1388822286' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cergy | comment de 15 Annie Ernaux en faire 30</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4135</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4135</guid>
		<dc:date>2015-01-30T16:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>Suel, Lucien </dc:subject>
		<dc:subject>Cogn&#233;e, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy</dc:subject>
		<dc:subject>Ernaux, Annie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;atelier sp&#233;cial cut-up ou comment &#224; d&#233;chirer des livres ill&#233;galement d&#233;tourn&#233;s du pilon on peut r&#233;inventer un hypermarch&#233; de litt&#233;rature&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique100" rel="directory"&gt;3 | 2013-2019, Cergy, &#233;crire en &#233;cole d'arts&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot164" rel="tag"&gt;Suel, Lucien &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot832" rel="tag"&gt;Cogn&#233;e, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot918" rel="tag"&gt;Cergy &amp; &#233;cole d'arts Paris-Cergy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot919" rel="tag"&gt;Ernaux, Annie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4135.jpg?1428853708' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4135.jpg?1428853717&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;
dans l'usine qui recycle le papier&lt;br/&gt;
non, qui d&#233;truit les livres&lt;br/&gt;
pour ensuite faire des livres exactement pareils&lt;br/&gt;
au d&#233;but j'ai pens&#233; que c'&#233;tait mal j'avais honte&lt;br/&gt;
apr&#232;s j'ai pens&#233; qu'on les avait sauv&#233;s&lt;br/&gt;
ils seraient tous morts sinon&lt;br/&gt;
sacrifi&#233;s pour en faire d'autres exactement pareils&lt;br/&gt;
Amina D.
&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les grandes histoires vraies, on ne sait jamais trop o&#249; elles commencent, c'est &#231;a qui est bien. Ensuite, &#231;a se complique, il faut suivre en amont et en aval, et ce sont des briques qui interagissent les unes avec les autres, chacune cr&#233;ant la possibilit&#233; de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 1 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, &#234;tre sur le quai du RER, je me mets avec les &#233;tudiants, ou pas ? Ils ont le droit de converser sans que le prof s'impose. &#171; Je me mets expr&#232;s en bout de ligne pour &#234;tre tranquille &#187;, me dira M.H. la semaine suivante, et manque de pot j'avais fait pareil et on a super discut&#233;. L&#224;, je me retrouve avec Amina et Angela, et ce ne sont pas les m&#234;mes r&#232;gles que lorsqu'on est en rendez-vous devant leur travail. Je me souviens qu'Amina avait commenc&#233; en me demandant combien j'avais d'enfants, ce que probablement elle ne m'aurait pas demand&#233; &#224; l'&#233;cole, et c'est un peu plus tard vers Conflans qu'elle a dit comme &#231;a avoir trouv&#233; un livre qui parlait du Auchan de Cergy, qu'elle avait lu &#231;a par curiosit&#233; mais bon...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 2 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et donc, toujours RER et apr&#232;s Conflans, Amina parle de ce livre qui raconte une suite de visites au Auchan Cergy, elle n'a retenu ni le titre ni l'auteur mais le Auchan au bout de la rue pi&#233;tonne pour nous c'est comme une aire de service et un objet urbain complexe dans la distribution de circulations et d'espaces. Moi je reconnais de suite et l'informe donc qu'il s'agit plus que probablement du livre d'Annie Ernaux sorti dans la &lt;a href=&#034;http://raconterlavie.fr/collection/regarde-les-lumieres-mon-amour/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;collection Raconter la vie&lt;/a&gt; lanc&#233;e au Seuil au printemps dernier et l&#224; c'est moi qui tombe des nues&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 3 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8230; puisque donc j'apprends par complet hasard qu'elle dispose d'un nombre important d'exemplaires du livre et qu'elle les vend 20 cts l'exemplaire. Moi je sais d&#233;j&#224; depuis quelques semaines qu'Amina, dont la famille continue de vivre au Kazakhstan, vit banlieue sud avec une tante, et que leurs revenus c'est les livres revendus le dimanche sur les brocantes, avec ce d&#233;tail que sa tante ne lit et n'&#233;crit pas le fran&#231;ais mais sait reconna&#238;tre quand elle les ach&#232;te si un livre se vendra ou pas, sauf que l&#224; pour le Annie Ernaux elle s'&#233;tait tromp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L320xH523/poemexpress0569-2a713.jpg?1750428743' width='320' height='523' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Lucien Suel, po&#232;me express.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 4 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense de suite &#224; cette belle s&#233;rie sur le site de Lucien Suel, ses &lt;a href=&#034;http://academie23.blogspot.fr/search/label/Po%C3%A8me%20express&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;po&#232;mes express&lt;/a&gt; par noircissement de pages arrach&#233;es de livres banals. Surtout, le Auchan est souvent pr&#233;sent dans les textes et exp&#233;riences des &#233;l&#232;ves. Par exemple, quand &#233;tait paru le livre d'Annie Ernaux, la m&#234;me M.H. venait de faire une performance sous la forme d'une marche de 3 heures et 10 kilom&#232;tres dans le supermarch&#233;, et travaill&#233; ensuite sur les sensations per&#231;ues, d&#233;cisions d'itin&#233;raires, signes et mots. S&#251;r, &#231;a allait beaucoup plus loin (aucun crit&#232;re de hi&#233;rarchie ou jugement, suis s&#251;r que l'une et l'autre auraient une formidable conversation &#8211; c'est juste pour avancer dans le territoire que cela pose). Par contre, en mai apr&#232;s l'article du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; j'&#233;tais all&#233; &#224; la FNAC juste voisine du Auchan, pensant trouver le livre sur un pr&#233;sentoir ou sur table avec grosse mise en valeur, et non, m&#234;me pas un seul. La FNAC c'est l'effondrement de pire en pire, mais quand m&#234;me &#224; Cergy ils auraient pu faire un effort ? Je fais donc imm&#233;diatement et officiellement la demande &#224; Amina : de lui racheter l'ensemble des 20 ou 25 exemplaires, et comme 20 cts &#231;a me semble trop peu je monte quand m&#234;me un peu le prix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 5 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me pose les questions &#224; moi mais pas &#224; elle. Comment un livre d'Annie Ernaux, imprim&#233; en mars, paru en mai, peut se retrouver au pilon en novembre ? Et puis 20 cts non, &#231;a ne colle pas : les livres envoy&#233;s par les &#233;diteurs au pilon ne peuvent pas &#234;tre revendus, sinon ce serait trop facile. Comment des livres envoy&#233;s au pilon peuvent se retrouver dans les circuits de brocante ? Mais je veux mes exemplaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 6 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que nous faisons cette s&#233;ance, &#201;ric Maillet propose aux premi&#232;res ann&#233;es un exercice de cr&#233;ation sonore, dont voici l'intitul&#233; : &#171; les &#233;tudiants de 1&#232;re ann&#233;e ont pris en main Radio Derechef pour en faire un espace dans lequel ils t&#233;moignent, r&#233;agissent, po&#233;tisent... &#224; des expositions, spectacles, situations, &#233;v&#233;nements, oeuvres, personnes qu'ils ont rencontr&#233;s ; du simple bloc-notes audio &#224; la pi&#232;ce radiophonique &#233;labor&#233;e &#187;. Si vous allez &lt;a href=&#034;http://radio-derechef.url.ph/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le blog de Radio-Derechef&lt;/a&gt;, vous pourrez &#233;couter les travaux des &#233;tudiants. Et l&#224;, ce matin, je d&#233;couvre ce que dit Amina : &#171; Ils d&#233;truisent les livres, pour refaire des livres pareil &#187;. L'intrusion clandestine dans l'usine, les caches de livres qu'on se fait dans l'usine m&#234;me. Qu'est-ce qui est fascinant, le lieu industriel qu'on investit clandestinement, ou le fait qu'on se retrouve dans des montagnes de livres ? Et se souvenir, &#224; &#233;couter cette cr&#233;ation sonore, qu'il s'agit d'abord de cr&#233;ation, et donc avec libert&#233; de fiction...&lt;/p&gt;
&lt;object type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; data=&#034;http://cergyland.fr/audio/dewplayer.swf&#034; width=&#034;200&#034; height=&#034;80&#034; id=&#034;dewplayer&#034; name=&#034;dewplayer&#034;&gt;
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&lt;param name=&#034;wmode&#034; value=&#034;transparent&#034; /&gt;&lt;/object&gt; &lt;p&gt;_ &lt;small&gt;ou &lt;a href=&#034;http://cergyland.fr/audio/Ernaux_Amina.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;podcast iPad&lt;/a&gt;, 4'22&lt;/small&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 7 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;videmment plus que respect pour Annie Ernaux, que je lis depuis &lt;i&gt;La Place&lt;/i&gt;, sans compter les rencontres en colloques et lectures, les amis et traducteurs communs, et &lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?q=fran%C3%A7ois+bon+annie+ernaux&amp;biw=748&amp;bih=429&amp;source=lnms&amp;sa=X&amp;ei=9vDLVPmNI4L_aNLOgsgF&amp;ved=0CAcQ_AUoAA&amp;dpr=3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bien des croisements&lt;/a&gt; qui m'honorent. &lt;i&gt;La place&lt;/i&gt; a fait changer le territoire litt&#233;raire, non pas forc&#233;ment comme irruption de mat&#233;riau neuf (je pense par exemple au magnifique texte &lt;i&gt;L'heure o&#249; nous ne savions rien l'un de l'autre&lt;/i&gt; de Peter Handke &#224; partir de la dalle du centre commercial des Ulys), mais d'obtenir pour ce qui est &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; territoire une reconnaissance symbolique de l'&#233;dition et de la critique VIe arrondissement. Et, dans la vaste bibliographie d'Annie Ernaux, un livre quasi obligatoire c'est &lt;i&gt;Les ann&#233;es&lt;/i&gt;, pour le r&#244;le attribu&#233; &#224; la photographie et &#224; la description de photographie, d&#233;pla&#231;ant d'un cran le rapport de la litt&#233;rature au r&#233;el, quand il cr&#233;e sa propre documentation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;div class='spip_document_6328 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH365/g_dt09cogne01-56d20.jpg?1750428743' width='480' height='365' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Philippe Cogn&#233;e, hypermarch&#233;
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 8 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ne rien inf&#233;rer du pilon : l'&#233;dition en France fonctionne par des mises en place massives, une dur&#233;e de pr&#233;sence librairie qui est en moyenne de 5 semaines, un syst&#232;me aberrant et obsol&#232;te de &#171; retour &#187; &#224; 3 mois pour les &#171; offices &#187;, un stock minimum qui reste chez l'&#233;diteur et le reste on recycle, quitte &#224; r&#233;imprimer si red&#233;collage, ou passer en POD si sorties &#224; moins de 500/an. Mais l&#224;, quand j'ai distribu&#233; 15 exemplaires aux 25 participants (j'en ai gard&#233; quelques-uns pour une autre ann&#233;e), c'&#233;tait bien cette d&#233;-f&#233;tichisation du livre qui comptait : d&#233;chirer un livre en deux, et de 15 Annie Ernaux en faire 30, c'est entrer dans la m&#233;canique du livre, c'est apprendre aussi &#224; comment les faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 9 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc quelle &#233;tait la proposition et l'enjeu :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; partir du journal 2012 des visites d'Annie Ernaux au Auchan Cergy, se concentrer mentalement sur cette irr&#233;ductible distance qui est toujours notre d&#233;fi, se servir de ce que portent les mots pour approcher d'un peu plus pr&#232;s le r&#233;el et s'en charger ;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; par le cut-up, qui a une histoire (Burroughs nomm&#233;, ou Rauschenberg), et parce que cela nous avons le droit de nous affranchir de la syntaxe, se servir de la tentative &#233;crite d'Annie Ernaux, en libert&#233; et respect, pour d&#233;signer de plus pr&#232;s, sur un fragment minimum, notre propre rapport au r&#233;el. Et remercier Annie Ernaux de ce qu'elle nous lib&#232;re aussi de la r&#233;pr&#233;sentation, de l'exp&#233;rience... On creuse dans l'int&#233;rieur m&#234;me de son texte, et son point d'&#233;quilibre pr&#233;cis, comme pour passer la main au travers et attraper diff&#233;remment, au plus pr&#232;s de nos propres modes de d&#233;construction figuration du r&#233;el et de la ville, un fragment de ce Auchan aussi concret qu'appara&#238;t le pied nu &#224; la fin du &lt;i&gt;Chef d'oeuvre inconnu&lt;/i&gt; de Balzac ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; mais qu'on va faire cela compl&#232;tement diff&#233;remment puisque sur un &#171; vrai &#187; livre et non pas depuis un extrait ou une photocop etc. ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une question de fond pos&#233;e &#224; la fois sur le plan litt&#233;raire et artistique : o&#249; et comment construisons-nous notre position et notre exp&#233;rience de narrateur dans le r&#233;el ? Celle d'Annie Ernaux est coh&#233;rente, observatrice depuis sa position arbitraire de cliente &#8211; si nous consid&#233;rons comme enjeu esth&#233;tique, pour l'&#233;criture aussi, de construire notre rapport au r&#233;el comme performatif, c'est la notion m&#234;me d'observation qui est fissur&#233;e ou d&#233;plac&#233;e, et c'est cela &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; qu'on doit &#233;crire ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 10 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Enfin un enjeu politique : reprendre la &lt;a href=&#034;http://raconterlavie.fr/collection/regarde-les-lumieres-mon-amour/#.VMvGUHYSnRI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pr&#233;sentation du Seuil&lt;/a&gt; (c'est mon &#233;diteur, croyez bien que j'ai pas l'&#226;me &#224; les emb&#234;ter) : &#171; l'hypermarch&#233;, espace familier o&#249; tout le monde ou presque se c&#244;toie, atteint la dignit&#233; de sujet litt&#233;raire &#187;, admirons le &lt;i&gt;presque&lt;/i&gt;, mais r&#233;affirmons-le : &lt;i&gt;dignit&#233;&lt;/i&gt; ne nous concerne pas, puisqu'il s'agit de notre territoire &#8211; et &lt;i&gt;sujet litt&#233;raire&lt;/i&gt; est une infamie de ceux qui voient le monde d'en haut : la litt&#233;rature se moque des &lt;i&gt;sujets&lt;/i&gt;, et ce qui est &lt;i&gt;litt&#233;raire&lt;/i&gt; ou pas, il n'y a que nous pour le d&#233;cr&#233;ter. Chaque novation dans la langue est une atteinte au &lt;i&gt;litt&#233;raire&lt;/i&gt; d&#233;cr&#233;t&#233; par les acad&#233;mies et institutions : se souvenir que Rimbaud, mort en 1891, n'a b&#233;n&#233;fici&#233; d'oeuvres compl&#232;tes qu'en 1925, gr&#226;ce &#224; Andr&#233; Breton, pour entrer dans les manuels scolaires en 1956. L'acte de violence qu'&#233;tait d&#233;chirer ce livre, pour que chaque &#233;l&#232;ve en ait une moiti&#233;, et y &#233;crire par creusement dans l'int&#233;rieur m&#234;me des phrases, hors son auteur voire contre son auteur, j'en assume le choix. Ce qu'on cherche est &#224; ce prix, et le paradoxe du prof en &#233;cole d'arts c'est humblement &#231;a : les &#233;l&#232;ves sont d&#233;j&#224; devant, et nous souvent on court derri&#232;re (mais on a du plus vieux cuir). Cette m&#234;me semaine, Annie Ernaux venait d'&#234;tre faite docteur &lt;i&gt;honoris causa&lt;/i&gt; de l'universit&#233; de Cergy, &#224; 300 m de chez nous. Je n'ai rien contre, j'aimerais bien l'&#234;tre aussi : faute de doctorat je suis prof 2&#232;me classe cat&#233;gorie 1 m&#234;me pas admis &#224; figurer dans les dipl&#244;mes. Mais la dichotomie des mondes n'a pas chang&#233;, jusqu'&#224; Cergy. Et c'est &#224; nous de faire bouger &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;| 11 |&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ma surprise : quel que soit le fragment-source choisi pour le cut-up, chaque &#233;l&#232;ve a constamment reproduit avec le mat&#233;riau arbitrairement impos&#233; sa maison particuli&#232;re de r&#233;cit, po&#233;sie, syntaxe. Y compris &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article91'&gt;celui qui&lt;/a&gt; a redessin&#233; sur les pages. Le montage sonore est directement repris du Zoom pos&#233; sur l'estrade &#8211; mais &#231;a laisse quand m&#234;me de belles surprises.&lt;/p&gt;
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&lt;param name=&#034;wmode&#034; value=&#034;transparent&#034; /&gt;&lt;/object&gt; &lt;p&gt;_ &lt;small&gt;ou &lt;a href=&#034;http://cergyland.fr/audio/Ernaux_lecture.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;podcast iPad&lt;/a&gt; _ 20', 20 lectures.&lt;/small&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_6329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-01.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6330 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6331 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6333 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6334 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-06.jpg?1428853411' width='500' height='333' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6336 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6337 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6338 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6339 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-12.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6340 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-13.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6341 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ernaux-11.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/amina-1.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/amina-2.jpg?1428853412' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_6344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/plb.jpg?1428853770' width='500' height='333' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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