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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Marc Deneyer | natalement mer</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Marc Deneyer</dc:subject>
		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;rivages de Charente-Maritime avec le Conservatoire du littoral&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Marc Deneyer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1101.jpg?1352732347' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='117' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Sur Marc Deneyer, voir aussi : &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article690' class=&#034;spip_in&#034;&gt;De Billazais &#224; Sainte-Verge&lt;/a&gt;. Le livre &lt;i&gt;Littoral / Rivages de Charente&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233; aux &#233;ditions &lt;a href=&#034;http://www.filigranes.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Filigranes&lt;/a&gt;, en accompagnement d'une exposition &#224; la Corderie Royale de Rochefort. De Marc Deneyer, on peut aussi voir sur le Net ses &lt;a href=&#034;http://users.skynet.be/deneyer/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;icebergs&lt;/a&gt;, ou un peu de &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article60' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Japon&lt;/a&gt; (livre au Temps qu'il fait). &lt;i&gt;Si affichages ne correspondent pas au texte, merci &#034;vider le cache&#034; du navigateur&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand on revient, c'est perceptible d&#232;s la voiture : une surluminosit&#233; court au long de la c&#244;te, illumine cette frange fragile de terre, l&#224; o&#249; elle touche la mer. Plus nord, aux commencements de Bretagne, un dessin en dur et solide, rocheux et escarp&#233;. Plus sud, de l'autre c&#244;t&#233; de la Gironde, ces &#233;lancements de sable et pins o&#249; toutes distances sont si grandes. Dans ce qui nous revient de pays, frange impalpable presque, o&#249; l'eau sal&#233;e remonte dans les terres, et rive model&#233;e, tant nos activit&#233;s d'homme de si longtemps empi&#232;tent ou labourent la vie maritime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Choqu&#233; toujours, en M&#233;diterran&#233;e par exemple, de ces villes qui viennent droit jusqu'&#224; l'eau, quitte &#224; ce qu'une temp&#234;te parfois (ou la mar&#233;e &#224; Venise) entre dans les rues comme si c'&#233;tait leur place. Nous, les villes se sont mises &#224; l'&#233;cart, entre baie, estuaire, jet&#233;es &#8211; celle des Sables d'Olonne faite de trois cents menhirs cueillis aux environs, et le littoral exprime cette d&#233;fense, ou cet &#233;cart n&#233;cessaires : paysage de libre jeu entre activit&#233;s de terre et n&#233;cessit&#233;s de mer. Qu'y aurait-il ici qui soit encore sauvage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; convoquer mentalement la ligne de c&#244;te et se d&#233;placer selon la m&#233;moire des lieux (quelle &#233;trange appellation cette &lt;a href=&#034;http://www.ilemadame.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#238;le Madame&lt;/a&gt; qu'on retrouvera ici), la mer est toujours au bout d'un chemin, on ne l'atteint que par une s&#233;paration, le d&#233;tachement volontaire qu'on fait de notre pays d'hommes. Ainsi, on a m&#233;moire de ces chemins traversant quelques centaines de m&#232;tres de ch&#234;nes verts et de pin, avec d&#233;j&#224; la rumeur des vagues et le vent plus agressif, avant qu'une trou&#233;e vous jette sur la dune puis la plage. Ainsi ces passages de sable o&#249; on enfonce, s&#233;parant les dunes maintenant prot&#233;g&#233;es, avant l'espace de mer. Et puis ces endroits qui ne sont pas ceux du sable, mais les marais dans leur eau douce, pays de digues et canaux, des franges molles d'estuaire. Et tout au bout il y a deux barques, un bois mort pour faire pieu, encore le vent, quelque ruine de moteur ou cabane de t&#244;le comme le besoin de t&#233;moigner qu'on est venu l&#224;, qu'on y travaille. Combien de ces endroits, dans tant de villages, s'appellent le Bout du monde (et qu'on a chacun, alors, son propre &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/wcam/0408_longeville.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bout du monde&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre ici se d&#233;fait entre &#238;les et rivi&#232;re, comme de terres jet&#233;es en plein oc&#233;an, porte de haute mer et de conqu&#234;tes quand il n'y a plus rien &#224; conqu&#233;rir ni, au loin, &#224; n&#233;gocier ou piller. La rivi&#232;re dans sa paix se moque bien de nos al&#233;as et violences (elle en garde pourtant la trace, au cimeti&#232;re des pr&#234;tres de l'&#238;le Madame, de nos violences ingu&#233;rissables). C'est cette transition qui nous est pr&#233;cieuse, et qui pour tant d'entre nous a valeur d'univers, susceptible alors d'infinis grossissements lorsqu'on s'arr&#234;te, d'infinies variations selon le soleil, le mouvant du ciel, la ruine des saisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; form&#233;s &#224; la part mouvante de ces paysages. M&#234;me &#224; &#233;chelle d'une enfance, on sait la transformation des plages, les dunes en trois semaines mang&#233;es ou refaites, et combien la mer toujours prend ou redonne. Le photographe ici ne vient pas &#224; la sauvette. Il installe un lourd appareil sur tr&#233;pied, qui l'oblige, dit-il, &#224; une &#171; approche plus contemplative, une attention soutenue aux choses &#187;. Alors l'image n'est plus simplement capter l'empreinte ici du visible, mais d&#233;tecter ce qui nous relie, et au ciel, et aux traces. Marc Deneyer cite Rainer Maria Rilke : &#171; Y a-t-il un paysage sans figure humaine qui ne soit plein de celui qui l'a contempl&#233; ? &#187; Alors on entre &#224; notre tour, par la contemplation des images, dans ce que nous portons int&#233;rieurement de ciel et de rives, de cette lumi&#232;re comme amass&#233;e sur la frange, et de nos travers&#233;es d'enfant par les dunes, aux trou&#233;es droites de for&#234;t o&#249; parfois on trouvait un raisin aigre, et ces foss&#233;s qu'on enjambait dans notre pays de vase.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_603 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Deneyer_1.jpg?1198003284' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un pays de vieille histoire. De l'autre c&#244;t&#233; de la baie, o&#249; le Lay n'apporte pas ce qu'a accumul&#233; de collines, de villes et de pr&#233;s la vieille et lente Charente, dans cette tourbe noire et durcie que seules les mar&#233;es d'&#233;quinoxe d&#233;couvrent, on se montrait les empreintes d'hommes poursuivant jusqu'&#224; l'eau des rennes ou autres b&#234;tes : court-circuit dans l'histoire, comme nous-m&#234;mes venons de laisser trace de notre pied nu dans le sable mouill&#233; du bord. Et quand la mer se fait violente, elle arrache &#224; ses fonds et jette sur la plage des fossiles, nautiles et ammonites, que vous peinez &#224; porter seul, pour qu'ils survivent plut&#244;t qu'&#234;tre rogn&#233;s par l'&#233;rosion des sables. Et ce ph&#233;nom&#232;ne plus complexe encore, chaque deux ans, dans le creux d'hiver, quand on est si peu &#224; venir observer la mer : en trois jours dispara&#238;t, sur deux ou cinq kilom&#232;tres, le bon m&#232;tre de sable qu'est la plage, laissant &#224; nu l'affleurement sombre d'un gr&#232;s rong&#233;. Et puis le sable revient, signe de myst&#232;re, pour quelle annonce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Histoire de conqu&#234;tes, de peuples qu'on a install&#233;s l&#224;, ou qui y sont venus par mer : que saurais-je moi-m&#234;me porter de ce Bon Zacharie venu un jour &#224; Ol&#233;ron parce qu'il avait ou&#239; dire que les fabricants de paniers et tresseurs d'osier y &#233;taient bienvenus l&#224; o&#249; on traitait les hu&#238;tres ? Et des neuf enfants qu'il aurait, bien la moiti&#233; prendraient inverse le chemin du continent, s'y faire tailleur de pierre ou menuisier, tant la mis&#232;re vous apprend &#224; vous servir de vos pieds. Que portaient-ils encore, ceux-ci, au tournant de l'autre si&#232;cle, de cette lumi&#232;re sur la rive de Chassiron, qui est celle inchang&#233;e que capte aujourd'hui Marc Deneyer, me r&#233;apprenant &#224; moi-m&#234;me un peu de ces visages qui n'ont laiss&#233; ni r&#233;cit ni photo, ni terre ni objets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas d'un temps ancien : j'ai ordinateur et voiture, pratique le TGV et aurais r&#233;pugnance, dans ma vie quotidienne, &#224; ce qu'un geste porte atteinte &#224; qu'on estime urgent et n&#233;cessaire pour qu'une chance de devenir soit accord&#233;e, sinon &#224; notre esp&#232;ce, &#224; ce qui en est le berceau. Nous avons devoir d'honorer cette part sauvage de la terre, et ce qu'il y a de merveille dans la communion de terre et d'eau &#224; cette frange fragile o&#249; nous sommes n&#233;s. Mais c'est l'enfance qui me revient, tant nos villes ont chang&#233;, et ces paysages non : on passait des journ&#233;es sous ces ciels, avec mon p&#232;re et mon grand-p&#232;re &#224; installer un monocylindre sur une barque de p&#234;che, ou remonter les v&#233;rins hydrauliques d'une pelleteuse au bout des digues, pr&#232;s de la butte aux hu&#238;tres fossiles (qu'on exploitait pour les broyer en poudre para&#238;t-il bonne pour le calcium des poules). Je porte ce vent, ce ciel, ces lumi&#232;res. Au soir, dans la rue principale, la corne de la marchande de soles, pibales et moules nous avertissait de ce qu'elle avait &#224; emballer dans le papier journal. Aux mar&#233;es, on y &#233;tait en famille : on avait haveneaux et tridents, on se battait avec les congres dans les rochers, on mettait tout cela dans la marmite avec du laurier, et tout cela semblait une ressource imm&#233;moriale, infinie. J'ai souvenir pr&#233;cis de la fronti&#232;re : en 1973, lors d'un stage d'&#233;t&#233; dans l'usine SKF ultramoderne de Fontenay-le-Comte, ceux qui quittaient le service en 2 x 8 allaient &#224; la mar&#233;e comme leurs p&#232;res et grands-p&#232;res. Le littoral, quand j'y marche, m'appara&#238;t aujourd'hui st&#233;rile, ratiss&#233;, vide. Plus haut, la c&#244;te de Vend&#233;e est un cimeti&#232;re de b&#233;ton : restent des &#238;lots, ceux qui se sont mieux prot&#233;g&#233;s de nous autres par leur vase, leur distance de tout, ou simplement que le soleil n'y &#233;tait pas &#224; vendre. Il est bon que nous en ayons conscience, il est urgent qu'on s'en ressaisisse : merci &#224; ceux qui s'en pr&#233;occupent, et sauvent ces bords fragiles de notre propre folie. Ce sont ces parcelles qu'a explor&#233;es l'une apr&#232;s l'autre, pour le Conservatoire du littoral, Marc Deneyer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_604 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Deneyer_2.jpg?1198003300' width='500' height='394' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous ne saurions plus regarder na&#239;vement des photographies, aujourd'hui, de paysages naturels. Marc Deneyer en a photographi&#233; d'autres, les icebergs du d&#233;troit du nord-ouest, ou les rives du Japon volcanique. Il ne s'agit pas seulement de beaut&#233;, mais du droit que nous avons de nous y abandonner, quand c'est tant de m&#233;moire et d'enfance que nous y avons en d&#233;p&#244;t, le temps d'avant les villes, d&#233;p&#244;t fragile, n&#233;cessaire, et de devoirs : parce qu'il aurait fallu faire tellement mieux que d'en &#234;tre restreint &#224; la sauvegarde, &#224; la protection, &#224; d&#233;limiter les territoires qu'on va pr&#233;server &#8211; et de quoi, sinon nous-m&#234;mes, ou cette prolif&#233;ration, comme de Rochefort &#224; la Rochelle, d'enseignes criardes, d'entrep&#244;ts et de rocades grises ? Cette beaut&#233;, &#224; nous conc&#233;d&#233;e, m&#233;ritait mieux : ici on en donne mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si abstraite, pourtant, l'&#233;l&#233;mentaire force des choses. Nous, qui sommes de mer, savons que la m&#234;me magie nous prendra partout qu'on marche &#224; la mer, l&#224;-bas &#224; Vancouver chez Malcolm Lowry ou dans tel fond de la Baltique, quand on l'a d&#233;couverte : toute rive porte signe et empreinte, parfois si discr&#232;te. Ici, je sais bien &#234;tre en pays natal. Mais lui, le photographe, vient en voyageur, en nomade. &#171; C'est l'oc&#233;an que je voyais, dit-il, pas l'Atlantique. &#187; Il parle d'apesanteur, d'anonymat (l&#224; o&#249; je sais la gravit&#233; de mon propre corps, et les visages que j'y ai connus, les noms). Il dit, Marc Deneyer le voyageur : &#171; Les &#233;l&#233;ments eux me parlent en fr&#232;res, tous, au del&#224; de ce qu'on pourrait s'imaginer d'abord. L'arbre, tilleul ou baobab, me raconte &#224; sa mani&#232;re l'histoire du monde, l'Aubrac ou le Maroc semblent s'ignorer mais savent tout l'un de l'autre. &#187; Et c'est cela qui nous serait le&#231;on, ou fait si sobrement parler les ciels, les images ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu cette chance de toucher l'imm&#233;morial : la rencontre des eaux de terre, l'infatigable oscillation de mer, et ce jeu de digues et de canaux men&#233; trois si&#232;cles avant nous (puisque, lisant Rabelais, il s'agit d'&#238;les, et que d'Ar&#231;ais &#224; La Rochelle on va en barque, tandis que de la Rochelle &#224; Bordeaux on va par mer). Les couleurs certainement, des ocres et des noirs des rochers, des escarpements clairs des gr&#232;s, &#224; la fa&#231;on dont un pin se d&#233;tache dans le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions cette chance, enfant, d'un infiniment abstrait : accroupi dans le miroitement de qui ruisselle, enfant, on arrangeait des rigoles, on organisait des pays imaginaires &#224; notre taille, et qui rempla&#231;aient ce que nous ne savions pas des villes, ni de ces pays qu'on savait, de l'autre c&#244;t&#233;, et qui fournissaient au m&#244;le de la Pallice ses bois exotiques. Dans une flaque large comme nos mains, la totalit&#233; du monde inaccessible. Les miracles abstraits du ruissellement de l'eau sur les sables, la perc&#233;e droite d'un drain dans les champs (les salamandres dor&#233;es qu'on y admirait), l'&#233;rosion des roches sur l'estran, nous ouvrent ici, autant qu'&#224; la lumi&#232;re, &#224; notre responsabilit&#233; quant au temps. Sachons pr&#233;server le temps ouvert, o&#249; nous naissions &#224; l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette beaut&#233; qu'ici et d'avance nous reconnaissons, construisons qu'un reste intouch&#233; d'horizon nous prot&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_605 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Deneyer_3.jpg?1198003315' width='500' height='397' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>de Billazais &#224; Sainte-Verge</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article690</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Marc Deneyer</dc:subject>
		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;paysage du thouarsais par Marc Deneyer&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Marc Deneyer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton690.jpg?1352732228' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='118' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Le travail sur les terres de &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article689' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Koichi Kurita&lt;/a&gt; m'incite &#224; reprendre ici ce texte sur les paysages des Deux-S&#232;vres de Marc Deneyer, aussi en collaboration avec Dominique Truco et Jean-Luc Terradillos. Autre point commun par Deneyer photographiant le &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article60' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Japon&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;On peut &lt;br class='autobr' /&gt; trouver d'autres images de Marc Deneyer sur Internet, ses &lt;a href=&#034;http://users.skynet.be/deneyer/&#034;&gt;voyages &lt;br class='autobr' /&gt; au Groenland&lt;/a&gt;, un &lt;a href=&#034;http://www.galerie-photo.com/marc_deneyer.html&#034;&gt;entretien&lt;/a&gt;, &lt;br class='autobr' /&gt; ou &lt;a href=&#034;http://www.galerie-photo.com/marc_deneyer.html&#034;&gt;La Rochelle&lt;/a&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; Marc Deneyer a aussi publi&#233; avec Denis Montebello &lt;a href=&#034;http://www.letempsquilfait.com/Pages/Parutions/Fevrier/fouaces.html&#034;&gt;Fouaces &lt;br class='autobr' /&gt; et autres viandes c&#233;lestes&lt;/a&gt; au Temps qu'il fait. Le texte ci-dessous &lt;br class='autobr' /&gt; a &#233;t&#233; &#233;crit pour &lt;a href=&#034;http://www.maison-des-sciences.org/actualite&#034;&gt;Actualit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt; Poitou Charente&lt;/a&gt; en novembre 2003, merci &#224; Jean-Luc Terradillos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Billazais, Brie, Brion-pr&#232;s-Thouet, Chavigny, Louzy, Maulais, Mauz&#233;-Thouarsais, Miss&#233;, Mont, Noiz&#233;, Oiron, Saint-Cyr-la-Lande, Saint-Jacques-de-Thouars, Saint-L&#233;ger-de-Montbrun, Saint-Martin-de-M&#226;con, Saint-Martin-de-Sanzay, Pas-de-Jeu, Puyraveau, Sainte-Radegonde, Sainte-Verge, Sault, Taiz&#233;, Taizon, Thouars, Tourtenay : les noms sont comme des paysages de mots. Ils ne disent rien par eux-m&#234;mes, mais nous les portons en nous par avance. Ils ne nous renseignent pas sur le village, le hameau, la route, l'&#233;glise, le garage, la ferme, la boulangerie ou le tabac, mais dans chacun de nos quatre d&#233;partements de Poitou-Charente ce sont les m&#234;mes noms qui se r&#233;p&#232;tent. On est d'ici parce que ce sont tels ou tels noms qui se reproduisent en nous, lorsque la voiture nous fait d&#233;boucher &#224; ce carrefour, sur cet horizon de champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui provoque en nous ce sentiment d'&#234;tre de quelque part n'est pas l'apanage des gens de l'image. Lorsque je reviens sur mon coin de c&#244;te de Vend&#233;e, c'est la lumi&#232;re d'abord qui m'est famili&#232;re, cette sur-luminosit&#233; de la c&#244;te. Et puis tr&#232;s vite l'odeur m&#234;me, la pr&#233;sence du salin. A la villa M&#233;dicis, &#224; Rome mais sur une &#233;minence, le vent portait jusque-l&#224;, parfois, ce sentiment de mer proche qui se m&#234;lait &#224; l'odeur des pins, et c'&#233;tait un bref instant de nostalgie ou d'appel. Cela m'est arriv&#233;, avec la m&#234;me force, plus r&#233;cemment, alors que je menais un stage pour enseignants &#224; l'IUFM de Fort-de-France : j'&#233;tais log&#233; dans un petit studio &#224; la mode de l&#224;-bas, des persiennes sans fen&#234;tres, et c'est seulement ce courant d'air, impr&#233;gn&#233; de mer, sur le sol carrel&#233; plus frais, qui l'a provoqu&#233;. Parce que les paysages qu'a photographi&#233;s Marc Deneyer sont des paysages vides, de signes rares, de forte pr&#233;sence du ciel, nous prend avec force ce m&#234;me sentiment : &#234;tre en prise soudain avec l'impalpable qui nous fait reconna&#238;tre un paysage, le savoir pour sien.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_491 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L270xH216/deneyer_2-30c98.jpg?1751349229' width='270' height='216' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand je reviens en Poitou, lorsqu'un bref instant on traverse en voiture un bois ou une for&#234;t : l'odeur est celle gard&#233;e de l'adolescence, des vir&#233;es avec les copains, des c&#244;tes descendues sur nos &#171; demi-courses &#187; (pas de VTT &#224; l'&#233;poque) avec cadre et tubulures d&#233;cor&#233;s de &#171; guidoline &#187;, ou bien ces lianes qu'on allumait pour faire semblant d'&#234;tre grands &#224; en aspirer la fum&#233;e &#226;cre, ou ces mousses qui glissaient dans les doigts quand on descendait dans les grottes. Une odeur, m&#234;me un simple instant, m&#234;me en voiture, peut porter tout cela et vous l'offrir. Quand on marche le dimanche, qu'on d&#233;bouche sur un coin de champ, avec le h&#233;rissement rugueux des mottes laiss&#233;es par le tracteur et durcies par l'hiver, m&#234;me votre pied peut faire resurgir un univers. Ici, un ciel arr&#234;t&#233; sur l'arrangement g&#233;om&#233;trique des terres suffit &#224; tout &#233;vincer pour ne garder que cette sensation d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a trop confiance dans les signes. On s'habitue bien trop &#224; ce que l'image soi-disant nous informe. On prend ses rep&#232;res comme si le monde autour de nous &#233;tait un dictionnaire. Nos populations des quatre d&#233;partements sont trop m&#234;l&#233;es pour se croire encore Celtes. Immigrations venues par le Sud (ah, 732 et tous nos Morel, Morin, Moreau qui se sont fix&#233;s au passage), immigrations venues par la c&#244;te (les Portugais qui achetaient avant de repartir du bois de barrique et du sel), le trafic d'entre Bretons et Basques qui s'implantait derri&#232;re chaque digue, et m&#234;me les bagnards qu'on envoyait les construire, depuis Louis XIV, voire les Juifs au Moyen &#194;ge : contrairement &#224; tous ceux qui nous entourent, en Limousin, en Bretagne, en Gers ou P&#233;rigord, nos noms &#224; nous t&#233;moignent de toutes ces routes depuis si longtemps crois&#233;es. Et pourtant, on a tous touch&#233; de la paume de la main (comme ce geste rituel qui leur faisait, d&#232;s l'&#233;poque de la grotte Chauvet, apposer sa marque sur les parois souterraines) ces pierres d'un autre &#226;ge. A Civray, le dolmen de Saint-Saviol, les goulots du Chaffaud, nous les connaissions par c&#339;ur. En Vend&#233;e, un soir au coucher du soleil, au dolmen de la Fr&#233;bouch&#232;re, pour la seule fois de ma vie j'ai vu le rayon vert. On conna&#238;t ces civilisations parce qu'on les met dans des mus&#233;es. Au mus&#233;e Sainte-Croix de Poitiers il y a la petite hache-pendeloque (objet rituel transform&#233; en bijou, port&#233; sur un collier) taill&#233;e dans une roche m&#233;tamorphique (jad&#233;ique, serpentinite ?) venue de loin, et c'est le m&#234;me profil de hache qu'on retrouve taill&#233; &#224; m&#234;me le granit de tel menhir d'&#201;cosse ou dans le fond des grottes du Caucase ou de l'Atlas. Celle-ci, la hache-pendeloque du mus&#233;e Sainte-Croix, date de 3000 ans avant notre &#232;re, du sortir de la derni&#232;re glaciation. Avec elle, on a exhum&#233; au dolmen de Puyraveau des poignards, et les restes de fl&#232;ches &#224; pointes de silex. Les rites, la guerre. Est-ce que Marc Deneyer pensait &#224; la hache-pendeloque le jour o&#249; il est venu photographier le dolmen de Puyraveau dans son bout de champ sauvage ? Tout est loin. Les hommes sont loin. Le temps pr&#233;sent est loin. Les pierres ont cette force sauvage h&#233;rit&#233;e du temps. Elles sont immens&#233;ment belles parce que tout ici se tient &#224; l'&#233;cart. Et lui-m&#234;me les respecte, cadrant de fa&#231;on &#224; ce que la terre travaill&#233;e (sillons labour&#233;s &#224; gauche, et ces tournesols qui s'inclinent &#224; droite), la terre mise &#224; ran&#231;on pour nous servir, s'arr&#234;te autour des vieilles pierres, nous dise seulement que des hommes, ici, priaient ou s'assemblaient, dont les routes aussi croisaient ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L270xH215/deneyer_3-2df57.jpg?1751349229' width='270' height='215' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexions de Marc Deneyer : &#171; J'ai &#233;cart&#233; certaines photographies o&#249; le ciel me paraissait trop spectaculaire, trop romantique [&#8230;] M&#234;me dans un paysage d&#233;sol&#233;, il y a toujours quelque chose qui se passe. Mais plus les paysages sont d&#233;sol&#233;s, comme ces grandes plaines du Thouarsais, moins on s'y int&#233;resse &#8212; jusqu'&#224; ne plus les regarder. Elles parlent cependant tellement bien de nous-m&#234;mes. &#187; Justement alors pour cela : m&#234;me pas l'impression de jardin prot&#233;g&#233; qu'on a &#224; ces recoins de Touraine, m&#234;me pas cette aridit&#233; et ces escarpements aux premi&#232;res bornes limousines, et m&#234;me la mer sur nos c&#244;tes acceptant la mise en travail. Nous sommes d'un pays sans d&#233;finition, et c'est sans doute ce qui nous permet le voyage, le d&#233;part. M&#234;me l'histoire, ici, les ruines, on les garde dans nos villes au pr&#233;sent, on les m&#234;le &#224; notre fr&#233;quentation quotidienne. Une terre qui accueille et laisse partir. Une terre qui accepte le soc, le vieux chemin et la maison. Trois bouts de fil de fer et un coin de potager, vous savez, ces potagers en hiver, avec des choux mont&#233;s trop hauts, deux artichauts et une treille&#8230; Une terre qui accepte la main. Et plus Marc Deneyer nous montre l'immense (je me souviens d'autres photographies de Deneyer, avec des maisons, des ch&#226;teaux d'eau, quand le Thouarsais est si effectivement nu), moins nous sommes effray&#233;s : ce ciel est n&#244;tre, et on ne se perdrait jamais, le soir, comme le Grand Meaulnes a pu se perdre sur le chemin de Vierzon&#8230; Le cr&#233;puscule, pour nous autres, n'&#233;tait pas romantique : il l'est sur les montagnes et sur la mer. Ici, c'est la terre qui s'illumine de pourpre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L270xH215/deneyer_5-54dba.jpg?1751349229' width='270' height='215' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La maison aux volets bleus d'entre Coulon et Ar&#231;ais, dans le marais poitevin, ce n'est pas pour moi une carte postale, mais le souvenir pr&#233;cis, et attentivement gard&#233; selon l'image m&#234;me des ann&#233;es 50, de ce qui repr&#233;sentait le territoire familial. La maison des grands-parents maternels &#233;tait l&#224;, pr&#232;s du vieux pont &#224; dos d'&#226;ne, avec la vieille conche qui s'&#233;coulait paresseusement dans la S&#232;vre. On avait le tr&#233;mail pour la p&#234;che, et avec l'autre barque, l'un pigouillant avec lenteur, l'autre les mains effleurant les &#233;paisses lentilles d'eau, on capturait les grenouilles aux yeux d'or. Nous ne participions pas &#224; l'&#233;preuve aujourd'hui consid&#233;r&#233;e barbare (comme on avait un vieux billot pour &#233;gorger les poules, un clou sur la porte du fenil pour d&#233;piauter le lapin du dimanche), qui voyait ma grand-m&#232;re, et personne de plus de gentillesse qu'elle, s&#233;parer les cuisses, et rejeter tout le reste &#171; au fumier &#187;. J'ai souvenir encore, fin des ann&#233;es 80 o&#249; j'&#233;tais revenu y vivre, de ces martin-p&#234;cheurs d'un bleu &#233;blouissant dans l'herbe grise de l'hiver, de randonn&#233;es solitaires en kayaks dans les labyrinthes d'eau verte. Alors comment expliquer que celle liaison au paysage (v&#233;ritablement) maternel, comme on dit aussi de la langue, fait de signes aussi luxurieusement riches et pr&#233;cis que le marais poitevin, soit aussi ce qui s'est mis &#224; revivre pour moi, cet &#233;t&#233;, quand j'ai d&#233;couvert les paysages de Marc Deneyer, alors expos&#233;s &#224; Melle pour &#171; L'art d'&#234;tre au monde &#187; ? Je pense &#224; cette phrase du photographe Raymond Depardon dans son livre &lt;i&gt;Errance&lt;/i&gt; : &#171; Si je me sens bien dans le d&#233;sert, c'est que je n'y ai jamais peur. &#187; Comme &#224; Civray, sur la place Leclerc que tout le monde appelait place d'Armes, j'avais ce refuge d'une minuscule pi&#232;ce ronde au toit conique en haut de la vieille tour m&#233;di&#233;vale qui nous servait d'escalier, directement du garage &#224; notre cuisine, ce que l'enfance retient des signes c'est ceux qui &#233;liminent toute peur, parce que relevant d'un d&#233;j&#224; l&#224;. Relevant de quelque chose myst&#233;rieux mais immens&#233;ment concret : ce bord de route, cette amorce de labour, un arbre d&#233;plum&#233; dans le vent, la silhouette au loin de quelques toits. Le Thouarsais, en notre pays m&#234;me, offre l'agrandissement libre du d&#233;sert aux signes de l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_495 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L270xH218/deneyer_7-77e09.jpg?1751349229' width='270' height='218' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexions de Marc Deneyer sur sa d&#233;couverte des jardins zen japonais, probablement le Ryoan-Ji &#224; Kyoto. On s'attend &#224; de l'immense, du spectaculaire, et nous voil&#224; assis sur des marches de bois (mais elles sont cinq cents ans d'&#226;ge), devant un rectangle de &#171; gravier blanc soigneusement ratiss&#233; &#187;, &#224; peine plus grand qu'un potager de chez nous, devant un mur bas, de vieille pierre ocre, avec au-del&#224; des arbres. &#171; Ce paysage peu d&#233;monstratif laisse &#224; chacun la possibilit&#233; de s'y rencontrer, pourvu qu'il y soit dispos&#233; &#187;, dit Deneyer : &#171; choc profond, un miroir qui nous renvoie invariablement &#224; ce que nous sommes &#187;. Deneyer a photographi&#233; des fleurs, l'Italie, le Groenland, Herculanum ou l'&#201;cosse. En accompagnement des photographies de Marc Deneyer, on m'envoie ce po&#232;me de la japonaise Ono no Komachi (9&#232;me si&#232;cle&#8230;) : &lt;i&gt;Il y a les lettres attach&#233;es &#224; une fleur / Il y a les lettres de la belle-de-jour au soir [&#8230;] Il y a les lettres o&#249; l'eau filtre entre les rochers / Il y a les lettres de canards mandarins, o&#249; l'on d&#233;plore les rumeurs fluctuantes [...] Il y a les lettres qui exc&#232;dent la vue &#8212; mailles des filets que l'on tire dans la baie d'Akogi / Il y a les lettres du rocher recouvert par les algues / Il y a les lettres du cypr&#232;s &#8211; &#233;prouv&#226;t-on de la piti&#233; / Il y a les lettres o&#249; est &#233;crit : logis o&#249; cro&#238;t l'armoise [&#8230;] Il y a les lettres des nouvelles apport&#233;es par le vent / Il y a les lettres de la passerelle faite d'un tronc, sur le torrent d'un ravin &#8230;&lt;/i&gt; Pour dire ce qui nous rassemble dans une identit&#233;, et non pas que l'on cherche &#224; inventer faussement cette identit&#233;, depuis nos routes crois&#233;es, ces routes s&#233;par&#233;es qui ici font notre richesse, mais pour ce sentiment que nous partageons tous de reconna&#238;tre tel ciel comme ciel d'enfance et d'appartenance, Marc Deneyer a su trouver dans notre sol m&#234;me, en notre pays m&#234;me, le beau d&#233;pouillement nu du Thouarsais, ce qui nous retient fascin&#233;s si longtemps, sur les marches de bois du Ryoan-Ji, l'abstrait qui devient miroir de soi-m&#234;me. Paysages qui sont comme cette lettre. Pourvu d'y &#234;tre dispos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L360xH283/deneyer_6-aeee2.jpg?1751349229' width='360' height='283' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Haguro San, le Japon de Marc Deneyer</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article60</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article60</guid>
		<dc:date>2005-03-13T06:03:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>photographes, photographie</dc:subject>
		<dc:subject>Marc Deneyer</dc:subject>
		<dc:subject>Asie &amp; Japon</dc:subject>
		<dc:subject>Bouvier, Nicolas (Suisse)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; propos de &#034;Kujoyama&#034; de Marc Deneyer au Temps qu'il fait&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;photo&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot78" rel="tag"&gt;photographes, photographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot88" rel="tag"&gt;Marc Deneyer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot333" rel="tag"&gt;Asie &amp; Japon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot533" rel="tag"&gt;Bouvier, Nicolas (Suisse)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton60.jpg?1352732033' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux brefs &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/wcam/0401JP.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;voyages au Japon&lt;/a&gt; suffisent &#224; ce que ce soit pr&#233;sence quotidienne, qu'on retrouve par les livres, ou qui expliquent en partie ma fr&#233;quentation des liens propos&#233;s par &lt;a href=&#034;http://www.u-blog.net/berlol&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Patrick Rebollar&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Luc Terradillos m'invite souvent &#224; participer &#224; L'Actualit&#233; Poitou-Charente, que j'aime pour le dialogue avec les arch&#233;logues, scientifiques et chercheurs, ou les amis &#233;crivains de mon pays d'origine. Cette fois, c'est moi qui lui ai propos&#233; un compte rendu &#224; propos de &lt;i&gt;Kujoyama&lt;/i&gt;, que vient de faire para&#238;tre Marc Deneyer au &lt;a href=&#034;http://www.letempsquilfait.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Temps qu'il fait&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais d&#233;j&#224; &#233;crit &#224; propos des &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/art/Deneyer.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paysages des Deux-S&#232;vres&lt;/a&gt; de Marc Deneyer. L&#224; il s'agit de 26 brefs chapitres &#224; la suite d'un s&#233;jour &#224; la &lt;a href=&#034;http://www.villa-kujoyama.or.jp/villa.gene.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;villa Kujoyama&lt;/a&gt; de Kyoto. Et son livre a prolong&#233; pour moi la d&#233;couverte des &lt;i&gt;Carnets&lt;/i&gt; de &lt;a href=&#034;http://mapage.noos.fr/sacados/lectures/lectures11.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nicolas Bouvier&lt;/a&gt;, datant de 1964 mais publi&#233;s l'an dernier : m&#234;me pr&#233;sence, m&#234;me mani&#232;re ambulatoire du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter que Philippe Adam, qui termine son propre s&#233;jour &#224; la villa Kujoyama, vient de publier aux &#233;ditions Verticales un r&#233;cit consacr&#233; aux derniers jours du fascinant Ozamu Daza&#239; (&lt;i&gt;Cent vues du mont Fuji&lt;/i&gt;), &#231;a s'appelle &lt;a href=&#034;http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?id=152&amp;rubrique=3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Canal Tamagawa&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Haguro San&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur le mont Haguro la nuit tombait avec la neige, f&#233;erique comme un r&#234;ve d'enfant. La voiture avait pein&#233; sur les pentes verglac&#233;es des derniers kilom&#232;tres. On arrivait enfin au Dewa Sanzen Jinja, le temple des trois montagnes sacr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La secte Shugendo s'&#233;tait install&#233;e ici depuis plusieurs si&#232;cles dans la p&#233;nombre de la for&#234;t de cryptomeria. Le Shukubo, l'h&#244;tellerie du monast&#232;re, autrefois destin&#233;e aux p&#232;lerins de sexe masculin, &#233;tait maintenant accessible &#224; tous. Monsieur Fujishima m'avait vant&#233; le lieu pour son atmosph&#232;re authentique, la beaut&#233; des vieux temples couverts de chaume et les renomm&#233;s Sansai Ryori : les repas v&#233;g&#233;tariens des moines. J'avais aussi devin&#233;, depuis la route qui se faufilait en lacets dans les sugi plusieurs fois centenaires, gr&#226;ce aux lueurs de la neige endormie, la pagode de bois &#224; cinq &#233;tages Goju-To-No dont je me promis de retrouver le silence au plus vite. J'&#233;tais au coeur du Japon traditionnel et religieux comme je l'avais longtemps souhait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure s'avan&#231;ait. Il fallait prendre possession de sa chambre. Tout au long de couloirs obscurs, d'humbles sanctuaires embaum&#233;s d'encens rares et baign&#233;s de la lumi&#232;re h&#233;sitante des veilleuses, un vieillard v&#234;tu d'un kimono de toile grise me conduisit d'une marche h&#233;sitante &#224; la chambre qu'il me destinait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais devin&#233; de nombreuses fois l'opini&#226;tre clopinement auquel conduisent ici les ann&#233;es de travail ou de conviction religieuse, contrainte par la position du tailleur. S'ensuivaient de f&#226;cheuses raideurs dorsales et jusqu'&#224; ces hoquets dans le d&#233;placement. Il y avait autre chose. L'&#233;treinte prescrite par d'inflexibles temp&#233;raments qui aggravait les d&#233;marches t&#234;tues en boiterie. Une irrationnelle d&#233;termination achevait d'en &#233;vincer la souplesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pi&#232;ce carr&#233;e de deux m&#232;tres et demi de c&#244;t&#233; d&#233;di&#233;e nagu&#232;re &#224; la c&#233;r&#233;monie du th&#233;. La porte se raidit en tremblant sur ses glissi&#232;res de bois. Deux cloisons de papier dispos&#233;es en angle droit s&#233;paraient de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un l&#233;ger d&#233;crochement, auquel un tronc d'arbre sec tenait lieu d'ar&#234;te, accueillait une peinture de paysage, tout en hauteur : un nuage transparent sur un rouleau de soie pass&#233;e. Au sol, funeste confluence de tous les courants d'air, un futon recouvert d'un duvet masquait les tatamis. Un maigre po&#234;le &#224; odeur de k&#233;roz&#232;ne, &#224; l'odeur forte d'a&#233;roport, qu'il me fallait dissiper au plus vite, luttait vainement contre le froid qui s'engouffrait de partout. Je voyais, &#224; travers les cloisons de papier mal jopintes, la neige s'amonceler sur les blancheurs encore vives. La nuit s'annon&#231;ait pleine de souvenirs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Priver le corps d'une part de ce qu'il r&#233;clame transf&#232;re &#224; l'&#226;me son go&#251;t de pl&#233;nitude. Une pl&#233;nitude qu'elle a fini par abjurer tant nous avons laiss&#233; le corps l'exiger &#224; son seul profit. D&#233;sormais il ne saurait se contenter de peu et le paysage de d&#233;votion que nous lui offrons ne peut que renforcer son empire. L'occasion pour notre attention de se porter ailleurs, apr&#232;s lui avoir accord&#233; la part d'existence qui lui revient. Habitu&#233;s &#224; nous identifier &#224; lui et &#224; lui seul, nous en avons oubli&#233; les d&#233;sespoirs qu'il engendre, m&#234;me prosp&#232;re, m&#234;me satisfait, m&#234;me combl&#233; et les plaisirs attribu&#233;s sans mesure finissent par l'assoupir. Sans doute avons-nous tort d'esp&#233;rer un oubli, une mise &#224; la retraite, un aveuglement de Ce qui nous gouverne. Il n'y aura rien de cela. Nous sommes responsables parfois alors qu'il faudrait l'&#234;tre toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mourrai-je ainsi tellement inaccompli ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie coule, si urgente. O&#249; demeures-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure tardive, les kilom&#232;tres parcourus, le copieux &#034;repas v&#233;g&#233;tarien des moines&#034; finirent par tromper ma vigilance. La nuit &#233;tait profonde. Je me couchai. Une simple couette de coton m'isolait du froid qui envahissait la chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entendis les chants graves des moines qui s'&#233;levaient une derni&#232;re fois dans la patience des veilleuses puis j'imaginai leurs ombres silencieuses regagnant leurs solitudes. J'enviai leur courage que je ne pus m'emp&#234;cher d'opposer &#224; la fragilit&#233; du mien. L'atmosph&#232;re qui r&#233;gnait d&#233;nouait les &#226;mes. J'oubliai le froid, la neige et la nuit puisqu'il y avait cette immensit&#233; et que m'abritaient ceux qui venaient de s'y ab&#238;mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monast&#232;re endormi les flocons press&#233;s par le vent chuintaient sur le papier des cloisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Marc Deneyer, texte et photographies, &#233;ditions Le Temps qu'il fait, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_39 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH313/deneyer_japon2-af061.jpg?1750922150' width='480' height='313' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Au Japon avec Marc Deneyer&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Japon a longtemps &#233;t&#233; inconnu de nos lettres. D&#233;chiffrer le Japon, ce n'est pas seulement s'interroger sur ce que nous ici avons perdu, une pr&#233;sence de l'ancien et du sacr&#233;, jusque dans l'imm&#233;diate peau du pr&#233;sent : savoir que ce qu'on cherche d'&#233;nigme est disponible, il suffit d'interroger les signes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Barthes nous a rapproch&#233; le Japon avec &lt;i&gt;L'Empire des signes&lt;/i&gt;, et depuis les livres se sont succ&#233;d&#233;. La fronti&#232;re s'est d&#233;plac&#233;e aussi parce que la litt&#233;rature japonaise de ce si&#232;cle nous est devenu plus famili&#232;re, ainsi des &lt;i&gt;Cent vues du mont Fuji&lt;/i&gt;, d'Ozamu Daza&#239;, qui se situe certainement dans la m&#234;me &#233;chelle de radicalit&#233; d'&#233;crivains que Dostoievski ou Thomas Bernhard. L'an pass&#233; nous ont &#233;t&#233; offerts pour la premi&#232;re fois les &lt;i&gt;Carnets&lt;/i&gt; de Nicolas Bouvier, dont on connaissait la &lt;i&gt;Chronique japonaise&lt;/i&gt;, mais pas ce qui leur avait servi de base et de source brute, dans ce long s&#233;jour de 1964. Nicolas Bouvier est devenu notre mod&#232;le de l'&#233;crivain-voyageur : celui qui regarde au microscope la petite parcelle de pr&#233;sent &#224; laquelle il est arbitrairement confi&#233;, et qui y d&#233;busque une part de cette &#233;nigme qui fait qu'on a notre humanit&#233; en partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert Marc Deneyer par l'Actualit&#233; Poitou Charente : notamment par son voyage au grand Nord, et ses photographies d'icebergs devenues comme des fleurs abstraites. Je l'ai rencontr&#233; ensuite dans un exercice plus rude : les paysages des Deux-S&#232;vres, et nous interroger sur qui nous sommes, nous qui relevons de ces champs et ces ciels, quand on les repr&#233;sente. Je ne savais pas Marc dans l'exp&#233;rience des mots. L'&#233;criture des photographes nous est pr&#233;cieuse parce que cela reste exp&#233;rience du &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt;. Je ne sais pas si Marc Deneyer s'est mis &#224; ces textes parce qu'il &#233;tait au Japon, ou si l'exercice des carnets lui &#233;tait d&#233;j&#224; familier. Il ne nous pr&#233;sente pas des photos faciles, ou confortables : l'hiver sur une rizi&#232;re, le visage concentr&#233; d'un moine, une vague sur des rochers, un escalier envahi d'une v&#233;g&#233;tation qui nous trouble. Mais les vingt-six textes qui forment ce livre (autant que de lettres de notre alphabet, l&#224;-bas o&#249; l'alphabet, d&#232;s la premi&#232;re station de m&#233;tro, ne nous sert plus de rien), sont chaque fois une question pr&#233;cise adress&#233;e &#224; une parcelle de pr&#233;sent qui &#233;chappe &#224; sa compr&#233;hension de voyageur. J'ai &#233;t&#233; deux fois au Japon, je suis fascin&#233; comme lui par Kyoto. Mais le photographe tient toujours de l'aventurier : lui il s'en va dans les villages, grimpe une montagne, va vers des temples oubli&#233;s. L'art de demander son chemin. Un arbre &#224; th&#233; coinc&#233; entre rail et b&#233;ton. Un train de nuit, quand on s'est tromp&#233; de train et qu'on descend &#224; Tsuruga sans rien savoir d'o&#249; c'est sur la carte du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La magie des chroniques de Nicolas Bouvier, c'est qu'il gagnait sa vie en dessinant, et que le texte na&#238;t de tout ce qui accompagne ou pr&#233;c&#232;de le dessin. Je vous assure que le Japon de Marc Deneyer est parfaitement Japon, et pas celui du &lt;i&gt;Lotus bleu&lt;/i&gt; des aventures de Tintin qui lui sert de point de d&#233;part. Il y a cette phrase qui ouvre le vingt-sixi&#232;me et dernier chapitre, m&#234;me si ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'au passage Marc Deneyer est confront&#233; au surgissement d'un souvenir d&#233;senfoui, comme ces planeurs de balsa qu'on construisait autrefois, par l'odeur qu'il traverse dans un atelier de menuiserie : &#171; Ma vie s'&#233;tait-elle rapproch&#233;e de ce que j'avais esp&#233;r&#233; d'elle ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dit que le voyage est une &#171; distraction splendide &#187;. Je suppose que si l'exigeant Georges Monti, qui d&#233;cide de ce qui se publie au Temps Qu'il Fait, nous propose les &#233;crits de Marc Deneyer, c'est - comme moi - qu'il n'a pas &#233;t&#233; si distrait que cela, et que cette &#233;nigme &#224; quoi on se confronte dans ce monde, o&#249; le sacr&#233; a encore place dans notre radicalit&#233; moderne, nous concerne &#233;videmment. On nous fait part d'un &#233;merveillement, mais dans l'int&#233;rieur de vingt-six myst&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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