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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>fiction &amp; non-fiction : le fabuleux &#233;t&#233; 1927 de Bill Bryson</title>
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		<dc:date>2015-07-26T17:52:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>roman (th&#233;orie du)</dc:subject>
		<dc:subject>Bryson, Bill</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de l'art de raconter des histoires avec ce qui s'est r&#233;ellement pass&#233;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique162" rel="directory"&gt;un monument Lovecraft&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;roman (th&#233;orie du)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot931" rel="tag"&gt;Bryson, Bill&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4203.jpg?1437932502' class='spip_logo spip_logo_right' width='114' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Finalement, c'est peut-&#234;tre dans le moment qu'un objet manifeste sa r&#233;sistance, son obstacle, qu'il s'&#233;rige comme livre.
&lt;p&gt;Depuis le 1er janvier de cette ann&#233;e, je commence la journ&#233;e par une lecture du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; d'il y a 90 ans &#8211; soit le jour correspondant de l'ann&#233;e 1925 &#8211;, et je choisis un bref article, dans le large spectre de ce qu'enregistre la presse, une sorte d'inconscient de son propre temps, pour le mettre en rapport avec les br&#232;ves notes que prend Lovecraft pour chaque journ&#233;e de cette m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne l'ai m&#234;me pas pr&#233;m&#233;dit&#233;, c'est &lt;a href=&#034;http://thelovecraftmonument.com/spip.php?article146&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;au moment de mettre en ligne&lt;/a&gt;, quelques jours avant le 1er janvier, les premi&#232;res pages de ce web-marathon, que la forme s'est impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'attendais donc avec impatience la venue &#224; Providence, pour me confronter &#224; l'original de ce carnet. Les trois premi&#232;res semaines, de ce point de vue, ont &#233;t&#233; denses. On se trouve aux endroits exacts o&#249; Lovecraft a &#233;crit, lu, march&#233;, v&#233;cu, on croise aussi le souvenir d'Edgar Poe, et je me suis aussi enfonc&#233; dans les deux carnets du &lt;i&gt;Commonplace Book&lt;/i&gt; et de ce carnet jamais publi&#233; selon sa construction, que j'appelle Remebrancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'attendais aussi avec impatience, compte tenu de la r&#233;gularit&#233; parfois monotone (lire, &#233;crire, dormir, et le mercredi r&#233;union avec le cercle d'&#233;crivains amis) du carnet, cette fin juillet o&#249; enfin il allait se passer quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitu&#233;s l'ont constat&#233; : temps d'arr&#234;t. Provisoire, mais. Je dois reconstruire en amont, avec ce que j'ai appris. Je dois aussi penser &#224; la forme publiable : 700 pages, dont la moiti&#233; en articles traduits du journal d'il y a 90 ans, &#231;a peut fonctionner ? Et puis je suis arriv&#233; avec une certaine id&#233;e de Lovecraft, en six mois, et ces trois premi&#232;res semaines &#224; Providence, elle s'est d&#233;plac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_6602 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/diary_520.jpg?1437932908' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis, pour une remarque qu'on ma faite il y a une dizaine de jours, je t&#233;l&#233;charge le soir m&#234;me, sur mon Kindle, le dernier livre de Bill Bryson, paru il y a deux ans. Mon projet s'intitule &#171; 1925 &#187;, je d&#233;couvre que son livre s'intitule &#171; 1927 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des ann&#233;es que je lis Bill Bryson, depuis &lt;i&gt;Motel Blues&lt;/i&gt; je crois. J'ai besoin de lire quotidiennement de l'anglais, les auteurs populaires, Connelly, Grisham, Bryson, King m'y aident &#8211; tel respect de leur art de &lt;i&gt;page turner&lt;/i&gt;. Mais Bryson, comme David Foster Wallace, c'est aussi l'irruption, avec les outils du r&#233;cit litt&#233;raire, d'une approche du r&#233;el qui ne le transpose pas dans la fiction. Ici, &#231;a s'appelle &lt;i&gt;non fiction&lt;/i&gt;, on n'a pas r&#233;ussi &#224; transposer le terme. Question qui est pour moi principale, depuis que le petit livre con&#231;u sur trois versions en cinq ans, superposant plusieurs figures d'amis suicid&#233;s, mais en les reconstruisant sur mon propre territoire natal, et tout charg&#233; de montages cut-up pris &#224; Flaubert, Dosto&#239;evski, Joyce, Van Gogh et d'autres, &lt;i&gt;L'enterrement&lt;/i&gt; eut &#233;t&#233; &#224; trois reprises refus&#233; par J&#233;r&#244;me Lindon sous pr&#233;texte que &#171; ce n'est pas un roman &#187;, et que Pierre Michon m'embarqua pour le donner &#224; Verdier, qui le publia en 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;1927&lt;/i&gt; de Bryson je retrouve tous les tenseurs que je d&#233;tecte un par un dans mon &lt;i&gt;1925&lt;/i&gt; : l'urbanisme et l'architecture des buildings, la r&#233;volution culturelle de la radio, technique et sociale du t&#233;l&#233;phone, la mis&#232;re et la sueur de New York, ses voitures . Je retrouve les m&#234;mes personnages-embl&#232;mes, le roi du base-ball Babe Ruth, le pr&#233;sident Calvin Coolidge. Lovecraft n'existe pas chez Bryson, il n'existe pas pour la litt&#233;rature am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de Bryson n'est pas une sorte de compilation ou d'anthologie, mais un formidable d&#233;pli : prendre un &#233;v&#233;nement-cl&#233; &#8211; la travers&#233;e en solitaire de l'Atlantique par Lindbergh en mai 1927 &#8211;, et tout remonter au jour le jour depuis l'arbitraire de ce qui se produit, crime sordide de Ruth Snyder et Judd Gray, ou la grande crue du Missisipi qui nous vaudra &lt;i&gt;Les palmiers sauvages&lt;/i&gt; de Faulkner, ou l'ascension souterraine d'Edgar Hoover, mais toute une galaxie de personnages qui &#233;mergent soudain comme &lt;i&gt;hapax&lt;/i&gt; et portent avec eux une brique minuscule mais sp&#233;cifique de cet inconscient d'une p&#233;riode de transition, qui ne sait pas sa propre transition mais nous donne les outils pour penser notre propre transition, tout aussi obscure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre en cela que la lecture &#224; marches forc&#233;es (mais quel r&#233;gal) de Bill Bryson, ces jours-ci, est venue percuter l'avanc&#233;e de mon propre projet, lui ancr&#233; sur 1925, avec un personnage central qui, au milieu, mange, lit, dort, &#233;crit, marche sans se pr&#233;occuper de rien qui l'environne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est celle de l'auteur. Ce que nous &#233;crivons est arbitraire : et je suppose que pour Bill Bryson il y a 2 ans comme pour moi-m&#234;me depuis 6 mois c'est cela le miracle quotidien &#8211; que l'arbitraire impr&#233;visible des jours nous mette dans les mains des &#233;l&#233;ments qui r&#233;sonnent aussi fort avec ce point obscur et central dont nous traitons (la mutit&#233; de Lindbergh, l'&#233;nigme de Lovecraft).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai choisi ci-dessous un bref extrait typique de la performance Bryson (le livre n'est pas encore traduit en fran&#231;ais, j'aurais certes plaisir &#224; le faire) : un personnage qui restera sans pr&#233;nom &#8211; il s'appelle Alvin, mais Bryson, qui le sait forc&#233;ment, ne le dit pas. La num&#233;risation des quotidiens am&#233;ricains (le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; depuis 1854, les archives iconographiques rendent possible un mode d'investigation historique qui n'est pas dissociable de cette fronti&#232;re essentielle, mais de plus en plus impalpable, au nom m&#234;me de l'illusion qu'on cherche &#224; reconstruire, entre fiction et non-fiction. Rien n'a chang&#233; depuis Flaubert : mais ce qu'on intitule &lt;i&gt;roman&lt;/i&gt; (ce qui n'&#233;tait pas le cas de &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, intitul&#233; par Flaubert &lt;i&gt;moeurs de province&lt;/i&gt;) avait &#224; emporter avec lui son propre d&#233;cor, reconstruire la pharmacie de Homais dans le livre. Avec le support de lecture (tablette, ordi, kindle, t&#233;l&#233;phone...) devenu &#224; la fois dictionnaire, atlas, encyclop&#233;die, partage, le statut du r&#233;el dans la fiction bascule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en me contraignant au cut-up des articles de journaux, l&#224; o&#249; Bryson reconstruit un r&#233;cit en forme br&#232;ve de son personnage, je suis plus radicalement dans la &#171; non fiction &#187; que lui. Mais, puisque je choisis, traduis, abr&#232;ge, mes propres extraits de journaux comportent aussi une instance narrative, ce que j'appelle &lt;i&gt;instance fictionnelle&lt;/i&gt; m&#234;me pour ces boucles que d&#233;livre Bill Bryson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir la construction de cette admirable nouvelle d'Ambrose Bierce mise en ligne avant-hier, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4202' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La fen&#234;tre clou&#233;e&lt;/a&gt; : le statut du narrateur, les locuteurs interm&#233;diaires, la s&#233;paration temps r&#233;f&#233;rentiel et temps-r&#233;cit, on les retrouve dans la reconstruction que fait Bryson de son personnage, selon les archives accessibles, presse et photographie (celle ci-dessus). Et, de mon c&#244;t&#233;, une instance suppl&#233;mentaire &#8211; ou en miroir &#8211; : le fait que Lovecraft utilise pr&#233;cis&#233;ment ces techniques, inserts de lettres fictives, d'articles de presse r&#233;invent&#233;s, convocation des mutations techniques (voiture, avions, t&#233;l&#233;phone, &#233;lectricit&#233;, radio, biologie, astrophysique) pour construire l'essentiel, c'est-&#224;-dire le c&#244;t&#233; implacable et incontournable de l'illusion narrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si on gagne un cran dans le dispositif narratif, par exemple en se contentant du montage cut au lieu de reconstruire un r&#233;cit fragmentaire, est-ce qu'on gagne en puissance d'illusion par une sorte d'augmentation de la r&#233;solution dans la saisie narrative du r&#233;el &#8211; et est-ce que cette notion de r&#233;solution, qui a probablement son &#233;quivalent dans l'histoire narrative &#8211; de Balzac &#224; Flaubert, de Flaubert &#224; Proust, de Proust &#224; Claude Simon &#8211; a pertinence en tant que cat&#233;gorie litt&#233;raire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plein de questions, qui r&#233;sonnent avec discussion en cours (n'est-ce pas, Alison !), et charni&#232;re probablement aiguis&#233;e par la litt&#233;rature nord-am&#233;ricaine, construisant ses propres enracinements (du &lt;i&gt;Walden&lt;/i&gt; de Thoreau aux sc&#232;nes de rue du &lt;i&gt;Manhattan Transfer&lt;/i&gt;) dans ce rapport au r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, premi&#232;re irruption en fran&#231;ais de Kelly l'&#201;pave, le &lt;i&gt;naufrag&#233; d'au-dessus des villes&lt;/i&gt; &#8211; dont l'&#233;quivalent fictionnel serait le &lt;i&gt;Champion de je&#251;ne&lt;/i&gt; (ou &lt;i&gt;artiste de la faim&lt;/i&gt;) de Kafka, dans une &#233;trange proximit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans quelques jours le journal Lovecraft 1925, mais avec un bloc complet pour cette p&#233;riode qui va &#234;tre celle de la rupture avec New York, et la reprise de l'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et finalement une interrogation &#233;l&#233;mentaire et permanente : pour comprendre l'invention de litt&#233;rature, peut-on se dispenser de ce que le r&#233;el comporte de folie permanente et arbitraire, comme le grand spectacle, d&#251;ment photographi&#233; et archive de Kelly l'&#201;pave ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB, San Francisco, 26/07/2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_6600 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/kelly_3.jpg?1437932550' width='500' height='633' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;Bill Bryson | juin 1927, Kelly l'&#201;pave&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#192; 11 heures du matin, le 7 juin, un homme qui s'appelait Kelly l'&#201;pave monta sur la cime d'un m&#226;t de quinze m&#232;tres plant&#233; sur le toit de l'h&#244;tel Saint-Francis &#224; Newark, New Jersey, et s'y assit. C'est tout ce qu'il fit, pendant des jours, et tout le monde vint &#224; Newark pour le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kelly &#233;tait un enfant de Hell's Kitchen, le plus dur quartier de Manhattan, dans les circonstances les plus sombres possibles. Son p&#232;re, sept mois avant sa naissance, monteur sur les chantiers de construction, avait fait une chute mortelle quand un contrema&#238;tre actionna par erreur un des leviers sur la grue o&#249; il travaillait. La m&#232;re de Kelly, le coeur bris&#233; et sans pain, mourut &#224; la naissance. Le contrema&#238;tre qui &#233;tait responsable de la mort de son p&#232;re d&#233;cida de l'adopter. Kelly s'embaucha comme mousse &#224; treize ans et passa la plus grande partie des quinze ans &#224; venir comme matelot. Il fut dot&#233; de son surnom, d'apr&#232;s le &lt;em&gt;Time Magazine&lt;/em&gt;, pour avoir surv&#233;cu au naufrage du &lt;i&gt;Titanic&lt;/i&gt; en 1912, mais cela peut tout aussi bien &#234;tre une invention &#224; l'intention du journaliste. En fait, le surnom lui vint plut&#244;t d'une br&#232;ve carri&#232;re de boxeur entam&#233;e sous le nom de Kelly-le-Matelot, mais o&#249; il fut battu si souvent &#8211; il alla jusqu'&#224; perdre onze combats d'affil&#233;e &#8211; qu'on l'appela dans les journaux &#201;pave-le-Matelot. Selon Kelly lui-m&#234;me, il avait surv&#233;cu &#224; cinq naufrages, deux crashes d'avion, un d&#233;raillement de train et tout cela sans une &#233;gratignure, s'&#233;tant lanc&#233; dans une carri&#232;re d&#8216;&lt;em&gt;homme-mouche&lt;/em&gt; (quelqu'un qui se jette des avions, ou escalade les fa&#231;ades d'immeubles pour des actions publicitaires), avant d'inventer de s'asseoir en haut d'un m&#226;t en 1924. En 1927, il &#233;tait le ma&#238;tre de la discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kelly pouvait s'installer pour des jours ou des semaines sur une perche tr&#232;s mince &#8211; un si&#232;ge circulaire de la taille d'un tabouret de bar &#8211; viss&#233; sur un m&#226;t en haut des plus grands b&#226;timents. Ses admirateurs les plus fid&#232;les payaient 25 cents pour acc&#233;der au toit du b&#226;timent, o&#249; ils pouvaient voir Kelly de plus pr&#232;s et m&#234;me engager la conversation avec lui. Le reste de la foule s'en tenait aux rues d'en dessous, provoquant des embouteillages, pi&#233;tinant les bouquets de fleurs et renversant les barri&#232;res sous le nombre. La nourriture, les instruments de rasage, les cigarettes et autres n&#233;cessit&#233;s vitales lui &#233;taient convoy&#233;s par corde. Pour dormir sans d&#233;gringoler, il attachait ses chevilles autour m&#226;t et ins&#233;rait ses jambes dans deux orifices creus&#233;s sur le bord du si&#232;ge.. Normalement, il ne s'endormait pas plus de vingt minutes &#224; la fois, pour ne pas sombrer dans un sommeil trop profond. P&#233;riodiquement, et &#224; la satisfaction de la foule, il &#233;tirait ses muscles, se dressait debout sur sa pr&#233;caire plateforme &#8211; une action qui demandait une agilit&#233; consid&#233;rable et pas seulement du courage, surtout s'il y avait du vent. Pendant la totalit&#233; de son temps perch&#233;, il ne quittait pas son m&#226;t. Aucun compte rendu pour mentionner comment il satisfaisait &#224; ses besoins naturels. Deux jours avant de monter il cessait de s'alimenter en nourriture solide &#8211; se contentant de pain, lait et caf&#233; &#8211; ce qui est une r&#233;ponse partielle &#224; cette question d'&#233;vidence. Il fumait quatre paquets de cigarettes par jour, sinon il restait assis. Il se pr&#233;tendait lui-m&#234;me &#171; le gus le plus heureux sur Terre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Newark devait &#234;tre plus ou moins le sommet de la br&#232;ve carri&#232;re de Kelly l'&#201;pave. Il s'&#233;tait d&#233;j&#224; souvent assis sur des m&#226;ts &#8211; une fois pendant quarante-neuf jours &#8211;, affrontant blizzards, orages et autres p&#233;rils m&#233;t&#233;orologiques, mais le monde perdit progressivement int&#233;r&#234;t pour lui et le m&#233;tier d'escaladeur de m&#226;ts. Kelly disparut de la vue, et ne r&#233;apparut qu'en ao&#251;t 1941, arr&#234;t&#233; pour conduite en &#233;tat d'ivresse dans le Connecticut. Il est mort d'une crise cardiaque &#224; New York en 1952, vivant dans un &#233;tat de grande pauvret&#233;. On situa son &#226;ge entre cinquante-neuf et soixante-sept ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me l&#224; maintenant, ce mois de 1927 &#224; Newark, l'int&#233;r&#234;t de la presse apr&#232;s ses vingt premiers jours sur son m&#226;t commence &#224; s'essouffler, apr&#232;s avoir annonc&#233; les premiers jours qu'il &#233;tait toujours perch&#233; tout en haut. Quand il redescendit embrasser sa femme, &#233;pous&#233;e six mois plus t&#244;t, exactement douze jours et douze heures apr&#232;s y &#234;tre mont&#233;, personne ne s'&#233;tait d&#233;plac&#233; et la presse ne le mentionna qu'&#224; peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_6601 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/kelly_4.jpg?1437932561' width='500' height='618' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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