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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>grand myst&#232;re Hart Crane</title>
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		<dc:date>2017-02-10T20:07:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Lovecraft, Howard Phillips</dc:subject>
		<dc:subject>Crane, Hart</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;vie m&#233;t&#233;ore d'un po&#232;te fulgurant et maudit, o&#249; on croise Lovecraft&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique149" rel="directory"&gt;autour de Lovecraft : Bierce, Dunsany &amp; Co&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot501" rel="tag"&gt;Lovecraft, Howard Phillips&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot980" rel="tag"&gt;Crane, Hart&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4389.jpg?1486757827' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Pour traduire de la po&#233;sie, il faut l'exercer soi-m&#234;me. Ce n'est pas mon cas. J'ai des rep&#232;res pour avancer dans la prose, celle de Lovecraft en tout cas. Lorsqu'il s'agit de vers, je n'ai plus de m&#233;canique. Donc, ci-dessous (merci G.C. !), il ne s'agit pas de &lt;i&gt;traduire&lt;/i&gt;, mais juste de t&#233;moigner &#8211; un peu de ce qui se joue dans ce texte et comment il fonctionne, l'image que j'en ai quand je le lis.
&lt;p&gt;Hart Crane m'importe, comme John Dos Passos, parce que dans les m&#234;mes ann&#233;es que Lovecraft (Hart Crane publie &lt;i&gt;The Bridge&lt;/i&gt; en1931, il dit y avoir consacr&#233; 3 ans), vient s'&#233;crire la ville, dans son fantasme, dans ses ruptures, et qu'elle conditionne aussi la rupture de Lovecraft, m&#234;me s'il prend, lui, le chemin inverse &#8211; un enfoncement dans l'imaginaire et le refus du moderne, mais o&#249; ce refus m&#234;me vient s'inscrire avec toutes ses marques et technologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les destins de Hart Crane et de Lovecraft se croisent &#224; plusieurs reprises. Pour lui, en 1924 lorsque pour la premi&#232;re fois il &#233;chappe &#224; Boston et Providence et vient rejoindre Sonia &#224; New York. C'est elle qui le pousse &#224; entreprendre le voyage de Cleveland &#8211; 10 heures de train &#8211; pour rencontrer ces &#233;crivains de son &#226;ge avec lesquels il correspond tous les jours, en particulier Samuel Loveman et George Kirk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une lettre extraordinaire, envoy&#233;e &#224; sa tante depuis Cleveland, o&#249; il n'en revient pas de discuter avec eux en bras de chemises et &lt;i&gt;sans bretelles&lt;/i&gt;. C'est chez Loveman, puisque c'est ainsi, le meilleur ami de Lovecraft est homosexuel, qu'il croise Hart Crane, qui &#224; l'&#233;poque, contrairement &#224; eux, publie d&#233;j&#224; en revue. Ils sont amateurs et lui est &lt;i&gt;po&#232;te&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1925, install&#233; d&#233;sormais &#224; New York, dans une lettre &#224; sa m&#232;re Hart Crane lui raconte qu'il a revu (il le dit avec respect) Sonia Greene, &#171; accompagn&#233;e de son mari, ce Lovecraft &#224; la voix si haut perch&#233;e &#187;. Et il lui raconte comment, au terme de la m&#234;me soir&#233;e, ledit mari a embarqu&#233; Loveman pour une marche urbaine qui a dur&#233; toute la nuit, consacr&#233;e aux traces secr&#232;tes de l'&#233;poque coloniale dans le d&#233;dale de Greenwich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La correspondance de Crane (un peu comme Rimbaud, dans ses oeuvres compl&#232;tes quelques dizaines de pages pour les 3 recueils publi&#233;s, &lt;i&gt;White buildings, The Bridge&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Keywest&lt;/i&gt; posthume), mais des centaines de pages pour l'essentiel consacr&#233;es &#224; la tragi-com&#233;die familiale, un p&#232;re industriel (le sucre) multimillionnaire et qui tient absolument &#224; ce que son fils travaille dans ses bureaux et usines, la m&#232;re bafou&#233;e, en permanente d&#233;pression apr&#232;s le divorce forc&#233; tandis que le p&#232;re se remarie au moins deux fois. Ses probl&#232;mes avec l'alcool, la brutalit&#233; des retours contraints dans l'Ohio pour extorquer un peu d'argent &#224; l'usine. Des lettres &#224; Malcolm Cowley ou Gertrude Stein, et surtout celles &#224; Loveman, ajoutant un pan surprenant au contexte de Lovecraft dans son s&#233;jour &#224; New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont un autre point commun : si Hart Crane est litt&#233;ralement enrag&#233; &#224; p&#233;n&#233;trer les rouages de l'institution litt&#233;raire, sollicitant publications et critiques, le digne &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; ignore avec arrogance et d&#233;dains ceux qui pourtant refondent la litt&#233;rature am&#233;ricaine. On dirait un peu aujourd'hui avec le regard condescendant sur la litt&#233;rature num&#233;rique. C'est seulement pour leur d&#233;c&#232;s, le cancer brutal pour Lovecraft, le suicide pour Hart Crane, qu'on s'apercevra de leur existence en faisant comme si on les connaissait et respectait de toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'autre de commun entre Crane et HPL : ils vivent tous deux &#224; Brooklyn Heights, mais se saluent sans &#233;changer plus &#8211; pas la m&#234;me bande, sinon l'amiti&#233; commune de Loveman. Et Crane est un voyageur : il rejoindra sa m&#232;re sur la c&#244;te ouest &#224; San Francisco, fera plusieurs s&#233;jours en Floride (Lovecraft aussi, mais n'&#233;crira pas sur Keywest) et &#224; Cuba, vient passer plusieurs mois &#224; Paris puis Collioures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hart Crane est consid&#233;r&#233; aujourd'hui comme un des pr&#233;curseurs &#224; avoir tent&#233; d'imposer une reconnaissance du fait homosexuel. Ses amours sont tumultueux, &#231;a le regarde. Mais, sur le bateau qui le ram&#232;ne en 1931 de Cuba, deux matelots s'en prennent &#224; lui violemment, et &#231;a ressemble plus &#224; un chantage organis&#233; qu'&#224; des avances refoul&#233;es. &#199;a se termine en bagarre (disons qu'il est battu par les types), et le lendemain, &#224; midi, devant des passagers &#233;berlu&#233;s, Hart Crane, 32 ans, se jette du pont arri&#232;re du paquebot et dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre, 3 ans plus t&#244;t, &#224; la sortie de &lt;i&gt;The Bridge&lt;/i&gt;, il dit comment la po&#233;sie le contraint &#224; &#233;crire peu, &#224; se concentrer sur des sensations et perceptions forc&#233;ment rares, et les assembler &#224; partir de cette raret&#233;. Il dit ensuite, comme une &#233;vidence, &#171; ce qui ne serait pas le cas si j'&#233;crivais de la prose, comme bient&#244;t je l'esp&#232;re &#187;. La po&#233;sie comme &#233;cole et exp&#233;rience premi&#232;re sur quoi l'art narratif ensuite s'&#233;lance ? L'oeuvre de Lovecraft nous laisse infiniment plus &#224; fouiller et chercher. Hart Crane n'a pas eu le temps de son passage &#224; la prose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, ce sera le tour d'un autre proche de Lovecraft, Robert Howard. Et ce sera aussi le destin de Barlow, une quinzaine d'ann&#233;es plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pas question de les s&#233;parer dans cette constellation qu'on dresse d'eux tous, parce que c'est collectivement qu'elle nous concerne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier point commun, le plus solide ? M&#234;me dans son refoul&#233; grandissant de New York et de la modernit&#233;, jamais dans ses lettres Lovecraft ne cesse de v&#233;n&#233;rer le Brooklyn Bridge, de le traverser &#224; plaisir nuit apr&#232;s nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Hart Crane, &lt;i&gt;The Bridge&lt;/i&gt;, est celui de nous tous et de la ville, il est aussi un peu celui de Loveman et de Lovecraft.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la toute derni&#232;re lettre qu'on ait de lui, 3 lignes, envoy&#233;es depuis Cuba &#224; une Mrs T.W. Simpson, il lui donne son adresse permanente : &lt;i&gt;Box 604, Chagrin Falls, Ohio&lt;/i&gt;. Cette chute du chagrin, juste avant la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessous peintres dans les haubans du Brooklyn Bridge, 1925.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;iframe width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/_1rCdYtmAb8?rel=0&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Hart Crane | le pont (po&#232;me d'ouverture)&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Combien d'aubes tremblantes dans son nid mobile&lt;br/&gt;
Tremp&#233; et travers&#233; du vol des mouettes,&lt;br/&gt;
Y d&#233;coupant des anneaux blancs de tumulte, b&#226;ties si haut&lt;br/&gt;
Sur les eaux encha&#238;n&#233;es de la baie de Libert&#233; &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour abandonner nos yeux &#224; sa courbe inviol&#233;e,&lt;br/&gt;
Aux apparitions des voiles qui le croisent&lt;br/&gt;
Voici la page de signes qu'il nous faut &#233;crire,&lt;br/&gt;
&#8211; Jusqu'&#224; l'ascenseur qui nous lib&#232;rera de nos jours&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans ta t&#234;te des cin&#233;mas, des vues panoramiques&lt;br/&gt;
O&#249; des multitudes se pressent dans les sc&#232;nes clignotantes&lt;br/&gt;
Jamais endormies, et se pressent encore de nouveau,&lt;br/&gt;
Pour laisser &#224; d'autres yeux le m&#234;me film ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toi, par-dessus le port dressant ton argent&lt;br/&gt;
Comme si le soleil m&#234;me t'escaladait&lt;br/&gt;
Et tout mouvement aspir&#233; dans tes haubans&lt;br/&gt;
Pour dire la libert&#233; que tu nous gardes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et jaillissant des bouches du m&#233;tro, des &#233;tages et des caves&lt;br/&gt;
Quelle folie vient se prendre et se h&#226;te &#224; tes parapets,&lt;br/&gt;
S'y penche pour un instant, les v&#234;tements secou&#233;s par le vent,&lt;br/&gt;
Ironiquement arrach&#233;s &#224; une caravane bouche-b&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la ville, comme en fuite dans les rues de midi,&lt;br/&gt;
La dent enlev&#233;e du ciel ac&#233;tyl&#232;ne ;&lt;br/&gt;
Tout l'apr&#232;s-midi tournent les derricks de nuages&#8230;&lt;br/&gt;
Sur l'Atlantique nord attrap&#233; dans tes c&#226;bles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sombre comme le ciel des Juifs,&lt;br/&gt;
Ta r&#233;compense&#8230; L'accolade que tu proposes,&lt;br/&gt;
Et qu'un temps anonyme ne saurait accorder ;&lt;br/&gt;
Vibrant sursis et pardon accord&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; les harpes et autels d'une fureur consomm&#233;e,&lt;br/&gt;
(Comment l'oeuvre humaine a pu dresser ce choeur de cordes ?)&lt;br/&gt;
Seuil terrible o&#249; s'avancent le proph&#232;te,&lt;br/&gt;
La pri&#232;re du paria et les pleurs de l'amant, &#8211; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et contre la circulation en flux rapide qui t'&#233;corche,&lt;br/&gt;
Langage que rien n'&#233;clate, larme immacul&#233;e du ciel, &lt;br/&gt;
O&#249; se fraye ton chemin &#8211; un condens&#233; du toujours :&lt;br/&gt;
Voici que nous voyons la nuit que tu tiens embrass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ombre des piers j'attendais, &lt;br/&gt;
Que ton ombre claire se d&#233;tache des t&#233;n&#232;bres.&lt;br/&gt;
Et la ville ardente toute de parcelles d&#233;faites,&lt;br/&gt;
Quand la neige submerge une &#233;poque de fer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sans sommeil comme la rivi&#232;re que tu enjambes,&lt;br/&gt;
La mer enti&#232;re sous ta vo&#251;te comme un r&#234;ve de prairie,&lt;br/&gt;
Comme si ce balaiement si loin de nous dessous &lt;br/&gt;
Faisait de ta courbe un mythe offert au Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_6872 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/brooklyn-bridge.jpg?1486757200' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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