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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>chiens transparents</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions</dc:subject>
		<dc:subject>fantastique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;et pourquoi on avait chang&#233; d'avis &#224; leur propos&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique103" rel="directory"&gt;concernant les animaux&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1777.jpg?1352732744' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait depuis qu'on avait eu cette id&#233;e d'&#233;lever et de reproduire les chiens transparents. O&#249; ils &#233;taient avant, dans leur environnement sauvage, et o&#249; ils ne g&#234;naient personne, les chiens, peut-&#234;tre on aurait mieux fait de les y laisser. Au d&#233;but on n'y croyait m&#234;me pas, &#224; cette histoire, on avait mis longtemps &#224; v&#233;rifier la validit&#233; de leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis on les avait acclimat&#233;s, reproduits, exhib&#233;s. Puis vendus, et cher : il y avait eu une mode, de ces chiens transparents. Tellement plus original que ces chiens d'attaque, agressifs, aux oreilles br&#251;l&#233;es, qu'on promenait en museli&#232;re et qu'on faisait s'affronter dans les caves. Et tellement plus valorisant aussi que ces chiens pour salons de prestige, prix et pedigree.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait toujours ainsi, dans nos affaires humaines : d'abord comme jouet, puis cela se r&#233;pand, se banalise. Et dans la vie quotidienne, ils devenaient vite une charge. Les chiens en appartement, passe encore : mais invisibles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors les gens les rel&#226;chaient, dans les parcs, les parkings. Ce n'&#233;tait pas le type d'animal &#224; revenir &#224; votre maison si vous l'abandonniez. Ils s'&#233;tablissaient dans les caves, les escaliers : et tant d&#233;sormais de vieilles usines, de bureaux vides. Et ils prolif&#233;raient. Moins de salet&#233;, dans les villes, c'&#233;tait l'avantage : ces chiens vous d&#233;barrassaient des salet&#233;s. Y compris, on avait mis longtemps &#224; le comprendre et c'&#233;tait inesp&#233;r&#233;, les d&#233;jections de leurs semblables &#8211; on y gagnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y gagnait ? Au d&#233;but, oui, certainement. Mais maintenant ? De toute fa&#231;on, les autres chiens, plus. &#201;vacu&#233;s par leurs concurrents. Les chiens invisibles &#233;taient partout. On avan&#231;ait, t&#244;t le matin, dans les rues qu'on croyait d&#233;sertes, ils vous accompagnaient, vous fr&#244;laient. Dans les rues anim&#233;es de la journ&#233;e, moins perceptibles, ils leur fallait de l'espace, une libert&#233; de course. Que tout aille bien, et ces chiens vous faisaient la f&#234;te, on les sentait m&#234;me parfois qui vous l&#233;chaient les mains, vous sautaient dans les jambes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis d'autres jours le contraire : une tension. Avancer devenait un risque. On aurait entendu le monde grogner. Un geste brusque, et il pouvait mordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on se regarde tous chacun comme si c'&#233;tait la faute de l'autre, et c'est insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis se dire qu'on en a marre, oui, m&#234;me lorsqu'ils restent indiff&#233;rents, les chiens : les savoir l&#224;, vous fr&#244;lant, courant, vous s&#233;parant les uns des autres, et tout cela transparent, invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la ville propre, puisque si propre maintenant, se sentir &#233;tranger, pas en confiance avec ce qui nous entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait ce moment, cependant, au cr&#233;puscule, dans la lumi&#232;re blafarde des villes, et &#233;clairage rasant, qu'ils apparaissaient les chiens. Pas distinctement, pas vraiment : mais leurs yeux, si. Des yeux jaunes, brillants. On les distinguait bien, on tirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on avait pu commencer de s'en d&#233;barrasser, des chiens transparents.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1218 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/505.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/505.jpg?1242501507' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>l'homme aux rats</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1224</link>
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		<dc:date>2013-05-01T20:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;des &#234;tres humains quand m&#234;me&#034;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1224.jpg?1368404427' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai pens&#233; &lt;i&gt;l'homme aux rats&lt;/i&gt; parce qu'il avait trois rats et aussi parce qu'il existe, je le sais, un livre qui s'appelle &lt;i&gt;Psychanalyse de l'homme aux rats&lt;/i&gt; que je n'ai pas lu (j'ai seulement lu vers mes 17 ans quelques livres de psychanalyse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tais mis dans ce strapontin am&#233;nag&#233; pr&#232;s du compartiment bagage qu'ils ont r&#233;cemment install&#233; dans les trains sous l'appellation bureau, c'est commode &#224; cause de la prise de courant parce que j'avais peu de batterie, et lui il s'&#233;tait mis l&#224; &#224; cause de sa grande cage aux rats : une cage fluo avec du vert et du rouge et deux &#233;tages, c'est parce que les trois rats &#233;taient dans la bulle &#224; l'&#233;tage que d'abord je ne les avais pas vus, sa cage &#233;tait vide je croyais, on a commenc&#233; &#224; parl&#233; parce qu'il avait un billet gratuit pour Lille mais devait revenir de Lille &#224; Arras et moi j'avais compris Reims et je lui disais que ce n'&#233;tait pas la bonne solution de passer par Lille. Et puis il a sorti les rats et les a pris dans ses bras : les trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait tr&#232;s fier d'un en particulier, d'un gris soutenu qu'il appelait son &lt;i&gt;rat bleu&lt;/i&gt; : &#171; C'est rare les &lt;i&gt;rats bleus&lt;/i&gt; &#187;, a-t-il tenu &#224; pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a dit que c'&#233;tait des animaux tr&#232;s propres : &#171; Une femelle qui pisse dans une pi&#232;ce on ne peut plus tenir, mais des m&#226;les &#231;a ne sent pas &#231;a ne sent rien, c'est comme &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tant : &#171; C'est comme &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il &#233;tait heureux que j'&#233;coute et que j'aie l'air surpris, &#233;videmment il m'en a racont&#233; plus sur les rats, j'avais demand&#233; si trois m&#226;les ils ne se battaient pas. Si, les m&#226;les souvent se battaient entre eux, il y avait des morsures, mais s'il &#233;levait la voix ils se calmaient : &#171; &#199;a comprend &#187; dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les trois b&#234;tes &#233;taient lov&#233;es dans cette bulle de plastique j'ai dit qu'ils avaient l'air de bien s'aimer : &#171; C'est le train, il a dit : dans le train ils sont stress&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a continu&#233; de m'expliquer : &#171; Il y a des gens qui n'aiment pas les rats c'est des mensonges, c'est des b&#234;tes agr&#233;ables &#187;, puis il a rajout&#233; cette phrase : &#171; C'est pas des chiens des chats mais c'est des &#234;tres humains quand m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela il l'a dit au mot pr&#232;s et d'un seul bloc &#8212; comme il me fallait r&#233;fl&#233;chir &#224; cette phrase je suis rest&#233; en silence un peu, donc il a compl&#233;t&#233; l'explication : &#171; Un chien &#231;a ob&#233;it &#231;a peut aimer mais les rats ils vous connaissent aussi et moi je leur parle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a racont&#233; ensuite que le dimanche il va dans un parc public (&#224; Arras), il les laisse en libert&#233;, parfois s'allonge sur l'herbe et fait la sieste : quand il rouvre les yeux les rats sont toujours sur son ventre ou dans le creux de sa veste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a dit aussi que les rats vivaient en moyenne quatre ans, parce que les siens devenaient facilement un peu gros sinon ils vivraient cinq ans : &#171; l'exercice leur fait du bien mais ils n'en prennent pas toujours &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a dit qu'il avait des rats depuis longtemps qu'avant il avait un chien mais qu'il aimait mieux les rats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;leur est pass&#233;, il a regard&#233; son billet qui &#233;tait un billet &lt;i&gt;prime&lt;/i&gt; et ces billets-l&#224; on ne peut pas les changer ni modifier le voyage, &#231;a l'emb&#234;tait : il venait de la Rochelle, c'est une copine l&#224;-bas qui lui avait pris le billet prime et lui il &#233;tait au RMI il n'avait rien sur lui pour le suppl&#233;ment de Lille &#224; Arras. Le contr&#244;leur a expliqu&#233; que d&#233;sol&#233;, il lui faudrait quand m&#234;me descendre &#224; Lille et acheter un billet de prolongement pour Arras. Le contr&#244;leur n'a pas &#233;voqu&#233; les rats. Il les regardait, oui, mais pour en parler il lui aurait fallu la r&#233;probation du voyageur t&#233;moin (moi) et ce n'&#233;tait pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, on a parl&#233; de la cage. J'ai dit que c'&#233;tait une belle cage, mais pas commode &#224; transporter, peut-&#234;tre ? Avant ses rats &#233;taient moins gros, ils escaladaient juste par une corde d'un &#233;tage &#224; l'autre de la bo&#238;te, et que chez lui &#224; Arras il avait trois bo&#238;tes identiques qu'il reliait par des tuyaux comme &#231;a ils avaient plus d'espace &#224; circuler : &#171; Les rats me passionnent &#187; m'a-t-il dit, &#171; quelquefois ils m'ont mordu mais c'est juste par col&#232;re &#187; &#8212; il avait le gros rat blanc sur son bras il me l'a tendu mais la b&#234;te n'avait pas tr&#232;s envie on aurait dit alors il l'a remis avec les autres dans la bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de son visage : la t&#234;te ras&#233;e sur les bords, avec une cr&#234;te en longueur qui descendait sur l'arri&#232;re, des anneaux &#224; l'oreille et les dents un peu ab&#238;m&#233;es, mais un type gentil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne se sent pas seuls avec eux &#187;, il a dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai photographi&#233; la cage aux rats mais il faisait sombre et le train bougeait, la photo a rat&#233; je l'ai effac&#233;e (je n'aurais pas d&#251; : elle aurait pu accompagner, m&#234;me floue, la mise en ligne de ce texte et attester de la r&#233;alit&#233; de ce qu'il dit). Puis on est arriv&#233; &#224; Massy il fallait que je descende pour changer vers Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit au revoir &#224; l'homme aux rats et que bonne chance pour Arras.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_3995 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/rats-1.jpg?1368404458' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3996 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/rats-2.jpg?1368404459' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3997 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/rats-3.jpg?1368404459' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>des chats d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;s et des gens aussi peut-&#234;tre</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3111</link>
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		<dc:date>2012-09-08T08:37:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;mais pourquoi laissait-on un tuyau transparent ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique103" rel="directory"&gt;concernant les animaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3111.jpg?1352734054' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;coutant cet homme affable, scientifique r&#233;put&#233;, et qui vous racontait &#231;a tranquillement, en souriant, avec ces plantes verstes dont il entourait un bureau sinon encombr&#233; de papiers mais sans exc&#232;s, les habituelles armoires faites pour mettre des livres mais personne parmi eux n'avait plus besoin de livre, avec la lumi&#232;re qui se glissait dans les arbres au dehors, comment ne pas laisser le temps d&#233;river autant qu'il le fallait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on parlait de choses int&#233;ressantes. Je me souvenais de ces exp&#233;riences avec des chats qu'on pla&#231;ait sur des poutres, quand on s'&#233;tait int&#233;ress&#233; au sommeil paradoxal, et qui tombaient s'ils r&#234;vaient. Le chat nous est sup&#233;rieur pour le saut, pour l'ou&#239;e, pour la vue nocturne, et bien s&#251;r cette souplesse dans la gestion de son &#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la question de l'&#233;quilibre avait un impact important (c'est de cela qu'on parlait) chez ceux qui souffraient d'affections sur syst&#232;me vestibulaire, celui qui dans l'oreille interne commande &#224; l'&#233;quilibre. Comment isoler ce qui revient &#224; l'oeil et au contexte per&#231;u dans le traitement de ces informations qui nous aident &#224; garder stabilit&#233;, attendre, s'asseoir se redresser, et initier ce d&#233;s&#233;quilibre qui s'appelle marcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; cette &#233;poque on travaillait beaucoup avec des chats d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;s &#187;, venait-il de dire, ce qui est une phrase de syntaxe fran&#231;aise parfaitement simple et directement compr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je crois qu'on n'a plus le droit maintenant &#187;, pr&#233;cisa-t-il, sans conviction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc on endormait l'animal, anesth&#233;sie g&#233;n&#233;ral. On per&#231;ait au sommet du cr&#226;ne, il nous montre l'endroit, de toute fa&#231;on on fait &#231;a pour les gens aussi, pour passer les appareils qui ensuite op&#232;rent sans dommage, puisque le cerveau n'st pas innerv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, on branchait une pompe &#224; vide. Combien j'en ai manipul&#233;, des ces petites pompes primaires ou secondaires, du temps du soudage par faisceau d'&#233;lectrons. L&#224; aussi, dans les usines (sais plus si l'histoire concernait Dassault, Messerschmidt ou les deux) il tra&#238;ne toujours &#8211; enfin, &#224; l'&#233;poque &#8211; des tas de chats qu'on nourrit avec les restes de la cantine, dans les magasins de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, dans les recoins des bureaux &#233;cart&#233;s et guichets de contrema&#238;tres, des chats pas tr&#232;s flambants, comme ceux qu'on trouve dans les cimeti&#232;res ou terrains vagues, donc si on n'aimait pas le type on piquait son chat et on faisait des exp&#233;riences avec, &#231;a commen&#231;ait &#224; l'air comprim&#233; et je n'ai jamais trop compris pourquoi le chat a toujours aussi symbolis&#233; cette sorte de haine, voir le doux Steve Waring et le &lt;i&gt;chat de la vieille dame&lt;/i&gt; ou notre Edgar Poe et son &lt;i&gt;chat noir&lt;/i&gt;, mais chez lui la cruaut&#233; n'est pas r&#233;ductible &#224; une esp&#232;ce &#8211; moi ces b&#234;tes-l&#224; me donnent de l'allergie respiratoire et je les &#233;vite mais &#231;a n'a jamais &#233;t&#233; jusque-l&#224;. Enfin, on avait des r&#233;sultats concrets d'exp&#233;rience de chats plac&#233;s dans des enceintes &#224; vide, &#231;a nous enseignait ce qu'il en serait de nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faisait beau sur les arbres qu'on apercevait de l'autre c&#244;t&#233; des plantes vertes, notre interlocuteur &#233;tait calme, affable et souriant, il d&#233;taillait ses recherches scientifiques qui n'avaient rien, mais &#224; voir avec les animaux et il nous racontait cela comme un fait simplement surprenant : un petit tuyau souple branch&#233; &#224; la verticale du cerveau du chat, et on voyait s'&#233;tablir ce bouillonnement verd&#226;tre, puis remonter le liquide par grosses bulles, enfin dispara&#238;tre dans la petite bonbonne aspiratrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait si facile et si net, la b&#234;te ensuite se r&#233;veillait identique &#224; elle-m&#234;me, pratiquait docilement les exercices qu'on estimait n&#233;cessaires et qui avaient cons&#233;quence pour le traitement de ces gens affect&#233;s de d&#233;sordre vestibulaire. Mais c'est cela qui l'interrogeait, notre interlocuteur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi ils avaient besoin que ce soit un tuyau transparent, pourquoi il fallait qu'on voie &#231;a, et qu'un cerveau c'est juste &#231;a... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je repense &#224; ces chats qui reviennent tous les jours dans les pages Facebook de gens par ailleurs tout &#224; fait estimables, ou bien &#224; ceux qui se croient dr&#244;les de collectionner les &lt;a href=&#034;http://www.topito.com/top-chats-mouilles&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chats mouill&#233;s&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, la seule question c'est celle-ci : apr&#232;s retirer le tuyau, il n'y a rien pour distinguer un chat d&#233;c&#233;r&#233;br&#233;, d'un qui ne l'est pas. Le chat d'ailleurs non seulement n'a pas m&#233;moire du traumatisme subi, mais n'a plus m&#234;me les outils qui lui permettraient de r&#233;agir &#224; cette information. Donc, parmi nous les gens et tous ceux qu'on croise indiff&#233;rents dans la ville, combien ont subi les dix minutes d'aspiration au tuyau par en haut ? Et toi-m&#234;me, tu te dis, dans l'&#233;tat o&#249; tu te l&#232;ves ce matin, et au bout des vingt minutes n&#233;cessaires en &lt;i&gt;speed-writing&lt;/i&gt; pour aller au bout de cette histoire, ils t'ont pris quoi, avec le tuyau transparent, et &#224; quoi &#231;a ressemblait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et accessoirement, mais notre interlocuteur &#233;tait trop souriant et affable pour qu'on lui demande &#231;a, qui d'ailleurs ne nous concernait pas : on en faisait quoi, des cerveaux de chats ? &#199;a se conservait comme de la confiture, ou de l'ang&#233;lique confite ? Si on l'utilisait en m&#233;dicament, une cuill&#233;r&#233;e le matin, &#231;a nous aidait &#224; mieux bondir, mieux entendre, voir la nuit, et rebondir sur nos pattes en cas de chute ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>il pleuvait des oiseaux morts</title>
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		<dc:date>2011-01-04T11:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>fictions br&#232;ves &amp; ultra-br&#232;ves</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; propos de cette pluie inexpliqu&#233;e d'oiseaux morts, et de ce qui s'en est ensuivi&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique103" rel="directory"&gt;concernant les animaux&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot679" rel="tag"&gt;fictions br&#232;ves &amp; ultra-br&#232;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3095.jpg?1352734038' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff3095.jpg?1352731983&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A Beebe, en Arizona, on retrouve au matin la pluie abattue et &lt;a href=&#034;http://www.examiner.com/political-transcripts-in-national/deja-vu-update-it-s-raining-dead-birds-planned-government-kill-video&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;inexpliqu&#233;e&lt;/a&gt; de 5000 oiseaux morts (des carouges, avec leur tache rouge aux &#233;paules, qui se d&#233;ploient quand ils volent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci RA pour rectification anatomique !&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ville, ce sont les v&#234;tements, qui une nuit &#233;taient retomb&#233;s en pluie. Aussi bien les v&#234;tements neufs, dans toutes ces boutiques regroup&#233;es centre-cille, que dans les entrep&#244;ts en p&#233;riph&#233;rie. Et les habits des gens, aussi : tout s'&#233;tait envol&#233;, puis &#233;tait retomb&#233;. Les rues &#233;taient couvertes d'&#233;toffes comme de neige, mais dans un invraisemblable amas de couleurs. Les enfants, partant &#224; l'&#233;cole, riaient, sautaient et couraient, improvisaient des glissades. Aussi bien, les autobus et voitures n'auraient pu rouler l&#224;. On avait mobilis&#233; des engins de chantier, et tout charg&#233; dans des trains. Ensuite, il avait bien fallu que chacun se rhabille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ville, les voitures une nuit avaient &#233;t&#233; soulev&#233;es, projet&#233;es, puis de longues minutes s'&#233;taient &#233;cras&#233;es sur le bitume des rues. Cela n'avait heureusement concern&#233; que la zone nord-est de la ville : assez pour tout paralyser. Imaginer le bruit que fait une voiture en s'&#233;crasant. Et c'&#233;tait de haut, &#224; ce dont on pouvait juger par certaines rest&#233;es accroch&#233;es sur les rambardes des ponts de chemins de fer, sur les terrasses d'immeubles ou r&#233;sidences, ou dans les &#233;chafaudages de ces hautes constructions pr&#232;s de la gare. On avait d&#233;limit&#233; toute la zone par des barri&#232;res. Mais on voyait bien, &#224; tous ceux qui venaient l&#224;, au bout des rues, contempler le d&#233;sastre, comment la peur d&#233;sormais &#233;tait pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ville, en quelques heures, c'est l'ensemble des b&#226;timents qui s'&#233;taient effondr&#233;s. On n'avait jamais connu &#231;a &#224; cette &#233;chelle auparavant. Dans tel h&#244;tel, d'o&#249; &#233;taient provenus les premiers r&#233;cits, ils avaient eu le temps de descendre sur un terrain de tennis attenant &#8211; ils avaient &#233;t&#233;, ceux-l&#224;, dans les premiers sauveteurs. D'un &#233;crivain, dont la maison remplie de livres et de son propre travail manuscrit, s'&#233;tait effondr&#233;e comme les autres, on rapportait les phrases, qui &#233;vacuaient sa propre d&#233;tresse : non, rien de tout cela ne comptait, disait-il, et lui aussi commen&#231;ait la litanie de ses morts. On avait dress&#233; des camps provisoires. On craignait aussi les coul&#233;es de boue. Il fallait, ces jours-ci, composer aussi avec la maladie, la terrible maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sp&#233;cialistes des catastrophes (le service existait dans chaque pr&#233;fecture, avec des sc&#233;narios, des plans de r&#233;quisitionnement &#8211; les patinoires en cas de grippe massive, etc.) avaient diffus&#233; des projections surprenantes : ainsi, la quantit&#233; de chiens, chats et oiseaux domestiques dans les appartements, s'il arrivait qu'ils soient ainsi terroris&#233;s et se jettent des balcons, il y en avait beaucoup trop pour que l'&#233;limination ne soit pas sans risque pour la population. Il se disait que des exp&#233;riences avaient &#233;t&#233; faites, dans la zone ouest, avec des ultra-sons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les artistes s'&#233;taient bien s&#251;r eux aussi saisis de cette suite si &#233;trange d'&#233;v&#233;nements sans jamais d'explication vraie : on avait imagin&#233;, justement, que pleuvaient aussi sur la ville les livres et les papiers qu'elle enfermait, que c'&#233;tait une fa&#231;on une fois pour toutes de s'en d&#233;barrasser. Un autre avait jou&#233; d'une variation sym&#233;trique : toutes ces machines de plastique, ces &#233;crans, photocopieuses, ordinateurs, t&#233;l&#233;phones, calculettes, t&#233;l&#233;viseurs, &#233;couteurs &#8211; et on voyait refleurir des arbres, des champs, les gens retrouvaient le ciel. Un autre ne s'&#233;tait pr&#233;occup&#233; ni des livres ni des serveurs (la ville depuis longtemps d&#233;pendait de ses serveurs) mais avait recompos&#233; une plan&#232;te ainsi libre, la seule occupation humaine tol&#233;r&#233;e &#233;tant le dessous des villes : mais l&#224; &#224; telle profondeur qu'on pouvait le souhaiter et l'organiser. Quelques capitales, avec leurs lignes de m&#233;tro abandonn&#233;es, avaient de longtemps dessin&#233; l'id&#233;e, et on ne s'en tirait pas si mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait fait la liste de ce qui pouvait ainsi tomber. Quelques-unes &#233;taient comiques : les casseroles et quincailleries d'&#233;lectrom&#233;nager, les bases de loisir, la pacotille publicitaire dont les enseignes et panneaux encombraient de si longtemps notre univers visuel. On avait beaucoup d&#233;battu : et nous-m&#234;mes, faisions-nous partie de notre propre univers ? Si les oiseaux retombaient morts, en pluie, et ainsi, ailleurs, les voitures, et les v&#234;tements, et les b&#226;timents, si on avait vu des &#233;coles et des bo&#238;tes de nuit s'effondrer, et des tueries dans les lyc&#233;es et universit&#233;s, et les mines et les usines se refermant comme pi&#232;ges sur ceux qui y avaient tiss&#233; leur vie, et les grandes tours de bureaux ou biblioth&#232;ques expulsant soudainement ceux qui y avaient emploi, et qu'ainsi finissaient les emplois, pouvions-nous nous-m&#234;mes nous ajouter &#224; la liste ? Et qu'un matin on nous trouverait, ainsi, recouvrant les zones de ciment de la ville ? Et qui ou quoi donc pour d&#233;blayer et refaire, ou recouvrir &#224; jamais, ou tout laisser se perdre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#233;videmment on n'avait pu s'accorder sur une solution raisonnable, au matin on avait cette habitude, d&#233;sormais, de scruter et le ciel, et le ciment de la ville &#224; nos fen&#234;tres. Et puis cela aussi, progressivement, on l'avait oubli&#233;. Reparaissaient de temps &#224; autre des articles, sur une &#233;ventuelle explication de la pluie d'oiseaux morts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merci RA pour rectification anatomique !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>proximit&#233; des rats</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3131</link>
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		<dc:date>2009-09-11T20:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;exercice de narrativit&#233; avec syncope sur nominal monosyllabique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique103" rel="directory"&gt;concernant les animaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton3131.jpg?1352734078' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff3131.jpg?1352731994&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Souvenir de la proximit&#233; des rats. Souvent. Comme : j'en avais vu deux sur le trottoir, &#224; Venise, qui couraient. Au retour, un dans les rails du m&#233;tro, qui courait. L'autre jour, pr&#232;s de la biblioth&#232;que, aussi, &#224; B., mais mort, dess&#233;ch&#233;. Puis un ami, qui m'en parle : &#8211; Chez moi, des rats. On ouvre la radio, c'est des questions d'ordures en &#233;t&#233; : &#8211; Arrivent les rats. Je ne d&#233;teste pas les rats. Ils sont affair&#233;s, ne se pr&#233;occupent que de ce qui les concerne. Ils ont &#224; faire, &#224; ronger, ils cherchent, c'est de la survie, ils ont &#224; se reproduire (le font mieux que nous). Mais les rats tol&#232;rent la cage : on leur met des balan&#231;oires, des tunnels, des grilles, on leur propose des niches, de la paille synth&#233;tique, et des aliments en croquette. Le commerce des cages est sain et favorable, et des produits insecticides, et des cages pour le transport, et l'abonnement au magazine des rats qui vous informe des nouveaux produits et des nouvelles cages. Il y a des rats de compagnie, et des gens qui aiment les rats sur leur &#233;paule : moi je ne tol&#232;re pas la proximit&#233; des rats. Notre ville est d&#233;j&#224; trop une ville de rats. Voyez notre ville : une cage, ses tunnels, ses galeries, ses niches, ses r&#233;serves &#224; croquettes et insecticides, ses publicit&#233;s et magazines. Voyez notre activit&#233; dans la ville : on cherche, on a &#224; faire, on s'en va ronger. Les rats se touchent, se chevauchent, s'entrem&#234;lent : ainsi de nous-m&#234;mes. Les rats se vendent au nombre dans les animaleries : ainsi traite-t-on de nous-m&#234;mes, embarqu&#233;s plans sociaux et licenciements et vacances de masse et embouteillages et &#233;tudes de march&#233; et traitement par lots et conditionnement grand public. Vous lisez ? Lisez ce qui d&#233;j&#224; est lu. Rats. Vous vous plaisez &#224; ceci, vous achetez cela ? On vous apportera tout cru tout frais le mod&#232;le r&#233;vis&#233; garanti nouvelles fonctions toutes options. Rats. Vous t&#233;l&#233;phonez ? Ils t&#233;l&#233;phonent tous. Rats. Vous r&#234;vez ? Queue devant le mus&#233;e. Rats. Fraternit&#233; de rats : galeries de m&#233;tro, on se double, on se croise, on se bouscule, on s'entasse, on s'effleure. On regarde de tout pr&#232;s la peau des autres. Rats. Les rats ont-ils peur ? On fait des exp&#233;riences sur les rats : leur dur&#233;e de vie est sensible &#224; la quantit&#233; de peur. Les rats-communiquent-ils ? On les dresse aux chocs &#233;lectriques et ils passent le message. Les rats aiment-ils, pensent-ils, jalousent-ils ? Nous ne sommes pas rats, nous exterminons les rats, nous n'avons pas la pens&#233;e rat. Le rat est-il projet&#233; vers l'inconnu et le dehors ? Comment le saurions-nous, qui l'enfermons dans les cages &#224; tunnels et balan&#231;oires ? Que nous reste-t-il, &#224; nous, du go&#251;t d'&#234;tre propuls&#233; vers l'inconnu et le dehors ? Je contemplais les cages o&#249; se vendent les rats jeunes. Ce sont des cages transparentes, qui sentent. Dans la sciure, ils s'activent, s'entrem&#234;lent, s'effleurent. Ils cherchent l'issue. Ils courent aux angles. Ils essayeraient bien de grimper aux verticales trop lisses. Le rat est conscient qu'on l'enferme, conscient qu'on le vend. Le rat est par paquets emm&#234;l&#233;s, il est marchandise produite. Heureux celui qui eut l'id&#233;e d'un &#233;levage de rats. Le rat r&#234;ve de la ville, et des canalisations souterraines, et de l'envahissement du monde : non, c'est ce que nous projetons de notre peur du rat, sur ce que nous ne savons pas de notre propre ville. Le rat r&#234;ve de mordre, et de porter nouvelle peste, et tant grouiller et s'accumuler qu'enfin cela grimperait aux parois et d&#233;borderait de la cage : non, c'est ce que nous projetons de notre propre condition, et de notre mal dans la ville. Peut-&#234;tre qu'ils savent, ceux qui portent rat &#224; leur &#233;paule, si la fraternit&#233; du rat nous grandit contre notre peur, nous h&#233;risse dans notre condition. L&#224;, aujourd'hui, o&#249; je suis, fini, les rats. Je suis pourtant dans ce sous-sol : quelques rares personnes passent, loin au-dessus, j'aper&#231;ois des jambes par le soupirail. Je d&#233;cide que j'aurai dents et queue de rat, et les mains roses transparentes du rat, ici, pour &#233;crire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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