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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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<item xml:lang="fr">
		<title>l'art du &#034;il&#034; en mecanique</title>
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		<dc:date>2006-03-08T20:34:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>grand Paris, banlieue</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;atelier d'&#233;criture avec les apprentis m&#233;caniciens de Pantin&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;2005/2006 | Pantin&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot294" rel="tag"&gt;grand Paris, banlieue&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton292.jpg?1352732132' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='143' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff292.jpg?1352731842&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;i&gt;Lors de notre s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente, on avait travaill&#233; sur l'id&#233;e d'une &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article201' class=&#034;spip_in&#034;&gt;biographie par les objets&lt;/a&gt;, de deux ans en deux ans. L&#224; je propose d'utiliser exclusivement la troisi&#232;me personne, et que ce &#171; il &#187; &#224; distance de soi-m&#234;me on le voie dans diff&#233;rents instants : les instants de bascule, d'intensit&#233;, ceux qui ont le plus compt&#233; dans sa vie.
&lt;p&gt;Ainsi viendront dans les textes le premier moment d'arriv&#233;e en France (texte 1, avec ce jeu des dates), viendront les contr&#244;les et garde-&#224;-vue, viendront les victoires symboliques qui vous construisent dans votre identit&#233; : le premier t&#233;l&#233;phone, le permis de conduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou cette poursuite pour un autoradio (texte 9) et sa phrase finale qui renvoie direct &#224; l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lire le texte 10, une pleine page A3 d'&#233;criture sur 3 colonnes, travail r&#233;alis&#233; seul, concentr&#233; et hors du monde, pendant la totalit&#233; de temps de l'atelier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; Pierre-Jean Mazel, leur enseignant : j'aurai du mal &#224; prendre distance... Quel chemin aussi dans la confiance en 4 s&#233;ances (lire ici la toute &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article187' class=&#034;spip_in&#034;&gt;premi&#232;re s&#233;ance&lt;/a&gt;). M&#234;me si les plus rudes gars que j'aie eu &#224; c&#244;toyer en pas mal d'ann&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait aussi parler des discussions pendant le temps d'&#233;criture (nous &#233;tions 3 encadrants avec Marie-Pierre D&#233;g&#233;a, de la biblioth&#232;que), sur la peine de mort ou la l&#233;gitimit&#233; du tabassage en prison. Sur leur art permanent de l'insulte (&#171; si c'est une t&#234;te de Turc, c'est normal qu'on la tape &#187;, &#171; retourne &#224; ta mosqu&#233;e &#187;, &#171; quand on s'insulte c'est amicalement, m'dame &#187;). Sur l'id&#233;e de la religion ou le statut de la femme (&#171; ma s&#339;ur je la surveille, elle est trop simple &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pose en profondeur le statut de notre intervention : citoyenne, langagi&#232;re ? Ou alors, quand on en est sorti aussi vid&#233;s, &#224; se dire qu'on avait replac&#233; un instant le langage comme horizon n&#233;cessaire, l&#224; o&#249; on se comporte, l&#224; o&#249; on fait chemin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et question &#224; l'approche scolaire de la langue avec eux : la distance qui les s&#233;pare de l'usage norm&#233;, et pourtant ce qui devient plus facile, plus fluide, plus engag&#233;, via nos s&#233;ances. Est-ce que nous avons empi&#233;t&#233; sur le temps r&#233;serv&#233; &#224; la pr&#233;paration de l'examen ? R&#233;ponse &#224; donner ensemble, mais qui pose en profondeur - de notre c&#244;t&#233; - la r&#233;flexion sur le r&#244;le et le statut de l'atelier d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter qu'une feuille au passage a disparu, je l'ai lue &#224; la fin de l'atelier, mais je n'en disposais plus en arrivant chez moi : l'auteur l'a reprise. Il y avait deux phrases, parlant d'un m&#234;me &#233;v&#233;nement. La premi&#232;re, de m&#233;moire : &#171; Il a fait un accident, il a renvers&#233; une grand-m&#232;re, il ne s'est pas arr&#234;t&#233; il est parti. &#187; La seconde : &#171; Il a fait un accident avec son scooter, il ne s'est pas arr&#234;t&#233; il est parti. &#187; Avec cette substitution de compl&#233;ment... Traces qu'on ose affronter le temps de l'&#233;criture, merci ce passage au &#171; il &#187;, traces dont on s'effraie que soudain elle puisse devenir publique. Mais assum&#233;e pour la premi&#232;re fois, parce qu'&#233;crite, r&#233;&#233;crite, dans l'ordre &#233;thique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir les quelques glissades du &#171; il &#187; au &#171; je &#187;, parfois dans la m&#234;me phrase. Voir le seul texte sur les douze qui ne parle pas au &#171; il &#187; mais au &#171; je &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;il quonece persone&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Il venait d'avoir 19 ans le 9 mars. &lt;br/&gt;
Il a pass&#233; son code de route le 13 septembre 2004 &#224; Rosny.&lt;br/&gt;
Il a pass&#233; sa conduite le 18 avril 2005 &#224; Rosny &#224; 12h.&lt;br/&gt;
Il est venu en France le 01 janvier 2002 &#224; 18h30.&lt;br/&gt;
Il a fait un accident avec une 205 Essence mais l'accident n'&#233;tait pas trop grave.&lt;br/&gt;
Il a dormi en garde-&#224;-vue 14h &#224; cause de son cousin c'&#233;tait le 03/06/2005 &#224; 20h.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Il a &#233;t&#233; vir&#233; pour avoir aid&#233; un pote.&lt;br/&gt;
Il se fait toujours contr&#244;ler pourquoi ?&lt;br/&gt;
Il venait d'arriver en France, il ne connaissait personne.&lt;br/&gt;
Il a trouv&#233; un travail et une formation : &lt;i&gt;c'&#233;tait qu'un m&#233;canicien&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Il sort du lyc&#233;e et ils m'ont dit que mon p&#232;re a fait un accident.&lt;br/&gt;
Il y avait deux semaines que j'ai mon portable il est trop bien et il me pla&#238;t.&lt;br/&gt;
Il y a une voiture qui me co&#251;te trop cher parce qu'il ya trop de frais &#224; faire et &#231;a me prend trop la t&#234;te.&lt;br/&gt;
Il y a quelques ann&#233;es que j'ai loup&#233; mon CFG et je regrette de ne pas pouvoir le refaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Il vit dans une caravane. Les fins de mois sont dures. Il allait faire des cambriolages. Pour ramener de l'argent ? C'&#233;tait pour l'adr&#233;naline. &lt;br/&gt;
Il avait douze ans. Il vole sa premi&#232;re Mobylette. Pour se d&#233;placer. Il se fera balancer et se retrouvera en garde-&#224;-vue pour la premi&#232;re fois.&lt;br/&gt;
Il rencontra une fille. Il a 14 ans et se fera d&#233;puceler pour la premi&#232;re fois. Elle &#233;tait brune les yeux bleus, tr&#232;s mignonne mais ce n'&#233;tait qu'une histoire de fesse. Ce n'est pas une fille qu'il fallait s'accrocher.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Quand j'&#233;tais plus jeune mon grand-p&#232;re est venu me chercher pour m'annoncer le d&#233;c&#232;s de ma grand-m&#232;re depuis ce jour ce moment m'a marqu&#233;. A l'&#233;cole j'ai jamais &#233;t&#233; bon &#224; l'&#233;cole parce que depuis que je m'&#233;tais &lt;i&gt;empouill&#233;&lt;/i&gt; avec un prof &#231;a m'a toujours donn&#233; le &lt;i&gt;degoup&lt;/i&gt; de l'&#233;cole et m&#234;me encore Aujourd'hui et m&#234;me si Aujourd'hui je pouvais pas y aller je n'irais pas mais tout ce que je veux c'est r&#233;ussir mes dipl&#244;mes avoir une situation stable. Et il y a pas longtemps que j'ai perdu mon p&#232;re et je me suis toujours dit que je sois sa copie conforme et j'ai chang&#233; &#224; tous les niveaux et d'&#234;tre un homme saint.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Il venait d'avoir 18 ans le 28 janvier et le jeudi 9 f&#233;vrier il allait passer son code mais il n'&#233;tait pas s&#251;r de lui.&lt;br/&gt;
Il venait d'avoir son premier t&#233;l&#233;phone, il avait 13 ans, enfin il pouvait t&#233;l&#233;phoner &#224; qui il voulait.&lt;br/&gt;
Il venait de toucher son premier salaire il &#233;tait heureux, puis il est parti en courant &#224; la banque mettre son ch&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Il n'avait pas beaucoup dormi de la nuit. Il s'est r&#233;veill&#233; un peu stress&#233;. Il devait passer l'&#233;preuve de la conduite. Ils &#233;taient trois &#224; passer l'&#233;preuve et c'&#233;tait le dernier &#224; la passer, il a fait plein de fautes. La monitrice lui dit de sortir de la voiture, elle le rappelle,&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Il marchait vers le centre d'examen. Il est entr&#233; dans la salle pour s'asseoir, il est ressorti rapidement, mais content.&lt;br/&gt;
Il venait de finir son premier stage, il avait gagn&#233; son premier ch&#232;que. &lt;br/&gt;
Il venait d'arriver en vacances et il a rencontr&#233; cette fille, tout de suite il &#233;tait fatigu&#233;, mais il est sorti quand m&#234;me. &lt;br/&gt;
Il &#233;tait dans un camion avec un coll&#232;gue, il a pris le volant pour la premi&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;9&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;Il ete une fois un gar&#231;on est sens copains qui avait prevue de Voler un Poste dans une Voiture il on Prise la vitre avec un Tounivise me il on rien prie dans parce que il y avait rien l'instant apres une Voiture arrive avec 4 personne inleterieur il ont fait semblant de pisser et il on commense a courir parce que on les course les deux gar&#231;ons avait peure de se fair attraper il on puis se souvait me 2 minute apres une camionnette a bloque par le haut et une personne et sortie avec un cable, 1 des gar&#231;ons a die coure a son Potte son potte a puis se sauvait me pas l'autre qui se fais attrape il l'ont ramene j'us ca la voiture et il on appele les flic, il a peure de c'est parent il l'ont ramene jus'qua cher lui et il ont die de ne pas frappe leur enfant au parent apres sa le gar&#231;on a compris&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;10&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Pour lui il &#233;tait comme un p&#232;re, il le regrette, son grand-p&#232;re. Sept ans apr&#232;s sa mort, il lui arrive encore de verser une ou deux larmes. Il ne peut m&#234;me pas passer devant sa tombe, &#231;a lui est insupportable. &lt;br/&gt;
Son grand-p&#232;re est mort &#224; cause de la guerre, une balle trop pr&#232;s du c&#339;ur qu'ils n'ont soi-disant pas pu extraire, au fil des ann&#233;es elle s'est d&#233;plac&#233;e : c'est la guerre qui l'a tu&#233;.&lt;br/&gt;
Sa grand-m&#232;re a failli faire envoyer son p&#232;re en prison, jamais il ne lui parla, et jamais il ne le fera. Quand il a la malchance de l'avoir au t&#233;l&#233;phone, ce ne sont que des insultes qui ressortent de la discussion. Elle &#233;tait contre le mariage de ses parents. Jamais plus il ne la verra, puisqu'il ne le veut pas. &lt;br/&gt;
Il partira plus tard, d&#232;s la fin de son contrat, c'est chez une copine qu'il ira, en Belgique, le temps de trouver son propre appart, et il aura enfin son chez soi.&lt;br/&gt;
D&#233;j&#224;, il lui faut partir en vacances, pour trouver du travail, avant de s'installer. Il va voir du pays, il est content, press&#233;, impatient, mais il attendra patiemment.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_258 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/garage.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/garage.jpg?1166889349' width='500' height='230' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>mes ch&#226;teaux &#224; Pantin</title>
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		<dc:date>2006-01-15T09:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;ils dorment dehors tout l'hiver&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;2005/2006 | Pantin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton247.jpg?1352732113' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='135' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff247.jpg?1352731837&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jour d'hiver. Hier il faisait - 3 avec neige, aujourd'hui seulement - 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui peuvent sont couverts. Je n'ai pas d'&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/rubrique.php3?id_rubrique=13&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;atelier d'&#233;criture&lt;/a&gt;, mais je viens quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sache pas qu'on vive plus mal &#224; Pantin que n'importe o&#249; ailleurs. Ville en mutation rapide, quartiers qui repoussent sur eux-m&#234;mes, gestion humaine de l'h&#233;ritage immeubles ann&#233;es 70 (la chance que les Courtilli&#232;res &#233;taient, par Gilles Aillaud leur constructeur, un v&#233;ritable geste d'architecture). Le m&#233;tro qui arrive en pleine ville, deux lignes, plus le RER, et la trou&#233;e si &#233;trange du canal avec ses berges pi&#233;tonnes, ses rep&#232;res contemporains (le centre chor&#233;graphique), rien ici ne peut &#234;tre simplifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui j'ai d&#233;cid&#233; de marcher jusqu'au Carrefour des Limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Carrefour des Limites c'est &#224; la jonction de Bobigny, l&#224; aussi o&#249; les trains et le m&#233;tro enjambent le canal de l'Ourcq.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_234 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chateau_03.jpg?1166889108' width='500' height='354' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout pr&#232;s de la biblioth&#232;que, cette cour, comme si se recr&#233;aient presque naturellement dans la ville ses espaces d&#233;sert&#233;s o&#249; le temps s'arr&#234;te, qui les ouvre &#224; reconqu&#234;te. Ainsi cette peinture o&#249; le mot &lt;i&gt;Europe&lt;/i&gt; surplombe celui de &lt;i&gt;t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;. Les deux vieilles dames, leurs courses ne paraissent lourdes qu'&#224; elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_231 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chateau_01.jpg?1166889091' width='500' height='494' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Premier ch&#226;teau : est-ce que parce que la lumi&#232;re blanche du ciel correspondait si bien &#224; l'objet, ou parce que le froid arr&#234;te les taches humaines ? Cette drague a d&#251; rester longtemps immerg&#233;e dans le canal : elle est recouverte de bas en haut d'algues brunes qui forment une cro&#251;te dure, sauf l&#224;-haut le petit chapeau de la cabine (d&#233;di&#233; &#224; V. V.).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chateau_01b.jpg?1166889097' width='500' height='368' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et de belles mati&#232;res, bois et rouille.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chateau_02.jpg?1166889100' width='500' height='531' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre ch&#226;teau : cet ensemble silo et son &#233;trange sph&#232;re, ses assemblages g&#233;om&#233;triques en font un monument d'&#201;gypte. Je photographie souvent &lt;a href=&#034;http://www.tumulte.net/article.php3?id_article=161&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les silos&lt;/a&gt;. Mais conjonction aujourd'hui du bateau d'entretien du canal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_235 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chateau_04.jpg?1166889114' width='500' height='376' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis plusieurs mois, j'accumule des portes. Portes closes. Perspectives mondes fantastiques. Dans cette ville, chaque porte peut-&#234;tre rejoint toutes les autres, mais par quels &lt;a href=&#034;http://www.tumulte.net/article.php3?id_article=272&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;passages&lt;/a&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_236 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chateau_05.jpg?1166889119' width='500' height='441' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je retrouve &lt;a href=&#034;http://www.tumulte.net/article.php3?id_article=334&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'usine&lt;/a&gt;, que les gens d'ici appellent &#034;le bateau&#034;. Le b&#226;timent me fascine autant. J'esp&#232;re me glisser &#224; l'int&#233;rieur. M&#234;me plus de squatters. Ruine. Nouvelle s&#233;rie de clich&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment oublier mon propre statut ? La fl&#226;nerie que Walter Benjamin d&#233;crit pour Baudelaire est ce qui l'&#233;vide pour que s'inscrive, &#224; travers lui, la mutation en profondeur de la ville avant son &#226;ge industriel. Et cela donne &lt;i&gt;La Chambre double&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;Les Yeux des pauvres&lt;/i&gt; ou les &lt;i&gt;Tableaux parisiens&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mis&#232;re aujourd'hui est plus triste. Ils vivent dans les rues de Paris. Ne quittent plus le carr&#233; que repr&#233;sente au sol une grille chauffante, comme un radeau &#233;gar&#233; sur les trottoirs de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mis&#232;re est-elle moins dure &#224; Pantin ? La Poste (&lt;i&gt;Pantin principal&lt;/i&gt;) traite de fa&#231;on m&#233;prisante les habitants : les pauvres, pour envoyer leurs mandats, retirer leurs colis, retirer quelques dizaines d'euros sur leur compte d'&#233;pargne, peuvent bien faire la queue. Files d'attente, hall sans lumi&#232;re. Souvent jusqu'&#224; la porte, et surtout en d&#233;but de mois. L'appareil de retrait automatique d&#233;livre d'ailleurs des billets de 10 euros exclusivement. Je dis, j'affirme : depuis un an que je passe avenue Jean-Lolive devant &lt;i&gt;Pantin principal&lt;/i&gt;, le traitement que la Poste inflige &#224; ses clients est cynique. Manque de personnel ? Plus grave. C'est cela AUSSI, le quotidien du m&#233;pris. On voudrait le hurler.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_237 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chateau_06.jpg?1166889125' width='500' height='354' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et donc, ceux qui sont plus pauvres que les pauvres, ils viennent s'incliner aux pieds des pauvres. La solidarit&#233; est &#233;l&#233;mentaire. Mais il fait froid. Alors, dans les alv&#233;oles de cet immeuble ils se r&#233;fugient, les &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/atel/DdA/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sans-abri&lt;/a&gt;. Ils sont trois au moins, quatre m&#234;me, dans des duvets, chacun son balcon. Il y a ce vague plafond contre le givre et la neige. Mais les barreaux semblent une exclusion redoubl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne photographie pas les gens. Je ne sais pas. Je n'aime pas. J'ai fait une exception. Ce n'est pas lui que je photographiais (il &#233;tait ves 12h30, mais je suppose que la nuit ceux-ci marchent, marchent sans arr&#234;t pour ne pas mourir). Ce que je photographiais, c'est nous-m&#234;mes et le monde que nous sommes. L'enseigne MacDo n'est pas un montage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_238 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chateau_07.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chateau_07.jpg?1166889130' width='500' height='135' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>sombres matins d'hiver</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article221</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article221</guid>
		<dc:date>2005-12-08T09:35:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;atelier d'&#233;criture avec des &#233;lectro-m&#233;caniciens de Pantin&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;2005/2006 | Pantin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton221.jpg?1352732107' class='spip_logo spip_logo_right' width='137' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Non plus cette semaine les apprentis du Cifap, j'esp&#232;re les retrouver vite, mais avec G&#233;raldine Collet une classe de terminale &#233;lectro-m&#233;caniciens du lyc&#233;e professionnel F&#233;lix-Faure. &#199;a se passe &#224; la biblioth&#232;que bien s&#251;r. C'est notre deuxi&#232;me s&#233;ance, il y en aura quatre, et ce matin &lt;a href=&#034;http://www.olivierroller.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Olivier Roller&lt;/a&gt; est avec nous, on souhaite tous une trace aussi des visages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose simplement de travailler sur le trajet du matin, une fois ferm&#233;e la porte de chez soi. On a des grandes feuilles A3 qu'on a pli&#233; en neuf fen&#234;tres, et chaque fen&#234;tre sera une image fixe d'un instant de ce trajet, itin&#233;raires dans l'hyperville, bascule des &#233;tages au souterrains, chemins crois&#233;s des bus et des m&#233;tros, et point d'arriv&#233;e identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-et-un textes, vingt-et-une approches diff&#233;rentes de comment se m&#234;lent la langue et la vision, comment la langue voit et comment on participe du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis s&#233;ance de lecture, tous en rond. Je lis l'ensemble des textes, sans les noms (mais ils reconnaissent facilement !), et puis Neffah le rappeur, Adrian et Damien qui viennent en voiture ensemble, Romaric et Bullut et Lyonel qui tire des mots une si &#233;trange musique liront &#224; leur tour. Quant &#224; Lekbir, demande sp&#233;ciale : - Tu prends ton texte en main, mais au lieu de le lire, tu nous le re-racontes, tu en rajoutes, tu nous attrapes dans ton histoire... Grand moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessous : extraits.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_206 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/neffah.jpg?1166889758' width='500' height='337' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cit&#233;. &#199;a pue la pisse dans la cage d'escalier, un tas de clopes &#233;ventr&#233;es. &lt;br/&gt;
Arr&#234;t de bus. J'observe les passants. Les langues les accents se m&#233;langent.&lt;br/&gt;
Les murs. Paysage meurtri des sourires d'amis.&lt;br/&gt; Les gens et leurs r&#234;ves. Visage fatigue arrach&#233;s de leur lit le regard avide dans les yeux de cette femme &#224; croire qu'il y a des obus sur la route de son destin qui explosent en plein milieu comme dans les rues de Beyrouth.&lt;br/&gt;
La rue. Des mots des phrases des cris des bruits des lumi&#232;res la rue s'&#233;veille. &lt;br/&gt;
Une odeur. La rage est forte comme les haleines &#224; la premi&#232;re heure de m&#233;tro. &lt;br/&gt;
Neffah&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toujours cette musique&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Toujours cette musique. Les gens du lyc&#233;e d'&#224; c&#244;t&#233; me coupent la route. Toujours la m&#234;me personne avec une cigarette, je vais lui en demander une. &lt;br/&gt;
Je suis sans le parc que je traverse. J'allume ma clope, j'ai froid aux doigts. La fum&#233;e me distrait, il n'y a jamais personne ici. Toujours cette musique.&lt;br/&gt; La gare, les trains qui passent en amenant un vent froid. Toujours cette musique. &lt;br/&gt;
Toujours cette musique. Les remous du trajet. Une personne assise en face de moi, jamais la m&#234;me, on se fixe quelques secondes et elle d&#233;tourne les yeux. &lt;br/&gt;
Le bureau de la CPE. Dans ma main, une excuse de la SNCF. La CPE me dit : - Coupe cette musique. &lt;br/&gt;
Lionel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arriv&#233; &#224; Raymond-Queneau&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Tous les matins je vois le gardien nettoyant le parquet, l'ascenseur, les vitres, discutant avec les vieilles dames. Parfois on voit le facteur. &lt;br/&gt;
Tous les matins je vois les m&#234;mes conneries que la veille, m&#234;me odeur, m&#234;me trafiquant.&lt;br/&gt;
En descendant, je vois le culte musulman monter &#224; la mosqu&#233;e, qu'il pleuve, qu'il neige, ils sont fid&#232;les, ils ont la foi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois les mendiants roumains au m&#234;me endroit, m&#234;me place, m&#234;me heure, toujours les m&#234;mes mots (auriez-vous une pi&#232;ce s'il vous pla&#238;t), ils sentent la m&#234;me odeur, tr&#232;s forte odeur, qui sent la chaussette sale oui c'est bien &#231;a chaussette sale. &lt;br/&gt;
Je vois toujours les m&#234;mes Roumains dans le 318, on ressent toujours la m&#234;me odeur de chaussette sale, on peut lire sur leurs visages qu'ils sont g&#234;n&#233;s, on peut lire m&#233;pris sur leur visage, arriv&#233; &#224; Raymond-Queneau c'est toujours le m&#234;me rythme m&#234;me terminus. &lt;br/&gt;
Romaric&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinq par cinq&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Je ferme la porte je descends les escaliers cinq par cinq en faisant le plus de bruit. &lt;br/&gt;
Je me dirige vers le m&#233;tro, je vois des potes ils sont d&#233;fonc&#233;s comme moi. &lt;br/&gt;
Dans le m&#233;tro on essaye de rattraper le sommeil perdu. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la sortie du m&#233;tro je prends le bus, le 249, le b&#226;tard il ne vient jamais &#224; l'heure : des jours j'imagine que je le braque. &lt;br/&gt;
J'arrive vers le lyc&#233;e, je marche doucement. Je vois mes potes de classe ils sont &#233;puis&#233;s comme moi, m&#234;me au d&#233;but de la semaine. &lt;br/&gt;
On rentre dans le lyc&#233;e : - Carnet ! Toujours il faut faire voir le carnet, une prison ou un lyc&#233;e : va savoir...&lt;br/&gt;
Lekbir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grands souffles d'agacement dans les visages&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Je claque la porte. Les escaliers sont vieux et rectilignes. La rue est sombre, ces grands arbres renferment le peu de lumi&#232;re. &lt;br/&gt;
La nationale 9 est toujours bond&#233;e de ces voitures et motos. L'arr&#234;t de bus est toujours fr&#233;quent&#233; par les m&#234;mes personnes, dire qu'on se voit tous les jours sans qu'on s'adresse jamais la parole. &lt;br/&gt;
Plusieurs bus passent, le 147 est toujours rempli, les gens se balancent &#224; droite &#224; gauche. &lt;br/&gt;
La bouchons fatiguent les personnes, des grands souffles d'agacement sont visibles dans les visages. Les vitres ne sont plus visibles &#224; cause des bu&#233;es. &lt;br/&gt;
Les gens descendent, marchent vers la bouche de m&#233;tro puis disparaissent sous terre. Le bus est presque vide, &#224; Raymond-Queneau. &lt;br/&gt;
Une personne dort au fond, capuche sur la t&#234;te, mal habill&#233;e. Il y a un cercle de vide autour de lui. &lt;br/&gt;
Les gens descendent &#224; &#201;glise. Certains direction le m&#233;tro, d'autres passent sous ce petit tunnel sombre vitr&#233; &#224; gauche comme un miroir. Il y en a qui se coiffent devant, et d'autres se regardent rapidement. Le bus est vide totalement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des boulangeries, des caf&#233;s, des entreprises, une place, un mini parc &#224; droite, des voitures, l'&#233;glise &#224; gauche. La rue du lyc&#233;e sur un virage &#224; droite, les pas sont acc&#233;l&#233;r&#233;s, la rue en pente. &lt;br/&gt;
Des jeunes devant le lyc&#233;e, deux pr&#233;fabriqu&#233;s gris rectangulaires, des rires, du calme. La grille s'ouvre, tout le monde rentre. &lt;br/&gt;
Le dernier claque la porte. &lt;br/&gt;
Bulut&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/fenetre.jpg?1166889320' width='500' height='359' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toujours les m&#234;mes matins sombres d'hiver&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Toujours les m&#234;mes matins sombres d'hiver. &lt;br/&gt;
La nuit reste &#233;veill&#233;e, jusqu'&#224; ce que le croissant descende et les &#233;toiles soient invisibles, car les nuages sont trop pr&#233;sents. &lt;br/&gt;
Une patrouille devant le b&#226;timent en fer le plus haut du quartier, les regards se croisent et allument des flammes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La rue qui sent mauvais appara&#238;t, des murs plein de taches d'urine. Les odeurs y sont toujours avec leur sale caract&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les sir&#232;nes chantent, &#224; force les tympans sifflent, les enfants pleurent et les mamans tapent, tandis que sur le trottoir les grosses merdes font danser les gens qui veulent marcher les chaussures neuves.&lt;br/&gt; Alaoui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;St&#233;r&#233;o&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Je sors la voiture de mon garage, je vois mon grand portail beige et j'entends le bruit de la serrure. Je vois aussi l'heure qu'indique mon compteur : 7h25 et c'est parti. &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Dans mon salon, debout devant mon rideau orange. Je regarde ma rue qui donne sur le parvis et l'&#233;glise, il y a une &#233;cole priv&#233;e &#224; c&#244;t&#233; et j'entends les petits dans la cour faire un vacarme.&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
Je vois ce feu rouge toujours rouge. A ma droite une &#233;pave. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois la fen&#234;tre de Damien c'est rideau orang&#233; en dessous de chez lui. Je vois un salon de coiffure toujours ferm&#233; et je vois aussi de l'autre c&#244;t&#233; l'&#233;glise et une &#233;cole priv&#233;e. &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#199;a siffle en bas de chez moi je regarde, il y a Adrian dans sa Golf bleue, le son &#224; fond &#224; 7h30 du matin, il voit ma t&#234;te et se stationne devant chez moi toujours le son &#224; fond.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Je vois son visage endormi, pas coiff&#233;. Je ne sais pas pourquoi, mais tous les matins je vois Damien allumer sa clope dans ma voiture. &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Je descends le rejoindre et il ne baisse pas le son, clope &#224; la main il me dit bonjour et c'est parti, nous voil&#224; devant le feu qui donne sur un carrefour &#224; droite vers le commissariat &#224; gauche le Babylone et tout droit notre parcours lyc&#233;en.&lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
Tous les matins le m&#234;me circuit, je passe devant un cimeti&#232;re, je vois les panneaux de d&#233;viation car il y a des travaux. Je vois les rues d&#233;sertes obscures il n'y a pas grand monde. &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Il y a aussi une grande descente vers Pantin, Adri concentr&#233; me fait 15 secondes de rallye &#224; fond de seconde. Personne ne parle dans la voiture en m&#234;me temps nous ne sommes que deux.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Je vois Damien qui ouvre la vitre m&#234;me &#224; - 5&#176; pour se la raconter et sa main sur le poste pour augmenter le volume. &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Nous voil&#224; devant le lyc&#233;e, Adri baisse le son, il n'aime pas se faire remarquer. Comme tous les matins on cherche une place pour se garer, c'est le calvaire du matin l'inconv&#233;nient de la voiture. Apr&#232;s 10 minutes de tour du p&#226;t&#233; de maison on trouve la place, une derni&#232;re cigarette et on est parti.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Je vois le portail blanc du lyc&#233;e et malheureusement l'horodateur. Je vois aussi mon coffre rempli de bordel. Une fois mon sac op&#233;rationnel, je pars pour &#233;tudier, du moins j'essaye.&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Je sors de la voiture direction le lyc&#233;e. Adrian va dans son coffre qui lui sert de chambre pour prendre son sac et me demande comme tous les matins : - Damien, y a quoi comme cours aujourd'hui ? Et jette dans son coffre les classeurs qui ne lui servent pas. Devant la grille, les surveillants qui prennent la t&#234;te, tous les matins &#224; nous demander nos carnets pour entrer.&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
Adrian _ Damien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un petit coup d'&#233;paule&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Le matin quand je sors de chez moi il fait nuit. Je descends ma rue, et je croise ce vieux monsieur qui en me souriant me demande s'il va pleuvoir. &lt;br/&gt;
A la gare du Nord quand je passe devant un distributeur de g&#226;teaux je regarde toujours s'il n'y aurait pas un petit Twix ou un paquet de M&amp; M qui d&#233;borderait pour que puisse mettre un petit coup d'&#233;paule &#224; la machine et me rassasier.&lt;br/&gt;
Tous les matins, mais vraiment tous les matins je dois supporter la mauvaise haleine des gens quand on est serr&#233;. Les gens qui baillent sans mettre la main devant la bouche, des Roumains qui viennent nous gratter de l'argent apr&#232;s avoir jou&#233; du violon.&lt;br/&gt;
William&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les gens qui passent des bruits de voiture un jeune appelle sa meuf pour lui donner rendez-vous. La pluie claque sur le sol les gens courent dans tous les sens pour rejoindre l'arr&#234;t de bus et se prot&#233;ger. Des petits accompagn&#233;s de leur m&#232;re le vent les fait frissonner ce sont des petits qui se dissimulent derri&#232;re leur manteau. Le bus tout le monde monte dans le bus on voit des personnes qui courent pour attraper le bus une personne tape &#224; la fen&#234;tre du bus pour que le chauffeur l'entende. Dans le bus on voit des personnes de la classe Alaoui passe me salue Lekbir accompagn&#233; de deux filles me salue. Madame Madada passe avec son parapluie Kamel toujours accompagn&#233; tout le monde devant la porte du lyc&#233;e mes potes se font accoster. Wajdi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sum&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
La premi&#232;re vision de la journ&#233;e est destin&#233;e au vide-ordure en face de ma porte. Puis l'ascenseur rempli de tags. &lt;br/&gt;
Je sors de l'immeuble, et l&#224; le cimeti&#232;re, histoire de bien commencer la journ&#233;e. On dirait : c'est sombre. &lt;br/&gt;
Puis je passe devant le fleuriste, cette fleuriste toujours aussi souriante. &lt;br/&gt;
Cette rue myst&#233;rieuse, pas de signe de vie, toujours aussi vide. &lt;br/&gt;
Retour sur terre : la vision de toutes ces personnes me rassure. &lt;br/&gt;
Je traverse. Une boulangerie, les bons croissants, pains aux chocolats et tout le reste.&lt;br/&gt; En arrivant au lyc&#233;e, de loin je vois des t&#234;tes famili&#232;res. C'est trop, les beaux gosses de ma classe. &lt;br/&gt;
Apr&#232;s, je vois toutes les t&#234;tes du lyc&#233;e, des mecs qui m'foutent le sum aux meufs qui m'attirent.&lt;br/&gt;
Kamel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je cours&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
La place de l'&#233;glise. En sortant de chez moi, je traverse cette place, l&#224; o&#249; je trouve des SDF sur les bancs, &#224; c&#244;t&#233; il y a un tabac et une banque. &lt;br/&gt;
La nationale N 34. D&#232;s que je vois le passage pi&#233;ton mis au vert je commence &#224; courir pour traverser, car les voitures ne c&#232;dent pas le passage une fois qu'il devient rouge. &lt;br/&gt;
Le bus 203 ou 113. Pour aller &#224; la gare RER qui se trouve &#224; 20 minutes ) pied, mais 5 minutes en bus, si je le vois j'acc&#233;l&#232;re pour le prendre. &lt;br/&gt;
Gare RER. Train &#224; l'approche, je sors du bus et je cours pour ne pas le rater car &#231;a m'&#233;vite d'attendre le prochain, donc j'arrive en cours &#224; l'heure. &lt;br/&gt;
Pantin. En sortant du train, tout le monde se bouscule pour prendre l'escalier, il y a le bus qui ne tarde pas &#224; passer pour certains. &lt;br/&gt;
Canal de l'Ourcq. Je traverse le pont pour aller de l'autre c&#244;t&#233; et je vois des hommes des femmes et des cyclistes qui traversent tous au bord du canal.&lt;br/&gt; F&#233;lix-Faure. J'arrive, me voil&#224; pas loin de l'entr&#233;e, tous mes camarades sont l&#224; avec des &#233;l&#232;ves d'autres classes. &lt;br class='autobr' /&gt;
8h00. &#171; &#199;a sonne &#187;, cri des surveillants, tout le monde rentre au lyc&#233;e, on montre son carnet de correspondance. &lt;br/&gt;
Abdessalem&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_208 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chaises.jpg?1166889076' width='500' height='276' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'odeur des pains au chocolat me dit bonjour&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Quand je sors de chez moi le matin je vois une pompe &#224; essence avec une grande queue de voitures pour mettre de l'essence. &lt;br/&gt;
Je tourne dans la premi&#232;re rue &#224; droite et je vois une usine qui travaille 24h sur 24, avec une grande grille. &lt;br/&gt;
Je passe par un petit passage o&#249; il y a un vieux b&#226;timent et des garages et des locaux abandonn&#233;s. &lt;br/&gt;
Au bout du passage un bar restaurant faisant le coin de la rue. &lt;br/&gt;
J'arrive &#224; la cinqui&#232;me rue et l&#224; il y a une grande porte ferm&#233;e, et &#224; travers la porte il y a des travaux. Le bruit des marteaux piqueurs qui me r&#233;veille tous les matins. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite je passe &#224; c&#244;t&#233; d'une boulangerie, je rentre dire bonjour au boulanger, l'odeur des pains au chocolat me dit bonjour. &lt;br/&gt;
Et dans la derni&#232;re rue, des parkings, chaque matin des gens sortent avec leur voiture, qui doivent s&#251;rement aller travailler, j'arrive &#224; mon lyc&#233;e, F&#233;lix-Faure. &lt;br/&gt;
Sarhane&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sous la pluie&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Les bruits des marches, la porte centrale du hall s'ouvre les gens courent. Dans ma rue sous la pluie en direction de la gare : Garges. &lt;br/&gt;
Les bruits des bus, des trains, des hommes accompagn&#233;s de leur petite valise, des femmes avec leur sac &#224; main, des enfants avec leur sac d'&#233;cole, press&#233;s de prendre le train, se bousculant pour composter leur ticket. &lt;br/&gt;
Sur le quai des femmes r&#226;lent car elles ont rat&#233; le train, il pleut, le quai se remplit d, le train arrive et c'est parti pour une partie de bousculade. &lt;br/&gt;
Dans le train, content d'avoir une place, sors le petit bouquin, le mp3, mais personne ne parle, on se laisse transporter tout en s&#233;r&#233;nit&#233; jusqu'&#224; la gare du Nord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin &#224; gare du Nord les gens sont si press&#233;s, ils courent, trottinent dans tous les sens, font la queue pour composter leurs tickets, une jolie m&#233;lodie me perce l'oreille.&lt;br/&gt; Une fois sur le quai en direction de Bobigny ils sont contents d'avoir rencontr&#233; les copains de lyc&#233;e, d'universit&#233;, racontent ce qu'ils ont fait hier, le m&#233;tro arrive et je monte en premier pour pouvoir m'asseoir. &lt;br/&gt;
Dans le m&#233;tro &#231;a discute &#231;a rigole les gens ont l'air heureux, le bruit quand le m&#233;tro s'arr&#234;te. &lt;br/&gt;
Je descends &#224; Eglise de Pantin, je remonte les marches, la porte automatique ne fonctionne pas, je la pousse. Le bruit des voitures, les &#233;l&#232;ves marchent en direction du lyc&#233;e, la surveillante : - Vite vite c'est l'heure..&lt;br/&gt;
Avinash&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arr&#234;t demand&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le matin pour aller en cours je sors de chez moi pour aller jusqu'aux Quatre-Chemins puis je prends le bus 249 en direction Porte des Lilas, je vois souvent les m&#234;mes personnes et aussi des personnes de mon lyc&#233;e. Le bus est tout le temps embouteill&#233; &#224; cause de la circulation surtout vers les Quatre-Chemins. &lt;br/&gt;
Arriv&#233; &#224; &#201;glise de Pantin je me fais souvent avoir par le chauffeur de bus parce que j'appuie sur &#171; arr&#234;t demand&#233; &#187; et le chauffeur ne veut pas s'arr&#234;ter. &lt;br/&gt;
A cause de &#231;a je suis souvent en retard au cours et je cours le plus vite possible et je commence &#224; &#234;tre stress&#233; car je me fais souvent remarquer par des personnes dans la rue et donc j'ai l'impression que je donne une mauvaise image de soi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pantin notre humanit&#233;</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article198</link>
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		<dc:date>2005-11-10T22:53:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;atelier d'&#233;criture : visages de la rue, en Seine Saint-Denis&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;2005/2006 | Pantin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton198.jpg?1352732099' class='spip_logo spip_logo_right' width='141' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A Pantin, carrefour des Quatre-Chemins, m&#234;me sous la pluie on reste dans l'utopie de la ville o&#249; tout bouge, marchande, passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rendez-vous avec &lt;i&gt;Vous qui habitez le temps&lt;/i&gt; de Val&#232;re Novarina est toujours pour moi un moment f&#233;tiche des ateliers, m&#234;me si j'ai plusieurs biais pour qu'un groupe traverse l'ouvrage : voyez un exercice propos&#233; &#224; partir du m&#234;me &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article10' class=&#034;spip_in&#034;&gt;livre&lt;/a&gt; l'an dernier &#224; Normale Sup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles, les apprenties coiffeuses et esth&#233;tiques du Cifap, je leur propose (voir &lt;i&gt;Tous les mots sont adultes&lt;/i&gt;, p 143-149) son &lt;i&gt;relev&#233;, vu et lu&lt;/i&gt;, devenu quasi un classique : longtemps que je sugg&#232;re que &lt;i&gt;Vous aui habitez le temps&lt;/i&gt; soit mis au programme des coll&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions comme id&#233;e, avec Sylvie Soul&#233; et Christine Labeille, leurs enseignantes, de partir mentalement, via le d&#233;roul&#233; d'une journ&#233;e, dans les salons de coiffure o&#249; d&#233;j&#224; elles travaillent la moiti&#233; de leur temps. Mais quelques autres ont pr&#233;f&#233;r&#233; traiter de la rue elle-m&#234;me. La grande profusion des signes de ce lieu embl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est important, dans ces textes (vivement une r&#233;&#233;dition de &lt;i&gt;Tous les mots sont adultes&lt;/i&gt; que je compl&#232;te), c'est qu'elles &#233;crivent &#224; partir des signes en mouvement. La rue perceptible selon sa cin&#233;tique, et que la vision du monde alors semble faite d'&#233;clats tous rapproch&#233;s, sans distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nassima et Delphine se sont simplement mises derri&#232;re la vitrine de la biblioth&#232;que, et ont &#233;crit simultan&#233;ment. Mais ce n'est qu'au moment de lire ensemble que chacune a d&#233;couvert le texte de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le laisse dans leur superposition comme deux peignes pass&#233;s dans les cheveux de Pantin : &#233;videmment, tout tient &#224; la pluie, &#224; ses reflets...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_186 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/lect5.jpg?1166889475' width='500' height='302' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Trois jeunes marchant sous la pluie.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois jeunes marchant du m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux Arables qui se sont arr&#234;t&#233; pour parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une famille d'Indous, ils &#233;taient cinq tenant un parapluie pour eux tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vieille avec un sac sur la t&#234;te prom&#232;ne son chien avec lui aussi un sac le recouvrant. &lt;br/&gt;
Une vieille dame avec un sac sur la t&#234;te, manteau jaune, avec un petit chien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste en face, dans le Superlav, deux hommes de disputent pour mettre leur linge. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme pousse une poussette.&lt;br/&gt;
Une maman s'arr&#234;te et remet le couvre-pousette pour prot&#233;ger son enfant de la pluie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mec allume une cigarette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fille habill&#233;e tout en jean assez moulant, j'ai froid pour elle. &lt;br/&gt;
Un gar&#231;on de dos avec une chevelure de fille, de dos je l'avais pris pour une fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux petits Noirs tenant leur devoir.&lt;br/&gt;
Un petit gar&#231;on &#226;g&#233; de douze ans tient la main de sa petite s&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une laverie Superlav, un homme avec un haut bleu assis sur un banc regarde la machine &#224; laver. &lt;br/&gt;
Dans la laverie, un homme vient de s'asseoir sur le banc avec son jean bleu, dos &#224; la vitrine : on voit la raie de ses fesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme tenant ses mains derri&#232;re sa t&#234;te marche sur le passage clout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opel Corso rouge roulant &#224; toute allure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bus rempli de monde s'arr&#234;tant &#224; un feu rouge.&lt;br/&gt;
Le bus passe, il est rempli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme me regardant par la fen&#234;tre me regarde avec des gros yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un monsieur avec un sac marche avec difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme avec une djellaba et une veste de costard marchant tr&#232;s droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gros camion tr&#232;s sale avec une plaque &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une Twingo verte avec seulement une dame au volant, son t&#233;l&#233;phone portable &#224; la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dame avec une poussette regarde en l'air pour parler &#224; quelqu'un. &lt;br/&gt;
Une dame veste beige avec son caddy marche de gauche &#224; droite puis de droite &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme devant la laverie avec un sweat blanc regarde de gauche &#224; droite.&lt;br/&gt;
Un cland&#233; tient le mur de la laverie avec un sweat blanc tenant une cigarette &#224; la main, il gal&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune gar&#231;on avec un jogging, des tongs et des lunettes de soleil tenant un sac derri&#232;re son dos. &lt;br/&gt;
Un homme Noir avec des tongs, un surv&#234;t, des lunettes de soleil sur le nez, tient sur son dos un gros sac bien rempli : il se croit &#224; la plage alors qu'il pleut dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mec t&#234;te en l'air marche tr&#232;s rapidement (je ne sais pas comment il faut). &lt;br/&gt;
Un jeune gar&#231;on marche la t&#234;te haute et le nez en l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mec en scooter nous regarde et nous fait un clin d'&#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Asiatique avec des cheveux jaunes marche avec un air pr&#233;tentieux.&lt;br/&gt;
Un Asiatique avec des cheveux moiti&#233; jaunes moiti&#233; orange marche avec un air de m&#233;chant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une camionnette blanche de France Telecom laisse passer une dame au passage pi&#233;ton. &lt;br/&gt;
Un camion de France Telecom s'arr&#234;te devant nous et nous regarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une jeune avec son mp3 dans les oreilles chante et danse devant l'arr&#234;t du bus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vieux s'arr&#234;te devant la vitrine avec de grosses lunettes et me regarde avec des yeux globuleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une jeune fille avec des talons aiguilles traversant le passage clout&#233; a failli se ramasser. &lt;br/&gt;
Une jeune fille avec talons aguilles qui traverse la rue, elle avait l'air assez press&#233;e, glisse sur le passage pi&#233;ton et se tord la cheville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dame avec un b&#233;b&#233; dans les bras, un sac de la main gauche et tenant par la main sa petite fille de la main droite.&lt;br/&gt; Une maman tient son b&#233;b&#233; avec le bras gauche et avec sa main droite elle tient son autre enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mecs tenant dans leurs mains leur sac courent &#224; toute allure. &lt;br/&gt;
Deux mecs en train de courir &#224; toute allure tenant chacun deux gros sacs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mec d'un certain &#226;ge fait du v&#233;lo sur le trottoir : son v&#233;lo, c'est un v&#233;lo de fille.&lt;br/&gt; Un mec de trente ans sur un v&#233;lo rose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mec marche avec ses mains dans son polo bleu. &lt;br/&gt;
Un mec avec un polo bleu marchant, on ne voyait pas bras car il les avait sous son pull.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jeunes se poursuivent &#224; v&#233;lo. &lt;br/&gt;
Course poursuite de v&#233;lo entre deux jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_187 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/lect2.jpg?1166889470' width='500' height='312' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#224; comparer avec la vision d'Elodie, m&#234;me s&#233;ance, m&#234;me exercice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15h53. Une dame avec un parapluie jaune fluo, mais quelle id&#233;e d'acheter une telle chose. 15h58. Un monsieur &#224; chapeau tr&#232;s moche. 15h59. Une dame avec son caddy a failli tomber en passant sur une flaque d'eau. 16h01. Un autre monsieur avec le m&#234;me chapeau qu'il y a trois minutes : mais c'est quoi cette mode ? 16h03. Une maman et ses deux enfants passent tranquillement dans l'avenue, pr&#232;s du trottoir o&#249; il y avait une grosse Grosse flaque, manque de chance un bus passe, ils sont tous tremp&#233;s. 16h07. Deux messieurs passent devant le caf&#233; o&#249; je suis install&#233;, ils parlaient tellement fort qu'on entendait toute leur conversation : quelle discr&#233;tion. 16h09. Une femme &#224; cheveux tr&#232;s clairs essaye de r&#233;parer son parapluie : eh oui, &#231;a arrive. 16h11. Deux femmes entrent dans le caf&#233;, ils avaient tous les deux un style qui me faisait penser &#224; Johnny Hallyday. 16h12. Un jeune plut&#244;t pas mal me regardait : manque de pot, il a rat&#233; son bus. 16h14. Trois clients du magasin d'appareils m&#233;nagers d'en face croient faire une super affaire avec un lave-linge &#224; 649 euros : vive l'arnaque. 16h16. Une dame avec son sac &#224; main aussi long que ses jambes. 16h18. Un homme a pris comme K-Way un sac poubelle noir : &#233;conomique, non ? 16h20. Un jeune homme est pass&#233; devant moi. On croirait qu'il a vid&#233; son gros pot de gel sur son cr&#226;ne. 16h22. Une dame veut traverser, inconsciente, elle traverse sans regarder &#224; droite et &#224; gauche, une voiture arrive &#224; toute vitesse, la voiture pile, un peu plus et (vaut mieux pas savoir la suite). 16h24. Notre prof de fran&#231;ais passe nous voir, rien d'int&#233;ressant malheureusement : non, je rigole. 16h26. Mon amie fait tomber son portable, r&#233;sultat il est en mille morceaux. 16h28. Un homme entre dans le caf&#233;, il est tellement grand qu'il a d&#251; baisser sa t&#234;te pour passer. 16h30. Ce m&#234;me homme boit sa Desperado sans nous l&#226;cher du regard mais qu'est-ce qu'il nous veut celui-l&#224; ? 16h31. Mon amie fait tomber toutes les pi&#232;ces de son porte-monnaie : le d&#233;but de la fortune, on dit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_188 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/lect3.jpg?1166889473' width='500' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>oui &#224; la d&#233;gradation des lieux publics</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article187</link>
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		<dc:date>2005-11-01T09:09:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>
		<dc:subject>grand Paris, banlieue</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;ateliers d'&#233;criture au Cifap Pantin&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;2005/2006 | Pantin&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot294" rel="tag"&gt;grand Paris, banlieue&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton187.jpg?1352732094' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='139' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pas facile, le travail de l'enseignant de fran&#231;ais avec les m&#233;caniciens du Cifap : ils auront quatorze cours seulement dans toute l'ann&#233;e, &#224; raison d'une fois toutes les deux semaines, &#224; cause des alternances professionnelles. Est-ce que l'atelier va nous permettre de les conna&#238;tre plus vite, d'&#233;tablir une relation personnelle qui soit de visage &#224; visage ? En tout cas, si on compare aux gar&#231;ons de m&#234;me &#226;ge en lyc&#233;e professionnelle, la diff&#233;rence c'est que la m&#233;diation de l'enseignant n'est pas une donn&#233;e de d&#233;part...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notre deuxi&#232;me s&#233;ance. Pour la premi&#232;re, je m'&#233;tais servi de Georges Perec. Aujourd'hui, j'ai apport&#233; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/arch/03_Valet.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Paul Valet&lt;/a&gt;. Et, plut&#244;t que de rester dans la salle qui nous est r&#233;serv&#233;e, biblioth&#232;que Jules-Verne, dans le quartier des Quatre-Chemins &#224; Pantin, nous les laissons se disperser dans la biblioth&#232;que. Lieu nouveau pour eux. Nous aurons la surprise, Pierre-Jean Mazel leur enseignant, et l'&#233;quipe de la biblioth&#232;que, de les retrouver quelques minutes plus tard chacun avec un livre sur leur pays. Une &#233;paisse histoire du Portugal chez Fayard pour Patrick (&#171; Il n'y a m&#234;me pas d'images... Il doit falloir des mois pour lire &#231;a. &#187;). Un guide bleu du Maroc pour un second, un album sur les ruines de Tunisie pour un troisi&#232;me (&#171; C'est o&#249;, la Tunisie, sur ta carte ?, demande le Tunisien au Marocain). Ils garderont le livre &#224; c&#244;t&#233; de la feuille &#233;crite : un livre qui atteste de leur existence sociale ou de leur identit&#233; m&#234;me, ici dans la maison des livres ? Moment de flottement, on en serait presque &#224; regretter de les avoir laiss&#233;s se disperser. Et puis non, chacun reviendra avec son travail fait : et l'exp&#233;rience de l'autonomie, la confiance ainsi manifest&#233;e, est sans doute un signe autant que l'atelier lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette proposition d'&#233;criture &#224; partir de Paul Valet, voir mon livre Tous les mots sont adultes. J'y tiens, parce qu'elle n'est pas un exercice de raison (Paul Valet : &#171; Il y a eau min&#233;rale et eau min&#233;rale &#187;), mais de d&#233;clenchement d'une machine-langue, parce qu'on y recopie de fa&#231;on r&#233;currente la phrase lanceur (&#171; je dis non &#187;) et qu'on accepte l'&#233;cart, les associations les plus futiles ou de fantaisie. Mais c'est un enregistreur formidable de col&#232;res, un r&#233;v&#233;lateur &#224; personnalit&#233;. Compl&#233;ment au livre : je propose d'&#233;crire sur une feuille A3 pli&#233;e en deux de fa&#231;on verticale, avec la suite des &#171; je dis non &#187; sur une colonne, et pour chacun, sur la colonne d'en face, un bref commentaire. Une &#233;criture &#224; deux mains, la perception de deux voix dans l'&#233;criture. Exemple :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;je dis non&lt;br/&gt;
je dis non au racisme &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;les gens qui n'aiment pas les autres juste &#224; cause de leur diff&#233;rence de peau alors qu'on est tous pareils&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
je dis non &#224; la pollution&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;les gens qui polluent b&#234;tement&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
je dis non au ch&#244;mage&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;les gens qui ne veulent pas travailler qui restent chez eux alors qu'il y a du travail partout&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
je dis non &#224; la guerre &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;parce qu'on pourrait tous r&#233;gler &#231;a en paroles et non en armes
je dis non aux hommes politiques&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
parce que je trouve qu'ils ne servent &#224; rien&lt;br/&gt;
je dis non &#224; l'interdiction de la peine de mort&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;parce qu'il y a une justice il faut da r&#233;gler : une personne qui tue il faut la punir&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
je dis non &#224; la m&#233;diatisation des Etats-Unis&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;ils implantent trop leur fa&#231;on de vivre chez nous alors qu'on vivait bien sans eux&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et c'est le premier constat : une r&#233;currence chez chacun des th&#232;mes (les filles, les voitures, les Am&#233;ricains, la justice, le ch&#244;mage, l'identit&#233; ou le racisme), mais d&#232;s qu'on ouvre la trappe, les fant&#244;mes ne sont pas ma&#238;trisables, produisent ce qui nous semble - de notre point de vue du confort - une inversion majeure (les ch&#244;meurs responsables du ch&#244;mage, la peine de mort devenue loi du talion). Et pourtant, c'est dans cet &#233;cart non ma&#238;tris&#233;, qui fait partie volontairement - j'y insiste - du syst&#232;me d'amplification via Paul Valet, que naissent des phrases potentiellement capables de refonder un lien du langage &#224; l'esth&#233;tique de vie : ici, la notion d'&lt;i&gt;obligation&lt;/i&gt;, et ce &lt;i&gt;oui &#224; la vitesse&lt;/i&gt;, dans les scories d'une attaque du syst&#232;me scolaire et &#224; nouveau la justice talion :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;non aux signes ostentatoires, je dis non au fou et au sauvage __ je dis non aux obligations religieuses et aux obligations tout court __ non aux cours trop longs qui ne sont pas de notre go&#251;t __ non au vol et au racket __ mais je dis oui &#224; la vitesse, je dis oui au viol des violeurs d'enfants et de femmes &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre variation de ce grand &#233;cart avec &#233;mergence d'une voix autonome sous la langue :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;je dis non pour les gens qui rackettent les petits pour prendre leurs zafeurs __ je dis non pour tous ceux qui disent oui __ je dis non pour les voleurs qui volent les voitures des autres et ne travaillent pas __ je dis non pour le mek qui porte des boucles d'oreilles parce que &#231;a ressemble aux meufs __ je dis non aux pays qui ont de l'argent et qui n'aident pas les pauvres __ je dis non quand il fait chaud parce qu'il y a trop de chaleur mais on n'a pas le choix c'est la nature __ &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour un autre, le jeu des deux voix altern&#233;es devient presque un dialogue g&#233;n&#233;rateur, avec des assonances qui se reproduisent tour &#224; tour dans la premi&#232;re voix (th&#233;matique) et la seconde (commentaires) :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;je dis non au portable (c'est emb&#234;tant) __ je dis non au tatouage (c'est moche) __ je dis non au gaspillage (vu aux pauvres qui meurent de faim) __ je dis non au vol (c'est moche) __ je dis non au froid (parce qu'il est froid) __ je dis non au permis trop cher (&#231;a co&#251;te trop cher) &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour un autre, le regard se portera moins sur le monde ext&#233;rieur que sur ce qui le hante dans l'univers priv&#233;, et comment ne pas faire le lien avec cette &#233;trange phrase sur l'interdiction de regarder (pas bien de mal) :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;je dis non &#224; la violence __ je dis non &#224; mon grand-p&#232;re (parce que les grands-p&#232;res so&#251;ls) __ je dis non aux regards (parce que c'est pas bien de mal regarder) __ je dis non aux strat&#233;gies __ je dis non aux &#233;corcheurs &lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L419xH468/cifap_M2-bfc4a.jpg?1750491263' width='419' height='468' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis John. John qui &#233;crit t&#234;te pench&#233;e sur sa feuille, walkman sur les oreilles, &#233;crit et &#233;crit. Je m'approche, vois de loin les mots s'aligner, il ne souhaite pas que je lise tout de suite. Alors tant mieux. Et John &#233;crira jusqu'au bout. Quand il me donne sa feuille, avant la lecture, j'aper&#231;ois le nom Ma&#239;akovski : &#171; Tu connais Ma&#239;akovski ? &#187; Il fait non de la t&#234;te, &#231;a suffit &#224; moi pour le d&#233;clic : quelques semaines plus t&#244;t, c'est mon fils de 17 ans qui me demandait : &#171; Tu n'as pas Ma&#239;akovski, par hasard ? &#187; Si, j'avais, dans mon garage. John, pendant quarante minutes, a recopi&#233; ligne &#224; ligne des paroles de Bertrand Cantat, chanteur de Noir D&#233;sir. Dans un premier r&#233;flexe, je lui en veux : John, qui m'a fait un texte si poignant &#224; notre premi&#232;re s&#233;ance, voil&#224; qu'il se contente de recopier la parole des autres ? Et puis je comprends : pour lui, les paroles de Cantat c'&#233;tait sa r&#233;ponse &#224; Paul Valet. Alors dans le dossier iTunes de mon Mac je retrouve la chanson (je l'ai), et je lis les paroles recopi&#233;es, en r&#233;citatif, sur fond de la musique de Noir D&#233;sir : l&#224; encore, ce qu'on valide, c'est le langage en tant que &lt;i&gt;communaut&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une des tables, ils se sont mis quatre ensemble. Je vais les voir deux fois. R&#233;sistance exprim&#233;e. Qu'est-ce qu'on vient faire l&#224;, de quel droit vous jouez au prof avec nous. Je me laisse aller &#224; un comportement autoritaire : &#171; Pas de probl&#232;me les gars, je demande que la prochaine fois vous restiez au Cifap, moi je bosse seulement avec ceux qui le souhaitent. &#187; Je m'&#233;nerve aussi, parce que leur seule contribution &#224; ma proposition d'&#233;criture, vaguement &#233;bauch&#233;e sur un coin de feuille, c'est une insulte aux Turcs (deux de leurs camarades dans le groupe sont Turcs). Ils comprennent qu'ils ont franchi la bande jaune, tentent de rattraper le coup. Quand je reviens, il y a cette litanie &#233;trange, avec ce &#171; Oui &#224; la d&#233;gradation des lieux publics &#187;, ce &#171; Non aux combats de chien &#187;. Alors je m'assois avec eux, et leur demande oralement de me commenter chacun des items, je note la totalit&#233; des paroles dites. Et sous la d&#233;gradation des lieux publics, appara&#238;t cette revendication des &#171; grapheurs &#187;, la communaut&#233; clandestine des 50, je jeu de cache-cache qui devient appropriation du territoire. Sous le &#171; non aux combats de chien &#187;, un autre malaise bien symbolique de notre soci&#233;t&#233;. Sous leur &#171; non &#224; la l&#233;galisation &#187;, un indice bien troublant du statut de la drogue. Et pour moi, une le&#231;on : ce qui les bloquait, c'est simplement la maladresse dans l'&#233;crit. Si, leur lisant ensuite ce texte &#224; voix haute, je les mets devant la force, ou la plasticit&#233;, la singularit&#233; de ce que dit leur langue, alors j'ai valid&#233; mon r&#244;le, et le statut de l'exp&#233;rience faite ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;strong&gt;oui aux chichons&lt;/strong&gt; &#231;a rend heureux non aux cours &#231;a rend malheureux &lt;strong&gt;oui &#224; l'anarchie&lt;/strong&gt; c'est mieux, c'est un seul gars qui dirige toute la France &lt;strong&gt;non &#224; la violence&lt;/strong&gt; il y a plusieurs violences : la violence verbale, les coups, quelqu'un qui se fait massacrer &lt;strong&gt;non au racisme&lt;/strong&gt; sale drogu&#233;, sale noir, &#224; mort hitler : c'&#233;tait un raciste &lt;strong&gt;oui au prox&#233;n&#233;tisme&lt;/strong&gt; c'est lucratif, c'est &lt;i&gt;&#233;tuditif&lt;/i&gt; &lt;strong&gt;oui &#224; la retraite&lt;/strong&gt; parce qu'on touche des sous, on est pos&#233; dans le canap&#233; &#224; lire le journal : nous on va &#234;tre &#224; la retraite &#231;a va &#234;tre gal&#232;re si &#231;a se trouve &lt;strong&gt;oui &#224; l'expression&lt;/strong&gt; le graph c'est une expression quand on est bien, quand on n'est pas bien &lt;strong&gt;oui &#224; la d&#233;gradation des lieux publics&lt;/strong&gt; on peut prendre 3000 euros d'amende pour un tag : c'est un groupe de gens qu'on a mont&#233;, on est une cinquantaine, on grave PEB : peintres en banlieue, partout : dans le RER, dans le m&#233;tro, &#231;a repr&#233;sente un bon groupe de personnes, franchement c'est bien, quand tu te fais choper faut courir c'est marrant &lt;strong&gt;oui aux gr&#232;ves&lt;/strong&gt; comme &#231;a on est pos&#233; chez nous : y a pas de train, on va &#224; la gare : merde, y a pas de train, pas de bus, pas de 145, je me suis lev&#233; &#224; midi &lt;strong&gt;non aux combats de chien&lt;/strong&gt; c'est pas bien pour les chiens, c'est marrant mais pour les chiens c'est pas marrant &#224; la fin y a qu'un seul qui reste, tous les soirs au parc de beaumont vers 23h y en a 20, moi je n'y vais plus au parc de beaumont, pour gagner de l'argent : y a beaucoup de paris &#231;a rapporte pas mal &#171; allez-y voir, si vous arrivez &#224; ressortir &#231;a vous fera un beau po&#232;me &#187;, le fric, et &#234;tre fier que son chien gagne, avoir une r&#233;putation, le mec tu lui arraches son chien c'est un l&#233;gume : le chien &#224; un pote, c'est un fou : tu le caresses il te saute &#224; la gorge &lt;strong&gt;non &#224; la guerre&lt;/strong&gt; &#231;a fait beaucoup de morts pour rien, juste parce que bush veut du p&#233;trole &lt;strong&gt;non &#224; la l&#233;galisation&lt;/strong&gt; les trucs illicites apr&#232;s &#231;a va co&#251;ter trop cher le gouvernement va prendre 20% &lt;strong&gt;non aux riches&lt;/strong&gt; c'est des crevards ils ont tout ils donnent rien : mais on va cambrioler qui, s'il y a plus de riches&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_181 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/cifap_M3.jpg?1166889145' width='500' height='167' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pantin, brunch un</title>
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		<dc:date>2005-10-08T17:21:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;premier brunch mensuel en m&#233;diath&#232;que&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;2005/2006 | Pantin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton174.jpg?1352732089' class='spip_logo spip_logo_right' width='135' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dr&#244;le d'id&#233;e, pour une m&#233;diath&#232;que d'au-del&#224; du p&#233;riph : &lt;i&gt;brunch&lt;/i&gt; moi je trouvais &#231;a quand m&#234;me un peu branch&#233; comme appellation, elles ont insist&#233;, et que &#231;a devait &#234;tre le samedi 11h. Pourquoi ce qu'on organise en biblioth&#232;que c'est toujours le soir apr&#232;s le turbin, et qu'on se plaint que personne ne vient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ils sont l&#224;, ceux du quartier, les lecteurs tous horizons sociaux, retour des courses, ou avec les enfants qui pendant ce temps vont faire un tour au secteur jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on se pr&#233;parait et qu'on installait les tables, les chaises, la brioche, le jus d'orange et le caf&#233;, on se disait que la salle &#233;tait bien grande et qu'on avait peut-&#234;tre mis trop de chaises...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 11h, on a commenc&#233; &#224; vingt-six, autant que de lettres de l'alphabet, et un peu plus tard on &#233;tait presque quarante. On avait pr&#233;vu que &#231;a durerait une heure et au revoir, il nous a fallu une heure et demie, encore on a zapp&#233; les derniers livres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_161 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L420xH315/brunch1_XP-092c9.jpg?1750491263' width='420' height='315' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'aime compter : on a &#233;t&#233; sept exactement &#224; parler de livres. Chacun en avait apport&#233; deux ou trois, ou un seul. Roman policier (&lt;i&gt;Tokyo&lt;/i&gt;, de Mo Hayder, par Olivier, biblioth&#233;caire &#224; l'annexe Jules Verne), plus exp&#233;rimental ou po&#233;sie (Christophe Fiat et le &lt;a href=&#034;http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6028&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Abraham Remix&lt;/a&gt; de Fr&#233;d&#233;ric Boyer par Xavier Person), hommage &#224; Lydie Salvaire et sa &lt;a href=&#034;http://www.remue.net/article.php3?id_article=971&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;thode de Mila&lt;/a&gt; par Agn&#232;s Bellego, r&#233;flexions sur la rentr&#233;e litt&#233;raire via le &lt;a href=&#034;http://www.lmda.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Matricule des Anges&lt;/a&gt; pour Marie-Pierre Degea, plus des extraits de Dominique Fabre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'ai parl&#233; de &lt;i&gt;Ceci n'est pas un livre&lt;/i&gt; de Dubravka Ugresic (voir ci-dessous extrait), de &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/article.php3?id_article=152&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au dos de nos images&lt;/a&gt; de Luc Dardenne, et du &lt;a href=&#034;http://www.remue.net/article.php3?id_article=971&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jules Verne&lt;/a&gt; de Jean-Yves Tadi&#233;, parce que le 29 octobre il sera l&#224; pour en parler lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_162 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L420xH320/brunch1_MP-bbe31.jpg?1750491263' width='420' height='320' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et autres ouvrages, selon qui parlait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cours de route, je ne sais pas si &#231;a faisait &#231;a aux autres, moi je trouvais &#231;a un peu fou : s'assembler &#224; quarante pour lire des bouts de livre et raconter ce qu'on y a trouv&#233;, et jamais les m&#234;mes livres pour personne et pourtant voil&#224; que &#231;a parlait &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, on continuera. Prochaine s&#233;ance le 26 novembre. Pour les livres on ne sait pas encore, pour le brunch on pensait hu&#238;tres : autant se faire plaisir compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fait, dans le m&#233;tro du retour, entre gare de l'Est et Montparnasse, une dame juste devant moi lisait un livre de po&#232;mes. J'ai regard&#233;, quand elle l'a referm&#233; : un livre d'Andr&#233;e Chedid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;EMBED SRC='http://f.bon.free.fr/video/051008_Pantin.3gp' LOOP=true &lt;br class='autobr' /&gt;
AUTOSTART=true MASTERSOUND WIDTH=176 HEIGHT=152&gt;&lt;/EMBED&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dubravka Ugresic / Ceci n'est pas un livre&lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; &lt;i&gt;l'&#233;crivain croate accumule une suite de textes tr&#232;s courts, 2 &#224; 3 pages, sur la totalit&#233; des aspects de sa vie d'&#233;crivain en exil aux USA&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Dans le champ de la litt&#233;rature oeuvrent des journaliers modestes qui savent quelle place est la leur en ce monde et qui se r&#233;signent &#224; demeurer anonymes. Un jour, j'ai fait la connaissance d'une &#233;crivaine am&#233;ricaine. Je connaissais d&#233;j&#224; son existence avant de la rencontrer car un de ses livres avait &#233;t&#233; traduit en ex-Yougoslavie, om on l'avait publi&#233; sous une jaquette tr&#232;s glamour, avec photo de l'auteure, et une note pr&#233;cisant qu'il s'agissait d'un best-seller en Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que je suis all&#233;e &#224; New York, l'&#233;diteur qui avait publi&#233; ce livre - une de mes connaissances - m'a pri&#233; d'aller rendre visite &#224; cette femme. Jamais encore je n'avais rencontr&#233; un &#233;crivain am&#233;ricain en chair et en os, et encore moins, vous pensez, un auteur de best-seller. L'adresse &#233;tait s&#233;duisante. Brooklyn Heights. J'ai sonn&#233;, et une femme d'un certain &#226;ge, assez corpulente, est venue m'ouvrir. J'ai cru qu'il s'agissait de sa secr&#233;taire, mais c'&#233;tait l'auteure en personne. Le temps que j'arrive &#224; New York, la photo de la couverture avait perdu toute ressemblance avec son substrat vivant. Il s'av&#233;rait que le serbo-croate &#233;tait la seule langue en laquelle avait &#233;t&#233; traduit le livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous saluerez mes lecteurs en Yougoslavie, me dit la dame d'un ton affable et m&#233;lancolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle vivait dans un petit appartement en sous-sol. Dans le vestibule, le parquet &#233;tait recouvert de tapis de gymnastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris par la suite que l'&#233;crivaine donnait des cours de danse orientale. D'o&#249; la pr&#233;sence des tapis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je gagne ma vie ainsi, m'avoua-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle m'emmena faire une petite promenade dans Brooklyn heights.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'est ici que vit Norman Mailer, me d&#233;clara-t-elle fi&#232;rement en me d&#233;signant une maison. Je le rencontre souvent. Il me salue parfois : &lt;i&gt;Hello Mary&lt;/i&gt;, me dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, mon coeur se serre quand je pense &#224; Mary, la m&#233;lancolique &#233;crivaine et danseuse orientale. Mon poing se l&#232;ve en signe de protestation, bien que je ne sache pas bien contre quoi. Goethe avait-il besoin de donner des cours de danse orientale ? Et Tourgueniev, et Tolsto&#239; ? Je pose la question et je tends l'oreille. Mais aucune r&#233;ponse ne me parvient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais, je ferais mieux de tenir ma langue. Il vaudrait mieux pour moi garder &#224; l'esprit la m&#233;taphore &#224; laquelle j'ai fait r&#233;f&#233;rence au d&#233;but de ce texte et chanter. Comme un oiseau sur la branche. Quelqu'un, esp&#233;rons-le, aurait alors l'id&#233;e de me lancer des miettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#169; Dubravka Ugresic _ les &#233;ditions Fayard&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>2005 / 2006 : r&#233;sidence d'&#233;crivain &#224; la m&#233;diath&#232;que</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article156</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article156</guid>
		<dc:date>2005-07-24T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;le projet, les ateliers&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;2005/2006 | Pantin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton156.jpg?1352732084' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;sidence de Fran&#231;ois Bon &#224; la m&#233;diath&#232;que&lt;br class='autobr' /&gt; de Pantin d&#233;butera en septembre 2005 pour s'achever en mai&lt;br class='autobr' /&gt; 2006. Plusieurs axes sont d&#233;j&#224; d&#233;finis pour ce que&lt;br class='autobr' /&gt; nous concevons ensemble comme un parcours, une recherche commune.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre2&#034;&gt;1 _ terrain, &#233;critures&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;La proposition de r&#233;sidence n'est pas centr&#233;e sur&lt;br class='autobr' /&gt; des exp&#233;riences d'ateliers d'&#233;criture. Plut&#244;t,&lt;br class='autobr' /&gt; dans la logique du parcours de FB, une r&#233;flexion sur l'extension&lt;br class='autobr' /&gt; et la transmission de ces pratiques. N&#233;anmoins, pratiquer ensemble&lt;br class='autobr' /&gt; la litt&#233;rature est un point de d&#233;part essentiel pour le&lt;br class='autobr' /&gt; partage, plut&#244;t (&#224; la diff&#233;rence de pr&#233;c&#233;dents&lt;br class='autobr' /&gt; intervenants) que des initiatives bas&#233;es sur la seule lecture.&lt;br&gt; Fran&#231;ois Bon interviendra d&#232;s septembre avec les apprentis&lt;br class='autobr' /&gt; (carrossiers peintres) et apprenties (coiffeuses) du CIFAP, dans leur&lt;br class='autobr' /&gt; p&#233;riode de cours, via un cycle d'atelier d'&#233;criture.&lt;br&gt; D'octobre &#224; avril, sera mis en place un concours d'&#233;criture,&lt;br class='autobr' /&gt; men&#233; depuis le lyc&#233;e F&#233;lix-Faure mais ouvert aux&lt;br class='autobr' /&gt; autres &#233;tablissements et aux jeunes de la m&#233;diath&#232;que,&lt;br class='autobr' /&gt; dont le th&#232;me sera renouvel&#233; chaque d&#233;but de mois.&lt;br class='autobr' /&gt; F Bon interviendra dans une ou plusieurs classes pour lancer chaque mois&lt;br class='autobr' /&gt; ce concours, et que les enseignants qui prendront le relais avec leurs&lt;br class='autobr' /&gt; classes disposent &#224; la fois de la proposition, et d'un &#233;chantillonnage&lt;br class='autobr' /&gt; de textes produits. Ce concours se conclura en mai par une initiative&lt;br class='autobr' /&gt; festive, et les meilleurs textes enregistr&#233;s sur un CD audio.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre2&#034;&gt;2 _ la Seine Saint-Denis, laboratoire de l'hyper-ville&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Depuis une premi&#232;re r&#233;sidence &#224; Bobigny en 1986,&lt;br class='autobr' /&gt; puis une suite d'ateliers d'&#233;criture &#224; Bobigny,&lt;br class='autobr' /&gt; Villepinte et Bagnolet avec le CPLJ, puis 2 ans d'atelier avec&lt;br class='autobr' /&gt; les lyc&#233;ens de Clichy-sous-Bois, la mutation d'importance&lt;br class='autobr' /&gt; que constitue le dispositif humain et urbanistique de Seine Saint-Denis&lt;br class='autobr' /&gt; a toujours &#233;t&#233; un questionnement au pr&#233;sent dans&lt;br class='autobr' /&gt; le travail de F Bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce questionnement pourrait s'axer sur deux dimensions :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt; &lt;li&gt;hommes, vies, visages : dans un premier temps, assurer une pr&#233;sence&lt;br class='autobr' /&gt; r&#233;guli&#232;re &#224; la PAIO (insertion professionnelle),&lt;br class='autobr' /&gt; en collaboration avec le service jeune de la ville de Pantin ;&lt;br class='autobr' /&gt; lors de cette pr&#233;sence, discuter, prendre des notes, et renvoyer&lt;br class='autobr' /&gt; en retour des mini portraits librement &#233;crits ; si possible,&lt;br class='autobr' /&gt; en partenariat avec Les Engreneurs, installer aussi une pr&#233;sence&lt;br class='autobr' /&gt; vid&#233;o, filmer ne serait-ce qu'en plan fixe les gens avec&lt;br class='autobr' /&gt; qui on aura &#233;chang&#233; ;&lt;/li&gt; &lt;li&gt;lieux, mutations, transformations, circulations, paysages urbains :&lt;br class='autobr' /&gt; dans la grande diversit&#233; de la ville de Pantin, travail de balade,&lt;br class='autobr' /&gt; notes, rep&#233;rages, et &#233;coute des gens rencontr&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt; dans leur relation &#224; ces questions, notamment par des passages &#224; organiser &#224; l'annexe&lt;br class='autobr' /&gt; Courtill&#232;res.&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;h3 class=&#034;titre2&#034;&gt;3 _ la m&#233;diath&#232;que au c&#339;ur de la cit&#233;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Dans le public de la m&#233;diath&#232;que, une grande diversit&#233; de&lt;br class='autobr' /&gt; lecteurs. Beaucoup aussi qui &#233;crivent, sans nul doute. Diversit&#233; aussi&lt;br class='autobr' /&gt; de l'&#233;quipe de la m&#233;diath&#232;que, suggestions&lt;br class='autobr' /&gt; et pratiques de lectures. On proposera le premier samedi de chaque mois, &#224; partir&lt;br class='autobr' /&gt; du samedi 8 octobre (sp&#233;cial &#171; rentr&#233;e litt&#233;raire &#187;),&lt;br class='autobr' /&gt; de 11h &#224; 12h, un mini &#171; brunch &#187; convivial,&lt;br class='autobr' /&gt; o&#249; biblioth&#233;caires et lecteurs feront part de leurs coups&lt;br class='autobr' /&gt; de c&#339;ur. F Bon y interviendra par une br&#232;ve lecture d'un&lt;br class='autobr' /&gt; livre de sa biblioth&#232;que personnelle.&lt;br&gt; D'autre part, ponctuer la r&#233;sidence par une suite de rencontres&lt;br class='autobr' /&gt; lecture. La premi&#232;re, le vendredi 25 novembre, sera l'ouverture&lt;br class='autobr' /&gt; de la r&#233;sidence : lecture de textes issus des premi&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt; rencontres avec les apprentis du CIFAP et des ch&#244;meurs de la PAIO,&lt;br class='autobr' /&gt; puis carte blanche &#224; F Bon avec le violoniste Dominique Pifar&#233;ly,&lt;br class='autobr' /&gt; sur des textes in&#233;dits (voir tumulte.net). Au moins deux lectures&lt;br class='autobr' /&gt; ensuite avec des invit&#233;s : &#171; lieux et paysages &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt; lecture &#224; trois avec Leslie Kaplan, Tanguy Viel et F Bon &#224; partir&lt;br class='autobr' /&gt; de leur rencontre de la Seine Saint-Denis ; &#171; la fiction&lt;br class='autobr' /&gt; dans la ville &#187;, &#224; d&#233;finir, mais si possible&lt;br class='autobr' /&gt; avec participation d'un auteur jeunesse. &lt;br&gt; Enfin, l'&#233;quipe de la m&#233;diath&#232;que et le bureau&lt;br class='autobr' /&gt; du livre du Conseil G&#233;n&#233;ral souhaitent proposer &#224; l'ensemble&lt;br class='autobr' /&gt; des partenaires, relais, m&#233;diateurs de cette r&#233;sidence&lt;br class='autobr' /&gt; des temps de r&#233;flexion et de formation. Une premi&#232;re journ&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt; en septembre pourrait &#234;tre consacr&#233;e &#224; l'&#233;criture&lt;br class='autobr' /&gt; en commun.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt; &lt;span class=&#034;titre2&#034;&gt;4 _ Internet pour partager le projet&lt;/span&gt;&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Des postes Internet de consultation libres sont d&#233;j&#224; install&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt; dans les principaux lieux participants &#224; l'exp&#233;rience&lt;br class='autobr' /&gt; (m&#233;diath&#232;ques, CDI). Nous les compl&#232;terons si possible&lt;br class='autobr' /&gt; par des bornes Internet destin&#233;es &#224; mettre en valeur, sur&lt;br class='autobr' /&gt; les lieux m&#234;mes, le travail effectu&#233;.&lt;br&gt; Tout au long de l'ann&#233;e, chaque semaine, mise &#224; jour&lt;br class='autobr' /&gt; du journal de la r&#233;sidence : textes produits, photos num&#233;riques&lt;br class='autobr' /&gt; des rencontres ou des travers&#233;es de Pantin, br&#232;ves vid&#233;os&lt;br class='autobr' /&gt; ou enregistrements de voix.&lt;br&gt; Ce journal sera accessible par commodit&#233; sur le site personnel&lt;br class='autobr' /&gt; de F Bon (tierslivre.net), mais pourra faire l'objet d'un&lt;br class='autobr' /&gt; partenariat avec la Cyberbase de la Villette (&#224; organiser). &lt;br&gt; La page d'accueil de ce journal sera la page d'accueil des&lt;br class='autobr' /&gt; diff&#233;rents ordinateurs des salles de lecture : elle inclura&lt;br class='autobr' /&gt; chaque semaine les propositions de lecture ou r&#233;flexions et &#233;crits&lt;br class='autobr' /&gt; de l'&#233;quipe de la m&#233;diath&#232;que ou des lecteurs,&lt;br class='autobr' /&gt; auxquels nous proposerons de r&#233;agir aux textes mis en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;titre2&#034;&gt;5 _ un premier calendrier&lt;/h3&gt; &lt;p&gt;Septembre : rencontre des diff&#233;rents partenaires, d&#233;but&lt;br class='autobr' /&gt; des interventions CIFAP et PAIO, lancement du site.&lt;br&gt; Octobre : premier &#171; brunch &#187; du samedi, lancement&lt;br class='autobr' /&gt; du premier th&#232;me d'&#233;criture pour les lyc&#233;es,&lt;br class='autobr' /&gt; journ&#233;e &#233;criture formation pour les m&#233;diateurs.&lt;br&gt; Novembre : soir&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt; lecture musique du 25 novembre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Bon _ Marie-Pierre D&#233;g&#233;a _ Xavier&lt;br class='autobr' /&gt; Person&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/td&gt; &lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;i&gt;photo : stades de foot &#224; Pantin &#169; Google Earth&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pantin, provisoirement derni&#232;re</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article110</link>
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		<dc:date>2005-06-04T07:16:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;atelier mensuel biblioth&#233;caires Seine Saint-Denis&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;2005/2006 | Pantin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton110.jpg?1352732061' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='138' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chaque atelier d'&#233;criture est une sorte de voyage, on mesure &#224; peu pr&#232;s le d&#233;but, et puis &#231;a vous embarque, on se laisse aller en fonction des voix, des &#233;motions, des visages et du lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, ces derniers mois o&#249; j'aurais men&#233;, mais chacune &#224; son rythme, et quasiment jamais deux ateliers se croisant la m&#234;me semaine, quatre exp&#233;riences simultan&#233;es (Beaux-Arts, Normale Sup, Pantin, IUFM Molitor), la curiosit&#233; c'est comment se mettre soi-m&#234;me en travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail pour moi &#233;tait clair : attel&#233; &#224; une refonte de mon livre &lt;i&gt;Tous les mots sont adultes&lt;/i&gt;, faire tourner quelques propositions neuves, les roder, les approfondir. Une sorte de mise en musique, par le fait m&#234;me d'avoir &#224; jouer plusieurs fois, dans des contextes radicalement autres, ce qui reste chaque fois une improvisation pourtant. Rien n'est jamais vraiment transposable : j'ai crois&#233; les exp&#233;riences &#224; partir de Marguerite Duras, on n'a jamais pris la m&#234;me direction. Les exp&#233;riences faites &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/article.php3?id_article=71&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rue d'Ulm&lt;/a&gt;, dans l'immense b&#226;tisse d&#233;saffect&#233;e du CRDP qui est d&#233;j&#224; comme voyager dans une ville perdue de &lt;i&gt;L'Immortel&lt;/i&gt; de Borges, et propice aux d&#233;rives, par exemple &#224; partir de Roubaud ou d'Emaz, ou Dupin, je ne les ai pas essay&#233;es avec les autres groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pantin donc, tout cet hiver, on s'y retrouvait &#224; une quinzaine &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/article.php3?id_article=79&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chaque premier jeudi du mois&lt;/a&gt;, la biblioth&#232;que ferm&#233;e au public, &#233;trange silence entour&#233; de livres, dans la salle de lectures assez grande pour se disperser, construire chacun sa bulle d'&#233;criture, ou partir marcher dans les salles vides pour chercher la concentration.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_93 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ecrire_1.jpg?1166889261' width='500' height='546' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;atelier d'&#233;criture Pantin
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait notre dernier jeudi. Un long p&#233;riple, que j'ai aim&#233; parce qu'&#224; entrer dans une journ&#233;e enti&#232;re, on peut concevoir chacune comme un th&#232;me, un parcours. Et s'il vous vient une id&#233;e en cours de route, les livres sont l&#224; pour la nourrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est ainsi offert une journ&#233;e Bergounioux, une journ&#233;e Duras, et hier je suis arriv&#233; presque les mains vides, j'avais juste comme proposition : &#034;Une vie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai parl&#233; de cette tradition et ce qui la fonde. Plutarque. &lt;i&gt;La Vie de Ranc&#233;&lt;/i&gt; de Chateaubriand : vous n'avez pas lu &lt;i&gt;La Vie de Ranc&#233;&lt;/i&gt; ? Courez, rattrapez-vous... On a &#233;voqu&#233; les &lt;i&gt;Oraisons&lt;/i&gt; de Bossuet, et bien s&#251;r Tallemand des R&#233;aux. Quant &#224; ce si&#232;cle, il suffisait d'un tour en bas pour rapporter pleine poign&#233;e de livres... Les &lt;i&gt;Portraits crach&#233;s&lt;/i&gt; d'Yves Pag&#232;s ou le &lt;i&gt;Quelques&lt;/i&gt; d'Albane Gell&#233; (tiens, d'ailleurs, je crois que je l'ai laiss&#233; &#224; Pantin), &lt;i&gt;C'&#233;tait toute une vie&lt;/i&gt; d'un type dont je ne sais plus le nom, et bien s&#251;r honneur au ma&#238;tre, le livre culte, le d&#233;j&#224; classique &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt; de &lt;a href=&#034;http://www.remue.net/rubrique.php3?id_rubrique=76&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pierre Michon&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, c'est de l'introduction des &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt; de Claude Simon que je suis parti. Biographie non chronologique, forme r&#233;currente avec un &lt;i&gt;il&lt;/i&gt;. Cet exercice est d&#233;j&#224; dans la premi&#232;re &#233;dition de &lt;i&gt;Tous les mots&lt;/i&gt;, mais je le r&#233;&#233;cris. Comment choisir ce personnage, avec qui on va vivre une journ&#233;e, comme Charles Juliet a mis douze ans pour &#233;crire &lt;i&gt;Lambeaux&lt;/i&gt; ? A quelle distance de soi-m&#234;me, et pour quelle &#233;nigme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante ou cinquante minutes d'&#233;criture, pour ce texte qui va servir de trame. On ne le lit pas, on ne d&#233;voile rien. Chacun reste &#224; sa place, et je propose une r&#233;vision depuis nos pr&#233;c&#233;dents exercices : ajouter autour de ce texte, en &#233;toile, les lieux, les coups de zoom, les panoramiques, les objets. Rep&#233;rer les spatiality&#233;s implicites du texte : trajets, maisons, disposition des pi&#232;ces, am&#233;nagement de l'int&#233;rieur d'une pi&#232;ce. L&#224;, encore 40 minutes de collecte de mat&#233;riau, sans inspiration, juste de la pioche, de la &lt;i&gt;menuiserie&lt;/i&gt; comme dirait Antoine Emaz. J'aime bien ces moments o&#249; je per&#231;ois que l'effort est volontaire, qu'il faut se vaincre soi-m&#234;me pour d&#233;crocher du texte. J'ai rappel&#233; notre s&#233;ance sur le visage : est-ce qu'on voit votre personnage d'assez pr&#232;s ? Quel travail sur son corps, sa gestuelle, est-ce lui-m&#234;me qui se voit ou vous qui le voyez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait midi et demie, &#233;trange moment o&#249; on s'est retrouv&#233; &#224; pique-niquer sur la pelouse tr&#232;s urbaine sous les vitres de la biblioth&#232;que, chacun avait apport&#233; sa contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis reprendre. L&#224;, pour moi, l'imbrication fondamentale : je n'ai rien photocopi&#233; du diable Michon, mais on a d&#233;crypt&#233; la construction des chapitres, et la r&#233;currence du travail d'insertion du narrateur, en particulier dans la &lt;i&gt;Vie d'Eug&#232;ne et Clara&lt;/i&gt;, et la &lt;i&gt;Vie de l'abb&#233; Bandy&lt;/i&gt;. Ecrire avec un &#034;je&#034; qui pose le lien qu'on a avec ce qu'on &#233;crit le matin, via le personnage, via le lieu, via les temporalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore trente bonnes minutes, chacun &#233;tait encore dans son &#233;criture, j'ai pouss&#233; le bouchon : le mot &lt;i&gt;r&#234;ve&lt;/i&gt; est-il quelque part dans votre texte, et si vous l'ins&#233;rez, qu'est-ce qu'il provoque ou d&#233;place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai termin&#233; en photocopiant une page de &lt;i&gt;Haut Mal&lt;/i&gt; de Leiris : le po&#232;me &lt;i&gt;Un fr&#232;re une soeur&lt;/i&gt;. Est-ce que cette libert&#233; po&#233;tique, cet effleurement, peut venir comme cela, apr&#232;s six heures d'&#233;criture, pour reprendre ce qu'on a d&#233;couvert via ce texte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il restait peu de temps : ciseaux, photocopieuse, montage de tous ces &#233;l&#233;ments, dont j'avais bien insist&#233;, tout au long de la journ&#233;e, que nous n'avions pas &#224; penser pr&#233;alablement ce lien, qu'il devait &#234;tre r&#233;trospectif, et cela je sais l'argumenter via Flaubert ou Proust. Et lecture, dans la salle d'expo, &#224; c&#244;t&#233;, qu'on a trouv&#233; tout am&#233;nag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, &#034;une vie&#034;, il y en eut douze, et douze aventures d'&#233;criture chacune singuli&#232;re. Revenez lire cette page, il y en aura quelques-unes ici, &#224; mesure qu'elles me parviendront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais jamais fait cette exp&#233;rience. Il faut bien se conna&#238;tre, il faut une musculation pr&#233;alable et solide de l'&#233;criture. Il faut savoir aussi la sauvagerie qu'est la litt&#233;rature, chez Faulkner, chez Michon, pour qui la pratique. Surprenant aussi, ce m&#234;me soir, en marchant jusqu'au m&#233;tro avec Xavier Person, on ne s'interrogeait plus du tout sur ce qui &#233;tait prose, ce qui &#233;tait po&#233;sie, ce qui est r&#233;cit et ce qui est po&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_94 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/ecrire3.jpg?1166889256' width='500' height='498' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;atelier d'&#233;criture Pantin
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pantin, nos jeudis mots</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article79</link>
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		<dc:date>2005-04-07T14:32:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>ateliers d'&#233;criture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;atelier biblioth&#233;caires : avec Se&#238; Shonagon&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;2005/2006 | Pantin&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;ateliers d'&#233;criture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton79.jpg?1352732045' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Peut-&#234;tre que je fais trop d'ateliers d'&#233;criture, peut-&#234;tre pas. C'est surtout que tout cela se rassemble sur la m&#234;me p&#233;riode de l'ann&#233;e.
&lt;p&gt;Et je n'ai pas forc&#233;ment l'impression de papillonner : le travail sur les visages qu'on avait entam&#233; &#224; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/article.php3?id_article=71&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Normale Sup&lt;/a&gt; &#224; partir de Jab&#232;s, l&#224; derri&#232;re moi ils sont en train de le prendre &#224; leur fa&#231;on, les biblioth&#233;caires de Seine Saint-Denis (sur une id&#233;e de Xavier Person, responsable du programme &lt;a href=&#034;http://www.inventaire-invention.com/icimeme/ecrivains93/index_ecrivains93.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;crivains en Seine Saint-Denis&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis novembre nous nous retrouvons le premier jeudi de chaque mois. En janvier, apr&#232;s mon op&#233;ration, le cartable de livres avait &#233;t&#233; lourd &#224; porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, on se conna&#238;t bien, on se conna&#238;t mieux. On ne travaille plus sur une suite d'exercices, mais &#224; rassembler un seul texte qu'on fait voyager &#224; travers la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biblioth&#232;que est ferm&#233;e au public, nous sommes seuls &#224; l'&#233;tage, avec les grandes salles remplies de livres. Autour de nous, le square avec les enfants &#226;ge toboggan, le coin des sans-abri juste sous notre escalier de secours parfois leurs voix trouent nos lectures, et les cris des ados dans les grillages du basket.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un rendez-vous au long cours, sur toute une ann&#233;e. Par exemple, les livres dont je parle, souvent on les trouve d&#233;j&#224; pr&#233;sents dans les rayons (aujourd'hui Jab&#232;s ou Bergounioux). Mais souvent presque neufs, parce que ce ne sont pas des livres que les gens empruntent facilement, Jab&#232;s en tout cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre qu'apr&#232;s cette s&#233;ance d'ateliers &#224; partir de la notion de visage chez Jab&#232;s, &lt;i&gt;Le Livre des ressemblances&lt;/i&gt; va circuler plus, en rencontrer d'autres, des visages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois dernier, &#224; cause d'une gr&#232;ve, on avait d&#233;plac&#233; notre journ&#233;e, on rattrapera en juin, aux beaux jours. Alors pour commencer j'ai voulu un petit &#034;warm up&#034;, &#224; partir de Se&#238; Shonagon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se&#238; Shonagon, tout le monde conna&#238;t, mais pratiquer offre des surprises. J'ai propos&#233; &#224; chacun de se disperser dans la salle et d'ouvrir sur une feuille un chantier. Inventer un de ces titres en &lt;i&gt;choses qui&lt;/i&gt; et puis chacun ensuite se ballade, passe de feuille en feuille, &#233;crit anonymement dans le chantier ouvert par les autres, r&#233;agit au titre comme &#224; ce qui s'est accumul&#233; d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on s'est retrouv&#233;, chacun a pris une feuille au hasard, avec les dix &#233;critures diff&#233;rentes (j'ai &#233;crit moi aussi, tout aussi anonymement, sur les feuilles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, notre petit hommage &#224; Se&#238; Shonagon. Mani&#232;re de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo du haut : manuscrit des &#034;notes de chevet&#034; de Se&#238;Shonagon - je rajouterai demain des photos de la s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#233;crire avec Se&#238; Shonagon, quelques textes&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;choses qui encombrent ma vie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;choses qui ne fonctionnent plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;choses qui encombrent mon d&#233;sir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;choses sauvages qu'on cherche &#224; dompter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les t&#226;ches &#224; accomplir que je repousse (&#233;crire au syndic, passer une derni&#232;re couche de peinture sur les &#233;tag&#232;res de la biblioth&#232;que, ranger mes papiers, appeler les imp&#244;ts)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la m&#233;moire, parfois douloureuse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la machine en panne, lundi, &#233;cran gris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le p&#233;age du parking, le soir, quand on se croit d&#233;barrass&#233; de la journ&#233;e de travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avoir trois t&#233;l&#233;phones, et la facture de ceux des gamins en plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la pub sur les murs : pas possible de ne pas lire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mon corps qui parfois est trop lourd alors que mon &#226;me voudrait s'envoler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le claquement des vitres dans la t&#234;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la m&#233;moire, quand elle emp&#234;che de voir pour la premi&#232;re fois, quand elle joue aux algues&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;trop de livres, trop d'objets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le bruit et l'odeur des voitures le matin &#224; l'arr&#234;t du bus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la couche de pollution au-dessus de Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les objets inutiles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les id&#233;es re&#231;ues&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mon manque de franchise&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;choses qui paraissent &#233;trang&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;alors que je fixe depuis trop longtemps un objet qui d'habitude passe inaper&#231;u et para&#238;t quelconque, soudain celui-ci parce que je l'observe semble &#233;trange&lt;br class='autobr' /&gt;
quand j'&#233;cris alors que je suis hors de moi, soit par col&#232;re ou par passion, je dis que je relis, tout me para&#238;t irr&#233;el comme si ce n'&#233;tait pas moi qui avais &#233;crit &#231;a&lt;br class='autobr' /&gt;
l'autre quand on ne le comprend pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une chose soudain &#233;trang&#232;re quand la fatigue plombe le regard, une chose aussi quotidienne que mon crayon de papier, un rire qui devient incompr&#233;hensible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le type qui me fait ce geste depuis sa glace de voiture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la r&#233;union &#224; la R&#233;gion, leur fa&#231;on de parler en &#233;tant s&#251;r&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la premi&#232;re page des journaux, hier, avant-hier, avant avant-hier et se dire qu'on r&#233;ouvrira dans 8 jours&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi dans la col&#232;re, les phrases, certaines phrases &#224; la premi&#232;re lecture, celui que je deviens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les &#171; ouvertures faciles &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les parkings&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les aliments pour chat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les chats qui mangent lesdits aliments&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les aiguilles d'une montre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le go&#251;t av&#233;r&#233; pour la viande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'envie de fumer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les plaisanteries grasses et graveleuses entre hommes&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;choses qui font mal &#224; l'&#226;me&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;un amour trop vite interrompu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une nuit peupl&#233;e de cauchemars&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une blessure inflig&#233;e &#224; autrui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une frustration persistante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se dire qu'on n'a jamais mal &#224; l'&#226;me, et quand des fois &#231;a ne suffit pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'&#226;me de fond &#231;a comble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;choses noires, n&#233;gatives, un caract&#232;re syst&#233;matiquement aigu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un souvenir qui nous hante, alors qu'on le fuit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une lame venue trancher un silence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce m&#234;me silence, parfois, lorsqu'on n'arrive pas &#224; l'&#233;couter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les gens qui refusent d'avancer malgr&#233; la main tendue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la prison de l'esprit lorsqu'on nous emp&#234;che de r&#233;fl&#233;chir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;choses que l'avenir r&#233;v&#233;lera : &#171; je ne suis pas press&#233; de voir l'avenir, il arrivera assez vite &#187;, Einstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;choses qui se murmurent dans les couloirs de l'&#201;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;livres dans les r&#233;serves de la biblioth&#232;que municipale : pas assez lus, trop lus, ou qui fanent comme les arbres au changement de saison&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les secrets des grandes personnes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se servir d'un couteau de boucherie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;perdre ses illusions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;marcher sur des patins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comment cette heure a &#233;t&#233; occup&#233;e par eux deux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la r&#233;ponse aux &#233;nigmes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;g&#233;rer le manque, faire son deuil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;savoir que je n'y arriverai pas pour ne pas mener le combat&lt;br class='autobr' /&gt;
le pourquoi on est comme &#231;a et celle qui vous dit par e-mail pourquoi vos livres &#231;a parle jamais d'amour on ne la conna&#238;t m&#234;me pas on ne lui a rien demand&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la date de notre mort&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce que va devenir la plan&#232;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;si quelqu'un nous trompe de quelque mani&#232;re que ce soit&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;choses que j'ignore&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;le jour et l'heure de ma mort&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce qu'on dit de moi quand je ne suis pas l&#224;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la sensation du parachutiste au moment de sauter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce qu'est l'amour pour un homme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les douleurs de l'arthrose&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le plaisir de tuer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la sensation d'une chute dans le vide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; quoi ressemble l'au-del&#224;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce que j'ai encore &#224; apprendre des livres et le cri de mon premier enfant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l&#224; il y a trop de choses pour qu'elles puissent s'&#233;crire ici : un autre panneau de soie ou de bure, s'il vous pla&#238;t !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la 1, la 2 et la 3, bien que celle-ci me soit presque connue, j'en ai parl&#233; hier soir avec A&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce que sont les choses, finalement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pourquoi 15 lignes hier, apr&#232;s rien pendant 3 semaines : 15 lignes pourtant &#231;a ne suffit pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ignore qui je suis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;si Dieu existe&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;choses qui emp&#234;chent d'avancer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;des trottoirs recouverts de neige et verglac&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une id&#233;e de la vie trop idyllique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des plaques de boutons sous les pieds&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un regard trop aim&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un mur, c'est b&#234;te mais &#231;a emp&#234;che d'avancer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les choses qui font reculer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'ennui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des chaussettes de laine en plein &#233;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ne jamais avoir cru en ce qui &#233;tait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une voiture en panne sur l'autoroute&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le vide d'un pr&#233;cipice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'obsession de sa propre image&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une cha&#238;ne invisible autour de mon cou, qui me retient et freine mes &#233;lans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se plaindre qu'on en fait trop&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le frein &#224; main&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;choses qui semblent lointaines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;le ciel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le ciel quand il est rempli d'&#233;toiles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'aube&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le premier mot que l'on a prononc&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'horizon au-del&#224; des montagnes bleues&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le sourire du taciturne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mon enfance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le bout du bout du bout du monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le centre de la terre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce &#224; quoi je ne pense pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tout ce &#224; quoi je pense, de loin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la fin de l'ann&#233;e, chaque ann&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quand on prenait le temps de d&#233;couvrir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;soi-m&#234;me, aussi, des fois, on accepte - de l'autre, moins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;toi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;moi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la r&#233;alit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le pass&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les &#233;toiles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;notre regard d'enfant&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;choses qui font battre le c&#339;ur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;une voiture qui roule &#224; toute vitesse en pleine nuit sur une petite route d&#233;serte au bord de l'eau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une personne que l'on aime qui arrive &#224; l'improviste au moment ou on se sent seul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le sourire de mon amoureuse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;juste le go&#251;t du vent, qu'il faisait clair ce matin-l&#224;, qu'on oubliait le reste une toute petite seconde : envie d'&#233;t&#233; en avril&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les nuages amass&#233;s dans la lumi&#232;re d'hier soir, juste avant la nuit et l'averse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'adieu d'un homme condamn&#233; par la maladie, pr&#232;s de la fin de sa vie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis soignant les arbres et retournant la terre de son potager&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'id&#233;e que le chat pourrait tomber du 7&#232;me &#233;tage lorsqu'il saute par la fen&#234;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;faire de la luge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une for&#234;t sombre et profonde, dans laquelle je me perds et o&#249; les arbres ne sont plus des arbres&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;choses qui font pleurer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;le passage o&#249; E.T. manque de mourir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le sourire de Karenine dans L'Insoutenable l&#233;g&#232;ret&#233; de l'&#234;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lundi, dans l'atelier Barbara, les filles en col&#232;re et la seule qui avait eu cette larme, celle qui partait &#224; la retraite et ne perdait rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce moment o&#249; je te regardais sans pouvoir te parler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un songe cruel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon bel oranger&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une journ&#233;e &#224; la campagne entre amis qui se termine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la montagne au printemps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de joie, devant le sourire de l'enfant gu&#233;ri&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de douleur, des choses sans grande intensit&#233; parfois, mais des choses si extr&#234;mes aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une piq&#251;re de gu&#234;pe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une omelette br&#251;l&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un bonheur inesp&#233;r&#233;, une jouissance d&#233;mesur&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans Ressources humaines, de L Cantet, la sc&#232;ne o&#249; dans l'usine devant une machine le fils engueule son p&#232;re qui ne veut pas se mettre en gr&#232;ve avec les autres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quitter, perdre, renoncer, retrouver, comprendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la perte d'une personne ch&#232;re &#224; notre c&#339;ur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'adolescence&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;choses qui font rire les taciturnes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;une porte qu'un passant se prend en pleine face&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les doutes d'un optimiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un Rasta qui leur chante une chanson dans le m&#233;tro en les regardant droit dans les yeux avec un sourire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le rire aux &#233;clats de Franz&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'heure du biberon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des chaussures roses montantes &#224; la Barbie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les chatouilles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des grimaces bien choisies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce mot &#171; taciturne &#187; prononc&#233; par une fillette se bouchant le nez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une panne de t&#233;l&#233;viseur un soir qu'il n'a pas os&#233; dire non je ne veux pas regarder le t&#233;l&#233;viseur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;m&#233;diath&#232;que de Pantin, le jeudi 7 avril 2005, de 9h55 &#224; 10h35, dix auteurs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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