<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
	<link>https://www.tierslivre.net/spip-443/</link>
	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?id_rubrique=160&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>la chambre double #19 | la modification</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4474</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4474</guid>
		<dc:date>2017-10-12T07:22:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;avec possible v&#233;rification sur place&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;en cours | la chambre double&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4474.jpg?1505546529' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4472' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ suivant
&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;In ancient buried city a man finds a mouldering prehistoric document in English &amp; in his own handwriting, telling an incredible tale. Voyage from present into past implied. Possible actualisation of this. #182&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je connais bien le ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;doublement du pr&#233;sent. C'est un outil parmi les autres, apprendre &#224; reconna&#238;tre ce qui permet de l'&#233;veiller en soi-m&#234;me, pratiquer ce retrait de soi, &#234;tre spectateur de ce sentiment de d&#233;j&#224; vu &#8211; dans ce qui jamais n'est advenu &#8211; simplement parce qu'attentif &#224; cet infime d&#233;calage de temps entre nos deux principaux modes de vision. Mais l&#224;, non, il ne s'agissait pas de cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r que non, je n'&#233;tais jamais venu. Ce qui me troublait : j'avais pris un train de nuit, un de ces vieux trains de nuit avec couchette, je pensais m&#234;me qu'ils les avaient totalement supprim&#233;s et puis non, pas sur cette ligne, et &#224; quinze ans pr&#232;s tu retrouvais les m&#234;mes lavabos, les m&#234;mes tubulures, le m&#234;me oreiller et puis le petit filet &#224; c&#244;t&#233; o&#249; maintenant ils t'offraient une bouteille d'eau et o&#249; tu accrochais tes lunettes, et puis le m&#234;me grincement cahoteux et infini de la nuit, la promiscuit&#233; dont il fallait se d&#233;fendre, enfin cette courbature au matin, dans le demi-jour qui se fait et la succession de villes grises dont chacune pourrait &#234;tre &#224; la place de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis tu &#233;tais descendu presque &#224; l'heure dans cette gare au milieu de nulle part (expression consacr&#233;e, mais comment aurait-on pu la qualifier ?), sur le parvis bitum&#233; qui ressemblait &#224; celui de toutes les autres gares, un bus partait avec le nom de la ville o&#249; tu te rendais, tu ne savais pas &#224; quelle heure &#233;tait le suivant, le chauffeur avait bien voulu s'arr&#234;ter, cela n'avait co&#251;t&#233; que 1&#8364;30 ce qui est ridicule et le bus &#233;tait vide aux quatre cinqui&#232;me tu &#233;tais all&#233; t'asseoir au fond pour contempler indiff&#233;rent la suite des ronds-points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une succession de hasards depuis un accident d'apparence absurde et c'est bien pour cela que maintenant tu te posais de nouvelles questions. La suite de deux voire trois semaines qui en avaient &#233;t&#233; affect&#233;es pour des questions mat&#233;rielles sans incidence une fois r&#233;gl&#233;es, mais sous cette contrainte de l'absurde tout le temps que &#231;a avait dur&#233; et maintenant oui tu &#233;tais en avance, oui tu aurais &#224; perdre absolument cette journ&#233;e dans cette ville qui ne t'&#233;tait rien, o&#249; tu n'&#233;tais jamais venu et o&#249; tu ne reviendrais pas, mais au soir on aurait rebascul&#233; dans la normale et la routine des choses, qui sont d'ailleurs &#8211; apr&#232;s coup &#8211; bien moins int&#233;ressantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'envers ne se d&#233;couvre qu'&#224; condition que tu retournes toi-m&#234;me le r&#233;el comme une peau, disait parfois Audeau &#8211; l'envers fait partie de la m&#234;me r&#233;alit&#233;, mais tant que tu ne proc&#232;des pas au retournement, comment tu le saurais ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais march&#233; assez longtemps, descendu du bus pas au bon endroit, mais le sachant. Prenant un caf&#233; &#224; une de es boulangeries sur les ronds-points d'entr&#233;e de ville, puis longeant de ces avenues qui, entre stades et immeubles, cimeti&#232;re puis maisons individuelles &#224; la fois normalis&#233;es et rev&#234;ches, n'ont aucun int&#233;r&#234;t propre, sinon pour celui qui veut vider sa fatigue &#224; un peu d'exercice. Puis traversant longtemps le centre-ville, avec un th&#233;&#226;tre refait en b&#233;ton sur une entr&#233;e plus ancienne et le m&#233;lange n'&#233;tait pas heureux, des caf&#233;s d'habitu&#233;s o&#249; tu n'avais pas envie d'entrer m&#234;me si &#231;'avait &#233;t&#233; la meilleure solution pour attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors c'est en marchant. J'ai simplement commenc&#233; &#224; faire l'exercice, parce que l'exercice me semblait simple et &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, au moment pr&#233;cis o&#249; j'accomplissais ce geste qu'il me semblait inventer sur le moment, j'ai su l'avoir fait d&#233;j&#224;, il y a bien longtemps, le m&#234;me exercice. Je n'inventais pas, je r&#233;p&#233;tais. Mais je r&#233;p&#233;tais pour m'approprier : parce que c'est de le faire, l'exercice que je croyais inventer, qui m'ouvrait la rem&#233;moration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'importe que ce th&#233;&#226;tre, les petites rues donnant sur l'avenue, le grand carrefour avec le feu rouge, la petite vie des gens avec le supermarch&#233; juste ouvert, &#231;'avait &#233;t&#233; ailleurs : pourquoi Audeau m'aurait amen&#233; ici ? Et s'il n'y avait pas eu le hasard de cet accident absurde, de cette nuit en train-couchette et de cette journ&#233;e &#224; perdre, est-ce que tout cela se serait mis en place ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc j'avais &#231;a dans la t&#234;te : sois invisible dans cette ville, fais que jamais personne ne puisse retracer ni avoir conscience de ta pr&#233;sence dans la ville et pourtant, &#224; tel moment, accomplis une action qui change le r&#233;el de la ville, s'inscrive dans sa permanence comme &#233;tant la r&#233;sultante de ton passage dans la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et certes je n'aurais su d&#233;terminer, &#224; l'avance, et par l'intelligence, ce qu'aurait &#233;t&#233; cet acte. Sauf que je l'ai fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je l'ai fait &#187;, j'avais dit &#224; Audeau, mais c'&#233;tait &#224; dix-huit ans de distance. Et je lui avais dit de quoi il s'agissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pas mal &#187;, avait-il r&#233;pondu, mais il n'avait jamais &#233;t&#233; tr&#232;s expansif sur les compliments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait aussi un exercice du r&#234;ve, un exercice des derniers temps avec lui, pas un exercice de d&#233;butant. Je m'&#233;tais, dans le r&#234;ve ou depuis le r&#234;ve m&#234;me, r&#233;veill&#233; dans cette avenue, pas loin du carrefour &#8211; et je me souviens bien qu'il y avait un th&#233;&#226;tre, une place avec la mairie puis des petites rues adjacentes, des commerces comme partout. Marcher dans la ville en restant invisible, quand on arrive depuis le r&#234;ve, n'est pas une performance. D&#233;cider de ce d&#233;rangement ponctuel d'une chose, qui affecte la dur&#233;e de la ville, c'&#233;tait autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain on &#233;tait parti avec Audeau, on avait roul&#233; un peu plus de deux heures, pas loin de cent cinquante kilom&#232;tres. C'est moi qui conduisais, mais il ne m'avait r&#233;v&#233;l&#233; la ville o&#249; on allait qu'&#224; mesure qu'on s'en approchait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bien reconnu l'avenue, la place, le th&#233;&#226;tre, la fa&#231;on de faire des gens, m&#234;me si le r&#234;ve effectivement distord, ou assouplit, cr&#233;e ce sfumato, dans le voir et la volont&#233;, qui est sa marque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'avait fait arr&#234;ter la voiture : &#171; Ce que tu m'as dit avoir fait hier, tu t'en souviens avec pr&#233;cision ? &#187; Il y a longtemps que j'avais appris &#224; faire m&#233;moire du travail du r&#234;ve. &#171; Alors va. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais march&#233; cinquante m&#232;tres, mais avant m&#234;me d'approcher je savais ce qui m'attendait : &lt;i&gt;ce que la veille j'avais accompli, j'en avais la preuve mat&#233;rielle, imm&#233;diate&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On n'en parlera jamais plus, m'avait dit Audeau. Un jour, tu parviendras &#224; cela dans ta vie m&#234;me, sans la transition du r&#234;ve. Alors tu te souviendras d'aujourd'hui, alors tu pourras agir dans la ville des autres comme on doit agir, alors tu pourras en aider d'autres &#224; sortir de leur r&#234;ve pour agir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase me semblait &#224; la fois claire et lointaine. Comment j'aurais pu m'interroger sur elle, en l'absence de tout souvenir ? Et l'absurde de cet accident idiot, de ce d&#233;rangement profond des choses, jusqu'au train de nuit hier soir puis la journ&#233;e &#224; perdre dans cette ville, en quoi cela faisait partie d'avance du plan ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restait ce que j'avais fait, qui d&#233;pla&#231;ait l'ordre d la ville et que personne n'aurait pu me voir accomplir. Ce geste qu'il ne m'est pas possible de rapporter, mais qui est bien v&#233;rifiable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>la chambre double #18 | les morts les chiens</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4472</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4472</guid>
		<dc:date>2017-09-15T11:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;et m&#233;fie-toi maintenant du savoir&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;en cours | la chambre double&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4472.jpg?1505388085' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4473' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4474' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;Terrible trip to an ancient &amp; forgotten tomb. #165&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a avait commenc&#233; par un r&#234;ve. Je tenais dans les mains un &lt;i&gt;morceau de mort&lt;/i&gt;. Je ne me souviens plus de l'apparence ni du go&#251;t, rien que de ma certitude, et puis de ce l&#233;ger craquement sous les dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis r&#233;veill&#233; effar&#233; : ce n'&#233;tait pas un r&#234;ve, ou bien un r&#234;ve &#233;non&#231;ant clairement qu'il &#233;tait rem&#233;moration, mais rem&#233;moration d'une sc&#232;ne refus&#233;e, enfouie, refoul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis parti marcher dans la ville. J'&#233;tais &#224; l'&#233;tranger, j'&#233;tais dans mon pr&#233;sent. J'ai bien vu les chiens. Les jours pr&#233;c&#233;dents, dans cette m&#234;me ville, je n'avais pas remarqu&#233; de chiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville me semblait froide, non pas absente mais terne. Non pas g&#233;om&#233;trique mais morne. Je suis entr&#233; dans une boutique et me suis mis sur un tabouret face rue, avec mon caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant je le voyais, lui, Audeau &#8211; et ce n'&#233;tait pas r&#234;ve, mais rem&#233;moration. Lui qui se contr&#244;lait en permanence, les yeux l&#233;g&#232;rement brillants. Puis ses dents : lui qui avait les dents comme tout le monde, elles semblaient plus pointues, un peu luisantes. Un de mes copains &#8211; de maintenant, je veux dire &#8211; a comme &#231;a des canines aiguis&#233;es et toujours je me demande ce que &#231;a veut dire dans le cerveau. Nous, qui sommes plut&#244;t c&#244;t&#233; du r&#234;ve et pratiquons le travail du r&#234;ve, les sensations sont sur l'&#233;crasement des molaires, presque plus une rumination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce dont je me souvenais : ces craquements sous les molaires, et de ma col&#232;re. Se mettre en col&#232;re contre Audeau, on se risquait &#224; d&#233;cha&#238;ner quoi. Il r&#233;pondrait avec son ironie habituelle ? Cela aussi, je voulais l'en emp&#234;cher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je revoyais vaguement un parking, une lueur glac&#233;e d'aube, des contours indistincts de brouillard, et moi debout devant sa porti&#232;re qui hurlais, litt&#233;ralement hurlais : &lt;br /&gt;&#8212; Mais vous m'avez fait faire quoi, vous voulez faire quoi de moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lui, rien que ses yeux qui brillaient, et que ses dents, je me le r&#233;p&#233;tai avec une nettet&#233; qui traversait maintenant le souvenir, semblaient des &lt;i&gt;dents de chien&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Vous avez des dents de chien, je lui lan&#231;ai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais repris ma marche dans la ville. Ce craquement. Ton corps aussi craque dans les villes froides aux rues trop longues que pourtant tu affectionnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quel mort, qui c'est ce mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui avais lanc&#233; la question avec rage, tout simplement parce que l&#224; &#233;tait mon angoisse. Ce morceau de mort, il avait bien fallu que je me le procure, et lui, &#224; son habitude, &#233;tait rest&#233; en arri&#232;re, m'avait tout laiss&#233; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; O&#249; j'ai pris ce mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni go&#251;t, ni autre sensation, sinon celle du geste. Ou l'&#233;bahissement quant &#224; ce qu'il m'avait fallu faire pour que j'aie &#231;a dans les mains, que je le porte &#224; ma bouche. Et que ce n'&#233;tait pas n'importe quel mort, qu'il y avait une appartenance : j'appartenais &#224; ce mort que j'avais d&#233;pouill&#233; de lui-m&#234;me, pour le porter &#224; ma bouche, comme ce mort appartenait aux miens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; c'&#233;tait, ce parking. Je voyais un mur, un portail. M&#234;me aujourd'hui je n'oserais pas &#233;crire ce que progressivement j'ai pu identifier, reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Jette &#231;a aux chiens, il m'a dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, sur le parking d&#233;sert, j'ai remarqu&#233; soudain qu'il y en avait des dizaines, de chiens, qui me fixaient, tous dans l'attente, attention aiguis&#233;e et tendue, qu'ils se rapprochaient, qu'il en venait encore plus, et que lui-m&#234;me : lui-m&#234;me chien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s j'ai d&#251; m'&#233;vanouir. Je me souviens vaguement du geste de lancer, et de comment, perdant connaissance, je m'&#233;tais lentement comme enroul&#233; sur les jambes qui ne portaient plus. Et qu'il venait de me dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Un jour tu te souviendras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le r&#234;ve, j'avais demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Par &#231;a : le parking, les chiens, le mort, avait-il r&#233;pondu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par tes dents, j'avais pens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Et m&#233;fie-toi alors du savoir, de tout savoir, avait-il ajout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors dans la ville o&#249; je marchais, ce matin-l&#224;, je me suis retourn&#233;, immobilis&#233;, puis j'ai regard&#233; les chiens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>la chambre double #17 | rue droite volets clos</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4473</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4473</guid>
		<dc:date>2017-09-14T06:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;parce qu'il n'a jamais su que j'avais proc&#233;d&#233; moi-m&#234;me &#224; son &#233;tirement&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;en cours | la chambre double&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4473.jpg?1505541952' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4329' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4472' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;
&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;small&gt;
A place one has been &#8212; a beautiful view of a village or farm-dotted valley in the sunset &#8212; which one cannot find again or locate in memory. #93&lt;/small&gt;&lt;:em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais racont&#233; &#224; Douteau l'histoire du craquement, comment au petit matin je l'avais not&#233;e dans le d&#233;tail et avec scrupule, et comment j'avais d&#233;couvert, quelques heures plus tard, que cela correspondait exactement &#224; l'heure o&#249; Audeau &#233;tait parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me souviens depuis d'un paysage, me dit Douteau. Un paysage que cependant je ne pourrais identifier ni rejoindre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment j'aurais dit &#224; Douteau que, moi, je savais parfaitement o&#249; trouver sur une carte la description qu'il me faisait. Une route de village, il voyait m&#234;me le panonceau, mais pas le nom. Puis une patte d'oie. De hautes maisons aux volets clos, sur une route droite. Quelques magasins survivants, d'autres ferm&#233;s. Une place avec des arbres et l'&#233;glise, qui paraissait accueillante. Mais je n'avais pas le doit, pas le doit de rien lui dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je marche dans la rue, puis attends sur la place. &#192; un moment donn&#233;, tout cela je l'entends, je le comprends. L'int&#233;rieur des maisons, les destins, les visages. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment j'aurais dit &#224; Douteau qu'&#224; ce moment-l&#224;, Audeau et moi, nous &#233;tions &#224; quelques dizaines de m&#232;tres dans la voiture et le suivions. Quand bien m&#234;me nous l'aurions crois&#233; directement, ou nous serions approch&#233;s de lui, il ne nous aurait pas reconnus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un &#233;tirement, dit Audeau, juste &#233;carter ce qui est d&#233;j&#224; l&#224;, et qu'on ne sait pas d&#233;faire. En toi-m&#234;me tu sens bien le changement de place. Alors, oui, un autre rapport au monde. Mais au d&#233;but c'est progressif, commencer par une r&#233;alit&#233; simple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais regard&#233; sur la petite montre du tableau de bord de la voiture : pendant quarante minutes, quasiment, Douteau &#233;tait rest&#233; l&#224;-bas, debout, au coin de rue, m&#234;me pas appuy&#233; sur un mur ou l'appui de fen&#234;tre. Comme, tu vois, quelqu'un qui attend mais sais ne pas avoir &#224; attendre longtemps, et sa l&#233;gitimit&#233; &#224; &#234;tre l&#224;. D'ailleurs, des quelques personnes qui, dans ces quarante minutes, pass&#232;rent aussi le coin de rue, aucune pour lui pr&#234;ter attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais immobile, disait Douteau, et pourtant je voyageais, montais des escaliers, entrais dans des garages, voyais des objets anciens sur des &#233;tag&#232;res de pi&#232;ces &#224; l'abandon. Puis cette chambre, des tentures bleues, une grande armoire, la p&#233;nombre. Et comme si tout autour, dans une transparence, le d&#233;pli du temps, tous les morts qu'il y eut dans cette pi&#232;ce, les naissances, puisqu'on naissait dans les maisons, les moments obsc&#232;nes de l'amour et moi j'&#233;tais l&#224; et je voyais. Et savoir que j'&#233;tais l&#224; parce que telle &#233;tait ma volont&#233;, mais que je pouvais aussi bien &#234;tre l&#224; et puis dans la maison d'en face, &#234;tre l&#224; et puis attendre dans la rue, &#234;tre l&#224; et puis c'&#233;tait le matin et c'&#233;tait le soir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, bien souvent plus tard il m'en reparlait, Douteau : &#171; Y revenir, retrouver o&#249; c'&#233;tait. Bien s&#251;r, il doit y en avoir des centaines, des milliers en France, de lieu comme &#231;a &#8211; mais pourquoi celui-ci ? Et pourquoi uniquement celui-ci ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et moi je savais o&#249; c'&#233;tait sur la carte (pas tr&#232;s loin, en plus) et je n'avais pas le droit de lui dire. Autre chose non plus, je n'avais pas le droit de lui dire : Audeau m'enjoignant d'arriver pr&#232;s de Douteau, et l&#224;, dans son dos, tranquillement proc&#233;der &#224; l'&#233;tirement. &#171; On change d'axe &#187;, disait Audeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce jour-l&#224;, pour la premi&#232;re fois, il m'avait fait pratiquer cela sur celui qui m'&#233;tait le plus proche, le compagnon d'apprentissage, Douteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parce que c'est plus facile. Parce que ce que tu &#233;tires en lui, c'est ce que tu connais chez lui comme tu le connais chez toi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et moi j'avais quand m&#234;me cette angoisse : ce qu'il m'avait fait faire sur Douteau, le lui avait-il fait pratiquer sur moi ? Et qu'est-ce qu'en moi je voyais et ne pouvais rejoindre, qui correspondait &#224; ce trouble o&#249; &#233;tait Douteau par rapport &#224; cette route de village ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le savais, &#224; l'int&#233;rieur de moi, ce lieu qui correspondait, et cette sensation qui correspondait. Alors des fois, m&#234;me, int&#233;rieurement, une sorte d col&#232;re : pourquoi Douteau ne m'avait-il rien dit (puisque maintenant il n'&#233;tait plus l&#224;), pourquoi tous deux nous n'avions pas unis nos savoirs contre celui qui nous l'enseignait, ce savoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce que j'avais appris &#224; faire sur Douteau, parce qu'on se connaissait si bien, parce qu'on avait eu les m&#234;mes exercices pr&#233;paratoires, pouvais-je l'induire sur quiconque &#8211; et surtout, pouvais-je y parvenir seul, l'exercer sur moi-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'il me fallait pour cela retourner moi aussi dans cette rue de village trop longue, aux maisons qui se ressemblaient trop, avec tant de volets clos et pi&#232;ces &#224; l'abandon ? O&#249; devais-je entrer, que devais-je ouvrir ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>la chambre double | sommaire</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151</guid>
		<dc:date>2017-09-08T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions</dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;retour sur quelques &#233;l&#233;ments autobiographiques tus jusqu'ici&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;en cours | la chambre double&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4151.jpg?1429723004' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4151.jpg?1429723691&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Ce livre revient sur une p&#233;riode d'apprentissage qui a commenc&#233; pour moi longtemps avant la publication de mon premier livre, mais a constitu&#233; depuis lors, dans ses phases successives, un tenseur essentiel &#224; mes actes et textes, m&#234;me si soigneusement s&#233;par&#233; de toute r&#233;v&#233;lation ou explication.
&lt;p&gt;Longtemps apr&#232;s la disparition de Jean Audeau, et alors que s'amorce pour moi l'ultime phase, qui me s&#233;parera probablement de l'&#233;criture m&#234;me, il est temps d'en amorcer le compte rendu qui correspondait aussi &#224; ce que j'ai compris de sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;pigraphes &#224; chacune des narrations successives sont prises au &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4343' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Commonplace Book&lt;/a&gt; de Howard Phillips Lovecraft, cet auteur (et mes s&#233;jours dans sa ville) ayant repr&#233;sent&#233; une m&#233;diation importante dans mon travail de r&#233;appropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre &lt;i&gt;La chambre double&lt;/i&gt; vient bien s&#251;r des &lt;i&gt;Po&#235;mes en prose&lt;/i&gt; de Baudelaire. Lorsque j'ai publi&#233; mon premier livre, cela devait &#234;tre le titre du suivant. Il est temps. Il y est explicitement fait r&#233;f&#233;rence &#224; la pluralit&#233; des r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai utilis&#233; en conscience nombre de ces savoirs et exercices lors de mes propres interactions d'&#233;criture dans des dispositifs publics, je ne crois pas en avoir outrepass&#233; les limites autoris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu du caract&#232;re extr&#234;mement personnel, voire confidentiel, de ce texte, il para&#238;tra &#224; Tiers Livre Editeur et pas ailleurs. Le PDF du manuscrit en cours est disponible dans la partie abonn&#233;s du site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres savent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4144' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ponts&lt;/a&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4145' class=&#034;spip_in&#034;&gt;duplication&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 3, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4148' class=&#034;spip_in&#034;&gt;livre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 4, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4149' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ac&#233;phale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 5, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4150' class=&#034;spip_in&#034;&gt;morts qui marchent&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 6, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4155' class=&#034;spip_in&#034;&gt;de l'invisible&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 7, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4156' class=&#034;spip_in&#034;&gt;porte referm&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 8, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4158' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sous les villes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 9, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4159' class=&#034;spip_in&#034;&gt;r&#234;ves dirig&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 10, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4165' class=&#034;spip_in&#034;&gt;craquement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 11, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4192' class=&#034;spip_in&#034;&gt;les reconna&#238;tre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4198' class=&#034;spip_in&#034;&gt;rendez-vous&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 13, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4201' class=&#034;spip_in&#034;&gt;r&#233;troviseur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 14, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4242' class=&#034;spip_in&#034;&gt;cette pluie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 15, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4263' class=&#034;spip_in&#034;&gt;de parler dans l'autre voix&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 16, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4329' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la pi&#232;ce d'&#224;-c&#244;t&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 17, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4473' class=&#034;spip_in&#034;&gt;rue droite volets clos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 18, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4472' class=&#034;spip_in&#034;&gt;les morts les chiens&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 19, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4474' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la modification&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>la chambre double #16 | la pi&#232;ce d'&#224;-c&#244;t&#233;</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4329</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4329</guid>
		<dc:date>2016-05-21T20:33:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;de quelques &#233;l&#233;ments autobiographiques tus jusqu'ici&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;en cours | la chambre double&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4329.jpg?1463862808' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4329.jpg?1463862816&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4263' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4472' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;Calling on the dead &#8211; voice or familiar sound in adjacent room. #52&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il m'est r&#233;guli&#232;rement arriv&#233;, m&#234;me si toutes ces ann&#233;es notre relation n'a pas &#233;t&#233; constante &#8211; il d&#233;cidait lui-m&#234;me des phases de mon apprentissage, et bien des aspects de sa vie me sont rest&#233;s inconnus (ce que je respectais), de m&#234;me qu'il m'arrive parfois aujourd'hui seulement d'entrer en rapport avec certains de ses autres &#233;l&#232;ves &#8211; d'arriver chez lui et qu'il n'y soit pas. Dans ce cas, c'&#233;tait la consigne, je n'avais qu'&#224; l'attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle banalit&#233; vide que cet appartement. Un deuxi&#232;me &#233;tage dans une vieille rue de Fontenay-le-Comte, un escalier plus &#233;troit qui acc&#233;dait aux combles, mais je n'avais appris qu'incidemment que cette suite de pi&#232;ces lui appartenaient, et une fois seulement il m'a invit&#233; &#224; passer la nuit dans ce qui ressemblait &#224; une chambre de bonne, qu'aucune bonne n'aurait utilis&#233; depuis des d&#233;cennies &#8211; &#224; moins qu'on l'ait r&#233;serv&#233;e &#224; une ancienne personne, dans le temps o&#249; les maisons de retraite n'&#233;taient pas de florissantes entreprises pour organiser les fins de vie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis port&#233; &#224; croire qu'il avait &#224; lui, pas tr&#232;s loin, probablement dans le vieux marais (une des raisons aussi qui lui avaient fait se d&#233;cider &#224; travailler avec moi, dont les grands-parents habitaient cette m&#234;me poche entre eau et ciel), une ferme ou en tout cas une maison suffisamment isol&#233;e, et que le peu d'affaires et de livres qu'il gardait dans cet appartement du deuxi&#232;me &#233;tage &#224; Fontenay-le-Comte n'&#233;taient qu'une sorte de fonctionnalit&#233;, voire de pratique fa&#231;ade pour l'&#233;tat-civil. Je rappelle qu'il a longtemps enseign&#233; (les math&#233;matiques) au lyc&#233;e Vi&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au rez-de-chauss&#233;e c'&#233;taient d'anciennes boutiques que j'ai toujours connu ferm&#233;es, dont une mur&#233;e, et au premier &#233;tage un appartement identique au sien mais toujours volets clos. Qu'il ait &#233;t&#233; le propri&#233;taire ou l'h&#233;ritier de la vieille maison (dans nos villes de province, elles prolif&#232;rent) et ait voulu organiser sa tranquillit&#233;, j'en serais aujourd'hui presque s&#251;r. Si ce n'est pas moi qui ait h&#233;rit&#233; de tout &#231;a (je le saurais), comme je l'ai dit plus haut, je suis loin de conna&#238;tre tous ses &#233;l&#232;ves, et si ce fut le lot d'un autre je ne le connais pas, ou du moins pas encore &#8211; s'il est temps pour moi de publier ces r&#233;cits, l'aventure n'est pas close.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appartement &#233;tait constitu&#233; d'un long couloir, les toilettes au bout, deux chambres sur la gauche, la derni&#232;re ferm&#233;e &#224; cl&#233;, et l'autre celle qu'il se r&#233;servait &#8211; une armoire et un lit, deux chaises sans table, tout &#224; l'ancienne &#8211;, et sur la droite une troisi&#232;me chambre, celle-ci ouverte, o&#249; j'ai dormi quelquefois, une salle de bain rudimentaire et vieillotte, enfin sur l'avant, et faisant l'angle sur rue, une cuisine et un salon avec une longue table qui lui servait aussi de bureau, avec encore des piles de papier du temps qu'il enseignait au lyc&#233;e, au mur des rayons de livres, et le disparate de ces objets qu'on trouve dans tous les logis de cette &#233;poque, mais auquel il semblait ne pas attacher d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte d'en bas restait ouverte, une bo&#238;te aux lettres sans nom abritait la cl&#233; qu'il laissait, je montais et j'attendais. Je m'installais plut&#244;t &#224; la petite table de la cuisine, puisque c'est l&#224; que nous nous asseyions pour nos conversations. La cafeti&#232;re &#233;tait accessible, et j'avais mes notes &#224; mettre &#224; jour. Une fois, au soir il n'&#233;tait pas revenu encore, j'ai fini par aller dans la chambre du fond, et quand le jour m'a r&#233;veill&#233; le lendemain matin il &#233;tait d&#233;j&#224; dans la cuisine, &#224; sa place habituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois-ci, c'&#233;tait aussi la fin de l'apr&#232;s-midi, et j'&#233;tais arriv&#233; en fin de matin&#233;e. J'&#233;tais m&#234;me descendu m'acheter un casse-cro&#251;te avant que la boulangerie ferme, et &#233;tais all&#233; le manger au bord de la rivi&#232;re (c'&#233;tait le d&#233;but de l'&#233;t&#233;, le temps s'y pr&#234;tait). Enfant la ville me paraissait grande et riche. J'ai eu l'opportunit&#233;, l'ann&#233;e 1973 exactement, d'y passer un &#233;t&#233;, tout en travaillant &#224; l'usine SKF, c'&#233;tait l'ann&#233;e de la &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2497' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Guitare &#224; Dadi&lt;/a&gt;, m&#234;me si j'avais crois&#233; Audeau dans la petite rue pi&#233;tonne je ne lui aurais certes pas pr&#234;t&#233; attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis remont&#233; dans la petite cuisine, la ville endormie pour la sieste s'&#233;tait tue, &#224; l'exception d'un marteau-piqueur lointain &#8211; je ne sais pas pourquoi je me souviens de ce bruit banal de chantier, mais &#233;touff&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; deux reprises, entendant les voix dans la pi&#232;ce d'&#224;-c&#244;t&#233;, le grand salon avec sa table, le vieux t&#233;l&#233;viseur hors d'&#226;ge et les livres, j'ai pens&#233; avoir somnol&#233;, me suis lev&#233; en sursaut, ai pass&#233; la cloison : la porte de s&#233;paration &#233;tait toujours pr&#233;sente, mais restait ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne dans le s&#233;jour, et plus de voix. J'ai regard&#233; un moment, suis all&#233; voir aussi le couloir avec les chambres, ai ouvert la porte sur l'escalier. Et, de toute fa&#231;on, ce que j'avais entendu ne provenait ni des combles, ni de l'&#233;tage clos au-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui aiment Simenon peuvent se r&#233;f&#233;rer &#224; un de ses romans pr&#233;cis&#233;ment situ&#233; &#224; Fontenay-le-Comte, o&#249; il a v&#233;cu : &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article985' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Maigret a peur&lt;/a&gt;. Les lieux sont jumeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue &#233;tait vide, elle aussi. Je me suis rassis dans la cuisine, ai lanc&#233; la cafeti&#232;re pour mieux me r&#233;veiller, ai repris la mise au point de mes notes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour la deuxi&#232;me fois j'ai entendu les voix, et bien perceptible la voix d'Audeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et personne n'&#233;tait entr&#233;, personne n'avait frapp&#233;, et la porte &#233;tait ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois je suis rest&#233; quelques instant t&#233;tanis&#233;, et puis je voulais aussi comprendre ce qu'elles disaient, les voix. C'&#233;tait trop bas pour n'en saisir plus que de vagues allusions, quelques mots. Les choses banales, un &#171; mais non &#187; tr&#232;s net, surnageaient plus facilement mais ne renseignaient sur rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je me suis lev&#233; d'un coup, il m'a suffi de reculer ma chaise de quelques dizaines de centim&#232;tres pour voir la pi&#232;ce en enfilade, et bien s&#251;r personne, et bien s&#251;r plus rien, aucune voix ni bruissement ni parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que les deux heures qui ont suivi je suis rest&#233; ainsi, assis &#224; la table de la cuisine, mais dans un angle qui me permettait de voir la pi&#232;ce en entier, et rien d'autre ne s'est produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'une sensation de froid, de progressive rigidit&#233;. Et c'est ainsi que m'a trouv&#233; Audeau, arrivant avec la tomb&#233;e de la nuit, mais son pas d'abord bien reconnaissable d&#232;s la porte d'en bas, la bo&#238;te aux lettres ouvertes et se doutant que j'&#233;tais l&#224; puisque la cl&#233; n'y &#233;tait plus. Il avait m&#234;me rapport&#233; des courses pour un plat de p&#226;tes et quelques charcuteries plus un verre de vin et du fromage, que nous partage&#226;mes. Il ne m'en dit pas plus sur sa journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai repens&#233; &#224; cela l'autre jour, retenu loin de chez moi. Je n'ai pas d'&#233;l&#232;ve concernant ce que j'ai re&#231;u de Jean Audeau : de cela aussi, il a sans doute proc&#233;d&#233; autrement. Mais la mission claire d'&#233;tablir ces r&#233;cits me convient, et je dois la mener &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai eu le double t&#233;moignage : chez moi, bien longtemps apr&#232;s la mort de Jean Audeau, je dispose d'une pi&#232;ce &#224; mon usage. On la voit souvent sur mes vid&#233;os, elle n'a pas de secret, ni de vice-cach&#233; &#8211; construction moderne, carrelage. &#201;tag&#232;res &#224; livres, table avec ordinateur, scanner et imprimante, coin de stockage pour pieds photos et autres accessoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; deux reprises, mes proches sont entr&#233;s dans la pi&#232;ce, attir&#233;s par des voix : et personne. Ma voix &#224; moi leur &#233;tait reconnaissable, et pourtant &#224; cet instant j'&#233;tais &#224; Copenhague, ne devais revenir que le lendemain matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans autre explication, ils ont pens&#233; &#224; quelque &#233;clat dans le quartier, et le hasard d'une voix semblable, &#224; moins que de mes enceintes ou appareils un ancien enregistrement se soit soudain r&#233;veill&#233; (ce n'&#233;tait pas le cas, mes instruments sont d'une banalit&#233; et d'une fiabilit&#233; tout ordinaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes proches m'ont d&#233;crit ce qu'ils avaient saisi, tr&#232;s partiellement, de cette conversation &#8211; j'ai reconnu la discussion que j'avais eue avec Audeau, ce soir o&#249; nous avions partag&#233; p&#226;tes, charcuterie, vin et fromage, l'apr&#232;s-midi o&#249; il &#233;tait rentr&#233; si tard, et que j'&#233;tais rest&#233; terroris&#233; longtemps, pour les voix dans la pi&#232;ce d'&#224;-c&#244;t&#233;, la pi&#232;ce vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi, l'h&#233;ritage de ce que nous a appris (Pierre Douteau et moi-m&#234;me, mais d'autres probablement) Jean Audeau : la possibilit&#233; d'en user se r&#233;v&#232;le &#224; nous-m&#234;mes longtemps, longtemps apr&#232;s. Et, lorsque c'est comme cette semaine m&#234;me, &#224; mon retour de Copenhague, juste comme le signe que, ce dont on dispose, &#224; nous d&#233;sormais de le ma&#238;triser, de l'utiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la question y aff&#233;rente : pour entendre quelle voix, pour converser avec qui et de quoi, et qu'aura donc t'elle &#224; nous dire ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>la chambre double #15 | parler dans l'autre voix</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4263</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4263</guid>
		<dc:date>2015-12-04T08:24:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>Poitiers, Civray, Charente</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de quelques &#233;l&#233;ments autobiographiques tus jusqu'ici&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;en cours | la chambre double&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot252" rel="tag"&gt;Poitiers, Civray, Charente&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4263.jpg?1449217189' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4263.jpg?1449217209&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4242' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4329' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;Talking rock of Africa &#8211; immemorially ancient oracle in desolate jungle ruins that speaks with a voice out of the aeons. #214&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On avait pris par une suite de chemins encaiss&#233;s, de ceux qu'il affectionnait. En bas, la Charente formait une boucle, mince et tranquille. On s'&#233;levait dans la gorge, puis il avait fallu redescendre par un abrupt, puis remonter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; on &#233;tait, plus rien que les bois, une fraction de ciel loin au-dessus, l'effondrement des bois vers l'eau presque invisible, mais devin&#233;e, et puis la roche, presque concave, presque triangulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par hasard, c'est un coin que je connaissais bien, et de longtemps. Adolescent, on se risquait jusqu'ici pour explorer les vieilles grottes. Elles ne portaient pas d'autres traces que celles laiss&#233;es par d'autres comme nous, cigarettes fum&#233;es, canettes vid&#233;es, un feu pour le soir, ou rien, tout simplement rien. Mais la mairie d'un village avoisinant conservait dans une vitrine ce qu'on y avait trouv&#233; d'os de rennes sculpt&#233;s &#8211; un autre, plus une coupe de bronze, avaient &#233;t&#233; envoy&#233;s au mus&#233;e du d&#233;partement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce m&#234;me chemin, mais Audeau l'avait d&#233;daign&#233;e comme chose de peu, une bifurcation qui descendait vers ce que nous nommions la r&#233;surgence : une vasque de calcaire ovale et profonde, o&#249; l'eau surgie d'un siphon prenait des reflets bleut&#233;s, et nourrissait plus loin une &#233;tendue humide avec des n&#233;nuphars, avant que la rivi&#232;re les reboive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la roche, on s'&#233;tait assis, longtemps. Dans ces cas-l&#224;, je ne le contredisais pas, je ne m'impatientais pas. La plupart du temps, j'attendais avec confiance, d'autres fois restant sur mes gardes, me m&#233;fiant du tour qu'il m'avait pr&#233;par&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois-ci, je m'abandonnai plut&#244;t. Il y avait du soleil. Ces bois fr&#234;les et serr&#233;s grimpant depuis la mince couche d'humus de la terre calcaire m'&#233;voquaient irr&#233;sistiblement ces &#233;quip&#233;es adolescentes. M&#234;me aujourd'hui, si je traverse certaines de ces zones, dans un triangle d'entre Poitiers, Niort et Ruffec, sur les toutes petites routes et non pas les nationales, j'ouvre la vitre de la voiture pour la retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bruit &#233;tait fin, mais t&#233;nu. Ce n'&#233;tait pas un &#233;cho, ni simplement le bruissement des arbres. Mais bien une &#233;mission sonore particuli&#232;re, et ind&#233;chiffrable. Il semblait que la roche r&#233;sonnait. Il semblait que sa forme concave, l&#224; o&#249; &#233;tions assis (j'ai v&#233;rifi&#233; plus tard, en y revenant seul, Audeau ne nous avait pas fait asseoir l&#224; par hasard), rassemblait le mince &#233;cho naturel en vibration complexe, amplifi&#233;e par la paroi rocheuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu en penses quoi &#187;, m'avait dit Audeau au bout d'un long moment, de sa fa&#231;on qui n'&#233;tait jamais interrogative, plut&#244;t comme on conduit un examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en pensais rien. Je me concentrai cependant de fa&#231;on plus pr&#233;cise sur l'&#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils y entendaient des pr&#233;sages &#187;, reprit-il apr&#232;s un autre moment, et sans pr&#233;ciser &#224; qui ou quoi ce &#171; ils &#187; se rapportait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bruissement min&#233;ral changeait sourdement. S'il y avait l&#224; une voix, elle venait de profond. Mais une voix, et m&#234;me si c'est celle indistincte d'une foule, et m&#234;me si c'est celle impr&#233;cise des animaux, est une syntaxe articul&#233;e du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je crois qu'eux-m&#234;mes parlaient dans la voix, ou ce qu'ils disaient la voix, et que la r&#233;sonance produite prenait &#224; leurs yeux valeur d'oracle &#187;, continua Audeau. Il me dit qu'il y avait souvent fait des exp&#233;riences, y compris sous l'averse et la gr&#234;le. Il me dit que l'endroit &#233;tait tr&#232;s troublant si on y venait &#224; l'automne, quand la pleine lune diffusait dans les brumes une p&#226;leur sans source. &#171; Ce sera &#224; toi d'en faire l'exp&#233;rience &#187;, m'avait-il dit. Et pourquoi je n'ai pas os&#233;, je n'ai pourtant jamais eu &#224; regretter ce qu'il m'a induit d'explorer malgr&#233; ma peur, ma fatigue, mon incompr&#233;hension de l'irrationnel. Mais le fait est, je n'y suis jamais retourn&#233; que dans le jour. Au soir, on dirait qu'ici le froid vient plus brutalement, que les ombres se referment plus vite. Je suis souvent revenu, mais j'ai toujours un pr&#233;texte pour retourner voir les grottes ou la r&#233;surgences. Quelle chance d&#233;j&#224; que ce recoin encaiss&#233; et bois&#233; n'ait jamais int&#233;ress&#233; personne, ni p&#234;cheur ni promeneur, ni les Britanniques rachetant les fermettes en ruine (c'est d'&#233;poque), et que probablement m&#234;me les adolescents de maintenant ont d'autres buts &#224; leurs &#233;quip&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi aussi j'ai fait des exp&#233;riences. Celle d'&#233;couter longtemps. De comprendre si, dans l'harmonie ou la disharmonie de ces souffles amplifi&#233;s, s'&#233;tablissait un sens. Et puis, si je chuchotais moi-m&#234;me, ou si j'&#233;mettais moi-m&#234;me des mots ou des phrases, cette r&#233;fraction en &#233;tait modifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une heure pass&#233;e &#224; prononcer le mot &#171; abandonne &#187;, sans que je puisse rien en d&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs fois, revenant &#224; la voiture gar&#233;e dans ce chemin par lequel on acc&#233;dait &#224; la rive encaiss&#233;e, j'ai pens&#233; &#224; la grimace parfois sardonique de Jean Audeau, lorsque je ne parvenais pas &#224; mon but, ou que je n'&#233;tais int&#233;rieurement pas pr&#234;t &#224; y atteindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jours-ci, je repense beaucoup &#224; la roche. &#192; la roche dans la brume et la nuit. Dans le d&#233;sespoir accru du monde, peut-&#234;tre l'oracle se reforme-t-il, peut-&#234;tre qu'elle dit quelque chose, la roche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai failli prendre la voiture, ce samedi soir. La brume &#233;tait l&#224;, et la nuit. Puis j'ai fait halte &#224; Ferrabeuf, et fait comme si je n'avais pas autre chose &#224; accomplir. L'oracle de la vieille roche, oui, certainement, une nuit comme celle-ci il parlait. Mais est-ce que j'avais envie de l'entendre ? Est-ce que le monde tout entier ne criait pas d&#233;j&#224; sa peine, son opacit&#233;, son myst&#232;re et sa perte ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>la chambre double #14 | cette pluie</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4242</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4242</guid>
		<dc:date>2015-10-25T19:04:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;retour sur quelques &#233;l&#233;ments autobiographiques tus jusqu'ici&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;en cours | la chambre double&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4242.jpg?1445799860' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4242.jpg?1445799869&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4201' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4263' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;Ancient winter woods &#8211; moss &#8211; great boles &#8211; twisted branches &#8211; dark &#8211; ribbed roots &#8211; always dripping... #213&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'endroit o&#249; Audeau nous avait fait garer la voiture (Douteau &#233;tait l&#224; aussi) n'avait rien d'extraordinaire. Une petite route qui montait &#224; droite apr&#232;s le village de..., puis une &#233;troite ligne droite sur le plateau d&#233;sol&#233;, &#233;touff&#233; par une longue ligne de pyl&#244;nes en oblique, et stri&#233;e de cl&#244;tures, avec la ponctuation d'auges pour du b&#233;tail, quoique je n'y ai jamais vu de b&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On passait un hameau avec encore une &#233;glise et un bureau de poste (les deux pareillement condamn&#233;s), et l&#224; c'&#233;tait une brusque descente en virage, avec un pont et une tr&#232;s minuscule rivi&#232;re en bas. On s'&#233;tait gar&#233; sur un genre de d&#233;gagement pour tracteur et on avait march&#233;. Pas si longtemps, je dirais 30, 40 minutes puisque j'ai refait le chemin r&#233;guli&#232;rement. La premi&#232;re fois seule m'avait paru plus longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remont&#233;e assez raide dans un terrain bois&#233; et broussailleux, puis &#224; nouveau la zone de plateau, mais cette fois les cl&#244;tures &#224; b&#233;tail tr&#232;s &#233;loign&#233;es. Le chemin allait assez droit, et rejoignait le haut d'une sorte de brusque entaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela existe toujours, les cartes IGN en donnent le d&#233;tail &#8211; mais sauraient-elles donner la sensation qui nous prenait ici ? Des arbres comme hi&#233;ratiques, enfermant le sol sous leur ombre, des lichens pendant &#224; leur tronc. Une table de pierre sans ornements surmont&#233;e maintenant d'une croix, mais d'&#233;vidence le rocher sur laquelle elle &#233;tait b&#226;tie attestait un lieu de culte bien ant&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas qu'il y a un secret &#224; tout cela : j'en connais bien une dizaine, dans diff&#233;rents d&#233;partements du vieux pays de France, de ces lieux qui conservent leur pouvoir. J'y ai eu quelques exp&#233;riences remarquables &#8211; ils les favorisent. &#192; chacun d'&#233;lire les siens,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une garantie : j'en ai vu laminer plusieurs, comme Tr&#233;horenteucq, dont le vieux Gracq aimait tellement que je lui en apporte les nouvelles, devenu une promenade familiale creus&#233;e au bulldozer. Je n'ai jamais mis Audeau en contact avec Gracq, je crois que l'un comme l'autre seraient rest&#233;s en d&#233;fiance &#8211; des savoirs trop distincts. Audeau ne s'int&#233;ressait &#224; la litt&#233;rature qu'en tant qu'elle compl&#233;tait ses &#233;tudes, et Gracq aurait consid&#233;r&#233; ses exp&#233;riences comme de l'&#233;sot&#233;risme ou au mieux du folklorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous y sommes all&#233;s deux fois avec Audeau. J'y suis retourn&#233;, seul, apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de Douteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; certain endroit, et alors que &lt;em&gt;le temps restait parfaitement sec&lt;/em&gt; tout autour, une sorte de fine pluie gouttait lentement des arbres. Audeau, avec cette ironie froide qu'il avait parfois, nous avait mis tous deux au d&#233;fi, Douteau et moi, d'expliquer le ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, dans un &#224;-pic de la roche calcaire, un renfoncement t&#233;moignait d'occupation pr&#233;-historique, on y avait d'ailleurs autrefois pratiqu&#233; des fouilles, exhumant des os de rennes grav&#233;s, mais il restait aussi parfaitement sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis retourn&#233;, seul, apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de Douteau, j'&#233;tais rest&#233; longtemps sous cette pluie inexplicable et fine. Le temps d'hiver &#233;tait parfaitement clair ce jour-l&#224;, et le sol gel&#233; tr&#232;s dur sous le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Audeau nous en avait pr&#233;venu avec quelque solennit&#233;, au deuxi&#232;me voyage, dans la voiture au retour : si un jour, en cet endroit pr&#233;cis, cette pluie cessait, les temps pour la communaut&#233; humaine seraient sombres et chaotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y suis retourn&#233; il y a peu. Les arbres &#233;taient secs, et de la pluie inexplicable nulle trace.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>la chambre double #8 | sous les villes</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4158</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4158</guid>
		<dc:date>2015-09-14T17:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;retour sur quelques &#233;l&#233;ments autobiographiques tus jusqu'ici&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;en cours | la chambre double&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4158.jpg?1430586641' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4158.jpg?1430586650&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4156' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4159' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;Monsters born living &#8212; burrow underground and multiply, forming race of unsuspected daemons. #43&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Audeau m'avait pr&#233;venu d&#232;s le printemps que j'aurais &#224; me rendre disponible pour un mois cet &#233;t&#233;-l&#224; : &#171; Dans les villes, disait-il, l'&#233;t&#233; laisse mieux percevoir ce que le bruit ordinaire occulte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en savais pas plus, il m'avait dit de le rejoindre en train et de ne pas m'encombrer d'affaires, j'avais cependant pris des livres et des cahiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une maison dans un angle de rue, donnant sur des terrains vagues, des terrains o&#249; apparemment il y avait eu des b&#226;timents mais on les avait d&#233;molis. En face des fen&#234;tres de la pi&#232;ce principale, c'&#233;tait un chantier o&#249; on avait commenc&#233; &#224; creuser. Une pelleteuse restait l&#224;, on avait ceintur&#233; le terrain d'une palissade, mais tout semblait arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison voisine &#233;tait vide, tous volets clos. Celle o&#249; il me fit entrer &#233;tait bien entretenue, il y avait des noms sur les bo&#238;tes aux lettres des deux appartements du rez-de-chauss&#233;e et les deux du premier &#233;tage. Au deuxi&#232;me il n'y avait qu'une seule porte, c'est l&#224; que j'habiterais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien on en va vu chacun, de deux pi&#232;ces identiques, un coin cuisine avec un &#233;vier un frigo, un coin toilette avec douche et lavabo plus WC &#224; condition de rentrer les genoux, une chambre avec placard &#8211; et celle-ci juste un sommier un matelas, de toute fa&#231;on il n'y avait pas beaucoup de place autour, un petit s&#233;jour avec une table deux chaises un canap&#233;, et deux fen&#234;tres, la chambre, le s&#233;jour, donnant sur cet espace d&#233;gag&#233; avec le chantier et le terrain vague, des b&#226;timents qui reprenaient plus loin, tandis que la fen&#234;tre &#233;troite et partiellement d&#233;polie de la cuisine donnait sur le c&#244;t&#233; nord, sans soleil, et les autres maisons de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne te demande pas grand-chose, avait dit Audeau, l'exp&#233;rience se dessinera seule. Ne t'&#233;loigne pas, va le matin faire tes courses, essaye de ne pas d'&#234;tre plus d'une heure absent, si tu as besoin de bouger tu peux bouger ici dans la pi&#232;ce. Observe, observe seulement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurais-je pu faire semblant, ou ne pas l'informer d'exceptions que je me serais offertes &#224; l'exp&#233;rience ? J'avais fait assez de chemin avec lui pour savoir qu'il ne proposait rien &#224; la l&#233;g&#232;re, et que c'&#233;tait partie du pacte aussi que je d&#233;couvre seul ce qu'il supposait que j'avais &#224; recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai trich&#233; parfois mais peu : un dimanche soir je suis parti marcher tout droit pendant au moins trois ou quatre kilom&#232;tres, suis revenu par un autre chemin, et j'ai pens&#233; en rentrant, presque tremblant, ayant froid ou fi&#232;vre malgr&#233; le soir &#233;touffant de l'&#233;t&#233;, que j'&#233;tais prisonnier, qu'un pi&#232;ge s'&#233;tait referm&#233; sur moi, tant dans toutes ces rues je n'avais vu personne, tant le violet sombre du soir semblait artificiel et manger tous les sons. Une autre fois &#8211; ou deux &#8211; &#224; la petite &#233;picerie qu'il m'avait signal&#233; aupr&#232;s, un Casino avec deux trav&#233;es et pas grand-chose hors les conserves, les p&#226;tes et des yaourts, j'avais achet&#233; une bouteille de vin rouge et m'&#233;tais quelque peu assomm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cycles du sommeil sont curieusement affect&#233;s quand on vit longtemps et silencieusement dans un studio comme celui-ci. On s'endort mal, on reste &#233;veill&#233; dans la nuit puis on rattrape au matin, on somnole un moment dans la journ&#233;e. On casserait les murs parfois de rester enferm&#233;, et puis en d'autres moments l'immobilit&#233; contrainte provoque une lucidit&#233; singuli&#232;re : on dirait que les murs, la ville et l'horizon deviennent translucides, le temps et la dur&#233;e aussi, et cette prescience de ce qui advient loin &#224; l'entour de vous-m&#234;me, quand elle reflue, vous laisse litt&#233;ralement &#233;puis&#233; &#8211; c'&#233;tait cela, l'exp&#233;rience que me souhaitait Audeau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait pas de vraie trace des occupants pr&#233;c&#233;dents. Un pot de moutarde dess&#233;ch&#233; dans le r&#233;frig&#233;rateur et des produits d'entretien, une bouteille d'huile d'olive vide aux deux tiers et du sel. Une &#233;ponge trop durcie pour que je la r&#233;cup&#232;re. J'avais march&#233; jusqu'&#224; une Poste un peu plus loin, retir&#233; de l'argent et au petit Casino m'&#233;tais dot&#233; du minimum. J'avais un drap de dessous et un sac de couchage. Je regrettais que l'ampoule du plafond ne soit pas vraiment confortable pour lire, mais j'avais pu rabouter une douille et une ampoule au bout d'une rallonge, &#231;a compensait (j'avais apport&#233; des Balzac et des Dosto&#239;evski, j'avais presque tout relu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;crit. Forc&#233;ment j'ai &#233;crit. Audeau ne m'a jamais dissuad&#233; d'&#233;crire : cela faisait partie de mon chemin, disait-il. &#171; C'est comme &#231;a que tu t'effrites &#187;, disait-il. Douteau n'&#233;crivait pas, &#224; lui &#233;taient r&#233;serv&#233;s des exercices d'autre sorte : quand je lui ai d&#233;crit le deux-pi&#232;ces, et o&#249; dans la ville, il ne connaissait pas, et c'est seulement apr&#232;s la disparition de Jean Audeau que nous avions effectu&#233; la double recollection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours, j'&#233;crivais en simple continuit&#233; d'o&#249; j'en &#233;tais &#224; cette &#233;poque-l&#224; &#8211; un de mes livres, &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique60' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Limite&lt;/a&gt;, a &#233;t&#233; en bonne partie compos&#233; dans cette p&#233;riode, y compris aux heures du matin dans ce deux-pi&#232;ces, les quatre semaines que cela avait dur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que j'ai eu une autre p&#233;riode dans ma vie o&#249; vraiment ne pas adresser la parole &#224; personne un mois durant, ne pas sortir de deux pi&#232;ces &#233;troites avec vue sur terrain vague et chantier abandonn&#233; un plein mois durant, &#224; ne rien percevoir puisque le carrefour avec les voitures &#233;tait loin, que celles qui passaient l&#224; filaient vite, et qu'il n'y avait de voisin ni dans ma maison ni dans la maison voisine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crits devenaient plus brefs, plus sporadiques et plus &#233;tranges. J'ai not&#233; trois r&#234;ves aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois c'&#233;tait seulement une heure d'&#233;criture dans cette heure malsaine o&#249; le soir tombe. D'autres fois, dans cette belle lucidit&#233; claire qu'on a apr&#232;s un bref premier sommeil, et qu'on se r&#233;veille dans le noir opaque de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les radios et les journaux, j'en &#233;tais d&#233;j&#224; sevr&#233; depuis longtemps : ce n'&#233;tait pas une exp&#233;rience de d&#233;but de parcours, m'avait dit Audeau. Et que je pouvais aussi &#224; tout moment partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mangeais moins. Du Nescaf&#233;, un plat de p&#226;tes le soir. Du pain et du fromage aux autres heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a bien fallu cinq jours. Je l'ai senti d'abord avec mon corps. Ce n'&#233;tait pas un tremblement de terre, cela j'en avais fait l'exp&#233;rience : c'&#233;tait un mouvement plus lent, plus souple et irr&#233;gulier. Parfois presque imperceptible, parfois presque oscillant comme une respiration, parfois avec des soubresauts plus heurt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit, d&#233;sormais, je ne percevais plus que cela. D'autant plus troublant qu'il n'y avait l'accompagnement d'aucun bruit. Peut-&#234;tre une vibration un peu sourde, tr&#232;s profonde, comme &#224; Paris on entendait le m&#233;tro, il y a un demi-si&#232;cle mais plus maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour cela semblait dispara&#238;tre. Mais, &#224; mesure que je m'habituai &#224; percevoir, je compris ais&#233;ment que dessous cela continuait. Plus faiblement que la nuit, certainement, et plus difficile &#224; percevoir aussi, mais c'&#233;tait pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il m'arrivait d'anticiper. Je m'allongeais, &#233;tendais les bras, d&#233;pliais les jambes sans contrainte, et il me semblait alors qu'en dessous cela r&#233;pondait, reprenait le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tait-ce cela, l'exp&#233;rience que souhaitait Audeau ? Je ne voyais pas ce qu'il y avait d'extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; peine si je dormais, sinon aux heures chaudes de l'apr&#232;s-midi, un tissu trouv&#233; accroch&#233; &#224; la fen&#234;tre tendu contre les vitres. Et mes cahiers restaient vides, les livres avan&#231;aient peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut cette fuite que je tentai, un dimanche soir, marcher longtemps et tout droit, et l'impression qu'alors le monde se courbait ou se repliait, et que j'aurais pu marcher dix kilom&#232;tres ou vingt, je ne me serais en rien &#233;loign&#233; du deux-pi&#232;ces face au chantier abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai remarqu&#233; le sol du chantier aussi, l&#224; o&#249; &#231;a avait &#233;t&#233; creus&#233; comme pour les fondations d'un b&#226;timent, avec parking au sous-sol, et qu'une pelleteuse &#233;tait rest&#233;e. C'&#233;tait crevass&#233;, et bomb&#233;. Mais cette bosse et ces crevasses, selon les jours &#8211; je l'avais bien rep&#233;r&#233; d'en haut et j'en avais maintenant la certitude apr&#232;s y &#234;tre plusieurs fois descendu &#8211; n'&#233;taient pas au m&#234;me endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y eut cette nuit. C'&#233;tait lourd et plomb&#233; depuis plusieurs jours, l'apr&#232;s-midi avait coul&#233; dans une lenteur encore plus mals&#233;ante qu'&#224; l'habitude. Je transpirais, il n'y avait pas d'air. Une g&#234;ne pourtant m'avait pouss&#233; &#224; refermer la fen&#234;tre. Et puis le soir &#231;a avait &#233;clat&#233; : des &#233;clairs recouvrant le ciel, un grondement de tonnerre qui faisait trembler et les vitres, le plancher et les murs, et puis un ultime claquement qui avait sembl&#233; infiniment proche. Assis sur le matelas, sans avoir allum&#233;, les yeux grands ouverts face &#224; la fen&#234;tre, et sans plus oser rejoindre ni l'autre pi&#232;ce, celle avec la table et le canap&#233;, ni la petite cuisine pr&#232;s de la porte d'entr&#233;e que j'avais verrouill&#233;e, je me tenais jambes et bras serr&#233;s et j'avais peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tremblement augmenta, il sembla que la noirceur avalait comme dans le fond d'une bouche cette pauvre maison jusqu'au toit, craquant et secouant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis cela passa. L'&#233;criture revint. Mais, dans le cahier, je notai aussi le mouvement et la pouss&#233;e de ces fissures et renflements au fond du chantier abandonn&#233;, et les mouvements que me semblaient dessiner ce que je percevais, allong&#233; dans mon sac de couchage, dans la lumi&#232;re imparfaite de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les quatre semaines furent &#233;coul&#233;es, &#224; peine ce fut le matin que je repliai mes Balzac et mes Dosto&#239;evski dans mon sac, repliai mon drap et mon duvet, laissai dans le placard le reste de p&#226;tes et les trois bo&#238;tes de sardine &#224; l'huile, claquai la porte et sortis, me demandai si ce serait mieux de laisser la cl&#233; dans la bo&#238;te aux lettres (je n'avais jamais vu ici de distribution de la Poste, ni m&#234;me de ces prospectus qui sont une plaie), la gardant avec moi finalement. Au carrefour plus loin je pris un bus, m'arr&#234;tai dans le centre-ville et pris un caf&#233; comme d'atterrir dans un monde &#224; la fois inconnu mais dont chaque d&#233;tail &#233;tait une langue famili&#232;re, puis rejoignis la gare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais rendez-vous avec Audeau trois semaines plus tard, un bref rendez-vous : il ne s'agissait que de le conduire une fois de plus &#224; la gare de Niort, et il ne me dit pas o&#249; il partait. Je lui remis la cl&#233;. Il la rangea dans ce cartable de cuir avachi qui lui semblait indissociable, avec ce soin maniaque qui le rendait parfois si horripilant. Il y avait un livre aussi, et je ne lui en demandai pas le titre. Il resta silencieux jusqu'&#224; la Garrette, village qu'on traverse tout droit par une seule rue, puis il parla : &#171; Ils ne sont pas nombreux, les endroits o&#249; on les entend, me dit-il. Et pourtant eux ils nous savent. C'est &#224; nous de faire le chemin. On sait o&#249; ils sont, et on sait comment les entendre. Mais ils se reproduisent, ils sont mobiles. Ils aiment l'abri des villes. Ils ne savent pas qu'ils condamnent les villes. &#187; Et puis, apr&#232;s un silence : &#171; Ou peut-&#234;tre le savent-ils aussi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-bas aussi, mais bien longtemps plus tard, cinq ans ou dix ans (oui, dix ans, mais &#231;a me semble si peu avouable : j'avais donc si peur au-dedans ?) j'y suis retourn&#233;, cette fois en voiture, et n'ai pas eu vraiment de difficult&#233; &#224; identifier le carrefour, et la rue en angle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieille maison avait disparu, sa voisine aussi. C'&#233;taient &#224; leur tour d'&#234;tre devenues terrains vagues, entour&#233; de palissade et rien dedans, &#224; peine quelques moellons. En face, l&#224; o&#249; &#233;tait le chantier, un immeuble avec en bas un supermarch&#233;. Oui, mais on s'&#233;tait arr&#234;t&#233; aux dalles et piliers, et on n'avait jamais termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bien reconnu tr&#232;s vite cette sensation, comme la fois o&#249; j'avais march&#233; tout droit, comme pour m'enfuir : certain assombrissement du ciel, certaine immobilit&#233; soudaine de l'air. J'ai embray&#233; et br&#251;l&#233; le feu rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est r&#233;guli&#232;rement arriv&#233;, dans d'autres villes, de les percevoir. Mais eux ne me d&#233;tectaient pas. Pas comme ceux d'en dessous le deux-pi&#232;ces. J'ai ce savoir. Ils sont dans beaucoup de villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait peut-&#234;tre cela, que voulait transmettre Jean Audeau. Je n'en ai m&#234;me pas vraie confirmation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>la chambre double #13 | r&#233;troviseur</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4201</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4201</guid>
		<dc:date>2015-07-22T17:49:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;retour sur quelques &#233;l&#233;ments autobiographiques tus jusqu'ici&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;en cours | la chambre double&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4201.jpg?1437587383' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4201.jpg?1437587394&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4198' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4242' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;Fear of mirrors &#8211; memory of dream in which scene is altered &amp; climax is hideous surprise at seeing oneself in the water or a mirror. (Identity ?) #42&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec Audeau on parlait du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'en souviens. On s'&#233;tait arr&#234;t&#233; sur le parking d'un Leclerc, &#224; Lu&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne m'en avait donn&#233; aucune justification. Mais une fois sur le parking, alors que je roulais au ralenti, il m'avait d&#233;sign&#233; d'abord une zone particuli&#232;re, un peu plus loin que les pompes &#224; essence, puis ensuite une orientation bien pr&#233;cise pour garer la voiture, &#233;teindre le moteur. Devant nous, &#224; vingt m&#232;tres, le grillage g&#233;om&#233;trique d'une entreprise de mat&#233;riaux pour constructions, et de location d'engins et grues. Le soleil &#233;tait bas, rasant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parle-moi &#187;, avait-il dit, et ce n'&#233;tait pas non plus diff&#233;rent de nos entr&#233;es en mati&#232;re habituelles. J'ai pris mon temps, je crois que j'avais encore les mains sur le volant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Est-ce que mes r&#234;ves sont diff&#233;rents, ou bien est-ce que j'ai une perception diff&#233;rente des m&#234;mes r&#234;ves &#187;, lui-ai je demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme &#224; l'ordinaire, il restait fig&#233; dans l'immobilit&#233;, sans r&#233;pondre, sans non plus me dissuader de continuer : &#224; moi de faire le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans les r&#234;ves, il n'y a pas de visage. De la m&#234;me fa&#231;on que souvent j'ai du mal &#224; reconna&#238;tre les gens, dans la vie r&#233;elle. Mais parfois un seul visage, et alors tout le r&#234;ve dispara&#238;t comme d'y fondre. Pourtant, si ce visage est infiniment pr&#233;cis, qu'est-ce que je saurais en d&#233;crire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il gardait encore le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a cette toile de Magritte, elle est devenue comme un poncif, le type qui regarde un miroir o&#249; il est de dos &#187;, j'ai dit comme si &#231;a pouvait aider &#224; quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens qu'un camion semi-remorque, passant au ralenti devant la voiture, avait soudain occult&#233; tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Regarde-toi &#187;, avait dit Audeau. Il montrait du menton le r&#233;troviseur, entre nous deux, accroch&#233; au plafond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai regard&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui que je voyais n'&#233;tait pas moi. C'&#233;tait un visage de moi sans moi. Un visage de tous les autres. Un visage o&#249; les yeux seuls avaient un &#233;clat, mais qui sentait la mort &#8211; une sorte d'ironie hostile, transparente et sans prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai r&#233;sist&#233;, j'ai regard&#233; en face. L'image a tenu un moment. Puis le camion &#233;tait parti, et c'&#233;tait &#224; nouveau un fragment de ma propre image, mon visage habituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Audeau se taisait. On est rest&#233; comme &#231;a quelques minutes. Dans le r&#233;troviseur, rien que ma pauvre t&#234;te et, en me penchant sur la gauche, la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Celui que tu as vu, pense parfois &#224; aller le chercher, dit Audeau. D'abord dans le r&#234;ve, dans n'importe quel miroir pr&#233;sent dans le r&#234;ve, puis l&#224; o&#249; tu es. Tu sauras vite les endroits, et pourquoi. Convoque-le, regarde-le. Il te conna&#238;t, mieux que toi jamais tu le conna&#238;tras. Ensuite fais ce que tu as &#224; faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme c'&#233;tait moi, cette fois, qui ne r&#233;pondait pas, il avait ajout&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que tu nommes la vie r&#233;elle, tu finiras bien par d&#233;cider o&#249; elle est. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>la chambre double #12 | rendez-vous</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4198</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4198</guid>
		<dc:date>2015-07-20T20:15:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;retour sur quelques &#233;l&#233;ments autobiographiques tus jusqu'ici&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;en cours | la chambre double&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4198.jpg?1437423219' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff4198.jpg?1437423228&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4151' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4192' class=&#034;spip_in&#034;&gt;pr&#233;c&#233;dent&lt;/a&gt; _ &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4201' class=&#034;spip_in&#034;&gt;suivant&lt;/a&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;&lt;em&gt;Hor Sto. Man makes appt. with old enemy. Dies &#8211; body keeps appt. #8&lt;/em&gt;&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un peu apr&#232;s la mort de Jean Audeau. Quelques semaines apr&#232;s. J'&#233;tais revenu. J'avais rendez-vous avec Douteau. Ces quelques caisses de livres &#224; d&#233;m&#233;nager, des papiers &#224; broyer. Tout &#231;a de longtemps convenu. Au demeurant si rapide : il avait proc&#233;d&#233; lui-m&#234;me &#224; ce qu'il nommait son &#171; nettoyage &#187;, d&#233;j&#224; huit ans qu'il se confinait dans cette chambre de maison de retraite en zone rurale, ne la quittant que lorsque l'un ou l'autre (et plus souvent moi que Douteau) nous passions le prendre en voiture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis je m'&#233;tais arr&#234;t&#233; dans la ville, au retour. Vieille habitude. Peut-&#234;tre la tension de cette situation neuve &#8211; il n'&#233;tait plus l&#224;, ne serait plus l&#224; &#8211;, et ce que nous avions accompli tout au long de cette m&#234;me journ&#233;e. Marcher sans but, entrer dans de vieilles boutiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, au coin de la grand-place, que j'&#233;tais tomb&#233; sur T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai vu ton ami Audeau, m'a-t-il dit. Je n'aurais jamais pens&#233; qu'il aurait cherch&#233; &#224; me voir. Il m'a donn&#233; rendez-vous, j'y suis all&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rest&#233; impassible. Si Audeau avait voulu venir voir T., et m&#234;me s'il avait souhait&#233; que je reste &#224; distance, peut-&#234;tre ne m'informant m&#234;me pas du rendez-vous avec qui et pourquoi, j'aurais re&#231;u une fois de plus la demande de venir le chercher en voiture, de l'amener ici, de le ramener le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Longtemps de &#231;a, j'ai demand&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, juste l&#224;, samedi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi aussi, j'&#233;tais surpris. Audeau n'aimait pas T., ni son p&#232;re ni son fr&#232;re. Il disait que c'&#233;tait une vieille histoire. Il disait qu'il lui d&#233;livrerait son paquet, un jour. Que ces vieilles histoires se payaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'est bien pass&#233;, j'ai demand&#233; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T. a mis du temps &#224; r&#233;pondre. On &#233;tait sur deux tabourets de ces bars modernes, au long de la vitrine sur rue, une mauvaise musique nous d&#233;boulant dans les oreilles, sous une climatisation trop pouss&#233;e. Il ne me regardait pas, fixait un point vague de l'autre c&#244;t&#233; de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est toujours un peu bizarre, tu le connais mieux que moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne lui ai pas dit qu'avec Douteau, et quatre ou cinq personnes avec nous, on avait assist&#233; il y avait cinq semaines &#224; son incin&#233;ration, et que Douteau et moi avions proc&#233;d&#233; ensuite &#224; une discr&#232;te dispersion des cendres, &#224; ce carrefour en pleine campagne, sur le bitume chauff&#233; de soleil, mais l&#224; o&#249; &#233;tait juste ce pan de mur, tout ce qui restait non pas de sa maison d'enfance, mais de celle o&#249; lui-m&#234;me avait connu qui l'emm&#232;nerait dans le vieil enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais m&#234;me pas si j'ai r&#233;pondu quelque chose. T. en tout cas avait continu&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il m'a dit que ce serait dans quatre mois, pourquoi ni comment rien. Juste &#231;a, qu'il me restait quatre mois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est quitt&#233; ensuite. Qu'est-ce qu'il voulait : que je le rassure, que lui offre un d&#233;menti, que je traite Audeau de vieux fou &#8211; qu'il &#233;tait bien certainement aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu y crois, toi, non mais tu y crois ? &#187;, avait insist&#233; T. sans que je r&#233;ponde quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
