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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Lovecraft par les lieux #03 | le banc o&#249; ne fut pas &#233;crit Lovecraft</title>
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		<dc:date>2026-09-16T07:56:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Lovecraft, Howard Phillips</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;ou comment un brave homme du Mid West ne sut jamais le r&#244;le qu'il prit dans la gen&#232;se de Cthulhu&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique232" rel="directory"&gt;nouveau | Lovecraft par les lieux&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot501" rel="tag"&gt;Lovecraft, Howard Phillips&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/nj_zz_05061.jpg?1789543962' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/images.jpg?1789543968&#034; /&gt;
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&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&#8226; retrouver le r&#233;cit complet des trois journ&#233;es ci-dessous &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/QRcode/Lovecraft_1925/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans le journal de 1925&lt;/a&gt; aux dates correspondantes (lettres &#224; Lilian Clark, ou leurs fac simile dans le &lt;a href=&#034;https://repository.library.brown.edu/studio/collections/bdr:jyhg75bu/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fonds Lovecraft&lt;/a&gt; de la Brown University) &#8212; acc&#232;s libre, compl&#233;ments, index etc r&#233;serv&#233;s Kalem Club ;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5385' class=&#034;spip_in&#034;&gt;retour sommaire &#171; Lovecraft par les lieux &#187;, et sa carte interactive&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;a href=&#034;https://www.librairie-tiers-livre.store/collection-lovecraft/p/1925-2025-une-anne-avec-howard-phillips-lovecraft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le Kalem Club : la lettre mail d&#233;di&#233;e et l'ensemble des compl&#233;ments r&#233;serv&#233;s&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; retour &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4250' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire complet du Monument Lovecraft&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;1, lundi 10 ao&#251;t 1925 | la balade qui pr&#233;c&#233;da l'&#233;criture de &#171; Lui &#187;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[EXTRAIT 1] Le lendemain, lundi 10, je me suis lev&#233; tard, et fus de nouveau submerg&#233; par la correspondance tout au long de l'apr&#232;s-midi et de la soir&#233;e mais, &#224; la fin de cette derni&#232;re, je me suis attel&#233; &#224; la composition de mon &#339;uvre de fiction (turned to the business of fictional composition). Je n'ai cependant pas &#233;t&#233; capable de produire quoi que ce soit, ennuy&#233; par la similitude, la r&#233;gularit&#233;, l'incolore et ma d&#233;pendance quasi carc&#233;rale &#224; mes routines habituelles (the usual round and scene). Estimant donc n&#233;cessaire de retrouver la psychologie de l'ind&#233;pendance et de l'individualit&#233;, de sentir que je pouvais aller o&#249; bon me semble quand bon me semble, et m'impr&#233;gner du piquant visuel et de la vari&#233;t&#233; des sites h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode coloniale selon mon humeur, je me suis lanc&#233; dans un p&#232;lerinage nocturne selon mon propre c&#339;ur ; en commen&#231;ant par Chelsea, le village aval&#233; par New-York dans les ann&#233;es quarante, &#224; l'ouest de la VIIe avenue, entre les 18&#232;me et 28&#232;me rues, et en descendant vers le sud en direction de Greenwich, parmi tant de maisons curieuses, de rues qui &#233;veillent l'imagination et ces innombrables chats errants dont la pr&#233;sence gracieuse rappelle la vie saine et domestique du village disparu depuis longtemps. En tournant autour de l'ancien quadrilat&#232;re de l'Union Theological Seminar, et r&#234;vant du bon vieux temps, je me dirigeais lentement vers le sud &#224; la lumi&#232;re d'une lune brumeuse et d&#233;croissante, pour finalement atteindre les fronti&#232;res de Greenwich. L&#224;, j'ai repris les labyrinthes bien aim&#233;s et tortueux que j'ai d&#233;crits dans tant de r&#233;cits d'excursions ant&#233;rieures, recroisant fr&#233;quemment ma route et m'impr&#233;gnant de l'atmosph&#232;re coloniale qui est pour moi synonyme de vie mentale &#8212; vieux seuils, heurtoirs de bronze, pignons abrupts, lucarnes et toits &#224; rampants en b&#226;ti&#232;re et se d&#233;coupant en silhouette noire sur le ciel &#224; demi nuageux. J'y ai une m&#232;re chat avec deux des plus petits chatons noirs et blancs imaginables &#8212;coquins irr&#233;sistiblement charmants &#8212; et cette fois, la tentation &#233;tait trop forte pour y r&#233;sister... J'ai mis l'un d'eux dans la poche de mon manteau (bleu), la t&#234;te &#224; l'ext&#233;rieur, et je l'ai port&#233; avec moi pendant pr&#232;s d'une heure ; plus tard, je suis retourn&#233; &#224; l'endroit o&#249; je l'avais trouv&#233;, et je l'ai d&#233;pos&#233; sur les marches d'o&#249; sa m&#232;re et son fr&#232;re avaient disparu. C'&#233;tait le plus joli et le plus microscopique petit coquin que j'aie vu depuis des ann&#233;es, avec de grands yeux et un esprit alerte, et enclin &#224; mordiller les doigts de fa&#231;on ludique. J'ai vu beaucoup d'autres petits chatons au cours de ma promenade &#8212; ce doit &#234;tre le d&#233;but de la r&#233;colte d'automne, b&#233;nis soient leurs petits c&#339;urs ! Les chilluns de grand-p&#232;re ! Mes p&#233;r&#233;grinations &#224; Greenwich ont inclus Abingdon Square, Grove St., Grove Court, Barrow &amp; Commerce Sts., les Minettas, Milligan &amp; Patchin Places, Gay St., Sheridan Square, et Charlton St. Une fois, j'ai vu une porte coloniale &#233;clair&#233;e, les trac&#233;s de l'imposte et des lumi&#232;res lat&#233;rales se d&#233;tachant doucement sur les lueurs jaunes et douces de l'int&#233;rieur. De Greenwich, mon itin&#233;raire m'a conduit vers le sud le long de Hudson St. jusqu'au vieux New York (&#224; travers Lispenard's Meadows et le marais combl&#233;) et avec arr&#234;t sur ces b&#226;timents d'&#233;poque coloniale &#224; l'intersection de Canal. Traversant ensuite Greenwich Street, je me suis risqu&#233; dans le quartier le plus ancien, notant l'h&#244;tel Planters, le Tom's Chop House, etc., et j'ai d&#233;bouch&#233; sur Broadway pour saluer l'&#233;glise Saint-Paul et plonger par Ann Street au c&#339;ur de Golden Hill, le quartier d'enfance d'Irving, si&#232;ge de nombreux troubles lors de la derni&#232;re r&#233;volte d&#233;sastreuse contre le gouvernement de Sa Majest&#233;. Je suis pass&#233; sous le pont de Brooklyn au niveau de Vandewater St. et j'ai not&#233; avec horreur le remplacement d'une belle rang&#233;e coloniale par un nouveau garage monstrueux (d'autres excellentes maisons coloniales ont disparu &#224; Greenwich, dans les rues Barrow et Hudson), puis je suis revenu sur mes pas en passant par New Chambers et Pearl Street, o&#249; j'ai retrouv&#233; une forge coloniale qui m'a toujours attir&#233;. En continuant sur Pearl en direction de Battery, j'ai admir&#233; toutes les maisons anciennes et les panoramas du front de mer au fur et &#224; mesure que je les d&#233;passais &#8212; remarquant incidemment que l'ancienne maison d'&#233;dition Harpers a &#233;t&#233; r&#233;cemment ras&#233;e. &#192; Hanover-Square, si&#232;ge de la meilleure noblesse britannique avant la R&#233;volution, j'ai lev&#233; mon chapeau en l'honneur du roi George III ; puis, passant par la taverne Queen's Head &#8212; c'est-&#224;-dire celle de Fraunces &#8212;, je suis arriv&#233; &#224; la fronti&#232;re de Battery Park o&#249; subsistent encore une ou deux demeures coloniales. Il &#233;tait maintenant cinq heures du matin, et j'avais si bien chass&#233; la m&#233;lancolie de mon libre voyage dans l'histoire que je me sentais tout &#224; fait d'humeur &#224; &#233;crire. Les nuages se dissipaient et un autre jour s'annon&#231;ait. Il n'y avait pas d'autre choix que soit rester &#224; New-York et perdre cet &#233;tat d'&#226;me, soit poursuivre mon &#233;lan vers la libert&#233;, en reprenant des forces au fur et &#224; mesure que j'&#233;cartais les entraves irritantes de l'habitude. La mer &#233;tait devant moi, le port propre et sal&#233; au-del&#224; duquel s'&#233;tendait le pays des Blancs, et un ferry de Staten Island &#233;tait &#224; l'ancre. Qui, dot&#233; d'une quelconque imagination, aurait pu s'arr&#234;ter un instant ? Je me suis donc fendu de mon nickel, suis mont&#233; &#224; bord du navire et, en quelques minutes, je chevauchais les vagues sous le ciel p&#226;le comme l'aube. Vers o&#249; ? L'&#226;me n&#233;o-anglaise qui sommeillait en moi m'a sugg&#233;r&#233; le substitut le plus proche, l'ancienne Elizabethtown. Ainsi, d&#232;s mon d&#233;barquement dans le cr&#233;puscule gris, j'ai pris le trolley appropri&#233; pour rouler comme en extase le long des c&#244;tes et des collines qui se faisaient roses et dor&#233;es avec le lever du soleil. Au ferry d'Elizabethtown, j'ai vu le disque de cuivre bruni du soleil briller glorieusement sur les eaux, et &#224; 7 heures du matin, j'&#233;tais dans le quartier central du village, saluant gravement la vieille fl&#232;che coloniale qui domine &#8212; comme vous vous en souviendrez &#8212; le cimeti&#232;re ombrag&#233; de l'&#233;glise. Dans une petite boutique, j'achetai un cahier d'&#233;colier &#224; dix cents (a dime composition book) ; ayant dans ma poche un crayon et un taille-crayon (dans un &#233;tui que m'avait offert S.H.), je dus &#233;lire un lieu de cr&#233;ation litt&#233;raire. Scott Park &#8212; l'espace triangulaire que nous avons travers&#233; en allant voir ces chambres dans East Jersey St. &#8212; &#233;tait l'endroit que j'ai choisi ; et l&#224;, agr&#233;ablement enivr&#233; par la richesse de la verdure d&#233;licate et non m&#233;tropolitaine et la fa&#231;ade coloniale en jaune et blanc de la maison Scott et ses toits en colombage, je me suis install&#233; pour travailler. Les id&#233;es ont surgi alors sans crier gare, comme jamais auparavant depuis des ann&#233;es, et la sc&#232;ne ensoleill&#233;e se fondit bient&#244;t dans le violet et le rouge d'un conte nocturne infernal &#8212; un r&#233;cit d'horreurs cryptiques dans un enchev&#234;trement d'all&#233;es ant&#233;diluviennes du Greenwich Village &#8212; dans lequel je tissai non pas une description po&#233;tique mais la terreur permanente de celui qui vient &#224; New-York comme &#224; une fleur de pierre et de marbre et qui n'y trouve qu'un cadavre vermineux (verminous) &#8212; une ville morte d'ali&#233;nation louche qui n'a rien en commun ni avec son propre pass&#233; ni l'arri&#232;re-fond de l'Am&#233;rique en g&#233;n&#233;ral, et je l'appelai &lt;i&gt;He&lt;/i&gt; (Lui). J'avais presque termin&#233; &#224; trois heures, lorsque mon rendez-vous avec Leeds et Loveman m'a rappel&#233; &#224; Babylone. Terminant le r&#233;cit en cours de route, j'aurais eu largement le temps d'&#234;tre &#224; l'heure si les transports avaient &#233;t&#233; normaux ; mais h&#233;las, arrivant au quai, je n'y ai trouv&#233; qu'un ferry en panne ! Pendant une heure, au milieu des injures des mariniers et passagers potentiels, le bateau rouge fut retenu pour &#234;tre r&#233;par&#233; ; et lorsqu'il d&#233;marra, j'&#233;tais condamn&#233; &#224; &#234;tre en retard. Le reste du voyage fut sans histoire et, le soir, &#224; la maison, je peaufinai mon histoire avant de me coucher t&#244;t. J'esp&#232;re que Leeds me pardonnera mon apparente n&#233;gligence &#8212; il l'a fait, car il a t&#233;l&#233;phon&#233; cet apr&#232;s-midi et s'est engag&#233; &#224; venir ici demain soir. Il ne se sent pas tr&#232;s bien, dit-il, et n'a pas assist&#233; &#224; la r&#233;union du gang hier soir. Demain, je lui lirai mon histoire et discuterai avec lui de mon prologue au Sphinx de Loveman. Pour l'instant, personne d'autre que moi n'a vu &lt;i&gt;He&lt;/i&gt;. [...]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;2, jeudi 13 ao&#251;t 1925 | ou comment Cthulhu se fit synopsis pr&#234;t &#224; &#233;crire&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[EXTRAIT 1] Il &#233;tait 4 heures du matin lorsque nous nous sommes s&#233;par&#233;s, mais chacun d'entre nous aurait jur&#233; qu'il n'&#233;tait pas plus de 2 heures ! Nous avons pris le m&#233;tro et nous nous sommes s&#233;par&#233;s &#224; Canal St. De l&#224;, je suis rentr&#233; &#224; la maison, mais pas au lit, car j'avais beaucoup de choses &#224; &#233;crire. Une nouvelle intrigue &#8212; peut-&#234;tre un court roman &#8212; s'&#233;tait impos&#233;e &#224; mes facult&#233;s en &#233;veil, et il &#233;tait imp&#233;ratif de la mettre par &#233;crit avec des d&#233;tails m&#234;me squelettiques pendant qu'elle &#233;tait encore fra&#238;che. Bien entendu, ce fut l'affaire de quelques heures, puisque j'ai adopt&#233; int&#233;gralement mon plan de d&#233;veloppement. L'&#233;criture elle-m&#234;me sera maintenant relativement simple &#8212; cela s'appellera &lt;i&gt;L'Appel de Cthulhu&lt;/i&gt;, et je vous enverrai une copie d&#232;s qu'elle sera &#233;crite et dactylographi&#233;e, m&#234;me si bien s&#251;r &lt;i&gt;Horreur &#224; Red Hook&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Lui&lt;/i&gt; passeront en premier. Ce nouveau projet &#8212; s'il s'av&#232;re aussi long que je l'esp&#232;re selon cette premi&#232;re approche de la mati&#232;re &#8212; devrait rapporter un ch&#232;que d'un montant tr&#232;s d&#233;cent &#8212; il sera compos&#233; de trois ou quatre parties. Lorsque votre deuxi&#232;me courrier est arriv&#233;, j'&#233;tais de nouveau noy&#233; dans ma correspondance, hors le temps pris pour aller d&#238;ner. Je me retirai &#224; une heure ordinaire, et c'est ainsi que se termine le jeudi 13 ao&#251;t. [...]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;3, samedi 15 ao&#251;t 1925 | Elisabeth, Scott Park, le banc o&#249; ne fut pas &#233;crit Cthulhu&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[EXTRAIT 3] Mais venons-en au journal, qui a &#233;t&#233; en partie annonc&#233; par les cartes du samedi. La derni&#232;re entr&#233;e officielle date de jeudi soir, et pour le vendredi je me suis lev&#233; &#224; midi, j'ai &#233;crit des lettres, puis suis all&#233; voir Loveman dans la soir&#233;e (au lieu qu'il vienne ici) et qu'apr&#232;s une tasse de caf&#233; avec lui au Tiffany, je suis parti pour une autre de mes randonn&#233;es nocturnes et diurnes qui sauvent l'&#226;me, vers les zones anciennes et rurales. Dans l'obscurit&#233;, j'ai revu les pignons de Greenwich tels qu'ils &#233;taient autrefois, et senti le battement d'ailes spectrales lorsque le croissant de lune d&#233;croissant s'&#233;levait au-dessus des v&#233;n&#233;rables pots de chemin&#233;e. &#192; cinq heures, j'&#233;tais de nouveau au ferry de Staten Island et, comme le matin pr&#233;c&#233;dent, j'ai regard&#233; le p&#226;le cr&#233;puscule se lever sur la baie et la splendeur rouge et or du lever de soleil glorifier l'&#238;le et le ferry d'Elizu'bethto'vv'n. D'Elizabethtown, que j'ai atteint &#224; 7 heures du matin, puis suis parti &#224; pied vers le nord en suivant le Morris Pike ; j'ai d'abord rencontr&#233; la vaste masse coloniale blanche de Liberty Hall, r&#233;sidence pendant la R&#233;volution du gouverneur WM Livingston. Il brillait au loin &#224; travers un parc verdoyant surplomb&#233; par un talus herbeux &#224; droite de la route, et j'ai suscit&#233; la col&#232;re des habitants pr&#233;sents en montant sur le talus pour l'observer de pr&#232;s. Bien que finement pr&#233;serv&#233;, il n'est pas beau au sens strict du terme ; il a &#233;t&#233; d&#233;figur&#233; par de nombreux ajouts h&#233;t&#233;roclites et inappropri&#233;s. Il est impressionnant, mais c'est tout. M&#234;me les d&#233;tails ne sont pas d'une beaut&#233; extraordinaire pour qui est familier d'architecture coloniale. Apr&#232;s l'avoir vu, j'ai continu&#233; le long du &lt;i&gt;pike&lt;/i&gt; pour observer les reliques de la R&#233;volution &#224; Connecticut Farms et Springfield. Ces deux villages sont les extr&#233;mit&#233;s respectives des deux avanc&#233;es britanniques vers l'int&#233;rieur des terres depuis Elizabethtown les 7 et 23 juin1780. [...] Connecticut-Farms (nomm&#233;e d'apr&#232;s ses premiers colons, les Wades of Conn.) &#233;tant travers&#233;e, je continuai &#224; suivre la route abandonn&#233;e de Galloping Hill vers Elizabethtown, rencontrant ici et l&#224; des p&#226;turages sauvages, des fermes anciennes, des bosquets v&#233;n&#233;rables et des arcades d'arbres noueux qui donnaient un aspect &#233;trange et lointain au paysage pittoresque. Je raconterai un jour ces choses dans un r&#233;cit. Arriv&#233; &#224; Roselle Park, une banlieue prosp&#232;re, j'ai pris le bus pour revenir vers la ville et repris imm&#233;diatement une promenade de 6 miles, le long de la route de Rahway, &#224; la recherche d'un certain vieux manoir g&#233;orgien et d'une taverne d&#233;crits dans le guide. Je ne les ai pas trouv&#233;s &#8212; ils ont d&#251; &#234;tre d&#233;molis depuis la parution (1914) du livre &#8212; mais j'ai continu&#233; jusqu'&#224; Rahway et j'ai trouv&#233; cette derni&#232;re une petite ville heureuse avec des rues &#233;troites, des &#233;glises anciennes, de fr&#233;quentes maisons coloniales en bois et d'autres contrastes agr&#233;ables par rapport &#224; l'agitation et au chaos de New York. Enfin, prenant l'omnibus pour retourner &#224; Elizabethtown, je m'installai comme le mardi &#224; Scott Park, commen&#231;ant un r&#233;cit d'horreur que j'avais en t&#234;te. Je l'avais &#233;bauch&#233; et je commen&#231;ais &#224; le compl&#233;ter quand mon travail fut interrompu par l'arriv&#233;e d'un de ces curieux personnages qui s'adressent &#224; des &#233;trangers et que l'on rencontre de temps en temps... Dans ce cas, il s'agissait d'un gentleman charmant et bien habill&#233; d'environ soixante-cinq ans qui, apr&#232;s avoir demand&#233; une direction g&#233;ographique, resta une heure ou deux &#224; converser. Il s'agissait de M. Van Beekman, de vieille souche hollandaise, bien que r&#233;sidant dans le Middle-West. Venu rendre visite &#224; ses enfants mari&#233;s &#224; New York et dans les environs, il avait cherch&#233; une pension &#224; l'abri du bruit et des influences &#233;trang&#232;res, et ne l'avait trouv&#233;e nulle part ailleurs qu'&#224; Elizabethtown. Ancien ing&#233;nieur civil, il avait particip&#233; &#224; la construction de tous les chemins de fer transcontinentaux depuis l'Union Pacific, &#233;tait une autorit&#233; en mati&#232;re de bison et d'autres questions &#224; la fois scientifiques et agricoles, et avait &#233;t&#233; correspondant de guerre lors du conflit russo-japonais. Il avait particip&#233; &#224; la s&#233;lection des bisons dont descend le troupeau actuel du jardin zoologique du Bronx et avait r&#233;cemment, &#224; la demande du gouvernement, r&#233;dig&#233; un rapport sur l'&#233;tat et la r&#233;partition de la post&#233;rit&#233; de ces animaux. Il avait &#233;crit de nombreux articles descriptifs et avait l'intention d'en &#233;crire d'autres, et il &#233;tait int&#233;ress&#233; par les documents &#233;tranges qu'il me trouvait en train d'&#233;crire. Dans l'ensemble, c'&#233;tait une personne agr&#233;able et int&#233;ressante &#224; rencontrer par hasard, et je n'ai pas regrett&#233; le temps qu'a dur&#233; notre conversation. C'&#233;tait maintenant le soir, et je suis retourn&#233; &#224; Brooklyn en passant par Staten Island et les ferries ; j'ai pu observer en route toutes les gloires successives du coucher de soleil mais, en arrivant &#224; la maison, je me suis retrouv&#233; englouti dans des responsabilit&#233;s de nature et d'ampleur diverses. Les appels t&#233;l&#233;phoniques avaient vainement retenti toute la journ&#233;e. SH &#233;tait revenue &#224; l'improviste et avait essay&#233; de me joindre une douzaine de fois, Loveman lui aussi avait cherch&#233; &#224; me joindre pour annuler le rendez-vous du dimanche soir, Leeds aussi avait appel&#233; &#8212; et je ne sais combien d'autres encore ! Et puis, le courrier d&#233;bordait. Sonny avait une critique &#224; corriger et &#224; envoyer imm&#233;diatement &#224; Bacon, avec en pi&#232;ce jointe un de ses po&#232;mes (&lt;i&gt;An Old Wife Speaketh It&lt;/i&gt;) dont j'&#233;tais le seul &#224; avoir copie, c&#244;t&#233; United Amateurs d'autres affaires exigeaient une attention imm&#233;diate, et il y avait une lettre de Galpinius disant que sa femme revenait avant lui sur le Majestic, en partance de Liverpool le 12 ao&#251;t, et qu'elle aimerait &#234;tre guid&#233;e &#224; New York par la bande &#8212; avec laquelle elle entrerait en contact en m'appelant &#224; son arriv&#233;e. Un sacr&#233; paquet de choses &#224; r&#233;gler ! J'ai donc r&#233;gl&#233; la question du courrier, re&#231;u enfin l'appel de SH et pris des dispositions pour la rencontrer dans le m&#233;tro, avant d'ouvrir &#224; Loveman, qui &#233;tait venu en personne puisqu'il n'avait pas pu me joindre par t&#233;l&#233;gramme. [...]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lovecraft par les lieux, #02 | Mobile, ce qu'on sait quand on ne sait rien</title>
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		<dc:date>2026-09-09T11:31:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;du bref et tr&#232;s silencieux voyage de Lovecraft &#224; Mobile, Alabama, juin 1932&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique232" rel="directory"&gt;nouveau | Lovecraft par les lieux&lt;/a&gt;


		</description>


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&lt;p&gt;&lt;em&gt;nota : 1 minute de son manque sur les 37 de la vid&#233;o, je m'excuse pour cet incident de montage,&lt;br/&gt; les textes ci-dessous compenseront !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&#8226; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5385' class=&#034;spip_in&#034;&gt;retour sommaire &#171; Lovecraft par les lieux &#187;, et sa carte interactive&lt;/a&gt; ;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;a href=&#034;https://www.librairie-tiers-livre.store/collection-lovecraft/p/1925-2025-une-anne-avec-howard-phillips-lovecraft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le Kalem Club : la lettre mail d&#233;di&#233;e et l'ensemble des compl&#233;ments r&#233;serv&#233;s&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; retour &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4250' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire complet du Monument Lovecraft&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;juin 1932, du voyage tr&#232;s silencieux de Lovecraft &#224; Mobile, Alabama&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&#8226; juin 1932 : l'ann&#233;e o&#249; le &#171; journal &#187; qu'HPL envoie traditionnellement &#224; ses tantes Lilian et Annie cesse quasi compl&#232;tement &#8212; et pour cause : Lilian Clarke, avec qui il partage une location Barnes Street depuis son retour de New York en 1926, d&#233;c&#233;dera d&#233;but juillet, &#224; l'&#226;ge de 76 ans...
&lt;p&gt;&#8226; au point qu'on peut &#233;mettre une hypoth&#232;se, &#233;videmment inv&#233;rifiable : la soeur de Lilian, Annie Gamwell, prenant la place d'Howard Barnes Street pour quelques semaines, et lui sugg&#233;rant de voyager pour r&#233;cup&#233;rer d'un accompagnement sans doute &#233;puisant moralement et physiquement, en compagnie de la vieille dame s'affaiblissant irr&#233;versiblement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; c'est le point g&#233;ographiquement le plus &#233;loign&#233; de Providence o&#249; il se rendra jamais : Lovecraft d&#233;cide de se rendre &#224; la Nouvelle-Orl&#233;ans, sachant que l'historique quartier du &lt;i&gt;Vieux Carr&#233;&lt;/i&gt; risque d'&#234;tre d&#233;truit &#224; court terme, avec ce dont il t&#233;moigne des premi&#232;res implantations europ&#233;ennes (fran&#231;aise &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans, espagnole &#224; St Augustine o&#249; il r&#233;sidera aussi)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; mais voil&#224; : dans cette p&#233;riode si particuli&#232;re, quasi aucun &#233;cho dans la correspondance, br&#232;ve allusion dans les lettres &#224; Barlow ou &#224; Clark Ashton Smith, un peu plus &#224; Robert Howard, mais c'est tout... et pourtant, tout s'enclenche de fa&#231;on impr&#233;vue : Robert Howard apprend via carte postale le nom de l'h&#244;tel o&#249; r&#233;side Lovecraft, et envoie sur l'heure un t&#233;l&#233;gramme &#224; un ami commun du mouvement Presse Amateur, Edgar Hoffmann Price, avec lequel correspond d&#233;j&#224; Lovecraft, mais qu'il n'a pas pr&#233;venu de son voyage. Sur l'heure aussi, Hoffmann Price appelle l'h&#244;tel, et les deux hommes vont passer... plus de 25 heures cons&#233;cutives au t&#233;l&#233;phone !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; c'est apr&#232;s ces 10 jours (peut-&#234;tre m&#234;me 2 semaines) &#224; la Nouvelle Orl&#233;ans que Lovecraft prend le train pour Mobile, 7 dollars en 3&#232;me classe pour les 233 kilom&#232;tres, pour 2 jours d'arpentage et probablement une nuit &#224; l'YMCA, comme il fait habituellement, avant de repartir en bus pour Montgomery et Atlanta...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; et bien s&#251;r en t&#234;te la chanson impeccable de Bob Dylan, &lt;i&gt;Stuck in Mobile with Memphis blues again&lt;/i&gt;... l'&#233;tranget&#233; de ces deux jours d'absolu silence dans le seul port de mer de l'Alabama...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; et pourtant, deux t&#233;moignages : &#224; l'automne, &lt;a href=&#034;#VS&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;dans une lettre &#224; Vernon Shea&lt;/a&gt;, jeune intellectuel de Pittsburgh (une importante correspondance, puisque Vernon Shea pousse Lovecraft dans ses retranchements pour son optimisme quant au r&#244;le de Hitler et sa prise de pouvoir), Lovecraft revient sur le d&#233;c&#232;s de Lilian et fait pour Vernon Shea un r&#233;sum&#233; de son voyage, ville apr&#232;s ville, &#233;videmment avec centre de gravit&#233; sur la Nouvelle-Orl&#233;ans, mais incluant une page sur Mobile... un an plus tard, parce que Hoffmann Price lui-m&#234;me s'est rendu &#224; Mobile et lui envoie une carte poste, l&#224; aussi &lt;a href=&#034;#EHP&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;lettre sur ses souvenirs de Mobile&lt;/a&gt;, quoique plus br&#232;ve, et ce sont les deux extraits pr&#233;sent&#233;s ici...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; et si c'&#233;tait surtout sur ce silence de Lovecraft, dans ce si surprenant voyage aussi loin de Providence, que nous ayons &#224; m&#233;diter ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;VS&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;lettre &#224; Vernon Shea, 13 octobre 1932&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Mes propres d&#233;placements cette ann&#233;e ont &#233;t&#233; assez nombreux, m&#234;me s'ils ne faisaient pas tous partie d'un seul et m&#234;me voyage. Entre ces deux voyages s'est produit un &#233;v&#233;nement tr&#232;s triste qui fait de 1932 une ann&#233;e noire pour notre famille : le d&#233;c&#232;s de ma tante a&#238;n&#233;e &#224; l'&#226;ge de 76 ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'objectif principal du premier voyage &#233;tait la Nouvelle-Orl&#233;ans, que je souhaitais voir avant la destruction de l'ancien March&#233; fran&#231;ais. En chemin, je me suis arr&#234;t&#233; une semaine &#224; New York pour rendre visite &#224; Long, puis j'ai poursuivi vers le sud en passant par Washington et la magnifique vall&#233;e de Shenandoah. De Roanoke, en Virginie, je me suis dirig&#233; vers l'ouest jusqu'&#224; Knoxville, dans le Tennessee, puis de l&#224; vers le sud &#224; travers de splendides paysages jusqu'&#224; Chattanooga. Cette derni&#232;re est l'un des endroits les plus fascinants que j'aie jamais vus, avec ses montagnes environnantes et les m&#233;andres sinueux de la rivi&#232;re Tennessee aux eaux jaunes. J'ai parcouru toute la montagne Lookout et explor&#233; le magnifique r&#233;seau de grottes calcaires qu'elle renferme, pour aboutir &#224; la vaste salle r&#233;cemment d&#233;couverte appel&#233;e &#171; le Temple de Salomon &#187;, o&#249; une cascade de 145 pieds jaillit sur le flanc &#8212; pr&#232;s du plafond &#8212; et se pr&#233;cipite dans un bassin dont personne ne conna&#238;t la sortie. De Chattanooga, j'ai poursuivi vers l'ouest le long du Tennessee, bord&#233; de falaises, en admirant certains des plus beaux paysages que j'aie jamais vus de ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Memphis (ville moderne et sans charme), j'ai contempl&#233; pour la premi&#232;re fois le puissant Mississippi &#8212; et j'ai assist&#233; &#224; un splendide coucher de soleil sur le fleuve. Je me suis ensuite dirig&#233; vers le sud &#224; travers les terres alluviales cotonni&#232;res du Mississippi &#8212; o&#249; l'on ne trouve que des &#233;tendues plates et des cnabanes de Noirs &#8212; pour finalement atteindre la r&#233;gion du Yazoo et gravir les falaises jusqu'&#224; la pittoresque vieille ville de Vicksburg, que j'appr&#233;cie &#233;norm&#233;ment. Juste au sud de Vicksburg, j'ai commenc&#233; &#224; rencontrer la flore typiquement sudiste : des ch&#234;nes verts et de la mousse espagnole. Natchez &#8212; r&#234;vassante sur sa falaise au bord du fleuve &#8212; m'a compl&#232;tement captiv&#233;. C'est l'un de ces splendides vestiges du pass&#233;, &#224; l'instar de Qu&#233;bec, Portsmouth, Newburyport, Salem, Marblehead, Annapolis, Fredericksburg et Charleston. [...] Natchez est l'un des rares endroits o&#249; j'aimerais vraiment vivre. De l&#224;, je suis descendu directement vers La Nouvelle-Orl&#233;ans, sans m'arr&#234;ter &#224; Baton Rouge, largement modernis&#233;e. Au sud de Natchez, le paysage s'aplatit et perd de son charme, et des plantes ressemblant &#224; des palmiers commencent &#224; appara&#238;tre. Plus loin, les vastes remblais et d&#233;versoirs du r&#233;seau de digues apparaissent, ainsi que, de temps &#224; autre, des maisons de plantation (tant du type fran&#231;ais au toit en pente que du type am&#233;ricain classique plus r&#233;cent, &#224; colonnes). Enfin, La Nouvelle-Orl&#233;ans se profile &#224; l'horizon &#8212; une grande ville moderne dont le c&#339;ur ancien subsiste encore, nich&#233; pr&#232;s des quais. Vous avez sans doute beaucoup lu sur La Nouvelle-Orl&#233;ans. J'y suis rest&#233; plus de deux semaines et j'ai fini par l'appr&#233;cier &#233;norm&#233;ment. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Nouvelle-Orl&#233;ans &#233;tait, au moment de ma visite, le lieu de r&#233;sidence du brillant conteur d'histoires fantastiques E. Hoffmann Price ; mais comme je n'avais jamais &#233;t&#233; en contact avec lui, j'ai pens&#233; qu'il valait mieux ne pas m'imposer et ne pas me pr&#233;senter. Cependant, il se trouve que pendant mon s&#233;jour, j'ai &#233;crit &#224; Robert E. Howard, du Texas &#8212; qui, ayant remarqu&#233; l'adresse de l'h&#244;tel sur mon papier &#224; lettres et &#233;tant en correspondance avec Price, a pris l'initiative de t&#233;l&#233;graphier &#224; Price pour l'informer de ma pr&#233;sence et de l'endroit o&#249; je me trouvais. Il en r&#233;sulta un appel t&#233;l&#233;phonique inattendu de Price, suivi de la plus longue conversation que j'aie jamais eue &#224; payer &#8212; ou que je m'attende &#224; avoir &#8212; de toute ma vie : une conversation qui dura vingt-cinq heures et demie sans interruption, du milieu d'un dimanche soir jusqu'&#224; pr&#232;s de minuit le lundi. Price avait une chambre dans le Vieux Carr&#233;, et de temps &#224; autre, son colocataire pr&#233;parait du th&#233; ou du caf&#233;, ou bien un repas. Une fois, nous sommes all&#233;s au vieux March&#233; fran&#231;ais pour acheter du caf&#233; pr&#233;par&#233; par des professionnels. Personne ne semblait avoir sommeil, et les heures s'&#233;coulaient imperceptiblement au milieu de discussions et de critiques litt&#233;raires. Les appels suivants ont dur&#233; chacun environ 10 heures &#8212; et je suis rest&#233; en contact avec Price jusqu'&#224; mon d&#233;part. Peu apr&#232;s mon d&#233;part, Price lui-m&#234;me a quitt&#233; la ville pour s'installer dans le petit village tranquille de Bay St. Louis, de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re, dans le Mississippi. Price est un type remarquable : dipl&#244;m&#233; de West Point, ancien combattant, &#233;tudiant en arabe, connaisseur de tapis orientaux, ma&#238;tre d'escrime amateur, math&#233;maticien, cuivrier dilettante, ferronnier, champion d'&#233;checs, pianiste, et j'en passe ! Il est brun, silhouette &#233;lanc&#233;e, pas tr&#232;s grand, et porte une petite moustache noire. Il parle couramment et sans discontinuer, et certains pourraient le trouver ennuyeux &#8212; m&#234;me si j'aime bien l'entendre bavarder. Jusqu'en mai dernier, il &#233;tait ais&#233; &#8212; il occupait un poste important chez Prestolite Co. &#8212;, mais la crise l'a finalement rattrap&#233;, et il compte d&#233;sormais sur la fiction pour subvenir &#224; ses besoins. Le r&#233;sultat est plut&#244;t m&#233;diocre sur le plan esth&#233;tique, car il s'aligne p&#233;niblement sur les standards de la litt&#233;rature de gare. Je crains que nous ne voyions plus rien de la qualit&#233; de &#171; L'&#201;tranger du Kurdistan &#187;. Cela dit, il ne saurait &#234;tre aussi mauvais que la plupart des contributeurs de W.T. et de ses homologues. En ce moment m&#234;me, il tente de me convaincre de collaborer &#224; une suite de mon &#171; Silver Key &#187; &#8212; en y introduisant un &#233;l&#233;ment dimensionnel sugg&#233;r&#233; par son c&#244;t&#233; math&#233;maticien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Nouvelle-Orl&#233;ans, je me suis rendu dans la vieille ville de Mobile, si pittoresque et qui m'a &#233;norm&#233;ment plu. Puis je suis remont&#233; &#224; Montgomery (ancienne capitale conf&#233;d&#233;r&#233;e) avant de traverser vers Atlanta. Il n'y avait rien dans cette derni&#232;re ville moderne qui puisse me retenir ; je me suis donc empress&#233; de poursuivre ma route le long de la Caroline de l'Ouest jusqu'&#224; Charlotte et Winston-Salem, puis de l&#224;, en passant par Danville, jusqu'&#224; la bonne vieille ville de Richmond. J'adore Richmond malgr&#233; sa modernisation assez pouss&#233;e. Les lieux marquants de l'enfance de Poe sont faciles &#224; rep&#233;rer, et la falaise au pied de Clay Street, au-dessus du vieux Shochoe Creek (pr&#232;s de la Maison Blanche de la Conf&#233;d&#233;ration), est rest&#233;e intacte &#8212; telle qu'elle &#233;tait lorsque le petit Edgar allait se baigner &#224; ses pieds. Le ruisseau, en revanche, a &#233;t&#233; combl&#233;. Comme toujours, je me suis rendu au Maymont Park, sur les rives du James &#8212; un ancien domaine priv&#233; au paysage magnifiquement am&#233;nag&#233;, abritant le plus beau jardin japonais des &#201;tats-Unis. Apr&#232;s Richmond, je me suis arr&#234;t&#233; &#224; Fredericksburg, Annapolis et Philadelphie &#8212; autant de paradis d'antiquaires qui me sont chers &#8212; avant de terminer mon p&#233;riple en rendant visite &#224; un ami, Samuel Loveman, &#224; Brooklyn. C'est &#224; la suite de cette visite que j'ai &#233;t&#233; rappel&#233; chez moi par un t&#233;l&#233;gramme m'annon&#231;ant une crise aigu&#235; de ma tante invalide &#8212; une crise qui s'est termin&#233;e tragiquement le 3 juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a id=&#034;EHP&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;lettre &#224; Edgar Hoffmann Price, 22 mars 1933&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Plus tard &#8212; 22 mars&lt;br/&gt;
Je n'ai pas re&#231;u cela par la poste, et voil&#224; que votre lettre du 19, en provenance de la vieille ville de Mobile, est arriv&#233;e. J'esp&#232;re que l'enthousiasme suscit&#233; par le voyage n'a pas faibli. Apr&#232;s la Nouvelle-Orl&#233;ans, les antiquit&#233;s de Mobile peuvent sembler un peu fades, mais l'endroit n'en poss&#232;de pas moins un charme envo&#251;tant. L'ombre dense des ch&#234;nes verts de Bienville Square contraste fortement avec celle de Jackson Square, br&#251;l&#233;e par le soleil &#8212; et tu as peut-&#234;tre remarqu&#233; les belles ferronneries sur certaines maisons, en particulier le long de Government Street, entre Franklin et Royal. L'ancienne Barton Academy, situ&#233;e sur Government Street entre Lawrence et Cedar, est un bel exemple de l'architecture classique am&#233;ricaine, et l'&#233;trange et ancien cimeti&#232;re de Church Street, un peu plus loin sur Government Street (tournez &#224; gauche dans Scott Street pour y acc&#233;der), abrite quelques tombes anciennes et pittoresques, dont celle de Don Miguel Eslava, tr&#233;sorier sous le r&#233;gime espagnol. Mais l'atmosph&#232;re qui r&#232;gne sur l'ensemble du lieu prime sur tous les d&#233;tails. Le front de mer &#8212; en particulier au pied de Government Street &#8212; est extr&#234;mement pittoresque, tandis que les rues r&#233;sidentielles paisibles, avec leurs ch&#234;nes verts &#224; la cime ombrageante et leurs maisons &#224; galeries &#233;parpill&#233;es, poss&#232;dent un charme in&#233;puisable. L'influence de la Nouvelle-Orl&#233;ans est perceptible dans l'architecture, bien qu'il n'y ait pas de patios. Les incendies de 1827 et 1839 ont d&#233;truit la plupart des maisons les plus anciennes. Le plus ancien b&#226;timent encore debout est l'immeuble de bureaux d'allure moderne situ&#233; &#224; l'angle sud-ouest des rues Royal et St. Michael &#8212; construit en 1804 pour servir d'auberge et qui fut le th&#233;&#226;tre des r&#233;ceptions donn&#233;es par Lafayette en 1825. Je suppose que vous connaissez l'histoire de Mobile : un fort fran&#231;ais situ&#233; &#224; proximit&#233; fut fond&#233; en 1702, puis d&#233;plac&#233; vers son emplacement actuel en 1711 ; la r&#233;gion fut c&#233;d&#233;e &#224; l'Angleterre en 1763, conquise par les Espagnols (qui profit&#232;rent de la R&#233;volution am&#233;ricaine) en 1779, puis c&#233;d&#233;e aux &#201;tats-Unis par l'Espagne apr&#232;s un diff&#233;rend en 1798. Comme vous le dites, cette ville est historiquement plus ancienne que la Nouvelle-Orl&#233;ans. J'ai trouv&#233; que c'&#233;tait un endroit tr&#232;s agr&#233;able lors de mon bref s&#233;jour.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lovecraft par les lieux, #01 | Brattleboro, et l'homme qui vous attend &#224; la gare</title>
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		<dc:date>2026-09-01T12:02:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Lovecraft, Howard Phillips</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;ou comment un voyage de tourisme peut engendrer l'image racine d'un r&#233;cit&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique232" rel="directory"&gt;nouveau | Lovecraft par les lieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot501" rel="tag"&gt;Lovecraft, Howard Phillips&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/images-2.jpg?1788264131' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
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&#8226; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5385' class=&#034;spip_in&#034;&gt;retour sommaire &#171; Lovecraft par les lieux &#187; et sa carte interactive&lt;/a&gt; ;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;a href=&#034;https://www.librairie-tiers-livre.store/collection-lovecraft/p/1925-2025-une-anne-avec-howard-phillips-lovecraft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le Kalem Club : la lettre mail d&#233;di&#233;e et l'ensemble des compl&#233;ments r&#233;serv&#233;s&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; retour &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4250' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire complet du Monument Lovecraft&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Brattleboro, sources, liens, documents&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&#8226; on retrouvera l'int&#233;gralit&#233; des textes cit&#233;s et leur version originale dans &lt;i&gt;Vermont &#8212; first impression&lt;/i&gt; (Collected Essays, 4, Travel], &lt;i&gt;Letters to Family&lt;/i&gt;, Hippocampus, 2025, et &lt;i&gt;Howard Phillips Lovecraft &amp; Frank Belknap Long, Correspondence&lt;/i&gt;, Hippocampus, 2026 &#8212; il s'agit ici de transcriptions DeepL r&#233;vis&#233;es, et non de traduction ;
&lt;p&gt;&#8226; la derni&#232;re lettre transmise depuis Brattleboro &#224; Lilian est celle qui servira de base au texte publi&#233; sous le titre &lt;i&gt;Vermont &#8212; first impression&lt;/i&gt; dans la publication amateur &lt;i&gt;Driftwind&lt;/i&gt; quelques mois plus tard ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; non &#233;voqu&#233; dans la vid&#233;o : il y a donc semble-t-il deux aller-retours de Lovecraft &#224; Brattleboro... Lovecraft r&#233;side d&#233;j&#224; chez un autre coll&#232;gue de l'Association de la presse amateur dont il est certainement plus proche, Paul William Cook, lors que Vrest Orton l'emm&#232;ne en train &#224; Brattleboro et l'h&#233;berge chez lui... Cook les rejoint quelques jours plus tard et ram&#232;nera HPL chez lui &#224; Athol, avant qu'ils fassent ensemble un nouvel aller-retour pour rencontrer le po&#232;te Arthur Goodenough, qu'HPL avait manqu&#233; lors de la premi&#232;re visite &#8212; important &#224; signaler, puisque son nom complet c'est Arthur Goodenough Akeley, donc le patronyme emprunt&#233; directement par HPL pour le personnage central du &lt;i&gt;Whisperer in Darkness&lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; impr&#233;cision de dates entre les 2 volumes des lettres &#224; Lilian Clark cit&#233;s plus haut, et le volume des &lt;i&gt;Collected Essays&lt;/i&gt; &#171; Travel &#187; (y compris pour le texte &lt;i&gt;Vermont, first impression&lt;/i&gt; et la correspondance avec Frank Belknap Long, o&#249; la lettre &#233;crite de chez Cook &#224; Athol a &#233;t&#233; interpol&#233;e avec celles de l'&#233;t&#233; 1927 &#8212; les fac-simile des &lt;a href=&#034;https://repository.library.brown.edu/studio/item/bdr:423906/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cartes postales Brattleboro num&#233;ris&#233;es dans le fonds Lovecraft de la Brown&lt;/a&gt; sont bien dat&#233;es juin 1928 &#8212; ces confusions &#233;ventuelles de dates ont bien s&#251;r &#233;t&#233; signal&#233;s &#224; D.H. d'Hippocampus Press, ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; et post-scriptum : comme pour l'aventure &lt;i&gt;New York diary&lt;/i&gt;, on pose ici des rep&#233;rages et &#233;bauches qu'on corrigera ou compl&#232;tera ou r&#233;ordonnera &#224; mesure ;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;em&gt;HPL &#224; LDC, de West Brattleboro, Vermont, 12 juin 1928&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, vive la Nouvelle-Angleterre ! J'avais l'intention d'&#233;crire une lettre-journal, mais je n'ai pas eu le temps. Nous sommes arriv&#233;s &#224; bon port &#8212; et quelle destination ! Orton a lou&#233; une v&#233;ritable ferme coloniale des plus traditionnelles, et il g&#232;re tout de la mani&#232;re la plus rustique possible : lampes &#224; huile et bougies, feux de chemin&#233;e au bois, pas de plomberie &#224; part l'eau froide achemin&#233;e depuis une source voisine, etc. J'ai appris &#224; allumer un feu de bois, et j'ai aid&#233; les gar&#231;ons du voisinage &#224; rattraper une vache &#233;gar&#233;e. Le sang de Foster ne trompe pas ! Quant au paysage&#8230; il est tout simplement indescriptible ! Des panoramas infinis de collines verdoyantes et sauvages, de for&#234;ts myst&#233;rieuses en pente douce, et des aper&#231;us lointains de sommets pourpres o&#249; r&#233;sident d'&#233;tranges dieux. Je compte bien en profiter pleinement pendant la semaine que je pr&#233;vois de passer ici. J'esp&#232;re rendre visite &#224; Goodenough bient&#244;t, et j'aimerais &#233;galement faire un d&#233;tour par Athol pour voir ce bon vieux Cook. Je me rendrai ensuite en autocar &#224; Albany par le c&#233;l&#232;bre Mohawk Trail, je m'arr&#234;terai au Y.M.C.A. l&#224;-bas, puis je descendrai l'Hudson en direction de West Shokan. Il y a beaucoup de vieux livres et d'almanachs agricoles dans le grenier ici, et je pourrai peut-&#234;tre m'en procurer quelques-uns bient&#244;t, puisque le propri&#233;taire a charg&#233; Orton de s'en d&#233;barrasser. Le Vermont est un endroit formidable, et j'attends avec impatience mon voyage avec Cook &#224; l'automne. &#192; bient&#244;t.&lt;br/&gt;
Votre neveu qui vous aime, H. P. L.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;em&gt;HPL &#224; LDC, de West Brattleboro, Vermont, 12 juin 1928 &lt;br/&gt;au dos de 4 cartes postales avec images de Brattleboro (dont le pont tunnel)&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je vais tenter par la pr&#233;sente de rattraper mon retard dans mon journal. Vendredi midi, je me suis fait couper les cheveux et laver les cheveux au salon de coiffure Parkside, puis j'ai pris le train de 17 h 02 avec Orton. C'&#233;tait merveilleux de p&#233;n&#233;trer &#224; nouveau dans les anciens royaumes de la Nouvelle-Angleterre, et lorsque nous avons travers&#233; la v&#233;ritable campagne agricole en direction de Hartford, j'&#233;tais pr&#234;t &#224; pousser des cris de joie ! J'ai eu un bref aper&#231;u de Hartford depuis le train, et la nuit est tomb&#233;e avant que nous changions de train &#224; Springfield. De cette derni&#232;re, je n'ai pu apercevoir que la haute tour illumin&#233;e du c&#233;l&#232;bre Campanile. &#192; Greenfield, le train s'est arr&#234;t&#233; pendant 20 minutes, et j'ai trouv&#233; le temps de griffonner quelques cartes postales portant un cachet postal du Massachusetts. Enfin, les lumi&#232;res de Brattleboro sont apparues, et le voyage en train &#233;tait termin&#233;. Une Ford, appartenant &#224; un voisin, venait &#224; notre rencontre, et nous nous sommes empress&#233;s de quitter toute r&#233;alit&#233; terrestre pour nous enfoncer parmi les collines aux couleurs vives et les routes sinueuses et mystiques d'une terre rest&#233;e inchang&#233;e depuis un si&#232;cle. De retour dans la Nouvelle-Angleterre d'antan ! Apr&#232;s une si longue absence, j'ai en effet &#8211;- gr&#226;ce &#224; l'itin&#233;raire du train &#8211;- travers&#233; pas moins de quatre &#201;tats de la Nouvelle-Angleterre : le Connecticut, le Massachusetts, le New Hampshire et le Vermont. La maison d'Orton est une v&#233;ritable ferme coloniale d'un &#233;tage et demi, magnifiquement situ&#233;e au bord d'un ravin bois&#233; o&#249; coule un ruisseau, sur une route de montagne ombrag&#233;e. De hautes pentes verdoyantes se dressent de tous c&#244;t&#233;s, et aucun artiste ne saurait peindre un tableau plus noble de cette beaut&#233; champ&#234;tre. Il y a une qualit&#233; inimitable7 de fantaisie et de myst&#232;re7 dans la proximit&#233; imposante de falaises presque verticales &#224; la v&#233;g&#233;tation d'un vert &#233;clatant7. Depuis les sommets les plus &#233;lev&#233;s, on peut admirer des vues d'une magnificence sans pareille : des cha&#238;nes de pics violets s'&#233;tendant &#224; perte de vue, notamment le mont Monadnock et les collines qui bordent le Connecticut brumeux. Il ne fait aucun doute qu'Orton a choisi l'endroit par excellence pour garantir l'atmosph&#232;re et le cadre &#171; novangliens &#187; de sa nouvelle famille ! Il s'efforce de reproduire la vie du Vermont d'antan de toutes les mani&#232;res possibles &#8212; y compris en jouant et en chantant des psaumes sur l'ancien orgue Estey (fabriqu&#233; &#224; Brattleboro) dans la plus belle pi&#232;ce. Il porte une salopette et des bottes en cuir de &#224; la ferme, et incarne &#224; la perfection le rustre du coin. Je l'ai convaincu d'ajouter un chausse-botte et un almanach du fermier &#224; sa collection d'antiquit&#233;s dispos&#233;e autour de la chemin&#233;e du salon. L'int&#233;rieur de la maison est meubl&#233; de mani&#232;re tr&#232;s color&#233;e dans les moindres d&#233;tails &#8212; dans la pure tradition des anciennes fermes &#8212; comme vous le verrez lorsque je vous enverrai les photos qu'Orton a prises dimanche. Seul le rez-de-chauss&#233;e est am&#233;nag&#233; et pl&#226;tr&#233;, le grenier &#233;tant consacr&#233; &#224; de pittoresques accumulations de toiles d'araign&#233;es et d'anciens accessoires m&#233;nagers. Parmi ces derniers se trouvent de nombreux livres, que le propri&#233;taire des lieux a charg&#233; Orton de vendre &#8212; en lui accordant la moiti&#233; des b&#233;n&#233;fices pour sa peine. Nous sommes actuellement en train de r&#233;pertorier les objets en question. Ma chambre est la chambre d'h&#244;tes habituelle au rez-de-chauss&#233;e, attenante &#224; la plus belle pi&#232;ce o&#249; se trouve l'orgue Estey. Les fen&#234;tres donnent, de l'autre c&#244;t&#233; de la route, directement sur une ancienne for&#234;t. Je me suis couch&#233; de bonne heure vendredi et je me suis r&#233;veill&#233; samedi sous la pluie. Le matin, Orton et moi avons r&#233;pertori&#233; les livres du grenier, et l'apr&#232;s-midi, nous avons travaill&#233; pr&#232;s du ruisseau de la for&#234;t voisine &#8212; en construisant un barrage pour tenter de modifier son cours et de former un petit &#233;tang. Le soir, Orton a chant&#233; des psaumes et j'ai &#233;crit des lettres, me couchant un peu tard. Dimanche, nous nous sommes tous lev&#233;s de bonne heure, et Orton et moi avons rejoint les gar&#231;ons Lee (nos voisins les plus proches) pour une qu&#234;te, qui s'est finalement av&#233;r&#233;e fructueuse, &#224; la recherche d'une vache &#233;gar&#233;e. Notre parcours nous a men&#233;s &#224; travers l'une des plus magnifiques campagnes qu'on puisse imaginer &#8212; une r&#233;gion c&#233;l&#232;bre pour la chasse au renard, si bien que nous avons vu de nombreux terriers de renards. Vous verrez plus tard des photos illustrant les diff&#233;rentes &#233;tapes de cette exp&#233;dition. Les gar&#231;ons Lee sont d'excellents chasseurs de renards &#8212; ils sont quatre et vivent dans une maison coloniale en briques que leurs anc&#234;tres habitent depuis cinq g&#233;n&#233;rations. Ils poss&#232;dent des &#233;rables &#224; sucre et vendent du sirop et du sucre &#8212; et ils m'ont montr&#233; la premi&#232;re cabane &#224; sirop que j'aie jamais vue. &#192; leur mani&#232;re modeste, ce sont de v&#233;ritables oracles locaux, et c'est gr&#226;ce &#224; eux que j'ai d&#233;couvert toutes les plus belles montagnes de la r&#233;gion. Governor's Mountain est la plus haute, et j'ai l'intention de l'escalader. Pendant qu'Orton et moi &#233;tions chez les Lee, le bon vieux Goodenough est pass&#233; en personne, mais n'a pas attendu notre retour. Cook, qui devait nous rejoindre, n'est pas arriv&#233;. Quelques invit&#233;s sont toutefois venus, en la personne des amis (cousins) d'Orton venus d'Athol &#8212; un jeune homme accompagn&#233; de sa femme et de son petit gar&#231;on, tous tr&#232;s agr&#233;ables et charmants. Le cousin a aid&#233; &#224; r&#233;parer le nouveau barrage apr&#232;s le d&#238;ner. Le soir, tout le monde est parti &#224; Brattleboro pour faire des courses, et nous nous sommes couch&#233;s tr&#232;s tard. Lundi, je me suis lev&#233; tard et j'ai pass&#233; toute la journ&#233;e &#224; explorer le vallon myst&#233;rieux et les collines en forme de d&#244;me pr&#232;s de la maison. J'ai &#233;crit dans la soir&#233;e, puis je me suis couch&#233;. Mardi &#8212; aujourd'hui &#8212; je me suis lev&#233; t&#244;t et j'ai explor&#233; les collines. L'apr&#232;s-midi, je me suis rendu &#224; pied &#224; Brattleboro pour faire des courses &#8212; d&#233;couvrant des paysages magnifiques &#224; chaque virage de la route sinueuse qui serpente &#224; flanc de colline. Sur le chemin du retour, je me suis arr&#234;t&#233; chez Goodenough et j'ai trouv&#233; ce vieux bonhomme aussi pittoresque et charmant qu'auparavant. Dimanche prochain, Cook lui rendra visite, et nous nous r&#233;unirons tous chez les G. pour une sorte de rassemblement d'amateurs. Cook m'emm&#232;nera peut-&#234;tre &#224; Athol, dans sa voiture, de sorte que mon trajet en diligence jusqu'&#224; Albany aura pour point de d&#233;part le bon vieux Athol. De retour &#224; la maison apr&#232;s &#234;tre pass&#233; chez Goodenough, j'ai d&#238;n&#233; et j'ai pass&#233; le reste de la soir&#233;e &#224; &#233;crire des lettres. [...]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;em&gt;HPL &#224; LDC, de West Brattleboro, Vermont, 14 juin 1928 &lt;br/&gt;au verso d'une autre carte postale&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Eh bien&#8230; voici une br&#232;ve suite de mon journal. Mercredi, je me suis lev&#233; de bonne heure et je suis parti escalader Governor's Mountain &#8212; 1 823 pieds d'altitude. Les pentes inf&#233;rieures &#233;taient des p&#226;turages en pente douce, mais plus haut, le terrain est devenu tr&#232;s escarp&#233; et dens&#233;ment bois&#233; ; si bien que mon ascension s'est transform&#233;e en une aventure p&#233;rilleuse et quasi verticale, comportant certains &#233;l&#233;ments pittoresques propres &#224; un cauchemar fantastique. Le sommet s'est av&#233;r&#233; recouvert d'arbres de seconde g&#233;n&#233;ration, si bien que je n'ai finalement pas eu une vue tr&#232;s d&#233;gag&#233;e. Je suis redescendu de l'autre c&#244;t&#233; et j'ai err&#233; tout l'apr&#232;s-midi &#224; travers la vall&#233;e bois&#233;e incroyablement belle et pittoresque ainsi que les ravins forestiers parsem&#233;s de ruisseaux de la r&#233;gion. Je n'ai jamais vu de ruisseaux sylvestres aussi exquis de toute ma vie : une musique c&#233;leste et une beaut&#233; cristalline ! Certaines cascades sont indescriptibles. S'il y a bien quelque chose de plus typique du Vermont que ses collines verdoyantes, c'est la multitude omnipr&#233;sente de merveilleux ruisseaux limpides. Vers le coucher du soleil, j'ai travers&#233; d'anciennes terres agricoles (car le Vermont est encore la v&#233;ritable Nouvelle-Angleterre &#8212; ce qu'&#233;tait le Rhode Island il y a 75 ou 100 ans) et je me suis arr&#234;t&#233; au village de Hinesburg, situ&#233; &#224; un carrefour et surmont&#233; d'un clocher blanc. C'est un tableau idyllique tout droit sorti d'un conte ! Puis retour &#224; la maison pour le d&#238;ner, puis &#233;crit toute la soir&#233;e.&lt;br/&gt;
Votre neveu d&#233;vou&#233; et serviteur ob&#233;issant, &lt;br/&gt;
HPL&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;em&gt;HPL &#224; LDC, de West Brattleboro, Vermont, 15 juin 1928 &lt;br/&gt;au verso d'une carte postale de Brattleboro &lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bonjour ! Je pensais que vous reconna&#238;triez la carte de Greenfield &#8212; l'endroit est extr&#234;mement joli, si je me souviens bien de mon passage l&#224;-bas &#224; la lumi&#232;re du jour avec Cook l'ann&#233;e derni&#232;re. Oui, je savais qu'Helen Gamwell s'y trouve d&#233;sormais, et je sonnerai au moins &#224; la porte du 32 High St. si je me retrouve l&#224;-bas autrement qu'&#224; bord d'un v&#233;hicule en mouvement. Je n'aurai peut-&#234;tre pas l'occasion de m'y arr&#234;ter, car Cook me ram&#232;nera probablement &#224; Athol dimanche en voiture, et lorsque je passerai par l&#224; en bus en route vers Albany et chez les Dwyer, je n'aurai pas l'occasion de faire une pause. C'est, je le pense sinc&#232;rement, la plus belle campagne que j'aie jamais vue. C'est la vieille Nouvelle-Angleterre, absolument pr&#233;serv&#233;e, et menant la m&#234;me vie que le Rhode Island et le Massachusetts menaient il y a un si&#232;cle. Chaque maison abrite une vieille famille de Yankees qui y r&#233;side depuis des g&#233;n&#233;rations, et la ville de Brattleboro elle-m&#234;me est enti&#232;rement &#224; l'ancienne et typiquement am&#233;ricaine. C'est notre propre monde d'autrefois, miraculeusement pr&#233;serv&#233; pour le pr&#233;sent et raisonnablement bien pr&#233;serv&#233; pour l'avenir ! Ne vous y trompez pas : la Nouvelle-Angleterre d'antan est toujours vivante et vigoureuse. Le v&#233;ritable changement r&#233;side simplement dans une triste r&#233;duction de son &#233;tendue. Les Brattleboro et Guilford de 1928 sont les Providence et Foster de 1800. Aujourd'hui, je me contente de fl&#226;ner dans ces charmantes collines et de r&#234;ver. Dans l'apr&#232;s-midi, je retournerai chez Orton pour terminer le catalogage de quelques vieux livres et almanachs que le propri&#233;taire a charg&#233; Orton de vendre, en lui laissant la moiti&#233; des b&#233;n&#233;fices. Je prendrai ma r&#233;mun&#233;ration pour ce service en livres &#8212; car certains de ces ouvrages sont de vieilles pi&#232;ces de Nouvelle-Angleterre pour lesquelles je donnerais mes dents de devant. Il y a aussi beaucoup de vieux manuels de lecture &#8212; pour lesquels nous allons donner la priorit&#233; au bon vieux James Ferdinand Morton. Ce soir, je pars pour Brattleboro dans la voiture d'un voisin pour retrouver Orton, qui avait d&#251; retourner &#224; New York quelque temps pour s'occuper de ses affaires. Sunday Cook arrive, et tout le monde se retrouvera chez Arthur Goodenough. Ensuite, tous &#224; bord pour Athol ! Hier, j'ai gravi le mont Wantastiquet, situ&#233; de l'autre c&#244;t&#233; de la rivi&#232;re depuis Brattleboro, dans le New Hampshire. La vue &#233;tait tout simplement magnifique ! Il est certain que, pour la beaut&#233; des paysages et le charme rustique et authentique de la Nouvelle-Angleterre, cette r&#233;gion surpasse toutes celles que j'ai jamais vues. &#192; bient&#244;t. &lt;br/&gt;
Votre neveu d&#233;vou&#233; et serviteur ob&#233;issant, &lt;br/&gt;
H. P. L.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;En marge&lt;/i&gt; : Je suis actuellement assis dans une prairie ensoleill&#233;e au bord d'un ruisseau.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;em&gt;HPL &#224; LDC, de Deerfield, Massachusetts, 25 juin 1928 &lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Encore Deerfield ! J'ai bien re&#231;u votre lettre, et y r&#233;pondrai sous peu. Attendez que je vous envoie l'article qu'Orton m'a consacr&#233; dans le journal local ! Athol la semaine prochaine, puis Cook m'accompagnera en voiture pour aller voir Dwyer &#224; West Shokan. Le temps se couvre en ce moment &#8212; il est 9 h &#8212; mais j'esp&#232;re que la journ&#233;e ne sera pas g&#226;ch&#233;e. Cet endroit est d'un charme indescriptible &#8212; on y trouve de vastes et imposantes demeures coloniales. [...] Avec un tel &#233;tat d'esprit, adouci par la beaut&#233; des collines et des m&#233;andres de la rivi&#232;re qui flanquent la porte d'entr&#233;e, le N&#233;o-Anglais du sud entre dans le Vermont. Il a vu ses collines pendant un moment traverser le Connecticut, en d&#244;me et ondulantes, brillant d'une lumi&#232;re &#233;meraude claire que ni la vapeur ni la d&#233;figuration n'ont ternie. Puis vient une courbe descendante en balayage, et au-del&#224; des eaux limpides, les terrasses escarp&#233;es d'une vieille ville se dessinent, comme pourrait appara&#238;tre une image m&#233;moris&#233;e quand les feuilles d'un volume d'enfance sont lentement tourn&#233;es. Il est clair, d&#232;s le premier instant, que cette ville ne ressemble pas tout &#224; fait &#224; celles que l'on a laiss&#233;es derri&#232;re soi. Toits et clochers et chemin&#233;es, prosa&#239;ques en eux-m&#234;mes, se regroupent sur la falaise verte au bord de la rivi&#232;re selon une combinaison magique qui suscite d'obscurs souvenirs. Quelque chose dans les contours, quelque chose dans le cadre, a le pouvoir de toucher de profondes cordes sensibles ancestrales chez celui qui est &#224; la fois jeune et personnel, si tant est qu'il le soit. La sc&#232;ne enti&#232;re nous apporte vaguement une qualit&#233; fugace que nous avons connue autrefois. Nous avons d&#233;j&#224; vu de telles villes de collines, il y a longtemps, escaladant de profondes vall&#233;es fluviales et dressant leurs vieux murs de brique le long de rues pav&#233;es en pente. La grandeur peut manquer, mais la merveille d'une vision raviv&#233;e est l&#224;. Quelque chose de vivant se trouve ailleurs ; quelque chose qui, en nous, ou dans notre sang, se reconna&#238;t plus &#233;troitement apparent&#233; &#224; nous-m&#234;mes qu'&#224; quoi que ce soit dans le cosmopolitisme affair&#233; du sud-ouest. Ceci, en somme, est un fragment survivant de la vieille Am&#233;rique ; c'est ce &#224; quoi nos autres villes &#233;taient habitu&#233;es dans les jours o&#249; elles &#233;taient elles-m&#234;mes, quand elles abritaient leur propre peuple et donnaient naissance &#224; toutes les petites l&#233;gendes et bribes de folklore qui les rendent glorieuses et significatives aux yeux de leurs enfants. Par l'ancien pont tunnel, nous remontons &#224; travers des d&#233;cennies et entrons dans la ville enchant&#233;e du monde de nos p&#232;res. Nous n'aurions pas pens&#233; que de tels ponts existaient encore, car dans le sud, le dernier d'entre eux avait &#233;t&#233; d&#233;moli il y a des ann&#233;es. La vall&#233;e de la rivi&#232;re est profonde, et &#224; mesure que nous sortons du tunnel de bois, nous sentons la sorte de bienveillante tutelle des collines antiques et les cours d'eau &#233;ternels venus de sources inconnues du nord. Nous passons devant une &#238;le, pierre de gu&#233;, et remontons les pentes famili&#232;res de la ville fra&#238;che &#224; l'aube. Il y a de la vie ici, et le tumulte de l'industrie moderne ; mais quelque part, la vie et l'industrie semblent plus n&#244;tres que la f&#233;brile agitation du sud-ouest ; c'est une vitalit&#233; plus fra&#238;che, plus coh&#233;rente, qui na&#238;t de la continuit&#233; avec des sources ancestrales ; c'est une vitalit&#233; que notre propre r&#233;gion c&#244;ti&#232;re aurait pu avoir sous d'autres dispensations de l'histoire. Ceci, alors, est Brattleboro, la ville o&#249; Kipling &#233;crivit et o&#249; rimait Royall Tyler. &#192; dire vrai, si vous voulez juger de la valeur du changement de la vie du Vermont, l'&#233;tranger peut encore y trouver, sous une forme bien plus fondamentale, bien plus proche du supr&#234;me h&#233;ritage de la Nouvelle-Angleterre que ne peuvent le montrer les villes non m&#234;l&#233;es, primitivement dot&#233;es de fond et de fibre, contre les cit&#233;s frapp&#233;es par le commerce du sud. Nous montons dans cette ruche de charme &#224; demi voil&#233;, &#233;mus et rajeunis par des souvenirs et des influences trop &#233;th&#233;r&#233;es pour &#234;tre d&#233;finies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : ceci fait partie de mon journal, vous pouvez le montrer &#224; Annie Gamwell.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;em&gt;HPL &#224; Frank Belknap Long, [impr&#233;cision de date].&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Adresse exp&#233;diteur : William Paul Cook, &lt;i&gt;The Recluse Press&lt;/i&gt;, bo&#238;te postale 215, Athol, Massachusetts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeune homme :&#8212;&lt;br/&gt;
Je profite de mes derniers instants &#224; Athol pour t'envoyer cette image exquise et poignante repr&#233;sentant l'&#226;me de Shelley. Tu y reconna&#238;tras &#233;galement les traits d'Ortonius et de Culinarius &#8212; mais ils s'effacent dans l'insignifiance face &#224; la splendeur aust&#232;re et capillaire de la plus douce fleur du Vermont ! Merci de renvoyer ce petit bijou avec le plus grand soin et la plus grande attention, soit &#224; Cook, soit &#224; moi-m&#234;me. Il appartient &#224; Cook, et celui-ci nous tuerait tous les deux de mani&#232;re progressive et singuli&#232;re s'il venait &#224; lui arriver quoi que ce soit. De tels tableaux n'apparaissent qu'une fois par g&#233;n&#233;ration et m&#233;ritent un traitement tendre et respectueux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; extr&#234;mement heureux de rencontrer Goodenough. La ville de Brattleboro &#8212; qui s'est autrefois distingu&#233;e par la r&#233;sidence temporaire de Rudyard Kipling &#8212; est un endroit tr&#232;s charmant et vallonn&#233; qui vient de perdre son service de tramway ; et j'ai not&#233; avec un int&#233;r&#234;t m&#233;lancolique le tramway solitaire laiss&#233; sur un bout de voie r&#233;siduel juste &#224; l'ext&#233;rieur du d&#233;p&#244;t d&#233;labr&#233;, comme un souvenir des jours pass&#233;s. On m'a dit qu'il serait entretenu en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne o&#249; vit Goodenough, &#224; l'ouest de la ville, est le coin le plus color&#233; et le moins g&#226;t&#233; de cette Am&#233;rique ancienne que j'aie jamais vu. C'est v&#233;ritablement notre terre ancestrale, sans la moindre intrusion de sang, de coutumes ou de pratiques &#233;trang&#232;res &#224; la Nouvelle-Angleterre primitive. Les collines sont hautes et vertes, les routes &#233;troites et creus&#233;es d'orni&#232;res, et le feuillage riche et intact. Tout ce qui est moderne et d&#233;cadent est laiss&#233; derri&#232;re soi d&#232;s que l'on p&#233;n&#232;tre dans ce monde arcadien et intemporel, et il est presque possible d'imaginer une qualit&#233; magique particuli&#232;re dans l'air, ainsi qu'un ciel plus profond et plus pur. Les fermes sont rares, mais de temps &#224; autre, elles surgissent de mani&#232;re pittoresque au milieu du bosquet des pentes escarp&#233;es. La plupart des maisons sont en bardeaux et non peintes, mais toutes poss&#232;dent la gr&#226;ce et la beaut&#233; naturelles inh&#233;rentes &#224; une simplicit&#233; parfaite, &#224; une construction honn&#234;te et &#224; une adaptation spontan&#233;e au paysage et &#224; la civilisation. C'est, en v&#233;rit&#233;, la concr&#233;tisation parfaite de tout ce que j'ai jamais recherch&#233; dans une vie et un paysage idylliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; de Goodenough &#8212; ainsi que tu pourras le constater sur les clich&#233;s que j'enverrai &#8212; est typique de la r&#233;gion. Je ne pense pas qu'il en soit conscient, puisqu'il n'est jamais all&#233; ailleurs ; mais la beaut&#233; constante du paysage ne peut qu'avoir rehauss&#233; la finesse et la puret&#233; de sa vie et de sa po&#233;sie. S'il devait s'en &#233;loigner pendant un an puis y revenir, je pense qu'il d&#233;couvrirait une perspective qui le ferait se r&#233;jouir davantage encore, et qu'il adopterait une veine pastorale qui faisait jusqu'ici d&#233;faut &#224; sa po&#233;sie essentiellement puritaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le po&#232;te lui-m&#234;me est un personnage rare et charmant &#8212; le parfait rustre colonial, &#233;pargn&#233; par tout ce qui est &#233;tranger, moderne, urbain ou d&#233;cadent. Il est timide, modeste, et conserve une sorte de courtoisie hospitali&#232;re et de dignit&#233; solennelle que seul un homme de bonne lign&#233;e, issu de traditions anciennes et bien pr&#233;serv&#233;es, peut pr&#233;server en cette &#233;poque vulgaire. Il poss&#232;de notamment cette rigueur consciencieuse qui est la marque d'un gentleman de Nouvelle-Angleterre. Son apparence, son &#233;locution et ses mani&#232;res sont extr&#234;mement rustiques, au sens pittoresque et flatteur du terme : il porte une redingote archa&#239;que comme &#171; tenue du dimanche &#187;, comme tu le constateras sur la photographie. Cook a pris de nombreuses photos avec un appareil photo neuf achet&#233; sp&#233;cialement pour l'occasion. Goodenough nous a fait visiter toute sa vieille maison, qui poss&#232;de une immense chemin&#233;e dont les fondations en briques occupent la moiti&#233; de la cave, et nous a offert un verre d'hydromel au go&#251;t d&#233;sagr&#233;able que je n'ai aval&#233; que parce qu'il m'a assur&#233; qu'il s'agissait de la boisson traditionnelle des fermiers de la Nouvelle-Angleterre coloniale. Il m'a &#233;galement offert un exemplaire de ses po&#232;mes. Je suis le premier amateur qu'il ait jamais rencontr&#233;, &#224; l'exception de Cook. Goodenough souffre d'une &#233;trange affection de la gorge qui, ces derni&#232;res ann&#233;es, l'a contraint &#224; parler d'une voix de fausset continue &#8212; et qui, selon Cook, pourrait finir par avoir une issue fatale. Je regretterais que cela mette fin pr&#233;matur&#233;ment &#224; sa vie irr&#233;prochable et champ&#234;tre, car il incarne un &#233;tat tr&#232;s noble de la soci&#233;t&#233; dont il ne reste aujourd'hui que trop peu de survivants. Vivent avec lui son &#233;pouse &#8212; une ancienne institutrice &#8212;, son fils Rupert, blond et viril, ainsi que la femme excentrique de ce dernier, qui craint les visiteurs et ne se montre jamais en public. Un foyer typique de la Nouvelle-Angleterre des XVIIe, XVIIIe ou du d&#233;but du XIXe si&#232;cle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Athol, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit dans les cartes postales que tu as d&#251; recevoir, est une charmante petite ville. Lundi, j'ai gravi une haute colline au nord-ouest du village et j'ai admir&#233; le plus beau paysage rural du nord-est que j'aie jamais vu. Aujourd'hui, je repars pour Boston, Portland, etc. si le temps le permet, mais je rentrerai chez moi s'il ne fait pas beau. J'ai vu Munn hier soir &#8212; il sera &#224; Providence dimanche.&lt;br/&gt;
Bien &#224; toi&lt;br/&gt;
Grand-p&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>nouvelle s&#233;rie | Lovecraft par les lieux</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Lovecraft, Howard Phillips</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;chaque semaine, une vid&#233;o sur un lieu pr&#233;cis de Howard Phillips Lovecraft&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique232" rel="directory"&gt;nouveau | Lovecraft par les lieux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot501" rel="tag"&gt;Lovecraft, Howard Phillips&lt;/a&gt;

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&#8226; &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5362' class=&#034;spip_in&#034;&gt;1925-2025, une ann&#233;e avec Howard Phillips Lovecraft&lt;/a&gt; ;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;a href=&#034;https://www.librairie-tiers-livre.store/collection-lovecraft/p/1925-2025-une-anne-avec-howard-phillips-lovecraft&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le Kalem Club : la lettre mail d&#233;di&#233;e, et l'ensemble des compl&#233;ments r&#233;serv&#233;s&lt;/a&gt; &#8212; acc&#232;s fixe et d&#233;finitif, le plus d&#233;cisif soutien &#224; cet hommage Lovecraft ;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #01 | &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5386' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Brattleboro, l'homme qui vous attend &#224; la gare&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #02 | &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5387' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Mobile, ce qu'on sait quand on ne sait rien&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #03 | &lt;a href='https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article5388' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Elisabeth, Scott Park, le banc o&#249; ne fut pas &#233;crit Cthulhu&lt;/a&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; #04 | des rochers noirs de Newport ;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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