contribution auteur | Julidé

hiver 2018, recherches sur la nouvelle

découvrir un auteur au hasard !
(rafraîchir la page si mise en boucle...)

Pour l’instant je suis incapable de me présenter autrement que par mon prénom. Ce qui en soi est un aveu et tout un programme.
Propositions 1 _ 2 _ 3 _ 4 _5 _6 _ 7 _ 8 _ 9 _ 10

proposition n° 3

Quatre légendes nous rapportent l’histoire de Yorgos, jeune et vif garçon de la belle île de Chios, qui fut, dit-on, arraché à sa belle terre natale pour servir le Sultan ottoman dans le corps des Janissaires.
Selon le prêtre orthodoxe du village, Yorgos put être protégé et sauvé grâce à la formidable solidarité qui reliait les Chrétiens entre eux.

Selon les habitants de l’île qui le racontèrent à leurs enfants, Yorgos n’a jamais été enlevé : il préféra se ruer dans le vertigineux ravin qui s’ouvre aux pieds de son village dès qu’il vit le corps des Janissaires grimper laborieusement les coteaux escarpés de sa montagne.
L’un des guides actuels de l’île, descendant des parents de Yorgos fait se pencher les touristes turcs un peu inconscients sur le bord du précipice. Tous imaginent alors, éperdus d’une culpabilité et d’une frayeur diffuses, la dépouille à jamais perdue du jeune garçon qui refusa l’esclavage et refusa de quitter son si beau village, sa si belle île, même pour un devenir un beau et puissant soldat promis à une fabuleuse carrière au sein d’un empire conquérant.

Selon les sources ottomanes, le jeune garçon élevé dans le corps des Janissaires reçut la plus belle éducation qui fut et accéda aux plus hautes sphères de l’Empire. Il serait resté un vulgaire berger s’il était resté à Chios, quel gâchis. Un esclave lui, ce beau et intelligent jeune homme ? Jamais. Un vizir plutôt. Et un excellent vizir. Peut-être un peu trop ambitieux, peut-être un peu trop oublieux.

Selon l’écho des histoires qui n’en finissent pas d’éclabousser de sang les montagnes des deux rives de l’Egée, Yorgos est mort, d’une manière ou d’une autre, à 12 ou à 40 ans, à cause de la folie des hommes.

proposition n° 2

En février 1874, depuis sa cellule 252 de Mons, Verlaine fit un rêve. Les murs de la prison tout à coup se mirent à fondre comme de la glace au soleil. L’eau froide mouillait les bas du pantalon et enjoignait le poète à grimper sur la petite table qui n’était plus adossée à quoi que ce soit, tous les murs de toutes les cellules ayant fondu au même moment. Verlaine vit les autres prisonniers enjamber ce qui restait des murs liquéfiés et suivre les flots qui s’écoulaient vers les ruelles de la ville.

Tous pataugeaient dans les eaux glacées mais revigorantes en poussant des cris de demoiselles réjouies poursuivies par des gardes désemparées qui se demandaient où s’arrêtait leur mission. Ils se répandirent bientôt aux quatre coins de la ville, rejoignant les flots de la Haine et même de la Trouille. Verlaine entendit longtemps l’écho de leurs rires dans la ville inondée. Il ne pouvait se résoudre à descendre de la table sur laquelle il s’était réfugié. Le carré sec et propre le rassurait. Quelle idée de se mouiller ainsi ! Il vit son lit étroit se mettre à flotter et descendre lui aussi vers la Trouille. Peu importe. Il n’y avait, certes pas assez d’espace sur cette table pour y dormir mais il pouvait s’y agenouiller, les pieds au sec, protégé.

Au réveil, les draps étaient rêches mais propres.

proposition n° 1

Le ciel est d’un bleu de contes de fées, avec des jolis nuages moutonneux, parfaitement dessinés. C’est la caricature du bonheur, du grand air, de la beauté, des horizons ouverts et des cimes porteuses de promesses diverses. On dirait les alpes d’Heidi, ce dessin animé qui me laissait dans une si grande mélancolie, même – surtout- quand la petite retrouvait ses montagnes et qu’elle gambadait légère et court vêtue les pieds nus dans les glaïeuls. Liberté et sensualité.
Nous sommes descendus d’un car immatriculé en Grèce dont on se demande ce qu’il fiche là dans les Alpes suisses. Mais pourquoi pas, les pieds nus sont sans racines et volages- même froids.

La petite route qui avance entre les immeubles trop hauts, trop laids est toute en courbes. Pourquoi serpente-t-elle, alors que le terrain est tout plat, sans obstacle aucun ? Elle est bordée de pelouses vertes, plutôt bien entretenues. Qui sentent bon le pays pluvieux. Sentent-elles ? Oui seulement quand elles sont tondues. Mais l’odeur d’herbe coupée ne parvient pas jusqu’aux derniers étages des tours dont les rez-de chaussée sont régulièrement inondées par les pluies. C’est la Ronde-Couture, un quartier prioritaire et en déshérence de l’Est français. Quel drôle de nom.

Les immeubles de brique du 19ème arrondissement parisien abritent un jardin intérieur totalement fermé, encadré, que l’on ne soupçonne pas depuis les avenues larges et bruyantes de l’extérieur. On se demande qui y a accès. Personne sans doute à part le gardien et un jardinier. Paysage trop composé, restreint et dépeuplé mais où résonnent les bruits des voitures pas loin. Des grands arbustes fleuris sont plantés dans des pots gigantesques -mauves. Le long des allées qui mènent à des portes condamnées, des buis bien taillés, nains un peu ridicules. Quelqu’un a réfléchi à la composition du paysage. Les arbustes ont des tailles et alternent des formes étudiées. Ce quelqu’un aime les fleurs roses – je ne sais toujours pas le nom de cet arbuste. Désolante ignorance.



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1ère mise en ligne 31 décembre 2018 et dernière modification le 13 janvier 2019.
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