Together through life (quelques nouvelles de Bob Dylan)

Dylan à Paris cette semaine, et "Bob Dylan, une biographie", en poche le 15 avril



- note du 15 avril : ça y est, Bob Dylan, une biographie au Livre de poche, en librairie, 6,75 euros, ou commande directe ci-dessous.
-  note du 9 avril : après le concert, par Arnaud Maisetti

Deux concerts de Bob Dylan à Paris cette semaine, et, le 15 avril, parution en Livre de poche de mon Bob Dylan, une biographie.

Le Journal du dimanche (merci Carlos Gomez) m’a demandé (du jour pour le lendemain, rythme presse !) un texte dont le seul modèle serait, en fait, Le savon de Francis Ponge, pour ce qui est de l’attraper, cet homme-là...

- et toujours : dossier Bob Dylan sur tiers livre

NOUVEAU : Bob Dylan, une biographie au Livre de Poche, en librairie depuis le 15 avril, avec postface inédite : 6,75 euros.

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Together through life | quelques nouvelles de Bob Dylan

 

Together through life : traverser la vie ensemble ? C’est le titre de son prochain disque, on l’aura le 28 avril. Et, ces deux jours, les veilleurs ont pu en écouter librement un titre sur son site : Beyond there lies nothin’, « au-delà plus rien », avec cette inimitable connotation de mort et de route éternelle qui signe ses textes.

Et puis il tourne (le site officiel ou, mieux les boblinks) : mais pourquoi un musicien, plus qu’un auteur, s’arrêterait à 68 ans ? Ce qui est étrange, c’est de se demander quelle idée il en a, lui, de ce vieux monde qui hante ses chansons : à jouer plus de cent ou cent trente fois dans toutes ces villes dont il doit à peine être conscient du nom, depuis le fond du Michigan (Rothbury, le 5 juillet) jusqu’à une nuit venteuse du Canada en hiver, et là, ce début d’avril arpentant l’Europe et deux soirs à Paris ?

L’an passé, il joue à Toulouse et Grenoble : ceux qui font le voyage de Grenoble sont déçus, un petit homme chapeau vissé sur les yeux, isolé parmi le grand bruit de musiciens impeccables (ceux qui l’accompagnent, rodés, sur le nouveau disque), et marmonnant presque inaudible. Mais ceux de Toulouse reviendront illuminés : vieilles chansons décortiquées, avec ce travail de la voix à blanc raclant les syllabes pour leur faire rendre, quand bien même on les connaîtrait toutes, ce que ces chansons devenues notre chose commune ne nous auraient pas encore dit, de nous-mêmes ?

Ainsi, cette semaine, à Stockholm (c’est déjà sur YouTube), il a repris ce One more cup of coffee présente en 1975 dans son disque Desire, et probablement composée en plein divorce, dans ces deux mois où il était venu s’héberger près de Chamonix chez un ami peintre, sans que personne ne s’aperçoive de sa présence en France.

Cherchez sur Internet : des Rolling Stones, on pourra toujours retrouver à peu près où ils sont et ce qu’ils font. Dylan, lui, étanche, invisible (et rien moins que dix-sept maisons attestées). Ces deux ans, il produit lui-même une émission de radio, où il explore l’archéologie de la chanson : Aznavour traduit en Amérique, dans les années cinquante…
Et pas vraiment de passé, on pousse tout ensemble : réédition chez Columbia de ce fabuleux concert d’avril 1962 au Gaslight (le petit club des débuts, en 1961, dans le « Village »), qu’on avait tous dans nos « bootlegs ».

Parce que là aussi il invente, Dylan : les disques sont les témoins de leur exacte période, des techniques d’enregistrement, et de la façon dont lui, Dylan, les détourne. Son Blonde on Blonde de 1966 enregistré en deux fois trois jours, définitif monument. Son Bringing it all back home de 1965 qui a fait basculer le monde et donné son vocabulaire au rock, avec sa face acoustique, sa face électrique, et les paroles tout droit prises au flux surréaliste.
Vous ne savez pas comment le prendre, vous savez qu’il a eu des périodes faiblardes (justement, c’est lui aussi : trace d’un chemin…), alors attaquez par le coffret Bootleg Series (rare and unreleased 1961-1991) : l’atelier, les chansons non retenues, les ébauches qui loupent, les moments de grâce. Dans Dylan au travail, alors plus rien qui date : juste un type et sa musique.

Mais l’atelier se prolonge : ainsi, en décembre, Tell Tale Signs (album de l’année aux Etats-Unis). Deux CD qui revisitent ces moments qu’il décrit dans son livre, Chroniques vol.1 (apparemment, il ne s’est toujours pas collé au 2, mais avec lui allez savoir…), les deux mois d’enregistrement avec Daniel Lanois, Dylan au plus bas, cette maison louée dans le vieux New-Orleans, les micros vintage et les dobros, la moto pour les échappées bayou, et ces miracles de chanson comme Political world, Dignity (qui ne figurera pas dans le disque, pas plus qu’un de ses plus beaux hommages, Blind Willie McTell, ne figurait dans ce qu’il avait retenu de son travail avec Mark Knopfler). Dans ce nouvel rare and unreleased 1989-2006, ce sont parfois les premières prises avec Lanois, deux guitares sèches et le pied qui racle le plancher, ou l’étrange Series of dreams, ou deux fois la chanson Mississipi (« la seule connerie que j’ai faite, partir du Mississipi un jour trop tard »), ou bien d’avoir (choisie parmi quelle masse d’archives, et pour quel souvenir ?) pris sa guitare acoustique le 30 juin 1992 à Dunkerque pour une vieille chanson de la Carter Family…

Dylan, tout cela à la fois. Et que Tell Tale Signs, même si vous ne connaissez pas Dylan, ou n’avez qu’un vague souvenir des hymnes politiques des débuts (ah, cette nuit de New York en pleine crise de Cuba, ou chantant une vieille balade anglaise et lui greffant de nouvelles paroles, A hard rain gonna fall incarne toute la guerre froide et la menace nucléaire), allez-y de confiance : ce n’est pas un chanteur de variété, c’est un tableau de Picasso, dans une œuvre que lui-même s’est refusé à jamais stabiliser.

Est-ce que c’est pour cela qu’il est aussi personnage de fiction Dylan ? L’an passé, le film I’m not there de Todd Haines monte cut des phrases d’interview réelles sur un genre de Rimbaud agité filmé plein face (quand Dylan sur scène veut sa Stratocaster, il dit à son assistant : Bring me Rimbaud…), et jouant d’une filmographie aussi riche que les disques (depuis la tournée de 65 dans Dont look back jusqu’au portrait de Martin Scorcese…). Il est fiction parce que nous nous sommes tous construits contre le monde, autant que par les rêves que nous en avions : et qu’à chacun de nos âges une chanson de Dylan venait là.

Que chantera-t-il, ces deux soirs au Palais des Congrès ? Se servira-t-il même de sa guitare, ou bien il restera de profil, vissé au clavier électrique et à l’harmonica, parce que l’arthrose est dans les doigts, même si la tête est claire ?

Qu’on réécoute, tiens, cette toute simple chanson d’amour que Johnny Cash avait reprise dès 1962, pour l’aider à démarrer : Don’t think twice it’s allright…. Il n’y aurait pas d’éternité, ici ? Mais toujours cette éternité insauvable, jamais attrapée, sens Rimbaud : « Elle est retrouvée… Quoi ? – L’éternité. » Son nouveau disque, à Bob Dylan, ne parle que de ça encore, dans chaque titre. Et, comme d’habitude, on l’attendra.

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 16 avril 2009
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