Scriptopolis | l’identité de ces écrivains

tiers livre invite scriptopolis, et réciproquement

C’est Scriptopolis qui a proposé : un site que je suis depuis longtemps, parce qu’il y est question des signes de la ville, qu’il y a écriture et images, une réflexion qui naît depuis le blog, ce ne sont pas les seuls, mais c’est cette réflexion-là qui m’est proche, qui m’augmente dans mon rapport au monde.

Jérôme Denis, un des 3 créateurs de Scriptopolis, me propose donc d’écrire, un vendredi, dans son site, à la suite d’autres invités. Qu’est-ce que j’aurais répondu, sinon : – Faisons échange...

La surprise, dans ce cas, pour le blogueur, c’est d’écrire pour un contexte graphique différent du sien, en dialogue avec des textes qui ne sont pas les siens. Alors merci pour l’expérience.

D’autre part, pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites. Ainsi, pour nous accompagner, échange symétrique entre liminaire et fenêtres open space, et on se met à votre disposition pour organiser le grand dérangement suivant !

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Jérôme Denis | L’identité de ces écrivains

 

Nous partons pour une usine qui laisse certains de ses étages à des artistes d’intérieur et ses murs aux graffeurs du monde entier sous la responsabilité de quelques uns de la vieille école. 5 Pointz dans le Queens. En face de PS1 où nous n’irons même pas jeter un œil. Un graffeur ici s’appelle un écrivain. Je suis le seul à ne pas en être, à ne rien poser. Mais j’ai quand même un nom. Ink, qui a réservé le créneau spécialement pour le retour de son ami dans les parages, nous a pris en voiture au coin de Jay Street. Rebel est sur le siège passager. L’argot file à cent à l’heure, les blagues nous arrivent par bribes sur l’autoroute toutes fenêtres ouvertes. Nous parlons de Sonic qui nous a accueilli pour un barbecue sur son balcon le soir de notre arrivée. Il nous rejoindra dans l’après-midi, avec sa femme et sa fille. Derrière, nous ne disons pas grand chose, un sourire idiot aux lèvres, prêts pour le beau week-end qui commence.

Mais l’écriture c’est bête ça ne se fait pas tout seul, il faut s’armer, faire le plein de bombes. Le coffre est déjà plein mais toutes les couleurs n’y sont pas. Toutes les quantités non plus. Un arrêt donc par un Home Depot dont le rayon Spray Paint Cans est vite trouvé. Face à lui tout ce qu’est le graffiti saute aux yeux.

D’abord un gros consommateur de ces canettes qui semblent si précieuses derrière leurs grilles cicatrisées, forcées, doublées par endroit. Un consommateur qui n’a pas toujours payé pour son instrument d’écriture et a parfois laissé aux pauvres bricoleurs du dimanche à peine de quoi repeindre sa voiture. Et donc un geste de délinquants. Un interdit, n’en déplaise aux visiteurs du Grand Palais. La grille qui jure avec l’offre Buy 2 Get 1 Free n’est d’ailleurs pas le seul moyen d’assurer le mieux qu’on peut que ces bombes là ne serviront pas à écrire son nom sur des murs sans autorisation. Pour partir avec elles, il va falloir montrer son identité.

Et il n’en est pas vraiment question. À la caisse, une charmante demoiselle devient le témoin et l’objet de la virtuosité langagière que seule la rue permet de développer. Les pourquoi, les oui mais non, les bon ben on va y aller, les yeux de chats, les lourds compliments masculins l’assaillent. Voilà une autre face de ces personnages qui savent depuis longtemps parler, beaucoup, pour écrire. Les gars, je dois au moins connaître votre date de naissance pour vérifier que vous n’êtes pas mineurs. Voilà le détonateur. Les rires tonnent. Nous sommes pliés, ahuris. Come on baby, I got some tatoos here that are older than you. Wanna see them ? Ce sera la seule identité laissée par eux, un petit français se chargeant de présenter son passeport pour donner le change.

 

© nos invités _ 3 juillet 2009


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