Martha Baillie | Toronto, incidents à la bibliothèque publique

The Incident Report, de Martha Baillie – à quand une édition en France ?


note du 15 décembre 2012
Martha Baillie vient de passer un plein mois de stage à la BPI (Beaubourg) dans le cadre d’un échange avec le réseau des bibliothèques publiques de Toronto. Nombreux avons-nous été donc à faire sa connaissance – parfait bilinguisme, et belle énergie.

Les extraits ci-dessous avaient été traduits à Québec (Limoilou) en octobre 2009 – c’est sa proximité alphabétique avec ceux de Nicholson Baker qui m’avait fait découvrir ce livre...

Martha Baillie, Paris, novembre 2012

note initiale, octobre 2009
Depuis le 1er septembre jusqu’au 1er décembre, je suis en résidence à l’Institut canadien de Québec, qui gère les bibliothèques de la ville (depuis 1848 et l’instauration de la première bibliothèque publique francophone du pays !), dont le vaisseau amiral, la bibliothèque Gabrielle-Roy, est basse ville, au carrefour de la populaire rue Saint-Joseph. J’y suis souvent, parce qu’on y est bien, qu’il y a la wi-fi gratuite, que les ressources sont librement accessibles.

Mais aussi pour ce côté de l’Amérique des pauvres, l’incroyable diversité de ce public populaire. Dans le monde de la consommation-reine, la bibliothèque publique est l’antidote, ouverte à tous, y compris tard le soir et le dimanche. Un lieu où on est facilement livré à soi-même, aménagé pour qu’on puisse disposer de ces coins où on soit tranquille, mais, comme le reste du pays : enfreignez ce qui régit la communauté, et le rappel à l’ordre viendra vite.

The Incident Report est paru au printemps 2009, ce n’est pas son premier, mais son troisième livre. Elle est évidemment écrivain autant qu’on peut l’être, sa biographie en témoigne, et – comme tant d’entre nous (bibliothécaires et écrivains on a notre réserve d’échantillons !) – assume un travail salarié : dans son cas, un temps partiel à la bibliothèque publique de Toronto.

Incident Report, c’est le nom du formulaire officiel reproduit en début de livre, avec description de l’incident, description de qui l’a commis (façon américaine, en commençant par l’indication race).

Mais ce ne sont pas des choses forcément graves, que nous raconte Martha Baillie, mais bien ce que les habitués du Net bibliothèque aiment lire quand Silvère Mercier (Val d’Europe), Michel Fauchié (Toulouse) ou Dominique Macé (Bagnolet) témoignent sur le vif via un petit message réseau en direct de leur propre tour au guichet d’accueil.

Seulement, c’est le contraire d’un livre de sociologie des bibliothèques. En 145 incises, Martha Baillie laisse s’installer tout un réseau de récurrences : les personnages reviennent, visiteurs, collègues de travail, et même souvenirs d’enfance liés au livre et à la lecture – une partition de Verdi abandonnée dans un photocopieur, un livre introuvable sur Arcimboldo vont y aider. C’est aussi un livre sur la façon de travailler ensemble dans ces communautés d’aujourd’hui, où on laisse la vie privée à la porte, mais cela traverse quand même.

Les questions posées font le grand écart, autant que chez nous. Qui on accueille, ce qu’on laisse faire, l’incroyable charge d’humanité que cela représente, que la question de la lecture démultiplie encore. Comment on lit, et ce qu’on vient faire à la bibliothèque, ses écrans et ordinateurs en libre accès.

Les gens auxquels on a affaire, depuis son tour au guichet d’accueil, sont des anonymes ? Ce sont des clients presque au sens de "modèle" (patron). Il y a les listes de livres demandés par les annexes, les notes de service, le chariot de métal des retours, le square d’à côté où on ira manger le sandwich à la pause.

Allez, deux petites heures pour quelques extraits traduits. Cela aussi c’est une question : les livres du Canada anglophone, lorsqu’ils reviennent traduits au Québec, empruntent leur vocabulaire au monde européen. À chaque phrase de cette langue très tendue, jouant avec le registre administratif (c’était aussi le métier de Kafka, de rédiger des rapports sur des accidents de travail), on perçoit le mode de vie spécifiquement américain – moi, là, je traduis en empruntant le vocabulaire de nos bibliothèques municipales...

Et ne jamais oublier qu’il s’agit de roman, que chaque incise dessine à rebours le portrait d’une narratrice à laquelle seule la fiction donne progressivement complexité et chemin.

Mais sait-on : 1, parce que vous n’êtes pas forcés d’attendre une traduction en français pour cette incursion d’écriture dans la machinerie même d’une bibliothèque municipale, 2, parce que si on me proposait la traduction intégrale de ce livre, ce serait avec plaisir, je prends les devants...

Ne manquez pas d’explorer le site de Martha Baillie, et ... avis aux éditeurs... Et si, amis bibliothécaires, vous voulez déclarer vos propres incidents en commentaires, ne vous gênez pas.

 

Martha Baillie | The Incident report, extraits


 

Incident Report 1


Il est précisément 14h15. Un adolescent traverse la bibliothèque. Sur son crâne rasé il porte un bonnet de laine gris. Les mots Love et Fuck imprimés en grandes lettres sombres décorent l’arrière de son treillis militaire. Ses rangers noires donnent du poids à son allure. Un jeune type frêle, mince, les yeux aussi bleus qu’un ciel d’été. Des chaînes d’épaisseurs diverses et savamment intriquées, chacune tressée à la main dans du fil de cuivre, pendent de ses épaules et s’entremêlent sur sa poitrine. Il s’installe dans un fauteuil tout près des fenêtres, derrière le présentoir Magazines.
À 16h15 il vient à l’accueil et me demande à emprunter (« S’il vous plaît, si c’est possible... ») un mini aspirateur à main. « J’ai des petites saletés que je dois nettoyer. » Dans les deux heures qu’il est resté assis, il a dénudé des fils de cuivre avec son mini canif. Je lui apporte le petit aspirateur à piles Dust Buster qu’on a dans le placard des vestiaires. Je ne vois rien, dans le Règlement intérieur, qui m’interdise de le lui prêter. Il me remercie, se baisse, et aspire les débris de plastique tombés de son fauteuil sur notre moquette – son territoire de responsabilité.

 

Incident Report 11


À 12h30, une cliente, cheveux blancs et bien habillée, entre à la bibliothèque, poussant dans son fauteuil roulant un client tout aussi respectable. Elle l’emmène directement dans les rayons. Il lui montre les livres qu’il veut, et remplissent le petit sac de toile accroché à l’arrière du fauteuil, puis elle le roule lui et ses livres jusqu’à l’allée centrale.
Alors l’homme et la femme changent de rôle, l’homme se levant du fauteuil roulant. Elle s’y assoit, il décharge le sac de livres, les dépose sur la banque de prêt, les remballe et ils s’en vont vers la sortie, apparemment sans effort. Il la pousse, et elle manifeste un air d’évident bonheur.

 

Incident Report 15


Il est précisément 10h15. Perruche entre dans la bibliothèque, tête bien haute. Parce qu’il écoute des enregistrements d’oiseaux, parce qu’il vient à bicyclette, parce qu’ici il exige d’être servi, parce qu’il est grand et qu’il lève le poing quand il prétend que Hitler n’a pas fait suffisamment son boulot quand il a voulu nettoyer le monde, parce qu’il me dégoûte et m’effraye, parce qu’il nourrit des perruches, parce que je suis une irréprochable et entraînée employée des Bibliothèques publiques de Toronto, ce matin quand il m’appelle depuis où il est assis, je viens. Je viens, pensant que l’ordinateur qu’on lui a attribué a un problème.
« La prochaine fois que je vous appelle, apportez-moi mes pantoufles », il me sort.
J’ai décidé que je n’obéirai plus jamais à Perruche, quelles que soient mes obligations citoyennes d’employée. C’est un type répugnant, un vachard qui qui voudrait qu’on lui offre sa part de gâteau quand c’est notre fête, et qu’on s’incline et rampe quand il nous insulte. Je lui obéirai plus. Il n’est pas dangereux. Ceux qui sont vraiment dangereux ont moins à dire. Ils sont assis tranquilles.

 

Incident Report 33


A 18h48, un soir de pluie et de froid, une cliente vient à l’accueil et m’informe qu’un homme « s’amuse avec ses parties génitales » au fond de la bibliothèque. Je me faufile au plus vite qu’à la section 970 (Histoire). L’homme en question, qui n’est pas un habitué, vient juste d’arriver à satisfaction et se rhabille. Je lui signifie une exclusion définitive. Les livres dont il s’est servi, même protégés par du plastique transparent, ont été retirés de ce rayon. Parmi eux :
Une histoire qui n’en finit pas : conflits au Moyen-Orient,
Agonie de la Palestine,
Les commencements : conversations entre le rabbin Bernstein et le père O’Sullvan,
L’agonie d’Israë
l.
Il n’y a aucune raison de penser que le client ait trouvé ces titres particulièrement excitants. C’est vrai, par contre, que les livres choyés le plus par les masturbateurs confirmés sont ceux du fond de la bibliothèque. Ils incluent les Beaux Arts, la Poésie, le Théâtre, la Critique littéraire et l’histoire.

 

Incident Report 37


Une jeune femme blonde, petite, vient à l’accueil et me demande des livres sur être enceinte et accoucher. Il est 11h30. Je lui propose de l’accompagner au rayon approprié (cote 618) dans les documentaires adulte. Ensemble on y va. Dans une main elle porte une raquette de tennis. De sa main libre, sous son tee-shirt, elle frotte et gratte la peau sous le nombril. Elle ne s’est pas peignée depuis des jours et ses chaussures n’ont plus de lacets.
« C’est le RCMP », elle dit. « Un stérilet. Ils m’en ont mis un dans l’utérus. Je ne voulais pas qu’ils le fassent. Ils peuvent tout écouter ce qui se passe avec ce truc-là. Ils enregistrent tout. »
« Vous avez tout sur cette étagère », je lui dis. « Tous ces livres, c’est sur être enceinte et accoucher. »
Elle me remercie pour mon aide, pose sa raquette de tennis par terre, s’agenouille et commente à explorer l’étagère que je lui ai montrée, cherchant le livre qui pourrait répondre à ses questions.

 

Incident Report 47


Une cliente à peine trentenaire, la tête penchée et en conversation avec elle-même ou quelqu’un d’invisible pour nous tous, entre à la bibliothèque à 13h45. Mon souci c’est cet enfant qu’elle porte. Je la surveille à distance et me demande ce que peuvent être les conséquences, pour un bébé, d’être enveloppé comme un ballot par une mère qui n’est pas dans son état normal – une jeune femme qui marche sans arrêt, marmottant à voix basse, avec grosses chaussettes tombantes et ses cheveux un fouillis informe.
Je m’approche, et la jeune femme s’écarte. Je passe le coin du rayon, elle se retourne. On entame une sorte de jeu discret de course poursuite, parmi les couvertures de livres. C’est seulement à l’heure de la fermeture que pour la première fois j’arrive à voir le visage de l’enfant. Ce n’est pas un enfant. Juste des vieux vêtements, enveloppés dans un ballot.

 

Incident Report 56


Un client m’informe qu’un homme est allongé par terre dans les documentaires adulte. Il est 18h00. Je trouve l’homme. Même si péniblement capable de répondre, incapable de se relever. Il sent l’alcool, montre des traces de coups et blessures, et porte un bracelet d’hôpital. Quand l’ambulance arrive, les infirmiers le reconnaissent : c’est « Stanley ». L’homme insiste pour dire qu’il n’est pas « Stanley », et déclare que « Stanley » fait « des trucs dégueulasses » en public. Les infirmiers l’aident à se remettre sur ses pieds et l’escortent hors de la bibliothèque.

 

Incident Report 97


Juste un peu avant l’heure de fermeture, un client vient à l’accueil et demande s’il pourrait rester après 20h30, parce que son frère qui devait arriver pour le ramener à la maison n’est pas encore venu le prendre. Je lui explique que non, pas possible.
« La bibliothèque ferme exactement à 20h30, tout le monde doit sortir. »
Il m’implore d’avoir pitié de lui.
« C’est vraiment une catastrophe, plaide-t-il, vous de ne pouvez pas savoir ce qui va m’arriver, si vous me forcez à sortir avant que mon frère arrive. »
« La bibliothèque ferme à 20h30 », je répète.
« Si vous ne voulez pas me laisser rester, alors vous pourriez m’accompagner au commissariat de police, quand la bibliothèque fermera ? »
« Je ne peux pas vous accompagner nulle part, désolée. Je suis à bicyclette. Mais je peux appeler la police, si c’est ce que vous voulez : ils viendront et vous emmèneront ? »
Il accepte, et je compose le numéro. La police répond que oui, ils promettent d’arriver vite et d’aider mon modèle homme. Tout est convenu. Dix minutes plus tard, à 20H35, le frère de l’homme arrive et dit qu’il le ramène à la maison. La police, qui arrive quelques secondes après le frère, trouve satisfaisante sa proposition et repart d’où elle est venue.
Le modèle me remercie de lui avoir sauvé la vie. Il monte dans la voiture de son frère et ils partent.

 

Incident Report 109


Il est 16h15, trois enfants mettent le feu à un tortillon de papier dans le secteur jeunesse. Une très délicate courbe de fumée s’élève derrière les couvertures de livre, révélant la présence des enfants. Ils expliquent qu’ils sont en train de « faire une expérience scientifique » et ne tendent qu’avec beaucoup de réticence le briquet sans lequel il sera probablement difficile de pousser plus loin l’expérience.

 

Incident Report 127


Un client, communément appelé « Le joueur d’échec miteux », auquel ses longs cheveux gris emmêlés et une odeur certaine assurent son quota de solitude, a l’habitude de venir jouer aux échecs sur nos ordinateurs. Il joue alors aussi longtemps qu’il en a l’autorisation. Quand on lui demande d’arrêter, parce que le temps est passé, il s’en va tranquillement lire le journal. Il s’endort fréquemment, et parfois ronfle si fort qu’on doit l’éveiller. Parfois il tente d’entamer la conversation avec de jeunes enfants, leurs mères ou grand-mères, mais – admettons-le – avec peu de succès. Il semble qu’il n’aime pas les plus grands, en leur présence il s’agite. Plus d’une fois j’ai repéré des ados qui se moquaient de lui et j’ai dû intervenir.
Cet après-midi, un gosse de sept ans, le visage couvert de larmes, nous a dit avoir été poussé violemment dans le dos par un homme à longs cheveux. Irène a tout de suite reconnu le Joueur d’échecs miteux comme le coupable. Une lettre de huit semaines d’exclusion lui a été envoyée.
C’est important de respecter les règles. Personne n’est dispensé de suivre les règles. Pousser un enfant dans le dos n’est pas acceptable.

 

© Martha Baillie, The Incident Report, trad FB.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 17 octobre 2009 et dernière modification le 15 décembre 2012
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Messages

  • 15h ils sont cinq jeunes de 13-14 ans à s’installer sur les fauteuils baignoires près des vitres et de la lettre M, bras et jambes écartés. Lorsqu’on leur demande ce qu’ils veulent faire, ils disent l’un après l’autre : on parle.
    A la bibliothèque, quelque fois on vient parler. Les gars attendent les filles et les filles attendent les gars. Et ils parlent.

    • dans le meme style, mais hors sujet : ce que raconte loran bart presque quotidiennement sur facebook sur les visiteurs de Saché : exemple : Loran Bart a participé à l’accueil des enseignants (pour leur présenter nos ateliers imprimerie, écriture, caricature...) et a observé un ronchon ("mais l’imprimerie, c’est vraiment une avancée par rapport aux moines copistes ?"),des mai...tresses enthousiastes, d’autres sceptiques ("pour des CM oui, mais pour des CE...?").

  • Bonjour,

    Je trouve curieux de traduire l’anglais patron par modèle : c’est effectivement l’un des sens de ce terme (comme, en français, un patron de broderie, par exemple, dont le synonyme est d’ailleurs modèle). Mais ce n’est pas l’acception dans ce contexte : il aurait, à mon avis, fallu simplement le traduire par client.

    • oui, vous avez raison – je corrige en conséquence - en même temps ce mot est vraiment traité de façon non banale par Martha B – précisant homme ou femme, et toujours en situation très anonyme en début de séquence - ça marche quand c’est collectif, patron, au sens ou au théâtre on dit le public mais ça ne marche pas au singulier

    • client va bien, mais surtout au sens "un drôle de client" qui n’est pas le premier auquel on pense

    • expression communément employée ici aussi dans les facs, disent rarement "nos étudiants" et presque toujours "notre clientèle" et je n’arrive pas à m’y faire

  • Ces épisodes racontés, "rapportés", me rappellent soudain une "mission" militaire, pendant mon service du même nom, où nous fûmes affectés, environ une compagnie (à tous les sens du terme) à la garde d’un fort désaffecté dans l’Est, pendant une dizaine de jours.

    Les gardes succédaient aux gardes... En tant que brigadier-chef, je devais consigner sur un grand cahier à lignes (dont les pages antérieures aux miennes étaient un véritable poème) tout mouvement "suspect" de promeneurs égarés ou de véhicules non identifiés s’aventurant devant notre réduit.

    Au fil des jours, j’inventais par écrit de faux "incidents", car ils étaient rares, à partir parfois d’une observation véridique :

    "* Vendredi, à 13 heures 16, une voiture noire, de marque Citroën, immatriculée 345 GF 25, ralentit devant la porte du fort, stationne environ dix minutes, puis repart. Un homme et une femme observent attentivement, depuis le véhicule, la porte d’entrée pourtant infranchissable.

    * Mardi, à 18 heures 54, un "touriste" prend en photo la casemate. Il mesure environ 1, 75 m, est habillé d’un K.Way rouge et d’un pantalon bleu."

    J’ignore s’il a été donné suite à quelques-unes de ces notations destinées, en cette période des années après 68, à la Défense nationale.

    Voir en ligne : Le Chasse-clou

  • Samedi 17. Milieu de l’après-midi. C’est assez calme. Un jeune homme se penche vers moi, par dessus l’écran du bureau de prêt. Il doit avoir quatorze ans à tout casser. Adolescent frêle dans sa veste de survêtement. Il a une voix qui n’est pas ajustée à son physique, une voix rauque et très très basse, une voix en creux. Il est d’origine d’Afrique du nord. Il me demande cette chose : " Auriez vous un film sur la passion du Christ ?". "Passion du Christ " sont des mots qui me surprennent dans la bouche de ce très jeune homme. Un peu étonné je cherche à savoir le pourquoi de sa demande, tout en naviguant sur mon écran entre Pasolini, Zefirelli et Scorcese. Il se penche encore plus, et murmure ceci à mon oreille : "Parce que vous savez, le Christ a été assassiné ! La croix, le sang partout, c’est vrai ! ".
    Les films recherchés étant empruntés, je veux lui dire de faire une réservation mais il est déjà parti. Il reviendra plusieurs fois dans l’après-midi se coller contre le bureau de prêt, ne demandant rien. Puis à l’heure de la fermeture de la bibliothèque, je le croise, un dvd à la main. Je lui demande si il a trouvé quelque chose. Il sourit. Un sourire entre malice et tendresse. Il me montre le film.
    C’est Rocky de Silvester Stallone.

    Ce n’est pas vraiment un incident. Mais quand même, quel regard il a ce garçon de Bobigny, quelle présence, quel magnétisme !

    François §