La Défense | réserves d’art en caisse

résidence Paris en Toutes Lettres, visite du Centre national d’art plastique


Du dehors, c’est comme un périscope. Hier soir, j’avais remarqué cette surface vitrée, un peu terne, même agrémentée d’un drapeau européen et du drapeau bleu blanc rouge. Discrétion délibérée, paraît-il. Je n’aurais pas supposé qu’aujourd’hui j’y entrerais.

Dessous, un atrium façon Ircam, on remarque bien que les dossiers sont nombreux et que la décoration ne fait pas tellement dans le contexte entrepreneurial. On reconnaît les noms, les expos.

Descente au premier sous-sol, étage technique : atelier de restauration, pas seulement d’oeuvres contemporaines, et c’est étrange de les retrouver là, les oeuvres en nettoyage ou réparation, décadrées, devant le petit patio de ciment à ciel ouvert. Atelier de photographie. Espaces de stockage pour les oeuvres partant ou revenant d’expositions.

Nouvelle descente : l’étage de la desserte des livraisons et camions. Portails lourds, badges de sécurité. De l’autre côté, comme par hasard, le nom de la voie souterraine c’est l’allée des sculpteurs – parce que large gabarit qu’il a fallu pour apporter les oeuvres monumentales sur le parvis.

Nouvelle série de portes, oui, étonnamment lourdes. Métal double épaisseur. Escalier de fer dans cage nue. Ici on conserve dessins et photographies. Des meubles à larges tiroirs plats. Pour les diapositives et certains films, on doit aussi conserver les appareils qui permettent le visionnage. Mais ici, section design, on achète aussi bien une cocotte-minute qu’une guitare Gibson (j’ai vu les deux, côte à côte).

La réserve des toiles c’est ensuite. Attention, que du contemporain : des années soixante-dix à aujourd’hui. Au premier sous-sol, la grande salle de commission où se décident les achats, aux artistes d’aujourd’hui. Ici, dans la réserve, aux changements ministériels, les épouses de ces messieurs viennent choisir la nouvelle déco de l’appart de fonction. En général, ce n’est pas le contemporain qu’elles recherchent. Ça ouvre à pas mal de scènes cocasses – mais je ne cafarde pas.

Sur le site du Centre national des arts plastiques, sont accessibles en ligne dix ans de collection, 1998-2008, et les acquisitions 1968-1998 devraient venir imminemment.

On en sort un peu comme de chez ces bouquinistes à gros stock : on sait ce qu’on doit, chacun, aux plasticiens les plus nécessaires. Moi aussi, d’ailleurs, j’étais là, pour un travail (à l’initiative du Cnap) avec Bruno Serralongue. Mais c’est l’image brute de tout ce qu’une époque fourbit côté art, avec les maladies, les plantages, les certitudes qui n’en seront plus trois ans plus tard. Alors, ce qu’on voit tout aussi à cru, c’est le travail en tant que tel d’un établissement public, entre soutien et archivage, l’intentionnalité et le récolement.

Merci à Pascale Cassagnau pour l’accueil, et le sandwich partagé avec quelques-uns de ceux du Cnap, façon Défense, parmi 10 000 autres, sur les bancs de l’esplanade.

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1ère mise en ligne et dernière modification le 4 mai 2011
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