Emaz en son Cambouis

Antoine Emaz lit "Cambouis" et "Jours" à la BU d’Angers


Disons que la poésie va têtue, depuis des siècles, contre la bêtise, en variant cette tension vivre/écrire. Elle ne s’habitue jamais. Le défi est peut-être là : qui n’a pas envie de s’habituer ? Même dans mon travail, je ne suis pas radical en permanence. Je garde des poèmes qui fendillent ou deviennent cassants. J’en détruis d’autres, c’est vrai. Ni saint ni martyre, j’essaie d’être juste pour ce qui me concerne, et au-delà de mon étroite peau, je fais confiance à d’autres.

Le 12 mai 2011, pour clore nos nocturnes d’écriture à la BU d’Angers, nous recevions un poète essentiel, Antoine Emaz. Il vient en voisin, puisqu’il vit et enseigne dans la ville. Ce n’est pas la position la plus facile pour entrer dans la lecture : je le sais pour moi, en tout cas.

Antoine va lire lire des extraits de Jours, puis prendra Cambouis : il s’y explique de son travail de notes, intentionnel, volontaire, permanent, alors que la poésie doit surgir et vous traverser.

Cambouis a été précédé de Lichen, lichen, et nous travaillons à l’édition numérique de Cuisine. Lectures des autres poètes, ou de ceux qui ont précédé. Écoutes (dans Cuisine, souvent le rock). Le jardin, la table, l’école. La fabrication des livres, les épreuves, la mise au point graphique avec Djamel, son éditeur de Tarabuste.

Ci-dessous deux moments de cette lecture. La vidéo de la soirée sera bientôt disponible à la BU d’Angers.

Et j’ajoute cette image : quand Antoine Emaz lit, l’appui de ses pieds au sol se transforme. Ses e-mails, il les finit traditionnellement par un Bonne énergie : cette énergie, voilà d’où et comment le corps la prend. Ça ne se fait pas de montrer un poète par ses chaussures – mais chaque fois que je le vois lire, c’est cela que je regarde quand j’écoute, loin du visage, juste dans cette voix qui tranche, découpe, pousse en avant... Et pourtant ce refus de tout apparat.

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J’ajoute aussi, pour la première fois, quelques lignes de Cuisine, si fiers nous sommes qu’Antoine Emaz ait accepté de le confier à publie.net.

Il y a bien un apprentissage ; il peut passer par l’école, le travail solitaire, l’atelier… bref par une pratique. Dans le même temps, reste à lire. Reste enfin à dépasser l’apprentissage et les lectures. Là, on doit être à peu près sur la ligne de départ d’une œuvre possible. Reste à vivre et se dépasser soi-même, crise violente ou évolution progressive, pression du dehors et exigence du dedans.

Cette démarche ne me semble pas spécifique au poète ou à l’écrivain ; elle est celle de n’importe quel artiste. Le médium n’importe pas, il fait seulement appel à des « dons » différents, mais c’est bien pour cela que l’on choisit d’être peintre ou musicien ou danseur, ou poète…

Il s’agit toujours d’aller vers soi pour l’autre. Comment est-ce que je vais triturer singulièrement le medium pour être à la fois le plus complètement moi et le plus ouvert à autrui, à mon temps et à ce qui dépasse mon temps ? Cela revient à travailler au plus profond ma part commune.

© Antoine Emaz, Cuisine, à paraître.

 

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 20 mai 2011
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