résidence Louvain | qu’est-ce qui pousse à écrire ?

programme, et de quoi qu’on y cause


Le dispositif de résidences d’artiste à Louvain-la-Neuve est vraiment original : chaque année une discipline différente (les Dardenne avaient inauguré avec le cinéma, ensuite il y a eu la photographie, le paysage, l’an prochain ce sera la danse), les enseignants liés à cette discipline font plusieurs propositions.

J’ai donc été choisi il y a un peu plus d’un an, calendrier à plus longue fréquence que le mien. Le projet inclut une masterclass, une « carte blanche » de restitution début mars, avec les travaux des étudiants, une lecture performance personnelle avec Dominique Pifarély, et j’ai demandé aussi la possibilité d’inviter à performer 3 auteurs belges, politesse qui me semble évidente.

Je suis donc présent à Louvain une semaine sur deux, au moins deux jours de cette fin septembre jusqu’à début décembre.

Comment un écrivain peut-il se manifester publiquement sur un tel site ? J’aurais pu envisager des lectures criées sur ces places piétonnes, une fois le midi une fois le soir, en sciences ou en lettres ou devant l’Aula Magna. On m’a proposé plus sagement quatre conférences, et une exposition, en même temps que le programme global du service culturel prenait aussi pour thème le mot Ruptures.

Expo : un lieu curieux, juste à l’entrée du sas obligatoire de la ville, au-dessus de l’escalier qui descend aux voies ferrées. Lieu composé de trois salles – l’idée est d’y placer 10 des trésors choisis dans la salle précieuse de la bibliothèque. Ils seront mis en valeur sous vitrines, avec de l’espace. Derrière, sur le mur, une infographie sur l’équivalent de ces objets de rêve, curiosité, technique ou savoir dans le contemporain numérique de l’ensemble des disciplines enseignées ici. Et, dans l’iPod qu’on vous prête à l’entrée, pour chaque objet, des textes lus, j’en rédigerai certains, d’autres membres de l’équipe aussi, et nous y adjoindrons quelques gâteries. Autour d’une originale des Méditations de Descartes, un peu du Descartes de Bergounioux, enregistré par étudiants théâtres. Tout cela, on en construira aussi l’existence virtuelle.

Et donc, quatre conférences – autant de rendez-vous intérieurs, avec tout le voyage de Saint-Pierre des Corps à Louvain-la-Neuve, via Paris et Bruxelles, pour la montée en pression.

L’an dernier je travaillais à ce qui deviendrait Après le livre, j’avais proposé pour les conférences d’en reprendre la structure : quatre âges de la mutation permanente et violente de l’écrit, de l’origine au codex, puis l’imprimerie, la presse et le feuilleton, enfin la perspective numérique.

Mais il me semble que la question même du livre s’éloigne en arrière, dans le paradoxe d’ailleurs d’une université comme les autres en pleine bipolarité, avancées numériques radicales dans le domaine des sciences ou de la médecine, et lettres à la traîne. On ne voit pas beaucoup de liseuses dans les poches. Pourtant, chaque étudiant a son notebook, et je connais déjà ceux qui twittent.

C’est donc de littérature dont je veux parler, de la littérature devant le monde, se générant et se renouvelant ou s’accomplissant par lui.

Je sais que Marc, Frédéric, Érica m’accordent leur confiance pour ces moments que je voulais non pas comme un cours (je n’en suis pas capable) mais comme des rendez-vous – méditations à voix haute – là où j’en suis de ma propre réflexion.

1, inventer en période de transition

Pour la première conférence, le 13 octobre (ça me semble déjà loin d’une éternité), je suis revenu là où tout commence : Rabelais. Inépuisable, et si méconnu. J’ai tenté de le visiter non pas en le cherchant pour lui-même, mais en tentant d’examiner la genèse du Pantagruel dans le contexte même du bouleversement initié par l’imprimerie toute neuve.

2, qu’est-ce qui pousse à écrire ?

Pour la deuxième "méditation à voix haute", le jeudi 3 novembre, je voudrais mettre en avant cette question : qu’est-ce qui pousse à écrire ?, et l’examiner depuis les formes les plus anciennes des mutations de l’écrit dans notre civilisation, modes de passage de l’oral à l’écrit, évolution des premiers supports, tablettes, rouleaux, codex, et comment a pu progressivement s’instaurer une dialectique du support et des contenus, qui peut encore valoir dans notre contexte de passage à l’écriture numérique.

3, surgissement du moderne

Pour la troisième conférence, le 17 novembre, je recroiserai ce qui était prévu, ça s’intitulera surgissement du moderne, prendre plus ou moins ensemble Balzac, Baudelaire et Proust, avec quelques ombres derrière, non pas comme oeuvres closes, mais mouvements brisés, tenant leur unité de cet arbitraire que Proust disait obligatoirement rétrospectif. Et donc en question : si nous n’inventons plus dans le carcan du genre, et l’obsolescence du roman normalisé de l’industrie culturelle, quels objets nouveaux à défier ?

4, Henri Michaux, hommage

Pour la quatrième conférence, le 24 novembre, ce sera un hommage à Michaux. Reprendre ce en quoi il est pour nous un chantier complexe et décisif, et comment notre approche numérique de la complexité du réel, y compris langue et récit, le replace encore plus urgemment devant nous.

Conviction très tranquille que tout ce que j’aurai pu dire en prenant l’approche de la mutation du livre, je le recroiserai en m’y prenant de cette façon.

Donc bienvenue si vous êtes à proximité (photo : autre porteur de sacs et bagages à Louvain-la-Neuve).


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 24 octobre 2011
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