traverser Pierre Patrolin à la nage

ceux qui arrivent à faire un livre là où personne n’avait eu l’idée...


J’avais aperçu ce livre en librairie sans y prêter plus d’attention, mais bon, on rame à 97,5% sur publie.net, et encore un auteur qui ne s’est pas préoccupé d’accompagner son livre d’un site ou d’un blog...

C’est le billet Assouline lu samedi, La solitude du nageur de fond qui m’y a plongé. Et je confirme : quand on met le nez dedans, on ne lâche plus, c’est littéralement fascinant en tant qu’effet lecture, et sans aucune explication rationnelle, ou même pas envie d’aller les chercher. Où qu’il nage, paysage, sensations, le pays lui-même, ça nous appartient, on est lesté de ces images, sauf que personne ne les avait ainsi mises en texte... Prégnance non pas de l’eau, mais du rapport de l’eau au corps, toutes sensations confondues, avalement par les turbines sous l’orage (ou le risque de), serpent crevé d’avoir voulu bouffer une truite plus grosse que lui et qui se trouve en plein sous votre nez, mais surtout un urbanisme de France à l’envers. Une même traversée du réel au fantastique que chez le Jules Verne de l’Orénoque ou de la Jangada. Et pas de hasard, on n’organise pas ce flux de l’entraînement lecture sans impressionnant travail rythmique, nourri par précision et largeur incroyable du vocabulaire, arbres, couleurs, consistances, plus attraper en vision ras sol un chantier, une carrière, un entrepôt, ou ces façons d’émerger de nulle part pour se retrouver dans la ville aux voitures à manger des croissants ou une merguez – tout ici chaque page est déroutant, et pourtant c’est chez nous.

C’est depuis chez Assouline aussi que je me suis retrouvé à regarder la vidéo tournée par Jean-Paul Hirsch (dans les récentes qui comptent, allez donc aussi écouter Paul Fournel...). Et s’apercevoir que Jean-Paul avait monté la dose, 18 minutes d’une parole avançant droit, striant ses hésitations ou ce bégaiement qui est nôtre dès lors qu’il s’agit du plus central, le surgissement de ce qu’on ne connaît pas dans la phrase. D’où achat ce lundi à la Hune, même pas eu envie d’aller voir si numérique (et gueulante par rapport au Seuil qui n’a pas mis le Bailly en numérique, j’achèterai le Patrolin numérique pour le relire et en disposer mieux que le livre papier, même si pour première lecture, partir à l’assaut des 700 pages, hier j’ai préfèré le bon vieux POL traditionnel, aujourd’hui que je suis lancé dedans me dis que ça aurait été aussi bien de l’avoir tout de suite sur l’Odyssey et l’iPad – en plus 17 euros (on suggère ePagine pour leur remarquable travail de médiation sur les contenus littéraires exigeants) par rapport aux 25 du livre.

C’est con à dire, mais je retrouve la même sensation de bouquin immense qu’à la lecture long cours, l’an dernier, du Dépaysement de Jean-Christophe Bailly. Je suis aussi en train de lire le Volodine/Bassmann, Danse avec Nathan Golshem, il y a de la santé dans l’invention littérature, ces temps-ci, à mesure de notre interrogation sur la déconfiture du monde. Et bien forcé d’y penser chaque page de cet avalement qu’organise Pierre Cotrelin – ouverture du livre sur la Meuse remontée à contre courant vers la frontière belge, tout près de chez Rimbaud (premier croisement avec Bailly), et partant sur la Garonne depuis la frontière d’Espagne pour remonter vers le nord (ci-dessous, autre croisement avec le magnifique chapitre de Bailly sur la Dordogne aux Eyzies, un moment du Lot chez Patrolin).

En tout cas, un peu de stupéfaction même, à ce livre, rare de le dire – il fallait sans doute être fou comme POL pour publier un livre aussi fou. Gloire aussi à POL de ne pas nous avoir mis le mot roman sur la couv : comme pour le Bailly, on est passé à autre chose, dans l’imaginaire et la fonction, ou l’invention littéraire.

FB

Photo : barque sur la Loire gelée, ce dimanche.

 

Pierre Patrolin | La traversée de la France à la nage (extrait)


Je nage encore sous un mur de pierre, un chaos de blocs disjoints, une façade aplatie, rayée de fentes et de fissures, criblée de mousses et d’herbes rases, où s’accrochent les troncs des petits arbres et le vert plutôt gris des bouquets de genièvre. De l’autre côté, une campagne de maïs, de bosquets de frênes aux rameaux pointus et noirs, de restes de forêts, de champs de tabac et de noix, de fermes aux toits de tuiles, de lauzes ou d’ardoises, de remises couvertes de tôles ondulées, et de hangars en bois. Une campagne tranquille, verte, jaune, brune, où courent les minces rubans noirs de l’asphalte des routes, où se dressent aussi les traits sombres des cyprès et des sapins, et la traînée blanche d’une falaise lointaine. Sous moi, l’eau plus profonde brunit à l’ombre de l’interminable mur de pierre grise ravinée de crevasses où se glissent les racines des lierres, et où nichent les rapaces.

Dans un long virage, le fleuve s’est pris à creuser un sillon obscur au pied de la falaise. L’eau vient miner patiemment la base de la paroi de roche, elle s’enfonce en dessous, elle affouille le roc, centimètre par centimètre, elle y ouvre une galerie sous l’aplomb de l’à-pic, elle pénètre inexorablement le socle de calcaire qui se dresse devant elle, en attendant de le voir s’écrouler subitement, puis d’évacuer les éboulis, qu’elle roulera en galets arrondis par l’usure, et déposera plus bas.

Le flot frotte constamment la paroi, il la ponce, il griffe le roc, il glisse pour l’affaiblir, il polit sa surface, il l’entaille en douceur en feignant de seulement la frôler. L’eau s’engouffre dans cette échan-crure aux bords adoucis par l’usure, elle disparaît dans l’ombre qu’elle a creusée pour élargir son lit. Je nage à l’écart de cette grotte ouverte sous le flanc de la muraille, une caverne horizontale qui s’enfonce sous une montagne.

Quand le Lot s’écarte subitement du front de pierre qui lui résiste, il se détourne sans raison pour s’élancer vers les molles collines où s’étagent les pigeonniers et les granges des exploitations agricoles, les petits chemins sinueux qui épousent les courbes basses de leurs croupes arrondies, et les plats tuyaux blêmes des serres de plastique allongées sur le sol. Plus haut, des rapaces aux ailes fixes, des buses aux larges plumes blanches, des milans au bec noir, planent en silence pour surveiller leurs proies. Les chiens se taisent à leur passage.

Je nage avec obstination, je pousse encore mon sac lorsque le fleuve revient buter sur une autre cévenne sombre qu’il projette de réduire aussi : une rumeur assourdie, l’écho d’une marée éloignée, d’un ressac à venir, résonne au pied du mur de pierre disloqué, presque orange par endroits, souvent jaune ou gris, et toujours moucheté des taches vertes des genièvres et des chênes. De petits chênes obstinés sur une terre ingrate, des érables aux troncs secs. Cette rumeur intermittente à la fois portée par le vent, arrêtée par l’écran des arbres quand ils se lèvent au bord de l’eau, et réfléchie par moments sur la paroi de la falaise, tournoie autour de moi. J’avance, accompagné par ce bourdonnement régulier, et son écho discontinu, dans un courant plus fort qui descend maintenant contre mon baluchon.

Devant, un étrange château, une lourde place forte, d’allure germanique ou de style Scandinave, se cache derrière les arbres. Un énorme édifice aux murs de blocs lisses, sans portail, sans tour ni donjon, sous une pente unique de tuiles mécaniques, comme une forteresse sans âge au creux de la vallée. Bâti sur une étroite terrasse au-dessus de l’eau, adossé à un éperon de roche, il commande le coude où le cours de la rivière s’infléchit en prenant de la vitesse. Sur sa gauche débouche un ancien canal, aujourd’hui abandonné entre deux flancs de maçonnerie. La façade massive est seulement percée de verrières verticales, de longues fentes grises, éteintes par la poussière, son rectangle s’élargit au-dessus du fleuve : ses fondations libèrent un flot puissant qui me repousse vers l’autre rive.

Le bourdonnement qui s’échappe dans la vallée naît derrière les vitres sales de la centrale. Sa vibration sourde et continue, redoublée par la falaise, lance un roulement grave de turbines et de tuyères. L’eau y jaillit de nulle part, projetée depuis l’usine dans un bras anémié, qu’aucune retenue ne contient en amont. J’imagine une nouvelle conduite souterraine à travers la montagne qui détourne le cours du fleuve, sans découvrir le moindre indice qui confirmerait cette hypothèse.

En dépassant la centrale électrique, la rivière a perdu aussitôt toute sa force, le Lot semble chercher sa route à travers un dédale de collines arrondies, les unes aplaties, les autres plus éminentes, tels de grands tas de sable disposés au hasard, et couverts de forêts. Auprès de l’eau, les coudriers et les aulnes bordent encore les limons des cultures. En contrebas d’un village assis sur une crête qui décline vers le fleuve, une ligne rouge, un trait de couleur rutilant au soleil, traverse la vallée : derrière quatre tours de pierre, souvenirs d’un ancien pont suspendu, une traverse d’acier, une travée de métal gris posée sur deux colonnes rondes, deux fûts de béton clair, soulignée par un ruban de tôle écarlate, étincelant, tendu le long du tablier.

Aussitôt après le pont, le fleuve se divise en plusieurs bras inégaux, qui s’enfoncent vers un taillis, et semblent disparaître sous ce fourré compact de vergnes, d’osiers et d’épineux descendus dans son lit. En choisissant le plus large de ces bras, je devine, à travers l’épaisseur touffue de la végétation qui encombre les rives, la silhouette de la ruine d’un mur, les vestiges d’un ancien moulin, ou la trace d’un troisième pont, abandonné depuis longtemps. Je nage sous les branches, entre les ajoncs. Je traverse un massif de broussailles, de souches enchevêtrées, d’embâcles retenus par les troncs, de roseaux et d’oiseaux. J’entends aussi les remous d’un rapide, où la rivière saute sur les rochers comme un torrent sauvage, dans un bruit de cascade et d’eau froide. Autour, le monde disparaît un instant. Plus de colline, plus de roche à creuser, plus d’aplomb menaçant. Je
nage dans un couloir de feuilles et de rameaux embroussaillés, de tiges entremêlées qui débordent la rive.

Revenue se heurter au ravin d’une nouvelle pente de forêt, l’eau du fleuve s’assombrit du bleu particulier des grands fonds, dont la profondeur semble absorber toute la lumière qui vient y pénétrer : je flotte au-dessus d’un gouffre silencieux, opaque, vert nuit, chargé de reflets noirs, sous un aplomb de pierre où l’eau s’est arrêtée.

Ensuite le creux du lit se couvre de socles de rochers, puis de langues de galets, ovales, jaunes, couleur de miel et bois, je nage entre deux rangées de saules, d’aulnes et de vieux peupliers, sur un fond de cailloux ronds, bruns et roux, déposés par une eau claire, limpide, sans épaisseur. Parfois un chêne, vigoureux, présente sa haute charpente sèche au bord de la rivière. Là-bas une grue, grise, le bec court, se dandine sur ses pattes. Elle décolle soudain. Dans un battement puissant mais ralenti, elle s’envole, les ailes lourdes, en glapissant le cou tendu vers la terrasse d’alluvions qui se couvre de champs fertiles, de bosquets d’arbres, de pigeonniers carrés et de greniers à maïs devant les cloisons de bois roussi des anciens séchoirs à tabac.

Plus loin, le fleuve est contenu sous une berge abrupte qui finit en falaise au pied d’un piton de roche. De l’autre côté, une digue constituée de blocs énormes entasse ses degrés de cubes réguliers sur plusieurs rangs de hauteur. Appuyé sur le socle de roche qui domine le fleuve, un barrage a été construit pour l’arrêter. Les pointes de deux fines étraves de béton s’avancent entre trois grands clapets de fer, récemment repeints, trois parois de métal gris, clair, avec une nuance de vert, trois larges portes horizontales, articulées à six forts bras d’acier.

Une structure en treillis dédouble chacune des vannes : un réseau de toises et d’entretoises, des barres de métal plat, boulonnées pour constituer une armature rigide, et assurer la cohérence de l’édifice. Deux cascades d’eau s’échappent au creux des vannes, sur la peinture neuve. Au-dessus, une passerelle, repeinte également, traverse la construction. Sur la droite, au bas de la première pile, le flot d’un tourbillon d’eau et d’écume blanche déborde d’un conduit percé à travers le bâtiment, dans un bruit de vague continue, sous des grillages neufs, doublés de barbelés récents. Le clapet central s’élève au-dessus d’un bassin plus calme. Aucune échelle, pas d’escalier, rien n’autorise d’espérer atteindre le sommet des cloisons de béton. Sans réfléchir, je réussis à saisir une des poutrelles de métal froid qui s’allongent devant l’épaisse feuille de tôle claire tendue en travers du fleuve. Je parviens ensuite à hisser mon corps sur le premier rang de fers plats entrecroisés en chevrons au-dessus de l’eau. Après avoir rampé le long de la pente d’un renfort d’acier, en équilibre sur sa tranche, agrippé aux boulons, aux écrous qui maintiennent l’ensemble, j’enjambe une dernière traverse, au-dessus du vide, pour m’accrocher à la lourde plaque de tôle rivetée, basculée au-dessus de l’ouvrage pour retenir le flot du plan d’eau lisse qui s’ouvre en amont du barrage : une rivière calme, arrêtée, qui s’étale dans la campagne, qui ne semble surtout pas attendre qu’on la libère, au ras des rangs serrés et parallèles d’une plantation de grands peupliers blancs. Au-delà, ouverte au sommet de coteau, l’ombre d’une longue falaise, noircie par les intempéries, puis une succession de bosses arrondies qui déclinent vers le fleuve. Sur l’autre côté, dressé au flanc de la colline, un château, roux, médiéval, un amas de tours et de remparts assemblés en désordre. Je reviens vers la berge, en poussant mon baluchon sur une eau plate et sombre.

Un gros chien m’y attend, les bajoues tombantes, l’oeil doux et le poil ras. Il m’accueille en tournant autour de mes jambes, et s’enfuit aussitôt à travers les fûts des peupliers alignés sur la rive. Il revient avec son maître. Un grand homme mince sous une casquette noire. Une barbe naissante, et blanche, sur le visage. D’une voix très grave, qui monte de sa poitrine, il tient à m’expliquer que pour rénover le barrage, ils ont sablé la rouille et décapé l’ancienne peinture en projetant dix-huit tonnes de sable, une sorte de poudre de verre, fine et dure, emportée depuis par le fleuve. Que déjà les premiers silures sont apparus. Ils remontent d’Espagne. Que ces nouveaux prédateurs dominent rapidement les autres espèces de la rivière. Comme les loups qui reviennent plus loin dans la vallée, là-haut dans le massif. Quand il pointe le doigt en direction du nord, son chien se glisse entre nous, en agitant la queue. Enfin, on pêche encore quelques beaux brochets, et des sandres parfois.

Sa moustache blanche dessine une ombre pâle au-dessus de ses lèvres. Les yeux clairs, il ajoute qu’on trouve aussi ici des armil-laires à goût de miel, savoureux, en particulier lorsqu’ils poussent au pied des peupliers. Il tient à me les montrer, un peu plus loin, une plaque de disques roux, plats, accumulés sur les racines d’un arbre. Il précise que, cueillis très frais, ils se révèlent très parfumés, très délicats. Il porte sous le menton un foulard beige clair, presque blanc, une écharpe semée de petits pois rouges et réguliers, et sourit avec gourmandise. Il veut encore me montrer la passe à poisson souterraine qui évite le barrage, quand son chien se prend à aboyer. Aussitôt qu’il s’éloigne pour rejoindre l’animal impatient de courir devant lui, je reviens ramasser les champignons, que je fourre discrètement dans mon sac.

Je nage à présent au centre d’une vaste étendue, un lac oblong et courbe au creux d’une vallée plate encerclée de croupes arrondies, sous l’aplomb de la crête de pierre qui domine le reste du paysage. Après l’ouverture d’un canal, qu’un tunnel détourne sous l’impasse de roche élevée devant lui, pour alimenter la centrale électrique en aval de la boucle qui la précède, une allée de platanes, taillés en têtards afin de ne déployer leur ombre qu’au-dessus du chemin, souligne la berge de la rivière. Derrière se succèdent des jardins, des murets, des cabanes à outils, des brouettes et des maisons basses, construites si près de l’eau qu’elles laissent imaginer que son niveau ne pourrait jamais monter. L’autre rive est agricole, j’y aperçois le même promeneur et son chien qui s’éloignent vers une vigne abandonnée. L’animal le précède en agitant la queue.

Ensuite, une bourgade s’étend au pied d’un fin pont suspendu juste au-dessus du fleuve. Les bâtiments sont bas, tranquilles, blancs, lumineux, certains surmontés d’un étage, parfois couronnés d’un balcon ouvert sur le plan d’eau, les autres construits en moellons clairs, jointoyés de ciment. Couverts de tuiles, romanes ou plates selon les pentes. Ils viennent aussi tout près de l’eau, derrière une courte esplanade et un ponton de bois. Le tablier du pont finit juste au-dessus du faîte de leurs toits. Sous une des deux hautes tours de ciment qui tendent les haubans pour supporter l’ouvrage, trois grandes lettres blanches se découpent sur un fond bleu marine, elles écrivent le mot SKI, devant un triangle clair tourné vers l’amont du bassin.

J’aborde sur le quai, aujourd’hui couvert d’automobiles. Je m’habille rapidement, entre les carrosseries de deux portières. Une petite rue exiguë, un chemin sans trottoir, encaissé entre deux murs de pierres sèches, conduit au centre du village. Derrière, on devine des jardins. Un palmier, un noyer, des rosiers s’élèvent au-dessus.

La ruelle débouche sous des platanes. Une grande animation règne dans Cajarc. Les forains sont nombreux, leurs étals se succèdent tout autour de l’ancienne enceinte, un boulevard à peu près circulaire qui finit sur le triangle d’une place aux façades de pierres blanches. La foire apporte ici des blouses de nylon, des chaussures en plastique, des chaussettes et des bottes, des bassines de toutes les couleurs, des cèpes, des girolles, des poireaux, des pommes et des couteaux, des fromages et des jambons. Des morues aussi, séchées, salées, pendues sous des parasols à rayures, au son de disques d’accordéon.

On rit, on crie un peu, on parle fort et rugueux. Des robes imprimées s’agitent sur des cintres. Les femmes sourient, des enfants pleurent devant des tracteurs miniatures. Plus loin, des bouées, des matelas pneumatiques, des bateaux gonflables, moulés en forme d’alligators et de requins sans dents, m’attirent à l’écart. Ils sont suspendus devant une vitrine, au-dessus de ronds à serviette pyrogravés, de confitures de pays, et d’un bouquet d’épuisettes aux filets roses ou verts. Dans la boutique, je demande à essayer des palmes. Ils n’en proposent pas de jaunes, et surtout se refusent à les vendre à l’unité. Déçu, je choisis les rouges. Sans les essayer. Sans jeter l’ancienne. Mon sac résiste aussi avant de les accueillir. Nous finissons à l’Hôtel du Pont, au-dessus du fleuve, dans la lumière d’une soirée à venir, dans des effluves de cèpes, d’ail cuit et de graisse de canard.

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 février 2012
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