dimanche 3 blogs, 39 | la littérature est notre champ de mines

démarches et exploration littérature avec images, suite


1 – PHILIPPE CASTELNEAU – NOTES SUR LA PHOTOGRAPHIE

Pas assez de sites et blogs à explorer là où texte et images naissent ensemble, ou même, pour aller encore plus loin : là où le texte peut naître directement sous forme d’image... C’est ce que je trouve dans ces Notes sur la photographie (écrire la lumière) de Philippe Castelneau (Montpellier), réflexions à partir de textes de photographes (ainsi Provoke. Et bien sûr explorer aussi son blog ou ses projets d’écriture comme c’est seulement du rock’n roll mais j’aime ça (ah bon, ça ferait un beau titre de chanson en anglais ?) ou son abécédaire des villes.

2 – SPYROS SIMOTAS

Je lance une recherche « Spyros » sur mon Outllook et voici le premier échange mail avec Spyros Simotas, il y a un an environ : « Ma carrière académique est un peu atypique, car après mon DEA (obtenu à Paris 8 en 2002), j’ai enseigné un peu le FLE en Californie, puis je suis retourné en Grèce (mon pays d’origine) pour mon service militaire et où j’ai fini par travailler dans la pub comme copywriter. En même temps, j’ai aussi travaillé comme photographe pour quelques journaux athéniens. » Et donc, actuellement doctorant à l’université de Virginie, il travaille sur les sites web de littérature, et je crois que j’avais répondu assez vertement à son premier e-mail qui demandait tout simplement, sans qu’on se connaisse en quoi que ce soit : « j’aimerais étudier les statistiques de votre site : le nombre de visites, le temps que les internautes y passent, les pages les plus visitées, les pages auxquelles celles-ci renvoient à travers des liens, et dans quelle mesure peut-on parler d’un parcours plus ou moins "guidé" ou d’une lecture complètement aléatoire. Il serait intéressant aussi de voir les termes de recherche populaires effectués à l’intérieur du site, ainsi que les passages de vos livres électroniques les plus soulignés, les plus cités et les plus commentés. Si vous n’avez pas toutes ces statistiques, on pourrait installer pour une période déterminée (ou indéterminée !) un petit logiciel de dépistage ». Ça ne m’avait pas trop plu, quoi. On en bave déjà assez comme ça, on est pris de partout pour des rigolos alors au moins le petit pré-carré ou jardin du site, c’est pour nous. Et puis je suis plutôt paresseux sur ces trucs-là (je n’ai même pas de Google Analytics), le côté arbitraire ou erratique de ce qu’on publie c’est ce qui peut à terme créer la singularité d’un site comme celui-ci, on ne se conditionne pas par la réception. Pas d’autres nouvelles de sa thèse depuis, mais on n’a jamais perdu le contact, et depuis quelques jours il s’est lancé dans un journal vidéo quotidien, à la fois intime et extime, qui est un régal et où je retrouve la finesse de nos échanges. Quelque chose de proche du journal de Claude Enuset. Depuis Charlottesville ce matin c’est l’épisode 17, comme par hasard en dialogue avec mon propre billet sur Penser/Classer de Perec et je suis fasciné. Où ça ira, combien de temps il tiendra, comment ça évoluera je ne sais pas, mais allez-y, suivez sa chaîne, abonnez-vous, ça dure chacune 2 minutes c’est bien de littérature qu’il s’agit dans ces récits presque silencieux – plus la chance de pouvoir prendre l’aventure à son début.

3 – LA TRANSCANADIENNE EN DIRECT

Et donc, avec Arnaud Maïsetti, Gilles Bonnet et Marc Jahjah on a fait le voyage de Montréal la semaine dernière, voir chez Arnaud ici et ici, et mes propres vidéos Montréal ici ici ici. Nous avons donc assisté au départ en sens inverse de nos accueillants, l’équipe rassemblée autour de Marcello Vitali-Rosati, simple projet de se rendre en voiture pour un colloque à Calgary (4 jours, 3 nuits) en voiture, intervenir au colloque sur le voyage lui-même et retour. Le projet s’énonce ici, s’accompagne sur Twitter avec le hashtag #transcan16 ou sur Instagram ici, il y a aussi le Tumblr de Servanne Monjour en voyage immobile parallèle depuis Street View, la chronique quotidienne de Marcello sur la revue Sens Public (« Éditorialiser signifie structurer l’espace où nous vivons. L’éditorialisation est une sorte de récit spatial : elle relie entre eux des objets, des choses en créant entre elles des relations », lire ici), une carte interactive, des directs Periscope et j’en passe (y compris nous-mêmes qui participons discrètement depuis là où nous sommes, ou simplement venons lire) : c’est bien ce rapport du numérique au spatio-temporel direct qui devient écosystème (le mot semble passé de mode) et objet d’études. Encore 2 jours du retour pour en profiter (un peu jaloux bien sûr, mais on leur rendra la monnaie, un de ces jours, en partant – avec Marcello bien sûr – pour la baie James ?)

ET CODA : POÉSIE DANS LES CHAMPS DE MINE

Montréal encore, c’est le poète et performeur Yan St Onge, de l’UqaM, qui nous a fait découvrir les vidéos de ces poètes irakiens, republiées par Tapin : voir Lecture dans une cage, Lecture sur les voitures piégées, Lecture en ambulance et surtout ce Lecture dans un champ de mines par Khadem Khanjar. Grand respect à Tapin pour ces publications, et découvert aussi par Yan St Onge que Joachim Séné en avait performé sur Facebook des retraductions, j’avais loupé. Nul doute que cette lecture de Khadem Khanjar, déclamant son texte en courant tout en s’enfonçant dans le champ de mines de l’Irak en guerre nous envoie un signe profond et communautaire sur le sens de la littérature aujourd’hui. Il faut le faire savoir et élargir le cercle. En tout cas je n’ai cessé d’y repenser.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 juin 2016
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