dimanche 3 blogs, 41 | double dose

les blogs sont la permanence et la respiration du web


Trop longtemps que pas tenu cette rubrique qui pourtant me tient à coeur, et 40 billets publiés, à 3 + 1 blogs cités ça en fait quand même 160 pour moi c’est ce qui remplace la page liens du site, à la fois trop profuse et quasi impossible la tenir à jour, je ne la mets plus en avant. Mais sur le fond une question plus décisive : parler des blogs c’est d’abord pour questionner sa propre pratique, c’est ce qui m’a guidé ici depuis le début, donc pour rattraper, si aujourd’hui on doublait exceptionnellement la dose ?

Merci en tout cas, avant de s’en aller chez les autres, à vous toutes et tous si présents pour la lecture et la vie de ce site, mais aussi ce qui désormais est le seul vecteur qui le rende possible, la collection imprimée Tiers Livre Éditeur, mes propres livres, les domaines publics et les traductions, et votre soutien que je reçois avec tant d’émotion. Pas question d’aller vite, ces livres demandent du soin avant d’être lancés, mais sûr que ça ne va pas s’arrêter.

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1 – KARL EST DE RETOUR !

Et donc vous sauriez faire, vous, un billet de blog rien qu’avec une assiette ? C’est le texte géant de Perec en tête de l’Infra-ordinaire : « Questionnez vos petites cuillers ! » Plus que 15 ans d’un blog quotidien, et pour ses meilleurs lecteurs nous n’en avons jamais lâché un. Je place Karl dans le rang des poètes, comme les Emaz ou d’autres. Il bloguait depuis Montréal et tout autour du monde, depuis 2 ans c’est depuis Tsujido au Japon. L’an dernier, à même époque, une naissance – pas d’indiscrétion, il l’évoque en ligne. Le blog a cessé, respiration proportionnelle au bouleversement intérieur. Depuis une semaine, le rythme quotidien a repris. Même austérité et dépouillement, même exigence. Alors on se remet à lire. En novembre dernier, Karl était venu me rejoindre à Yokohama, quelle magnifique après-midi. Honoré que depuis sa reprise il ait discrètement dialogué avec mes petites vidéos Lovecraft, vous trouverez. Mais si la grande classe d’un blogueur c’était ça, faire un billet juste sur une assiette ? Ne manquez pas cette présence obstinée, opiniâtre, respirante.

2 – ANH MAT, 492

Toujours impressionné par la solidité grandissante de comment Anh Mat, depuis Saïgon, s’approprie l’espace web. Sur son Instagram, ses déambulations et son expérience de la ville. C’est cette déambulation, confrontée à l’arbitraire des chemins, des visages, qui devient écriture, et ce mouvement je l’appréhende le plus souvent depuis ses vidéos, la façon si reconnaissable de sa voix. Alors que change de lire le texte nu, disons « écrit » sur son blog, sinon un degré autre pour notre appropriation silencieuse ? Ainsi cette ville intérieure.

3 – SOPHIE JAUSSI, LIGNES DE FAILLE

Sophie Jaussi, je la présente, enseigne à Fribourg, où elle prépare une thèse sur Philippe Forest. Sur Facebook, un des flux les plus vivants, voyages, colères, lecture, et même ses visites à « l’homme au divan », une expérience risque. Est-ce que ce risque contraint à respiration ? Probablement. Il y a une usure propre à l’agir réseau, et ses sollicitations plurielles. À chacun d’y organiser ses rythmes, les suspensions parfois sont salutaires. Parce qu’ils définissent aussi une frontière plus complexe : quelqu’un comme André Markowicz a choisi de publier quotidiennement sur Facebook ses chroniques pour nous vitales, ou au moins essentielles. De mon côté, j’essaye de conjuguer le rythme plus lent et l’archive plus pérenne du site, auquel renverra le réseau par liens. Pour Sophie Jaussi, le retrait de Facebook était un moment nécessaire, semble-t-il, pour amorcer cet autre temps de la réflexion blog, sous le beau titre de Lignes de faille. Bien sûr avec ou dans ou par la littérature.

4 – PHILIPPE CASTELNEAU, BRUIT ET NON BRUIT

« Signaux faibles émis en ondes courtes : littérature, photographie, internet et divagations », dit-il pour annoncer la couleur. Il me semble que le blog de Philippe Casteneau ne cesse de se densifier, non pas en prolongeant chacune de ces dimensions au début séparées, mais en faisant qu’elles s’écrivent ensemble. Il y a une lettre d’info qui en elle-même une micro-revue. Il est aussi membre du comité de rédaction de La Piscine, et une des sections les plus importantes, je trouve, dans son site, ce sont ses notes sur la photographie, comme si ça parlait encore plus de littérature et création si on partait de cet écart. C’est à lui que j’emprunte les 2 photos ci-dessus.

5 – GWEN DENIEUL, COULOIRS DU TEMPS

Vous le savez, je suis plus qu’attentif, tous ces mois, à comment installer de la littérature sur YouTube, pas le booktube à daube, mais création qui naisse en tant que telle dans cet espace neuf et questionne l’écriture (ou le film de façon égale). Gwen Denieul en est à 46 mises en ligne de ce qu’il appelle ses vidéo-écritures, qui ont donc leur totale autonomie de diffusion sur YouTube, et des fois ça me découragerait de voir comme c’est beau ce qu’il fait. Mais pour chacun d’entre nous, si cette relation au site garde son autonomie, cette question au texte seul, et au lien temporel entre la vidéo et le texte, ou le texte sans la voix, et vous tomberez par exemple sur ces genèses de la zone de flottement.

6 – MATHIEU DUPERREX, PRÉTENDUE ATTRACTION DES RUINES

Souvent parlé ici de l’importance dans le paysage web du site fondé par Mathieu Duperrex et Claire Dutrait, [Urbain trop urbain]. Ces 2 ans, le site a évolué, aussi bien que ses 2 fondateurs. On a suivi par exemple l’an dernier, sur son Instagram, au quotidien, la résidence de Mathieu à la Marelle de Marseille. Là, sous le titre de Sapiens Sapiens ou les déconvenues d’un imaginaire technique, Mathieu nous gratifie d’une exploration web à sa façon, texte entre critique et conférence ou performance, images, liens bien sûr qui témoigne à la fois de leur permanence d’engagement et de ce qui se renouvelle chez eux, ne passez pas à côté.

ET CODA : LA BOÎTE VERTE

Je n’ai aucune idée de comment le/la webmaster de la Boîte verte s’y prend pour organiser sa veille et détecter ses merveilles, et bien sûr personne pour être obligé d’adhérer à l’ensemble des propositions. Avec la limite qu’on reste dans l’exercice de la photographie photographiante, et quelquefois il y a des réflexions sur l’image elle-même passionnantes dans l’onglet techno-sciences (tiens, juste pour exemple ici ou ici), mais là aussi ce fichu site est un monstre de curiosités offertes. Je vous laisse avec ces 100 photos qui n’ont eu aucune influence sur le monde (on devrait faire pareil avec les livres).


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 janvier 2017
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