#histoire #12 | Faire un tour

(…)

Longeant le rail du portail roulant, grand ouvert, je me dis pourquoi pas, j’avais levé la tête, faire un tour et pas juste le tour du parking, juste un tour. Je me suis dit tiens, si je faisais un petit tour, et pas le tour. Un tour plus grand, je pourrais m’accorder ça, l’auto peut attendre. Puisqu’elle est là. J’allais prendre l’air. Je laissais ça, le souci, dans l’auto sur le parking, elle ne bougera pas rangée là, consignée, avec les autres, quoique j’avais constaté depuis le bas de l’escalier, que j’avais retouché le sol, que ça s’était bien vidé. Je ne disais rien. Je ne réagis pas. Ça n’engage à rien, une marche, à prendre l’air, respirer, avais-je mieux à faire, repartir du bon pied, d’un bon pas pourquoi pas. Qui allait me vider la tête.

Une petite marche pour démarrer la journée, elle avait l’air bien entamée, j’avais dû m’endormir, donc, me dégourdir les jambes. J’ai passé le portail. J’étais sorti du parking. C’est parti. Je marchais. Je m’étais dit que j’allais faire un tour. Et je me le disais. 

J’allais, je faisais celui qui n’a, qui n’en a pas l’air, je ne sais pas, n’a l’air, je ne sais pas, de rien, dans l’air, j’allais prendre un café, tiens. Pour changer. Changer d’enseigne. L’hôtel était tout au bout, en haut, de la zone. Il n’y avait qu’à, de là, se laisser descendre. Suivre le trottoir. Sans course à faire enfin. Plus une course à l’horizon. Je n’allais faire que marcher, je me contenterais de marcher, il suffirait que je marche. Je n’allais faire qu’une chose à la fois. Un homme, quoi.

J’ai dû, la zone, on l’appelle comme ça, la voir comme une invitation. Elle s’étendait, considérable. C’était la lumière, immense au-dessus qui faisait ça, cet effet. — C’est le jour, je me dis. Tout haut. Un tout petit peu plus fort que les autos. Entraîné dans le faux-plat j’interprétais, posées sur l’horizon à contre-jour, les lettres Я U O ᖷ Ǝ Я Я A Ɔ s’entretenant, détachées à peine, et réalisant un, que je prenais la zone à rebours, deux, que je trouverais là-dessous une cafétéria, ouverte, garanti, je me laissais suivre le trottoir comme j’ai dit. Comme j’ai dit un café, et pourquoi pas un pain au raisin, d’une brioche suisse dans la galerie marchande un terminal de cuisson, j’en ressentais déjà les effluves. On avait l’air, à vue de nez, d’être un dimanche, du côté épars de tout, là, ce qui passait. Si c’était ça, ce jour, cela alors ferait dans quelques heures une semaine. Ça alors faisait déjà sept nuits. Alors j’allais reprendre contact. Cela passerait par les pieds, me monterait à la tête. J’allais respirer. Du coup je pris une grande inspiration, déplacée. Je me dégonflai aussitôt. 

Je me remplissais. Je me vidais. Mon air de rien se laissant conduire, un flux rien d’autre, j’approchais d’un abribus, où deux personnes attendaient. Une assise. Une debout. Je regardai ailleurs, je faisais semblant de regarder quelque chose, d’avoir repéré quoi, un truc. Je remarquai alors, de l’autre côté de l’avenue, entre les parkings clients, dans la pente du talus qui les séparait, j’avais lu que c’était l’avenue de l’Europe, l’aurais parié et avec qui, un escalier. Cela m’éloignerait de la route, ça allait me reposer, reposer l’oreille et sur quel oreiller. L’aménagement ne connaissant pas le hasard, un passage piéton se signalait à deux pas de l’abribus, je regardai à ma gauche, vers l’hôtel en remontant, ce qui avait été et restait derrière moi, puis à droite, cette droite qui insensiblement latéralisée toutes ces dernières minutes était ma direction, je traversai.

À en juger par les spots auréolant sa façade et par le parking qui m’en séparait, bien fourni relativement aux alentours, l’Espace Culturel était ouvert. Je me glissai entre les autos, j’évitais les rétros. Je parvins ainsi, ayant enchaîné les changements de direction à angle droit et complètement sur le côté, à la dix ou quinzaine de marches. En ciment. Des plastiques, papiers et autres m’y avaient précédé, retenus à des aspérités, des dépressions, infimes, précises, l’herbe un peu haute autour déjà. Je n’en finirai pas de vous raconter mon histoire, vous verrez.

(…)

3 commentaires à propos de “#histoire #12 | Faire un tour”

  1. ça marche bien, on déambule bien avec le personnage…mais on se dit comment va-t-il faire pour changer de rythme ?

  2. … et faudra-t il changer de Rythme d’ailleurs: il marche il glisse … on y va, on voit : la zone comme une invitation. et l’Hôtel en arrière plan tout en haut. Faire un tour (prendre le sujet par la bande) ces sept jours sans air on suppose , il fait quoi par là lui ? il n’en finit pas et on suit