Un homme descendu dans un hôtel. Une histoire débarquée sur zone…
(…)
S’il s’allumait, pâlissait, je ne saurais dire. Son carré blanchissait à la fenêtre. Mes paupières seules, quand elles fermaient, gardaient de l’orange de la nuit. Je ne fermais plus l’œil que quand une forme passait. C’était quelqu’un. Je m’aiguisai, devinant des bruits de pas sur la coursive j’anticipais. Une ombre, une autre me glissaient sur la paupière sans tarder, sans un accroc. Ça quittait le navire. Ce me fût un réveil, la gueule du.
C’était un truc entre le blanc de mon œil et le ciel. Tranquillisant. Comme s’il se posait directement dessus. Une ouverture. Peu à peu ne passait plus personne. J’écoutai un temps un aspirateur. Blanc. J’entendais l’aspiration au plafond du coin douche derrière ma tête, blanc, presque pas les autos. Blanc.
D’un instant à l’autre ça semblait s’éteindre. Se griser d’être blanc. On dirait qu’il meurt, je me suis dit. Que le jour même meurt. Je me retrouvai debout entre le lit et la porte. Ce qu’on appelle saut du lit, il s’était dressé pour m’y pousser, à la porte, me la faire prendre.
Reprends. Continue. Tu ne vas pas rester là entre deux. Tu es dans le passage. Pardon.
Le jour m’avait rattrapé. J’avais passé le portail et ne l’avais pas senti, c’est qu’il était ouvert, d’abord et pourtant je l’avais dit, je l’aurais dit, que c’était le jour, mais sans le sentir, je disais sans savoir.
Je le dis avant de le savoir. Mon histoire le disait. Le jour me suivait. J’étais suivi. J’étais assis là entre les deux parkings quand le jour m’est retombé dessus. Je me le suis caché mais ça n’a pas marché, aussitôt entré dans la galerie du ccial j’étais ressorti. Éjecté.
Un dimanche aurait dû se passer sans histoire. Le jour m’en réclamait une. Ce jour-là. Aujourd’hui encore. Le jour ne me quittait plus. Pas d’un pas. Un dimanche aurait dû passer sans faire d’histoire, finir comme il avait commencé. Le jour voulait son histoire. Je lui en racontai une, autre.
C’est l’histoire d’un homme qui s’est trompé il dit, c’est une blague, être descendu de l’auto du mauvais côté. Il a pris le parking à l’envers. Il parle d’un parking réservé à la clientèle, y en a-t-il d’autres, il parle sur un parking. Sur ses deux jambes. Il en suit la pente. L’autre. Au lieu que devant lui des portes s’ouvrent, il s’arrête juste avant un panneau baignade interdite, ou c’est accès, fixé au grillage d’une clôture d’enceinte. La vue, alors.
Le jour ne comprenait pas ce qui nous arrivait. Je déconnais, je recommence, tu connais celle de celui qui parle tout seul, je demande, je ne la finis pas. Je lui racontais une histoire pour qu’il bouge, je lui lance, une histoire en l’air pour qu’il me lâche. Enfin. Ça ne lui disait rien, d’être le dernier. Il m’aura fallu chaque jour, dans quelques heures ça ferait une semaine, reprendre le fil de l’histoire.
La vue qui s’offre à lui, alors. S’ouvre se ferme. C’est un homme, il a tout l’espace et plus une place. Devant lui, béant, à ciel ouvert, pas à sec mais pas loin, les pentes raides tendues de bâche noire au fond du parking, un bassin de collecte des eaux de ruissellement, profond.
(…)
merci pour texte entre le poétique et le l’histoire d’un réel, très contemporain, un style net sans fioriture. j ‘adore .
Merci Carole !