#histoire#11| Les mains

Quand on regarde une main, on est intimidé par tout ce que l’on vole de l’intimité de l’autre. On la regarde de loin comme par devers soi. Entre cette main et nous, il y a comme un trou de serrure où l’œil se glisse. Il se peut qu’elle nous émeuve, il se peut qu’elle nous dégoûte. Dans l’un ou l’autre cas, on détourne le regard, comme en faute.

Quand on regarde une des mains, c’est qu’elle nous intrigue. Pourquoi est-elle mouillée ? Sous les ongles coupés courts, de la pulpe rosée, charnue qui fait boulette. Je pense aux petites grenouilles vertes. Elles ont ce genre de capteurs au bout de leurs doigts. C’est étrange. On veut questionner et on n’en fait rien. On range plutôt nos mains les rendant hors de vue.

Quand on regarde trois mains, on est sur le point de perdre ou de gagner l’objet qui y est caché. On évalue leur taille. Laquelle est la plus grosse, laquelle semble renflée ? Notre attention va des mains au regard, redescend vers elles. On doit se décider. On met sa main au feu. Lorsqu’on gagne, on applaudit des deux mains.

Quand on regarde leurs mains, le regard s’échappe. Les mains se floutent, s’envolent et deviennent réceptacles de souvenirs. Dans l’une, l’orangé teinté de rouge des géraniums sur le bord du balcon, Dans l’autre, le parfum du tabac, la grosse voix qui fait rire. Dans la dernière, des crayons de couleur, des bateaux blancs en papier. Ces vieilles mains ont de vieilles histoires.

Quand on regarde sa main, on découvre le nouvel alphabet que ses doigts dessinent dans l’air. A est une théière, B un jeu de cartes en éventail, C on prend une photo, I le doigt montre le nuage, F est un oiseau profilé, S simule une danse, L compte jusqu’à deux, E jusqu’à trois, O est un puits, OdansE une caresse, V est une victoire.

Quand je regarde mes mains, je vais dans des contrées connues et d’autres à peine visitées. Certaines, lointaines sont encore mystérieuses pour moi et peut-être le resteront. J’y vois ce que j’aime et ce que j’aime moins. Elles ont vieillies, elles ont forci et les bagues dans le tiroir ne sont plus toutes à ma taille. C’est ainsi. Mes mains dévoilent mon tracé de vie et le signent.

A propos de Louise T.

Des fragments de vies dans divers lieux Afrique du Nord/France/Côte d'ivoire/ France. Villes et campagnes. Ecriture et Lecture. Aimerais être en lien plus étroit avec moi.

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