#histoire #12 | En l’absence du vent, le migrant

Il murmura la ville regorge de chausse-trappes. Et dans cet état d’esprit, il se précipita dans le premier bâtiment portant l’enseigne « Hôtel » qu’il aperçut. Il fallait se mettre à l’abri. Convenir d’une stratégie efficace pour se protéger du bruit des autres, de la saleté, des regards fureteurs. Inutile de faire semblant, d’essayer de se fondre dans la foule, de trouver un signe d’appartenance dans toute cette engeance.

Passé la porte d’entrée vitrée, le hall de l’hôtel était curieusement neutre. Sol carrelé blanc, réceptionniste absent et banque d’accueil sans registre ni fleurs. Ni tarifs annoncés ni clefs suspendues. Au fond de l’entrée exigüe se trouvait un escalier dont les marches étaient recouvertes d’un lino usagé dans les tons beige, brillant de propreté. Sékou s’y dirigea d’un pas assuré et appela. Plusieurs fois. Personne ne vint. L’hôtel restait silencieux, dépourvu de toute vie. Alors, il s’assit à même le sol, jambes en tailleur, jambes allongées, jambes au menton. Il attendit encore et encore. Gober l’air du temps lui convenait.

Dans la tête de Sékou, se logeaient des tas d’images vivantes. Il y avait entre autres, les arbres, les vermisseaux, les oiseaux. Tous se pavanaient et s’apostrophaient. Son œil somnolait. Il y avait aussi un peu plus loin, une couverture en peau de bête à poils longs bien lourde qui le grattait avant de disparaître pour revenir s’affaler sur son torse. Dans la tête de Sékou, un radiateur se mettait à bouger mollement menaçant de se déceler et un employé de l’hôtel sans visage lui collait un coup de pied pour le maintenir au mur. Puis, l’œil tout à fait endormi de Sékou tournoyait autour d’une pendule de marbre noir et aiguilles d’or posée sur la cheminée d’un appartement bourgeois. Le temps semblait s’étirer comme une pâte à crêpes et la chaleur en suspension se chargeait en lourdeur. Sékou savait rêver.

Le voyage de Sékou s’arrêta net quand un homme —probablement le réceptionniste— lui tapa fermement sur l’épaule et lui proposa une serviette de toilette pour s’éponger le front. Mais notre ami lui dit préférer les offrandes oubliées. Et il se leva pour gagner sa chambre.

A propos de Louise T.

Des fragments de vies dans divers lieux Afrique du Nord/France/Côte d'ivoire/ France. Villes et campagnes. Ecriture et Lecture. Aimerais être en lien plus étroit avec moi.

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