#construire # 01 | Le mur



L’espoir a commencé devant un haut mur, juste avant que le bus n’arrive à la gare de l’Est. Il avait le nez collé à la vitre et patient, il guettait le moment où il passerait devant l’immeuble au mur rose bonbon qui portait l’inscription Dragées Martial en lettres noires et brillantes et dansantes. Son cœur joyeux lui annonçait que Martial était vendeur de dragées. Ou mieux, c’était lui qui les fabriquait. Le sentiment d’une immense reconnaissance envers ce mur l’habitait tout entier et son œil goulu absorbait tel un buvard, le bouquet d’amandes bleues qui s’étalait sur plus de deux mètres de hauteur. Il faudrait chercher à s’approcher au plus prêt de ces fleurs de naissance, de celles qui construisent de la joie tranquille. Elle a commencé comme ça, en culottes courtes, cette recherche d’un point d’ancrage.

Il écrit le geste qui vient comme on va en promenade, sans penser retrouver le bus, sans se préoccuper des mots, de leur signification. Souvent, la route est encombrée de mots-brouillon. Il faut les mouiller, les humidifier pour ne pas les assécher. Et quand ça commence vraiment, il le sent. La page accueille des petites dragées qui mordent comme dents le papier. Ça provoque un zigzag éphémère, léger et net, un déplacement. On perçoit une légère modification de la matière. Ça a commencé.


A propos de Louise T.

Des fragments de vies dans divers lieux Afrique du Nord/France/Côte d'ivoire/ France. Villes et campagnes. Ecriture et Lecture. Aimerais être en lien plus étroit avec moi.

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